Cannes 2019: Un certain regard, les grands écarts

Posté par vincy, le 18 avril 2019

Invisible Life de Karim Aïnouz
Evge de Nariman Aliev
Beanpole de Kantemir Balagov
Les hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman & Eléa Gobé Mévellec - animation
La femme de mon frère de Monia Chokri
The Climb de Michael Covino
Jeanne de Bruno Dumont
Viendra le feu d'Olivier Laxe
Chambre 212 de Christophe Honoré
Port Authority de Danielle Lessovitz
Papicha de Mounia Meddour
Adam de Maryam Touzani
Zhuo ren mi mi de Midi Z
Liberté de Albert Serra
Bull d'Annie Silverstein
Summer of Changsha de Zu Feng

Cannes 2019: Les films hors-compétition et en séances spéciales

Posté par vincy, le 18 avril 2019

Les plus belles années d'une vie de Claude Lelouch
Rocketman
Rocketman de Dexter Fletcher
Too Old to die Young (ép. 4 et ép. 5) de Nicolas Winding Refn
Diego Maradona de Asif Kapadia
La belle époque de Nicolas Bedos

Séances de minuit
The Gangster, the cop and the devil de Lee Won-Tae

Séances spéciales
Share de Pippa Bianco
For Sama de Waad Al Kateab & Edward Watts
Family Romance, LLC de Werner Herzog
Tommaso de Abel Ferrara
Être vivant et le savoir d'Alain Cavalier

Cannes 2019: une compétition solide et excitante

Posté par vincy, le 18 avril 2019

The Dead don't Die de Jim Jarmusch - ouverture
Douleur et gloire de Pedro Almodovar
Le traître de Marco Bellocchio
The Wild Goose Lake de Diao Yinan
Parasite de Bong Joon Ho
Le jeune Ahmed des Frères Dardenne
Roubaix, une lumière d'Arnaud Desplechin
Atlantique de Mati Diop
Matthias et Maxime de Xavier Dolan
Little Joe de Jessica Hausner
Sorry we missed you de Ken Loach
Les Misérables de Ladj Ly
Une vie cachée de Terrence Malick
Bacurau de Kleber Mendonça Filho & Juliano Dornelles
The Whistlers de Corneliu Porumboiu
Franckie d'Ira Sachs
Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma
It must be heaven d'Elia Suleiman
Sybil de Justine Triet

Cannes 2019: Alain Delon recevra une Palme d’or d’honneur

Posté par vincy, le 17 avril 2019

Le Festival de Cannes a décidé de décerner une Palme d’or d’Honneur à Alain Delon, "afin d’honorer sa magnifique présence dans l’histoire du septième art."

L'acteur, réalisateur et producteur français succède ainsi à Jeanne Moreau, Woody Allen, Bernardo Bertolucci, Jane Fonda, Clint Eastwood, Jean-Paul Belmondo, Manoel de Oliveira, Agnès Varda et Jean-Pierre Léaud.

Le comédien du Guépard de Luchino Visconti (Palme d’or 1963) est considéré comme l'un des monstres sacrés du 7e art. Il est né au cinéma en 1960 avec Plein Soleil de René Clément.

"Avec Pierre Lescure, nous sommes heureux qu’Alain Delon ait accepté d’être honoré par le Festival, déclare Thierry Frémaux, Délégué général. Il a pourtant longuement hésité, lui qui nous a longtemps refusé cette Palme d’or car il estimait ne devoir venir à Cannes que pour célébrer les metteurs en scène avec lesquels il a travaillé."

Une belle histoire

Antonioni, Cavalier, Verneuil, Visconti, Melville, Losey, Godard, Deray, Duvivier, Schlöndorff, Leconte, Blier, Enrico sont autant de grands noms qui émaillent dans sa filmographie.

"Magnétique chez Visconti, mystérieux dans les polars de Melville et Verneuil, Alain Delon a toujours fait des choix forts : en abandonnant rapidement le costume du jeune premier, il se consacre à des personnages complexes, ambivalents et tragiques, fragiles et rugueux, et façonne le rôle de policier taiseux ou d’animal à sang froid. Grande source d’inspiration pour John Woo ou Quentin Tarantino, Le Samouraï, où il est le film, fait de son jeu un « genre » : charisme, regard, tension…" rappelle le communiqué.

"Son histoire avec le Festival de Cannes a débuté en même temps que sa carrière. Le 13 mai 1961, sa première montée des Marches pour Quelle joie de vivre, présenté en Sélection officielle, est marquée par une grande ferveur où se mêlent photographes, journalistes et des centaines d’admirateurs. 30 ans plus tard : même enthousiasme lors de son arrivée spectaculaire en hélicoptère puis en bateau pour présenter Nouvelle Vague" précise le Festival. Delon c'est le mot STAR accroché à son veston ou des passages pour remettre une Palme ou accompagner un vieux film restauré.

S'il a abandonné le cinéma, il fait de temps en temps du théâtre et on murmure qu'il reviendrait à la chanson.

Brive 2019 : nos coups de cœur

Posté par MpM, le 15 avril 2019

A l'occasion du Palmarès, nous vous avons déjà dit tout le bien que nous pensions de quelques-uns des films récompensés lors des 16e Rencontres du moyen métrage de Brive, à l'image de Vie et mort d'Oscar Perez de Romain Champalaune (prix du jury ex-aequo) et D'un château l'autre d'Emmanuel Marre (Grand prix). Mais certains de nos coups de cœur n'ont pas su séduire les différents jurys. Qu'importe, à nos yeux, ce sont eux les grands gagnants du Festival.

Boucan d'Antonin Schopfer et Thomas Szczepanski (Suisse)

A l'origine de Boucan, il y a L'inclinaison des chapeaux, un long métrage de 77 minutes, à la frontière entre la fiction et le documentaire, dans lequel Antonin, accompagné d'un ami cameraman, part retrouver son père (qu'il n'a pas vu depuis 15 ans) dans l'optique de tourner un documentaire. Remonté en une version plus resserrée de 50 minutes, le film est à la fois d'une drôlerie jubilatoire et d'une finesse enthousiasmante.

Parfaitement réussi dans son dispositif de prétendu tournage qui tourne mal, il explore méticuleusement l'évolution de la non-relation entre un père et son fils vers une sorte de complicité cachée, qui en vient à nous émouvoir aux larmes. C'est dans les petits détails que se cache l'intelligence narrative des deux réalisateurs, à l'image de cette séquence en apparence loufoque dans laquelle le cameraman (véritable personnage invisible du film) affirme l'importance de filmer longuement les palettes de bois que manipule le père. Importance que l'on comprendra quelques scènes plus tard, et qui dira, plus que des effets appuyés et des dialogues pompeux, ce qui s'est joué dans ces moments du film.

Tout est de cet ordre, avec une propension systématique à faire rire sincèrement sur des éléments qui pourraient être tragiques, et notamment la communication impossible entre le personnage du père et celui du fils, que vient sans cesse renforcer la relation en apparence idyllique que le père a par ailleurs construit avec un fils de substitution. L'impossibilité du film, puisque les différents protagonistes ne cessent de se dérober, est également au centre de l'intrigue, le transformant aussi en une démarche cinématographique étrange, pleine d'interrogations sur la manière de capter l'invisible (le fossé entre les deux hommes), puis de mettre en scène les rouages subtils qui finissent par les rapprocher.

Frase d'arme de Federico Di Corato (Italie)


Frase d'arme fonctionne lui-aussi sur la base d'un dispositif scénaristique singulier : une adolescente, déjà considérée comme un "ancien espoir" de l'escrime, regarde inlassablement la cassette vidéo sur laquelle sont filmées ses compétitions et son quotidien, elles-mêmes enregistrées sur la vidéo qu'elle a tourné lorsqu'elle était petite, lors des dernières vacances familiales avant la séparation de ses parents. Cela donne à l'écran des bribes d'images dont la temporalité fluctue, et où affleurent à la fois l'espoir et la déception, l'insouciance du temps passé, les victoires et les défaites.

On est fasciné par cette existence qui se dévoile impudiquement à nos yeux en fonction des aléas de la bande magnétique, documentant aussi bien les temps forts de l'existence du personnage que les purs moments de creux ou d'attente. Cela donne un film presque insaisissable, ténu et fragile, qui joue habilement des effets techniques du format vidéo (lecture rapide, superposition des séquences), et nous donne l'impression étrange d'être un témoin extérieur occupé à déchiffrer la vie d'une autre dans toute sa complexité.

C'est aussi en filigrane une réflexion sur la mémoire, et sur la manière dont les images fixent les souvenirs, sans distinction entre bons et mauvais, nous donnant de nous une image figée dans le temps qui finit par ne plus du tout nous ressembler.

Gulyabani de Gürcan Keltek (Turquie)

L’œuvre qui nous a le plus impressionnés dans une compétition par ailleurs en demi-teinte, est un objet politique et poétique venu de Turquie. Gulyabani est un récit à la première personne, en voix off, dans lequel une femme raconte sa transformation en cet être de légende, le Gulyabani, capable de prédire l’avenir et de communiquer avec les esprits.

Fethiye Sessiz, voyante renommée d'Izmir dans les années 70-80, est au centre de ce documentaire expérimental qui s'appuie sur des extraits de lettres et de journaux intimes dans lesquels elle se remémore les grands étapes de sa vie. Mais le film s'abstrait peu à peu de cette première couche de narration, qui dit les abus, les mauvais traitements et la violence, pour sonder plus intimement les plaies béantes de la Turquie post-républicaine. Cet être entre deux mondes, qui dérive au milieu des souvenirs épars de son existence, c'est aussi l'allégorie d'un peuple réprimé et de milliers de jeunes gens torturés et tués par le régime.

Pour accompagner visuellement ce discours fort et radical, le réalisateur invente un langage cinématographique constitué de bribes, d'images saccadées, parfois floues, qui composent un univers où triomphe la nature (des reflets sur l'eau, la végétation qui envahit des ruines, des roches, des oiseaux qui chantent, des arbres...) et le langage cinématographique lui-même. De plus en plus rapides, les images se bousculent à l'écran, tournoient et s’entrechoquent, tandis que la musique s'intensifie lors d'une séquence finale à la limite de l'abstraction, qui est d'une beauté à couper le souffle.

Vivir alli no es el infierno, es el fuego des desierto. La plenitudo de la vida, que quedo ahi como un arbol de Javiera Véliz Fajardo (Chili)


Voilà un film qui a pour le moins décontenancé le public de Brive, à l'image de cette spectatrice qui ne se remettait pas d'assister à une succession de longs plans fixes contemplatifs sur une petite ville du désert chilien. Sans doute faut-il atteindre une certaine forme de lâcher-prise pour être envoûté par ce documentaire dépouillé qui dit tant, par la simple juxtaposition de ses scènes si simples, sur l'histoire d'un monde en train de disparaître.

La caméra, très à distance, un peu en hauteur, capte la vie quotidienne dans la petite ville de Totoral, dans le désert d'Atacama. Une vie qui tourne autour des chèvres, des rares oliviers et des dunes. Comme suspendue, d'où les longs fondues enchaînés qui tout à coup font apparaître le ciel au milieu du désert, ou les chèvres en surimpression sur le sable.

Un microcosme mouvant, soumis aux aléas de la nature, à commencer par le vent, que la réalisatrice Javiera Véliz Fajardo observe longuement jouer dans les arbres. C'est lui qui modèle à son gré le paysage, soufflant inlassablement sur les hommes et les choses. Lui aussi qui entraîne la modification du lieu, la disparition progressive des arbres, et celle, programmée, des derniers hommes à y vivre.

BIFFF 2019 : l’Espagne a son super-héros avec SuperLopez

Posté par kristofy, le 15 avril 2019

Le réalisateur Javier Ruiz Caldera est populaire en Espagne, mais aussi à Bruxelles en tant que fidèle du BIFFF. Du côté françai,s on est un peu à la traine côté distribution de ses films (comme pour de nombreux cinéastes espagnols d’ailleurs). En 2003 le Festival était surpris par sa comédie fantômatique Ghost Graduation :  il y rempote le Grand Prix (ce qui est plutôt rares pour une comédie) doublé du Prix du Public. Il y est revenu en 2006 avec Spy Time qui lui a valu encore une fois le Prix du Public. Cette année, il est l’un des favoris, une fois de plus, avec son SuperLopez.

Sur une planète lointaine où règne un dictateur, deux scientifiques ont conçu un bébé avec des super pouvoirs qui pourrait être une arme pour le contrer. Pour le cacher, ils l'envoient vers la Terre. Le dictateur réplique en envoyant sa propre fille qui doit capturer et neutraliser ce bébé. Cependant la capsule du bébé est accidentellement déviée vers l’Espagne où elle tombe dans un petit village. Les Lopez, un couple de garagistes, vont adopter cet enfant un peu particulier. Voila pour l’ouverture du film, 30 ans plus tard, il est devenu un employé de bureau. Il cache ses quelques pouvoirs de rapidité et de force et voit débarquer une nouvelle collègue, qui lui plaisait à l’université. Un problème de métro sans frein l’incite à intervenir pour la première fois comme super-héros, et il est désormais repéré par ceux qui le cherchaient depuis longtemps…

Les première minutes du film SuperLopez évoque un peu Superman, puis on bascule très vite dans l’univers habituel et rigolo de Javier Ruiz Caldera : c’est encore une fois un anti-héros qui devient un héros presque malgré lui, avec les complications que ça engendre vis-à-vis de ses proches. L’acteur Dani Rovira incarne ce héros qui doit gérer une vie secrète (comme dans Ghost Graduation et Spy Time), Alexandra Jimenez hérite du rôle de la fiancée avec du caractère, et c’est la géniale Maribel Verdu qui joue ici la méchante (elle est aussi l’héroïne de Crime Wave au BIFFF). L’histoire s’amuse autant avec des quiproquos romantiques (il y a un triangle amoureux) qu’avec la figure d’un super-héros espagnol que personne n’imagine croyable ("il va combattre quoi, la ponctualité ?"), tandis que la planète même serait menacée…

Pour Javier Ruiz Caldera,  "Le film s’inspire de la bande-dessinée SuperLopez mais ne se veut pas être en compétition avec elle, ce n’est pas une traduction de la BD mais beaucoup plus une adaptation très libre du personnage. Dans la BD on le découvre quand il a déjà 30 ans, pour le film on a décidé avec mes scénaristes de commencer par sa naissance et son origine, on a totalement inventé un passé à ce personnage. On a glissé dans le film notre humour à propos de certains clichés de l’Espagne, et puis des choses qui me sont plutôt personnelles. Par exemple pendant un tournage ma mère me demande si j’ai assez mangé, certaines choses de la mère dans le film viennent de ma maman. Je me suis aussi demandé qui avait fait le costume de super-héros et c’est donc la mère de SuperLopez qui le lui a fait."


"On voulait surtout développer le personnage qui dévoile ses pouvoirs avec ses rapports à sa famille et à ses amis, sans porter l’accent sur une accumulation de scènes d’action. Evidemment, on n’avait pas le budget pour en faire des dizaines mais on a pu faire plusieurs grosses séquences d’action qui sont très spectaculaires et un peu drôles aussi. Il y a quelques plans qui sont un hommage direct au film Superman. Superman dans la vie c’est un peu un loser mais quand il met son costume et sa cape c’est un vrai super-héros, SuperLopez même avec le costume il reste un peu un loser. En Espagne SuperLopez a eu du succès et on a même gagné un Goya pour les effets spéciaux, ça m’a fait plaisir que ce film reçoive un Goya. » En remportant ce Goya, Lluís Rivera & Laura Pedro, c'est aussi la première fois qu'une femme superviseur des effets visuels est récompensée dans cette catégorie technique, à 28 ans.

A la dernière cérémonie des Goya (les César espagnols) SuperLopez avait reçu deux autres nominations (meilleur scénario adapté, meilleure direction artistique). Pour découvrir le film en France il faudra se tourner vers Netflix

Cannes 2019: de la réalité virtuelle à la Quinzaine

Posté par vincy, le 12 avril 2019

La Quinzaine des Réalisateurs s'offre une exposition VR (Réalité virtuelle) avec Laurie Anderson et Hsin-Chien Huang . "Go Where You Look! - Falling Off Snow Mountain" sont trois installations en réalité virtuelle qui seront présentées au Suquet des Art(iste)s à Cannes, du 15 au 25 mai du mardi au vendredi de 13h à 17h, les samedi et dimanche de 10h à 13h et de 14h à 18h. L'entrée sera gratuite.

"La Quinzaine a souhaité l’inviter cette année à présenter une nouvelle forme de son exploration du storytelling : l’ensemble de ses récentes réalisations en réalité virtuelle, qu’elle co-signe avec le créateur en nouveaux médias, Hsin-Chien Huang" explique le communiqué, qui précise: "Aloft, Chalkroom et To the Moon, les trois œuvres aux passerelles évidentes et aux expérimentations complémentaires, réalisées depuis 2016 et présentées ensemble pour la première fois, offrent au spectateur une image complète de leur recherche dans ces nouveaux territoires narratifs."

On nous promet ainsi un voyage explorateur dans "Les dimensions sensorielles, poétiques et technologiques de ces trois œuvres" en proposant "de nouvelles formes de récit" et "en amplifiant l’expérience cinématographique." "C’est cette approche singulière de la réalité virtuelle, comme nouvelle pratique d’un auteur, que la Quinzaine des Réalisateurs a souhaité mettre en avant et saluer" indiquent les organisateurs.

Laurie Anderson est une musicienne, réalisatrice, écrivaine, artiste multidisciplinaire, pionnière de l’art numérique et finalement storyteller au sens le plus ouvert du terme, classique et contemporain à la fois. En 1987 elle lie son histoire à celle de la Quinzaine des Réalisateurs en y présentant sa première réalisation, Home of the Brave, film-concert devenu culte. Connue pour ses performances multimédia, son usage novateur des technologies et ses récits à la première personne, cette écrivaine, réalisatrice, plasticienne et chanteuse est l’auteure d’œuvres révolutionnaires dans les domaines de l’art, du théâtre et de la musique expérimentale. Sa carrière musicale, lancée par "O Superman" en 1981, est jalonnée de nombreux disques sortis chez Warner Records. Landfall (2018, Nonesuch) a remporté un Grammy Award en 2019.

Hsin-Chien Huang est un créateur en nouveaux médias ayant exercé dans les domaines de l’art, du design, de l’ingénierie et du divertissement numérique. Son œuvre explore l’utilisation de technologies de pointe dans l’art, la littérature, le design et l’art-performance. Ses projets sont souvent caractérisés par une interactivité de grande ampleur, des performances, des machines, des programmes informatiques algorithmiques et des installations vidéo.

Brive 2019 : D’un château l’autre d’Emmanuel Marre triomphe

Posté par MpM, le 10 avril 2019

On ne peut pas dire que l’on soit réellement surpris du Grand prix de cette 16e édition du festival de Brive. On a déjà eu l’occasion de vous dire tout le bien que l’on pense du nouveau film d’Emmanuel Marre, D’un château l’autre, qui fait bien plus que confirmer les espoirs placés en lui après le succès du Film de l’été.

Avec sa forme hybride (fiction/documentaire, super 8/ téléphone portable) et son personnage principal qui ne se sent jamais vraiment à sa place, le film capte la vulnérabilité cachée des temps. La réalité derrière les certitudes de façades et les grands idéaux péremptoires. Comme si, au milieu du cirque politique de l’entre-deux-tours, Emmanuel Marre filmait un tout petit îlot d’humanité résistante, mais aussi une forme de transmission tacite. Ce n’est pas en regardant le monde tourner que l’on changera les choses, dit en substance Francine qui exporte les jeunes générations à l’action.

À ses côtés, en Prix du jury, on retrouve un autre candidat logique au palmarès, le captivant documentaire Vie et mort d’Oscar Perez de Romain Champalaune, un film de montage qui réunit (sans voix off ni commentaires) les images personnelles, récoltées principalement sur les réseaux sociaux, d’Oscar Perez, figure controversée de l’opposition vénézuélienne à Nicolas Maduro. Ancien policier, Perez s’est peu à peu érigé en chef de file d’une rébellion de plus en plus musclée, allant jusqu’à créer un mouvement paramilitaire organisant des opérations commandos contre les forces de l’ordre.

Tout cela, on le comprend uniquement à travers les images récoltées par Romain Champalaune, qui montrent un personnage charismatique, soucieux de son image, et habile à se mettre en scène dans des situations flatteuses. Avec ses yeux d’un bleu d’acier et son physique de mannequin bodybuildé, Oscar Perez affiche un mélange de candeur absolue et d'insupportable opportunisme politique. Le film nous fait passer par tous les points de vue, le présentant d’abord comme un pantin un peu ridicule, puis comme un néo-fasciste dangereux, avant de le transformer en martyr piteux, dépassé par les conséquences de ses actes. Loin d’apporter des réponses, le réalisateur amène le spectateur à se poser quantité de questions, à la fois sur les faits présentés, et sur la manière dont il a choisi de les présenter.

Prix du jury ex-aequo, Juste un jeu de Daniela Lanzuisi est un documentaire aux intentions plus policées. Des adolescents placés en foyer, qui eux-mêmes ont eu affaire à la justice par le passé, participent à un jeu de rôles dans lequel ils incarnent les différents acteurs d'un procès, et découvrent frontalement les rouages judiciaires. On comprend à quel point un tel sujet peut être séduisant, et il est vrai que l'expérience est intéressante, pleine d'enrichissements pour les participants comme pour le spectateur. Pourtant, le film esquisse à peine la dimension de chacun à la justice, tout en multipliant les scènes plus intimes. Ce faisant, le film donne l'impression de rester au milieu du gué, hésitant entre un portrait de groupe plus fouillé et un documentaire presque solennel uniquement axé sur le "jeu" judiciaire".

Le jury jeunes, composé de lycéens, donne l'impression d'être allé vers des films qui parlaient de ce qu’ils connaissent, mettant en scène des personnages qui sont proches d'eux : un écolier qui découvre le trouble amoureux et sensuel avec Daniel fait face de Marine Atlan (également Prix Ciné+ ex-aequo) et des adolescents qui parlent entre et traversent la banlieue de part en part pour se rendre à une soirée, dans Akaboum de Manon Vila. Dans les deux cas, on est face à des œuvres assez fabriquées, qui cochent presque scolairement toutes les cases du genre qu’elles empruntent, n'allant jamais à l'encontre des attentes du spectateur.

Daniel fait face se prend un peu trop au sérieux avec une histoire de voyeurisme et d'amour mêlés, sur fond de comédie musicale volontairement kitsch. Rien ne dépasse, tout est propre et bien cadré, consciencieusement écrit, si bien que l'émotion n'est jamais là. Un objet froid et lisse, un peu trop édifiant pour être sincère. Akaboum surfe lui sur la tendance du documentaire immersif au sein d'un groupe d'adolescents un peu désœuvrés. Rien ne manque : ni les conversations "authentiques", ni la séquence de rap, ni même le symbole (géographique et surligné) d'un isolement infranchissable.

Le public est lui allé vers un film délicat et bienveillant, Le Chant d’Ahmed de Foued Mansour, dont nous avions déjà eu l’occasion de vous parler. Ce récit sensible d’une rencontre incongrue (entre Ahmed, employé aux bains douches publics, et Mike, un adolescent en délicatesse avec la justice et la société) évite tous les écueils liés au genre. C'est un conte attachant qui met le facteur humain au centre, en se reposant sur quelques scènes fortes, finement écrites (notamment celle où Mike rappe devant Ahmed, ou lorsqu'il tente désespérément de ramasser une savonnette à l'aide d'une pince), qui apportent sincérité et justesse au récit, mais aussi une forme d'émotion subtile.

A noter enfin deux autres films qui figurent au palmarès : Braquer Poitiers de Claude Schmitz (Prix Ciné+ ex-aequo), long récit ostensiblement absurde et déjanté d'une prise d'otages qui ne se passe pas du tout comme prévu, et Topo y Wera de Jean-Charles Hue (Prix de la distribution), documentaire morcelé sur un couple de déportés mexicains vivant à Tijuana, à la fois bouleversant et trop volontairement à distance, comme s'ils ne pouvaient jamais être autre chose que des objets d'étude.

Tout le palmarès

Grand Prix
D’un château l’autre de Emmanuel Marre

Prix du jury ex-aequo
Vie et mort d’óscar Pérez de Romain Champalaune
Juste un jeu de Daniela Lanzuisi

Prix du Jury Jeunes ex-aequo
Akaboum de Manon Vila
Daniel fait face de Marine Atlan

Prix du public
Le Chant d’Ahmed de Foued Mansour

Prix de la distribution
Topo y Wera de Jean-Charles Hue

Prix Ciné+ ex-aequo
Daniel fait face de Marine Atlan
Braquer Poitiers de Claude Schmitz

Concours de scénario
Je n’embrasse pas les images de Pascal Hamant
Mentions spéciales : Le Varou de Marie Heyse et La Sœur de DiCaprio de Lucie Anton

Prix de la Maison du Film
Pour le projet : Youssou et Malek de Simon Frenay

Cannes 2019: Jim Jarmusch et ses zombies en ouverture

Posté par redaction, le 10 avril 2019

C'est une double surprise. Nombreux sont ceux qui attendaient La Vérité de Hirokazu Kore-eda. Et aucun ne pressentait qu'un film de zombies ouvrirait un jour le prestigieux festival de Cannes. Selon Variety, The Dead don't Die de Jim Jarmusch serait le film d'ouverture du 72e festival de Cannes, le 14 mai. Il sortira en France le même jour, et un mois plus tard aux Etats-Unis.

L'information a été confirmée depuis par le Festival de Cannes: "The Dead Don’t Die, treizième long métrage de Jim Jarmusch, n’est pas seulement une comédie et une subversion du genre parfois effrayante (avec un clin d’œil au film phare de George Romero, La Nuit des Morts-Vivants) mais aussi un hommage au 7e art."

Le film est annoncé en compétition.

Le casting va faire chauffer la température dès le premier jour: Bill Murray, Chloe Sevigny, Adam Driver, Tilda Swinton, Selena Gomez, Steve Buscemi, Rosie Perez, Danny Glover, Iggy Pop, RZA, Tom Watts et Caleb Landry Jones. Ils sont tous réunis dans cette "farce de morts-vivants": Jarmusch a imaginé un bled américain, Centerville où la lune est omniprésente dans le ciel, la lumière du jour se manifeste à des horaires imprévisibles et les animaux commencent à avoir des comportements inhabituels. ersonne ne sait vraiment pourquoi. Les nouvelles sont effrayantes et les scientifiques sont inquiets. La ville est assaillie par une horde de zombies lorsque les morts commencent à sortir de leur tombe. La bataille pour la survie commence pour les habitants de la ville.

Jim Jarmusch, Caméra d'or en 1984 (le prix qui consacre le meilleur premier film du festival toutes sélections confondues) avec Stranger Than Paradise, a montré plusieurs de ses films sur la Croisette: Paterson (le dernier en date), Broken Flowers (Grand prix du jury), Only Lovers Left alive, Ghost Dog, Dead Man, Mystery Train, Down by Law, Coffee and Cigarettes et un documentaire, Gimme danger.

Cannes 2019: Ciro Guerra (Les oiseaux de passage) présidera le jury de la Semaine de la Critique

Posté par vincy, le 9 avril 2019

Le réalisateur colombien Ciro Guerra a été choisi comme président du jury de la 58e Semaine de la Critique. Auteur de quatre courts métrages et quatre longs métrages, le réalisateur a offert une nouvelle vision de son pays et s'est fait remarqué auprès des critiques comme des festivals. Après son premier films La sombra del caminante (L'Ombre de Bogota), Ciro Guerra est sélectionné au Certain Regard du Festival de Cannes en 2009 avec son deuxième film Los viajes del viento (Les Voyages du vent). Mais c'est son troisième long métrage El abrazo de la serpiente (L'Étreinte du serpent), prix du cinéma art et essai à la Quinzaine des réalisateurs et premier film colombien nommé à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère qui marque les esprits. L'an dernier, Pajaros de verano (Les Oiseaux de passage), est présenté en Ouverture la Quinzaine des Réalisateurs 2018. Il sort demain dans les salles françaises. On devrait le revoir bientôt (à Cannes? à Venise?) avec son nouveau film, Waiting for the Barbarians, adapté du roman de J.M Coetzee, avec Johnny Depp, Mark Rylance et Robert Pattinson.

Ciro Guerra sera entouré de l'actrice Amira Casar, de la productrice Marianne Slot, de la journaliste et critique de cinéma Djia Mambu et du scénariste et réalisateur italien Jonas Carpignano.

La Semaine de la Critique se tiendra à Cannes du 15 au 23 mai. La sélection sera dévoilée, en ligne, le 22 avril.