4 questions à Brian Selznick, auteur et scénariste du Musée des merveilles

Posté par vincy, le 15 novembre 2017

Présenté en compétition à Cannes, Le Musée des merveilles (Wonderstruck) est l'adaptation du roman jeunesse éponyme de Brian Selznick (paru chez Bayard jeunesse), l'auteur de Hugo Cabret.

Au sommet du Palais, sur la terrasse du Mouton-Cadet Wine Bar, sous un soleil tapant du mois de mai, nous avions rencontré l'auteur et scénariste du film. Car pour la première fois, il a écrit pour le cinéma. L'homme ne fait pas son âge, tout juste quinquagénaire, a le physique californien, la parole aisée, la séduction facile. Professionnel et sympathique, élégant et souriant, l'écrivain et primo-scénariste répond à nos questions.

Ecran Noir: quand avez-vous eu l'idée d'adapter votre roman Le musée des merveilles?
Brian Selznick: Après la cérémonie des Oscars de 2012, quand Hugo Cabret était nommé, Sandy Powell, la costumière de Hugo, est venue à San Diego, chez nous, et m’a fait rencontré le scénariste du film John Logan. Sandy travaille pour Martin Scorsese et pour Todd Haynes, c'est elle qui a fait les costumes de Carol. Ce soir-là, John Logan m'a lancé l'idée d'adapter mon livre, et il m'a d'ailleurs accompagné durant tout le processus. Quand j’ai revu Sandy Powell, elle était avec Todd Haynes. Ils étaient à Chicago, pour une exposition sur David Bowie. Todd y présentait son film Velvet Goldmine. Il a immédiatement connecté avec l'histoire. Ça lui parlait personnellement. Il a du coup annulé et retardé des projets sur lesquels il s’était engagé juste après Carol.

Ecran Noir: En tant qu'auteur et scénariste, avez-vous du faire des choix , des sacrifices?
Brian Selznick: C’est très fidèle au livre mais le producteur m’avait prévenu qu’à cause du budget, il fallait trouver des moyens pour contourner les problèmes. Un scénario doit avancer. Ainsi la semaine au musée, dans le livre, devient un seule nuit dans l’établissement, dans le film. La séquence où Rose donne la lettre à Ben, où elle lui raconte son histoire, aurait du être filmée avec des décors, des acteurs, comme une vraie longue séquence de flashbacks. Pour palier à ça, Todd Haynes a repris l’idée du Diorama, qui fait écho à Babydolls son premier film, avec des marionnettes qui résument les situations. Franchement, je trouve que c’est une idée brillante.

Ecran Noir: Entre Scorsese et Haynes, ce sont deux styles très opposés. Comment avez-vous perçu cette différence?
Brian Selznick: Martin Scorsese avait changé l’intention du livre Hugo Cabret, qui était un hommage au cinéma à travers un livre. Il en a fait un hommage au livre avec le cinéma. Il a juste utilisé mes dessins pour faire le storyboard. Sur ce film, je n’étais qu’observateur, un observateur privilégié. Tout y était à grande échelle. Un énorme studio réunissait chaque métier, qui disposait chacun de sa propre pièce. Il y avait un accessoiriste pour reproduire une boite d’allumettes française, une équipe de recherche, les costumiers, les décorateurs. Chez Todd Haynes, tout était sur un même étage avec un atelier de costumes qui se replissait chaque jour, les services de la production, le directeur artistique. Et cette fois-ci j’étais sur le tournage. Je pouvais m'impliquer davantage.

Ecran Noir: puisque nous sommes dans les différences, le film repose sur une différence majeure, que certains voient comme un handicap, la surdité. Pourquoi ce sujet?
Brian Selznick: Tout s’est déclenché quand j’ai vu un documentaire sur les malentendants, Through Deaf Eyes, diffusé sur PBS. C'est à partir de là que j'ai trouvé la matière de mon livre. Mais, concernant la surdité, vous avez raison : il faut parler de différence et pas de handicap. En tant qu’homosexuel, je me suis retrouvé dans leur situation. Comme quelqu’un qui veut être peintre dans une famille de médecin ou un Juif se marie avec une goy. Moi j’étais un enfant différent, dans une famille hétérosexuelle. J’ai découvert qu’il y avait d’autres gens comme moi quand je suis arrivé à New York, puis j’ai découvert la culture queer après la fac. Je ne savais pas que Boy George ou Village People étaient gays. J'étais comme un sourd au milieu de personnes entendantes. Chez les malentendants tout est visuel. Tous les messages passent par les yeux, y compris la langue des signes. Mais l’important c’est comment on vit en étant différent. Todd Haynes s’est toujours intéressé à ça. Certes, il est queer, mais ses films ne parlent pas que de ça. Il a cette sensibilité qui se traduit très bien, par exemple, quand il filme la rencontre de Ben et Jaimie. Il y a une connexion. Une amitié immédiate. Ils se reconnaissent. Et il sait filmer ça. Et puis, pour la partie muette, il y avait des acteurs sourds. C’était important de les intégrer à ce film. Au total, on parlait six langues sur le tournage : anglais, espagnole, langue écrite, langue des signes… C'est ce qui le rend universel, à mon avis.

Tom Tykwer présidera le jury de la Berlinale 2018

Posté par vincy, le 2 novembre 2017

Le réalisateur, scénariste, compositeur et producteur allemand Tom Tykwer présidera le jury du prochain Festival de Berlin. La 68e édition qui se déroulera du 15 au 25 février, a donc choisi un enfant du pays. C'est la première fois depuis Werner Herzog en 2010 qu'un Allemand hérite de ce poste.

"Tom Tykwer est l'un des réalisateurs allemands les plus en vue et s'est imposé sur la scène internationale comme un grand cinéaste. Son talent exceptionnel et sa marque innovatrice ont été démontrés dans une variété de genres cinématographiques", a déclaré Dieter Kosslick, le directeur du festival.

Tykwer, 52 ans, est un habitué de la Berlinale. Il y a présenté ix de ses films, dont le court métrage Epilog en 1992 dans la section Panorama. Il a également fait l'ouverture du Festival en 2002 avec Heaven et en 2009 avec L'enquête (The International). Le réalisateur s'est fait connaître internationalement avec Cours, Lola, cours en 1998, meilleur film étranger au Independent Spirit Awards et prix du public à Sundance, et a connu son plus gros succès avec Le Parfum, histoire d'un meurtrier en 2006. En 2012, il coréalise avec les Wachowski l'épopée Cloud Atlas. Son dernier long métrage, A Hologram for the King (réalisé en 2015 mais sorti en 2017), avec Tom Hanks, adaptation d'un best-seller éponyme, a été un fiasco aux USA et n'est jamais sorti en France. On lui doit aussi les films Maria la maléfique, Les rêveurs, La Princesse et le guerrier et Drei. Il a également participé à la série Sense8. Son prochain projet est d'ailleurs une série qu'il vient de tourner, Babylon Berlin.

C'est en tant que compositeur de la BOF de Cloud Atlas qu'il a été nommé aux Golden Globes en 2013. Il a récolté deux fois le prix du meilleur réalisateur aux German Film Awards (pour Cours Lola Cours et Drei) sur un total de 11 nominations tout au long de sa carrière

Festival de Varsovie, l’éclectisme cinématographique

Posté par redaction, le 30 octobre 2017


Le 33e Festival international du film de Varsovie, organisé du 13 au 22 octobre dans la capitale polonaise, était placé sous le signe de la diversité, en accueillant des longs-métrages et des cinéastes du monde entier. Le palmarès en est d’ailleurs l’illustration, les films récompensés provenant notamment de Chine, des Philippines, de Pologne, de Slovaquie, de Slovénie, de France, de Norvège, des Pays-Bas et des Etats-Unis.

Le jury de la compétition internationale, dans lequel figurait l’Israélien Eran Riklis (Les citronniers, La Fiancée syrienne), a attribué son Grand Prix à To kill a watermelon. Ce film chinois de Zehao Gao relate l’histoire d’un agriculteur prenant peu à peu conscience de la nécessité de se battre contre l’injustice du monde qui l’entoure. Le prix du meilleur réalisateur est revenu à la Française Joan Chemla, pour son premier long-métrage, Si tu voyais son cœur, qui sortira le 10 janvier sur les écrans français. Ce film dont l’action se situe à Marseille, dans la communauté gitane, bénéficie d’un joli casting avec Gabriel Garcia Bernal, Marine Vacth et Nahuel Pérez Biscayart, révélé dans 120 battements par minute, et actuellement à l'affiche d'Au revoir là-haut d'Albert Dupontel. La musique est signée Gabriel Yared.

Pour sa part, le jury de la FIPRESCI (Fédération internationale de la presse cinématographique) a décerné son prix à Nina du Slovaque Juraj Lehotský, un film poignant racontant l’histoire de Nina, une adolescente de 12 ans qui subit douloureusement les conséquences du divorce de ses parents. Grâce à la natation, la fillette réussit à s’échapper un peu de cette atmosphère familiale pesante. Elle n’a plus qu’une idée en tête : participer à une compétition à laquelle son entraîneur souhaite l’inscrire. Mais les relations tendues entre ses parents menacent de l’empêcher d’y participer, au risque de lui faire perdre cette bouée de sauvetage à laquelle elle s’accroche.

Les festivaliers ont eu la chance de bénéficier pendant toute la durée de la manifestation d’un temps clément, leur permettant aussi de découvrir Varsovie, appelée parfois « ville phénix » parce qu’elle a été presque totalement reconstruite après avoir été détruite à plus de 80% pendant la Seconde guerre mondiale. Couronné par la Palme d’or du festival de Cannes en 2002, Le pianiste de Roman Polanski, rappelle avec force cet épisode tragique de l’Histoire.

Aujourd’hui, cette ville d’1,8 million d’habitants qui a vu naître la physicienne et chimiste Marie Curie, et dans laquelle le compositeur et pianiste Frédéric Chopin a passé son enfance, est devenue un grand centre économique, financier, mais aussi culturel et artistique.

Les gratte-ciel côtoient des bâtiments massifs datant de l’ère soviétique, mais aussi des édifices construits aux XIVe et XVe siècle comme la cathédrale Saint Jean, de style gothique. Cette diversité architecturale se reflète dans l’éclectisme du Festival du film de Varsovie, qui propose chaque année des longs et courts-métrages de fiction, des documentaires, en présence de nombreux réalisateurs et acteurs qui répondent volontiers aux questions des cinéphiles.

Au total, plus d’une centaine de films ont ainsi été projetés pendant dix jours au public, venu en grand nombre pour découvrir une programmation très variée. Outre le film de Joan Chemla, plusieurs longs-métrages français ont été présentés, dont La vie de château de Modi Barry et Cédric Ido, Djam de Tony Gatlif, ou encore Ava de Léa Mysius.

A Varsovie, Pierre-Yves Roger

Mon premier festival 2017 – Anaïs Demoustier : « la passion se partage ! »

Posté par MpM, le 26 octobre 2017

Rendez-vous incontournable des vacances de la Toussaint pour les jeunes Parisiens et Franciliens, Mon Premier festival s'est ouvert mercredi 25 octobre avec le film La mélodie de Rachid Hami qui réunit notamment Kad Merad et Samir Guesmi. La marraine de cette 13e édition, la comédienne Anaïs Demoustier, était également présente pour souhaiter la bienvenue aux jeunes cinéphiles.

Prenant son rôle très à cœur, la jeune femme présentera deux de ses films pendant le festival (Les malheurs de Sophie de Christophe Honoré et La jeune fille sans mains de Sébastien Laudenbach) et a également proposé deux coups de coeur : U de Grégoire Solotareff et Serge Elissalde et Lou et l'île aux sirènes de Masaaki Yuasa. Rencontre.

Ecran Noir : Qu'est-ce que cela représente pour vous d'être la marraine de Mon premier festival ?

Anaïs Demoustier : C'était vraiment une surprise parce je ne connaissais pas ce festival. Je l'ai découvert quand on m'a proposé d'être marraine, et j'ai accepté tout de suite. J'étais très contente de soutenir un festival comme celui-là qui est vraiment joyeux, vraiment ludique, tourné vers les enfants. J'ai fait beaucoup de festivals comme actrice en tant que jurée, en tant que spectatrice, pour aller présenter des films, et j'avais jamais été marraine. Je trouve ça super que tout soit organisé comme pour les adultes, avec un vrai jury, des avant-premières... et aussi qu'il y ait des rencontres avec un chef déco, une monteuse. Qu'il puisse y avoir un dialogue avec des gens qui travaillent dans le cinéma. Je trouve ça très complet et vraiment enthousiasmant. Par ailleurs, je me disais que l'idée de la salle, c'est quelque chose d'important pour moi. Je vois bien que les enfants regardent des films un peu partout, sur des téléphones ou des tablettes, et que le plaisir et la magie de partager un film, c'est quand même précieux. Le festival, c'est l'occasion de ça.

EN : Et vous, êtes-vous plutôt cinéphile ?

AD : J'aime beaucoup le cinéma. Il y a eu un moment où j'y allais beaucoup et c'est vrai que comme je travaille beaucoup, j'ai moins le temps. Mais si j'avais le temps, j'irais beaucoup plus que ça. Et j'ai une cinéphilie un peu bizarre, pas du tout bloquée dans un genre. Justement, on parle d'un festival pour enfants, je trouve que c'est aussi la question de la transmission, ce qu'on transmet aux enfants, comment on les éduque au cinéma, et moi j'ai pas du tout eu ça. Ca s'est fait un peu n'importe comment. Mes parents n'étaient pas très cinéphiles. J'avais un frère qui aimait bien le cinéma et qui m'a montré des choses, et après ça s'est fait au gré des découvertes. J'ai une cinéphilie très large. J'aime bien le cinéma français. Souvent c'est les acteurs qui me font aller voir les films. Parfois un réalisateur, bien sûr. Par contre, je ne suis pas du tout une "mangeuse" de films sur DVD ou VOD. C'est malheureux, mais si je ne vais pas au cinéma, je ne vois pas de films. Il faut que j'aille au cinéma.

EN : Quel souvenir avez-vous du premier contact avec le cinéma ?

AD : En salles, j'ai peu de souvenirs. J'ai plutôt des souvenirs de cassettes vidéo. Là, je me souviens avoir beaucoup regardé Sissi. Avec ma sœur, on regardait tout le temps Sissi, Peau d'âne, Fantomas, l'As des As... Après, dans une salle de cinéma, je me souviens d'avoir vu Astérix, mais le Astérix d'Alain Chabat [NDLR : en 2002], donc j'étais pas si jeune que ça. Et Titanic aussi. Je me souviens l'avoir vu dans une salle de cinéma au sport d'hiver, et l'endroit était hyper chaleureux. Je me souviens de l'ambiance de cette salle.

EN : Et est-ce justement en voyant des films que vous avez eu envie de passer de l'autre côté ?

AD : Oui, il y a eu un moment où ça s'est un peu déclenché, c'est quand j'ai vu des films avec une actrice qui avait à peu près mon âge. C'était L'effrontée et La Petite voleuse, les deux films de Claude Miller avec Charlotte Gainsbourg, et je me souviens que ça avait fait un petit déclic en moi. Je m'étais dit : "tiens, ça pourrait être moi". J'avais envie de rentrer dans la télé et de jouer avec elle. Je me disais : "ça a l'air agréable, elle a l'air de s'amuser". Je sentais que c'était un espace de liberté, d'expression.

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Happy Together au Festival Lumière 2017

Posté par Morgane, le 24 octobre 2017

9 jours de festival, de rencontres, de masterclass, de découvertes et redécouvertes… 9 jours pour 397 séances, 177 films et 60 lieux et 700 bénévoles… 9 jours d’amour du cinéma pour cette 9ème édition du Festival Lumière… 9 jours qui comme chaque année se terminent là où ils ont commencé une semaine auparavant, à la Halle Tony Garnier. "Le festival Lumière a compté 171 000 festivaliers cette année, soit une augmentation de 7% et un taux de remplissage des séances de 92 %" indique le communiqué-bilan. Et ajoute: "Le Marché du film classique est également en hausse cette année de 15 % avec 350 professionnels et 21 pays représentés."

Les spectateurs ont donc été une fois encore au rendez-vous, professionnel-le-s du 7ème Art aussi. Wong Kar-wai et sa femme arrivent très décontractés, jean pour tous les deux, casquette noire et indétrônables lunettes de soleil pour lui (quelqu’un aura-t-il vu ses yeux durant ces quelques jours à Lyon? Pas sûr…)

Des prix

Thierry Frémaux prend le micro pour la dernière fois de ce festival. Il parle des divers prix remis durant cette semaine, car outre le Prix Lumière, quatre autres ont été décernés.
- Prix Fabienne Vonier (prix dédié aux femmes de cinéma) a été attribué à Caroline Benjo et Carole Scotta, les fondatrices de la société de production Haut et Court.
- Prix Raymond Chirat récompensant une personnalité oeuvrant pour la préservation et la transmission de la mémoire du cinéma a été remis à Manuel Chiche.
- Prix Bernard Chardère, récompensant un critique et auteur, une personnalité marquante du cinéma, a été remis à Eva Bettan dont on connait bien la voix sur les ondes de France Inter.
- Prix des Lycéens a été attribué à Chungking express de Wong Kar-wai qui succède ainsi à Talons aiguilles (Pedro Almodovar) ex-aequo avec La vie est belle (Frank Capra), La belle équipe (Julien Duvivier) et Sherlock Jr (Buster Keaton).

Bertrand Tavernier a aussi pris la parole en disant de cette semaine : « J’ai vécu des moments extraordinaires. Le plaisir de faire découvrir des films, de faire partager et le plaisir de découvrir des films que je ne connaissais pas. »

Une sortie d'usine "chinoise"

On a également eu la chance de voir la Sortie d’usine tournée par Wong Kar-wai la veille rue du Premier film dans lequel on retrouve le saccadé cher au réalisateur.

Et Wong Kar-wai de conclure : « Je remercie chacun d’entre vous d’avoir fait de ces moments quelque chose d’aussi extraordinaire. » Puis il a dit quelques mots en chinois pour les chinois dans l’audience qu’il a ensuite traduits en anglais, parlant alors de sa fierté de rendre ce festival un peu plus chinois. C'est la première fois qu'un artiste asiatique est honoré par le Prix Lumière.

Pour conclure cette cérémonie de clôture, le festival a projeté en avant-première mondiale la copie restaurée du grand chef-d’oeuvre de WKW, In the mood for love. La magie opère toujours et le film envoute. Après 9 jours de festival, nous sommes totalement In the mood for Wong Kar-wai…

Festival Lumière 2017: un Prix Lumière sucré-salé-épicé pour Wong Kar-wai!

Posté par Morgane, le 21 octobre 2017

La semaine est passée vite, trop vite, au Festival Lumière à Lyon. Nous voilà déjà au vendredi 20 octobre et à sa soirée de remise du Prix Lumière dans le traditionnel amphithéâtre du Palais des Congrès.

Le public s’installe, les personnalités du 7ème Art font leur entrée tour à tour: Niels Arestrup, Anne le Ny, Olivier Assayas, Pierre Lescure, Clovis Cornillac, Emmanuelle Devos, Anna Karina, Bertrand Tavernier, Isabelle Adjani, Charles Aznavour… Puis c’est au tour de Wong Kar-wai et de son épouse de faire leur entrée sous un tonnerre d’applaudissements sur la chanson phare d’un de ses films, Happy Together.

Vient ensuite le moment des hommages, en chansons ou en paroles. La chanteuse québécoise Diane Dufresne reprend La Bohême d'Aznavour. Sonia Wieder-Atherton, violoncelliste qui a notamment travaillé à plusieurs reprises avec Chantal Akerman, reprend le thème cultissime de In the mood for love. Et, comme traditionnellement depuis plusieurs éditions, Camelia Jordana est montée sur scène et a entonné le célèbre Quizas, quizas, quizas que l’on retrouve également dans In the mood for love.

« Wong Kar-wai, je veux que tu reviennes!!!! »

La musique a laissé place aux paroles. Paroles de Zhang Ziyi qui, ne pouvant être présente ce soir, a envoyé un message video à Wong Kar-wai disant de lui : « Tu es le Grandmaster de tous les réalisateurs! »

Honoré à cannes par le prix "Pierre Angénieux ExcelLens in Cinematography", Christopher Doyle, directeur de la photographie des films de Wong Kar-wai de Nos années sauvages à 2046, a pris le micro. Déchaîné, il ne voulait plus le lâché. « I don’t need word, I have images. So fuck you very much. C’est de ta faute Wong Kar-wai, c’est toi qui as provoqué tout ça! … You bastard, you’e right, I can do better so fucking thank you very much!!! » Après ces quelques doux mots, un petit montage de prises de vues de Christopher Doyle d’In the mood for love avec pour bande-son la chanson de Françoise Hardy Je veux qu’il revienne. Et de conclure avec un cri du coeur : « Wong Kar-wai, je veux que tu reviennes!!!! »

«Quand on fait du cinéma, c’est comme arrivé dans un restaurant complet, il faut trouver sa place»

C’est ensuite Olivier Assayas, spécialiste du cinéma asiatique et notamment hong-kongais, qui a rendu hommage à Wong Kar-wai. Beaucoup moins exubérant. Mais ses mots transmettaient toute l’admiration qu’il a pour le cinéaste et son cinéma qui l’a « beaucoup marqué et beaucoup inspiré ». Il revient rapidement sur l’histoire du cinéma chinois, l’importance de WKW dans celui-ci et les mots de ce dernier : « quand on fait du cinéma, c’est comme arrivé dans un restaurant complet, il faut trouver sa place». Pour Assayas, « Wong Kar-wai n’a pas eu de mal à trouver sa place. Il l’a trouvée en filmant Hong-Kong à sa manière. Cinéaste poétique, son cinéma est construit sur l’éphémère, l’exil, celui d’une ville construite au bord d’un précipice. Mais pas seulement. Chez Wong Kar-wai on a aussi la nostalgie de la Chine, du Shanghaï des années 30… C’est ce fantôme aussi qui hante Hong-Kong et qui hante son cinéma. Wong Kar-wai est le cinéaste du souvenir du souvenir tout comme Modiano est l’écrivain du souvenir du souvenir. » Puis il revient aussi sur le fait que Wong Kar-wai a changé sa vie puisque dans un sens, c’est par lui qu’il a rencontré Maggie Cheung (au festival de Venise) et qu’il a écrit un film pour elle (Irma Vep) et qu’il l’a finalement épousée.

«L’allégresse visuelle»

Les mots de Bertrand Tavernier succèderont à ceux d’Olivier Assayas. « Impossible de passer après Assayas. En plus, contrairement à lui, je ne suis jamais allé à Hong-Kong, je suis complètement ignorant. » Quand on connaît le personnage Tavernier, l’ignorance n’est pas vraiment un mot que l’on peut utiliser pour le définir! La preuve en est encore une fois avec ce vibrant hommage sublime et poétique qu’il rend à Wong Kar-wai. Il parle de « l’allégresse visuelle» des films de Wong Kar-wai qui passent « de la nuit, de l’ombre aux néons de la ville. Le temps est au coeur de tous les films de Wong Kar-wai et le cœur bat dans tous ses films, écorché, mis à nu, on sent ses pulsations, ses emballements, les moments où il se fige. »

Le magicien chinois et sa muse Esther

Puis c’est au tour de l’homme du jour de monter sur scène et de commencer ainsi : « C’est un honneur d’être reçu ainsi dans la ville qui a vu naître le cinéma. » Et comme ce qu’il sait faire de mieux au cinéma c'est raconter des histoires, il nous raconte celle d’un magicien chinois qui découvrant le cinéma des frères Lumière décide lui aussi de faire du cinéma estimant que c’est ainsi qu’on fera de la magie désormais. « Cela fait 30 ans maintenant que je fais moi-même des tours de magie! »

Il remercie son fils et sa femme Esther, qu’il invite à le rejoindre sur scène. Lui qui à travers ses films dépeint des amours souvent impossibles a ce soir crié son amour à sa femme. « Esther ne vient que rarement sur mes tournages car elle veut me laisser travailler en paix et pourtant elle a toujours été là. Dans tous les personnages féminins de mes films, il y a toujours des éclats d’elle. Je dédie ce soir cet honneur qui m’est fait à ma muse Esther. » Et de conclure par ces mots : « Merci Lumière, merci Lyon et long live cinema! » après avoir reçu le Prix des mains d’Isabelle Adjani.

Le grand homme aux lunettes noires est ensuite rejoint sur scène par tous les invités du festival sur Happy Together de The Turtles interprété en live par le groupe lyonnais Mr Day.

L’obscurité se fait, place désormais à la magie du cinéma avec la projection des Anges déchus...

Voix d’étoiles, le festival qui met les voix du cinéma d’animation à l’honneur

Posté par MpM, le 19 octobre 2017

Le Festival Voix d'étoiles, dont la 12e édition se tient à Port Leucate du 25 au 29 octobre, est l'unique manifestation au monde consacrée aux voix et aux musiques du cinéma et de la série d’animation internationaux. Il propose notamment une sélection d'avant-premières et plusieurs compétitions, mais aussi des ateliers, des rencontres et des expositions. En tout, plus de 250 heures de projection à destination d'un public jeune et familial.

Parmi les films présentés, on trouvera Ernest et Célestine en Hiver de Julien Chheng et Jean-Christophe Roger, Zombillénium d’Arthur de Pins et Alexis Ducord, La passion Van Gogh de Dorota Kobiela et Hugh Welchman ou encore Cars 3 de Brian Fee. Seront également à l'honneur des séries comme Miraculous de Thomas Astruc, Mafalda de Juan Padron et Les légendaires de Prakash Topsy. Enfin, des courts métrages de fin d'étude seront en lice pour le prix du public.

Côté ateliers, les enfants pourront s'initier au doublage, au bruitage et à la fabrication de films d’animation. Des rencontres sont également prévues avec les invités, notamment Bibo Bergeron, réalisateur de Gang de Requin et Un monstre à Paris, parrain du festival, les voix françaises de Marge et Homer Simpson (Véronique Augereau et Philippe Peythieu) et les comédiens Timothé vom Dorp (Baby boss), Emmanuel Curtil (Zombillénium, Les As de la jungle), Gérard Hernandez (Les Schtroumpfs et le village perdu), Sherine Seyad (Le voyage de Ricky), Lila Lacombe et Lisa Caruso (Ernest et Célestine en Hiver) ou encore Sophie Arthuys (Capitaine Superslip).

Et pour bien commencer cette édition qui s'annonce riche en découvertes, c'est Un conte peut en cacher un autre de Jakob Shuh et Jan Lachauer qui lancera les festivités. Récemment sorti en salles, le film est une adaptation de Roald Dahl qui réinvente les contes de fées avec humour et intelligence. Exactement ce qu'il fallait pour une ouverture pétillante et décalée.

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12e Festival Voix d'étoiles
Du 25 au 29 octobre 2017
Port leucate
Informations et programme sur le site de la manifestation

Festival Lumiere 2017 : la solaire Tilda Swinton donne une masterclass rayonnante

Posté par Morgane, le 19 octobre 2017

Il est 11h30, la salle rouge de la Comédie Odéon (ancienne salle du circuit des CNP aujourd'hui transformée en salle de théâtre) est comble et Tilda Swinton, toute en blanc et noir, fait son apparition sous un tonnerre d’applaudissements.

L’ambiance est détendue et la conversation commence, animée par Yves Montmayeur… Une conversation dans laquelle Tilda Swinton se livre sans détours sur sa carrière, sa vision du cinéma, sa vision du métier d’actrice, son rapport à l’univers du cinéma…

Quand Yves Montmayeur lui parle de ses nombreuses facettes (actrice, scénariste, productrice, proche du milieu de l’art contemporain, mannequin…) et de son côté mystérieux en lui demandant si c’est une volonté de brouiller les pistes, elle répond du tac au tac qu’elle n’est aucune de ces choses-là. « Il n’y a aucune différence entre moi et chacun dans cette salle. Je ne suis professionnelle dans aucun de ces domaines. Si on est tous là c’est pour l’amour du cinéma. J’ai été élevée dans un monde où l’art nous appartient, où c’est quelque chose que l’ont fait. »

Tilda Swinton revient alors sur son désir d’écrivain, ses années théâtre à Cambridge et la rencontre dans les années 80 qui a changé sa vie, celle avec Derek Jarman, réalisateur anglais qui travaillait avec le BFI (British Film Institute) et deviendra son mentor. C’est son film, Caravaggio en 1986, qui révèle Tilda Swinton. Dans cet univers, cette "factory", « chacun se sentait à sa place car ce que l’on nous demandait avant tout c’est d’être nous-mêmes. »

Puis grâce à Derek Jarman qui l’a emmenée au Festival de Berlin, Tilda Swinton rencontre d’autres réalisateurs avec qui elle travaillera souvent par la suite. « Ce qui est fascinant c’est de rentrer réellement dans des univers particuliers », chose qu’elle a faite notamment avec Jim Jarmusch, Bong Joon-ho, Wes Anderson…

Elle a traversé de nombreuses frontières, travaillé avec des réalisateurs anglais, américains, coréen, mais pour elle cette classification n’a pas de sens, « il ne faut pas découper le monde en pays, en nationalités, mais en sensibilités. » Quand elle travaille avec quelqu’un c’est uniquement parce qu'elle en a envie. On sent qu’elle va vers un réalisateur, un rôle lorsque l’univers lui parle, lorsque la rencontre se fait. « Je suis très intéressée par les histoires de personnages qui atteignent un précipice », citant Orlando, Julia, Deep Water. Et par précipice Tilda Swinton entend ce moment-clé qui fait basculer la vie de quelqu’un, ce moment où l’on est obligé de sauter, où l’on n’a plus le choix. « Quand je suis le personnage principal, je deviens l’avatar du public pour vivre cette histoire. Pour vous entraîner vous public vers ce précipice. C’est très intéressant et c’est ce que j’aime faire. »

Pressés que nous sommes alors de retrouver ce sublime avatar dans le remake de Suspiria de Dario Argento (1977) dans lequel elle tient le rôle d’une musicienne muette et dont la bande-son (la musique étant extrêmement importante pour elle), nous révèle-t-elle, sera signée Thom Yorke.

Mais le temps file et même si on aurait aimé que cette discussion se poursuive encore, il faut laisser la place… c’est désormais au tour de Guillermo del Toro de venir donner sa masterclass. Bye bye à la « BFI’s baby » devenue grande dame d'un cinéma éclectique et ic^ne d'une pop culture parfois avant-gardiste. Bref, une actrice culte qui venait pour la première fois au Festival Lumière.

Le 14e Festival Court métrange de Rennes met le fantastique à l’honneur

Posté par MpM, le 18 octobre 2017

Créé en 2004, le Festival Court Métrange s'est fixé comme objectif de mettre à l'honneur le court métrage insolite et fantastique. Cette année, c'est à travers une sélection de 71 courts métrages en provenance de 19 pays, présentés dans 13 programmes mixant animation et fiction, que le cinéma de genre version courte s'affiche à Rennes.

L'occasion bien sûr de découvrir le meilleur de la production internationale actuelle,  en présence des réalisateurs invités, mais aussi de s'immerger dans le cinéma fantastique via des cartes blanches et des programmes spéciaux.

La 5e édition du "parcours métrange" propose par ailleurs d’explorer les secrets et les failles de l’intelligence artificielle au travers de nombreux rendez-vous dans différents lieux de la ville comme une battle "Cinéma VS Philosophie", des ateliers populaires de philosophie autour de "Être ou ne pas être … artificiel" et une exposition d'art fantastique.

Côté films, on ne ratera pas la séance consacrée aux années 90, qui permettra de revoir plusieurs courts de Jan Kounen (Gisèle Kérozène, Vibroboy) et Fabrice Du Welz (Quand on est amoureux, c'est merveilleux), ainsi que la compétition internationale qui présente des films déjà repérés comme Panthéon discount de Stéphan Castang (présélectionné aux César), Nocturne d'Anne Breymann (en compétition à Annecy), Mr. Death de Andreas J. Riiser (sélectionné à l'Etrange festival) ou encore The Absence of Eddy Table de Rune Spaans (sélectionné à Clermont), et bien sûr plein de films encore confidentiels à découvrir.

Que l'on aime le court métrage, ou juste le cinéma fantastique, cette semaine, c'est définitivement à Rennes que ça se passe !

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14e Festival Court Métrange
Du 18 au 22 octobre
Rennes
Informations et programme sur le site du festival

Festival Lumière 2017 : De John Ford à Jane Campion, il n’y a qu’un pas vers les horizons lointains

Posté par Morgane, le 17 octobre 2017

Ce qu’il y a de formidable au Festival Lumière c’est son éclectisme. On peut embarquer à bord d’un train nous conduisant vers l’Ouest aux côtés de James Stewart et Vera Miles, puis, juste après, se retrouver sur une pirogue accostant sur une plage isolée de Nouvelle-Zélande et patienter avec Holly Hunter et Harvey Keitel que quelqu’un vienne nous chercher. Ou comment faire le grand écart entre deux chefs d’oeuvre du 7ème Art, L’Homme qui tua Liberty Valance de John Ford (1962) et La Leçon de Piano de Jane Campion (1993)…

C’est en effet la richesse du Festival Lumière. Cette année on pourra découvrir l’univers poétique et envoutant de Wong Kar-wai, percer le mystère d’Henri-Georges Clouzot, revoir des westerns classiques sélectionnés par Bertrand Tavernier, continuer l’histoire permanente des femmes cinéastes, admirer les sublimes moments du muet, rencontrer Tilda Swinton, Diane Kurys, Anna Karina, Jean-François Stévenin, Guillermo Del Toro, voir ou revoir les grandes projections ou les nouvelles restaurations, découvrir en avant-première Shape of water de Guillermo Del Toro mais également la palme d’or The Square ainsi que les 8 épisodes de la série continuant le Voyage à travers le cinéma français de Bertrand Tavernier…

John Ford réunit John Wayne et James Stewart

C’est Bertrand Tavernier qui nous a fait l’honneur de sa présence tôt ce dimanche matin pour une séance dans la grande salle de l’Institut Lumière. L’Homme qui tua Liberty Valance de John Ford (1962) fait partie de sa sélection Westerns Classiques qu’il présente cette année au Festival. Il en a choisi quatorze parmi lesquels La poursuite infernale, La rivière rouge, Le train sifflera trois fois, La chevauchée des bannis
Dans L’Homme qui tua Liberty Valance, John Ford retrouve John Wayne avec qui il a déjà tourné de très nombreux films (La prisonnière du désert, La charge héroïque, L’homme tranquille, Rio Grande…) ainsi que James Stewart avec qui il vient juste de tourner Les 2 cavaliers.

Bertrand Tavernier, friand d’anecdotes, n’en manque pas sur ce film et notamment sur son tournage rappelant que John Wayne, fort reconnaissant envers Ford, qui est un réalisateur très important dans sa carrière, participe au film dès que John Ford le lui demande. Et pourtant il est bien maltraité durant le tournage, Ford n’étant pas tendre avec les vedettes, mais très amical avec le reste de l’équipe. Bertrand Tavernier revient également sur ce chef-d’oeuvre, véritable oeuvre testamentaire de John Ford réunissant de nombreux thème forts et chers au cinéaste tels que la naissance de l’Amérique, la question de l’étranger, des personnages qu’il aime à humaniser et un humour présent tout au long du film (on se souviendra de la mythique scène du steak).

Le trio masculin symbolise cette naissance d’une nouvelle Amérique. On y retrouve Valance (Lee Marvin) qui ne communique que par les coups et son fusil, Stoddard (Stewart), l’homme de loi dont les armes sont ses livres et Tom Doniphon (Wayne) qui peu à peu rangera son arme pour permettre à la loi de prendre le dessus. Et rien que pour le merveilleux duo Wayne/Stewart, le film est un vrai délice auquel s’ajoutent les personnages secondaires que John Ford ne laisse surtout pas de côté comme le superbe personnage de Mister Peabody (Edmond O'Brien), journaliste toujours saoul mais épris de liberté et beaucoup plus profond que ne le laisse penser son rôle au départ. Un magnifique John Ford. « Quand la légende dépasse la réalité, on imprime la légende! » disait-il.

Jane Campion magnifie Holly Hunter et Anna Paquin

Dimanche après-midi rendez-vous au Pathé Vaise pour la projection du célèbre film de Jane Campion, La leçon de Piano, Palme d’Or 1993. Marina Foïs est présente pour nous parler de ce film qui l’a énormément marquée à sa sortie, principalement Holly Hunter qui, sans dire un seul mot, traduit une palette émotionnelle incroyable.

Le film s’ouvre sur une voix. Une voix off, celle d’Ada, qui pourtant n’en a plus. Le paradoxe s’installe. Holly ne parle plus depuis ses 6 ans et pourtant c’est sa voix qui nous ouvre les portes (et les refermera) de ce sublime film à la fois poétique et tout en puissance et sensualité. Holly parle mais uniquement par le biais de ses doigts sur les touches de son piano qui la suit à l’autre bout du monde jusqu’en Nouvelle-Zelande où elle part vivre avec sa fille chez Alistair Stewart (Sam Neill), homme dont elle ne connaît rien mais à qui son père l’a mariée.

L’univers est hostile. Leur maison se situe dans le bush néo-zélandais où boue et racines ne font plus qu’un et où il faut se déplacer sur des planches si l’on ne veut pas s’enfoncer dans cette boue marécageuse. La jungle, elle, semble animée par les esprits. Alistair a pour voisins des Maoris, certains plus enclins que d’autres à « partager » leurs terres avec les Anglais, et un certain Baines (très belle incarnation de Harvey Keitel), un anglais un peu rustre adopté par les Maori vivant auprès d’eux. À leur arrivée, son mari donne le piano d’Ada à Baines en échange d’une parcelle de terre. Se met alors en place une sorte de jeu malsain dans lequel Ada vend son corps pour peu à peu racheter ce qu’elle a de plus cher au monde : son instrument. Et elle devient alors à son tour l’instrument de Baines.

Jane Campion joue avec les oppositions. Face au carcan du puritanisme anglais dans lequel est enfermée Ada, la réalisatrice montre la liberté des indigènes, leur vie en harmonie avec la nature. Les personnages évoluent et peu à peu les instincts naturels de chacun refont surface. Sensualité, tendresse, bestialité mais aussi la violence primaire que ne peut réfréner Alistair.

Le film, tout en nuances, nous plonge alors au cœur de ce trio amoureux où la passion et le désir sont aux premières loges. Les corps respirent, reprennent vie, remontent à la surface.
Unique élément de langage par lequel s’exprime Ada, la musique envoûtante sublime le film. On ressent à travers les notes de musique qu’elle laisse échapper, notes qui résonnent encore longtemps après que le générique ait signé le mot fin.