Dans un entretien, Frédéric Mitterrand évoque les difficultés de financement de certains films français

Posté par vincy, le 6 février 2010

Lors d’un grand entretien avec le Film Français paru la semaine dernière, le Ministre de la culture et de la communication Frédéric Mitterrand, évoque évidemment les problèmes conjoncturels et structurels du secteur cinéma, et notamment la faiblesse financière des petits expliotations et la mutation numérique. De manière moins tapageuse, mais toute aussi essentielle, le Ministre évoque quelques dossiers concrets concernant des problèmes de financement autour de productions ou co-productions françaises.

Il prend l’exemple du prochain film de Bertrand Tavernier. “La première chose que j’ai faite en août a été de sauver le financement du film de Bertrand Tavernier, La Princesse de Montpensier…” Il estime qu’il était “impossible de ne pas sauver Bertrand Tavernier d’un accident industriel” au nom de son image dans le cinéma français, de ce qu’il représente, quelque soit l’avis qu’on porte sur ses films. “De la même manière je me battrais pour que Milos Forman puisse faire en France son films sur Daladier et Munich. Tout comme je souhaite permettre à Werner Herzog de réaliser son rêve de filmer la grotte Chauvet“. Remarquons que ses exemples ne sont pas très “rajeunissant”.

Herzog, Président du jury de la Berlinale qui s’ouvre jeudi, prendra d’ailleurs son petit-déjeuner avec le Ministre mardi matin. On se doute que le dénouement sera heureux et le rendez-vous convivial. En revanche, plus tard dans la journée, le Ministre s’entretiendra avec Jacques Audiard et Pascale Ferran, réalisateurs césarisés et respectés, membres du Club 13. Et là, concernant l’aide aux premiers et deuxièmes films ainsi qu’aux oeuvres à budget moyen, on attend toujours qu’un Ministre suive les préconisation du rapport de ce Club, pourtant rédigé il y a bientôt deux ans.

Raoul Peck, nouveau boss de la fémis

Posté par vincy, le 13 janvier 2010

Le cinéaste Raoul Peck a été nommé président de la Fémis - l’Ecole nationale supérieure des métiers de l’image et du son - et remplace ainsi Claude Miller, qui assumait cette charge depuis 2007. Ironiquement, c’est le jour où l’un des plus meurtriers tremblements de terre a frappé Haïti, que cet ancien ministre de la culture de ce pays (1995-1997), a été nommé. Réalisateur de films remarqués comme Lumumba (plusieurs fois primés dans des festivals), L’homme sur les quais (sélectionné à Cannes), ou encore le récent Sometimes in April (beau succès international), il a été nommé par décret du président de la République, sur proposition du ministre de la Culture Frédéric Mitterrand.

Claude Miller avait eu la lourde responsabilité de trouver de nouvelles voies pour adapter la Fémis au monde audiovisuel actuel. Peck pourra les appliquer et surtout, sans doute, tisser des liens avec l’Allemagne, où il a longtemps étudié et travaillé, européanisant ainsi l’école.

Affaire Polanski : l’émotion contre la raison

Posté par vincy, le 1 janvier 2010

polanski.jpgOn n’a pas fini d’en entendre parler. Paparazzis, chroniqueurs judiciaires, pages culture… l’affaire Roman Polanski aura été l’événement médiatique “sensationnaliste” de cette deuxième partie de 2009. Clivant les opinions de chacun, libérant les passions, enter affaire d’Etat et fait divers anachronique, il n’y a pas une semaine où le cinéaste n’est pas cité par une dépêche d’agence de presse.

La stratégie est désormais rodée des deux côtés de l’Atlantique. L’entourage de Roman Polanski joue la carte de l’émotion, voire de la compassion, forts de nombreux soutiens, connus ou anonymes. Vedette d’un mauvais feuilleton, le réalisateur cherche à gagner du temps et trouver des parades à la spirale judiciaire. La justice américaine répond implacablement, et dorénavant de manière assez professionnelle en matière de communication, qu’elle poursuit son travail.

Caution à 3 millions d’euros

Entre temps, Polanski a été libéré sous caution. Assigné à résidence dans son chalet de Gstaad en Suisse (où il n’avait jamais été arrêté auparavant malgré ses nombreux séjours), il ne doit pas franchir une quelconque limite de sa propriété. Les paparazzis n’ont plus qu’à suivre sa femme ou un membre de sa famille. Un grand moment que de lire parfois la presse écrite (celle qui réclame des millions à l’Etat pour franchir le virage du numérique et qui dénigre si bien les sites éditoriaux en ligne) où l’on suit pas à pas Emmanuelle et Mathilde faisant leurs courses. Il porte un bracelet électronique. Ses déplacements à l’extérieur du chalet son comptés. La caution est dissuasive : 3 millions d’euros.

En attendant, la justice américaine a refusé clairement d’abandonner ses poursuites. Le 21 décembre, la Cour d’appel de Californie a rejeté la demande d’abandon des poursuites déposée par les avocats du réalisateur.  Ils plaident que de graves erreurs de procédure au moment des faits ont été commises par le juge de l’époque, Laurence Rittenband. Celui-ci aurait discuté avec un procureur pour s’entendre sur la sentence. Par conséquent, et ce fait nouveau est essentiel pour la suite de la procédure, la Cour d’appel a demandé une enquête rapide sur ces allégations. Le jugement est limpide : “il est très préoccupant que les accusations de faute professionnelle n’aient pas été examinées par un tribunal capable de mettre en avant des preuves et de tirer des conclusions à propos de ce qui s’est passé en 1977 et 1978.”

3 mars, sortie de The Ghost Writer

Pendant ce temps, si l’affaire a éclaboussé le Ministre de la Culture français, la planète cinématographique a continué de prendre la défense de Polanski. Après un an et demi de travail avec le cinéaste, le Musée du cinéma, à Lodz en Pologne, ville où il avait étudié le 7e art, consacre une exposition “Roman Polanski, acteur, metteur en scène”qui retrace sa vie artistique, accompagné d’une rétrospective. Berlin a très vite, et fièrement, annoncé que le nouveau film du réalisateur The Ghost Writer, dont la post-production s’est finalisée par téléphone en prison, ferait son avant-première au Festival international du film. Et en compétition. Le film sort le 3 mars en France. Nul ne doute que les médias amalgameront la critique à l’affaire.

De même, Damian Chapa a commencé dans le même temps la pré-production d’une suite à la biographie filmée sur la vie du cinéaste, Polanski Love him or hate him. Le premier épisode, Polanski, Unauthorized 1, sorti au début de l’année, revenait sur l’enfance en Pologne durant la Shoah, le meurtre de sa femme et l’accusation de viol sur mineure qui l’a conduit à fuir les Etats-Unis. La suite couvrira les trente années suivantes, y compris les récents événements. Chapa incarne lui-même le cinéaste.

La règle du je

Et surtout, Roman Polanski est sorti de son silence. Dans un lettre adressée à Bernard-Henri Levy (sur le site La règle du jeu), il s’est exprimé : “Je suis moi-même bouleversé par le nombre de témoignages de sympathie et de soutien que j’ai reçus dans la prison de Winterthur et que je continue à recevoir ici, dans ce chalet de Gstaad où je passe les fêtes avec mon épouse et mes enfants. Il y a là des messages de voisins et d’autres qui viennent de gens de toute la Suisse, et, au-delà de la Suisse, du monde entier.” “Chacun de leurs mots a été, pour moi, dans les moments les plus sombres, et est toujours dans ma situation actuelle, plein de réconfort et de raisons d’espérer.”

Tourisme sexuel : sujet tabou pour le 7e Art

Posté par vincy, le 15 novembre 2009

Courrier International a souvent relaté des affaires de tourisme sexuel, et pa sseulement en Thaïlande mais aussi en Belgique ou en Espagne. Les interprétations autour du livre de Frédéric Mitterrand, La Mauvaise vie, ont été l’objet de manipulations et de justifications par toute la classe politique française. Il y décrivait précisément, mais plutôt pudiquement, une forme de consommation sexuelle de jeunes gens. Michel Houellebecq, dans Plateforme, avait été autrement plus cru et surtout amoral, en y voyant la seule issue à la déchéance de l’homme occidental. André Gide avait tracé la voix. Ce que, dans l’article de Akram Blekaïd (Le Quotidien d’Oran), on nomme “les salopards bedonnants à la peau cramoisie” (voir article dans Courrier International 991, du 29 octobre).

Le cinéma a souvent traité de toutes les formes de sexualité, dans tous les genres. Le tourisme sexuel, cependant, est plus rare. Hormis l’ambivalent chef d’oeuvre Mort à Venise - qui n’est pas à proprement parler lié au tourisme sexuel, mais peut s’y rapporter -  les rares films abordant le thème sont restés confidentiels. Combien de cinéastes ont été filmer les Occidentaux faisant leur marché à Phuket en Thaïlande, à Marrakech au Maroc, ou même de l’autre côté du périph’, dans les banlieues de grandes villes? Sans oublier l’Europe de l’est (les mariages arrangés, façon Je vous trouve très beau), le Brésil, la Chine…
Sujet tabou. Seul Laurent Cantet a osé, récemment, aborder le tourisme sexuel a cinéma, avec Vers le sud, en 2005. Charlotte Rampling faisait son commerce de beaux blacks à Haïti. Comme d’autres femmes blanches le font au Sénégal ou en Jamaïque. Sinon on peut noter d’autres fictions comme le film allemand Via Appia (1990), How Stella Got Her Groove Back (1998), Shirley Valentine (1989)

Objet de documentaires essentiellement, de nombreux téléfilms, cette mondialisation et marchandisation de la sexualité répond surtout, pour certains, à un fantasme issu de la mode, de la littérature et du cinéma. Le cinéma coupable de nourrir le tourisme sexuel en glorifiant le culte de la jeunesse? En tout cas, il devient urgent qu’il apprte un point de vue sur ces moeurs, et ce, peu importe la morale.

Polanski : la passion au coeur des lobbyistes (4)

Posté par vincy, le 12 octobre 2009

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“Nous attirons l’attention sur le fait que le départ de Polanski des Etats-Unis n’était qu’une fuite devant un lynchage juridique.”

Mardi. Les victimes montent au créneau. L’insignifiance du crime, la banalisation du viol les révolte. La bataille médiatique change de camps.

Les accusations de viols sur un enfant de 13 ans, ce n’est pas quelque chose d’anodin, quelle que soit la personne qui est soupçonnée d’avoir fait cela” affirme le Vice-Président (UMP) de l’Assemblée Nationale, Marc Laffineur. Plusieurs associations de défense des femmes et des enfants maltraités embrayent et s’indignent officiellement de la complaisance à l’égard du cinéaste. “Tout ce tapage médiatique m’étonne. Est-il normal qu’un homme de plus de 40 ans ait des relations sexuelles avec une jeune enfant de 13 ans? Je pense qu’on fait un amalgame, ce monsieur est sans aucun doute un réalisateur très talentueux, c’est néanmoins un homme. Et il est donc soumis à ce titre-là à toutes les règles sociales, sociétales, de notre monde actuel.” (L’enfant bleu)

Le Collectif Féministe contre le viol (CFCV) “s’indigne de voir des hommes politiques et des journalistes banaliser des viols commis sur une fillette de 13 ans en parlant de “relation” avec une adolescente.”

Un problème de justice ou de morale?

Du coup, Daniel Cohn-Bendit, lui-même mis en cause pour des écrits controversés datant de 1975 sur la sexualité des enfants, a pris le contre-pied des nombreux soutiens au réalisateur. “C’est un problème de justice et je trouve qu’un ministre de la Culture, même s’il s’appelle Mitterrand, devrait dire “j’attends de voir les dossiers.”

Les élus et personnalités publiques ne savent plus quoi dire dès le troisième jour. L’affaire est complexe, la situation les laisse perplexe. Ils sont embarrassés, au mieux. Certains commencent à distinguer l’acharnement de la méthode mais aussi la gravité des faits.

En Pologne, la même confusion entraîne les mêmes effets : des déclarations contradictoires. Les cinéastes polonais coupent la poire en deux : “Les évènements d’il y a 30 ans et le rôle que Roman Polanski y avait joué méritent un jugement moral négatif. Mais nous attirons l’attention sur le fait que le départ de Polanski des Etats-Unis n’était qu’une fuite devant un lynchage juridique.”

Chaque groupe met la pression sur les médias pour faire entendre son point de vue : justice ou pardon, morale ou prescription.

Les Américains, médias comme citoyens, sont en revanche beaucoup plus clairs : “Mais quelle injustice y a-t-il à présenter devant la justice quelqu’un qui a plaidé coupable dans une affaire de viol avant de s’enfuir, indépendamment du talent qu’il pourrait avoir ?” écrit le New York Times.

Pourtant de gauche, le Los Angeles Times va plus loin. “Les défenseurs de Polanski ont perdu de vue la vraie victime. J’aimerais leur demander, si la victime était leur fille, s’ils seraient toujours aussi arrogants. Il a pu y avoir des irrégularités judiciaires mais aucune irrégularité n’est plus grande que celle de n’avoir retenu contre Polanski (à l’époque) que l’accusation la moins grave.”

On nage en plein populisme. Dans le même temps, au Mexique, c’est l’écrivain gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de Littérature, qui se voit accusé de délit d’apologie de la pronographie infantile à travers un livre publié il y a 5 ans. Et le front National en France va commencer sa chasse aux sorcières contre Frédéric Mitterrand.

On amalgame - le mot de la semaine! - homosexualité,  élites, pédophilie, pornographie, … le climat est nauséeux et n’incite pas à la lucidité. Rien n’est humain : ni le fait de violer une fille et de ne pas l’avouer, ni le fait de persécuter un homme durant trente ans. Mais la justice américaine se serait-elle acharnée si Polanski avait été Monsieur tout-le-monde? Et pourquoi les parents de la victime ont livré leur fille de 13 ans en pâture à un appareil photo, le soir, dans une villa de Los Angeles, sans être vigilent et même présent? 

Polanski : la passion au coeur d’une guerre de lobbyistes (1)

Posté par vincy, le 9 octobre 2009

polanski.jpgUne centaine de dépêches de l’AFP en dix jours. L’affaire Roman Polanski (voir actualité du 27 septembre) a fait couler beaucoup d’encre, user beaucoup de salives, occuper beaucoup de tuyaux (numériques). Il a fallu expliquer les origines du délit, les péripéties juridiques, … Et puis en quelques jours, les esprits se sont chauffés, les arguments ont été affinés, les partisans de la libération du cinéaste se sont découverts des opposants : une guerre de communication se cristallisait, dont chaque épisode amenait son rebondissement.

Qu’on se place du côté du droit (il a fui la justice), du pénal (il a commis un délit), de l’humain (il y a prescription et il y a eu pardon), chacun à ses raisons de défendre son point de vue. Ajoutez de la passion et l’affaire devient sensationnelle. Il est intéressant de constater selon s’il on est Français, Polonais, Suisse ou Américain, que l’opinion diverge. 78% des Américains qui suivent le cas Roman Polanski (environ la moitié des états-uniens) pensent qu’il doit aller en prison.

Dimanche. Les gouvernements polonais et français ont demandé aussitôt la libération d’un citoyen de leur pays. C’est assez normal. Ils misent sur la notion de “prescription”. Le Ministre de la Culture et de la Communication Frédéric Mitterrand trouve l’arrestation “absolument épouvantable”, “pour une histoire ancienne qui n’a pas vraiment de sens”. Mais depuis mardi 6 octobre, on sait que la Justice suisse a fait savoir qu’elle ne le libérerait pas sous caution (et sous surveillance), estimant les chances d’évasion trop grandes.

La suisse se soucie d’ailleurs davantage de son image à l’extérieur de ses frontières que du cas Polanski. Le pays neutre ne l’est plus et se voit taxer de “xénophobe”, “collabo” et même de “corrompu”, à la solde de l’Oncle Sam. Les Etats-Unis ont moins de scrupules. Le parquet de Los Angeles avait mûrement réfléchi l’arrestation du réalisateur en apprenant sa venue au Festival de Zurich. Le traquenard n’était donc pas un mot vain dans les communiqués.