Cabourg 2019 : un palmarès dominé par l’amour

Posté par kristofy, le 17 juin 2019

Le 33ème Festival du film de Cabourg et ses journées romantiques s'est déroulé du 12 au 16 juin avec une programmation très dense de près de 50 films.

Le soleil et le public étaientt au rendez-vous. Certains films déjà passés par Cannes ont rapidement susciter des séances complètes comme Chambre 212 de Christophe Honoré, Matthias et Maxime de Xaxier Dolan, Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, Perdrix de Erwan Le Duc venu accompagné de Swan Arlaud, Maud Wyler et Nicolas Maury, et en clôture La belle époque en présence de Nicolas Bedos et Doria Tillier.

A noter aussi une belle présence des films d'animation avec quatre titres dont J'ai perdu mon corps en présence de l'auteur de l'histoire Guillaume Laurant (tandis qu'en parallèle le réalisateur Jérémy Clapin recevait 2 prix au Festival de Annecy).

Le Grand Jury était présidé par Sandrine Bonnaire avec autour d'elle Lou De Laâge, Laetitia Dosch, Alice Pol, Naidra Ayadi, Vincent Perez, Eric Demarsan, Oury Milshtein et Danièle Thompson. Pour la compétition internationale, il y avait 7 films venant de Finlande, Thaïlande, Mexique, Royaume-Uni, Argentine, France; dont 4 étaient réalisés par des femmes.

Les festivaliers ont de leur coté voté pour un Prix du Public dans un panorama de 18 film: plusieurs ont été particulièrement plus appréciés que les autres et c'est un des favoris qui a reçu le plus de vote : Yesterday de Danny Boyle (et Richard Curtis) avec sa comédie romantique sur fond de chansons des Beatles.

Pour les huit courts-métrages à départager, Rebecca Zlotowski en tant que présidente, avec Lola Le Lann, Shaïn Boumedine, Noée Abita, Jules Benchetrit, Santiago Amigorena, Rahmatou Keïta étaient décisionnaires.

Le Swan d'or qui récompense le meilleur du cinéma français romantique de ces derniers mois ainsi que ses découvertes a cette année particulièrement mis en avant C’est ça l’amour avec quatre prix : meilleure réalisatrice pour Claire Burger, meilleur acteur pour Bouli Lanners, et Prix du Premier Rendez-vous pour à la fois les deux actrices Sarah Henochsberg et Justine Lacroix. Un razzia méritée qui surclasserait presque le Swann d'or pour Mon inconnue.

Plus globalement les Swann d'or font consensus en récompensant des films et des comédiens qui ont marqué ces derniers mois. On note surtout que les films primés sont tous des romances compliquées ou contrariées, où l'amour domine, in fine, manigances, idéologies ou ambitions. Comme s'il n'y avait que cela qui restait: le coup de cœur, malgré les fêlures.

Tarde Para Morir JovenLe palmarès :

- Grand Prix du Jury : Tarde Para Morir Joven, de Dominga Sotomayor (Chili), Léopard de la meilleure réalisation à Locarno
- Prix de la Jeunesse : Aurora, de Miia Tervo (Finlande)
Mention Spéciale du Jury Jeunesse : Manta Ray,
de Phuttiphong Aroonpheng (Thaïlande, sortie le 24 juillet)
- Prix du public : Yesterday, de Danny Boyle (sortie le 3 juillet)

- Meilleur court-métrage : Sous l’écorce de Ève-Chems de Brouwer
Mention Spéciale du Jury Court-Métrage : Elle s’appelait Baby de Mélanie Laleu et Baptiste Gourden
- Meilleure actrice court-métrage : Zoé Héran dans Max de Florence Hugues
- Meilleur acteur court-métrage : Paul Nouhet dans Les Méduses de Gouville de lui-même Paul Nouhet

- Swann d’Or du meilleur film : Mon Inconnue, de Hugo Gélin
- Swann d’Or de la meilleure réalisation : Claire Burger, réalisatrice de C’est ça l’amour
- Swann d’Or du scénario adapté d'une oeuvre littéraire : Mademoiselle de Joncquières, de Emmanuel Mouret
- Swann d’Or de la meilleure actrice : Juliette Binoche dans Celle que vous croyez de Safy Nebbou
- Swann d’Or du meilleur acteur : Bouli Lanners dans C’est ça l’amour de Claire Burger
- Swann d’Or de la révélation féminine : Nora Hamzawi dans Doubles vies d’Olivier Assayas
- Swann d’Or de la révélation masculine : Karim Leklou dans Le Monde est à toi de Romain Gavras
- Swann d’Or du meilleur premier film, ex-aequo : L’amour flou de Romane Bohringer & Philippe Rebbot et Tout ce qu’il me reste de la révolution de Judith Davis.

Par ailleurs les Prix Premiers Rendez-Vous qui récompensent les débuts à l’écran d’une actrice et d’un acteur dans un  premier grand rôle ont été donné à Tom Mercier dans Synonymes (Ours d'or à Berlin) et à Sarah Henochsberg et Justine Lacroix dans C’est ça l’amour de Claire Burger.

Venise 2019: Un Lion d’or d’honneur pour Pedro Almodovar

Posté par vincy, le 14 juin 2019

Le cinéaste espagnol Pedro Almodovar va recevoir un Lion d'or d'honneur au 76e Festival du film de Venise (28 août-7 septembre). Cette récompense couronnera l'ensemble de sa carrière. Don Pedro s'est dit à la fois excité et honoré de ce "don". Il se souvient d'avoir fait ses débuts internationaux à la Mostra en 1983 avec Dans les ténèbres. "C'était la première fois qu'un de mes films sortait d'Espagne" explique-t-il. Il est revenu sur le Lido avec son premier grand succès international, Femmes au bord de la crise de nerfs en 1988, qui avait remporté le Prix du meilleur scénario, sa première récompense. "Ce Lion va devenir mon animal domestique, à côtés des deux chats qui m'accompagnent" ajoute le maître espagnol.

Inutile de signaler que Pedro Almodovar est l'un des réalisateurs les plus réputés dans le monde. Parle avec elle lui a valu un Oscar du meilleur scénario (en plus d'une nomination à titre de meilleur réalisateur), Tout sur ma mère a été choisi pour l'Oscar du meilleur film en langue étrang§re. Il a reçu 4 Baftas, un Teddy Award à Berlin, un prix du scénario et un autre de la mise en scène à Cannes (en plus de prix d'interprétation pour les actrices de Volver et pour Antonio Banderas dans Douleur et Gloire), 4 César, 7 European Film Awards, et de nombreux Goyas dans son pays: meilleur film et meilleur scénario original pour Femmes au bord de la crise de nerfs, meilleur film et meilleur réalisateur pour Tout sur ma mère, meilleur film et du meilleur réalisateur pour Volver... Il a également été sacré par un Prix Lumière du Festival éponyme de Lyon il y a 5 ans.

Depuis 40 ans, Pedro Almodovar n'est pas seulement le "cinéaste qui nous a offert les portraits les plus variés, les plus controversés et les plus provocants de l’Espagne post-franquiste" comme l'explique le Festival de Venise, ni "seulement le réalisateur espagnol le plus important et le plus influent depuis Buñuel". "Almodóvar excelle avant tout dans la peinture de portraits féminins d'une originalité incroyable, grâce à une empathie exceptionnelle qui lui permet de représenter leur puissance, leur richesse émotionnelle et leurs faiblesses inévitables avec une authenticité rare et touchante" s'enthousiasme la Mostra.

"Les thèmes de la transgression, du désir et de l’identité sont le terrain de prédilection de ses films, qu’il imprègne d’un humour corrosif et orne d’une splendeur visuelle qui confère un éclat inhabituel au camp esthétique et au pop art auxquels il fait explicitement référence. Le chagrin d'amour, le chagrin d'abandon, les contradictions du désir et les déchirures de la dépression convergent dans des films qui chevauchent le mélodrame et sa parodie, atteignant des pics d'authenticité émotionnelle qui rachètent tout excès formel potentiel" a déclaré Alberto Barbera.

Le Très court international Festival est de retour !

Posté par MpM, le 7 juin 2019

Vous ne pourrez pas dire que vous n'avez pas le temps pour le Très court international Festival puisque sa particularité est de présenter des films d'une durée inférieure à 4 minutes !

La manifestation, qui met à l'honneur depuis plus de vingt ans ce format "qui va droit au but", se déroule cette année simultanément dans 15 villes en France (Cluny, Paimpol, Fort-de-France...) et 65 dans le monde (Montréal, Santiago, Shanghai, Ankara, Mumbai...).

En tout, une centaine d’œuvres sont sélectionnées, réparties en deux compétitions (internationale et "paroles de femmes") et trois sélections thématiques (familiale, "Trash 'n' Glam" et française).

C'est le réalisateur Michel Hazanavicius qui présidera le jury composé de la comédienne Alice David, le producteur Justin Pechberty, la cheffe décoratrice Anne Seibel, le compositeur Mathieu Lamboley, la directrice de rédaction du magazine Causette Isabelle Motrot et les journalistes Estelle Martin et Louis Haeffner.

Par ailleurs, une 3e compétition est créée cette année avec le soutien du CNC : le Défi 48h qui invite les réalisateurs à "brandir leur caméra en faveur de la planète", le tout en 48h chrono, du vendredi 7 juin 19h au dimanche 9 juin à la même heure.

A noter que le Très court international festival sera de passage à Paris les 15 et 16 juin, au Forum des images.

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Très court international festival, 21e édition
Du 7 au 16 juin, partout dans le monde
Infos et programme sur le site de la manifestation

Cabourg 2019 : Boyle, Sciamma, Dolan, Honoré parmi les avant-premières

Posté par kristofy, le 4 juin 2019

Le Festival du film de Cabourg se prépare pour sa 33ème édition, du 12 au 16 juin: un rendez-vous romantique singulier et convivial qui sera encore très pluriel. Au menu, il y aura une multitude de films en avant-première (et la possibilité de voter pour celui qui aura le Prix du Public); à l'issue des projections, on pourra picorer parmi des rencontres avec les équipes de films, des titres de la sélection "Par Amour de la Musique" ou même un succès de l'année dans un transat sur la plage...

Sur la fameuse promenade Marcel Proust de Cabourg et dans les salles, les différents membres de jury vont se croiser. Cette année le Grand Jury retrouve Sandrine Bonnaire comme présidente, accompagnée de Lou De Laâge, Laetitia Dosch, Alice Pol, Naidra Ayadi, Vincent Perez, Eric Demarsan, Oury Milshtein et Danièle Thompson. Pour le Jury Courts-métrages la présidente est Rebecca Zlotowski, entourée de Lola Le Lann, Shaïn Boumedine, Noée Abita, Jules Benchetrit, Santiago Amigorena, Rahmatou Keïta; tandis que le Jury Jeunesse sera encadré par Mathilda May et Sébastien Marnier.

Cabourg sera le lieu de multiples avant-premières, dont certaines très attendues : Yesterday de Danny Boyle, So long my son de Wang Xiaoshuai, Vita et Virginia avec Gemma Arterton et Elizabeth Debicki, Je promets d'être sage avec Léa Drucker et Pio Marmaï, L'homme qui venait de la mer de Kôji Fukada... A cela s'ajoute un air de Cannes avant leurs sorties en salles avec Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma (prix du scénario et Queer Palm à Cannes) de Céline Sciamma, Chambre 212 de Christophe Honoré (prix d'interprétation Un certain regard à Cannes), Matthias et Maxime de Xaxier Dolan, Perdrix de Erwan Le Duc, Yves de Benoit Forgeard, La femme de mon frère, des films d'animation avec J'ai perdu mon corps (Grand prix de la Semaine de la critique) et Les hirondelles de Kaboul, et pour la clôture La belle époque de Nicolas Bedos.

La compétition pointue va faire découvrir des films en provenance de France, Finlande, Thaïlande, Mexique, Royaume-Uni, Argentine.

- Vif-argent de Stéphane Batut
- Tarde Para Morir Joven de Dominga Sotomayor
- Only You de Harry Wotlif
- Manta Ray de Phuttiphong Aroonpheng
- Luciernagas de Bani Khoshnoudi
- Aurora de Miia Tervo
- Benjamin de Simon Amstell

Le Festival rayonnera sur la Côte Fleurie de Normandie puisque les projections se déroulent à Cabourg mais aussi à Dives-sur-mer et à Houlgate.

« Cabourg est un vrai lieu de cinéphilie à l'ancienne où on discute directement avec les réalisateurs, les acteurs, les compositeurs. Cette dimension humaine de la rencontre avec les créateurs est très appréciée par les équipes de films qui y viennent ou y reviennent, et par le public. » Cabourg sera encore synonyme de glamour et de découvertes où sont attendus Juliette Binoche, Nicolas Bedos et Doria Tillier, Hugo Gélin, Romane Bohringer et Philippe Rebbot, Nora Hamzawi, Maud Wyler, Judith Davis, Swann Arlaud, Phénix Brossard, Jean-Benoît Dunckel, Bertrand Burgalat...

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33e Festival de Cabourg
Du 12 au 16 juin.
Renseignements sur le site de la manifestation

Cannes 2019 : Le politique et l’absurde s’invitent à la Quinzaine des réalisateurs

Posté par wyzman, le 29 mai 2019

Egalement appelée « la Quinzaine », cette section parallèle du Festival de Cannes créée par la Société des réalisateurs de films a véritablement brillé cette année. Après le traditionnel magnéto sur les réalisateurs qui ont été découverts à la Quinzaine (George Lucas, Ken Loach, Spike Lee, Céline Sciamma, Xavier Dolan), les festivaliers ont cette année pu découvrir les nouvelles réalisations de Bertrand Bonello, Quentin Dupieux, Takashi Miike ou encore Rebecca Zlotowski. Incroyablement riche durant les premiers jours du Festival, la Quinzaine faisait la part belle aux films politiques et aux comédies absurdes cette année.

Le politique entre en jeu

Premier constat de taille, les films de la Quinzaine se font de plus en souvent le reflet de la société dans laquelle nous évoluons. Voilà pourquoi les projets ambitieux et qui dénoncent des vérités ce sont faits récurrents dans la sélection de cette année. Cela commence avec Alice et le Maire, la nouvelle comédie politique de Nicolas Pariser qui suit les mésaventures du maire PS de Lyon. Après avoir montré de quel bois il se chauffait avec Le Grand Jeu, le cinéaste utilise un ton plus léger pour dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas : le Parti socialiste français est mort par manque d’ambition.

L’accession au pouvoir d’Emmanuel Macron a complètement bouleversé le paysage politique français et ce n’est pas On va tout péter de Lech Kowalski qui nous prouvera le contraire. Le film qui retrace la lutte pour leurs emplois d’ouvriers d’une usine GM&S met l’accent sur les promesses non tenues de l’actuel Président et les tensions qui règnent entre la population et les forces de l’ordre. Par le biais de son héros conducteur de minibus pour personnes handicapées, Give Me Liberty de Kirill Mikhanovsky prend le temps de montrer toutes les minorités que le gouvernement américain rechigne à épauler, financièrement et psychologiquement. Avec Oleg, Juri Kursietis pose un regard particulièrement dur sur les réseaux qui exploitent la misère et la détresse des migrants européens. Une oeuvre majeure de la Quinzaine qui pousse le spectateur à s’interroger sur la manière dont il perçoit les étrangers qui l’entourent.

De son côté, Halte rassure avec son univers dystopique et apocalyptique. Si l’on en croit Lav Diaz, le pire peut encore être évité à condition que populations et politiques prennent conscience dès maintenant de leurs responsabilités. Qu’il s’agisse de l’environnement, du partage des richesses ou de la sécurité, de vrais débats doivent avoir lieu. Car ce sont ces mêmes débats qui viennent bouleverser le quotidien des héros de The Orphanage, le musical historique qui montre comment l’Afghanistan est devenu un état islamique dans la violence.

La relève de la comédie absurde

Dans un ton plus léger, on notera que les cinéastes français ont repris le pouvoir à la Quinzaine en faisant rire le public. Si les années précédentes ont été marquées par Un beau soleil intérieur de Claire Denis, En liberté ! De Pierre Salvadori et Le Monde est à toi de Romain Gavras, le cru 2019 est loin d’avoir démérité. Projeté en ouverture, Le Daim de Quentin Dupieux n’a laissé personne indifférent. Porté par le duo Jean Dujardin-Adèle Haenel, le film qui raconte le grand projet qu’un homme de 44 ans a avec sa blouson 100% daim a fait mourir de rire les spectateurs. Dialogues proches du ridicule et twist de haute volée ont fait de ce film un incontournable.

A l’instar d’Yves de Benoit Forgeard ! Le film qui traite de la complicité entre un rappeur raté et un réfrigérateur intelligent a marqué les esprits par ses productions musicales et les réparties hilarantes dudit réfrigérateur. Malgré un scénario en creux, le film est assuré de faire un carton au box-office. Ce que l’on souhaite également à Perdrix. Le film d’Erwan Le Duc joue avec des situations absurdes (mais comiques) pour démontrer qu’il n’y a pas d’âge pour tomber amoureux et être heureux. Bien moins réussi, Por El Dinero d’Alejo Moguillansky aussi enchaîne les situations cocasses et frôle le ridicule de très près. Tour à tour, ces films ont permis aux festivaliers de s’évader et de rire entre deux drames.

Des femmes fortes en formation

Ne pas évoquer les femmes de la Quinzaine serait une grave erreur. Moins manipulatrices que les hommes des films sélectionnés cette année, elles ont réussi à reprendre le pouvoir de manière bien plus subtile. Dans Zombi Child de Bertrand Bonello et de Sick, Sick, Sick d’Alice Furtado, des adolescentes en proie à un chagrin amoureux se tournent vers le vaudou haïtien. Preuve s’il en fallait une que les héroïnes d’aujourd’hui n’ont peur de rien et sont prêtes à tout pour ceux qu’elles aiment. Qu’elles soient issues de bonne famille ou particulièrement introverties, ces femmes ont beaucoup de caractère et ne sont pas les seules.

Dans Une Fille facile, Rebecca Zlotowski propose une confrontation culturelle très attendue dans laquelle l’ancienne escort-girl Zahia Dehar dévoile les codes de la séduction à sa cousine fictive incarnée par la débutante Mina Farid. Entre révélations et manipulations, les deux femmes tentent de garder la tête hors de l’eau. Un peu comme Mona, la dominatrice SM de Dogs Don’t Wear Pants. Le film de J.-P. Valkeapää qui s’intéresse au deuil particulièrement morbide d’un cardiologue a permis une révélation, celle de l’actrice Krista Kosonen.

Enfin, dans un autre registre, Andreas Horvath modernise le mythe de la femme aventurière avec Lillian. Son presque-biopic d’une femme qui décide de traverser les Etats-Unis pour rentrer en Russie est un vrai mélange de road movie et de survival movie. Enfin, impossible de mentionner The Staggering Girl. L'oeuvre la moins aboutie de Luca Guadagnino nous offre à voir une Julianne Moore en proie à des souvenirs particulièrement porteurs de sens qui la mènent jusqu'à la résidence familiale en Italie. Un film énigmatique signé Valentino.

[Notre palmarès] Cannes 2019: Pedro Almodovar, Elia Suleiman, ou Bong Joon-ho pour la Palme?

Posté par redaction, le 25 mai 2019

Difficile de deviner ce que le jury cannois décidera pour ce soir. La compétition était d'un très haut niveau. Au point qu'il est difficile de faire notre traditionnel anti-palmarès. Selon nous, seuls trois ou quatre films ne mériteraient pas les honneurs d'être présents ce soir. Pour le reste, on trouve des grandes qualités à chacun. On prédit ainsi un arrachage de cheveux sur le prix de la mise en scène. Tout comme certains films pourraient truster plusieurs catégories.

Quant à la Palme, selon les étoiles de la presse française et étrangère, cela se jouerait entre quatre ou cinq films, avec Douleur et Gloire de Pedro Almodovar et Parasite de Bong Joon-ho en tête des favoris, sans oublier l'excellent It Must be Heaven d'Elia Suleiman qui pourrait créer la surprise.

Au jury - si éclectique dans ses goûts - de savoir quelle tonalité donner à ce palmarès avec une sélection si relevée: engagement politique, vision cinématographique, adhésion à un cinéma populaire intelligent ou au contraire défense d'un cinéma plus radical, loin des conventions. La facilité ou l'audace. Ou un mix des deux. C'est tout le problème des grands années... Il y aura forcément des déceptions. Réponse ce soir, avec sur scène Catherine Deneuve, Sylvester Stallone, Michael Moore, Zhang Ziyi, Valeria Bruni Tedeschi, Gael Garcia Bernal, Reda Kateb et Viggo Mortensen.

MPM

Palme d'or - It Must Be heaven d'Elia Suleiman
Grand Prix du jury - Parasite de Bong Joon-ho
Mise en scène - Terrence Malick (Une vie cachée)
Actrice - Emily Beecham (Little Joe)
Acteur - Leonardo DiCaprio et Brad Pitt (Once Upon a Time in Hollywood)
Scénario - Giordano Gederlini, Ladj Ly, Alexis Manenti pour Les Misérables
Prix du jury - Atlantique de Mati Diop
Caméra d'or : J'ai perdu mon corps de Jeremy Clapin
Palme d'or du court-métrage: L'heure de l'ours d'Agnès Patron

Vincy

Palme d'or - Douleur et gloire de Pedro Almodovar
Grand Prix du jury - Parasite de Bong Joon-ho
Mise en scène - Diao Yinan (Le lac des oies sauvages)
Actrice - Noémie Merlant et Adèle Haenel (Portrait de la jeune fille en feu)
Acteur - Pierfrancesco Favino (Le traître)
Scénario - Elia Suleiman pour It Must Be heaven
Prix du jury ex-aequo - Bacurau de Kleber Mendonça Filho et Julian Dornelles et Une vie cachée de Terrence Malick
Caméra d'or - Les Misérables de Ladj Ly

Cannes 2019: Parasite récolte le 1er prix des cinémas art et essai

Posté par vincy, le 25 mai 2019

Un des coups de cœur de la presse cannoise a été distingué par le jury composé d'exploitants de la Confédération internationale des cinémas d'art et essai (Cicae). Ce nouveau prix récompense un des 39 films de la sélection officielle.

Créé par l’Afcae (Association française des cinémas d'art et essai) et la Cicae (Confédération internationale des cinémas d'art et d'essai), ce prix engagera les salles art et essai à programmer le film lauréat. Le jury est composé uniquement d'exploitants.

Parasite (Gisaengchung) de Bong Joon Ho, qui sortira le 5 juin, distribué par The Jokers, a reçu le 1er Prix des cinémas art et essai.

Mais le jury a aussi tenu à donner une Mention spéciale au premier film de Ladj Ly, Les misérables, favori pour la Caméra d'or. Le film sera dans les salles cet automne, distribué par Pyramide.

Cannes 2019: L’Oeil d’or pour deux films de la sélection officielle

Posté par vincy, le 25 mai 2019

Le jury de L’Œil d'or, le prix qui récompense les documentaires présentés dans toutes les sélections cannoises, et cette année, présidé par la réalisatrice Yolande Zauberman a récompensé deux films des séances spéciales de la sélection officielle. Deux documentaires qui couvrent un spectre très large de leur genre.

For Sama de Waad al-Khateab et Edward Watts raconte le parcours Waad al-Kateab, simple étudiante d'Alep en Syrie, au début de la guerre en 2012. Quatre ans plus tard, elle fait partie des derniers survivants avant que la ville ne tombe aux mains des forces de Bachar al-Assad en décembre 2016. A ce moment précis, elle est mariée, maman d'une petite fille et enceinte d'un second enfant. Elle est connue sur Internet pour ses reportages déchirants sur la situation en Syrie. Il s'agit d'une lettre d'amour à sa fille, née en janvier 2016, et retraçant l'année la plus noire et meurtrière du conflit.

La Cordillère des songes (La Cordillera de los sueños) de Patricio Guzmán sortira le 30 octobre chez Pyramide. Le cinéaste, déjà primé dans les plus grands festivals, filme les Andes. Cette cordillère est partout mais pour les Chiliens, c’est une terre inconnue. Il a voulu en dévoiler les mystères, révélateurs puissants de l'histoire passée et récente du Chili.

Le jury de l'Œil d'or était composé de Romane Bohringer, Eric Caravaca, Ross McElwee et Ivan Giroud.

La présidente de la Scam et créatrice du prix, Julie Bertuccelli, a précisé que les lauréats de l'Œil d'or seraient désormais automatiquement admis à concourir à l'Oscar du meilleur documentaire.

Crise à Téléfilm Canada: le cinéma québécois dans la tempête

Posté par vincy, le 22 mai 2019

Deux films canadiens sont en sélection officielle à Cannes cette année: Monia Chokri avec La femme de mon frère qui ouvrait Un certain regard et Xavier Dolan, avec Matthias et Maxime.

Licenciements sans justification: la mèche est allumée

Pourtant le 7 mai, une lettre envoyée G. Grant Machum, président par intérim du conseil d'administration de Téléfilm, rappelait: "Quelle ironie d'ailleurs que de penser que les représentants de Téléfilm Canada monteront bientôt les marches du Palais des Festivals à Cannes pour y découvrir Matthias et Maxime de Xavier Dolan, un film qui n'aurait pas vu le jour si l'équipe dirigée par Monsieur Michel Pradier [directeur du financement, ndlr] et de Madame Roxanne Girard [directrice des relations d’affaires et de la coproduction, ndlr]  n'avaient pas donné son aval au projet pour un financement anticipé sur l'année fiscale 2019-2020". Pradier et Girard sont deux des trois directeurs, avec Denis Pion, directeur de l’équipe information, performance et risque, de Téléfilm Canada récemment congédiés, sans justification.

Depuis quelques semaines, c'est la crise dans l'institution canadienne depuis ces licenciements alors que les problèmes de financement du volet francophone sont au cœur des préoccupations de la profession puisque l'édition 2019-2020 est compromise. Trop de fonds ont été exploités dans cette enveloppe pour finir l’exercice 2018-2019: autrement dit les caisses sont déjà vides pour le cinéma francophone. Michel Pradier avait annoncé le 17 avril dernier l’absence de fonds supplémentaires alloués cette année aux films francophones, sauf si on redistribuait l'argent en ponctionnant dans divers programmes de Téléfilm.

Une directrice qui n'a plus la confiance de la profession: le feu se propage

En congédiant ces trois personnalités estimées des producteurs, le signal envoyé a semé un vent de panique. La nouvelle directrice générale de Téléfilm, l’Ontarienne (province anglophone) Christa Dickenson, n'est à son poste que depuis un an. Les Québécois se sentent maltraités puisque depuis quelques temps, les aides de Téléfilm Canada sont réparties deux tiers-un tiers au profit des productions de langue anglaise, au lieu de moitié-moitié.

En quelques semaines, Christa Dickinson s'est vue complètement discréditée par la profession qui l'accuse de vouloir saboter le cinéma québécois.

"C’est non seulement la tête dirigeante de Téléfilm qui est décapitée, mais également sa mission et sa raison d’être qui sont mises en danger", affirment différentes associations : l’Alliance québécoise des techniciens et techniciennes de l’image et du son (AQTIS), l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM), l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ), Québec Cinéma, le Regroupement des distributeurs indépendants de films du Québec (RDIFQ), le Regroupement des producteurs indépendants de cinéma du Québec (RPICQ), la Société des auteurs de radio, télévision et cinéma (SARTEC), la Table de concertation de l’industrie du cinéma et de la télévision de la Capitale-Nationale, et l’Union des artistes (UDA).

Du côté de Téléfilm Canada, on assure qu'il est nécessaire d'opérer des changements dans le contexte actuel, en plein bouleversement. Mais le cinéma québécois est très dépendant des fonds de Téléfilm Canada et des aides de la Sodec. Le risque est devoir d'ici un à deux ans une chute de la production, et des emplois, au Québec. C'est un enjeu économique, culturel, et aussi linguistique puisque cela permet de défendre la langue française dans un marché dominé par les productions américaines.

Un ministre qui fait le pompier: la maison brûle

Les producteurs québécois avaient déjà interpellé cet hiver le ministre canadien du Patrimoine, Pablo Rodriguez, parce que plusieurs productions sont menacées faute de subventions. Outre le micmac politique, Odile Tremblay, du Devoir, pointait le mauvais timing de ce "remue-ménage", juste avant le Festival de Cannes (et le marché du film), essentiel pour lancer les projets de coproductions.

C'est d'ailleurs Pablo Rodriguez qui a réagit juste avant le Festival de Cannes en annonçant une aide exceptionnelle de 7,5 millions de dollars canadiens pour Téléfilm Canada, "pour atténuer les défis liés à l’allocation des fonds destinés aux productions francophones par Téléfilm Canada en 2019-2020."

Selon lui, "ça règle l’ensemble des besoin". "Pour nous, il n’était pas question que de bons films ne soient pas réalisés. C’est pour ça que ce nouvel investissement sera disponible dès cette année pour appuyer directement les projets en français" précise le ministre. Ce financement s'ajoute aux 2,5 millions de dollars canadiens disponibles pour des longs métrages en attente de financement, soit un total de "10 millions de dollars canadiens disponibles pour appuyer des productions de langue française en 2019-2020."

Il en a aussi profité, pour acheter la paix, en nommant deux nouveaux membres au conseil d'administration. Robert Spickler comme président, et Karen Horcher comme membre.

Dimanche 2 juin (eh oui, c’est bien tard !), le Gala Québec Cinéma célébrera les films de 2018 avec ses récompenses. On imagine l'ambiance qu'il y aura puisque désormais les professionnels se situent entre colère et indignation, même si les récentes annonces devraient calmer le jeu.

Cannes 2019: la parité avance progressivement dans les festivals selon Delphyne Besse (collectif 50/50)

Posté par wyzman, le 20 mai 2019

Dimanche 19 mai, au 72e Festival de Cannes, a eu lieu la première édition de “Women on the Move” organisée par la Commission européenne.

Le collectif 50/50 y a présenté leur première évaluation de la charte en faveur de la parité et de l'inclusion dans les festivals de films ainsi que les prochaines étapes.

Le Festival de Cannes a été le premier festival à signer cette charte il y a un an en présence de la Commissaire Gabriel, chargée de l’économie et de la société numériques. Depuis 46 autres festivals l’ont signée, dont Rome, Venise, Annecy, Angers, Séries Mania, Les Arcs, Berlin, Londres, Namur, San Sebastian et Locarno.

À l’occasion de cette première édition, la Commission a aussi publié un guide sur les meilleures pratiques de l'industrie audiovisuelle visant à renforcer la parité – initiatives dont la charte fait partie.

Enfin, aux côtés du collectif 50/50, la Commission a annoncé le lancement de l'étude européenne sur les femmes critiques de cinéma, dont les résultats devraient être dévoilés l'année prochaine.

Delphyne Besse, cofondatrice de Collective 50/50, a excepté de réponde à nos questions.

Ecran Noir: Quelles mesures sont-elles envisageables pour augmenter le nombre de femmes aux postes-clés de festivals ?

Delphyne Besse: La Charte pour l’Egalité que nous avons fait signer à Cannes l’an dernier (aujourd’hui paraphée par une cinquantaine de manifestations) prévoit que les festivals s’engagent à atteindre la parité au sein de leurs comités de direction. Sans mettre d’échéance précise car nous voulons inciter et non contraindre, mais cela permet une prise de conscience progressive. Depuis l’an dernier le festival de Locarno a nommé une directrice artistique, Berlin a opté pour une co-direction, tout comme Toronto avec l’arrivée de Joana Vicente. Les choses avancent progressivement.

EN: Quels sont les ambitions ou les objectifs de 50/50 dans les mois où les années à venir ?

DB : Nous voulons continuer à agir comme nous l’avons fait jusqu’à maintenant, en posant des constats chiffrés à partir desquels nous tirons des analyses et proposons des mesures concrètes à mettre en place à court ou moyen terme. Nos chantiers prioritaires, outre l’étude critiques que nous avons lancée en partenariat avec MEDIA, sont de travailler sur la filière distribution et exploitation, et élargir notre combat pour la parité à l’inclusion au sens plus large, notamment à travers une réflexion sur les possibilités d’adaptation en France du modèle américain de l’inclusion rider.

EN: Comment expliquer et enrayer les disparités entre femmes et hommes critiques de cinéma ?

DB: Il faut inciter les rédactions des grands médias à faire de la place à de nouvelles voix, à s’interroger sur l’égalité au sein de leurs rédactions et à assigner les critiques de manière plus équitable.Les syndicats de critiques pourraient aussi s’intéresser au parcours qui mène à la profession, de façon à comprendre ce qui limite l’accès des femmes, peut être mener des actions de sensibilisation dans les filières journalistes et les écoles de cinéma. Et les festivals peuvent aussi jouer un rôle en facilitant l’accès à des journalistes sous-représentés. Les festivals de Sundance et Toronto ont déjà mis en place des initiatives similaires, en accréditant un ratio plus important de critiques issus de la diversité. Et comme l’a très justement souligné Brie Larson c’est une responsabilité qui incombe aussi aux attachés de presse, qui peuvent jouer un rôle proactif et s’engager.

EN: Y a-t-il une quelconque forme de progrès avec la sélection de cette année ?

DB: Nous nous réjouissons que la compétition comporte 4 films réalisés par des femmes (un record qui n’est pas inédit cependant) et aussi de la sélection du film de Ladj Ly qui œuvre depuis longtemps pour plus de diversité dans notre cinéma. Il y a encore beaucoup de chemin à faire mais la tendance est là et nous comptons bien continuer à agir pour accélérer la marche vers l'égalité partout où c’est possible.

EN: Une Palme d’or remise à une femme, est-ce un signe de progrès ?

DB: Pourquoi seulement une ? Il est grand temps que les réalisatrices entrent durablement dans l’histoire !