L’empire Disney, le jedi Scorsese et la guerre des toiles

Posté par vincy, le 14 novembre 2019

Les années se suivent et se ressemblent. Depuis 2010, Disney a dominé le box office nord américain annuel sept fois dont les trois dernières années grâce à Pixar, Star Wars et Marvel. Cette année, on prend peu de risques à se dire que l'année terminera sur le triomphe de La Reine des neiges 2, Star Wars épisode IX ou le dernier Avengers qui surclasse tout le monde pour le moment. La domination en 2019 est indéniable: les quatre premières places du box office avec Avengers:Endgame, Le Roi Lion, Toy Story 4, Captain Marvel (et un peu plus loin Aladdin dans le Top 10. Toutes les licences du groupe cartonnent. Disney c'est 40% des recettes en salles en Amérique du nord.

Dans le monde, sept films ont dépassé le milliard de dollars de recettes, dont cinq sont distribués par le groupe. La domination est totale. Maléfique 2 s'offre même une place dans le Top 15, effaçant le semi-échec de Dumbo. Moins de sorties, mais elles cartonnent toutes ou presque.

Une entrée sur cinq est pour Disney en France

La France ne fait pas exception. Le groupe s'arroge une part de marché de 22%. Une entrée sur cinq est pour Disney. Le plus gros succès de l'année c'est Le Roi Lion. Trois des cinq plus gros succès sont des films du groupe. Ils sont 8 dans le Top 20 (tous au dessus de 2 millions d'entrées).

Ce n'est pas terminé puisque, aux USA, Star Wars est déjà le film le plus demandé pour les fêtes si on prend en compte les achats de tickets pré-réservés. Et La Reine des Neige 2 est deuxième, battant tous les records, déjà détenus par les films d'animation de Disney (remakes en "prises de vues réelles" inclus).

En rachetant Pixar, Marvel et Star Wars au prix fort, puis la Fox en début d'année, Disney n'a quasiment plus de concurrents. Enfin presque. Warner Bros a prouvé qu'elle pouvait jouer à jeu égal côté comics avec le Joker. Universal peut compter sur la franchise Jurassic Park/Jurassic World. Et Sony a Spider-Man. Mais aucun groupe n'a la panoplie de blockbusters/franchises de Disney.

10 millions d'abonnés à Disney +

En se lançant la semaine dernière sur le marché du streaming avec Disney +, elle affronte désormais Netflix sur un créneau plus familial et en voulant séduire les fans des sagas propriétaires. Fort de son catalogue et de quelques nouveautés, Disney + a annoncé hier avoir eu déjà 10 millions d'abonnés aux USA (ça reste six fois moins que Netflix sur les Etats-Unis). Le réchauffement climatique a pris cher avec une demande plus forte que prévue, qui a même provoqué un bug paralysant le système. Disney + vise de 60 à 90 millions d'abonnés d'ici cinq ans aux USA. La plateforme sera lancée en Europe fin mars.

D'un côté, on peut être admiratif de cette industrialisation du divertissement, qui conquiert toute la planète (hormis la Chine, puisque le plus gros succès n'est que 14e du box office annuel). De l'autre, on peut s'agacer d'une telle emprise de l'empire sur le cinéma.

Scorsese attaque

On a beaucoup glosé sur les propos de Martin Scorsese à propos des films Marvel. "J’ai dit que j’avais essayé d’en regarder quelques uns et qu’ils n’étaient pas pour moi, qu’ils me semblaient plus proches des parcs d’attraction que des films tels que je les ai connu et aimé au cours de ma vie, et qu’au final je ne pensais pas que c’était du cinéma." A-t-il vraiment tort? Bien sûr qu'il y a de bons films dans l'écurie Marvel (Thor: Ragnarok, Black Panther...). Or, ce qu'il dit est ceci : "Le fait que les films eux-mêmes ne m’intéressent pas relève du goût personnel et du tempérament. Je sais que si j’étais plus jeune, si j’avais grandi plus tard, je serais sans doute excité par ces films, et peut-être que j’aurais envie d’en réaliser un moi-même. Mais j’ai grandi quand j’ai grandi et j’ai développé un sens des films (ce qu’ils étaient et ce qu’ils pouvaient être) aussi éloignés de l’univers Marvel que ne peut l’être la Terre par rapport à Alpha du Centaure."

Notre culture du cinéma se forge avec les films que l'on va voir. Dans les années 1980, on pouvait mettre Le dernier empereur de Bernardo Bertolucci ou L'Ours de Jean-Jacques Annaud en couverture des magazines de cinéma. Des films comme Le nom de la rose, Out of Africa, Amadeus attiraient près de 5 millions de spectateurs (ce que peu d'adaptations de comics réussissent). Hormis Indiana Jones, les Belmondo et Star Wars, il n'y avait aucune franchises qui dépassaient les 4 millions d'entrées. Les années 1990 ont sensiblement connu le même faste pour la diversité du cinéma (y compris américain). Les cinéastes étaient les stars, voire des marques, à l'instar d'Hitchcock.

Les auteurs en perdition

Ces cinéastes n'ont pas disparu. Prenons la définition de Scorsese: "le cinéma était une histoire de révélation (révélation esthétique, émotionnelle et spirituelle). Il s’agissait de personnages, de la complexité des gens et leurs contradictions, et parfois leurs natures paradoxales, la façon dont ils peuvent se blesser et s’aimer les uns les autres et se retrouver soudainement face à eux-mêmes." On peut coller à cette définition des noms comme Pedro Almodovar, Ken Loach, Bennett Miller, Paul Thomas Anderson, Steve McQueen, Wes Anderson, Hirokazu Kore-eda, Bong Joon-ho... Mais force est de constater, qu'ils dépassent rarement les deux millions d'entrées en France et les 30M$ de recettes aux USA.

En revanche, la définition de Scorsese ne correspond en effet pas trop aux films Marvel (mais davantage à Star Wars ou aux Pixar ou même à La Reine des neiges 2), dont les relations interpersonnelles sont assez superficielles le plus souvent, toujours très chastes, et prévisibles à coup sûr. Divertir n'est pas le problème. Spielberg en a toutes les compétences. Hitchcock savait très bien le faire. Bong Joon-ho maîtrise parfaitement l'alliage entre récit, discours et formalisme sans ennuyer le spectateur.

"60 ou 70 ans plus tard, on regarde toujours ses films en s’émerveillant. Mais est-ce qu’on y retourne pour les frissons et les chocs ? Je ne le pense pas. Les décors de La Mort aux trousses sont incroyables, mais ils ne seraient qu’une succession de compositions dynamiques et élégantes et de coupes sans les émotions douloureuses qui sont au centre de l’histoire ou l’absolu perdition du personnage de Cary Grant" explique Scorsese. Ce qui pose la question: Marvel sera-t-il regardable dans vingt, trente ans? Ce n'est pas l'objectif. Disney fabrique une machine à rêves, et les réinventent au gré des époques et des technologies (confère Le Roi Lion, double triomphe à 25 ans d'intervalle dans deux formats).

Prêt à la consommation

"Beaucoup des éléments qui définissent le cinéma tel que je le connais se retrouvent dans les films Marvel. Ce qu’on n’y trouve pas, c’est la révélation, le mystère, ou un véritable danger émotionnel. Rien n’est en danger. Les films sont faits pour satisfaire des demandes bien précises, et ils sont conçus comme des variations autour d’un nombre de thèmes fini. On appelle ça des suites, mais en réalité ce sont des remake, et tout ce qu’il y a dedans a été officiellement autorisé parce qu’on ne peut pas faire autrement. C’est la nature d’un film de franchise moderne : études de marché, tests auprès du public, validations, modifications, nouvelles validations, et nouvelles modifications jusqu’à ce que ce soit prêt à être consommé" explique le réalisateur de Taxi Driver.

On est alors loin d'une expérience inattendue, d'une histoire que le cinéma va "grandir", d'un style singulier qui peut nous émerveiller. Ce que pointe Scorsese c'est l'uniformisation. "Pourquoi ne pas laisser les films de super-héros et les autres films de franchise tranquille ? La raison est simple. Dans beaucoup d’endroits dans ce pays et autour du monde, les films de franchise sont désormais le choix principal quand vous choisissez d’aller voir quelque chose sur grand écran. C’est un temps périlleux pour l’expérience cinéma, et il y a de moins en moins de salles indépendantes. L’équation s’est retournée et le streaming est devenu le premier canal de distribution. Cela dit, je ne connais pas un réalisateur qui ne veut pas créer des films pour le grand écran, qui soient projetés en salle devant un public."

La série, nouveau territoire des auteurs

Son dernier film, The Irishman, n'a été rendu possible que grâce à l'argent de Netflix. Il ne sera pas forcément vu en salles. Tous les films d'auteurs accusent une baisse de fréquentation régulière depuis des années. On parle davantage des séries que des films, à l'exception de quelques phénomènes ou dans le contexte d'une actualité chaude. Mais finalement, nos esprits, notre culture, notre vision du monde et des gens, se construisent avec des films spectaculaire, coûteux, dont on connait la fin, et avec des séries, bien plus audacieuses, plus riches, plus imprévisibles, qui, d'ailleurs, attirent de plus en plus d'auteurs et de réalisateurs.

"Certaines personnes dans ce business sont totalement indifférents à la question de l’art et à la prise en compte de l’histoire du cinéma, ce qui est à la fois dédaigneux et confiscatoire : une combinaison létale. La situation, malheureusement, c’est ce que nous avons maintenant deux champs séparés distinctement : d’un côté le divertissement audiovisuel mondial, de l’autre le cinéma. Ils se croisent encore de temps en temps, mais ça devient de plus en plus rare. Et je crains que la domination financière de l’un est utilisée pour marginaliser et même rabaisser l’existence de l’autre" rappelle le cinéaste.

La détestation du risque

Il est inquiétant que The Irishman n'ait pas trouvé de studio et de distributeur en salles, pas même la Warner capable de signer un chèque pour n'importe quel Eastwood et un chèque en blanc pour n'importe quel Nolan. The Irishman était trop long, trop cher. Difficile à rentabiliser car , "peu importe avec qui vous faites vos films, le fait est que les écrans de la plupart des multiplexes sont occupés par les films de franchise" explique Scorsese. La "disparition du risque" et celle de l'artiste devraient nous inquiéter.

Car Disney, aussi imposant soit son succès, n'est pas à l'abri des attaques. Les récents déboires sur Star Wars - les réalisateurs de Solo évincés en plein tournage, les auteurs de Game of Thrones qui quittent le navire... -, les échecs de la Fox - X-Men notamment - et les tergiversations autour de Spider-Man - le studio, trop gourmand, a failli laisser lui échapper le super-héros pour ses franchises Marvel - montrent que le Royaume n'est pas invincible. Mais aussi que la machinerie peut se gripper au contact des artistes et des visionnaires. C'est un peu la parabole de Le Mans 66 quand les cadres dirigeants de Ford veulent imposer leur système industriel à la "start-up" ingénieuse et inventive de Carroll Shelby qui sait que, sans prise de risques et sans un pilote génial, on ne gagne pas une course. (Nota bene: le film produit par la Fox est distribué par... Disney).

A cela s'ajoute des retours dubitatifs sur certaines productions. La version en prises de vues réelles de La Belle et le Clochard (pour Disney +) n'a pas séduit la critique américaine. Et la série Le Mandalorian ne les a pas plus convaincus. Mais ces deux "produits" suffisent à séduire pour attirer des millions de foyers sur la plateforme. Et Disney produit de bons films, parmi les plus attendus chaque année. Ce désir de cinéma "populaire" n'est pas négligeable, alors que jeux vidéos et séries TV prennent de plus en plus de temps dans la consommation de produits culturels. C'est ce qui explique les synergies/convergences dans les contenus (une marque déjà connue est plus facile à vendre) et une démultiplication des supports (streaming, salles, etc...). La belle facture de La Reine des Neiges 2 le prouve encore. Le savoir-faire du groupe est indéniable et ses succès démontrent qu'il a opté pour la bonne stratégie. Pour combien de temps?

Adam McKay: deux séries et un film en préparation

Posté par vincy, le 11 novembre 2019

Après une série de comédies et deux films remarqués par la critique et par les Oscars (The Big Short : Le Casse du siècle et Vice), Adam McKay a créé sa nouvelle société de production, Hyperobject Industries, en lien avec Paramount pictures.

Parallèlement, il a laissé tomber la société de production qu'il détenait auparavant, avec, entres autres, Will Ferrell en associé.

Le premier film de cette collaboration devrait être Don’t Look Up, une satire à l'humour noir qui se déroule autour de l'espace, avec deux astronomes qui découvrent une météorite parée à détruire la terre dans les six mois, et qui font le tour des médias pour alerter l'humanité de son prochain désastre.

Il a également signé un deal pour la télévision avec HBO (Warner Media), diffuseur pour lequel il prévoit une mini-série adaptée du livre de la journaliste Julie K. Brown sur le financier et prédateur sexuel Jeffrey Epstein, qui s'est suicidé dans de mystérieuses circonstances en prison cet été. Il souhaiterait aussi adapter en série le livre d'un autre journaliste, David Wallace Wells, The Uninhabitable Earth, essai sur le réchauffement climatique à la manière de Black Mirror.

[Star Wars] Les créateurs de Game of Thrones divorcent avec Disney et jurent fidélité à Netflix

Posté par vincy, le 29 octobre 2019

Après le crash durant le tournage de Solo: A Star Wars Story, qui avaient conduit au départ de Phil Lord et Chris Miller (remplacés au pied levé par Ron Howard) et un épisode IX qui a changé de réalisateur quelques mois avant le tournage, c'est au tour d'une prochaine trilogie Star Wars d'avoir quelques soucis au décollage. Disney avait recruté il y a un an et demi David Benioff et Dan Brett Weiss, créateurs de la série Game of Thrones, pour lancer un des nouveaux cycles de la Guerre des étoiles, annoncés en mai dernier pour des sorties calées en 2022, 2024 et 2026.

Dans cette bataille, c'est Netflix qui a eu le dernier mot. Les créateurs de GOT (HBO, groupe Warner) ont en effet signé en août un contrat d'exclusivité de cinq ans avec Netflix (pour 200-250M$ semble-t-il). Ce qui était incompatible avec Disney. Il aura fallu attendre deux mois pour que cette divergence/concurrence contractuelle soit officialisée. Le plus étrange est que le duo ait signé avec Netflix un tel contrat d'exclusivité alors qu'ils étaient engagé par Disney. Soit le contrat avec Disney était plus que fragile, pour ne pas dire peu contraignant, soit celui de Netflix est plus que possessif.

La nouvelle trilogie de Star Wars doit amorcer un nouveau cycle, sans la dynastie de personnages autour de Luke Skywalker et des Jedi. La fin de l'épopée sera connu le 18 décembre avec l'épisode IX, Star Wars - L'ascension de Skywalker. Cette trilogie n'en est pas à son premier souci. En 2017, Disney avait demandé à Rian Johnson de travailler dessus, avant l'échec de Solo et le recrutement des deux créateurs de GOT. Sans doute un peu échaudé, Rian Johnson, réalisateur de l'épisode VIII, avait décidé de réaliser un film perso (A couteaux tirés) en attendant. Il pourrait être rappelé puisqu'il avait déjà travaillé sur cette prochaine trilogie avant que les créateurs de GOT n'arrivent sur le projet.

Autre explication à ce cafouillage grand public, l'arrivée d'un nouveau producteur. Il y a un mois, Disney avait en effet annoncé que Kevin Feige, grand manitou de la licence Marvel, serait en charge de préparer la suite de Star Wars. On pourrait s'y perdre. C'est surtout une guerre de positions chez Disney, où, un à un, les producteurs les plus installés, se voient tous déclasser par un Kevin Feige de plus en plus incontournable. La productrice historique de Star Wars, Kathleen Kennedy, se voit ainsi mise sous la tutelle de Feige (officiellement ils sont au même niveau), qui pourrait contrôler à terme l'ensemble de l'univers Star Wars, comme il l'a fait avec Marvel. Pour l'instant il ne s'agit que d'un film. Mais Disney, avec sa plateforme Disney +, va sortir plusieurs séries: The Mandalorian, Obi-Wan Kenobi, Cassian Andor, Underworld et Detours. A part ça, Bob Iger, patron de Disney, ne voulait pas de surproduction autour de cette saga...

Cela n'empêchera pas l'épisode IX d'être un carton mondial.

Spider-Man: Sony fait plier Marvel

Posté par vincy, le 28 septembre 2019

Plus d'un mois après le divorce entre Sony et Marvel autour de Spider-Man, la situation a été renversée, par surprise. Le super-héros, dont l'usage cinématographique est réservé à Sony (Marvel touche une petite partie des recettes en salles et la totalité des recettes de produits dérivés), va pouvoir apparaître dans les films de l'univers cinématographique Marvel de Disney.

Un accord a été trouvé. Marvel a sans doute ravalé une partie de ses ambitions (le studio voulait la moitié des recettes en salles). Selon Variety Disney/Marvel financera 25% du prochain film Spider-man (pour 25% des recettes) et le super-héros pourra revenir dans un film du MCU.

Spider-Man est l'un des rares super-héros populaires à avoir survécu aux Avengers. Et sa franchise vient tout juste de redémarrer, avec succès. Sans doute, était-il prévu que le jeune homme apparaisse encore dans le nouveau cycle Marvel, qui se lancera avec Black Widow et Les Eternels l'an prochain.

Le prochain Spider-Man sortira le 16 juillet 2021, et l’acteur Tom Holland en sera toujours son interprète. Cet accord n’empêchera pas Sony de continuer de décliner son propre univers Spider-Man, qui comprendra Venom 2, Sinister Six et Morbius.

Si Sony est largement vainqueur côté finances, Marvel réussit à imposer le producteur vedette des récents triomphes du studio, Kevin Feige, également coproducteur des deux Spider-Man de Sony.

Avec plus d’un milliard de recettes (et 200M$ de profits pour Sony), Spider-Man : Far from home, sorti en juillet, est la pépite du studio nippo-américain. Après son D23 en août, où les fans de Marvel ont clairement exprimé leur mécontentement et où Tom Holland a été accueilli comme un super-héros sacrifié, Disney a du revoir sa copie : le rapport de force n’était pas en sa faveur.

Que será, será, Whatever will be, will be…. Doris Day s’en va (1922-2019)

Posté par vincy, le 13 mai 2019

L'actrice américaine, légende de l'âge d'or hollywoodien, venait de célébrer ses 97 ans. Doris Day est morte ce lundi 13 mai. A l'origine, la star devait être danseuse, mais à l'âge de 16 ans, elle est victime d'un accident de voiture qui lui brise les os et ses rêves. Durant toute sa rééducation, elle écoute du blues et du jazz, et se destine à vouloir être chanteuse.

Ainsi naît Doris Day, de son vrai nom Doris Kappelhof. Elle a 26 ans quand, après une jolie carrière de music-hall, elle débute au cinéma. Sa vie personnelle est déjà mouvementée. La profession ne lui fait aucun cadeau. Tout change quand elle signe un contrat avec Columbia Records et doit passer une audition pour ce qui sera son premier film Romance à Rio (Romance on the High Seas). La Warner Bros l'engage alors pour sept années sous contrat. Elle devient l'une de ses vedettes de film musical, genre particulièrement en vogue dans l'après guerre: La Femme aux chimères (Young Man With a Horn), Il y a de l'amour dans l'air (My Dream is Your Dream), I’ll See You in My Dreams et La Blonde du Far-West (elle y incarne Calamity Jane), son premier gros succès, doublé d'un hit en radio, "Secret Love".

Sans jamais quitter la musique, elle enregistre des dizaines de chansons, dont des duos prestigieux avec Frank Sinatra, Johnny Ray ou Bing Crosby, et elle poursuit son aventure au cinéma. Durant vingt ans, elle brillera sur le grand écran avant de devenir une star du petit écran avec The Doris Day Show. Puis, à l'instar de Brigitte Bardot, elle se consacrera aux droits des animaux (et crée la Doris Day Pet Foundation), et quitte le show-biz.

Sa carrière cinématographique prend un autre élan à partir de 1955. Extrêmement populaire, elle enchaîne Mademoiselle Porte-bonheur (Lucky Me) de Jack Donohue, Un amour pas comme les autres (Young at Heart), avec Sinatra et Les Pièges de la passion (Love Me or Leave Me) de Charles Vidor, avec James Cagney. Mais en 1956, elle change de registre, en étant la partenaire (et épouse à l'écran) de James Stewart dans un film d'Alfred Hitchcock, L'homme qui en savait trop. Ce rôle dramatique - leur enfant est enlevé - est un succès du box office et surtout, elle y chante son plus gros tube, "Que será, será".

Du musical ou de la comédie, elle passe ainsi au thriller ou au mélo. Elle tourne avec George Abbott et Stanley Donen (Pique-nique en pyjama (The Pajama Game)) et Gene Kelly (Le Père malgré lui (The Tunnel of Love)), confortant ainsi sa popularité avec son physique idéal de fiancée de l'Amérique. Elle a pour partenaire Clark Gable, Louis Jourdan, Richard Widmark, Jack Lemmon, David Niven... Mais c'est Confidences sur l'oreiller (Pillow Talk) de Michael Gordon en 1959, qui dévie une fois de plus son parcours. Elle y croise Rock Hudson et le film repart avec l'Oscar du meilleur scénario original. C'est aussi sa seule nomination aux Oscars, catégorie meilleure actrice.

Si la plupart de ses films sont d'honnêtes productions de l'époque (Piège à minuit (Midnight Lace), Pousse-toi, chérie (Move Over, Darling), La blonde défie le FBI (The Glass Bottom Boat), Un soupçon de vison (That Touch of Mink) avec Cary Grant), ce sont en duo avec Rock Hudson, plus encore qu'un autre partenaire habituel, Rod Taylor, qui restent davantage à l'esprit: Un pyjama pour deux (Lover Come Back) de Delbert Mann et Ne m'envoyez pas de fleurs (Send Me No Flowers) de Norman Jewison. Pourtant, elle a confessé plus tard, quand le "Rock" est mort du SIDA, qu'elle ignorait tout de l'homosexualité de celui-ci. Mais elle disait aussi que Rock Hudson était l'un des hommes les plus gentils qu'elle ait rencontré.

Cinq fois citée aux Golden Globes (et récipiendaire du Cecil B. DeMille Award en 1989 pour l'ensemble de son œuvre), la vedette jette l'éponge en 1968 côté plateaux de tournage. Elle a souvent manqué d'instinct, refusant par exemple le rôle de Maria dans La mélodie du bonheur ou celui de Mrs. Robinson dans Le lauréat. Avant tout chanteuse (600 chansons jusqu'en 1967), la crooneuse devient vedette cathodique durant quelques années. Avant de s'éclipser définitivement.

Sa blondeur, son mignon minois qui semblait de pas vieillir, étaient exploités par les studios pour en faire la "potiche" parfaite, alors que tout, dans sa vie privée comme dans son tempérament, montrait qu'elle en était l'inverse. Elle se battait pour que ses personnages soient d'ailleurs des femmes indépendantes et travailleuses.

Utilisée souvent pour sa voix et le chant, pour sa grâce et sa popularité (elle a été régulièrement l'actrice la plus bankable de l'année), elle n'a jamais vraiment trouvé le grand film de sa vie. Cela n'a pas empêché Doris Day d'être culte. On retrouve son nom dans plusieurs pop songs (Elton John, Billy Joel, Wham, Les Beatles).

Malgré son affichage pro-Républicain dans un milieu ouvertement Démocrate, Doris Day est restée l'une des vedettes les plus atemporelles d'un certain système hollywoodien. Sans grand film à son actif, et assez peu de grands cinéastes dans sa filmographie, elle est restée parmi les comédiennes qui ont marqué assurément leur époque. Pas le genre à faire du scandale (quatre mariages au passage), ni le genre de femme qui misait sur sa plastique: elle était l'antithèse de Liz Taylor ou de Marilyn Monroe. Ses plus beaux souvenirs étaient ceux des tournées (musicales) pas des tournages.

Champs-Elysées Film Festival: trois acteurs cultes en hommage (et en masterclass)

Posté par redaction, le 3 mai 2019

Le 8e Champs-Elysées Film Festival (18-25 juin) rendra hommage à trois comédiens cultes américains, qui ont su alterner série ou théâtre avec des blockbusters ou des films de genre et des films d'auteurs qui ont parcouru les festivals.

Des talents qui symbolisent le meilleur du 7e art américain. A travers eux, ce sont tous les styles du cinéma américain contemporain qui seront célébrés, de Wes Anderson à David Lynch, d’Abel Ferrara à Robert Altman, de Woody Allen à Tim Burton.

- Jeff Goldblum donnera une masterclass le mardi 18 juin à 17h au cinéma le Balzac. Sa venue se fait à l’occasion de la sortie du film The Mountain de Rick Alverson (le 10 juillet 2019 en salles) qui sera présenté en avant première le mercredi 19 juin à 20h30 au PublicisCinémas.

Depuis Les Flambeurs de Robert Altman en 1974, Jeff Goldblum a tourné plusieurs fois avec Philip Kaufman (L’invasion des profanateurs, L’étoffe des héros), Lawrence Kasdan (Les copains d’abord, Silverado), Wes Anderson (La vie aquatique, The Grand Budapest Hotel, L’île aux chiens) ou encore Roger Michell (Morning Glory, Un week-end à Paris). On l'a évidemment vu dans Annie Hall de Woody Allen, La Mouche de David Cronenberg, ou chez Steven Spielberg (Jurassic Park) et Roland Emmerich (Independence Day), et même l’univers de Marvel en tant que Grand Maître. Rappelons qu'il a aussi réalisé un court métrage nommé pour l'Oscar du Meilleur court métrage de fiction, Little Surprises.

- Kyle MacLachlan donnera une masterclass le jeudi 20 juin à 20h au PublicisCinémas. À l’occasion de sa venue, les épisodes 1,2 et 8 de la saison 3 de la série Twin Peaks de David Lynch seront projetés gratuitement en sa présence. Les films de sa rétrospective seront annoncés prochainement.

Le parcours de Kyle MacLachlan est intrinsèquement lié à l’œuvre intrigante de David Lynch. Le cinéaste le révèle avec Dune il y a 35 ans. Le comédien y joue trois rôles. S’ensuivent Blue Velvet et surtout Twin Peaks avec le personnage de l’agent Dale Cooper, qui lui vaut un Golden Globe : il tourne trois saisons et un film, Twin Peaks : Fire Walk with Me. On l'a aussi remarqué chez Oliver Stone (The Doors), Bruce Beresford (Rich in Love, Peace Love and Misunderstanding), John Frankenheimer (Against the Wall), Paul Verhoeven (Showgirls), Mike Figgis (Time Code), Eli Roth (La prophétie de l’horloge). Il sera bientôt chez Steven Soderbergh (High Flying Bird).

N'oublions pas sa riche carrière télévisuelle avec Sex and the City, Desperate Housewives, How I Met Tour Mother, The Good Wife et bientôt Atlantic Crossing. Kyle MacLachlan sera présent à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes avec le moyen-métrage de Luca Guadagnino, The Staggering Girl puis dans Fonzo, aux cotés de Tom Hardy, et Tesla, dans le rôle d’Edison face à Ethan Hawke.

- Christopher Walken donnera une masterclass le vendredi 21 juin à 19h30 au cinéma Gaumont Champs-Élysées. Une rétrospective de ses films sera annoncée prochainement.

L'acteur est arrivé tardivement au cinéma, après une belle carrière au théâtre ou dans des comédies musicales. Cet acteur, danseur et chanteur, a fait ses premiers pas au cinéma avec Paul Mazursky (Next Stop Greenwich Village), Woody Allen (Annie Hall) et James Ivory (Roseland) avant de rencontrer Michael Cimino (Voyage au bout de l’enfer, Oscar du meilleur second-rôle masculin, La porte du Paradis). Il est à l'affiche de Dead zone de David Cronenberg, un James Bond (Dangereusement vôtre), Comme un chien enragé de James Foley, Milagro de Robert Redford ou Biloxi Blues de Mike Nichols. Mais il gagne en popularité avec Tim Burton (Batman le défi, Sleepy Hollow), Steven Spielberg (Arrête-moi si tu peux), Tony Scott (True Romance, Man on Fire, Domino), et Quentin Tarantino (Pulp Fiction).

Christopher Walken a tourné quatre films avec Abel Ferrara, mais il a aussi navigué dans des univers aussi différents que ceux de Clint Eastwood (Jersey Boys), Todd Solondz (Dark Horse), John Turturro (Romance and Cigarettes), et dans des succès comme Serial noceurs, Hairspray et Eddie the Eagle. On peut le voir depuis février sur Netflix dans le mélodrame Mon âme sœur. Son prochain film est War with Grandpa, avec Robert de Niro et Uma Thurman.

Remember John Singleton (1968-2019)

Posté par vincy, le 29 avril 2019


John Daniel Singleton, né le 6 janvier 1968, est mort ce 29 avril à l'âge de 51 ans des suites d'un AVC. Il était tombé dans le coma il y a une dizaine de jours.

Il avait émergé dans la planète cinéma avec Boyz N the Hood en 1991, après des études de cinéma à USC, lauréat de trois bourses d'écritures. En filmant la jeunesse d'un ghetto de Los Angeles, avec Laurence Fishburne, Cuba Gooding Jr. et le rappeur Ice Cube, il devient le "Spike Lee" californien. Le film connaît un beau succès et Singleton est nommé comme meilleur réalisateur et meilleur scénariste aux Oscars. L'année suivante, il met en scène Eddie Murphy, alors star planétaire, dans un clip de Michael Jackson, "Remember the Time". Fan de musique, ses films ont toujours une bande originale très soignée.

Malheureusement, ce début en fanfare s'accompagne de deux mauvais films par la suite, Poetic Justice, avec Janet Jackson, Tupac Shakur et Regina King, et Higher Learning, parabole du vivre ensemble. Il poursuit son parcours avec un film historique de 2h20, Rosewood, histoire vraie d'un massacre d'Afro-américains en Floride dans les années 1920. Ving Rhames, Don Cheadle, John Voight sont au générique.

Mais c'est avec Shaft, reboote de la saga des années 1970, qu'il connaît à nouveau le succès (70M$). Le film d'action, avec Samuel L. Jackson et Christian Bale, trouve son public, même si aucune suite n'aura lieu. Trop irrégulier (le film suivant, Baby Boy fait un flop malgré un Léopard d'or à Locarno), le réalisateur s'évertue quand même, dans tous les genres, à dessiner le destin de héros noirs dans une Amérique dépeinte comme fracturée socialement, financièrement.

En 2003, il signe 2 Fast 2 Furious, de loin son plus gros carton (240M$ dans le monde), et son plus gros budget. Cela dilue un peu plus son savoir-faire dans des films de commande. Idem pour le suivant, Four Brothers (avec Mark Wahlberg en tête d'un casting comprenant Tyrese Gibson, Garrett Hedlund, Terrence Howard, Josh Charles, Chiwetel Ejiofor et Taraji P. Henson) Malgré sa violence, le film encaisse 74M$ aux USA. En reniant sa force - le portrait des afro-américains dans un monde dominé par les blancs -  il se fourvoie avec Identité secrète, thriller paranoïaque avec Taylor Lautner, Lily Collins, Alfred Molina, Maria Bello, Jason Isaacs et Sigourney Weaver.

Si au cinéma, le brillant Singleton n'a jamais trouvé de quoi faire sa place, ça n'a pas été le cas à la télévision pour laquelle il a créé, produit, scénarisé et en partie réalisé Snowfall. Il a également réalisé des épisodes d'Empire, American Cime Story et Billions.

Il a toujours critiqué les studios de ne pas laisser les réalisateurs noirs mettre en scène des blockbusters et de ne pas produire des films racontant l'histoire des noirs, mais il a aussi craint une forme d'homogénéisation et de banalisation dictées par le système. Autrefois cinéaste culte avec son regard si singulier sur sa communauté, tenant d'apporter une autre vision des choses, il est devenu un faiseur brillant, qui n'a jamais pu ou su trouver sa place, en cherchant à démontrer qu'un réalisateur noir pouvait être aussi bankable que les autres.

Avengers Endgame et Game of Thrones: la collapsologie fait un carton

Posté par redaction, le 29 avril 2019

Avengers Endgamea tué le jeu. 350 millions de $ au box office nord-américain, record absolu, 1,2 milliards de $ au total dans le monde, du jamais vu. Aux Etats-Unis, en trois jours et un soir, le film se classe déjà 50e du box office historique, 203e si on ajuste le dollar à l'inflation au niveau de Twilight : New Moon et de Comment se débarrasser de son patron?. Au niveau mondial, c'est la 18e recette la plus importante, grâce notamment à un score monstrueux en Chine (300M$). Il a fracassé tous les records pour un week-end d'ouverture. Le film a déjà battu le score final de Captain America: Civil War, égalisant même celui d'Iron Man 3. En France, Avengers a attiré 2,8 millions de spectateurs en 5 jours, soit le 6e meilleur démarrage de l'histoire et le plus important depuis 2008.

On observe le même carton avec la série Game of Thrones, dont la 8e saison annonce l'épilogue. Elle a démarré aux USA avec 17,4 millions de téléspectateurs lors de son lancement mi-avril, là encore un record. En sept saisons, la saga avait multiplié par cinq son audience. La progression se poursuit. Et on ne compte pas le téléchargement illégal, alors que GOT reste la série la plus piratée du monde.

On écrit dans notre critique d'Avengers: Endgame: "De ce mois d’avril 2019, on ne retiendra que l’ultime saison de Game Of Thrones côté séries. Mais côté cinéma, on ne saurait faire plus incontournable qu’Avengers : Endgame. Peut-être parce que dans les deux cas, il y aura un avant et un après."

C'est très clair. mais surtout, les deux "achèvements" de ces méga-franchises traduisent deux tendances sociologiques plus profondes.

Les deux histoires, jouant avec les mythes, racontent finalement l'effondrement du monde. Dans Game of Thrones, cela passe par une multitude de morts, dont aucun héros n'est à l'abri. Environ 400 personnages quittent le monde des vivants. Les stars sont souvent plus protégée, autrement dit essentiellement ceux qui sont apparus au début de la série, mais on sait que personne n'est immortel, pas même les nobles.

Chez les super-héros de Marvel, c'est la moitié d'entre eux qui a disparu à la fin d'Avengers: Infinity War. La sélection guerrière de GOT est remplacée ici par une volonté d'assainir le cosmos de son surplus démographique, désastreux pour l'équilibre économique, social et écologique. Si on savait déjà que certains allaient ressurgir d'outre-tombe, il n'empêche que la théorie de Thanos était bien similaire à celle de la bataille de Winterfell: l'espèce est menacée.

Les deux grandes sagas de l'année, de la décennie même, illustrent finalement la théorie de l'effondrement, ou collapsologie, décrite dans un livre écrit par Pablo Servigne et Raphaël Stevens au printemps 2015. Notre monde va dans le mur: le chaos est proche et l'humanité est menacée d'extinction. Ce discours est évidemment simplifié dans les deux récits chevaleresques, mais il rencontre un écho inconscient chez les spectateurs, qui s'identifient très bien à cet enjeu apocalyptique, bien plus qu'à une guerre nucléaire ou extra-terrestre. On reproche d'ailleurs souvent l'aspect sombre des scènes les plus spectaculaires, l'obscurité étant un facteur dramaturgique.

This is the End

A cela s'est ajouté une montée en puissance des deux franchises en terme de narration. Les spectateurs adorent les conclusions: celles qui sont définitives, quitte à renaître autrement. La finalité des choses, comme la mort l'est avec la vie, a son importance. Comme lorsqu'on lit un livre qu'on adore, on sait que la frustration peut-être là, mais on est satisfait d'avoir terminé l'histoire. En annonçant leurs adieux, les Avengers et Game of Thrones ont capitalisé sur une fanbase conquise d'avance et prête pour les accompagner ... jusqu'à la mort."Part of the journey is the end" rappelle Iron Man dans le film.

Il n'y a rien de pire qu'une franchise ou une série qui ne sait pas se terminer à temps. On l'a vu avec Harry Potter (apothéose réussie, spin-off moins convaincants), les Pirates des Caraïbes et Transformers (sans fin, et perdant leurs publics), Le seigneur des anneaux (qui se suffisait à lui-même, sans décevoir avec Le Hobbit), ou encore Shrek et L'âge de glace qui, au-delà du troisième épisode, perdaient de leur intérêt.

Ou alors il faut savoir se réinventer, comme Star Wars, qui a sur rebondir après une deuxième trilogie trop opportuniste et moins performante. Pour Marvel, c'est le moment de se renouveler avec les Eternels, Black Widow, Shang-Chi, Docteur Strange, Black Panther, les Gardiens de la Galaxie et Captain Marvel. Pour HBO, il s'agir d'explorer la mythologie de Game of Thrones en allant dans le passé, en amont de l'histoire. Une histoire sans fin définitive, finalement, un peu à la manière des mangas.

Mais, en rappelant que tout bonheur a un but (et un épilogue), et que personne n'est immortel, les Avengers comme Game of Thrones nous rappellent que la vie est courte et aléatoire. Mais aussi que le monde autour de nous est peut-être en train de s'effondrer. Bizarrement, tout le monde le sait, mais personne ne veut être spoilé.

Jeff Bridges et Jane Fonda honorés à Hollywood

Posté par vincy, le 22 décembre 2018

Ils ont en commun d'être oscarisés, enfants de la balle (avec des pères acteurs), d'être engagés. Jeff bridges et Jane Fonda vont être honorés en janvier à Hollywood.

Les Golden Globes ont choisi Jeff Bridges comme lauréat du prestigieux Cecil B. DeMille Award pour la prochaine cérémonie qui aura lieu le 6 janvier.

Il succède à Oprah Winfrey dans ce palmarès glorieux qui comprend George Clooney, Robert De Niro, Audrey Hepburn, Harrison Ford, Jodie Foster, Sophia Loren, Martin Scorsese, Steven Spielberg, Meryl Streep, Denzel Washington, et tant d'autres.

A 69 ans, Jeff Bridges, fils de l'acteur Lloyd Bridges, aligne déjà 60 ans de carrière (il a commencé enfant). Il a tourné avec Peter Bogdanovich (qui le révèle avec The Last Picture Show en 1971), John Huston, John Frankenheimer, Michael Cimino, John Carpenter ... alternant films SF et films d'auteurs, beaux succès (comme King Kong en 1976) et gros bides. Sans être la star catégorie A d'Hollywood, il a toujours su être respecté, grâce à son talent et parfois à ses choix de films.

On l'a vu chez les plus grands mais pas forcément dans leurs meilleurs films tels Hal Ashby, Francis Ford Coppola, Alan J. Pakula, Ridley Scott, Walter Hill... Mais on s'en souvient aussi séduisant dans Susie et les Baker Boys (The Fabulous Baker Boys) de Steven Kloves, flamboyant dans The Fisher King de Terry Gilliam, survivant dans État second (Fearless) de Peter Weir. Avant d'incarner un Duc culte et légendaire, de créer ce personnage mythique du 7e art dans The Big Lebowski de Joel et Ethan Coen. On est en 1998. Dix ans de traversée du désert (que des mauvais films ou presque) plus tard, Bridges va renaître en second-rôle de blockbusters: Iron Man, Tron legacy, Kingsman: The Golden Circle... Avec True Grit des frères Coen et son Oscar et Golden Globe du meilleur acteur (Crazy Heart de Scott Cooper), il connaît son sacre en 2010. Il a été sept fois nommé aux Oscars, la dernière datant de 2016 pour Hell or High Water.

13 jours plus tard, c'est la Producers Guild of America qui décernera sa plus haute récompense, le Stanley Kramer Award à Jane Fonda, pour "son extraordinaire héritage et son rôle de porte-parole des plus démunis dans notre société". Récemment honorée par le Prix Lumière à Lyon, Jane Fonda, fille d'Henry Fonda, 80 ans, deux Oscars (sur 7 nominations), a été à la fois une personnalité politiquement et socialement engagée, en plus d'être une des stars les mieux payées à Hollywood dans les années 1960-1970. Paradoxalement, ce prix de la guilde des producteurs distingue une comédienne qui n'a été que rarement productrice (hormis sa récente série Grace & Frankie). Au cinéma, on l'a vue récemment Youth de Paolo Sorrentino, Le Majordome de Lee Daniels et Book Club de Bill Holderman.

Habituellement le Stanley Kramer Award récompense les producteurs d'un films aux enjeux sociaux portant des valeurs progressistes et humanistes. Seul un acteur avait jusque là reçu ce prix, Sean Penn, en 2010. Jane Fonda est donc la première actrice en son nom à être ainsi distinguée.

Les Oscars d’honneur récompensent des proches de Spielberg, le compositeur Lalo Schifrin et l’actrice Cicely Tyson

Posté par vincy, le 19 novembre 2018

L'Académie des Oscars a remis ses statuettes d'honneur ce week-end lors des Governors Awards, assombris par les incendies meurtriers en Californie.

Le compositeur né en Argentine Lalo Schifrin, récompensé par 5 Grammy Awards, six fois nommé aux Oscars, a reçu son oscar des mains de Clint Eastwood. On lui doit évidemment le thème de Mission:Impossible (1967), l'un des plus connus dans le monde. Mais il a aussi composé les musiques de Luke la main froide, Le Kid de Cincinnati, Bullitt, Dirty Harry, Amityville, Rango, Rush Hour 2 (et 3)... Pour le petit écran, il a notamment écrit les thèmes de The Man from U.N.C.L.E., Mannix et Starsky & Hutch.

"La musique pour les films, c'est comme écrire une lettre. La musique pour la télévision, c'est comme écrire un télégramme..." expliquait-il.

L'actrice Cicely Tyson, bientôt 94 ans, nommée à l'Oscar  et au Golden Globe de la meilleure actrice pour Sounder de Marin Ritt en 1973, 3 fois primée aux Emmy Awards, et lauréate d'un Tony Award (meilleure performance dans une pièce de Broadway), est une des actrices africaines-américaines les plus respectées de la profession. C'est Quincy Jones qui lui a remis son Oscar. Cicely Tison a été mariée à Miles Davis. Si elle a préféré la scène et le petit écran (notamment dans House of Cards et Murder ces dernières années), on l'a vue au cinéma dans Airport 80, Beignets de tomates vertes, Madea grand-mère justicière, La couleur des sentiments ou Alex Cross.

Enfin, Marvin Levy est le premier publiciste à avoir été distingué hier soir par les Oscars. Ce RP a commencé son métier à la MGM avec Gigi et Ben Hur. Il a travaillé sur des films comme Taxi Driver et Kramer contre Kramer. Mais c'est avec Steven Spielberg, depuis 1977, qu'il est a passé le plus de temps, travaillant sur les films du réalisateur comme ceux d'Amblin, sa société de production.

Ce sont deux autres proches de Spielberg qui ont d'ailleurs reçu le prestigieux Irving G. Thalberg Memorial Award. Le couple de producteurs Frank Marshall (par ailleurs réalisateur) et Kathleen Kennedy (actuelle présidente de LucasFilm), ont produit notamment les Indiana Jones et Jurassic World, la franchise Retour vers le futur, et des films de David Fincher, M. Night Shyamalan, Clint Eastwood, Tony Gilroy, Paul Greengrass; Martin Scorsese... Autant dire qu'ils détiennent le record de recettes au box office d'Hollywood.