Posté par vincy, le 29 mars 2011
L'acteur américain Farley Granger est décédé dimanche à New York à l'âge de 85 ans. Naturellement. Ça nous change... Acteur méconnu, il a pourtant tenu les rôles principaux de très beaux films, sous l'oeil de grands cinéastes.
Il a commencé sa carrière en 1943, à l'âge de 18 ans. Découverte par le producteur Samuel Goldwyn, et imposée à Lewis Milestone (L'étoile du nord, Prisonniers de Satan), cette très jolie gueule sera révélée par Alfred Hitchcock avec le film La corde en 1948. Il donne la réplique à James Stewart. Granger interprète un des deux jeunes meurtriers vaniteux de ce huis-clos fascinant. En 1951, il est en tête d'affiche du magnifique film de Nicholas Ray, Les amants de la nuit. Un de ces films noir passionnels qui pourtant ne rencontra pas son public. La même année, il tournera aussi avec Anthony Mann (La rue de la mort).
Entre séries B policières et comédies romantiques, "l'autre Granger" (à ne pas confondre avec Stewart Granger, immense star à la même époque), trouvera son plus grand personnage dans L'inconnu du Nord-Express, d'Alfred Hitchcock : un joueur de tennis qui se voit proposer le meurtre du père d'un inconnu... Son physique avenant ne cache pas les tourments qui lui traversent l'esprit.
Pourtant, il devra patienter pour obtenir son prochain grand rôle. Il brise alors son contrat avec Goldwyn. Cela le coupera d'Hollywood. Mais en 1954, Luchino Visconti l'engage face à Alida Valli dans le sublime Senso, sélectionné à Venise. Ce sera son chant de cygne, ne jouant dans aucun film remarquable par la suite. La télévision fera alors appel à ses services pour des participations (L'homme de fer, Max la menace, Hawaï police d'Etat, L'homme qui valait trois milliards, La croisière s'amuse, Arabesque...) ainsi que le cinéma italien (On l'appelle Trinita avec Bud Spencer et Terrence Hill). On retiendra aussi Le serpent en 1972, d'Henri Verneuil, avec Yul Brynner, Henry Fonda, Dick Bogarde, Philippe Noiret, Michel Bouquet et Virna Lisi.
Il l'avouait sans honte : il aimait le cinéma mais détestait en faire. "J'ai joué les mêmes rôles encore et encore : j'aurai du tuer Samuel Goldwyn".
Il préférait la scène, où il se produisait régulièrement à Broadway (La mouette, la ménagerie de verre, et un nombre incalculable de comédies musicales...)."C'est plus viscéral" expliquait-il.
Farley Granger a surtout payé son homosexualité - ouvertement en couple avec Robert Calhoun durant 43 ans, décédé il y a trois ans - et son désir de liberté. Il avait raconté sa vie dans ses mémoires, Include Me Out, inédit en France.
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Posté par MpM, le 30 septembre 2010
Depuis huit ans, le festival international de cinéma gay "Q!" s'est imposé en douceur dans la vie culturelle de Jakarta, dans le but avoué de combattre les tabous sans agressivité ni prosélytisme. Cette année, les organisateurs espèrent attirer 15 000 spectateurs à leurs 120 projections, expositions et débats. Le tout grâce au bouche-à-oreille et aux réseaux sociaux, car toute médiatisation d'envergure pourrait attirer les foudres des bastions les plus conservateurs du pays.
Car si l'Indonésie, pays musulman le plus peuplé au monde avec 240 millions d'habitants, autorise l'homosexualité entre adultes consentants, il n'en est pas moins difficile d'y afficher ses préférences sexuelles au grand jour. En effet, certains mouvements islamiques se présentant comme les "défenseurs des valeurs musulmanes" voient d'un mauvais oeil la tolérance dont fait preuve la loi, et tentent d'y remédier, parfois par la force.
Ainsi, à Aceh, bastion de l'islam sur l'île de Sumatra, les députés locaux ont été jusqu'à déclarer l'homosexualité punissable de 100 coups de bâton. Heureusement, le gouvernement provincial a refusé d'approuver cette loi locale. En revanche, deux conférences, d'homosexuels et de transsexuels, ont été annulées depuis le début de l'année suite à l'intervention de militants extrémistes. Une polémique a également vu le jour lorsque le ministre de la Communication, élu d'un parti religieux, a fait l'amalgame entre sida et pornographie...
Pour autant, le festival Q! se déroule en toute légalité. "Nous n'avons pas d'objection. Tant que les films ne sont pas trop sexuellement explicites ni trop vulgaires", a précisé le porte-parole du ministère de la Communication. "Je suis sûr que les organisateurs connaissent les limites et ont conscience des particularités éthiques et culturelles en Indonésie".
En gros, l'idée est de ne pas faire de vagues. Et pour mieux asseoir la légitimité de leur manifestation, les organisateurs ont pris soin d'être parrainés par des clubs privés et des centres culturels étrangers, notamment français, néerlandais ou allemand. "Comme les financements proviennent d'organisations étrangères et les films sont projetés dans des centres internationaux, les radicaux n'oseront pas nous attaquer", conclut John Badalu, le directeur du festival.
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Posté par vincy, le 31 juillet 2010
Ce ne sera probablement pas la dernière fois. Le cinéaste canadien Bruce LaBruce a vu son dernier film, L.A. Zombie (site web), retiré de l'affiche du Festival International du Film de Melbourne, à la dernière minute. Censuré.
Le film (la suite du précédent film Otto or Up with Dead People) devrait faire parler de lui. En vedette? François Sagat, star du porno gay, façon regard dur et muscles bien gonflés, qui a une vie "sextraterrestre" (mi-homme, mi-monstre) et une "sextraordinaire" libido, à la fois homosexuelle et "zombiephile", en plein coeur de Los Angeles. Tourné en une semaine, il a couté moins de 100 000$.
La commission de censure australienne a envoyé un courrier au directeur du festival, Richard Moore, lui indiquant que le film ne pouvait pas être diffusé en l'état, sans connaître préalablement la classification du film (X ou pas X, telle est la question). En fait, la Commission, en refusant de classer l'oeuvre, la bannit tout simplement des écrans et expose ceux qui la diffusent à des amendes.
Mais jusque là, le Festival passait outre ce genre de recommandations. Le slogan du festival le clame : "C'est une question de goût". Pour Moore, "c'est au public de décider ce qu'il veut voir." En allant voir un film de LaBruce, "ils savent qu'ils ne vont pas voir Bambi ou Fantasia." Sur le site du festival, il est clairement indiqué que le film "contient des scènes qui vont offenser". Il y a sept ans, la même mésaventure était arrivée au beau film de Larry Clark, Ken Park.
Malgré sa présence en séances de nuit, il a été définitivement radié de la programmation. Les "censeurs" ont pu se procurer une copie DVD du film, et sans même lui coller un X, ont clairement trouver les scènes de sexe trop explicites (pas assez simulées même, sic). C'est donc moins trash de voir une femme se faire violer par un monstre ou un honnête citoyen se faire démembrer et manger par un serial-killer? Une sortie DVD est hypocritement possible, dans les rayons pornos. Le film qui avait révélé LaBruce, Hustler White, avait subit le même sort. Il n'a pu sortir qu'en DVD, dans une version remontée.
Sur son compte twitter, le réalisateur, lui, se dit ravi : "plus ils veulent supprimer un film, plus les gens vont vouloir le voir". Surtout, avec un budget ridicule pour la promotion, cette histoire de censure relayée dans le monde entier lui offre une publicité inespérée.
Pour l'instant, le Festival de Locarno, bien plus réputé, a toujours prévu de le projeter en avant-première mondiale le 5 août. Il y est même sélectionné en compétition.
Il devrait être présent dans la section Midnight Madness du festival de Toronto. On pourra le voir à L'Etrange festival à Paris puis au Festival du film fantastique de Sitges en Espagne.
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Posté par vincy, le 14 février 2010

James Franco est partout à Berlin cette année. L'acteur connu pour son rôle dans Spider-Man est notamment présent dans la compétition à travers Howl, où il incarne le poète gay de la Beat Generation, Allen Grinsberg. Le film est réalisé par Rob Epstein et Jeffrey Friedman, les réalisateurs des documentaires The Celluloïd Closet et de The Times of Harvey Milk. Franco a aussi été remarqué pour avoir interpréter l'amant de Sean Penn dans Harvey Milk, le film de Gus Van Sant.
Après trois courts métrages - Fool's Gold, The Ape, Good Time Max - il est à Berlin pour montrer ses deux derniers films courts, tous deux produits et réalisés en 2009. Deux poèmes où l'homosexualité ne rode jamais loin. Pour la première fois, il écrit aussi ses scénarii tout seul. Herbert White, titre du film tourné au printemps et nom du personnage joué par un Michael Shannon plus vrai que nature, s'inspire d'un poème de l'auteur "gay" Frank Bidard. Mais là aucune homosexualité sous-jascente. Le film traque un père de famille, col bleu et classe moyenne, qui essaie de réfréner ses pulsions sexuelles. Son désir le domine et le pousse à ne plus être lui-même. White, l'homme quelconque, est pourtant un monstre. Il ne tue pas que la forêt en découpant des arbres - c'est son métier -, il ne fait pas que l'amour et assouvir ses besoins éjaculateurs dans cette même forêt...
La forêt est aussi présente dans The Feast of Stephen, d'après la pièce homoérotique d'Anthony Hecht. Mais le film est raidcalement différent, et pa seulement à cause du noir et blanc. Un ado (très bien casté : Remy Germinario) mate des mecs de son âge jouant au basket. Il ne voit que leur peau, les muscles, les regards. Il s'imagine avec eux nus dans les bois... Sans qu'il ne montre quoique ce soit de son attirance, ces jeunes ont compris sa tendance et vont lui faire sa fête. Castagne, simulation de viol... Mais Stephen prend son pieds, s'imagine objet sexuel dans cette forêt avec ses "camarades", dans des séquences violentes d'une sensualité troublante. La perversité du plan final résume toutes les intentions de Franco-réalisateur : le désir enfoui comme un secret, la frustration de ne pas pouvoir l'exprimer, le vivre, la réalisation d'un fantasme, en réalité plus sordide.
Outre ses sujets, son style n'est pas sans rappeler le cinéma de Gus Van Sant. Prometteur. The Feast of Stephen est en lice pour le Teddy Award du court-métrage.
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Posté par vincy, le 31 août 2008
« Bientôt vous aurez les mêmes emmerdes que les autres : le mariage, les enfants et même le divorce. »
L'histoire : Manu et Philippe vivent ensemble depuis des années. Mais l'obsession de Manu de vouloir un enfant les conduit à se séparer, persuadés qu'ils ne voient plus la vie, et l'avenir, de la même manière. Après une tentative d'adoption avortée, Manu demande à Fina, jeune femme argentine sans papiers, de lui faire un gamin, en échange d'un mariage blanc qui la régulariserait...
Notre avis : Sur le papier, il était intéressant de voir le cinéma français s’attaquer frontalement à l’homoparentalité, avec thèse, antithèse, synthèse. Comme les autres est une comédie sociétale où les mœurs et la morale évoquent toutes les hypothèses du sujet.
Dans ce Belleville bourgeois mais faussement bohème, deux beaux quadras prospères vivent leur passage à l’âge adulte. Le pédiatre rêve d’enfant quand l’avocat plaide l’illégalité, l’immoralité et même le « contre-nature ». Le débat, entre progressiste et réac, est lancé.
Parfois cocasse (ou caricatural), le comique de situation n’est pas aidé par une mise en scène hésitant entre théâtralité et formatage télévisuel. Même le décor semble conçu pour un reality show cathodique. Quand la réalisation est banale, le scénario peut sauver un film s’il est délirant ou exceptionnel. Il y a bien ce parallèle entre l’embauche d’une jeune immigrée et la sélection d’un couple de lesbienne, distrayant et bien foutu ou la scène des révélations au repas familial dans le jardin, assez (im)pertinente. Mais rien de cruel, conflictuel, passionnel.
Il manque notamment quelques scènes qui nous auraient fait croire à la relation « longue durée » de Wilson et Elbé, qui fasse que leur séparation soit déchirante. D’ailleurs Elbé est zappé durant la moitié du film… Mais voila : on préfère nous montrer un homo qui fait l’amour à une fille plutôt que deux homos batifolant sous les draps. Grossier.
D’une part, il faudrait cesser de croire qu’un homo est capable d’être bi dans chaque film populaire. D’autre part, il aurait été bon, vu le sujet, de nous montrer un couple homo qui s’aime. Le cinéma espagnol ou même américain a déjà été plus audacieux. Or, là, dès ce postulat, nous pouvons constater que la production a décidé de « normaliser » le futur père et de « marginaliser » l’homosexualité en la réduisant à une cohabitation. L’aspiration à la normalité, avec ce passage de l’hétéro refoulé, l’emporte sur la justification d’un choix de vie, où homos comme hétéros, chacun peut refuser de suivre le schéma traditionnel.
Cette faute de goût dérègle l’ensemble du message et empêche le spectateur d’être choqué ou interpellé. On l’anesthésie avec l’idée qu’un gay peut être converti s’il veut un enfant… Après tout, on nous le dit bien, l’adoption est hypocrite et impossible dans ce pays.
Du coup le film n’est qu’une sage illustration d’un point de vue impopulaire. Le traitement aurait mérité plus de cran. L’homoparentalité est noyée dans d’autres débats : mère porteuse, mariage blanc, adoption gay… La surdose nuit à l’argumentation.
Reste les comédiens. Wilson est parfait, pas trop efféminé, juste ce qu’il faut. Elbé, naturellement viril, banalise l’homo en le rendant presque hétéro, presque dur, peut-être pas assez complice. Brochet, sur une note sensible, est exquise en vieille fille frustrée. Enfin la douce Lopez de Ayala est délicieuse, sensuelle, et apporte ce qu’il faut de passion à ce film un peu frigide. Ce sont d’ailleurs les deux femmes qui emportent le film dans une dimension plus touchante, quand la caméra s’éloigne d’elles, l’une seule dans son appartement, l’autre seule sur son lit d’hôpital ; le bonheur passant à côté d’elles. Pas comme les autres…
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Posté par vincy, le 28 juillet 2008
Le cinéaste britannique John Boorman (Excalibur, Delivrance) va profiter de l'Hadrienomania qui frappe l'Angleterre. Le British Museum organise actuellement et triomphalement une exposition sur l'Empereur Hadrien, homosexuel, marié à un grec, humaniste, hellénophile, pacifiste mais sanguinaire.
En septembre commencera le tournage de l'adaptation des Mémoires d'Hadrien, le roman le plus populaire de l'écrivaine Marguerite Yourcenar. Un péplum qui sera tourné au Maroc et qui réunira Antonio Banderas dans le rôle de l'Empereur romain et Charlie Hunnam (en photo) dans celui de son jeune amant. Ce dernier est surtout connu pour son rôle de Nathan dans Queer as Folks. On l'a aussi vu en vedette de Nicolas Nickleby et en second rôle important dans Les fils de l'homme.
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Posté par vincy, le 9 février 2008

Dès l'avion, la délégation française s'amène en force. Le directeur d'un gros distributeur, le patron d'une grande chaîne de radio, ...puis on croise rapidement celui des acquisitions de TF1, un vétéran de la critique... Dans la presse professionnelle, quotidienne, des pages entières de pub vantent (pour leurs ventes) Jean Dujardin en Lucky Luke (très beau travail de casting pour Jolly Jumper), Audrey Tautou en Coco ("before Chanel"), les 10 petits nègres d'Agatha Christie, version Bonitzer, avec casting intello-chic et affiche à la Resnais.

Et déjà Cannes en ligne de mire. MK2 qui retire les projections au marché du prochain film d'Olivier Assayas, pour ne pas gâcher ses chances d'une sélection. Barbet Shroeder (Inju) qui ne se cache pas d'être choisi par Thierry Frémeaux. Ca va se bousculer puisqu'on y pressent déjà Desplechin, Jaoui, Chéreau...
Mais pas Ozon, qui vient de signer le deal le plus improbable du moment. Changement de producteur (il passe chez Claudie Ossard, l'heureuse productrice d'Amélie Poulain), confiance renouvellée à Jean Labadie (ex-Mars, désormais boss de la société Le Pacte), et un script qui mélangerait réalisme social, horreur, suspens, science fiction (effets spéciaux de Buf), comédie et conte de fée. On prend peur surtout lorsqu'on voit l'étrange attelage à l'affiche : Sergi Lopez et Alexandra Lamy (qui n'a pas voulu jouer Jolly Jumper, regrettable).
On reportera nos espoirs sur Eric Zonca, premier film français en compétition à la berlinale. Julia, film anglophone, repose sur la grande Tilda Swinton, récompensée aujourd'hui par un Teddy Bear spécial (l'Ours d'or de la communauté cinéphile gay).
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