Changement de têtes à la Berlinale

Posté par vincy, le 22 juin 2018

C'est un gros chambardement à la tête du Festival International de Berlin. Dieter Kosslick, âgé de 70 ans, ne souhaitait pas renouveler son mandat, qui prend fin en mai 2019. Pour le remplacer, le conseil de surveillance du Kulturveranstaltungen des Bundes in Berlin a décidé de diviser la fonction en deux postes pour 2020. Carlo Chatrian sera directeur artistique de la Berlinale tandis que Mariette Rissenbeek a été choisie comme directrice exécutive.

Carlo Chatrian, italien de 46 ans, est le directeur artistique du Festival de Locarno depuis 2012. Il aura pour tâche de redonner de l'élan à la compétition berlinoise, tout en s'ouvrant à des films plus singuliers. Locarno va devoir partir en quête d'un nouveau directeur. La néerlandaise Mariette Rissenbeek est surtout connue pour avoir dirigé German Films.

Près de 80 cinéastes allemandes, parmi lesquels Fatih Akin, Maren Ade ou encore Volker Schlödorff, avaient demandé en décembre dernier un profond renouvellement du Festival de Berlin en nommant à sa tête une personnalité "passionnée de cinéma et qui dispose des meilleurs contacts dans le monde et soit en mesure, à l'avenir, de porter le festival au même niveau que Cannes et Venise".

Le Festival créé en 1951, considérant comme l'un des trois plus importants artistiquement dans le monde, n'a pourtant pas démérité sous l'ère Kosslick, débutée en 2001: Hayao Miyazaki, Paul Greengrass, Fatih Akin, Claudia Llosa, Asghar Farhadi, Jafar Panahi ont tous reçu l'Ours d'or. Mais la compétition est souvent très inégale, avec de nombreux films jugés assez faibles. Berlin est davantage renforcé par ses sélections parallèles : Panorama et Forum.

Christoph Terhechte, directeur de la section Forum, a prévu de partir en juillet, après 17 ans à son poste. Un remplaçant intérimaire doit être bientôt nommé. Tandis que Wieland Speck, directeur de la section Panorama depuis 1992, avait quitté son poste il y a deux ans, remplacé l'an dernier par le trio Paz Lázaro, Michael Stütz et Andreas Struck, trois de ses collaborateurs et collaboratrices depuis plusieurs années.

Annecy 2018 : création du label Azimut pour favoriser la distribution de films d’animation pour adultes et adolescents

Posté par MpM, le 12 juin 2018

On penserait inutile de le rappeler, et pourtant ce n'est pas encore une évidence pour tout le monde : non, l'animation n'est pas un genre (mineur) réservé aux enfants ! On voit même de plus en plus de longs métrages ambitieux s'adressant à un public d'adultes et d'adolescents, tels que les documentaires Chris the Swiss d'Anja Kofmel et Another day of life de Raúl de la Fuente et Damian Nenow, l'essai politique ironique et irrévérencieux Seder masochisme de Nina Paley ou encore le pastiche de film de genre Chuck Steel : Night of the Trampires de Mike Mort, tous présentés à Annecy cette année.

Pourtant, certains de ces films exigeants peinent à trouver le chemin des salles (on a un doute assez sérieux sur Chuck Steel, par exemple). C'est dans l'idée de favoriser ces sorties jugées "atypiques" que le distributeur Cinéma Public Films et la société de production Autour de Minuit ont décidé de créer le label de distribution Azimut. "Né d’une envie commune de défendre la création et la diffusion d’un format en pleine (re)naissance, Azimut portera dans les salles des projets atypiques d’animation destinés aux adultes et jeunes adultes, des visions d’artistes iconoclastes, des scénarios et des graphismes barrés au service d’histoires et de problématiques profondément actuelles" expliquent-ils dans un communiqué commun.

Cinema Public Films poursuivra dans la voie qui est la sienne, à savoir l'accompagnement des films à travers du matériels spécifique et des ateliers, expositions, ciné- goûters, rencontres ou workshop, tandis qu'Autour de minuit (à qui l'on doit notamment Psiconautas de Alberto Vazquez), fournira le contenu éditorial. Dans un premier temps, Azimut diffusera ainsi des productions ou coproductions issues de la société de production, puis sera appelé à proposer également des oeuvres externes, acquises pour l'occasion.

Deux programmes très attendus sont d'ores et déjà annoncés : Thee Wreckers Tetralogy, qui réunit quatre courts métrages du cinéaste Rosto (No place like home, Lonely bones, Splintertime et Reruns), et est actuellement présenté au Festival d'Annecy, mais aussi Unicorn wars, le très attendu nouveau long métrage d'Alberto Vazquez.

7e édition du Festival Le court nous tient

Posté par MpM, le 31 mai 2018

Pour sa 7e édition qui commence vendredi 1er juin, le festival Le court nous tient investit le prestigieux Club de l'étoile parisien pour trois jours entièrement dédiés au format court. La compétition est composée de 33 courts métrages issus d'une dizaine de pays différents, et sera évaluée par un jury réunissant Grégoire Leprince-Ringuet, Sylvain Chomet, Alice de Lencquesaing, Philippe Rebbot, Caroline Bottaro et Anaïs Bertrand.

Au programme également, deux cartes blanches et rencontres avec les réalisateurs Hubert Charuel (Petit paysan) et Sylvain Chomet (Les triplettes de Belleville) ainsi qu'une masterclass dirigée par Grégoire Leprince-Ringuet, deux tables-rondes et un concert de clôture.

Côté films, c'est l'occasion de (re)découvrir Ligne noire de Mark Olexa et Francesca Scalisi, un documentaire saisissant qui capte, quasiment par accident, les allers et retours incessants d'une femme qui pêche dans une rivière contaminée par une pollution pétrolière, ainsi que le troublant Calamity de Maxime Feyers et Séverine De Streyker, sur la première rencontre entre une mère et la petite amie de son fils, mais aussi de (re)voir des films déjà salués en France comme Goliath de Loic Barché (avec Swann Arlaud), Negative space de Ru Kuwahata et Max Porter (nommé à l'oscar du meilleur court métrage d'animation), Laissez-moi danser de Valérie Leroy (le portrait sensible d'une femme qui se libère) et Nothing happens de Uri & Michelle Kranot (Prix André Martin 2017).

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Le court nous tient, 7e édition
Du 1er au 3 juin au Club de l'étoile
Programme détaillé sur le site de la manifestation

Cannes 2018: 10 choses à retenir d’un Festival pas comme les autres

Posté par vincy, le 21 mai 2018


Moins de monde et pourtant...

Aucune projection pour la presse n'affichait complet, pas même celle de Solo, A Star Wars Story. Aux projections officielles auxquelles nous avons assisté, y compris sur des films-événements, il restait pas mal de fauteuils vides. Des hôteliers se plaignaient du nombre de chambres pas occupées. Trois semaines avant le début du Festival, des dizaines d'appartement étaient encore disponibles. Hormis quelques soirs dans quelques restaurants, il était facile de trouver une table en soirée. Bref, on a eu l'impression qu'il y avait moins de monde, malgré deux jours fériés.

Et pourtant, le nombre d'accrédités a augmenté au marché comme au Festival. Beaucoup, cependant, restait moins longtemps (une partie notable des journalistes n'était plus là dès le deuxième mercredi). L'ajout de projections pour la presse a été une excellente idée, permettant à tous de voir tous les films. L'accès à Lumière, même en projection officielle, a été sous-exploitée, question d'habitudes pas encore prises. Il y avait moins de foule, mais il y avait aussi moins de temps perdu pour chacun.

Trop d'abus et pourtant...

Une des raisons à cette fréquentation perçue comme moins importante reste le coût d'un séjour cannois. De Gilles Jacob aux journaux professionnels américains, tous s'accordent à dire que la poule aux œufs d'or de l'hôtellerie est en train de se suicider: inflation des prix quand toutes les entreprises (des médias aux producteurs) contrôlent de plus en plus leurs budgets (quand elles ne licencient pas), réservation obligatoire sur la quinzaine dans certains hôtels, tarif de location exponentiel pour des petits appartements pas vraiment luxueux, un billet d'avion à 300€ minimum, un billet de train qui augmente chaque année... tous profitent de Cannes. Et à force, beaucoup se résignent à ne pas venir, ou quelques jours seulement, ou en faisant des sacrifices. Les supermarchés font ainsi le plein tandis que les restaurants font grise mine. Mais que dire quand un cocktail qui vaut 10-12€ dans une métropole européenne est facturé 16€ à Cannes? Ou trois déjeuners (avec un seul verre de vin et un café par personne) au Californie, en face du Palais, totalisent un montant astronomique de 190€ (sans que la nourriture et les portions soit exceptionnelles). Même à Paris, personne n'ose.

Et pourtant, on revient chaque année. Et tout le monde se débrouille pour faire Cannes. Pour l'instant. S'il est urgent que l'industrie touristique cannoise prenne conscience de ses excès néfastes pour eux-mêmes, on peut au moins se féliciter de voir que dans les soirées, l'alcool coule toujours à flot. Même si ça ne nourrit pas son festivalier.

Pas assez de stars et pourtant...

Oui le tapis rouge manquait peut-être de glamour, hormis le jury. Or, même si on est indifférent à ce défilé haute couture, le red carpet est un élément essentiel de Cannes (comparé aux autres festivals). Cela permet d'élargir le public d'intéressés. De faire de Cannes un événement "people" et populaire. Il est vital pour le Festival d'équilibrer la présence entre "stars" du moment, icônes du 7e art et vedettes du cinéma.

Et pourtant, on a au moins éviter les abus des années passées (télé réalité, sport, mode) où ce n'était plus le cinéma qui était sous les projecteurs. Et rappelons que les vraies stars restent quand même les films sélectionnés. Mais pour qu'un acteur russe ou qu'une jeune cinéaste française inconnus brillent il est vital que la montée des marches fasse l'événement, avec des personnalités que tout le monde reconnaît. L'impression de s'inviter à une grande réception demeure importante. Cette année, ce n'était pas les Oscars.

Trop de sécurité et pourtant...

Il était difficile de circuler sur la Croisette. Le préfet avait encerclé la Croisette de barrières du Majestic au casino. Autrement dit, impossible à cause des barrières, de traverser le boulevard sur 500 mètres. Une perte de temps considérable pour le festivalier. Mais surtout une grosse angoisse en cas de mouvement de foule: finir en compote écrasée sur ces barrières blanches.

Et pourtant il n'y a eu aucune alerte, aucune panique. Surtout, de l'accueil à la sécurité, le personnel était aimable, conciliant (les règles sur les objets tolérés en salles étaient claires) et l'entrée dans le Palais facilité et fluide. Une organisation en nette amélioration.

Pas assez d'éclats et pourtant...

Il n'y a pas eu d'emballements sur un ou deux films. Tout juste quelques coups de cœur, poussées d'adrénaline. Mais rien qui enthousiaste ou qui fasse débat. Chacun avec ses chouchous. On le sait depuis des années: les débats cinéphiliques se raréfient. Pire, on ne voyait plus les festivaliers lire les quotidiens print divers et variés dans Lumière avant la projection du matin.

Et pourtant, on parle toujours de cinéma le matin, le midi, le soir. On croise un ami, un confrère? On parle de films. On échange les impressions. On nuance le propos ou on accentue la qualité ou la médiocrité de l'œuvre. Il n'y avait pas de sensations cette année, mais il y avait ce sentiment que le cinéma était toujours important. Le reste du monde n'existe toujours pas dans la bulle cannoise.

Des fêtes moins fun et pourtant...

Cela fait longtemps que l'extravagance des fêtes cannoises a disparu. Ce qui distingue Cannes des autres festivals c'est justement la fête. Or celles-ci sont de plus en plus banales. Entre la Villa Schweppes qui a les allures d'une boîte de nuit élitiste, queue comprise, et les fêtes sur la plage, qui passent toutes la même musique, on a du mal à distinguer les soirées selon si elles sont celles d'un film, d'une sélection ou d'un distributeur. Les listes d'invités n'étant pas mises à jour : on y retrouve toujours les mêmes professionnels, se mélangeant peu entre français et étrangers.

Et pourtant, cette année, il était assez facile de rentrer un peu partout, l'alcool coulait à flots, et peu d'incidents ont été notés. Trop sages les festivaliers?

Pas de Netflix et pourtant...

L'absence de Netflix et dans une moindre mesure le désintérêt des plateformes de streaming pour les films cannois était palpable. On peut blâmer les exploitants français, qui pèse au conseil d'administration de Cannes. On peut regretter que le Festival ait une position rigide à l'encontre de ces nouveaux modes de diffusion. On peut souligner la contradiction du Festival de projeter un film de HBO, et d'avoir dans le passé diffusé des films produits pour le petit écran (Elephant, Ma vie avec Liberace, Le P'tit Quinquin, La chambre bleue...). Il est certain qu'en se coupant de ces nouveaux producteurs sous prétexte que leurs films ne sortent pas en salles, alors que les plus grands auteurs (Cuaron, Scoresese, etc...) n'ont pas d'autres choix pour financer leurs projets, le Festival passe à côté d'une mutation des usages. Pire, on sait que les films d'auteurs cannois, berlinois, vénitiens ont de moins en moins de publics en salles. Face à cette tendance, il devient vital de trouver ceux qui leur donneront une exposition nécessaire pour qu'ils puissent continuer d'exister.

Et pourtant, nombreux sont les films vus à Cannes qui trouveront, selon nous, leur public en salles. Cannes n'est plus un refuge pour des films pointus ou radicaux (il y en a même de moins en moins). De Capharnaüm (qui s'est arraché à prix d'or au marché) à En liberté, de Girl à BlacKkKlansman, de Climax à Cold War, le public sera au rendez-vous. Et nombreux sont les films qui seront aux César ou aux Oscars l'an prochain.

Un agenda perturbant et pourtant...

L'une des raisons du manque d'emballement et d'une impression d'un Festival atone est sans aucun doute le changement de calendrier des projections. Il y avait une distorsion de concurrence entre ceux qui avaient pu voir le film avant la projection presse (à Paris, Los Angeles ou tout simplement en projection officielle) et les autres. Cela a créé un effet secondaire plutôt attendu: l'absence de buzz sur les films. Ce fameux bruit qui parcourait la Croisette tout au long de la journée et qui donnait de l'élan à la montée des marches d'un film. Mais aussi cela donnait des billes aux vendeurs au marché du film pour faire de la surenchère sur les droits de distribution.

Et pourtant, qui en a vraiment souffert au quotidien, dans son travail? Après tout il était assez facile d'aller voir le film en projection officielle (si on connaissait la méthode) et hormis les films qui sortent simultanément (il y a là une vraie réflexion à faire), aucune critique n'est réellement attendue par le public. A l'époque où la vitesse dicte nos vies, prendre son temps pour écrire une critique n'est pas plus mal. Sauf à vouloir faire la course aux clics sur un film égyptien ou colombien. L'important est plutôt de partager un coup de cœur, qui ne s'étiole pas au bout de 24 heures.

Un gros renouvellement et pourtant...

C'était l'année où il y avait peu d'abonnés à la Croisette. Pas de Mike Leigh, aucun Nanni Moretti, nul Xavier Dolan, zéro Pedro Almodovar. Le grand chambardement permettait à de nombreux cinéastes de faire leur entrée en compétition ou même en sélection officielle. Le spectre était large entre cinéastes confirmés voire vétérans, mais rares à Cannes, et nouveaux talents surexposés mais parfois audacieux, passés par les sélections parallèles ou d'autres festivals. De multiples premiers ou deuxièmes films ont été soutenus et applaudis. On reconnaît aussi que les films les plus risqués étaient peut-être surestimés mais hormis un ou deux films, avaient leur place sur les marches de Lumière ou Debussy.

Et pourtant, en regardant le palmarès, le jury de Cate Blanchett a choisi des vétérans: Kore-eda, Lee, Pawlikowski, Godard, Panahi, ... Rohrawacher et Garrone sont des habitués des palmarès cannois. Nadine Labacki ne fait que confirmer sa côte avec son troisième film. Bref, c'est un palmarès étonnement senior qui a été délivré. Les Gonzales, Husson, Robert Mitchell, Hamaguchi n'ont pas su, pas pu lutter. D'autant, qu'à bien y regarder, le jury a fait un choix plutôt consensuel, préférant un Cold War grand public à la maestria d'un Serebrennikov, le récit mystico-allégorique d'un Heureux comme Lazzaro à l'histoire plus subtile et intense d'un Lee Chang-dong.

Des histoires d'amour et pourtant...

Du love partout. C'était l'une des grandes tendances des films cannois. L'amour hétéro, homo, parental, filial, fraternel. Toutes les composantes de l'amour étaient représentées. Trahisons, infidélités, passions, amitiés. Les cinéastes restent de grands romantiques.

Et pourtant côté sexe, cette année, Cannes était plutôt frigide. C'est finalement le cinéma gay et lesbien qui s'en sort le mieux, c'est-à-dire qu'il a été moins pudique que les autres. Quelques culs, quelques corps à poil, peu de pénis. Mais pour le reste on reste sur notre faim. Tout le monde a gardé son pantalon, on a caché les seins qu'on ne saurait voir. L'amour était verbal, gestuel, mais pas plus. Rien de torride. Il y avait bien quelques paires s'accouplant. Mais la plupart du temps, les histoires étaient platoniques, pour ne pas dire asexuées. Montrer l'amour sans montrer le désir, c'est un peu comme filmer la guerre sans filmer la mort. Et justement, la tendance c'était plutôt la petite mort. A la main, en solitaire. Triste époque.

Cannes 2018: changement d’ère, exploitation, colères, disparitions et amours

Posté par vincy, le 20 mai 2018

On oublie le palmarès, qui reste comme tous les ans un tri sélectif et subjectif (plus ou moins en phase avec la critique). Penchons-nous plutôt sur ce qu'on voulu nous montrer du monde les 21 cinéastes sélectionnés, du Japon à l'Egypte, des Etats-Unis à la Pologne, en passant par l'Italie, le Liban ou la Russie.

Changement d'ère
Plusieurs films se déroulaient à un moment clé de l'histoire de leur pays ou constatait que nous étions à ce moment de basculement. Dans le premier cas, Leto montre l'occidentalisation de la Russie au début des années 80, Cold War suit la montée d'un communisme dur après la guerre, Les éternels observe les mutations de la Chine en moins de vingt ans, Heureux comme Lazzaro passe d'une société rurale à un monde urbain, BlacKkKlansman est un pamphlet politique qui décrypte l'émergence de l'extrême droite et la cristallisation du racisme aux Etats-Unis, 40 ans avant l'arrivée d'Obama puis de Trump, En guerre plaque sa caméra sur un mouvement politique et syndical désarmé face au libéralisme triomphant, et Le poirier sauvage dévoile par petites touches une Turquie où la religion et le business prennent plus d'importance que l'éducation et la culture.

Exploitation
Sans doute que la thématique majeure de cette compétition fut le réveil de la lutte des classes. Une lutte inégale tant les puissants semblent dominants. Exploités, marginaux, chômeurs, esclaves, sans abris: tous les mis à l'écart étaient les "héros" de ces histoires diverses, révélant un monde de plus en plus injuste et inégal. Dans Everybody Knows, les rancœurs et les envies conduisent au kidnapping d'une jeune fille et révèlent des situations personnelles où l'argent et le statut social crispent les relations humaines . Dans Yomeddine, lépreux et orphelins sont ghettoïsés loin des villes. Dans Les éternels, on préfère basculer du côté de la mafia que d'être envoyé à l'autre bout de la Chine pour cause de fermeture de mines de charbon. Dans Trois visages, les habitants du nord-ouest de l'Iran sont ignorés par le pouvoir, et subissent coupures d'eau et d'électricité. Dans Heureux comme Lazzaro, les paysans sont les esclaves d'une aristocrate, qui leur refuse l'éducation, puis, une fois "affranchis" deviennent des clochards égarés dans une grande ville. Dans Une affaire de famille, un groupe compose une famille qui survit dans un taudis, loin des richesses du pays. Dans En guerre, des salariés d'une usine, qui ont sacrifié leurs acquis sociaux, doivent se battre ou se résigner pour sauver leur emploi, variable d'ajustement trop chère pour une multinationale allemande. Dans Burning, la jeunesse sud-coréenne est condamnée aux petits jobs et à l'endettement. Dans Dogman, le petit commerçant est manipulé et exploité par une brute épaisse qui terrorise le quartier. Dans Capharnaüm, immigrés, gamins, miséreux n'existent pas dans le système, qui tolère tout juste ces "parasites". Dans Ayka, la jeune femme est sans papiers et sans boulot, capable de tout accepter pour pouvoir rembourser une dette dans un pays sans pitié pour les exclus.

Colères
Quand il n'y a pas une forme de résignation ou de soumission, tout cela se traduit par la rage, la colère, la guerre. Elle peut-être musicale (Leto), lacrymale (Everybody Knows), criminelle (Les éternels), sanglante et revancharde (Les filles du soleil), humaine (Yomeddine), rhétorique et politique (BlacKkKlansman), sociale, médiatique et violente (En guerre), passionnelle (Burning), judiciaire (Capharnaüm), misanthrope et critique (Le poirier sauvage), bouillonnante et égoïste (Ayka) ou purement abstraite (Le livre d'image).

Disparitions et évasions
Mais le plus surprenant dans cette compétition est ailleurs: le nombre de disparitions et d'évasions. Asghar Farhadi fait disparaître la fille de Pénelope Cruz (kidnapping) dans Everybody Knows. Il est aussi question d'une enlèvement d'une gamine (maltraitée par sa mère) dans Une affaire de famille de Kore-eda Hirokazu. Et Jafar Panahi prend comme point de départ à Trois visages la disparition d'une jeune fille, peut-être suicidée, ou pas. Lee Chang-dong fait de la disparition de son héroïne dans Burning le moteur de son histoire. De même David Robert Mitchell fait disparaître une jolie voisine attachante, qui va entraîner Andrew Garfield dans une drôle d'enquête dans Under the Silver Lake. Dans Asako de Ryusuke Jamaguchi, la jeune fille ne se remet pas de la mystérieuse disparition de son grand amour, avant de rencontrer un jeune homme qui semble en être le sosie. Le personnage de Zhao Tao recherche aussi son grand amour, aux abonnés absents, après une longue peine de prison, dans Les éternels. Dans Les filles du soleil, la combattante incarnée par Golshifteh Farahani s'évade de ses oppresseurs et cherche son fils enlevé par Daesch. Un lépreux et un orphelin quittent leurs refuges, comme s'il signait une grande évasion, pour s'embarquer dans une grande traversée dans Yomeddine. Pawel Pawlikowski complique la liaison amoureuse entre un musicien et sa chanteuse quand le premier passe à l'Ouest. Quant à Ayka, elle s'évade de l'hôpital, abandonnant son bébé tout juste né. Sinon le jeune Zain dans Capharnaüm fuit le foyer familial quand sa sœur est "vendue" pour un mariage arrangé. Il disparaît aux yeux de ses parents. Enfin, Alice Rohrwacher fait disparaître temporairement son éternel Lazzaro pour bondir de vingt ans dans le temps.

Amours
Comme on le voit, plusieurs films tournent autour du thème indémodable de l'amour. Petit passage en revue des relations amoureuses, qui parfois finissent mal.
- Everybody Knows: une femme, son époux, son ex et son actuelle compagne. Jalousie et désirs font mauvais ménage.
- Leto: une femme amoureuse de son époux, éprise de son rival musical. Dommage, elle fait le mauvais choix.
- Plaire, aimer et courir vite: un homme, dont la fin de vie approche amoureux d'un autre homme, qui a toute la vie devant lui. Mais on se dit qu'un seul des deux était vraiment raide dingue vu la fin. Sinon il y a quelques plans cul et quelques plans de cul.
- Cold War: une passion amoureuse entre un musicien et une chanteuse. L'un part (à l'Ouest), l'autre pas. Et la passion reste.
- Les éternels: une femme et le chef de la mafia locale, dont la relation va être interrompue par une peine de prison. Forcément, il ne l'a pas attendue. Mais elle ne s'avoue pas vaincue.
- Les filles du soleil: deux veuves qui n'ont plus que leur enfant. Du coup elles en parlent souvent.
- Une affaire de famille: tout est amour dans cette famille "composée".
- Asako: une jeune fille amoureuse de son fantasme de jeunesse puis d'un homme qui en a tous les atours.
- BlacKkKlansman: un jeune flic qui cherche à s'intégrer dans une société WASP et une étudiante révolutionnaire et idéaliste.
- Under the Silver Lake: un voisin qui passe son temps à observer les blondes de son voisinage. Il se branle, baise une ex, et finalement va finir avec l'une des deux, même si ce n'était pas son premier choix. Affreusement pas #metoo.
- Burning: un aspirant écrivain et un richissime écrivain se "disputent" l'intérêt d'une jeune femme triste et belle. Le premier se masturbe en pensant à elle. Le second paraît platoniquement psychopathe.
- Dogman: un toiletteur pour chiens qui n'a que sa fille et ses animaux comme source d'affection. Ça ne l'empêche pas de prendre la décision la plus conne du festival.
- Capharnaüm: incontestablement Zaïn, enfant de 12 ans, aime beaucoup sa sœur et adore Yonas, bébé d'un an. Sinon, c'est plutôt une histoire de détestation.
- Un couteau dans le cœur: Une grande histoire sur sa fin entre une productrice et sa monteuse et une autre inassouvie, achevée tragiquement il y a plus de 15 ans. Les deux conduisent la productrice et le survivant à la folie. Tout ça n'empêche pas un certain érotisme et de jolies fesses.
- Le poirier sauvage: ici c'est un amour amer filial qui occupe toute l'histoire. Le fils étant trop plouc et trop fauché pour avoir une fiancée.

Et les absents...
Pour conclure, si certains regrettaient l'absence de stars (alors que fondamentalement, Cannes n'est pas qu'un tapis rouge avec des marches, rappelons-le), ce qui frappait c'était l'absence des talents en compétition à Cannes. Kirill Serebrennikov et Jafar Panahi, qui n'avaient pas le droit de sortir de leur pays. Les comédiens de Yomeddine, a priori bloqués dans le leur. Andrew Garfield, occupé à Broadway. Et bien sûr Jean-Luc Godard, qui a quand même réussi à être présent en conférence de presse grâce à Facetime.
Heureusement, Terry Gilliam, contre qui tout a été fait pour qu'il ne puisse pas venir, était bien présent, et debout, pour la clôture du Festival.

Cannes 2018: Nos retrouvailles avec Terry Gilliam

Posté par vincy, le 18 mai 2018

Un chemin de croix. Près de 20 ans qu'il en rêve. Terry Gilliam touche au but en présentant en clôture du Festival de Cannes son Don Quichotte. Une première tentative, avec Johnny Depp, Vanessa Paradis et feu Jean Rochefort, avait collectionné les avanies. Le tournage s'interrompit. Ce désastre fut l'objet d'un formidable documentaire de Keith Fulton et Louis Pepe, Lost in La Mancha, sorti en 2001.

Aujourd'hui on parle davantage du feuilleton judiciaire qui entoure L'homme qui tua Don Quichotte, objet d'un conflit financier entre le producteur Paulo Branco, qui permit de réveiller le projet, et les actuels producteurs, qui ont financé le film. A la sixième tentative c'était la bonne.

Mais peu importe, on est heureux de retrouver Terry Gilliam à Cannes avec son arlésienne, ce film qu'il a porté si longtemps, ce rêve d'enfant. A bientôt 78 ans, le britannique est l'un des rares cinéastes à avoir un fan-club authentique. Son style a même un nom, "Gilliamesque", qui fut d'ailleurs le titre de son autobiographie très illustrée (éditée chez Sonatine en France).

L'homme qui tua Don Quichotte sera son quatrième film en sélection officielle à Cannes. Il est d'abord venu en compétition avec Monty Python, Le sens de la vie, film culte et désopilant de 1983 et Grand prix spécial du jury, puis avec le déjanté Las Vegas Parano, avec Johnny Depp et Benicio del Toro, en 1998. On ne l'avait plus croisé sur les marches depuis 2009, avec L'imaginarium du Docteur Parnassus, hors-compétition.

Il faut dire que Terry Gilliam n'a rien réalisé depuis 2013 (Zero Theorem, peu convaincant), tout concentré qu'il était à l'idée de filmer l'adaptation très personnelle du classique de Cervantès. Ses films les plus récompensés - Brazil, sans doute son meilleur car son plus fondateur, Les aventures du Baron Münchausen, incontestablement son plus emblématique, Le roi Pêcheur (The Fisher King), magnifique et poétique - tous réalisés après la période Monty Python, ont affirmé sa singularité visuelle et narrative: des personnages fantasques, des univers oniriques, des délires flirtant avec Kafka, Bosch, ou Bukowski. Pas surprenant qu'il ait filmé Les frères Grimm, conteurs éternels, où, déjà, à l'instar de Don Quichotte, il remaniait leurs récits à sa manière.

Inégal, il a quand même su séduire un large public avec trois films. Outre Le roi Pêcheur, ses deux plus gros succès sont Bandits, bandits (1981), avec Sean Connery, film fantastique burlesque, et L'armée des 12 singes (1995), avec Bruce Willis et Brad Pitt, thriller entre anticipation et aliénation.

On voit bien que Terry Gilliam n'a jamais hésité à se frotter aux subconscients et aux genres. En créant un univers aussi personnel, il a composé une œuvre singulière et fascinante, un grand bazar d'images où la création est reine.

Cannes 2018: le palmarès de la Cinéfondation

Posté par vincy, le 17 mai 2018

Le Jury de la Cinéfondation et des courts métrages présidé par Bertrand Bonello et composé de Khalil Joreige, Valeska Grisebach, Alanté Kavaïté et Ariane Labed, a révélé son palmarès lors d’une cérémonie salle Buñuel.

La Sélection comprenait 17 films d’étudiants en cinéma choisis parmi 2 426 candidats en provenance de 512 écoles de cinéma dans le monde.

Premier Prix : El Verano del Leon Electrico (The Summer of the Electric Lion) de Diego Céspedes (Universidad de Chile).

Deuxième Prix ex-aequo: Kalendar (Calendar) de Igor Poplauhin (Moscow School of New Cinema) et Dong Wu Xiong Meng (The Storms in Our Blood) de Shen Di (Shanghai Theater Academy).

Troisième Prix : Inanimate de Lucia Bulgheroni (NFTS)

La Cinéfondation alloue une dotation de 15000 € pour le premier prix, 11250 € pour le deuxième et 7500 € pour le troisième. Le lauréat du premier prix a également l’assurance que son premier long métrage sera présenté au Festival de Cannes.

Les films primés seront projetés au Cinéma du Panthéon le 22 mai à 18h00. La Cinémathèque française projettera également une partie de la Sélection le 11 juin à 21h00.

Cannes 2018: Qui est Steven Yeun ?

Posté par vincy, le 16 mai 2018

Il est américano-coréen. Steven Yeun est né en Corée (du sud) et a grandi dans le Michigan où ses parents étaient commerçant en maquillage et beauté. Inutile de dire que la beauté, il l'a et le maquillage semble superflu pour ce jeune homme de 34 ans.

L'an dernier, Steven Yeun était à l'affiche d'un film en compétition à Cannes, membre du Front de Libération Animale dans Okja, qui défraya la chronique non pas pour les qualités du film mais pour son appartenance à la galaxie Netflix.

Mais c'est avant tout sur le petit écran qu'il s'est fat connaître. Aux côtés d'innombrables petits rôles dans diverses séries, il tourne six saisons de The Walking Dead, incarnant Glenn Rhee, intrépide et chanceux, enclin à aider les autres, mais néanmoins froidement assassiné au début de la septième saison.

Après avoir débuté dans l'impro, il a préféré devenir acteur que de suivre des études classiques, se heurtant à ses parents, pas farouchement enthousiastes. Alors que sa carrière s'épanouit, il investit dans le restaurant Bun Shop de son frère.

Car depuis qu'il a quitté The Walking Dead, Steven Yeun s'investit avant tout dans le cinéma. En 2014, il est de l'aventure du poétique I Origins de Mike Cahill, prix du meilleur film à Sitges et récompensé à Sundance. Puis on le retrouve dans l'horrifique Mayhem de Joe Lynch, où la encore la science lui joue des tours. Il s'avère à l'aise dans l'univers du film d'action, ce qui lui sera utile dans Okja.

Steven Yeun enchaîne les films, refusant d'être cantonné au personnages de l'asiatique de service. Doubleur hors-pair et voix de films d'animation très divers, on le retrouvera dans Sorry to Bother You de Boots Riley, comédie fantastique avec Armie Hammer et Tessa Thompson qui sortira cet été.

En attendant, il revient à Cannes, en compétition, avec Burning de Lee Chang-dong, cinéaste rare et souvent sélectionné, ancien ministre de la culture de son pays et écrivain. Steven Yeun y sera Ben, homme au mystérieux passé, qui fait la rencontre de Jongsu, jeune coursier, par l'intermédiaire d'une amie commune.

Ce sera sans aucun doute l'occasion pour le comédien de révéler une autre part de son talent, sans exposer ses biceps ou affronter des ennemis de toutes sortes. Un premier grand rôle dramatique qui est aussi son premier grand rôle dans son pays natal...

Cannes 2018 : Cannes en orbite avec « Star Wars »

Posté par wyzman, le 15 mai 2018

Puisque cette 71e édition nous emmène dans les étoiles avec l’avant-première mondiale de Solo: A Star Wars Story, nouvel épisode de l'univers étendu de la saga Star Wars, présenté hors compétition, et la projection de 2001, l'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick dans une nouvelle copie 70 mm restaurée (sans modification numérique de l'oeuvre de 1968) à Cannes Classics, profitons-en pour un petit tour d’horizon des « Space opéras » qui ont eu les honneurs de la sélection officielle.

Cannes ce n'est à priori pas le lieu où on s'imagine voir un film de vaisseau spatial et de bataille intergalactique, et pourtant certains gros films de science-fiction ont bel et bien décollé depuis la croisette. Retour sur la saga intergalactique la plus célèbre du monde, par ailleurs grande habituée du tapis rouge.

"Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine..." Tandis que Solo : A Star Wars Story sera projeté hors-compétition le mardi 15 mai en avant-première mondiale, un petit rappel de l'histoire qui lie la saga créée par George Lucas et le Festival de Cannes s'impose. Car outre la nécessité d'avoir quelques blockbusters à l'affiche, Star Wars pourrait bien être le miroir inattendu de la politique et de la production cinématographique américaines.

Jeudi 16 mai 2002 | Star Wars : Episode II - L'Attaque des clones

Projeté hors compétition, le deuxième volet des aventures d'Anakin Skywalker permet une révolution sur la Croisette : l'arrivée en grande pompe du numérique. Le film de George Lucas, qui avait présenté son premier film, THX 1138 à la Quinzaine 31 ans plus tôt, est en effet le premier à avoir été entièrement réalisé avec la caméra Sony-24P. Ce qui n'empêche pas cet Episode II d'être tout simplement assassiné par la critique. La cause principale étant bien évidemment le très mauvais jeu de Hayden Christensen (Anakin Skywalker). Il fait ici de son mieux pour être convaincant mais ne parvient jamais à développer une véritable alchimie avec l'interprète de Padmé Amidala, Natalie Portman.

Pour les puristes de la saga (et les festivaliers qui ont vu La Menace fantôme), cette suite est néanmoins sauvée par l'intrigue autour du personnage que campe Ewan McGregor (Obi-Wan Kenobi). George Lucas se vantera de la qualité visuelle (!) de son film mais personne n'oubliera le tollé subi par L'Attaque des clones...

Dimanche 15 mai 2005 | Star Wars : Episode III - La Revanche des Sith

Trois ans après le mauvais Episode 2, George Lucas est de retour sur la Croisette pour son grand final. Et ce qui devait simplement émouvoir les festivaliers de plus en plus accro à la culture pop se transforme en standing ovation avant et après la projection de gala. Ayant fait le déplacement, Hayden Christensen et Natalie Portman se retrouvent confrontés à l'un des publics les plus difficiles de la planète. Mais décrit comme "un grand film commercial" par le réalisateur Souleymane Cissé, le film est accueilli à bras ouverts par les people présents dans la salle ce soir-là : Sharon Stone, Alain Chabat, Clovis Cornillac...

Bien plus sombre que les films précédents, La Revanche des Sith dispose du parfait dosage entre scènes de combats spatiaux et dilemme shakespearienne sur l'immortalité. La dimension politique du film (on assiste au basculement d'une démocratie en dictature) permet à l'époque à George Lucas de faire le parallèle avec la guerre en Irak.

Mardi 15 mai 2018 | Solo : A Star Wars Story

A l'heure où les grands studios "réservent" des réalisateurs et dates de sortie des mois (voire des années) à l'avance, l'affaire Solo est un cas d'école. L'an dernier, presque à la même période, Disney, le studio qui a racheté les droits de la saga Star Wars pour 4 milliards de dollars, se séparait des deux réalisateurs jusque-là aux commandes du film : Phil Lord et Chris Miller. La raison évoquée est sans surprise des "différends créatifs". Et bien que cela ne nous apprenne pas grand-chose, il y a fort à parier que le ton que les réalisateurs de La Grande Aventure Lego souhaitaient donner à ce spin-off n'a pas plu à Kathleen Kennedy, la grande patronne de la franchise, issue de l'écurie Spielberg. Dès lors, c'est Ron Howard qui est entré en scène pour les remplacer.

Et si la production du film a très certainement dépassé son budget initial en raison de reshoots nécessaires et d'un tournage rallongé, c'est bien lui qui devrait fouler le tapis rouge avant la projection au Grand Théâtre Lumière. Par chance, le héros de son film, Alden Ehrenreich n'est pas un inconnu de la Croisette. Il était présent en 2009 pour Tetro de Francis Ford Coppola. La seule question qui demeure aujourd'hui, en sachant qu'Alden Ehrenreich a signé pour "3 films", est de savoir si Solo aura la singularité et l'originalité d'un Rogue One, le premier stand alone de Disney au succès et à la qualité indéniables.

Cannes 2018: Qui est Lucie Debay ?

Posté par kristofy, le 15 mai 2018

Elle est enfin à Cannes. Avec Nos Batailles en séance spéciale à La Semaine de la Critique. Le film réunit Romain Duris, Laetitia Dosch (Jeune femme) et Laure Calamy (Ava, Dix pour cent), mais aussi la prometteuse Lucie Debay.

Déjà en 2015 il y avait eu un rendez-manqué entre Lucie Debay et Cannes. Le film Un français avait failli être dans l'une des sélections. À l'écran, Lucie Debay irradiait en passionaria raciste et homophobe aux côtés d'Alban Lenoir (coïncidence, il se retrouve aussi à Cannes cette année à Un Certain Regard dans Gueule d'ange avec Marion Cotillard).

Après un premier rôle dans le film belge Somewhere between here and now en 2009, le cinéma tarde à la rappeler mais qu'importe, puisqu'elle se plait davantage sur scène et se régale dans des courts-métrages. Le talent de Lucie Debay éclate enfin en 2014/2015 dans Melody: elle va ‘louer’ son ventre pour devenir mère porteuse. Ce rôle lui vaudra en Belgique le Magritte du meilleur espoir féminin et d'être listée en France dans la pré-sélection du César du meilleur espoir. Se suivront alors Un Français de Diastème, King of the Belgians (à Venise), une participation à Lola Pater (avec Fanny Ardant) et aussi Une Confession de Nicolas Boukhrief avec Romain Duris.

Avec Nos batailles, elle retrouve donc Duris mais cette fois avec un rôle beaucoup plus important.

Lucie Debay est ce genre d'actrice belge rare qui s'efface pour mieux se métamorphoser dans son personnage. Son apparence même semble changer à chaque fois : ses cheveux tantôt blonds ou bruns, sa voix douce sait aussi hurler, aussi bien français qu'anglais. Que ses yeux soient perdus au bord des larmes ou hostiles et durs de menace, son regard est toujours troublant. Lucie Debay, on va la voir de plus en plus... Ce n'est plus un espoir.

Et rappelons nous que la Belgique est riche d'une multitude d'actrices qui ont tellement de talent que la France les adopte très rapidement. Toutes ces actrices d'origine belges se retrouvent nommées à nos César (Cécile de France, Marie Gillain, Yolande Moreau, Pauline Etienne, Virginie Efira...). Dans l'histoire de la sélection officielle du Festival de Cannes par deux fois déjà le talent d'une jeune actrice belge débutante dans son tout premier grand rôle a contribué à faire gagner la récompense suprême : Émilie Dequenne en 1999 et Palme d'or pour Rosetta (plus prix d'interprétation féminine pour elle) et Déborah François en 2005 et Palme d'or pour L'enfant.