160 cinéastes européens demandent une politique européenne ambitieuse pour le 7e art

Posté par vincy, le 19 février 2018

Droits d’auteur, piratage, territorialité, financement, fiscalité, diffusion : à l'occasion de l'intervention de la Commissaire européenne Mariya Gabriel au Festival de Berlin, plus de 160 cinéastes européens listent dans une tribune trilingue publiée sur le site de l'ARP (Société civile des auteurs réalisateurs-producteurs) leurs priorités à l’heure où la Commission de Bruxelles doit rendre des arbitrages sur sa politique médias.

"La culture européenne est la mise en commun de toutes les singularités, façons d’être et de voir, traditions, langues et histoires propres à chaque pays. A l’heure du Brexit et des nationalismes montants, l’Europe doit comprendre que sa force demeure dans sa capacité de dialogue entre union et identités spécifiques. C’est notre force et non pas notre faiblesse : ne pas comprendre cette dualité nous mènera à notre perte" rappelle cette tribune en préambule

"Cinéastes, nous portons le projet d’une véritable Europe de la création, guidée par l’Exception culturelle. Nous sommes convaincus que le numérique est une chance immense pour la création et la circulation des œuvres : la diversité peut ainsi être exposée dans chaque Etat-Membre, auprès de tous les spectateurs. Il n’y a pas de petit ou grand état européen de la création ; il y a une formidable richesse de regards" expliquent les signataires, parmi lesquels les frères Dardenne, Costa Gavras, Claude Lelouch, Abderrahmane Sissako, Agnès Joaui, Cédric Klapisch, Euzhan Palcy, Michel Ocelot, Bertrand Tavernier, Fatih Akin, Joachim Trier, Bela Tarr, Cristian Mungiu, Isabel Coixet, Ursula Meier, John Boorman, Ken Loach...

Ils affirment qu'"Une grande Europe de la Création est possible si nous affirmons, au cœur de l’économie numérique, la défense de droits fondamentaux, et un partage de valeurs équilibré entre tous les acteurs de la chaîne."

Droit d'auteur et piratage

Pour eux, "le projet de directive sur le droit d’auteur dans le marché unique numérique est une occasion unique d’assurer aux auteurs une rémunération juste, proportionnelle et inaliénable lorsque leurs films et œuvres audiovisuelles sont regardés sur des plateformes numériques. Il est temps de mettre en place un mécanisme européen qui garantisse aux auteurs une juste rémunération pour l’exploitation à la demande de leurs œuvres partout en Europe."

"Une plateforme ou un diffuseur qui tire profit de la diffusion d’une œuvre ne peut en aucun cas s’exonérer de contribuer au financement de la création. Dans le cadre de la directive sur les Services de Médias Audiovisuels (SMA), assurons-nous que chaque acteur qui diffuse des œuvres pour les spectateurs d’un Etat-Membre, par quelque mode que ce soit (plateforme, télévision payante ou en clair, hertzien ou numérique, etc.), obéisse impérativement aux règles de ce pays" exigent-ils, réaffirmant par la même occasion que "le principe du pays de destination permettra à chaque Etat-Membre de définir librement l’investissement de tous les acteurs (y compris les plateformes) dans la production d’œuvres nationales, et de conduire ainsi sa politique culturelle au service de la diversité des œuvres. Par ailleurs, le taux de 30% d’œuvres européennes dans les catalogues des plateformes numériques – inscrit dans cette révision de la directive, reste un plancher, laissant aux Etats-Membres toute la latitude de fixer un seuil plus élevé."

Signes inquiétants

"Nous défendons par ailleurs l’idée d’une Europe respectueuse du principe de territorialité, qui refuse qu’une œuvre soit diffusée sur des territoires pour lesquels les droits n’ont pas été acquis. Dans le cadre du règlement Câble-Satellite, garantissons aux créateurs, et aux cinématographies les plus fragiles, les moyens nécessaires au financement de leurs œuvres et combattons toute stratégie de contournement" attendent les producteurs, cinéastes et comédiens auteurs de ce texte.

Ils rappellent, en matière de financement que le programme de financement européen Media "est déjà un des plus petits programmes financés par la Commission européenne et le seul consacré à notre secteur" et "pourraient être encore réduits". "Conscients de son soutien déterminant, tant pour les films que pour les publics qui les découvrent, renforçons et pérennisons ce programme emblématique de l’attachement européen au cinéma" demandent-ils.

Dans le même temps, ils remarquent que les GAFAN (Google, Amazon, Facebook, Apple, Netflix) et certains acteurs globaux accentuent "la concurrence déloyale entre acteurs vertueux et non vertueux". Ils réclament que "L’Europe, si elle veut garder une place majeure dans l’avenir, se doit d’inventer des lois adaptées au monde numérique d’aujourd’hui, afin d’imposer des règles équitables : dans le cas contraire, cela reviendrait à créer, au sein même de l’Union, des « paradis anti-culturels », chevaux de Troie d’une culture dominante."

La quadrature du cercle de la diffusion

Enfin, pour que "Le cinéma, dans toute sa diversité, (irriguent) l’ensemble des territoires", ils proposent d'inventer "un outil européen de référencement des œuvres" qui "encouragerait la circulation des films dans les Etats-Membres où ils seraient encore indisponibles plusieurs années après la sortie initiale." "Travaillons avec les plateformes. Encourageons-les à éditorialiser le cinéma européen et à le valoriser auprès des millions de spectateurs des Etats-Membres. Sur ces services, lors des transpositions en lois nationales, soyons ambitieux et allons, pays par pays, au-delà du plancher de 30% d’œuvres européennes bientôt imposé par la réglementation européenne".

Ils souhaiteraient aussi la création d'un "Festival des cinéastes européens présentant les œuvres primées de chaque pays, et voyageant d’une capitale européenne à l’autre, faisons la promotion de nos plus belles créations. Invitons le public à plébisciter la diversité européenne."

Cette mobilisation n'est pas nouvelle. Régulièrement, à Berlin, Cannes (la dernière date de mai dernier, avec une grande partie de signataires en commun et de nombreuses revendications similaires), ou Venise, les professionnels lancent des appels, des pistes de réflexions, des tribunes pour faire pression sur une Europe relativement absente sur le plan des idées et souvent soumises à des acteurs transnationaux. Le programme Europe Créative ne pèse que 1,46 milliard d'euros pour la période 2014-2020. Rappelons que Netflix va investir 8 milliards de dollars cette année pour la création de contenus originaux.

Austria / Autriche

Barbara Albert

Belgium / Belgique

Dominique Abel, Lucas Belvaux, Jean-Pierre Dardenne, Luc Dardenne, Fiona Gordon, Frédéric Sojcher, Felix Van Groeningen

Bulgaria / Bulgarie

Vera Chandelle, Kristina Grozeva, Tonislav Hristov, Kamen Kalev, Vesela Kazakova, Veselka Kiryakova, Stefan Komandarev, Dimitar Kotsev-Shosho, Milko Lazarov, Tsvetodar Markov, Ilian Metev, Mina Mileva, Elitsa Petkova, Ralitsa Petrova, Mila Turajlic, Vania Rainova, Mira Staleva, Petar Valchanov, Pavel Vesnakov, Maya Vitkova-Kosev, Rositsa Vulkanova

Croatia / Croatie

Hrvoje Hribar, Danilo Šerbedžija

Cyprus / Chypre

Tonia Mishiali

Denmark / Danemark

Ole Christian Madsen, Annette K. Olesen, Christina Rosendahl, Birgitte Stærmose

Finland / Finlande

Saara Saarela

France

Jean Achache, Jérémy Banster, Patricia Bardon, Luc Béraud, Charles Berling, Julie Bertuccelli, Gérard Bitton, Sophie Blondy, Bertrand Bonello, Patrick Braoudé, Catherine Breillat, Dominique Cabrera, Christian Carion, Jean-Michel Carré, Olivier Casas, Elie Chouraqui, Etienne Comar, Catherine Corsini, Dominique Crèvecoeur, Audrey Dana, Edouard Deluc, Claire Denis, Dante Desarthe, Léon Desclozeaux, Jérôme Diamant-Berger, Evelyne Dress, Jacques Fansten, Joël Farges, Frédéric Fonteyne, Philippe Garrel, Costa Gavras, Jacques-Rémy Girerd, Eugène Green, Robert Guédiguian, Agnès Jaoui, Thomas Jenkoe, Lou Jeunet, Arthur Joffé, Pierre Jolivet, Cédric Klapisch, Gérard Krawczyk, Jeanne Labrune, Eric Lartigau, Michel Leclerc, Philippe Le Guay, Claude Lelouch, Jean Marboeuf, Nathalie Marchak, Tonie Marshall, Radu Mihaileanu, Jonathan Millet, Steve Moreau, Philippe Muyl, Olivier Nakache, Michel Ocelot, Euzhan Palcy, Martin Provost, Raphaël Rebibo, Christophe Ruggia, Céline Sallette, Jean-Paul Salomé, Tessa-Louise Salomé, Pierre Salvadori, Manuel Sanchez, Jean-Pierre Sauné, Pierre Schoeller, Arnaud Sélignac, Joël Séria, Charlotte Silvera, Abderrahmane Sissako, Bertrand Tavernier, Cécile Telerman, Danièle Thompson, Eric Tolédano, Arnaud Viard

Germany / Allemagne

Fatih Akin, Emily Atef, Reza Bahar, Peter Carpentier, Nicole Gerhard, Jochen Greve, Brita Knöller, Fabian Massah, Hans-Christian Schmid, Tobias Siebert

Greece / Grèce

Elina Psykou

Hungary / Hongrie

Bela Tarr

Iceland / Islande

Benedikt Erlingsson, Fridrik Thor Fridriksson

Italy / Italie

Giovanni Amelio, Francesca Archibugi, Marco Bellocchio, Cristina Comencini , Emanuele Crialese, Matteo Garrone, Fabio Grassadonia, Luca Guadagnino, Daniele Luchetti, Francesca Marciano, Mario Martone, Ivano de Matteo, Sandro Petraglia, Antonio Piazza, Giuseppe Piccioni, Marco Risi, Gabriele Salvatores, Valia Santella, Stefano Sardo, Andrea Segre, Alberto Simone, Silvio Soldini, Massimo Spano, Marco Tullio Giordana, Carlo Verdone, Daniele Vicari

Latvia / Lettonie

Ieva Romanova

Lithuania / Lituanie

Arunas Matelis

Netherlands / Pays-Bas

Martijn Winkler

Norway / Norvège

Sverre Pedersen, Joachim Trier

Poland / Pologne

Karolina Bielawska, Jacek Bromski, Agnieszka Holland, Malgorzata Szumowska

Romania / Roumanie

Catalin Mitulescu, Cristian Mungiu, Corneliu Porumboiu

Slovenia / Slovénie

Klemen Dvornik

Spain / Espagne

Juan Antonio Bayona, Pablo Berger, Isabel Coixet, José-Luis Cuerda, José Luís García Sánchez, Manuel Gutierrez Aragón, Javier Rebollo, Emilio Ruiz Barrachina, David Trueba, Fernando Trueba, Felipe Vega

Sweden / Suède

Elisabet Gustafsson, Christina Olofson

Switzerland / Suisse

Ursula Meier

United-Kingdom / Royaume-Uni

John Boorman, Simon Brook, Dan Clifton, Stephen Frears, Ken Loach, Rebecca O’Brien, Sir Alan Parker, Paul Powell, Charles Sturridge, Carole Tongue, Susanna White

Une pétition pour défendre les cinéastes émergents

Posté par vincy, le 1 décembre 2017

Il y a déjà plus de 1500 signataires à la pétition "Faisons le pari de la jeune création cinématographique !".

"Année après année, les financements privés, principalement issus des chaînes de télévision, se sont raréfiés, se portant d’abord sur les auteurs déjà reconnus, les valeurs les plus sûres, les genres les plus porteurs" se plaignent jeunes rééalisateurs et cinéastes confirmés qui ont signé l'appel, parmi lesquels Marie Amachoukeli, Jacques Audiard, Lucas Belvaux, Julie Bertuccelli, Bertrand Bonello, Pascal Bonitzer, Catherine Corsini, Claire Denis, Yann Gonzalez, Robert Guédiguian, Agnès Jaoui, Cédric Klapisch, Tonie Marshall, Katell Quillévéré, Pierre Salvadori, Céline Sciamma, ou encore Rebecca Zlotowski, mais aussi des scénaristes, producteurs et techniciens du cinéma.

Précarisation

Rappelant qu'à Cannes, la Caméra d’or (prix du meilleur premier film) a récompensé trois fois en quatre ans le jeune cinéma français, ils interpellent la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, en signalant que "ce sont justement les premières œuvres et les projets les plus audacieux, ceux sur lesquels il est le plus risqué de « parier », qui sont aujourd’hui grandement fragilisés, jusqu’au seuil de la précarité pour certains." Ajoutant: "le plafonnement des aides publiques affecte violemment la fabrication, l’imaginaire, l’ambition artistique et visuelle des projets : équipes techniques réduites, figuration inexistante, temps de tournage de plus en plus contraints, scénarios élagués…Cette précarisation s’étend sans cesse et bride l’éclosion d’une nouvelle génération d’auteurs, d’acteurs, de techniciens."

Changement de la politique d'aides

"L’absence d’une chaîne de télévision en pré-financement - ou la faiblesse des montants proposés - génère presque automatiquement une majorité de financements publics, plafonnés à 60% pour les films à petit budget. L’absurdité du système pousse ces films à renoncer à certaines aides, notamment au crédit d’impôt" constatent-ils.

Les signataires proposent d'autoriser "un maximum de 70 % d’aides publiques dans le budget de ces films" , soit un coût financier marginal puisque très peu de films sont concernés. Ils demandent "une plus grande égalité entre les films face au crédit d’impôt, un dispositif fiscal qui devrait être ouvert à tous, sans aucune exception."

Actuellement, la réglementation française limite à 50% le seuil d'aide publique à la production (60 % pour les premiers et deuxièmes films, et pour ceux dont le budget est inférieur à 1,25 million d'euros). Ce dispositif est issu d'une règle européenne mais chaque Etat membre peut l'adapter.

La pétition accompagne un amendement (permettant le relèvement de la limite de l'aide publique) au Projet de loi de financer, déposée par la députée parisienne Brigitte Kuster (Les Républicains). Il a reçu un " avis défavorable " du ministre de l'action et des comptes publics Gérald Darmanin. Il ne reste qu'à espérer qu'un sénateur prendra le relais...

Edito: To be (british) or not to be

Posté par redaction, le 28 septembre 2017

Le Festival du cinéma britannique à Dinard commence aujourd'hui. L'an dernier, tout le monde était sous le choc du Brexit. Depuis de l'eau a coulé dans la Manche, et les hésitations de la Première ministre, la détermination des négociateurs européens, les inquiétudes et incertitudes sur l'avenir du Royaume-Uni ont donné plutôt raison à ceux qui prônaient le maintien dans l'Europe.

Pendant ce temps là, le cinéma britannique continue d'être l'un des plus appréciés et respectés, dans les festivals et dans les salles. Bien sûr, il n'a pas forcément le succès des années 1990 quand les comédies sociales et drames d'époque envahissaient les palmarès et remplissaient les fauteuils. L'humour et l'élégance british n'ont pourtant pas disparu. Mais la nouvelle génération de cinéastes a plus de mal à s'imposer, toujours dans l'ombre des vétérans (Loach, Frears, Leigh, Boyle...). Il faut dire que le cinéma britannique est devenu presque schizophrénique pour ne pas dire tripolaire. Il y a un cinéma dramatique, plutôt d'auteur, souvent social. Des films coproduits avec la France ou les studios américains qui valorisent le patrimoine littéraire ou théâtral britannique. Et des grosses productions américano-anglaises destinées aux multiplexes.

Ce qui est intéressant à travers ces trois "familles" de film, c'est qu'il traduit l'esprit britannique du moment. Le regard juste sur une société morcelée, dure, précaire, à l'écart de la mondialisation. L'envie de retrouver une gloire culturelle perdue, tels la série The Crown par exemple entre perte de l'Empire et élan vers une société moderne, ou des films comme Le discours d'un Roi et Le Vice-Roi des Indes (et d'une certaine manière Dunkerque). Le fantasme d'être encore une puissance qui sauve le monde avec des super-agents comme James Bond ou ceux de Kingsman (au passage, ils collaborent toujours avec "l'ami américain" et jamais avec Interpol, Europol et les Européens, notamment parce que ces films sont davantage américains qu'anglais).

A l'exception des Bridget Jones (avec une actrice américaine pour incarner la plus célèbre des célibataires londonniennes), les comédies british, mixant drame, social et comédie, ont disparu de nos grands écrans. Certes, il reste de la fantaisie (Wallace & Grommit, Paddington) dans l'animation. Mais les Full Monty, Quatre mariages et un enterrement, Billy Elliot, Petits meurtres entre amis et autres The Snapper semblent loin.
Confident Royal (Victoria and Abdul), qui fait l'ouverture du Festival de Dinard, est presque une exception. Et une belle synthèse du cinéma britannique, alliant le rire, la fracture sociale (et "raciale"), l'Histoire et l'impérialisme. Le film de Stephen Frears, Le Vice-Roi des Indes, T2: Trainspotting et Kingsman 2 sont les quatre seuls longs métrages à se classer dans le les 50 premiers du box office anglais cette année. C'est dire l'effondrement du cinéma national. Il faut remonter à 2014 pour trouver deux cartons locaux dans le Top 10 (Paddington, The Inbetweeners 2).

Colonisé par le cinéma hollywoodien, le cinéma britannique ne peut compter que sur sa langue (qui lui facilite l'accès au marché nord-américain), la notoriété de ses acteurs (qui bénéficient de leurs rôles à Hollywood), de ses grands auteurs, et sur les festivals pour exister.

Au Festival de Karlovy Vary, Ken Loach a même prédit la fin du cinéma britannique: "Nous allons sortir de l’UE d’une façon ou d’une autre. Nos contrats de coproductions dépendent des travailleurs d’autres pays venant collaborer sur nos films au Royaume-Uni. Si ça devient très bureaucratique et compliqué, si nous quittons l’UE, ça rendra ce processus très difficile et il y a de bonnes chances que ça se produise." "Cela va freiner ces coproductions car elles deviendront trop lourdes" affirme-t-il.

Mais ne soyons pas aussi pessimiste que Loach. Malgré le Brexit, l'Europe cinématographique n'est pas prête à lâcher ses liens avec la patrie de Shakespeare, Hitchcock et des Beatles. Le Festival du cinéma européen des Arcs a ainsi choisi Andrea Arnold, trois fois Prix du jury à Cannes, comme présidente cette année. Le Festival des films d'histoire de Pessac sera sur le thème "So British !", avec une édition entièrement consacrée au Royaume-Uni.

En tant que Festival du cinéma britannique, Dinard va avoir le devoir d'être le village gaulois breton qui vient en aide aux "Bretons" pour résister à l'envahisseur américain et assurer la diversité cinématographique. Car en trente ans, derrière les Palmes d'or, Oscars et blockbusters, on voit bien que le cinéma venu d'Outre-Manche a perdu de sa "hype". "La nation britannique est unique à cet égard. Ils sont les seuls à aimer qu'on leur dise combien les choses sont mauvaises, à qui on aime se dire le pire" disait Churchill. Et si on regardait ce qu'il y avait de meilleur?

Edito: Canal confidentiel

Posté par redaction, le 6 juillet 2017

C'est paradoxal l'information. Enfin la communication. Canal Plus essaye de survivre. Non pas que le groupe soit menacé d'extinction mais les affaires ne vont plus aussi bien. Entre l'arrivée de Netflix, qui séduit par son bas tarif, l'excécrable saison télévisuelle de ses émissions en clair, les sanctions à répétition contre son produit phare sur C8, la désastreuse image véhiculée par son patron et qui a terni trente ans de gloire cathodique, Canal Plus n'a plus l'esprit cool, hype, glam d'avant.

Les projets ne manquent pas pour revitaliser l'ancienne star que le monde nous enviait. A commencer par un lifting de Dailymotion, une nouvelle politique tarifaire, des partenariats stratégiques pour être mieux diffusé. Et puis, Maxime Saada, directeur général du groupe, demande à travers une interview que la chronologie des médias soit adaptée à l'époque.

"Notre demande principale, c'est que l'on ramène le délai actuel de diffusion des films sur Canal+ de dix mois à six mois après la sortie en salles. Au moment où les Netflix et Amazon prennent des positions dominantes, cette mesure nous paraitraît un geste fort. Nous voudrions également que les acteurs vertueux du PAF, qui payent leurs impôts en France, qui respectent les quotas, bénéficient d'avancées notables. Et que les moins vertueux (c'est-à-dire les Netflix, iTunes, SFR…) en soient écartés. Au nom de l'équité. Il y a enfin un autre dossier que nous allons mettre sur la table du nouveau gouvernement, c'est celui du piratage. La France est championne du monde dans le domaine. La perte pour le seul groupe Canal+ est de 500.000 abonnés! Il existe pourtant des parades efficaces, qui ont fait leur preuve en Allemagne et au Portugal, où chaque fraudeur identifié est mis à l'amende. Nous réclamons un dispositif législatif à l'identique. Sachez qu'un grand succès comme Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu a été piraté 4,2 millions de fois avant d'être diffusé sur notre antenne. C'est inadmissible" explique-t-il dans le JDD.

Canal Plus a des atouts pour faire pression: sa part dans le financement du cinéma français et dans la création de fictions.

Malheureusement, le message est brouillé depuis deux jours. Canal Plus voulait frapper les esprits (du PAF). C'est surtout l'esprit Canal qui a frappé en plein pif.  Neuf sociétés de gestion de droits d'auteur ont décidé de poursuivre le groupe pour "défaut de paiement des auteurs", une décision unilatérale prise par le big boss Vincent Bolloré. Canal+ a cessé tous paiements de droits d’auteurs depuis le 4e trimestre 2016, afin de faire des économies.

La ministre de la Culture a rappelé que Canal - premier financeur du cinéma et l’un des principaux financeurs de la production audiovisuelle - joue "un rôle particulier dans l’écosystème de la création française". Soulignant: "En conséquence, aucune stratégie de réduction des coûts, fût-elle justifiée par la volonté d’améliorer la situation financière, ne saurait exonérer une entreprise des obligations qui découlent de ses contrats avec les sociétés d’auteurs".

Cette politique qui touche les auteurs, toujours les moins bien lotis dans les devis ou le paiement des factures, est incompréhensible. Surtout quand le groupe cherche à vouloir modifier la chronologie des médias ou vouloir faire pression sur le gouvernement pour la lutte contre le piratage. Ainsi, le message de Maxime Saada s'est perdu dans le brouillard crypté des déclarations sans portée car l'urgence est ailleurs, et en clair: Canal Plus risque gros à ne pas rémunérer les centaines d'auteurs qui nourrissent son antenne. On peut toujours se plaindre qu'un Apple, Netflix ou Amazon ne soient pas "vertueux". Encore faut-il être vraiment vertueux soi-même.

Claude Lelouch: « Netflix est un peu ce que fait Emmanuel Macron en politique »

Posté par vincy, le 27 juin 2017

Il n'y a pas que les cinéastes américains ou asiatiques qui sont attirés par le cash de Netflix. Dans un entretien au JDD dimanche dernier, Claude Lelouch va à rebrousse-poils de la profession en France. Pour lui, Netflix "est un peu ce que fait Emmanuel Macron en politique", précisant sa pensée: "Il a balayé les préjugés pour aller chercher les bonnes idées là où elles sont, à droite comme à gauche. Alors, si la plus belle histoire du monde est mise en scène par un gars produit par Netflix ou Amazon, il faut la voir." "D'autant que le pouvoir financier de ces plateformes est colossal»." ajoute-t-il.

"En l'occurrence, on ne peut pas dire non à la nouveauté" estime le réalisateur, qui produit ses films depuis ses débuts, jusqu'à parfois les distribuer lui-même.

Le cinéma "ne peut plus se permettre de se prendre pour une star"

Il va assez loin dans son raisonnement, constatant l'état désastreux du marché pour les films d'auteur et la difficulté à produire/financer des films non formatés. "Aujourd'hui, ce qui pourrait sauver Fellini ou Antonioni, c'est Netflix. Je le pense vraiment, explique le réalisateur Claude Lelouch.

C'est d'ailleurs ce qui est intéressant de la part du cinéaste multi-récompensé. Sa quête d'indépendance l'a conduit à être totalement libre, dépendant essentiellement et financièrement des recettes de ses succès comme de ses flops. En moyenne, un Lelouch (il y en pas loin de 50) c'est un million d'entrées en France (avec 6 films au dessus des 2 millions de spectateurs).

Le changement, c'est maintenant?

Lui qui n'est pas abonné à la plateforme, reconnaît qu'il doit "batailler pour trouver les financements" de son prochain film, après le bide de Chacun sa vie en mars (qui faisait suite à Un + Une en 2015, son plus gros succès depuis 1996). Pour Lelouch, le cinéma "doit aller chercher de l'argent ailleurs que dans les structures actuelles. Il ne peut plus se permettre de se prendre pour une star." Il n'exclut pas de travailler pour Netflix, avec plaisir: "Si je travaille en toute liberté" précise-t-il.

En clair, Claude Lelouch, 79 ans, patron des Films 13, Palme d'or, Oscar du meilleur scénario et Golden Globes du meilleur film étranger, pense qu'il est temps de changer. "La chronologie des médias est démodée" affirme-t-il et, comme toujours un peu provocateur à l'égard de ses pairs (est-ce pour ça que Lelouch n'a jamais été césarisé même pour l'honneur?), il trouve "formidable" que le festival de Cannes sélectionne deux films ne sortant pas en salles.

La Palme d’or de « La Vie d’Adèle » à vendre

Posté par vincy, le 8 juin 2017

abdellatif kechiche adele exarchopoulos lea seydouxAbdellatif Kechiche va vendre aux enchères sa Palme d’or de La vie d’Adèle – chapitre 1 et 2. Il a révélé l'information à The Hollywood Reporter. Il mettra également en vente les toiles exposées dans le film et d'autres souvenirs liés au tournage. Le cinéaste doit en effet trouver un financement indépendant pour finir le montage de son prochain film, Mektoub is Mektoub devenu Mektoub, My Love.

Au début de printemps, il avait annoncé vouloir scinder son film en deux parties. Mais les contrats avec ses partenaires financiers (France Télévisions, Pathé, Canal +) ne prévoyaient pas deux films (lire aussi notre actualité du 7 avril). Il se disait aussi "privé de Cannes" à cause de cette histoire, créant, une fois de plus, une polémique dont il a le secret.

Alors qu'il était en post-production, "la banque (Cofiloisirs) a bloqué sa ligne de crédit" et ainsi laissé le projet "dans les limbes". La société de production Quat'Sous (celle de Kechiche) va donc financer la post-prod en cédant les bijoux de famille.

Librement adapté du roman de François Bégaudeau La blessure, la vraie, Mektoub, My Love, avec Lou Luttiau, Shain Boumedienne et Ophelie Bau, sera à l'écran une saga romanesque et familiale, dont les épisodes seront intitulés Les dés sont jetés et Pray for Jack.

Cannes fiction: L’invasion des profanateurs…

Posté par vincy, le 22 mai 2017

En cette fin des années 2020, la France a bien changé. Avec la victoire du parti des Patriotes aux régionales en 2021 puis celles du parti des Révoltés aux législatives en 2022, le financement de la culture a été bouleversé. Le premier a décidé de couper les vivres au Festival de Cannes trop cosmopolite à son goût, tout en laçant un Festival du film national à Saint-Tropez. Le second a appliqué son programme en demandant aux organisateurs de faire le choix entre financement privé et financement public. Après un conseil d'administration houleux, l'Association du Festival de Cannes a choisi le financement privé et l'Etat a cessé de financer l'événement, préférant répartir ces millions d'euros sur des manifestations cinématographiques plus fragiles.

Cannes a donc ouvert les portes aux sponsoring en grand. Pas trop le choix. D'autant que les distributeurs sont un peu plus pauvres depuis la baisse de la fréquentation mondiale en salles pour les films art et essai, les spectateurs préférant les voir sur les plateformes de SVàD qui emportent les plus beaux contrats au marché du film.

Ce qui était déjà visible dans les années 2000, avec Nespresso, Magnum, L'Oréal, Chopard, Renault, est décuplé. Ainsi, en arrivant par le train, la nouvelle gare de Cannes est aux couleurs de Perrier, fournisseur officielle d'eau minérale, avec des bouteilles à grandeur humaine qui rafraichissent l'air en ces printemps caniculaires. A cause de la montée des eaux, le Festival doit construire des digues éphémères pour continuer d'utiliser ses plages, toutes construites par Bec Frères, qui a fait des miracles à Monaco. Google sponsorise aussi les traductions en 8 langues de tous les films présentés à Cannes. Facebook diffuse en live toutes les conférences de presse.

Le placement produit est devenu roi, avec un tapis rouge orné d'un losange d'une marque de voiture, un écran géant brandé par une marque de téléphone chinoise, un générique du Festival, toujours avec la musique de Camille Saint-Saens (ouf!) introduit par une pub pour le leader des cosmétiques. L'agenda d'une égérie de marque de luxe, par ailleurs actrice, détermine le jour de la projection, permettant de réduire les frais de déplacement pour le producteur et le distributeur. La voix off et la maîtresse de cérémonie citent désormais le nom du styliste et du bijoutier, choisis parmi des signatures "labellisées" partenaires du Festival.

Le plus marquant est sans doute l'arrivée des baskets sur les marches. LVMH, partenaire de La Fabrique du monde et fournisseur officiel de champagne, et Kering, partenaire du Women in Motion, ayant le monopole des vêtements et chaussures pour les invités officiels et les talents en sélection officielle ont su étendre leur contrat pour pouvoir imposer toutes leurs marques, y compris de sportswear. Ainsi on a pu voir Justin Bieber débarquer sur le tapis en exhibant son sous-vêtement Calvin Klein et provoquer une grosse colère de la part des "sponsors officiels".

Le plus délicat fut sans doute pour le Festival de refuser le sponsoring des marches. A moitié réussi, puisque désormais sur chacune d'entre elles des jeunes filles et jeunes hommes à demi-nus forment une haie d'honneur, vêtus de tee-shirts siglés Air France-KLM avec une couleur et une illustration par destination.

Tout cela a finalement permis au Festival d'augmenter son budget et même de créer son Musée du Festival, situé sur le Port. Un Musée mécéné par la Fondation Luma, extension de celui d'Arles.

Le cinéma portugais menacé par un décret-loi du gouvernement

Posté par vincy, le 13 février 2017

joao pedro rodrigues

Dans la boîte aux lettres ce matin, il y avait une lettre de protestation et appel à solidarité venant du Portugal: réalisateurs, producteurs, acteurs, techniciens, distributeurs, syndicats et festivals de cinéma ont signé cette lettre au gouvernement portugais et demande le soutien de la communauté internationale du cinéma, dont plusieurs artistes et professionnels (Almodovar, Costa-Gavras, Audiard, Carax, Assayas, Solondz, Ade, Jaoui, Rohrwacher, Salles, Bonello, Tavernier, Desplechin, Dumont, Klapisch, Sciamma...) se joignent aux signatures nationales, de Joao Pedro Rodrigues à Miguel Gomes (la liste complète ici).

"La production portugaise passe rarement le seuil d’une douzaine de longs métrages par an. Malgré cela, un pourcentage très élevé de ses films est présent dans les festivals internationaux. Cette visibilité mondiale est due à une politique culturelle aujourd’hui en danger.

Depuis plusieurs décennies, le Portugal est un cas à part au sein de la production cinématographique mondiale. Dans ce petit pays sans marché interne pour nourrir une industrie, rares sont les années où la production nationale passe le seuil d’une douzaine de longs métrages. Malgré cela, un pourcentage très élevé de ces films est présent dans les festivals internationaux. A partir de la décennie 80, et de manière systématique, le cinéma portugais a fait l’objet de cycles et d’hommages ; des rétrospectives des films de nombreux cinéastes portugais ont été organisées - les uns en activité (certains signataires de ce texte), les autres malheureusement déjà disparus (João César Monteiro, Paulo Rocha, Fernando Lopes, António Reis, José Álvaro Morais, António Campos ou, bien sûr, Manoel de Oliveira). Le «miracle» de cette visibilité internationale, disproportionnelle au regard d’une production si faible - et qui a perduré pendant plusieurs décennies et concerné plusieurs générations d’auteurs - est certainement dû au mérite des réalisateurs, des techniciens, des acteurs et des producteurs de cinéma portugais. Mais le mérite revient aussi à une politique culturelle qui a établi des bases pour garantir la liberté de création et qui a rendu possible la production d’un cinéma marqué par la forte singularité de ses propositions. C’est ainsi que s’est consolidée l’image du cinéma fait au Portugal.

Cette politique culturelle, qui a permis l’existence de ce cinéma et qui a ouvert les portes à la diversité, a mis en place des lois du cinéma et un Institut public (l’Institut du cinéma et de l’audiovisuel, l’ICA) pour les appliquer, organisant de manière continue des concours publics pour le soutien financier à la production de films. Ces concours se déroulent selon des règles de participation transparentes et des critères d’évaluation compatibles avec la politique mise en œuvre par le ministère de la Culture, avec des jurés choisis par l’Institut et définis par la loi comme «personnalités compétentes, au mérite culturel reconnu». Ainsi, des cinéastes et des techniciens du cinéma, mais aussi des critiques, artistes plasticiens, écrivains, architectes, musiciens, programmateurs culturels ou professeurs universitaires ont été appelés à être jurés pour évaluer les projets de films.

Depuis 2013, un décret-loi revenant sur la loi du cinéma et une nouvelle direction de l’ICA, allergique aux responsabilités et méconnaissant son rôle de régulateur dans ce processus, ont transféré la tâche de choisir des jurés à un comité où sont représentés tous les intéressés par les résultats des concours : associations professionnelles, représentants des télévisions, représentants des opérateurs de télécommunications jouant un rôle de diffuseur, entre autres. C’est à ce comité corporatif qu’est revenu le rôle d’indiquer à l’ICA les noms des jurés pour évaluer les projets de films, avec, dans de nombreux cas, une très claire connivence entre ceux qui nomment et ceux qui sont nommés.

Le résultat ne s’est pas fait attendre : les exigences inscrites dans le règlement quant aux profils des jurés, «personnalités au mérite culturel reconnu», ont manifestement cessé de faire sens au regard des jurés actuels. Dans les dernières années, on a pu compter parmi les décisionnaires des projets de films des administrateurs de banques liés au cinéma, des acteurs de telenovelas ou des directeurs de marketing d’opérateurs de télécommunications…

Le gouvernement actuel, otage de la pression exercée par les opérateurs de chaînes câblées, se prépare maintenant à homologuer un nouveau décret-loi qui perpétue et aggrave cette procédure. Un ensemble très représentatif de réalisateurs et de producteurs portugais s’est manifesté contre ce système vicié par les conflits d’intérêts, et ils ont assuré à la tutelle qu’ils se refusent fondamentalement à faire partie de ce processus de nomination : ils ne veulent pas influencer la nomination des jurés ni n’acceptent que d’autres, ayant des intérêts dans les résultats des concours, puissent participer au processus. Ils croient que la transparence ne peut être assurée que si la nomination des jurés revient à l’exclusive compétence de l’ICA. Une bonne fois pour toutes, ils veulent une direction de l’ICA capable d’assumer ses responsabilités, en toute conscience de son double rôle d’exécuteur de la politique culturelle pour le cinéma et de régulateur de cette activité.

Les signataires de ce texte veulent rappeler à l’Etat que le cinéma portugais n’est pas qu’une question nationale. C’est pourquoi, ils manifestent leur solidarité avec les réalisateurs et les producteurs portugais qui se sont opposés à ce processus et manifestent leur rejet au cas où le décret-loi serait homologué."

Le CNC va aider l’édition de livres de cinéma

Posté par vincy, le 1 février 2017

Le CNC veut s'impliquer davantage dans l'édition du livre de cinéma.
La présidente du Centre national du cinéma et de l’image animée, Frédérique Bredin, a déclaré dans un communiqué: "J’ai souhaité créer le prix CNC du livre de cinéma pour que la cinéphilie grandisse encore un peu plus en France."

Pour cela, l'institution créé un Prix du livre de cinéma. Jusqu'ici seuls le Syndicat français de la semaine de la critique distinguait cette catégorie de livres. Il sera décerné en avril et concerne aussi bien des essais sur le cinéma ou l’audiovisuel, des biographies, des monographies que des beaux-livres.

Les ouvrages candidats devront être édités au cours de l’année 2016-2017.

10000 euros de dotation pour le livre primé

Le prix sera doté d’une somme de 5000 euros pour l’auteur de l’ouvrage et de 5000 euros pour l’éditeur afin qu'il puisse assurer une meilleure promotion du livre récompensé. Le jury se réunira en en avril. Présidé par Yasmina Reza, il sera composé de la rédactrice en chef d'Ecran Total, Salma Belabes, du patron du groupe Fnac Darty, partenaire du prix, Alexandre Bompard, de l'animateur et journaliste François Busnel,du Président du Centre national du livre Vincent Monadé, du directeur du Figaro littéraire, Etienne de Montety, et du libraire toulousain Christian Thorel.

Mais le CNC ne s'arrête pas là, conscient que l'édition de livres de cinéma est fragile. Si les grands auteurs font l'objet de documents parfois pointus ou passionnants (louons le travail de Capricci), si les stars sont régulièrement traitées (plus ou moins bien, du pire avec les biographies non autorisées au meilleur avec les beaux livres de Taschen), des pans entiers du 7e art sont complètement oubliés.

80000 euros d'aides pour une dizaine de projets éditoriaux

Les membres du jury auront donc également en charge d'accompagner "de façon plus structurante, en amont de leur publication, l’édition de livres de cinéma, en ayant un effet incitatif sur les éditeurs."

Les jurés se réuniront deux fois par an (avril et novembre 2017). Ils devront choisir une dizaine de projets éditoriaux, qui recevront d'une aide de 3 à 10 mille euros, pour une enveloppe totale de 80000 euros. "Les candidats, éditeurs et auteurs, seront auditionnés par les membres du jury afin de mieux appréhender les projets présentés" précise le CNC.

Edito: De retour sur le front

Posté par redaction, le 10 novembre 2016

Il y a 18 nouveautés dans les salles cette semaine. 8 d'entre elles n'ont même pas atteint les 1000 spectateurs hier, dont le dernier Wim Wenders. Seulement un tiers dépasse les 50 spectateurs par copies. Le massacre est régulier, semaine après semaine. Et on peut s'en désoler. Surtout qu'il faut ajouter désormais les sorties en vidéo à la demande.

Depuis des années, on nous parle de bousculer la fameuse "chronologie des médias". Rappelons ce que c'est: sortie prioritaire en salles. 4 mois après, possibilité de le diffuser en VàD et DVD. Dix mois après la sortie en salles, diffusion possible sur Canal +. Un an et demi après la sortie en salle, premier passage en clair à la télévision ou deuxième passage sur une chaîne payante.

Canal +, principal argentier privé du cinéma français et qui a quelques difficultés financières, voudrait changer tout cela en proposant que la chaîne cryptée puisse passer les films six mois après leur sortie sur grand écran au lieu de 10 mois. Et ainsi de suite: tout avancer de 4 mois. Le film pourrait être disponible partout en VOD en achat ou en location, sauf sur les plates-formes de vidéo par abonnement comme Netflix, pendant la fenêtre d'exploitation de Canal+ (soit aujourd'hui de 10 mois à 22 mois après la sortie).

Pourquoi pas. On pourrait expérimenter le procédé et connaître après une période test l'impact sur les salles. Pour certains films, qui ne rencontrent pas leur public en salles, on pourrait même accélérer la diffusion sur le petit écran.

Protéger la salle mais ne pas désavantager le plus gros financier du cinéma français

Mais si Canal + pourrait y gagner pour dynamiser son offre de "contenus" à ses abonnés, rien ne dit que le cinéma y gagnera. D'autant que le nouveau modèle économique de la chaîne, qui essaie de limiter le nombre de désabonnements et de reconquérir les consommateurs, va avoir un sérieux impact sur les productions de films. En baissant le prix de son abonnement, son chiffre d'affaires risque de baisser lui aussi, et donc sa contribution au cinéma français (12,5% de son C.A.) suivra. Du côté de Canal +, on assure que cette contribution ne baissera pas mais qu'il faut déterminer un nouveau mode de calcul. Les syndicats de producteurs aimeraient déjà que la chaîne garantissent durant quelques années cette manne financière dont ils ne peuvent pas de passer.

Il va falloir s'adapter. Canal + est désormais concurrencé et la vidéo à la demande bouleverse les habitudes des cinéphiles. Amazon, Netflix etc ont des ambitions cinématographiques. Sans compter que le cinéma n'est plus le produit d'appel principal pour les abonnés de Canal.

De nouveaux acteurs sortent du bois. Après Orange, logiquement SFR se dit prêt à financer le cinéma français. Mais, là encore, à condition que la chronologie des médias évoluent. Et pour les acteurs des télécoms, n'ont pas le même calendrier que Canal. Une chose est certaine: tout le monde a envie de faire bouger les choses et personne n'a intérêt à ce que les télévisions, qui financent, et les salles, qui permettent de déterminer le succès d'un film, ne soient perdants.

En attendant de trouver une solution, tout le monde est sur le front. Non pas pour déclencher une guerre cette fois-ci, mais bien pour sauver le soldat Canal.