Polanski : la passion au coeur des lobbyistes (4)

Posté par vincy, le 12 octobre 2009

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"Nous attirons l'attention sur le fait que le départ de Polanski des Etats-Unis n'était qu'une fuite devant un lynchage juridique."

Mardi. Les victimes montent au créneau. L'insignifiance du crime, la banalisation du viol les révolte. La bataille médiatique change de camps.

"Les accusations de viols sur un enfant de 13 ans, ce n'est pas quelque chose d'anodin, quelle que soit la personne qui est soupçonnée d'avoir fait cela" affirme le Vice-Président (UMP) de l'Assemblée Nationale, Marc Laffineur. Plusieurs associations de défense des femmes et des enfants maltraités embrayent et s'indignent officiellement de la complaisance à l'égard du cinéaste. "Tout ce tapage médiatique m'étonne. Est-il normal qu'un homme de plus de 40 ans ait des relations sexuelles avec une jeune enfant de 13 ans? Je pense qu'on fait un amalgame, ce monsieur est sans aucun doute un réalisateur très talentueux, c'est néanmoins un homme. Et il est donc soumis à ce titre-là à toutes les règles sociales, sociétales, de notre monde actuel." (L'enfant bleu)

Le Collectif Féministe contre le viol (CFCV) "s'indigne de voir des hommes politiques et des journalistes banaliser des viols commis sur une fillette de 13 ans en parlant de "relation" avec une adolescente."

Un problème de justice ou de morale?

Du coup, Daniel Cohn-Bendit, lui-même mis en cause pour des écrits controversés datant de 1975 sur la sexualité des enfants, a pris le contre-pied des nombreux soutiens au réalisateur. "C'est un problème de justice et je trouve qu'un ministre de la Culture, même s'il s'appelle Mitterrand, devrait dire "j'attends de voir les dossiers."

Les élus et personnalités publiques ne savent plus quoi dire dès le troisième jour. L'affaire est complexe, la situation les laisse perplexe. Ils sont embarrassés, au mieux. Certains commencent à distinguer l'acharnement de la méthode mais aussi la gravité des faits.

En Pologne, la même confusion entraîne les mêmes effets : des déclarations contradictoires. Les cinéastes polonais coupent la poire en deux : "Les évènements d'il y a 30 ans et le rôle que Roman Polanski y avait joué méritent un jugement moral négatif. Mais nous attirons l'attention sur le fait que le départ de Polanski des Etats-Unis n'était qu'une fuite devant un lynchage juridique."

Chaque groupe met la pression sur les médias pour faire entendre son point de vue : justice ou pardon, morale ou prescription.

Les Américains, médias comme citoyens, sont en revanche beaucoup plus clairs : "Mais quelle injustice y a-t-il à présenter devant la justice quelqu'un qui a plaidé coupable dans une affaire de viol avant de s'enfuir, indépendamment du talent qu'il pourrait avoir ?" écrit le New York Times.

Pourtant de gauche, le Los Angeles Times va plus loin. "Les défenseurs de Polanski ont perdu de vue la vraie victime. J'aimerais leur demander, si la victime était leur fille, s'ils seraient toujours aussi arrogants. Il a pu y avoir des irrégularités judiciaires mais aucune irrégularité n'est plus grande que celle de n'avoir retenu contre Polanski (à l'époque) que l'accusation la moins grave."

On nage en plein populisme. Dans le même temps, au Mexique, c'est l'écrivain gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de Littérature, qui se voit accusé de délit d'apologie de la pronographie infantile à travers un livre publié il y a 5 ans. Et le front National en France va commencer sa chasse aux sorcières contre Frédéric Mitterrand.

On amalgame - le mot de la semaine! - homosexualité,  élites, pédophilie, pornographie, ... le climat est nauséeux et n'incite pas à la lucidité. Rien n'est humain : ni le fait de violer une fille et de ne pas l'avouer, ni le fait de persécuter un homme durant trente ans. Mais la justice américaine se serait-elle acharnée si Polanski avait été Monsieur tout-le-monde? Et pourquoi les parents de la victime ont livré leur fille de 13 ans en pâture à un appareil photo, le soir, dans une villa de Los Angeles, sans être vigilent et même présent? 

Polanski : la passion au coeur d’une guerre de lobbyistes (1)

Posté par vincy, le 9 octobre 2009

polanski.jpgUne centaine de dépêches de l'AFP en dix jours. L'affaire Roman Polanski (voir actualité du 27 septembre) a fait couler beaucoup d'encre, user beaucoup de salives, occuper beaucoup de tuyaux (numériques). Il a fallu expliquer les origines du délit, les péripéties juridiques, ... Et puis en quelques jours, les esprits se sont chauffés, les arguments ont été affinés, les partisans de la libération du cinéaste se sont découverts des opposants : une guerre de communication se cristallisait, dont chaque épisode amenait son rebondissement.

Qu'on se place du côté du droit (il a fui la justice), du pénal (il a commis un délit), de l'humain (il y a prescription et il y a eu pardon), chacun à ses raisons de défendre son point de vue. Ajoutez de la passion et l'affaire devient sensationnelle. Il est intéressant de constater selon s'il on est Français, Polonais, Suisse ou Américain, que l'opinion diverge. 78% des Américains qui suivent le cas Roman Polanski (environ la moitié des états-uniens) pensent qu'il doit aller en prison.

Dimanche. Les gouvernements polonais et français ont demandé aussitôt la libération d'un citoyen de leur pays. C'est assez normal. Ils misent sur la notion de "prescription". Le Ministre de la Culture et de la Communication Frédéric Mitterrand trouve l'arrestation "absolument épouvantable", "pour une histoire ancienne qui n'a pas vraiment de sens". Mais depuis mardi 6 octobre, on sait que la Justice suisse a fait savoir qu'elle ne le libérerait pas sous caution (et sous surveillance), estimant les chances d'évasion trop grandes.

La suisse se soucie d'ailleurs davantage de son image à l'extérieur de ses frontières que du cas Polanski. Le pays neutre ne l'est plus et se voit taxer de "xénophobe", "collabo" et même de "corrompu", à la solde de l'Oncle Sam. Les Etats-Unis ont moins de scrupules. Le parquet de Los Angeles avait mûrement réfléchi l'arrestation du réalisateur en apprenant sa venue au Festival de Zurich. Le traquenard n'était donc pas un mot vain dans les communiqués.