Vesoul 2019: Pema Tseden reçoit un 2ème Cyclo d’Or avec « Jinpa »

Posté par kristofy, le 13 février 2019

Le 25ème Festival International des Cinémas d'Asie de Vesoul, a soufflé les bougies de cet anniversaire symbolique avec la surprise de la révélation de son palmarès : le Cyclo d'Or a été attribué au film Jinpa du réalisateur Pema Tseden. Durant l'histoire du FICA de Vesoul c'est en fait la première fois qu'un cinéaste reçoit pour la seconde fois la plus haute récompense : Pema Tseden avait déjà reçu un Cyclo d'Or en 2016 pour son film Tharlo, sorti  en salles en janvier 2018.

Pema Tseden est n réalisateur originaire du Tibet, et Tharlo tout comme Jinpa, avait été découverts lors du festival de Venise. Leur point commun est d'ailleurs l'utilisation de certains très longs plans fixes. Ici le chauffeur d'un camion sur une route déserte prend en stop un homme mystérieux qui dans un prochain village à l'intention de retrouver quelqu'un pour le tuer et se venger... La production de Jinpa a été soutenue par Wong Kar-wai. Outre le Cyclo d'Or Jinpa reçoit aussi le Prix de la Critique, et un coup de coeur du jury Inalco.

Comme chaque année les films sélectionnés en compétition représentent des premiers ou seconds films, des œuvres en première européenne pour la plupart, parfois en provenance de cinéphilies rarement distribués en salles en France.

Pour cette année 2019, on croisait Rona Azim's mother de Jamshid Mahmoudi qui était le film candidat de l'Afghanistan à l'Oscar du meilleur film étranger (Grand prix du jury et Prix Inalco), His lost name premier film de la réalisatrice japonaise Hirose Nanako (assistante depuis plusieurs années de Kore-eda Hirokazu, palme d'or à Cannes 2018), African violet de la réalisatrice iranienne Mona Zandi Haghighi dont le premier film avait été primé à Vesoul en 2007...

Le Palmarès du Fica de Vesoul 2019 :

Cyclo d'Or : JINPA de Pema Tseden (Chine)
Grand prix du jury international : RONA AZIM’S MOTHER de Jamshid Mahmoudi (Afghanistan)
Prix du jury international : SUB-ZERO WIND de Kim Yu-ri (Corée du Sud)

Prix NETPAC (Network for the promotion of asian cinema): A FAMILY TOUR de Ying Liang (Hong Kong, Taïwan, Singapour, Malaisie)
Prix de la critique : JINPA de Pema Tseden (Chine)
Prix INALCO : RONA AZIM’S MOTHER de Jamshid Mahmoudi (Afghanistan)
Coup de cœur INALCO : JINPA de Pema Tseden (Chine)
Prix du public du film de fiction ex-aequo : AFRICAN VIOLET de Mona Zandi Haghighi (Iran) et WAITING FOR SUNSET de Carlo Enciso Catu (Philippines)
Prix du jury lycéen : AFRICAN VIOLET de Mona Zandi Haghighi (Iran)
Prix du public du film documentaire : CHINE DU SUD : UNE ROUTE POUR XIAO JIANG de Jean-Michel Corillion (Chine, France)
Prix du jury jeune : OF FATHERS AND SONS de Talal Derki (Syrie)
Prix des exploitants : SIBEL de Çagla Zencirci et Guillaume Giovanetti (Turquie)

Vesoul 2019 : le silence et l’exil face aux politiques absurdes

Posté par kristofy, le 11 février 2019

Comme à son habitude, le Festival International des Cinémas d'Asie de Vesoul propose en compétition des films de tous horizons (Chine, Corée du Sud, Inde, Japon, Iran, Philippines, Afghanistan...) La plupart de ces films, dont trois sont signés de réalisatrices, montrent des familles qui éprouvent diverses difficultés. Certaines sont en résonance avec leur pays avec en fond une critique d'un système. Deux films sont particulièrement interrogateurs, voir dénonciateurs : Widows of silence et A family tour.

Widows of silence, réalisé par Praveen Morchale : originaire de l'Inde, il s'agit de son 3ème long-métrage. Il raconte une histoire dans le  Cachemire. Une femme dont le mari est porté disparu depuis 7 ans est seule avec sa fille de 11 ans et sa belle-mère âgée muette de chagrin. Cette femme doit plusieurs fois se déplacer pour des formulaires demandant un acte de décès de son mari qu'elle n'arrive pas à obtenir, l'une des raison est d'ailleurs de lui soustraire des terres de son mari...

Praveen Morchale explique ce qui l'interpelle : « Le Cachemire est une zone très conflictuelle entre l'Inde et le Pakistan, depuis des dizaines d'années. Il y a des gens qui traversent des frontières pour disparaître et d’autres pour devenir soldat ailleurs par exemple. Il y a surtout le problème interne des gens qui sont à un moment arrêtés par des militaires et qu'on ne revoit jamais. Il y aurait 2500 femmes veuves officiellement mais plutôt environ 10000 disparus officieusement, la situation est douloureuse pour les proches surtout les épouses et les enfants. Il y a un peu plus d'un an j’ai découvert dans un article de journal le terme de ‘demi-veuve’ et je me suis intéressé à ce que ça voulait dire, en fait des femmes dont les maris ont disparus après des arrestations.

Je suis allé au Cachemire et j'y ai rencontré des gens incroyablement généreux et qui partagent beaucoup de choses, et aussi des femmes qui m'int raconté des choses horribles et absurdes qui arrivent là-bas. Les médias locaux ne parlent jamais des malheurs de ces femmes et de ces enfants, les journaux et les radios ne parlent que d'actions militaires victorieuses par exemple, mais rien de négatif sur le pays. Beaucoup de ces femmes sont illettrées ou bloquées au quotidien dans des démarches administratives, elles sont d'autant plus silencieuses ou ignorées que personne ne parlent d'elles, de ces veuves dont les maris sont morts on ne sait où ni comment. Environ 6 mois plus tard je faisais le film, le tournage a duré 17 jours dans un petit village où personne n'avait jamais vu de caméra. A l'écran c'est la réalité, les villageois jouent leur vie à l'image : le chauffeur est chauffeur, l'infirmière est infirmière. Que des non-professionnels donc sauf l'actrice principale qui a fait du théâtre et le chef du bureau d'état civil qui est en fait mon assistant qui fait l'acteur ici. Dans mon film 99% des choses sont vraies d'après ce que m'ont raconté plusieurs femmes rencontrées là-bas, sauf le final est fictif. »

A family tour, réalisé par Ying Liang : il est chinois mais il a dû s'éloigner de sa région natale pour aller vivre à Hong-Kong, sa précédente réalisation When night falls lui avait valu diverses difficultés avec le pouvoir et c'est d'ailleurs le sujet de son nouveau film. Une réalisatrice exilée à Hong-Kong parce qu'un de ses film a offensé les autorités chinoises participe à un festival dans la dissidente Taïwan. Elle en profite pour y faire venir sa mère malade qu'elle n'a pas vue depuis cinq ans. La mère participe à un voyage groupé touristique et à chaque étape la réalisatrice avec son mari et son fils va la rejoindre pour passer du temps ensemble...

Ying Liang évoque comment la Chine surveille des cinéastes : « Cette histoire est une fiction qui reflète mon histoire personnelle. Un de mes films a fait que je ne pouvais plus retourner en Chine, c'était une phase difficile et j'ai repensé totalement ma vie. La première version du scénario était à propos d'un homme réalisateur en exil et c'était trop proche de moi. Faire du personnage principale une femme réalisatrice permettait de suggérer différents choix de vie et en faire un personnage plus fort : ici ce n'est pas une femme qui suit son mari par exemple, c'est elle qui est moteur des décisions. Je suis originaire de Chine mais à Hong-Kong il y a plus de libertés, notamment pour faire des films et les montrer, mais en ce moment Hong-Kong change à une vitesse folle et en pire.

Les deux actrices sont originaires de Pékin, et je leur ai demandé clairement "voulez-vous prendre le risque d'apparaître dans mon film?" L'actrice qui joue la mère était déjà dans mon précédent film qui m'a vau des problèmes dans le rôle de la maman d'un garçon ayant tués des policiers chinois, en fait elle est aussi elle-même productrice de films indépendants comme Lou Ye, elle connait les risques de censure. Dans ma vraie vie; mes parents n'ont pas fait ce type de voyage dans un pays tiers pour me voir, c'est risqué car on ne sait pas ce qui peut se passer à leur retour. Le contact avec mes parents en Chine est comme dans ce film, c'est par internet et limité à des choses simples. Je ne peux pas leur parler de ce que je fais dans mon métier et cache certaines choses, et eux évitent de me poser certaines questions. »

Vesoul 2019 : Le président du jury Eric Khoo ramène ses Saveurs (asiatiques)

Posté par kristofy, le 9 février 2019

Cette année du 25ème anniversaire Festival International des Cinémas d'Asie de Vesoul, le président du jury international est le réalisateur de Singapour Eric Khoo. Il est entouré de trois autres cinéastes: le sud-coréen Bae Chang-ho (wem>Jeong), le palestinien Rashid Masharawi (L'Anniversaire de Leila) et le kazakh Darezhan Omirbaev (Kairat).

Le cinéma de Singapour n'a pas de meilleur ambassadeur à l'international que Eric Khoo. Dès son premier film en 1995, il a étét le premier réalisateur singapourien a être sélectionné dans différents festivals. Au Festival de Cannes il a ouvert en 2005 La Quinzaine des Réalisateurs avec Be with me, puis en compétition dans la sélection officielle en 2008 avec My Magic, et enfin, toujours en sélection officiel dans la section Un Certain Regard en 2011 avec Tatsumi, film d'animation.

Son dernier film La saveur des ramen est sorti en octobre dernier en France. A Vesoul, Eric Khoo a accompagné une nouvelle projection du film. En précisant cette info pour les gourmets : le DVD à venir devrait être accompagné d'un petit livre de recettes !

Pardon et réconciliation

«Quand on mange un plat particulier son goût ramène des souvenirs, j’ai voulu transmettre ça. La nourriture rassemble les gens en France comme dans plusieurs pays d’Asie, le repas du dimanche est souvent un plat particulier. Ici le personnage principal renoue avec ses origines, avec le souvenirs de ses parents disparus et sa grand-mère qu'il ne le connaissait pas. La nourriture c’est aussi parfois un moyen de guérison, et dans ce film il s'agit d'un moyen vers une réconciliation avec sa grand-mère. Elle est de Singapour et n'a pas pu supporté que sa fille épouse un japonais» explique-t-il.

Il précise que «La saveur des ramen est sorti dans une trentaine de pays et en dernier sorti au Japon. Le film est particulièrement sensible pour le public japonais car, si tout le monde sait qu'à un moment de l’Histoire le Japon a occupé la Chine, beaucoup de la génération actuelle ne savent pas vraiment que durant la seconde guerre mondiale le Japon avait occupé Singapour avec autant d'atrocités. Certains japonais se sont excusés pour leurs ainés. Dans le scénario le personnage allait dans le musée consacré à la guerre, l’acteur lui-même a été très touché et ému par ce qu’il y a découvert. La saveur des ramen est un message d'amour, de pardon, et de réconciliation entre les deux peuples du Singapour et du Japon»

Le Festival des cinémas d’Asie de Vesoul célèbre en fanfare son 25e anniversaire

Posté par kristofy, le 5 février 2019

Le FICA de Vesoul va ouvre une nouvelle fois ses portes ce 5 février jusqu'au 12 février : cette année le Festival International des Cinémas d'Asie de Vesoul va fêter (déjà) son 25ème anniversaire et, pour l'occasion, il sera inauguré par le ministre de la Culture, Franck Riester.

Cette année le président du jury international est de réalisateur de Singapour Eric Khoo, deux fois sélectionné à Cannes et dont le dernier film était en salles La saveur des ramens en octobre dernier. En plus des nouveaux films en compétition et des diverses Vesoul va présenter dans une section Japonisme une quinzaine de films à (re)découvrir pour leur influence sur le 7e art, et rendre un hommage à l'immense actrice Hiam Abbass.

C'est le plus ancien festival asiatique, et le seul de cette ampleur. Il attire plus de 30 000 spectateurs dans ses multiples salles de projections, avec presque une centaine de films chaque année. Le FICA de Vesoul est ainsi devenu la première manifestation cinématographique asiatique de France, tant en nombre de films que de spectateurs, et même l'un des dix plus importants festival de cinéma en France. «Il a fallu s'adapter au terrain, tisser des liens de confiance, constituer une équipe... Car un festival, c'est aussi une équipe fidèle : les projectionnistes, les photographes, les chauffeurs, ceux qui s'occupent des plannings... Tous participent à l'âme du FICA. » expliquent les organisateurs.

À l'origine de la création de cette manifestation en 1995, Martine et Jean-Marc Thérouanne ont fait de ce festival un rendez-vous incontournable pour les amateurs de cinéma asiatique, des rives de la Méditerranée à la mer de Chine, de l'Océan indien aux steppes de Sibérie. Au fil de ces 25 éditions Vesoul a accueilli des cinéastes majeurs comme Kore-Eda Hirokazu, Hou Hsiao-Hsien, Im sang-soo, Brillante Mendoza, Wang Chao, Jia Zhang-Ke, Stanley Kwan, Wang Xioshuai, Garin Nugroho, Eugene Domingo, Jocelyne Saab, Tran Anh Hung...

La convivialité et l'esprit de découverte ont toujours animé le festival : pour l'ancien membre du jury Li Yang (et réalisateur de Blind shaft et Blind mountain): "C’est bien mieux que dans les grands festivals, ici il n’y a pas tout le cirque autour du show-business…". Selon Mohsen Makhmalbaf (invité d’honneur en 2009) "d’habitude, dans les festivals, il y a beaucoup de monde devant la porte pour voir passer les stars et peu à l’intérieur. Ici, c’est le contraire : les salles sont pleines! En général, c'est un signe qui ne trompe pas." La curiosité ancrée dans l'identité de Vesoul qui place la découverte et la singularité au cœur de ses programmations, en privilégiant les cinématographies atypiques tout comme des premiers films.

Inédits et invisibles

« Si l’une des missions du FICA de Vesoul est de mettre à l’honneur les films totalement inédits de futurs talents de demain dans les sections compétitives, elle est aussi de faire connaître et reconnaître des cinématographies peu ou mal connues. Proposer une rétrospective implique pendant plusieurs années l’étude de l’histoire du cinéma et de l’histoire du pays souvent intimement mêlées, le visionnement de centaines de films, des déplacements et des contacts sur place, l’aide à la restauration de certaines copies, la traduction et la création de sous-titres en français… » rappellent les fondateurs.

C’est une des spécificités du Festival de Vesoul : aller dénicher des films inédits, et même des films devenus invisibles. Les Cinémas d'Asie sont ici à découvrir au sens géographique : outre bien sûr les pays phares comme le Japon, La Chine, La Corée du Sud, etc ; on y a programmé des rétrospectives uniques en provenance du Skri-Lanka, de Georgie, des Philippines, du Vietnam, d'Indonésie par exemple. Autant de cinéphilies oubliées. Et le public répond présent de plus en plus nombreux chaque année. « Nous avons donné le goût du cinéma asiatique à des gens qui n'auraient jamais pensé aller voir ce genre de films »

600000 asiatophiles

Déjà 25 années que le Festival de Vesoul fait rayonner en France les diverses cultures asiatiques, et mêmes au delà de l'Europe où certaines rétrospectives sont demandées ailleurs. Certains films, restaurés, redeviennent même visibles dans leurs pays d'origine. Ces 25 années sont synonymes de 1600 films, 550 personnalités de cinéma invitées, 600000 spectateurs. Avant de souffler ces 25 bougies les créateurs du Festival Martine et Jean-Marc Thérouanne ont reçu fin 2018 le 23e Korean Cinema Award, qui honore chaque année une personnalité du monde du cinéma lors de la cérémonie d'ouverture du Festival de Busan en Corée du sud (le plus grand festival d'Extrême Orient), pour couronner une vie dédiée à la connaissance et au partage des cinémas d’Asie, et plus particulièrement du cinéma coréen.

______________

25e Festival des Cinémas d'Asie de Vesoul

Du 5 février janvier au 12 février 2019
Informations pratiques sur le site de la manifestation

Le prestigieux Korean Cinema Award décerné à Martine et Jean Marc Thérouanne, cofondateurs du FICA de Vesoul

Posté par MpM, le 6 octobre 2018

Martine et Jean-Marc Thérouanne à Busan

Le 23e Korean Cinema Award, qui honore chaque année une personnalité du monde du cinéma (tels que Gilles Jacob, Thierry Frémaux, Charles Tesson ou encore Dieter Kosslick), a été remis à Martine et Jean-Marc Thérouanne, Directrice et Délégué Général, cofondateurs du Festival International des Cinémas d'Asie (FICA) de Vesoul, jeudi 4 octobre lors de la cérémonie d'ouverture du Festival de Busan. Le prix vient couronner une vie dédiée à la connaissance et au partage des cinémas d’Asie, et plus particulièrement du cinéma coréen.

Le FICA de Vesoul, qui fêtera en 2019 son 25e anniversaire, est en effet un rendez-vous incontournable pour les amateurs de cinéma asiatique comme pour les professionnels. Il a accueilli en moins d'un quart de siècle des réalisateurs de premier plan comme Brillante Mendoza, Hou Hsiao-Hsien, Kore-Eda Hirokazu ou encore Im sang-soo, et a permis aux 600 000 spectateurs cumulés depuis ses débuts de découvrir des centaines de films inédits ou rares. Ecran Noir, qui couvre le FICA depuis sa 14e édition en 2008, est particulièrement heureux et fier de voir ainsi honorés les fondateurs et organisateurs d'un festival qu'il suit et soutient depuis plus de dix ans.

Martine et Jean-Marc Thérouanne racontent le moment où ils sont montés sur scène devant plus de 4000 professionnels du monde entier pour recevoir leur prix : "Nous fûmes invités à monter sur scène par Lee Yong-Kwan, directeur en chef du Festival de Busan. Des mannequins Artistry nous ont alors remis deux statuettes à nos noms ainsi que deux bouquets de fleurs. Nous avons alors pris la parole, chacun à notre tour, avant de rejoindre nos places, sous un tonnerre d’applaudissements."

Ce qui a le plus ému le couple, c'est "le fait que ce prix, totalement inattendu, nous ait été remis conjointement à tous les deux. Les directeurs du Festival de Busan ont bien compris que l’on ne peut pas dissocier Martine de Jean-Marc. Ils ont regardé la qualité de notre travail sans préjuger du lieu où il était réalisé. Notre portrait sensible, brossés par les deux directeurs, en toute simplicité et en toute vérité, montrait leur sens de l’observation de l’âme humaine. On ne vit cela qu’une fois dans sa vie."

Après avoir vécu ce moment d'une rare intensité, Martine et Jean-Marc Thérouanne vont désormais profiter de Busan pour continuer les préparatifs du prochain FICA. Celui-ci se tiendra du 5 au 12 février 2019. On sait déjà qu'il proposera, en plus des habituelles compétitions, une section thématique autour des "couples d'Asie", un hommage à la comédienne et réalisatrice Hiam Abbass, un focus sur les films japonais ayant marqué le cinéma français et une carte blanche spéciale 25e anniversaire composée des coups de cœur très personnels de l'équipe du FICA. Ecran Noir, bien entendu, vous fera vivre en direct cette édition exceptionnelle.

Vesoul 2018: Bagage de Zig Dulay, une histoire de bébés abandonnés

Posté par kristofy, le 2 février 2018

zig dulay ©ecrannoirLe Festival des Cinémas d'Asie de Vesoul c'est la découverte de films en provenance d' Iran, Afghanistan, Malaisie, Chine, Corée du Sud, Philippines, ou du Japon. Recevoir un prix à Vesoul est d'ailleurs un coup de projecteur pour favoriser ensuite une sortie en salles en France, comme par exemple Les lauriers roses-rouges (Under construction) le 7 juin 2017, Tharlo, le berger tibétain ce 3 janvier dernier ou Hotel Salvation le 21 mars prochain.

Aujourd'hui on s'envole vers les Philippines dont on connait surtout les films de Brillante Mendoza. On se demande pourquoi les distributeurs n'ont pas fait sortir par exemple les films de Lawrence Fajardo (Invisible) ou de Edouardo Roy Jr, passé à Vesoul mais aussi par Berlin (Baby factory, le quotidien d’une maternité à travers différentes mamans, infirmières, bébés ou Quick change, histoire de transsexuels avec un trafic illégal de produits de chirurgie esthétique).

Un nouveau nom est à suivre : le réalisateur Zig Dulay (qui est aussi scénariste, monteur, producteur), venu à Vesoul présenter Bagage avec comme héroïne l'actrice Angeli Bayani (que l'on connaît depuis Ilo Ilo qui avait eu le prix Caméra d'or à Cannes en 2013).

Le pitch: Alors que toute la famille célèbre le retour au pays de Mercy Agbunag, des agents du Bureau National des Investigations viennent la chercher Mercy pour enquêter sur la découverte d’un nouveau-né qui a été jeté dans la poubelle d'un avion. Mercy était à bord de cet avion, elle va devoir passer entre les mains de divers organismes : police, hôpital, refuge des services sociaux, médias avides de sensationnalisme...

Le style du film et son esthétique visant au réalisme nous sont déjà familiers: la caméra est presque toujours tournée vers le personnage principal dont on suit autant la trajectoire géographique dans différents lieux que son parcours émotionnel. Ici c'est une femme, déjà mère de famille, qui est accusée d'avoir donner naissance à un bébé et de l'avoir abandonné dans un avion. L'enquête va d'abord viser son corps avec divers examens médicaux puis sa conscience avec une demande d'aveux qu'elle ne fait pas : est-elle vraiment coupable, que s'est-il passé ?

Inspiré de faits divers

Zig Dulay a donné cet éclairage : « Le film est inspirés de différents faits-divers de femmes ayant dû accoucher dans les toilettes d'aéroport et qui y ont abandonné le bébé. Il y a aussi eu un cas d'un bébé oublié dans les toilettes d'un avion. C'était à chaque fois des avions qui venaient de pays du Moyen-Orient. Il y avait d'ailleurs une histoire où le bébé trouvé avait été appelé Rosario. J'ai gardé ce prénom. Tout ça m'a inspiré l'écriture de ce film Bagage. Ce titre a une double signification, à la fois la charge trop lourde que représente ce bébé pour sa mère, et aussi le fait que ce type d'histoire représente un poids social pour le pays car ce qui est raconté se produit encore et toujours. Aux Philippines on traite ce genre d'affaire presque comme quelque chose de quotidien, il y a des réactions quand ça arrive mais on ne fait pas grand chose pour éviter ce type de problème. La justice est limitée à sa juridiction sans pouvoir enquêter en direction de criminels d'un autre pays étranger et essaie de savoir qui est la mère qui a abandonné le bébé. Avec Bagage j'ai voulu montrer ce cercle vicieux où des femmes sont d'abord coupables avant d'être éventuellement ensuite comprise comme étant victimes.»

Vesoul 2018 : Wang Xiaoshuai, Mohamad Malas et la Mongolie à l’honneur

Posté par kristofy, le 30 janvier 2018

C’est LE festival asiatique majeur et pour sa 24e édition, les regards vont de nouveau se tourner vers l’est en région Bourgogne-Franche-Comté : le Festival des Cinémas d'Asie de Vesoul va rendre hommage au chinois Wang Xiaoshuai (avec 11 films dont certains inédits) et au syrien Mohamad Malas (avec l'intégrale de ses films), et faire découvrir un large panorama du cinéma de Mongolie !

« Si l’une des missions du FICA de Vesoul est de mettre à l’honneur les films totalement inédits de futurs talents de demain dans les sections compétitives, elle est aussi de faire connaître et reconnaître des cinématographies peu ou mal connues. Proposer une rétrospective implique pendant plusieurs années l’étude de l’histoire du cinéma et de l’histoire du pays souvent intimement mêlées, le visionnement de centaines de films, des déplacements et des contacts sur place, l’aide à la restauration de certaines copies, la traduction et la création de sous-titres en français… » C’est cela le Festival de Vesoul, aller dénicher des films inédits en France ou en Europe, voire des films devenus invisibles (l’année dernière, c’était le Skri Lanka et la Georgie qui étaient à l'honneur). On y verra donc plus d’une quinzaine de films en provenance de Mongolie, dont des trésors qui datent de 1936, 1938, 1954 et d’autres plus récents.

Avec une sélection thématique "Paroles de femmes" (rattrapée par l’actualité), ses différents films en avant-première, et ses films en compétition pour un Cyclo d’or, le FICA de Vesoul va proposer de découvrir presque une centaine d’œuvres asiatiques du proche à l’extrême orient. Le jury international pour les fictions en compétition sera présidé par Wang Xiaoshuai (qui a déjà été récompensé à Cannes comme à Berlin), avec à ses côtés Mohamad Malas, Mai Masri et l’actrice philippine Liza Dino.

Au fil des multiples séances toute la journée, ce sont environ 30 000 spectateurs qui vont être accueillis sur une semaine, beaucoup de projections sont suivies d’ailleurs par un débat : cette année sont invités par exemple Byambasuren Davana, Zig Dulay, Lee Dong-eun, Lee Kwang-kuk, Ebrahim Mokhtari, Morigaki Yukihiro, Pengfei, Roya Sadat, Tan Seng Kiat, et aussi Wang Chao.

C’est Hotel salvation qui fait l’ouverture du festival (avant sa sortie en salles le 21 mars), et pour la clôture c’est Centaure (qui sera sur les écrans à partir de ce 31 janvier).


______________

24e Festival des Cinémas d'Asie de Vesoul
Du 30 janvier au 6 février 2018
Informations pratiques sur le site de la manifestation

Vesoul 2017 : Des femmes et des bébés au palmarès

Posté par kristofy, le 15 février 2017

Le 23ème Festival des Cinémas d’Asie de Vesoul s'est terminée avec sa chaleureuse convivialité habituelle et beaucoup de promesses pour le rendez-vous de l'année prochaine. La manifestation prend de plus en plus d'ampleur localement (avec des lycéens, d'autres salles dans d'autres villes proches, incluant même un débat en duplex, et une programmation post-festival à Paris et ailleurs) et à l'international (au festival de Busan en Corée, on parle autant de Vesoul que de Berlin, pour beaucoup d'invités la ville vosgienne restera leur première étape de découverte de la France...), tant et si bien que de nombreuses séances ont affiché 'complet'. Sur une semaine il y a eu tout de même environ 150 séances et il a fallu en rajouter pour satisfaire la demande.

Nos films préférés

C'est au FICA de Vesoul que l'on voit en avant-première des films comme Tunnel de Kim Seong-hun (sortie le 3 mai), Après la tempête de Kore-eda Hirokazu (découvert à Cannes, sortie le 26 avril), The Bacchus Lady de Lee Je-yong (en ce moment au festival de Berlin), et surtout la riche sélection des films en compétition dont la plupart n'ont pas encore de distributeurs.

Parmi nos préférés il y avait Hotel Salvation de Shubhashish Bhutiani (Inde), Reseba-The Dark Wind de Hussein Hassan (Irak), Baby Beside Me de Son Tae-gyum (Corée du Sud), et 500m 800m de Yao Tian (Chine), ce dernier étant d'ailleurs étrangement complémentaire avec un des films les plus fort d'une autre sélection Blind Mountain de Li Yang...

Le prix du public pour Reseba-The Dark Wind

Comme on le pressentait déjà Reseba-The Dark Wind a fait forte impression sur les festivaliers et repart avec deux prix : prix du public et prix des lycéens.

Mais c'est 500m 800m de Yao Tian qui a gagné le Cyclo d'or du jury international (la cinéaste iranienne Rakhshan Bani-Etemad comme présidente, la réalisatrice géorgienne Rusudan Chkonia, le réalisateur sri lankais Vimukthi Jayasundara et la réalisatrice mongole Byambasuren Davaa) : ce film chinois risque d'ailleurs de ne pas être vu dans son propre pays tant il critique la politique de l'enfant unique en Chine (qui a été assouplie depuis 2016).

Yao Tian, fils unique, Cyclo d'or

Le réalisateur Yao Tian qui était présent à Vesoul avait expliqué que «Je suis né dans les années 80 et je n'ai pas eu de petit frère ou petite sœur à cause de cette injonction de l'enfant unique. Ce n'était pas possible car sinon il y avait une très grosse amende impossible à payer, de plus pour qui avait un travail de fonctionnaire c'était le renvoi de cet emploi. Si jamais une seconde grossesse arrivait tout de même c'était comme dans le film 500m 800m, pas possible de donner naissance à un deuxième enfant, il n'y avait pas vraiment de limite au nombre de mois de grossesse pour un avortement (ndlr : comme une séquence marquante du film). Cette politique de l'enfant unique a durer longtemps et au bout d'un moment il y a eu un vieillissement de la population, c'est pourquoi ça a été changé début 2016 avec l'autorisation d'un deuxième enfant. »

Le titre du film 500m 800m évoque deux endroits voisins où s'est construit le barrage des Trois Gorges : dans le village rural à plus de 800 mètres d'altitudes un second enfant était permis sous certaines conditions (si le premier enfant était une fille, il fallait attendre 3 ans après sa naissance...) mais ses habitants apprennent qu'on leur ordonne de déménager pour être reloger ailleurs, dans des logements plus modernes, plus bas, sous 500 mètres d'altitude... La décision de tout quitter pour les plus âgés est dure, les autres sont séduits par l'avantage d'avoir enfin une école. Une femme du village au dessus des 800 mètres déjà maman d'une petite fille se retrouve enfin enceinte d'un second enfant (ce qui est permis) et la famille bon gré-mal gré déménage donc, mais là où ils arrivent c'est l'application stricte de la politique de l'enfant unique : il lui est interdit de garder son bébé à naître...

reseba the dark windGrossesses, viols, avortements, traditions, maternité: la femme dans tous ses états

A noter que la grossesse était un sujet de société et un sujet de débat dans de nombreux films du FICA de Vesoul cette année, dont certains se retrouvent dans le palmarès. En Chine dans 500m 800m il y a des avortements forcés dans le cadre de la politique de l'enfant unique, dans Blind Mountain il y a des jeunes femmes qui sont vendues et retenues prisonnières et violées pour enfanter dans certains villages avec une majorité d'hommes qui désirent eux une descendance... Le viol est d'ailleurs un drame collatéral en période de guerre comme dans This is my moon de Asoka Handagama ou dans Reseba-The Dark Wind de Hussein Hassan. Dans La belle-mère de Samanishvili de Edgar Shengelaia le remariage d'un patriarche implique un futur bébé possible et donc la menace que son héritage soit divisé: on lui cherche une femme stérile. À l'inverse dans The Hunt de Vasantha Obeysekere un bébé né d'une liaison incite une femme à retrouver l'homme géniteur pour l'obliger à sa promesse de se marier avec elle. Quand une femme d'un certain âge se retrouve de nouveau enceinte cela provoque beaucoup de questionnements chez ses proches dans Emma (Mother) de Riri Riza et même des scandales dans Walls Within de Prasanna Vithanage. C'est donc compliqué de décider d'avoir ou pas un enfant, d'ailleurs le débat sur l'avortement est le thème central du film iranien Being Born de Mohsen Abdolvahab , Grand prix du jury, avec en balance des dépenses supplémentaires, le poids de la religion, un épanouissement contrarié... Certaines femmes n'arrivent pas à assumer leur bébé, confié à l'adoption dans The Bacchus Lady de Lee Je-yong parce que sa mère prostituée coréenne a accouché d'un bébé métis suite une relation avec un soldat américain..., dans Baby Beside Me de Son Tae-gyum, Prix Emile Guimet, une mère disparaît du foyer en abandonnant son bébé à son compagnon qui ayant un doute sur sa réelle paternité envisage de le faire adopter.

Le Palmarès du Fica de Vesoul 2017 :

- Cyclo d'Or : 500M 800M de Yao Tian (Chine)
- Grand prix du Jury International : BEING BORN de Mohsen Abdolvahab (Iran)
- Prix du Jury International : GOING THE DISTANCE de Harumoto Yujiro (Japon)
- Mention spéciale du Jury International : Hiromi Hakogi dans HER MOTHER de Sato Yoshinori (Japon)

- Prix du Jury NETPAC : GOING THE DISTANCE de Harumoto Yujiro (Japon)
- Prix de la critique : HOTEL SALVATION de Shubhashish Bhutiani (Inde)
- Prix Emile Guimet : BABY BESIDE ME de Son Tae-gyum (Corée du Sud)
- Coup de cœur du Jury Guimet : GOING THE DISTANCE de Harumoto Yujiro (Japon)
- Prix INALCO : EMMA (Mother) de Riri Riza (Indonésie)
- Coup de coeur INALCO : 500m  800m de Yao Tian (Chine)

- Prix du public du film de fiction : THE DARK WIND de Hussein Hassan (Iraq)
- Prix du Jury Lycéen : THE DARK WIND de Hussein Hassan (Iraq)
- Prix du Public du film documentaire : UN INTOUCHABLE PARMI LES MORTS de Asil Rais (Inde)
- Prix du Jury Jeune : LE CRI INTERDIT de Marjolaine Grappe & Christophe Barreyre (France / Chine)

Vesoul 2017 : coup de projecteur sur le cinéma du Sri Lanka

Posté par kristofy, le 13 février 2017

© michel mollaret - ficaLe Festival des Cinémas d’Asie de Vesoul est l'un des rares évènements qui propose des rétrospectives d'envergure sur des cinématographies rares et méconnues, comme le Laos par exemple. Pour cette édition 2017, ce sont les films du Sri Lanka qui ont été retrouvés et qui nous sont révélés, soit 13 films rares (certains jamais montrés en Europe) qui s'étalent sur la période de 1956 à nos jours.

Le Sri Lanka, comme d’autres pays d’ailleurs, n’a pas une organisation systématique d’archivage et de conservation de ses films de patrimoine (comme la Cinémathèque et le CNC en France…), surtout pour ceux d’avant l’an 2000. Après leur courte exploitation commerciale les bobines ou copies de films sont simplement laissées de côté et abimées ou détruites. Le Sri Lanka ayant, de plus, connu environ 25 années de guerre civile (entre les communautés Cinghalaise et Tamoule), quantité de films ont disparu...

Outre ces films, cette rétrospective inédite « Les Maîtres du cinéma sri-lankais » est complétée par bon nombre de films rares retrouvés là-bas qui n'avaient pas été projetés depuis longtemps, pas même dans la capitale du pays, Colombo. C’est la première fois qu’un tel panorama cinématographique est offert. Cette sélection couvre donc plusieurs décennies de cinéma mais aussi plusieurs régions et plusieurs communautés: les images de certains films sont même la seule archive visuelle d’un mode de vie de certains endroits avant la guerre.

C’est le FICA qui s’est déplacé sur place pour un travail de recherche en allant à la rencontre de passionnés de cinéma, et de cinéastes, dont certains sont à Vesoul. Il y a eu notamment des échanges avec Lester James Peries, considéré comme le ‘père’ du cinéma Skrilankais (97 ans) et sa compagne, également réalisatrice, Sumitra Peries (82 ans).
Prasanna Vithanage est plutôt revenu à Vesoul pour y présenter un film inédit. Il est le réalisateur actuel en vogue avec deux de ses films qui ont déjà été en compétition au FICA : Flowers of the sky en 2009 (mention spéciale d’un jury) et With you, without you en 2013 (Cyclo d’or).

Swarna  Mallawarachchi est elle aussi venue à Vesoul pour plusieurs de ses films : c'est l'actrice la plus récompensée du cinéma Skrilankais avec 26 prix d’interprétation durant sa carrière longue de cinq décennies, dont un Cyclo d’or d’honneur qui lui a été décerné lors de la cérémonie d'ouverture cette année. Quatre films dont elle est l'héroïne sont à découvrir grâce au FICA de Vesoul :

  • Yonger sister (Ponmani), (1978) de Dharmasena Pathiraja (avec Swarna Mallawarachchi) : c’est un réalisateur Cinghalais qui raconte un histoire sur les Tamouls, une démarche qui était rare en 1978, avant la guerre. On découvre qu’une jeune fille cadette de sa famille ne peut pas espérer un mariage tant que sa sœur ainée ne soit elle mariée. La jeune femme doit donner de l’argent pour le mariage (à l’inverse du principe de la dote ailleurs). Complication supplémentaire : la cadette est amoureuse d'un pêcheur, donc de classe sociale inférieure... Un dialogue du film est particulièrement osé et revendicatif pour l'époque : "les gens devraient avoir le droit d'aimer qui ils veulent".
  • A letter written on the sand, (1988) de Sumitra Peries (avec Swarna Mallawarachchi) : film d’une femme réalisatrice (quasiment la seule...) : Sumitra Peries. Avec ce film l'actrice Swarna Mallawarachchi a gagné 4 prix d’interprétation. Une femme élève seule son petit garçon depuis que son mari est décédé, mais elle ne peut plus faire face. Son appel à l'aide et à la solidarité sera dramatiquement ignoré, sauf par un homme du voisinage dont l'épouse est très jalouse...
  • Seven seas, (1967) de Siri Gunasinghe (avec Swarna Mallawarachchi) : le premier film majeur de cette actrice alors qu'elle n'avait même pas vingt ans. Contrairement aux conventions de l’époque (influencées par les films indiens) où il y avait plusieurs moment chantés joyeux, on y remarque l’utilisation d’une chanson triste. Un pêcheur au quotidien rude va vivre un dilemme insoluble : quitter sa maison et sa mère, là où il est depuis toujours, pour suivre sa femme originaire d'une autre communauté et malheureuse ici, ou rester au risque que sa femme s'en aille...
  • The hunt, (1983) de Vasantha Obeysekere (avec Swarna Mallawarachchi ) : l'histoire inspirée d’un fait divers qui avait fait la une des journaux à cause de son issue tragique. Une femme étant tombée enceinte est à la recherche de l’homme avec qui elle avait eu une liaison : celui-ci lui a menti sur son identité et n’est guère disposé à se marier avec elle malgré sa promesse. Elle va le presser d’envisager tout de même un mariage tandis que lui cherche à y échapper...

Trois autres films

Walls within, (1997) de Prasanna Vithanage : Un individu contre un système, ici la religion catholique. Alors qu’elle se prépare à ce que ses deux grandes filles soient mariées et deviennent à leur tout mère de famille, une femme retrouve un amour de jeunesse perdu de vue depuis plus de vingt ans et s’attache à lui : ce qui est très mal vu par ses proches et en particulier du côté du futur fiancé de sa fille cadette.  Est-il concevable pour une mère de famille de se retrouver encore enceinte alors que sa fille espère bientôt se marier ? Aux yeux de tous c'est un pêché inqualifiable...

Line of destiny, (1956) de Lester James Peries : c'est le film emblématique d'une balise de la naissance du cinéma skri-lankais, le premier film de Lester James Peries (qui en fera 19) et qui fût d’ailleurs sélectionné au Festival de Cannes en 1957 ! Il vient d’être restauré et présenté en première dans la capitale à Colombo quelques jours avant d’arriver dans les salles du FICA de Vesoul. Ce film est symbolique car il se détache de plusieurs conventions de l’époque : il n'y a pas vraiment de séquences musicales (l'ingrédient qui attirait le public), et la (lourde) caméra était portée à l’extérieur d’un studio (simultanément à la Nouvelle Vague en France). Un petit garçon, fils d’un pickpocket, se retrouve dans une situation où on pourrait croire qu’avec sa main il a permis à une petite fille aveugle de recouvrer la vue : un ‘miracle’ qui va être bientôt monnayé à un riche notable avec une conséquence dramatique. Comme une fable, avec un humour à la fois réaliste et ironique que n’aurait pas renié Bunuel, ce petit garçon (exploité par son père) va être célébré puis maudit…

This is my moon, (2000) de Asoka Handagama : il aborde la guerre civile du point de vue d’un village reculé en campagne : s’engager comme militaire semble être la chose à faire pour séduire une fille et pour faire gagner à sa famille un belle prime en cas de décès. L’histoire débute sur un champs de bataille où les tirs sont entendus hors-champs depuis un remblais et d'où un soldat Cinghalaise voit surgir une jeune femme Tamoule : après deux nuits elle va le suivre... Celui-ci revient dans dans son village avec elle (représentant le camp ennemi). Elle se découvrira enceinte depuis son viol et déterminée à rester avec lui : ce qui perturbe sa famille et sa future promise…

Vesoul 2017 : le Sri-Lanka, la Géorgie et le Japon à l’honneur

Posté par kristofy, le 6 février 2017

Le cinéma asiatique s’est une nouvelle fois révélé particulièrement attractif en 2016 où les nouveautés se sont placées au sommet, vers des records de spectateurs au box-office. Par exemple le nouveau record en Chine est The Mermaid de Stephen Chow. Pourtant, malgré cette réussite commerciale, le film n’a même pas eu de sortie en France.

Alors que les spectateurs durant l'année dernière se sont déplacés en centaines de milliers pour aller voir Les délices de Tokyo de Naomi Kawase, Dernier train pour Busan de Yeon Sang-ho, The strangers de Na Hong-jin, Mademoiselle de Park Chan-wook,  Diamond Island de Davy Chou, Ma' Rosa de Brillante Mendoza, le film d'animation Your name de Makoto Shinkai...

On imagine alors que pour ce qui est des films d’auteur bien plus modestes, à l'image de Lost Daughter de Chen Yu-jie, un premier long-métrage de Taïwan, les chances sont encore plus minces d'être montrées. Heureusement, l'opportunité de le voir sur grand écran (parmi bien d'autres perles venues d'Asie) est offerte par le Festival des Cinémas d'Asie de Vesoul !

Le FICA de Vesoul propose du 7 au 14 février sa 23e édition, toujours placée sous le signe de la découverte et de l'éclectisme avec plus de 90 films pour la plupart invisibles ailleurs. Cette année, 3 pays seront plus particulièrement mis en lumière : le Skri Lanka, le Japon et la Géorgie. Il y aura une rétrospective inédite « Les Maîtres du cinéma sri lankais » en présence du réalisateur Prasanna Vithanage et de l’actrice légendaire Swarna Mallavarachchi, qui recevra un Cyclo d’or d’honneur pour ses 5 décennies de carrière, un « Regard sur le cinéma géorgien » avec notamment la présence de la réalisatrice Rusudan Chkonia, et une thématique « Le Japon se met à table ».

Deux compétitions, des avant-premières et 90 films sélectionnés

Une vingtaine de nouveaux films inédits en provenance d’Indonésie, Corée du Sud, Chine, Inde, Géorgie, Cambordge, Irak, Japon, Philippines, Iran, Vietnam… seront par ailleurs en compétition devant sept jurys, dont le jury international présidée par la cinéaste iranienne Rakhshan Bani-Etemad qui elle aussi recevra un Cyclo d’or d’honneur, avec autour d’elle la réalisatrice mongole Byambasuren Davaa, la réalisatrice géorgienne Rusudan Chkonia et le réalisateur sri lankais Vimukthi Jayasundara.

Le film d’ouverture est Après la tempête de Kore-eda Hirokazu qui sera proposé en avant-première avant sa sortie en salles le 26 avril prochain. Le réalisateur japonais était d’ailleurs venu au FICA en 2012 pour accompagner une rétrospective de l’ensemble de ses films (documentaires et fictions réunis pour la première fois, dont la moitié étaient jusque-là inédits en France) et aussi un recevoir un Cyclo d’or d’honneur. Durant cette semaine de projections le FICA de Vesoul proposera d’ailleurs d’autres premières prestigieuses comme The Bacchus Lady de Lee Je-yong (qui sera présenté en même temps au festival de Berlin) ou Tunnel de Kim Seong-hun (sortie le 3 mai).

A noter aussi que certaines personnalités venues lors d’éditions précédentes seront de nouveau présentes à Vesoul comme l’actrice indienne Shanana Goswami ou le réalisateur indonésien Riri Riza : comme chaque année le FICA de Vesoul sera rythmé par des débats après les projections, des tables rondes, des soirées festives, et des séances spéciales pour inviter les festivaliers à une semaine de découvertes 100% cinéma asiatique. Et comme chaque année depuis 2008, on vous y donne rendez-vous !
______________

23e Festival des Cinémas d'Asie de Vesoul
Du 7 au 14 février 2016
Informations pratiques sur le site de la manifestation