Comme une étoile dans la nuit : l’amour à mort

Posté par Morgane, le 1 décembre 2008

commeuneetoile.jpgL'histoire : Alors qu'ils ont décidé de faire un enfant, Anne et Marc découvrent que ce dernier est atteint d'un cancer. Face à la tristesse et à la peur de la mort, leur histoire d'amour demeure la meilleure réponse.

 Ce qu'on en pense : Le film s’ouvre sur deux corps qui se dénudent, qui s’aiment. Sans un mot. Le bonheur se faufile et très vite s’effiloche ; mais les corps vibrent, restent nus, libres et beaux comme un pied de nez magistral fait à la maladie. Comme une étoile dans la nuit se déroule telle une scène de la vie quotidienne, certes dramatique, une de celles qui n’arrivent qu’aux autres, mais peuvent frapper chacun.

Au début maladroits, les corps de Salomé Stévenin et Nicolas Giraud s’étreignent, se caressent, flottent dans un univers ordinaire. Leur maladresse surprend, étonne mais peu à peu leur jeu s’affirme, s’affine et prend alors tout son sens. René Féret réussit dès lors le pari de raconter la maladie. Sans pathos mais avec une grande dignité, il filme ces deux corps séparés petit à petit par la maladie dévastatrice. Lentement, celle-ci infiltre le corps de Marc tout comme le couple qu’il forme avec Anne. Elle s’incruste dans leur quotidien, "flirte" avec eux comme se plaît à le dire Anne.

Les projets s’égrènent et l’évocation du futur s’efface pour laisser place à un présent qui s’échappe. Les corps, malades ou non, puisent ici toute leur puissance. La maladie vainc mais ne détruit pas. Elle transforme faiblesse en force et, loin des clichés, donne un souffle nouveau à Anne et Marc. Film touchant, à la fois tendre dans les sentiments évoqués et violent dans sa réalité, Comme une étoile dans la nuit effleure avec tendresse et sincérité un sujet difficile. Ou comment la maladie s’invite dans une histoire d’amour

Le tour de France des festivals : part 1, octobre-novembre 2008

Posté par MpM, le 1 octobre 2008

Le cinéma deviendrait-il être une industrie touristique comme une autre ? Pas une région, pas une ville qui ne s’enorgueillisse de son festival de films : Isère, Moselle, Basse-Normandie, Région parisienne, Haute Garonne, Pas-de-Calais… faire le tour de France en allant uniquement de festival en festival est devenu au fil des années chose possible, et même facile. Le tour des cinématographies mondiales également, puisque chaque manifestation tâche de se distinguer de ses rivales par une programmation spécifique. Rien qu’en octobre et novembre, on devrait avoir le choix entre cinéma espagnol (Toulouse), polonais (Paris), italien (Villerupt), méditerranéen (Montpellier), chinois (Paris), russe (Honfleur) ou plus largement européen (Arras, Dijon). Une diversité géographique qui se double d’une diversité thématique, avec une mise à l’honneur des seconds rôles (Allier), des films pour enfants (Vizile) et pour jeune public (Saint Quentin) ou encore des films gays et lesbiens (Paris). Au-delà des critères purement géographiques et pratiques, une seule solution pour s’y retrouver : suivre ses goûts, ses envies ou sa curiosité.

Par exemple, si vous aimez les méchants de fiction, laissez-vous tenter par la sélection du Festival du film pour enfants de Vizile (Isère) dont c’est le thème principal. Au menu, des classiques (Poil de carotte, Oliver Twist, Vipère au poing) et pas mal d’animation (La ferme des animaux, Max and co, Les trois brigands). Dans le même style, quoique destiné à un public plus adulte, la nouvelle section rétrospective et thématique du Festival Hors-écrans de Lyon propose une illustration en 7 films du terme "Sabotage". La soif du mal d’Orson Welles, Les bourreaux meurent aussi de Fritz Lang, Taxi driver de Martin Scorsese… espionnage, paranoïa et terrorisme sont au rendez-vous ! Côté personnalités, John Boorman sera à l’honneur à Arras, Colin Firth invité à Lyon, Ai Xiaoming et Hu Jie fêtés au Festival Shadows de Paris. Quant à la copie restaurée de Lola Montès, le chef d’œuvre de Max Ophüls, elle sera présentée à Dijon et à Moulins (Allier) avant sa sortie en salles début décembre.

Car bien sûr, les avant-premières sont le lot quotidien des festivals, occasion rêvée pour découvrir avant tout le monde les films qui seront sur nos écrans demain… ou, pour certains, peut-être jamais. Au choix, la caméra d’or, Hunger de l’Américain Steve Mac Queen, sera au Festival Jean Carmet des seconds rôles, le Grand Prix Un Certain regard 2008, Tulpan de Serguei Dvortsevoi, à Honfleur, Le plaisir de Chanter d'Ilan Duran Cohen à Lyon, El prado de las estrellas de Mario Camus à Toulouse, Les grandes personnes de Anna Novion à Moulins, Amour, mensonges et ballon rond de Luca Lucini à Villerupt, Magique ! de Philippe MUYL à Dijon, Pièces détachées à Saint Quentin, et ainsi de suite.

Ces multiples petits événements locaux participent à l’excellent tissu culturel du pays, où variété et qualité, cinéma populaire et films d’auteurs, curiosité et valeurs sûres permettent une offre cinématographique toujours renouvelée. Accessible au plus grand nombre, car extrêmement délocalisée et bénéficiant souvent de tarifs modestes, on pourrait parler de démocratisation si en fait il ne s'agissait pas là de résistance. Car cette diversité et cette richesse ne mettent pas les festivals de films à l’abri de la politique culturelle actuelle. Les aides allouées à chaque manifestation sont en baisse et les contraintes budgétaires menacent les plus fragiles. On connaît l’infatigable énergie déployée par les équipes organisatrices pour faire vivre leurs festivals, souvent avec peu de choses, si ce n’est enthousiasme et bonne volonté. Mais peut-être ne faudrait-il pas perdre de vue que même les cinéphiles les plus passionnés ne peuvent vivre simplement de l’amour du cinéma et de l’eau fraîche des belles rencontres.

Cinéma français à Venise : entre incompréhension et sensibilité

Posté par MpM, le 5 septembre 2008

L’image que donnent les différentes sélections vénitiennes du cinéma français depuis le début du festival est plutôt contrasté et pas forcément reluisant. Par moments, les intrigues sont réduites à la portion congrue et certaines mises en scène, pour le moins déroutantes. A croire que les organisateurs ont eu du mal à trouver des films à la fois disponibles, ambitieux et réussis…

En plus d’Inju, la bête dans l’ombre de Barbet Schroeder (dont on a déjà dit tout le mal qu’on en pense), deux films concourent pour le Lion d’or : Nuit de chien de Werner Schroeter et L’autre de Patrick Mario Bernard et Pierre Tridivic. Le premier met en scène une flopée de célébrités (Pascal Gréggory, Amira Casar, Elsa Zylberstein, Eric Caravaca…) dans une mascarade théâtrale et outrée sur une ville en état de siège. Le temps d’une nuit, les alliances politiques vont se faire et se défaire, chaque leader potentiel choisissant la voie (soumission ou résistance) que lui dicte sa conscience (ou son sens de la real politique). Tout est si surjoué que l’on se croirait dans une parodie de pièce de boulevard où les personnages sont des caricatures dénués de psychologie et de profondeur. Agrémenté d’une once de philosophie de bazar (sur l’inévitabilité de la mort), d’une pincée de sadisme sexuel (pauvre Amira Casar) et d’une bonne dose de pédanterie, le film a beaucoup fait rire (involontairement, et presque injustement) les rares spectateurs qui n’avaient pas quitté la salle.


L’autre

Heureusement, dans un genre très différent mais bien mieux maîtrisé, L’autre aborde avec beaucoup de subtilité la jalousie amoureuse et le basculement dans la folie. Reposant presqu’entièrement sur les épaules de la toujours plus impeccable Dominique Blanc, cette adaptation d’un roman d’Annie Ernaux ("L’occupation") nous emporte avec sensibilité et retenue sur les voies mystérieuses où l’esprit se perd. Les jeux de miroirs (dans lesquels le personnage principal croit voir un double qui n’est pas elle) rendent palpables l’inextinguible angoisse qui habite le personnage. L’autre n’est plus sa rivale réelle et déclarée (la nouvelle compagne de son ex-amant) mais cette réplique d’elle-même susceptible de "sortir du miroir" et de prendre sa place. Car quoi de plus effrayant que de perdre le contrôle de nous-mêmes ? Avec ce film, le duo Tridivic et Bernard continue d’explorer le sillon débuté avec Dancing, où un homme isolé se découvrait un double. Un prétendant sérieux au palmarès.

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Le polar s’ennivre de Bourgogne

Posté par vincy, le 11 juillet 2008

Comme nous vous le disions le 2 avril dernier, le festival du film policier de Cognac n'existe plus, lâché par les producteurs de Cognac, principaux subventionneurs. Les organisateurs ont finalement trouvé un nouveau point de chute : Beaune. On passe de la liqueur au (très bon) rouge (sang). Beaune avait, auparavant, accueilli les Rencontres (très professionnelles) de l'ARP, déménagées depuis 2006 dans la métropole voisine de Dijon (tenue par un baron socialiste).

L'édition 2009, la 26e donc, se tiendra du 1er au 5 avril.

Deux films européens dans le Top 20 de l’UE

Posté par vincy, le 7 mai 2008

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Les européens plébiscitent toujours les productions américaines ou anglo-américaines. Quatre films dépassent les 30 millions d’entrée dans l’Union Européenne : Harry Potter et l’ordre du Phénix domine le Top 20 de l’année, devant Pirates des Caraïbes 3, Shrek le troisième et Ratatouille (qui fait un quart de ses entrées en France !). Ils sont suivis dans l’ordre des Simpsons, de Spider-Man 3 , seuls autres films à dépasser les 20 millions d’entrée. On compte ainsi, au total, plus de neuf suites ! Mais seulement deux films véritablement européens : Les vacances de Mister Bean, qui surclasse facilement tous les autres films européens avec 15 millions d’entrées (7e film le plus toutes nationalités confondues) et La Môme, seul production en langue non anglophone du Top 20 avec 7.2 millions d’entrées (autant que Blood Diamond).

Les films britanniques continuent de dominer les cinémas européens avec six films anglais comédies ou films historiques, dans le Top 20 des films européens les plus populaires, devant les films italiens (cinq), français (quatre), et allemand (trois). Tous les marchés ne sont pas égaux puisque les productions anglaises et françaises ont fait de nombreuses entrées en dehors de leur territoire national tandis que les films italiens ou le film polonais ne parviennent pas à séduire en dehors de leurs frontières. En Allemagne, il y a l’exception La vie des autres (sorti en 2006 (6 millions d’entrées sur deux ans, dont un quart en France). En Espagne, L’orphelinat n’était pas encore sorti dans le reste de l’Europe mais avait fait le plein dans son pays. Notons quand même que les pays de l’Union européennes ne sont pas capables de poduire plus de dix films faisant cinq millions d’entrées et plus sur 18 mois…

Un festival consommé et oublié

Posté par vincy, le 2 avril 2008

"Au cours de son Assemblée Générale Extraordinaire le 3 décembre 2007, l'Association pour le Festival de Cognac a décidé de procéder à sa dissolution anticipée, conformément à ses statuts. L’Association tient à remercier tous ses partenaires qui, au fil des ans, l’ont accompagnée dans cette aventure, commencée en 1982 et dont la 25ème édition, qui a eu lieu en juin 2007, a donc marqué la fin."

Le festival de Cognac était l'un des plus réputés dans le genre. Un rendez-vous qui faisait partie des étapes du calendrier annuel, au printemps, sans souffrir de la concurrence de Cannes. En Poitou-Charentes, il co-existait avec La Rochelle et Poitiers (on annonce un festival du film francophone à Angoulême). Cognac, c'était le polar, le film noir, des jurys de stars, et une réputation liquoreuse dans les médias, qui suivaient l'événement, ce qui reste rare pour un festival provincial.

Mais pas seulement. Car Cognac avait au moins une vertu : mettre la lumière sur un genre souvent oublié dans les autres festivals, le film policier (sous toutes ses facettes). Des cinéastes comme les Coen, Michael Mann, Curtis Hanson, John Dahl, Takeshi Kitano, Xavier Giannoli, Danny Boyle, Larry Clark, Alex de la Iglesia y ont été récompensés pour leurs premières oeuvres. Au fil des années, Cognac s'ouvrait au monde, aux formats.

Cognac, aujourd'hui, c'est finit, et peu de gens en font état. Un festival peut mourir ainsi, dans l'indifférence, même après 25 ans d'existence. D'autres pourraient suivre tant les financements deviennent difficiles (l'Etat se désengage), les sponsors peu intéressés, les médias peu curieux. Trop de festivals? Je pense plutôt qu'il y a une manière obsolète aujourd'hui de "monter" un festival. Que les organisateurs doivent trouver d'autres moyens, et notamment une mutualisation, des alliances, pour dynamiser cette industrie qui rapporte beaucoup en retombées économiques.