[Lumière 2019] Conversation pas trop secrète avec Francis Ford Coppola

Posté par Morgane, le 19 octobre 2019

En ce vendredi 18 octobre le grand Coppola est attendu pour sa masterclasse au théâtre des Célestins. Elle débute à 15h, certains patientant sous la pluie depuis 9h ce matin pour voir le Maestro. Mais Francis Ford Coppola ne veut pas d'une masterclases, c'est une conversation qu'il désire, un échange interactif avec le public et il veut s'assurer que les thèmes abordés seront utiles à l'audience. « Sachez que ce moment sera plus riche pour moi qu'il ne le sera pour vous! »

La naissance d'un nouveau film
« Le début de mes films peut venir d'un rêve mais en général j'essaie de trouver le mot qui porte toute la quintessence du film. Par exemple pour Conversation secrète c'est intimité, pour Apocalypse now c'est moralité et pour Le Parrain, succession. »

Débuts avec Roger Corman
« Moi je voulais faire de la physique. Mais après plusieurs échecs mon père m'a dit que ce n'était pas pour moi. Mais j'adorais bricolé. Je passais d'école en école chaque année. Je suis allé en école de théâtre, car c'est là que les filles allaient! Je bricolais les lumières et puis j'ai beaucoup aimé et j'y suis resté 4 ans. » Mais c'est après un véritable choc reçu lors d'une projection d'Octobre d'Eisenstein qu'il a décidé de faire du cinéma et d'aller à UCLA. Il n'avait pas d'argent mais il a très vite trouvé un petit boulot auprès de Roger Corman. « J'ai appris beaucoup à ses côtés et notamment comment faire un film avec très peu de moyens, en étant indépendant. »

Apocalypse Now
« En voyant
Apocalypse Now, Roger Corman a dû penser que j’étais fou, ce en quoi il n’avait pas tort car ce film m’a complètement dépassé! J’étais loin de savoir ce qu’allait devenir ce film. Comme d’habitude mon enthousiasme a pris le pas sur mon savoir-faire. »

La technologie
Coppola nous explique qu’il y a deux grandes révolutions auxquelles a participé l’école de San Francisco à laquelle appartenaient entre autres Georges Lucas et lui-même. Le travail du son. « La moitié de ce qui est ressenti au cinéma est dû au son. » Et le numérique. Tout d’abord le tournage en numérique pour Star Wars puis le montage et enfin la projection. « Et tout cela venait de nos esprits, car comme nous étions fauchés nous devions donc redoubler d’imagination. »
« Mais certains réalisateurs comme ma fille Sofia, Steven Spielberg, Christopher Nolan, disent qu’on devrait continuer à tourner sur pellicules. On pourrait passer des heures à peser le pour et le contre mais une chose est sûre, les deux technologies existent. »

Relation avec les producteurs
« Bob Evans est un homme qui a des idées et n’est pas sans talent mais nos relations étaient compliquées. J’ai d’ailleurs exigé qu’il ne participe pas au Parrain 2. » Une métaphore qui résumerait la relation entre un réalisateur et un producteur « c’est comme construire une maison. Il y a l’architecte, le visionnaire, celui qui rêve et l’entreprise qui doit s’assurer de la viabilité du projet. Le réalisateur rêve et le producteur, lui, coordonne l’ensemble. La relation peut être conflictuelle mais elle peut aussi parfois être fertile. Il n’est pas toujours mauvais d’être poussé dans ses retranchements. »

Acting and writing
« Pour moi les deux piliers les plus importants d’un film sont l'écriture et le jeu des acteurs. Si ces deux-là sont mauvais et même si vous avez une photographie sublime ça fera rarement un bon film. »

Apprendre, toujours et encore
« L’apprentissage est une des seules sources de plaisir qui ne fait pas grossir, ne rend pas diabétique et ne rend pas votre femme furieuse alors pourquoi s’en priver? »

Peurs de réalisateur
À la question d’Alain Chabat qui souhaitait savoir si ça lui était déjà arrivé d’être sur un décor et de ne pas savoir où placer la caméra, Coppola a répondu: « ça m’arrive d’avoir ces moments de terreur. Je me demande alors ce que je veux que le spectateur voit. Est-ce que je veux qu’il ait une vision globale ou au contraire qu’il adopte le point de vue d’un personnage. Mais ces choix là se font principalement en amont, pendant l'écriture. »

S’essayer à la série?
« Si je continue de faire des films c’est qu’il y a encore des thèmes que je veux aborder et je ne suis pas sûr que la série me permette de faire ça car les sujets sont souvent dictés par des aspects financiers. Nous tous qui sommes là avions une chance infime d’exister et il serait injuste que notre forme artistique ne soit pas personnelle, unique. Il faut faire des œuvres personnelles, qui nous ressemblent et je ne pense pas que la série me permettrait cela. »

Rapport à la famille
« J’ai toujours adoré les enfants. Plus jeune j’étais animateur de colonies. Quand j’ai eu le bonheur d’avoir des enfants, je ne pouvais pas me passer d’eux! Alors il y avait un deal, dès que je partais plus de 15 jours, on embarquait tout le monde. Et j’ai été bien inspiré, car souvent les 15 jours se transformaient en 6 mois! Mes enfants ont grandi sur les tournages. Sofia faisait des robes à ses poupées avec les costumes, Roman revenait avec un trou sur le front car il avait traîné avec l’équipe de maquillage... ils se sont appropriés cet univers et baignent tous dedans maintenant. Même ma petite-fille Gia. » Il faut dire que chez les Coppola le cinéma est une affaire de famille depuis cinq générations!

Mon Premier Festival souffle ses 15 bougies avec Léa Drucker et Michel Hazanavicius

Posté par MpM, le 19 octobre 2019

Avec l'arrivée des vacances de la Toussaint, c'est le retour de l'un de nos festivals préférés, celui qui s'adresse aux spectateurs qui ont probablement le plus besoin d'être pris par la main et accompagnés dans l'univers et l'histoire du cinéma, les enfants à partir de 18 mois. Pour sa 15e édition, qui se tient du 23 au 29 octobre, Mon Premier Festival poursuit en effet le travail d'initiation du regard, de partage et de transmission qui en ont fait l'un des rendez-vous incontournables de l'automne.

Cette année, l'accent sera mis sur les liens privilégiés entre littérature et 7e art, à travers une quarantaine de films dont Zazie dans le métro, Croc-Blanc, Jean de la Lune, Le Tombeau des lucioles ou encore La Jeune fille sans mains, mais aussi sur le cinéma d'animation russe (avec notamment le travail des cinéastes Garri Bardine et Youri Norstein mais aussi le splendide Tout en haut du monde de Rémi Chayé).

Parmi les autres temps forts du festival figurent également un focus sur Michel Hazanavicius, invité d'honneur, qui viendra présenter certains de ses films comme The Artist, des films cultes (La Belle et le clochard, Qui veut la peau de Roger Rabbit, OSS 117 : Le Caire, nid d'espions), des ciné-concertsdes rencontres autour des métiers du cinéma, de nombreux ateliers, et les coups de coeur de la marraine de l'édition, Léa Drucker, qui a choisi de montrer La Belle et la bête, Cendrillon et La Petite Taupe.

Pour ce qui est des avant-premières, elles proposent de découvrir avant leur sortie des films attendus comme Le Voyage du prince (le nouveau film de Jean-François Laguionie, en salle le 4 décembre), Marche avec les loups de Jean-Michel Bertrand (15 janvier) ou encore L'extraordinaire voyage de Marona d'Anca Damian (8 janvier), mais aussi des rééditions, telles que Le monde animé de Grimault (6 novembre) et Le Chien, le général et les oiseaux de Francis Nielsen (6 novembre).

Une fois encore, les vacances de la Toussaint s'annoncent comme les meilleures de l'année !

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Mon premier festival 2019
Du 23 au 29 octobre
Informations et réservations sur le site de la manifestation

[Lumière 2019] Ken Loach, de la politique avant tout

Posté par Morgane, le 18 octobre 2019

Après avoir reçu le Prix Lumière en 2012, Ken Loach - 2 Palmes d'or et 3 César - est de retour à Lyon cette année. Il a présenté son nouveau film Sorry we missed you (en salles le 23 octobre) à l'Institut Lumière et a enchaîné avec une masterclasse à la Comédie Odéon, qu'il souhaitait politique. Clémentine Autain, députée France Insoumise de Seine Saint-Denis, l'accompagnait. Et Thierry Frémaux était là pour mener la discussion, avec Didier Allouch pour la traduction.

Besoin de parler de politique, du monde, plutôt que de cinéma
"Le monde est dangereux, l'économie s'écroule et les extrémismes de droite vont en profiter. On doit combattre cela de toutes les manières possibles. C'est la plus grande tâche, combattre sur tous les plans. Mais ce qui est encore plus important c'est de comprendre ce qui se passe. On a tous besoin ensemble de comprendre, de résister, et cela peut peut-être aussi se faire par le cinéma. Et la force que nous avons c'est que nous sommes nombreux et qu'ils sont peu!"

Ce combat passe par la vie quotidienne
"On doit célébrer la vie! Et les films doivent respecter la complexité de la vie. La vie évolue dans un contexte social et il existe un cordon ombilical qu'on ne peut pas couper entre notre vie privée et ce contexte social."

Sorry we missed you marche dans les pas de Moi, Daniel Blake
Pour Clémentine Autain, le dernier film de Ken Loach est celui qui l'a "le plus bouleversée. Moi, Daniel Blake c'était la bureaucratisation, ici c'est la concrétisation de l'ubérisation et de son mensonge. Le rêve d'indépendance tourne au cauchemar et tous les pans de la vie sont touchés." Ken Loach explique alors qu'après Moi, Daniel Blake, il était dans une banque alimentaire et qu'il n'y avait pas que des chômeurs mais également des travailleurs. "Aujourd'hui, 2/3 des nouveaux emplois sont précaires, sans aucune garantie. Vous travaillez un jour mais rien ne vous dit que vous travaillerez le lendemain. Cela date de Margaret Thatcher qui a mis à mal les syndicats et alors les emplois précaires ont commencé à se développer. Et c'est ainsi que le film (Sorry we missed you) a commencé. Le travail c'est comme un robinet soit ils l'ouvrent soit ils le ferment."

Thatcher, Blair et...
"Thatcher a dit que sa plus grande invention était Tony Blair et elle n'a même pas eu besoin de l'inventer! Tony Blair est un criminel pour avoir participé à la guerre en Irak qui est une guerre illégale. Pour cela il devrait être jugé à La Haye."

...le Brexit
"Le Brexit c'est une distraction. Les problèmes étaient là avec l'Union européenne et ils seront toujours là si on en sort. Et si Boris Johnson reste ils seront encore plus grands. Il y a quelques jours le film a été projeté à Paris dans une immense salle remplie d'activistes qui sont venus sur scène pour dire comment ils combattaient les inégalités, la précarité. L'espoir c'est tous ces combats. Mais les médias font tout pour détruire cet espoir. Ils ne parlent jamais de ces grèves. Il faut qu'elles se sachent pour que les combats se propagent!"

Ken Loach et la gauche
"Aujourd'hui la gauche est plus forte (en Angleterre) mais les affronts contre elle ont déjà débuté. Corbyn a été accusé de racisme alors qu'il est d'une immense intégrité. Si la gauche gagne les prochaines élections, chaque travailleur aura des droits dans son contrat de travail. Les privatisations cesseront immédiatement, tous les employés auront droit à la sécurité sociale. L'eau, le gaz, l'électricité, la poste... tout ça reviendra dans le domaine public avec des dirigeants locaux."

"Aujourd'hui le parti travailliste c'est plus de 500000 membres car il donne une réponse au besoin des gens et c'est pour ça que les attaques sont si fortes contre le parti de gauche. C'est un bon plan, essayez-le ici!"

Et de finir par cette phrase des syndicats américains "Agitate, educate, organize" et "défendez Jeremy Corbyn, envoyez-lui un message, soutenez-le!"

En deux heures, il faut avouer qu'il a surtout parler de politique. Mais après tout c'est tout le sujet de son cinéma...

[Lumière 2019] Frances McDormand, quand cinéma rime avec engagement

Posté par Morgane, le 16 octobre 2019

Festival Lumière. Lyon. Début de semaine. La salle de la Comédie Odéon est pleine et c'est une véritable ovation qui est faite à Frances McDormand. Thierry Frémaux, fidèle au poste, accueille l'actrice et Didier Allouch est là pour mener la discussion. L'actrice oscarisée (Fargo, Three Billboards) est évidemment l'une des muses des frères Coen (elle en a d'ailleurs épouser un des deux), mais elle a aussi tourné avec Wes Anderson, Sam Raimi, Alan Parker, Ken Loach, Robert Altman, John Boorman, Curtis Hanson, ou encore Gus Van Sant.

Indépendance de ses personnages
Un trait de caractère qui revient chez beaucoup de ses personnages c'est cette indépendance. Est-ce quelque chose qu'elle recherche particulièrement?
"Le seul truc qui revient souvent, ce sont mes fesses trop larges!" Plus sérieusement, l'actrice explique qu'au début de sa carrière elle faisait principalement des seconds rôles qui mettaient en avant des personnages masculins (elle le fait très bien d'ailleurs dans Mississipi Burning). "Mais je savais qu'un jour mon fils partirait de la maison et que j'aurais envie de faire autre chose, d'avoir les premiers rôles et ce fut le cas. Depuis que j'ai 50 ans j'ai la chance d'avoir des rôles de femmes très intéressants et je ne compte pas m'arrêter là."

Qu'est-ce qu'être une actrice à l'âge de Netflix?
Elle répond en tant que productrice. "J'ai eu la chance de travailler avec HBO. Quand j'ai développé Olive Kitteridge j'ai regardé The Wire et je me suis rendue compte du réel pouvoir de la série. Il est difficile de raconter l'histoire d'une femme en 90 minutes car il y a beaucoup de choses qui partent dans tous les sens. 30 ans de sa vie en 90 minutes c'est impossible, il fallait bien quatre heures! J'adore les pièces de théâtre qui durent six, huit, neuf heures. On regarde une partie puis on va prendre un café, une autre partie puis on va déjeuner et enfin la dernière partie et on va diner.  Aujourd'hui on a pris l'habitude de faire la même chose à la maison avec les séries. Moi je fais ça avec Fleabag. Je regarde cette série pendant des heures et je m'arrête juste pour manger et aller aux toilettes."

Ses débuts au cinéma
Son premier film c'était Blood Simple des frères Coen en 1984. "C'était une expérience formidable. Tout le monde était débutant. Ça a été mon école de cinéma!" Puis elle a tourné Mississipi Burning dont elle dit avoir obtenu le rôle grâce à Stella qu'elle jouait sur Broadway dans Un tramway nommé désir. "Venant du théâtre j'avais peur d'en faire trop, surtout avec mon visage. Avec Mississipi Burning j'ai pu utiliser tout mon corps, comme au théâtre mais d'une manière plus subtile."

Les Frères Coen, 9 films depuis 1984. Comment la relation évolue?
"J'ai beaucoup appris sur le mariage venant d'eux! En ce moment je travaille avec Joel sans Ethan. Pour la première fois je travaille sur le début de la création du film. Mais après une réunion, Joel m'a dit: 1, il vaut parfois mieux écouter que parler. 2, quand je ne parle pas je pense et 3, avec Ethan on travaille en se comprenant sans dire un mot." Il est souvent bien difficile de séparer les deux frangins. Et pourtant Frances McDormand dit qu'ils fonctionnent bien évidemment ensemble mais sont très différents. "Ethan a l'esprit très littéraire alors que Joel lui est plutôt visionnaire, invente des technologies, travaille le visuel." Et vous, où êtes-vous là-dedans? "Après quelques martinis un soir j'ai demandé à Joel mon mari, est-ce que je suis ta muse? Il a répondu: Mmm, non! Mais au final je préfère être sa productrice!"

Quand on pense Frances McDormand et les frères Coen on revoit directement Marge Gunderson dans Fargo. "Je le vois comme un film de famille. Je n'étais pas enceinte mais notre fils que nous adoptions arrivait quatre mois plus tard. C'était donc un film très personnel."

Les autres réalisateurs
Neuf films avec les frères Coen c'est pas rien, mais Frances McDormand n'a pas travaillé uniquement avec eux. Après Miller's Crossing elle a joué dans Darkman de Sam Raimi. Elle revient alors sur leur période de colocation avec Sam Raimi et les frères Coen à Los Angeles. "J'adore Sam mais je n'ai pas trop aimé jouer dans Darkman. C'est d'ailleurs sur ce tournage que j'ai rencontré Ken Loach. Il cherchait de l'argent et les producteurs voulaient un nom. Je n'étais pas un nom mais comme je jouais dans Darkman ils m'ont embauchée pour Hidden Agenda. J'étais ravie car après Darkman, j'avais besoin de rédemption alors je l'ai suivi en Irlande du Nord et j'ai adoré ça! D'ailleurs je continue de faire cela. Quand je tourne dans des films à gros budget j'ai besoin ensuite de faire des pièces off off Broadway ou de jouer dans des films à petit budget." On la retrouve également chez Wes Anderson. "Comme avec Sam Raimi, on rentre dans son monde, dans son esprit et on doit obéir à leurs règles. Mais je ne suis pas très douée pour ça. Ce dont j'ai besoin c'est de quelque chose de plus organique."

Féminisme et cinéma
"Une femme cinéaste, si elle se plante une fois elle n'aura pas d'autres chances contrairement à un homme. Il faut qu'il y ait des gens au pouvoir qui leur permettent de se planter plus d'une fois." Concernant son discours lors de la Cérémonie des Oscars: "Pour 3 Billboards, j'allais de cérémonie en cérémonie avec les mêmes femmes nommées. J'ai partagé de longs moments avec elles et j'avais donc envie de les inclure dans mon discours. Sur scène, j'appelle les femmes à se lever et elles le font. Je suis tellement excitée que j'en oublie complètement mon discours alors je finis par: J'ai deux mots à vous dire, inclusion rider! et depuis, ma vie est un enfer! (rires) Ce but est inatteignable je le sais et je réalise qu'il faut que les choses évoluent de manière organique."

"Je suis actrice car je veux faire partir de l'échange humain?"
"Plus jeune je trouvais dérangeant quand les gens venaient me voir dans la rue. Les gens pensent qu'on demande la célébrité alors que pas du tout. J'ai donc décidé de me retirer de la promotion des films. Le deal pour moi c'est une photo avec le reste de l'équipe lors d'une première du film et c'est tout. Ainsi ça m'a rendu mon pouvoir de dire non et ça m'a même donné le droit d'être parfois malpolie. Mais mon fils me demandait justement pourquoi j'étais malpolie avec les gens dans la rue. Alors j'ai fait ça autrement. Je répondais non pour la photo mais je disais qu'à la place on pouvait se serrer la main et échanger quelques mots."

C'est ça être actrice pour Frances McDormand, l'échange humain. Pour preuve, sa masterclasse a été l'une des plus longues de l'histoire du festival, dépassant largement le temps prévu.

Le cinéma britannique s’inspire d’histoires vraies

Posté par vincy, le 8 octobre 2019

Si le 30e Dinard Film Festival est un reflet du cinéma britannique, alors les réalisateurs ont été inspirés par les histoires vraies. Comme si le réel était devenu un matériau nécessaire et une matrice imparable pour la fiction. De la grande histoire aux destins individuels, le cinéma britannique, qui a toujours aimer ausculter la réalité, prend de plus en plus ses racines dans des faits ayant existé.

Bien sûr, ils ne racontent pas la même chose. Sous la forme d'une fresque rhétorique, Mike Leigh ravive un massacre de citoyens d'il y a deux siècles dans Peterloo, écho aux révoltes citoyennes et à la brutalité policière actuelles. Le passé est, sinon, plus récent, avec trois films se déroulant essentiellement dans les années 1920-1940. A l'instar de The Keeper, Hitchcock d'or et Hitchcock du public, qui retrace la vie d'un soldat nazi devenu champion de foot anglais juste après la seconde guerre mondiale. Entre les deux guerres, il y a aussi Mr Jones, biopic du photographe Gareth Jones, qui s'aventurera des nazis jusqu'en Mongolie. Ou encore Red Joan, portrait d'une espionne aux grands sentiments dans le Royaume-Uni en fin de guerre, au service des soviétiques. Couverture bien cachée jusqu'à ce qu'elle soit grillée au début des années 2000.

C'est aussi au début de ce troisième millénaire qu'Official Secrets prend place pour faire revivre les persécutions d'une lanceuse d'alerte, coupable de vouloir révéler les manigances américaines et du gouvernement de Tony Blair pour forcer l'ONU à légaliser leur guerre en Irak.

Si les guerres civiles ou internationales, prennent tant le dessus, ce sont aussi, à chaque fois des films qui se focalisent sur des gens opérant un choix crucial, doutant souvent, partagés entre la loyauté et la conviction intime. Ce qui ne veut pas dire que le cinéma est toujours grave. Il suffit de voir Fisherman's Friends, comédie feel-good qui suit des pêcheurs de Cornouailles propulsés en tête des charts musicaux avec des chants folkloriques. C'est authentique, une fois de plus. A l'image de ce drame africain sur les mutilations faîtes aux femmes et la violence masculine, The Girl From Mogadishu, inspiré du parcours de la somalienne Ifrah Ahmed, exilée en Irlande.

Et ce n'est pas terminé puisqu'on attend plusieurs biopics: Judy Garland dans Judy du britannique Rupert Goold, The Personal History of David Copperfield d'Armando Iannucci, The Aeronauts de Tom Harper autour de la pilote Amelia Wren et du savant James Glaisher, ou encore Love Life and Laughter de George Pearson autour de l'artiste Betty Balfour,

Hong Kong, Chine, Taïwan: secousses sismiques dans le 7e art

Posté par vincy, le 7 octobre 2019

Le cinéma subit à son tour les effets de la situation politique de Hong Kong, dont les citoyens revendiquent a minimia le maintien d'un pays-deux systèmes distinguant Hong Kong du continent chinois, statut obtenu lors de la rétrocession par les britanniques en 1997. Depuis la fin mars, la métropole de près de 8 millions d'habitants vit aux rythmes de manifestations monstres où la violence policière et étatique est de plus en plus brutale.

Pour ne pas froisser la Chine, deuxième marché mondial en nombre de spectateurs en salles, certaines personnalités du cinéma ont déjà refusé de soutenir les hong kongais, à commencer par l'actrice du film Mulan, Liu Yifei. D'ores et déjà des appels aux boycotts ont répliqué. Mais la Chine sait se faire pression. Dès qu'une personnalité du spectacle ou du sport apporte son soutien au "mouvement des parapluies", le régime de Pékin ordonne la rétractation, ou c'est l'interdiction de travailler en Chine. Aussi, aucun des cinéastes hongkongais ne s’est exprimé à titre personnel sur cette crise pour continuer à bénéficier de l'accès aux puissantes industries culturelles chinoises. Dans La Croix, Arnaud Lanuque justifiait ce silence il y a un mois: "Le cinéma de Hong Kong est devenu limité, et ces réalisateurs ne veulent pas faire de petits films. Pour faire des films ambitieux, il faut nécessairement passer par le marché chinois. Hong Kong n’a plus que des films à petits budgets, des drames sociaux, des comédies, et des films fantastiques (genre interdit en Chine)."

Migration en Corée du sud

Mais depuis deux semaines, le cinéma hong kongais est quand même sur les dents. Les Asian Film Awards ont décidé de quitter leur lieu d'accueil historique, remis chaque année depuis 2007 au Festival international du film de Hong Kong en mars. Ils migreront à Busan, en Corée du sud, la ville où se déroule le plus grand festival de cinéma en Asie. Si bien que les prochains AFA auront lieu en octobre 2020. A un mois des Asia Pacific Screen Awards (qui se déroulent à Brisbane en Australie).

Fondé par la HKIFF Society, les AFA ont ensuite noué des partenariats avec les festivals de Busan et Tokyo, tout en restant juridiquement basés à Hong Kong. Depuis longtemps, les organisateurs réfléchissent à une rotation entre les trois festivals (Tokyo a lieu fin octobre). Mais les difficultés de Busan à l'époque avaient mis ce projet à l'écart. Cette rotation serait de nouveau en discussion.

Le Festival du film de Hong Kong devrait quand même avoir lieu, et accueillerait malgré tout un prix honorifique des AFA, afin de conserver son emprise sur la marque. Mais il faudra bien attendre encore un an pour connaître le successeur d'Une affaire de famille de Hirokazu Kore-eda. Et on ignore encore si le cinéma chinois (5 statuettes du meilleur film en tant que producteur ou co-producteur) y sera le bienvenu.

Exclusion du cinéma chinois

Car, l'effet de choc n'est pas terminé. Les Golden Horse Awards se mêlent aussi de real-politik. Les récompenses de cinéma taïwanaises sont décernées depuis 1962 distinguant les films d’expression chinoise, qu’ils viennent de Taïwan, des territoires sinophones (Hong Kong, Singapour, ...) et depuis 1996 de Chine continentale.

Or, l'île de Taïwan, à la fois état souverain non indépendant et province chinoise avec son propre système politique et économique, est en pleine campagne électorale. Et elle est partagée entre ceux qui souhaitent le rattachement à la Chine, sur la base de Hong Kong (un pays, deux systèmes), et ceux qui revendiquent l'indépendance (qui sont de plus en plus renforcés dans leur conviction en voyant les événements de Hong Kong).

Les récentes nominations aux Golden Horse Awards montrent que les professionnels ont choisi leur camp: les films chinois sont complètement absents et seuls quelques films de Hong Kong ont reçu des citations (Suk Suk, My Prince Edward, Bamboo Theatre). Deux films de Singapour et un de Malaisie complètent les nominations hors-Taïwan. C'est d'autant plus une claque que les films de Chine et de Hong Kong ont largement dominé le palmarès des GHA depuis leur création. Seules 8 productions ou coproductions taïwanaises ont remporté le prix du meilleur film depuis 1996.

Présidés par Ang Lee, les GHA sont considérés comme les Oscars du cinéma en langue chinoise. Mais l'an dernier, Fu Yue, prix du meilleur documentaire, avait choqué le régime chinois en réclamant l'indépendance de Taïwan lors de son discours d'acceptation. En guise de rétorsion, les autorités chinoises, en août dernier, ont alors décidé de boycotter tous les films nommés aux Golden Horse Awards, interdits de sortie en Chine continentale.

De peur de ne plus pouvoir travailler en Chine, plusieurs personnalités de cinéma de Hong Kong ont déjà fait savoir qu'ils ne soumettaient par leurs films aux GHA, ce qui explique l'absence de films chinois (il n'y a eu que 148 candidats contre 228 l'an dernier). Dernier en date, et pas des moindres, le cinéaste Johnnie To, qui s'est retiré de la présidence du jury, qui choisit les gagnants, au nom d'obligations contractuelles.

Mais surtout, la Chine a décidé de lancer ses propres récompenses, les Golden Rooster Awards, qui auront lieu à Xiamen, le même soir (23 novembre) que les Golden Horse Awards. A cette politique de menaces, le régime chinois ajoute d'autres formes de pressions sur les festivals internationaux en interdisant à certains films et talents de s'y rendre, à l'instar de One Second de Zhang Yimou, retiré au dernier moment de la compétition de Berlin, ou de Liberation de Li Shaohong, film d'ouverture du festival de Pingyao (créé par Jia Zhangke), remplacé trois jours avant sa projection par un autre film.

San Sebastian récompense Pacificado, Proxima et Hors normes

Posté par vincy, le 29 septembre 2019

Le 67e Festival international du film de San Sebastián (SSIFF) s'est achevé sur la consécration, Pacificado (Pacified) film produit par le réalisateur américain Darren Aronofsky.  Le jury du réalisateur britannique Neil Jordan a également récompensé Proxima d'Alice Winocour avec le Prix spécial du jury. Hors normes, le nouveau film d'Olivier Nakache et d'Eric Toledano a obtenu le convoité Prix du public.

Par ailleurs, comme chaque année, la FIPRESCI a choisi le meilleur film de ses douze derniers mois. La critique internationale a opté pour Roma, d'Alfonso Cuaron.

Pacificado, réalisé par Paxton Winters, est une histoire de lutte de pouvoir au sein d'un gang dans une favela de Rio de Janeiro, "pacifiée" par la police en raison des Jeux Olympiques de 2016. Coquille d'or, prix du meilleur acteur pour le Brésilien Bukassa Kabengele, prix de la meilleure photographie, il a dominé la compétition, le film a été tourné dans la favela de Morro dos Prazeres, où vit le réalisateur, dans des conditions très difficiles - alternant fusillades et descentes de police - mais avec la complicité des riverains.

En compétition, le festival avait notamment sélectionné les derniers films de Roger Mitchell, Louise Archambault, Alejandro Amenabar et Guillaume Nicloux. Les festivaliers ont pu aussi voir Cuban Network d'Olivier Assayas, Les Misérables de Ladj Ly et Parasite de Bong Joon-ho.

San Sebastian a également honoré avec trois Prix Donostia l'actrice espagnole Penélope Cruz, le réalisateur franco-grec Costa Gavras et l'acteur canadien Donald Sutherland.

Le palmarès

Conque d'or du meilleur film: Pacificado de Paxton Winters
Prix spécial du jury: Proxima d’Alice Winocour
Conque d'argent du meilleur réalisateur: Aitor Arregi, Jon Garaño et Jose Mari Goenaga pour Las trinchera infinita
Conque d'argent de la meilleure actrice: Nina Hoss pour L’audition (Das Vorspiel) d’Ina Weiss ; Greta Fernández pour La hija de un ladrón de Belén Funes
Conque d'argent du meilleur acteur: Bukassa Kabengele pour Pacificado de Paxton Winters
Prix du jury de la meilleure photo: Laura Merians pour Pacificado de Paxton Winters
Prix du jury du meilleur scénario: Luiso Berdejo et Jose Mari Goenaga pour Las trinchera infinita d’Aitor Arregi, Jon Garaño et Jose Mari Goenaga
Prix du nouveau réalisateur: Algunas bestias de Jorge Riquelme
Mention spéciale: Sestra de Svetla Tsotsorkova

Prix du public de San Sebastián et de la ville de Donostia: Hors normes d’Olivier Nakache et Éric Toledano

Prix du public du meilleur film européen: Sorry We Missed You de Ken Loach

Prix Horizontes: De nuevo otra vez de Romina Paula
Mention spéciale: La bronca de Diego Vega et Daniel Vega

Prix Zabaltegi-Tabakalera du meilleur long métrage: Ich war zuhause, aber d’Angela Schanelec
Mention spéciale:Les enfants d’Isadora de Damien Manivel

Prix de la Fipresci: Las trinchera infinita d’Aitor Arregi, Jon Garaño et Jose Mari Goenaga

Prix Irizar du meilleur film basque: Las trinchera infinita d’Aitor Arregi, Jon Garaño et Jose Mari Goenaga
Mention spéciale: Glittering Misfits d'Iban del Campo

Prix de la coproduction espagnole: Nuestras madres de César Díaz

Prix TVE un autre regard: Que sea ley de Juan Solanas

Prix TCM de la jeunesse: Las buenas intenciones d’Ana Garcia Blaya

Prix Signis : Rocks de Sarah Gavron
Mention spéciale: Proxima d’Alice Winocour

Prix Sebastiane: Monos d'Alejandro Landes

Dinard 2019: 5 questions à l’absolutly fabulous Jane Horrocks

Posté par vincy, le 28 septembre 2019

Membre du jury de Dinard, Jane Horrocks est aussi adorable qu'on pouvait le penser. Créatrice du personnage de Little Voice, énorme succès sur les planches avant de devenir un de ces bijoux du cinéma britannique des années 1990, éternelle Bubble dans la série Absolutly Fabulous, cette anglaise élégante qui ne semble pas vieillir, a fait quelques incursions au cinéma, chez Nicolas Roeg, Michael Caton-Jones, Mike Leigh, Dexter Fletcher... Comme beaucoup de ses compatriotes, elle se désole du Brexit - "Cela ferme énormément de portes. Nous ne sommes plus la grande famille qu’on était. C’est très triste" - mais la fantaisie et la curiosité l'emportent toujours.

Ecran Noir: Vous retrouvez Michael Caton-Jones, avec qui vous avez tourné Memphis Belle en...

Jane Horrocks: On ne compte pas les années (rire). Mais il est exactement pareil qu'à l'époque. C’est le clown de la classe à Dinard. Tout le monde l’aime. Vous savez parfois, quand on retrouve les gens après une longue absence, on peut-être déçu. Mais là ce n’est pas le cas avec lui ! Et puis je suis très bien entourée avec ce jury. J’aime bien être jurée, on sent un peu spéciale, légèrement importante (sourire).

EN: Justement, en tant qu'anglaise et juré, cette compétition reflète-t-elle la société britannique, le cinéma britannique?

JH: On voit des films très variés, certains plus artistiques, d’autres plus conventionnels. Je pense que ça représente le cinéma britannique de façon transversale. Par exemple, nous avons vu deux films sur la jeunesse, l’un sur celle d’aujourd’hui, qui est très juste, et l’autre sur celle durant la seconde guerre mondiale. C’est intéressant en une journée de voir comment cette jeunesse britannique a pu évoluer et comment ils ont été représentés à quelques décennies d’écart.

EN: Vous tournez peu, à peine un film par an. Qu'est devenue "Little Voice" finalement?

JH: Je continue de chanter, j’adore ça. C’est ma passion. Mais je me suis éloigné du personnage que j’ai personnifié dans Little Voice. J’essaie de créer un nouveau personnage à travers les chansons. Je fais beaucoup de théâtre, j’ai créé un festival à Manchester. Sur scène, je créé des pièces, avec un groupe de musiciens. Et c’est ce qui me plaît le plus car j’aime la création originale, plus que des rôles qui ont déjà été joués encore et encore. Pour le cinéma, j'ai fait quelques films que vous n’avez sans doute pas vus en France.

EN: Mais on vous a entendus: Vous avez prêté votre voix à de nombreux films d'animation comme Chicken Run, Garfield, les noces funèbres, et La Fée clochette...

JH: Oui... Je pense que j’ai une très bonne oreille et que ça me permet de créer différentes voix et d’incarner différents personnages dans un large spectre. C'est une des raisons pourquoi on fait appel à moi pour ma voix.

EN: Vous voyez ici des films de votre pays. mais avez-vous l'occasion de voir des films français?

JH: Je ne regarde pas énormément de films. J’ai vu La vie d’adèle récemment, des années après sa sortie. Et j’ai tellement été bouleversée que j’en parle tout le temps, j’ennuie mas amis avec ça ! C’est si bien fait, si bien joué. Ce film va rester avec moi pendant des années et des années.

Dinard 2019 : Official Secrets et Red Joan, quand deux lanceuses d’alerte partagent des secrets d’état

Posté par kristofy, le 27 septembre 2019

Le 30e Dinard Film Festival est lancé, et le public curieux de cinéma britannique est toujours fidèle pour remplir les différentes salles.

Si Dinard est la plus anglaises des plages françaises, l'actualité a fait que Jean-Claude Mahé (le maire) a évoqué l'un des plus célèbres visiteurs : "Jacques Chirac vient de nous quitter, c'est un ami de Dinard qui s'en va". L'ancien Président de la république était venu en effet plusieurs fois à Dinard pour se reposer tout en gardant son légendaire sens du contact avec les gens, souvent lors de ses promenades, salué par quelques mots ou pour des photos.

Cette année c'est donc le 30ème anniversaire. On y éprouve un peu de nostalgie, notamment parce qu'il s'agit aussi de l'édition requiem du directeur artistique historique du festival, Hussam Hindi.

Mais pour autant le plus important est de regarder vers le futur, et y découvrir les prochains nouveaux talents. Les films en compétition sont pour beaucoup des premiers films, dont un seul, The Last Tree a un distributeur en France. Les différents membres de jury ont été officiellement présentés. Pour les courts-métrages le président est le réalisateur Shane Meadows, révélé en 1995 justement par un court-métrage, dont la plupart des films ont été présentés à Dinard : cette année il y accompagne aussi la projection de sa série The Virtues. Pour les longs-métrages, c'est Sandrine Bonnaire qui joue à la présidente, elle avait d'ailleurs tourné deux fois dans la ville de Dinard pour Claude Chabrol (La cérémonie, Au cœur du mensonge).

Elle n'aura pas à "juger" les deux films "d'espionnage" présentés hors-compétition: une investigation et un interrogatoire, autour de deux femmes loyales à leurs pays, mais encore plus fidèles à leurs valeurs, avec une Angleterre assujettie aux Etats-Unis et ennemie des Soviétiques ou des Irakiens. Deux femmes courageuses, l'une mariée à un kurde de Turquie qui n'a toujours pas le droit d'asile, l'autre amoureuse d'un réfugié d'origine russe. Un risky business qui va bouleverser leurs vies, en plus de ternir leur réputation.

Official Secrets, le film d'ouverture représente à lui seul un certain état d'esprit des cinéastes britanniques : remettre en cause l'autorité. Ici particulièrement dénoncer une manipulation américaine et les mensonges du gouvernement du premier ministre Tony Blair, qui, en 2003 s'est soumis aux Etats-Unis pour lancer une guerre en Irak. Official Secrets de Gavin Hood est l'adaptation d'un livre qui retrace les évènements qui ont suivi la diffusion à la presse d'un mémo secret envoyé par la NSA américaine aux services de renseignements anglais : chercher des renseignements à propos de certains membres du conseil de sécurité de l'ONU pour les obliger à voter en faveur de la guerre que souhaite entreprendre les Etats-Unis du gouvernement Bush... Les grandes lignes de cet évènement politique sont connues : il fallait aux américains trouver des preuves d'armes de destruction massive en Irak ou un vote de l'ONU pour être autorisés légalement à déclencher cette guerre, même si elle sera considérée comme illégale. L'histoire moins connue est celle que raconte ce film : Katharine Gun, une employée des services de renseignements britanniques, a donc fait fuiter en 2003 à la presse un document interne à propos de pressions pour que Tony Blair au nom de l'Angleterre soutienne ce projet de guerre...

Official Secrets tient autant du film d'espionnage à suspense, de l'enquête journalistique, que du thriller de conspiration politique tout en rendant hommage à une lanceuse d'alerte qui sera intimidée et poursuivie pour trahison. Cette femme à la fois héroïne et victime est incarnée par Keira Knightley, avec autour d'elle Ralph Fiennes, Matthew Goode, Adam Bakri, Matt Smith, Rhys Ifans... Autant le casting que la mise en scène est au service de cette intrigue qui débute comme une investigation -un peu comme la série State of play, qui déjà abordait cette question de l'Irak... -  pour s'emballer ensuite vers une succession de conséquences imprévisibles. Chaque problématique (divulguer un document secret ? authentifier un document secret ? trouver la source ? menacer la source ? s'opposer au gouvernement ?...) donne l'occasion à Keira Knightley de briller dans cette histoire incroyable mais vraie, où les convictions et la paix ont motivé ses décisions.

Il fallait du cinéma bigger than life pour ouvrir ce 30e Dinard Film Festival. Rien de mieux qu'une histoire vraie, fil conducteur de cette édition. Pour Hussam Hindi, son directeur artistique au long de ces années, "le cinéma britannique est magnifique, il est nécessaire, c'est un cinéma qui regarde le monde".

Et, coïncidence de la programmation, le même jour, était présenté un regard sur le monde à travers une autre lanceuse d'alerte. Un autre film d'espionnage, Red Joan, réalisé par Trevor Nunn, qui porte sur les années 1930-1940. Si Official Secrets trouvait son enjeu juridique dans une loi concoctée sur mesure par Margaret Thatcher, Red Joan se place sous la loi des secrets d'état de 1920. Une brillante scientifique tombe amoureuse d'un jeune communiste juif, d'origine russe, mais avec un passeport allemand, à Cambridge. En travaillant sur la future bombe nucléaire, la jeune Joan a les moyens de transmettre des documents à l'URSS de Staline. C'est la catastrophe d'Hiroshima qui la conduit à partager les connaissances de son laboratoire, afin d'équilibrer la menace nucléaire entre les deux camps, et assurer une paix durable. Plus de 50 ans après, elle est arrêtée pour avoir violé 27 secrets d'Etat.

Toutes deux parfaites, Judi Dench et Sophie Cookson incarnent la véritable Joan Stanley, à deux époques différentes. Outre le récit maîtrisé et la belle image rappelant les films des années 1950, Red Joan séduit aussi par son aspect romanesque et les questions qu'il pose. Mais, avant tout, comme le dit le personnage, juger une époque passée avec un regard contemporain n'a aucun sens, si on sort les événements et les opinions de leurs contextes. Que ce soit 16 ans ou 75 ans plus tard, le cinéma rappelle justement que le passé peut trouver un écho dans le présent et que la trahison suprême c'est celle de mentir aux citoyens ou de les mettre en péril avec de mauvaises décisions.

Traîtresses ou pacifistes? Dès que la propagande des gouvernements, au détriment de la protection de leurs citoyens, est menacée par des comportements individuels, ceux-ci répliquent avec force et cherchent à discréditer ceux qui osent les défier. Dans les deux films, l'Etat se défausse, lâchement, après avoir mis toute sa puissance pour discréditer ces femmes patriotes.

Annecy Cinéma Italien: « une période très féconde » selon Francesco Giai Via

Posté par vincy, le 26 septembre 2019

Du 23 au 29 septembre revient, le cinéma transalpin est en vedette au 37e Annecy cinéma italien. 34 longs métrages et 8 courts métrages sont projetés. Pietro Marcello, dont le film Martin Eden (en clôture) a été primé à Venise il y a trois semaines, recevra le Prix Sergio Leone qui récompense chaque année un jeune cinéaste au talent prometteur. Toni Servillo (La grande bellezza) et l'auteur de la BD et réalisateur de l'adaptation Igort viennent présenter l’avant-première de 5 est le numéro parfait. Un focus sur le documentariste Giovanni Cioni dans la section « Viaggio in Italia » s'accompagne d la projection de son dernier documentaire Non e Sogno (Locarno 2019). Annecy présente aussi l'unique projection sur grand écran en dehors de l’Italie du film Sur ma peau d’Alessio Cremonini, disponible sur Netflix. Le film a reçu 3 David di Donatello cette année dont celui Meilleur Premier Rôle pour l’acteur principal Alessandro Borghi, star montante en Italie.

Nous avons demandé à Francesco Giai Via, Directeur artistique du festival, de faire un état des lieux de ce cinéma italien qui, malgré les crises de financement et la domination du petit écran, semble renaître de ses cendres...

Ecran Noir: Au vue de votre sélection, comment définiriez-vous le cinéma italien actuel ? Quels sont vos critères de sélection pour la compétition ?

Francesco Giai Via: Je crois que le cinéma italien contemporain traverse une phase extrêmement féconde. Les efforts des années 2000 et la contamination entre le documentaire et la fiction, tant au niveau créatif que productif, ont permis à une nouvelle génération de réalisateurs et de producteurs de réaliser des films qui sont aujourd'hui considérés parmi les plus intéressants dans le panorama international des festivals. C'est aussi pour cette raison que j'ai décidé programmatiquement de ne pas faire de distinction dans ma sélection de premier et deuxième films entre les films de fiction et les documentaires. Dans les espaces d'hybridation il y a beaucoup de choses intéressantes qui dialoguent d'une manière contemporaine avec le grand dynamisme de notre cinéma.

EN: Martin Eden primé à Venise, Le Traitre très bien accueilli à Cannes, Paolo Sorrentino demandé jusqu’aux Etats-Unis … n’assiste-t-on pas à un renouveau du cinéma italien depuis quelques années ?

FGV: Tout à fait d'accord. Je voudrais mentionner quelques uns des films et interprètes présents cette année à Annecy qui montrent comment, lorsque nous parvenons à créer un système entre organismes institutionnels, production et auteurs, nous pouvons obtenir des résultats que nous imaginions, jusqu'à récemment, relégués à un âge d'or que nous pensions lointain.

EN: Comment expliquez-vous que, malgré sa diversité, le cinéma italien soit si peu présent dans les salles françaises?

FGV: Le système français est extrêmement vertueux et complexe, la question est donc difficile. Je me dis qu'il est peut-être temps d'aller au-delà de l'étiquette  "film italien" pour promouvoir l'œuvre en tant qu'excellent film d'envergure européenne et internationale, dont la qualité peut faire la différence, pas nécessairement la nationalité.

EN: Quels films ou cinéastes italiens faut-il absolument découvrir cette année à Annecy ?

FGV: Dans la compétition, il y a des réalisateurs qui représentent  l'avenir de notre cinéma. Giovanni Cioni est aussi un réalisateur de documentaires d'exception dont les œuvres sont présentes ici pour la première fois. Je trouve aussi la carrière de Matteo Rovere très intéressante. En tant que producteur et réalisateur, Rovere repense avec courage et intérêt une idée et une pratique du cinéma populaire qui n'est pas nécessairement liée à la comédie.