Les 36 aspirant.e.s pour les César 2018 dans la catégorie espoir

Posté par redaction, le 13 novembre 2017

Le Comité Révélations de l’Académie des César a dévoilé ce lundi 13 novembre la liste des 36 comédiennes et comédiens qui sera soumise transmise à titre strictement indicatif aux membres votants de l’Académie, afin de faciliter leur vote pour les César 2018 du Meilleur Espoir Féminin et du Meilleur Espoir Masculin.

Ou devra-t-on dire le César Chanel du meilleur espoir féminin/masculin puisque le "Projet Révélations" est officiellement sponsorisé par la marque de luxe, nouveau "Partenaire Officiel de l’Académie des César" (des majuscules partout dans le communiqué, ça impressionne plus).

"La Maison CHANEL, tant dans ses activités Mode, Horlogerie-Joaillerie et Parfums Beauté, soutient le projet des Révélations mais aussi l'ensemble des activités de l'Académie dans la mise en avant, la reconnaissance et la découverte des talents" indique l'Académie des César, qui, en échange, espérons-le, pourra baisser le ticket d'entrée pour être dans le fameux coffret (ceci expliquant que certaines productions indépendantes ne soient jamais nommées).

Inflation et oublis

En regardant la liste (deux de plus que les deux dernières années, quatre de plus qu'en 2014: il y a inflation pour un nombre toujours égal de 10 finalistes) on note que 120 battements par minute place trois de ses acteurs. Le sens de la fête est distingué par deux comédiens et une comédienne. Que Grave et Noces jouent la parité avec une citation dans chaque catégorie. Il y a aussi quelques habitués de cette liste tels Finnegan Oldfield, Alice Isaaz, Solène Rigot et Marc Zinga qui reviennent cette année dans les "nominables".

Parmi les Révélations des années précédentes qui étaient sélectionnables, Félix Moati, Stacy Martin, Sara Giraudeau, Dara Tromboff, Swann Arlaud ont été tous oubliés mais peuvent évidemment se retrouver soit nommés directement par les votants, soient choisis pour d'autres catégories.

Les Révélations 2018 – Comédiennes :

Noée Abita dans Ava
Sveva Alviti dans Dalida
Iris Bry dans Les Gardiennes
Louise Chevillotte dans L’amant d’un jour
Adeline d’Hermy dans Maryline
Laetitia Dosch dans Jeune femme
Lina El Arabi dans Noces
Esther Garrel dans L’amant d’un jour
Ana Girardot dans Ce qui nous lie
Eye Haïdara dans Le sens de la fête
Alice Isaaz dans Espèces menacées
Camélia Jordana dans Le Brio
Lyna Khoudri dans Les Bienheureux
Garance Marillier dans Grave
Daphné Patakia dans Djam
Paméla Ramos dans Tous les rêves du monde
Solène Rigot dans Orpheline
Ella Rumpf dans Grave

Les Révélations 2018 – Comédiens :

Khaled Alouach dans De toutes mes forces
Adam Bessa dans Les Bienheureux
Damien Chapelle dans Espèces menacées
Idir Chender dans Carbone
Redouanne Harjane dans M
Sébastien Houbani dans Noces
Alban Ivanov dans Le sens de la fête
Benjamin Lavernhe dans Le sens de la fête
Matthieu Lucci dans L’Atelier
Rabah Naït Oufella dans Grave
Nekfeu dans Tout nous sépare
Finnegan Oldfield dans Marvin ou la belle éducation
Pablo Pauly dans Patients
Nahuel Pérez Biscayart dans 120 battements par minute
Antoine Reinartz dans 120 battements par minute
Ahmed Sylla dans L’Ascension
Arnaud Valois dans 120 battements par minute
Marc Zinga dans Nos Patriotes

Edito: Jours de l’espoir perdu

Posté par redaction, le 15 mars 2017

Il y aurait de quoi désespéré avec cette actualité! Allez c'est bientôt le printemps, dans un mois les films cannois seront connus. Et cette semaine quatre grands films sortent sur les écrans. Inégalement sans doute.

Mais leurs différences et leurs qualités méritent de se détourner des comédies françaises un peu faciles dont le pitch a été pioché dans les magazines féminins et des blockbusters américains où les effets visuels impressionnent plus que le récit.

Chacun à leur manière, James Gray, Aki Kaurismäki, Jérôme Reybaud et Julia Ducournau racontent une quête de soi. L'idée de trouver ou/et retrouver la part humaine et la part de paix qui se sont enfouies sous notre animalité et sous notre folie.

Dans son entretien avec Ecran Noir, l'acteur Sherwan Haji regrette que les médias ne fassent pas plus de place à l'amour et à la solidarité. On pourrait ajouter à la culture et aux progrès de la science. Cela peut d'ailleurs expliquer le succès de films comme Demain ou Intouchables.

Que ce soit l'obsessionnelle découverte d'un monde inconnu dans The Lost City of Z, la bienveillance par rapport à l'étranger dans L'autre côté de l'espoir, la rencontre curieuse des autres dans Jours de France ou la difficile acceptation d'être autre dans Grave, les films montrent que c'est en allant par-delà nos peurs - qui ne doivent pas guider notre avenir comme le rappelle le personnage de Sienna Miller dans le James Gray - qu'on peut se construire, s'enrichir et s'épanouir.

Alors que nous baignons dans un torrent de fake news pas filtrées, le cinéma, à travers son sens de la fiction, n'a jamais semblé aussi près de la vérité en faisant de l'humain son matériau brut, de la nature humaine son inspiration. Chaque être devient ainsi une possible porte ouverte vers un inconnu incertain, désirable et mystérieux. Tout n'est pas perdu. Rien n'est vraiment grave. Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas: il y a définitivement un autre côté à explorer et ça s'appelle l'espoir.

Gérardmer 2017: un palmarès surprenant

Posté par cynthia, le 2 février 2017

La 24ème édition du festival du film fantastique de Gérardmer s'est achevée dimanche dernier en révélant un palmarès plus que surprenant.

Grosse surprise qui nous a écarquillé les yeux, le sublime Split de Night Shamaylan a été snobbé. Nous ne comprenons toujours pas pourquoi. L'histoire de ce psychopathe aux 23 personnalités avait conquis les spectateurs mais pas au point de détrôner le cannibalisme de la réalisatrice Julia Ducourau avec Grave, déjà salué à la Semaine de la Critique 2016, et qui sort en salles le 15 mars prochain. La triste aventure d'une végétarienne devenue cannibale emporte le grand prix ainsi que le prix de la critique. Pourtant, nous ne nous inquiétons pas pour Split qui domine le box office US depuis une semaine.

Notre coup de cœur du festival, On l'appelle Jeeg Robot de Gabriele Mainetti emporte le prix du jury et quant au merveilleux The Girl with all the Gifts de Colm McCarthy, il emporte les prix de la meilleure musique originale et le prix du public. A noter enfin que c'est le sublime Limbo de Konstantina Kotzamani qui a séduit le jury courts-métrages. Cette parabole hypnotisante sur une bande d'enfants confrontés au grand choc de la différence et de phénomènes qui les dépassent avait elle-aussi été présentée à la Semaine de la Critique en 2016.

Grand Prix
soutenu par la Région Grand Est
Grave de Julia Ducournau
(France & Belgique)

Prix du jury (ex-aequo)
Under the shadow de Babak Anvari
(Royaume-Uni, Qatar, Jordanie & Iran)

Prix du jury (ex-aequo)
On l'appelle Jeeg Robot de Gabriele Mainetti (Italie)

Meilleure musique originale
soutenu par la SACEM
Cristobal Tapia de Veer
pour The Girl with all the Gifts de Colm McCarthy
(Royaume-Uni)

Prix de la critique
Grave de Julia Ducournau
(France & Belgique)

Le prix du public
soutenu par la Ville de Gérardmer
The Girl with all the Gifts de Colm McCarthy
(Royaume-Uni)

Le prix du jury Syfy
Under the shadow de Babak Anvari
(Royaume-Uni, Qatar, Jordanie & Iran)

Le prix du jury jeune de la Région Grand Est
The autopsy of Jane Doe de André Øvredal
(Royaume-Uni)

Grand prix du court-métrage
avec le soutien de Make Up For Ever
Limbo de Konstantina Kotzamani
(France & Grèce)

Gérardmer 2017: du sang, du gore, du glam et un clown en perspective

Posté par cynthia, le 17 janvier 2017

poster affiche gerardmer 2017À une semaine de son ouverture, le 24e festival international du film fantastique de Gerardmer (25-29 janvier) dévoile un programme alléchant et un jury glamour.

Enfin presque: parce que Gérardmer c'est aussi une vision décalée du monde qu'annonce d'emblée le dossier de presse: "Il sied au Festival de Gérardmer d’être un observateur privilégié des dérèglements chaotiques de la psyché humaine, générant des pathologies dont le genre fantastique se fait l’écho. Fugace audace dont on ne se lasse. Amis paranoïaques, schizophrènes, vampires, cannibales, zombies, bipolaires, ressuscités, sorcières, venez tous vous réjouir dans l’enclos de vos passions." Vaste programme.

Présidé par le comédien Jean-Paul Rouve, le jury sera composé des actrices Florence Loiret Caille et Audrey Fleurot, du duo musical rock & pop Aaron, du comédien Olivier Baroux et des réalisateurs Louis Leterrier et Hervé Hadmar.

La programmation de la 24e édition, se place cette année encore sous le signe de l’éclectisme avec notamment Orgueil et préjugés et zombies de Burr Steers ou l'adaptation loufoque d'un livre adapté lui-même de l'oeuvre de Jane Austen (les zombies en plus) avec la sublime Lily Jams (Cendrillon) et le bien trop sexy Douglas Booth (The Riot Club) ou encore le calvaire d'un père emprisonné dans un costume de clown dans Clown premier film de Jon Watts, réalisateur du prochain Spider-man. On pourra aussi voir Noomi Rapace dans Rupture de Steven Shainberg et tout en frémir d'impatience pour voir le sensationnel Grave premier film de Julia Ducournau qui conte l'histoire d'une végétarienne devenue... cannibale. Rien que ça! Nous allons adorer aller à la cafétéria du festival après ça. Et "last but nos least", nous dévouvrirons avec plaisir (et dès l'ouverture) le Split de Night Shamaylan où James McAvoy incarne avec brio un schizophrène.

Compétition
The Autopsy of Jane Doe d’André Øvredal (Royaume-Uni)
Clown de Jon Watts (Canada, États-Unis) - 1er film
The Girl With All the Gifts de Colm McCarthy (Royaume-Uni) - 2e film, avant-première
Grave de Julia Ducournau (France, Belgique) - 1er film
On l’appelle Jeeg Robot de Gabriele Mainetti (Italie) - 1er film
Orgueil et préjugés et zombies de Burr Steers (États-Unis, Royaume-Uni)
Realive de Mateo Gil (Espagne, France)
Rupture de Steven Shainberg (Canada, États-Unis) - avant-première
Split de M. Night Shyamalan (États-Unis) - film d’ouverture et avant-première
Under the Shadow de Babak Anvari (Royaume-Uni, Qatar, Jordanie, Iran) - 1er film

Hors compétition, nous retrouverons le documentaire consacré à David Lynch, David Lynch: the Art Life de Jon Nguyen, Rick Barnes et Olivia Neergaard-Holm etL’enfer des zombies de Lucio Fulci (1979), en version restaurée.

Le festival proposera une série de films sur le thème Holidays avec une anthologie de huit films d’épouvante qui revisitent les fêtes traditionnelles.

Enfin, plusieurs avant-premières sont également au programme, comme Underworld: Blood Wars d’Anna Foerster et Viral d’Henry Joost et Ariel Schulman. Incarnate de Brad Peyton clôturera le festival.

Le festival rendra également hommage au réalisateur japonais Kiyoshi Kurosawa (Real, Loft, Kaïro, Cure, Vers l'autre rive, prix de la mise en scène à Un certain regard au Festival de Cannes 2015, Le secret de la chambre noire). "Kiyoshi Kurosawa, qui nous fait l’honneur d’accepter notre Hommage, a lui-même, à travers son œuvre, exploré les ténèbres de l’âme humaine, révélant de manière magistrale les lois binaires de notre dualité, parfois salvatrice et vivifiante, parfois meurtrissante. Ce maître du cinéma élève le
genre, de spectral ventral à luminescence des sens
" rappelle le directeur du festival, Bruno Barde.

Bilan 2016 : le cinéma de genre en mutation

Posté par kristofy, le 28 décembre 2016

C’était quoi le cinéma de genre en 2016 ?

Depuis quelques années, en fait depuis Paranormal Activity en 2007, les films qui ont pour unique promesse de faire sursauter le spectateur avec des apparitions fantômes dans le noir ou des possessions démoniaques se suivent et se ressemblent presque tous. Cette année il y a eu par exemple Conjuring 2: le cas Enfield (29 juin), Dans le noir (24 août), Ouija : les origines (2 novembre), Don’t Breathe, la maison des ténèbres (5 octobre), et même un remake du légendaire Blair Witch (21 septembre). A noter d’ailleurs que deux films français qui, à leur manière, ont marqué le cinéma de genre tricolore ont eu leur remake en langue anglaise, Martyrs et A l’intérieur (mais aucun des deux n'est sorti en salles).

Et en France ? Il y a eu cinq films notables en 2016 qui, bien que très différents les uns des autres, ont été intéressants pour le ‘genre’. Julien Séri est enfin de retour avec Night Fare (13 janvier) et son mystérieux chauffeur de taxi, suivi de Julien Leclercq avec ses Braqueurs (4 mai). Jean-François Richet s’est retrouvé de nouveau aux commandes d’un film américain (10 ans après le remake de Assaut sur le central 13) avec Blood father (31 août) et signe par la même occasion le retour en grâce de Mel Gibson lors d’une séance de minuit au Festival de Cannes.

Cependant le genre français aura été beaucoup mieux conjugué au féminin, avec deux réalisatrices. Contrairement à leurs homologues masculins très influencés par des références américaines qu’ils reproduisent (comme ceux précédemment cités), celles-ci ont mis en images un univers bien à elles. Il y eu Evolution (16 mars) de Lucile Hadzihalilovic (qu’on attendait depuis 10 ans après Innocence) avec un petit succès d’estime et des récompenses aux festivals de San Sebastian et de Gérardmer. Mais le véritable évènement du genre a été découvert à Cannes puis récompensé dans divers festivals (Sitges, Toronto, Strasbourg, PIFFF…) et dont la sortie a été reculée au 15 mars 2017 (en parallèle avec une sortie aux Etats-Unis) : il s'agit de Grave de Julia Ducournau.

Aussi surprenant que cela paraisse le Festival de Cannes a mis en avant cette année ce genre peu habitué au glamour : Grave (à La Semaine de la Critique), Dog Eat Dog de Paul Schrader (Quinzaine des Réalisateurs), The Transfiguration de Michael O'Shea (Un Certain Regard), The Neon Demon de Nicolas Winding Refn (en compétition), The Strangers de Na Hong-jin (hors-compétition) et Dernier train pour Busan de Yeon Sang-ho (séance de minuit).

Dans les salles de cinéma, pourtant, c'est plutôt la désaffection, à quelques exceptions près. Le spectre était pourtant varié : Midnight Special de Jeff Nichols (16 mars), 10 Cloverfield Lane (16 mars), Hardcore Henry (13 avril), Green Room de Jeremy Saulnier (27 avril), American Hero (8 juin), The Witch (15 juin), American Nightmare 3: Élections (20 juillet), The Wave (27 juillet), Dernier train pour Busan (17 août), Premier Contact de Denis Villeneuve (7 décembre), soit des extra-terrestres, des montres, des tueurs immortels, des dons surnaturels, une catastrophe naturelle, de la sorcellerie, des zombies et la fin de l'humanité.

Finalement, ce que l'on retient c'est bien le renouvellement du genre. Reprendre les vieilles recettes et les refaire non pas seulement au goût du jour, avec les moyens actuels, mais bien avec un point de vue singulier, une envie de surprendre, une volonté de donner au "genre" une profondeur avec plusieurs niveaux de lecture ou d'en faire une expérience physique et cérébrale, repoussant les limites du supportables ou explorant les limbes de nos cauchemars.

Cependant certains des meilleurs films seront restés eux invisibles, à l'exception de quelques projections dans certains festivals. Comme nous le disions récemment : « Les films fantastiques, avec des zombies, des vampires, d'horreur etc... ne manquent pas dans la production mondiale. Régulièrement les productions hollywoodiennes arrivent dans les salles. Ceux là parviennent à dépasser les 300000 entrées (voir atteindre les 700000 spectateurs comme American Nightmare 3 ou 1,5 million de spectateurs comme Conjuring 2. Pour les autres, c'est plus compliqué. Malgré leur excellente réputation et leur carton dans leur pays, les films coréens, espagnols ou japonais ont du mal à s'exporter. Et ne parlons pas du cinéma français qui prend des pincettes à produire des films de ce genre et qui quittent rapidement l'affiche une fois sorti. Quand ils ont été distribués. Qu'on aime ou pas ce genre de films, il s'agit quand même d'une diversité qu'il faudrait mieux défendre, mieux préserver. Il a peut être mauvais genre mais c'est du cinéma. Il n'y a pas de raison qu'il soit un passager clandestin dans les salles ou un apatride squattant les ordinateurs, souvent en téléchargement illégal, ou la vidéo à la demande. »

Mon film de l’année : Peace to us in our dreams de Sharunas Bartas, humanisme à l’état brut

Posté par MpM, le 25 décembre 2016

Pour qui tient Sharunas Bartas pour une sorte de chaman aux pouvoirs quasi mystiques, Peace to us in our dreams ne peut pas être un film comme les autres. Parce que chaque nouvelle production du cinéaste lituanien est un événement, bien sûr, qui fut d'ailleurs accompagné d'une rétrospective au Centre Pompidou. Mais aussi parce que dès le titre, c’est déjà un programme, presque une promesse. La certitude d’assister à un moment de cinéma tout en participant à une expérience profondément universelle.

Le mal de vivre des personnages, leurs doutes et leurs interrogations, leurs lâchetés et leurs faiblesses, aussi, en font donc pour moi le film le plus marquant de l’année 2016, celui qui hante longuement le spectateur, et l’oblige même à y revenir encore, et encore, dans l’espoir d’y trouver à chaque fois quelque chose de plus. Pas de réponses, non, mais ce sentiment unique de ne pas être seul. Voilà sans doute la plus grande force du cinéma de Sharunas Bartas en général, et de son dernier long métrage en particulier : nous relier au reste de l’Humanité par le biais d’une immense fraternité non pas formelle, mais essentielle, voire originelle.

Le film prouve ainsi que l’incommunicabilité bien réelle qui est au cœur du récit, et qui empêche les Hommes de se comprendre et d’être véritablement ensemble, peut être dépassée par le langage visuel et sensoriel du cinéma. Grâce à Peace to us in our dreams, à cet art si fragile et si ténu, exigeant aussi, on s’est tout simplement senti moins seuls cette année.

Deux autres types de films ont profondément marqué cette année 2016 par ailleurs si brutale et douloureuse : les récits de lutte et de résistance, qui rappellent qu’aucun combat n’est perdu d’avance, et les œuvres plus formelles, qui explorent toutes les ressources du langage cinématographique, quitte à s’abstraire parfois de récit et de narration au profit d’une expérience esthétique plus expérimentale.

Sélection subjective par ordre alphabétique :

Aquarius de Kleber Mendonça Filho : la lutte d’une femme seule et digne contre des promoteurs véreux. Quel meilleur symbole de résistance à la fois dans un Brésil en proie à un coup d’état institutionnel et plus généralement dans un monde où les plus forts écrasent systématiquement les plus faibles ?

The Assassin de Hou Hisao-Hsien : un vrai faux film d’arts martiaux qui expérimente une narration en creux, faite d'ellipses et d'esquisses. Comme une allégorie de film qui confine au sublime.

Fuoccamare de Gianfranco Rosi : un documentaire sur l’île de Lampedusa qui met toute l'intelligence, la force de conviction et la magie du cinéma au service de la sensibilisation au sort des réfugiés. Bouleversant, oui, mais surtout brillant et nécessaire.

Mademoiselle de Park Chan-wook : une kaléidoscopique histoire d’arnaque et de trahison dans la Corée des années 30, teintée d’érotisme et de cruauté. D’une beauté plastique à couper le souffle, et d’une perversité joyeusement rafraîchissante.

Merci patron de François Ruffin : la démonstration jubilatoire que, parfois, il est possible de retourner les règles du capitalisme le plus violent contre ceux qui les ont inventées. Un documentaire faussement potache qui redonne confiance dans l’action militante, qu’elle soit individuelle ou plus collective.

Pour finir, deux œuvres découvertes en festival mais pas encore sorties sur les écrans français : Grave de Julia Ducournau (Semaine de la Critique 2016), film de genre aux différents niveaux de lecture qui oscille brillamment entre ironie et angoisse, humour noir et clins d'œil au cinéma gore ; et Crosscurrent de Yang Chao (Berlin 2016), une errance hallucinée et métaphysique le long du fleuve Yangtze, à la beauté fulgurante et à la poésie violemment mélancolique. Preuves que, quoi qu’il arrive en 2017, il reste de belles choses à découvrir.

Edito: La théorie du genre

Posté par redaction, le 8 décembre 2016

Alors que le Paris International Fantastic Film Festival occupe le Max Linder Panorama, l'une des plus belles salles de Paris, depuis mardi, le cinéma de genre continue de traverser une longue crise en France. Les films fantastiques, avec des zombies, des vampires, d'horreur etc... ne manquent pas dans la production mondiale. Régulièrement les productions hollywoodiennes arrivent dans les salles. Ceux là parviennent à dépasser les 300000 entrées (voir atteindre les 700000 spectateurs comme American Nightmare 3 ou 1,5 million de spectateurs comme Conjuring 2).

Pour les autres, c'est plus compliqué. Malgré leur excellente réputation et leur carton dans leur pays, les films coréens, espagnols ou japonais ont du mal à s'exporter et, au mieux, séduisent entre 100000 et 300000 curieux. Et ne parlons pas du cinéma français qui prend des pincettes à produire des films de ce genre et qui quittent rapidement l'affiche une fois sorti. Pas étonnant que la plupart des cinéastes friands de ce style s'exilent en Californie, lassés de devoir trouver des financements, de ne pas trouver leur public. Quand ils ont été distribués.

Car il y a de nombreux films vus dans les Festivals qui ne sortent pas en salles. Comme le souligne la réalisatrice Alice Lowe (Prevenge, un Rosemary's Baby coulant sous l'hémoglobine) dans un entretien à Ecran Noir: "Ça serait dommage que le film soit découvert sur Netflix et en vidéo à la demande, je sais que c’est une possibilité mais je veux qu’il soit vu dans une salle de cinéma. En tant que cinéaste la salle de cinéma c’est le but, on se souvient toujours de certaines expériences ou émotions ou rires lors dune projection dans une salle avec du public."

Un genre qui a mauvais genre

Malheureusement, nombreux sont les films vus aux festivals de Bruxelles, Montréal, Gérardmer ou même dans les séances spéciales de grands festivals internationaux qui ne trouvent pas le chemin des salles. Une fois de plus, les festivals deviennent alors un refuge pour films réclamant l'asile d'un multiplexe. Il va être intéressant de voir comment le film de Julia Ducournau, Grave, sera reçu le 15 mars. Auréolé d'un vrai gros buzz depuis la Semaine de la critique à Cannes, ce film d'épouvante est évidemment éprouvant (à Toronto, certains spectateurs sont sortis de la salle) sera un nouveau test pour le cinéma français, devenu plutôt avare en cinéma fantastique ou d'horreur.

Au PIFFF, sept des 16 longs métrages (compétition et hors compétition) n'ont pas de distributeurs français. Qu'on aime ou pas ce genre de films, il s'agit quand même d'une diversité qu'il faudrait mieux défendre, mieux préserver. Il a peut être mauvais genre mais, comme souvent, dans le fond, ce cinéma utilise des codes cinématographiques particuliers pour parler de la société ou de l'Homme de manière allégorique ou subversive. Ce n'est que du cinéma. Justement, c'est du cinéma. Il n'y a pas de raison qu'il soit un passager clandestin dans les salles ou un apatride squattant les ordinateurs, souvent en téléchargement illégal, ou la vidéo à la demande.