Deauville Asia : la leçon de cinéma de Brillante Mendoza

Posté par MpM, le 18 mars 2010

Réalisateur philippin désormais universellement reconnu, Brillante Mendoza a profité de sa présence au pour chasser quelques idées reçues sur son travail, à tort présenté comme improvisé, et parler de son nouveau film, Lola (Grand-mère), qui sortira en mai prochain.

Lola

Le thème de la grand-mère m’était très cher car la grand-mère est très importante dans la famille philippine. Nous avons tourné en juin 2009, juste après le festival de Cannes, pour pouvoir profiter de la saison des pluies. J’avais envie d’avoir cette atmosphère, cette pluie, qui serait un personnage à part entière. Des inondations comme celle montrée dans le film ont lieu tous les ans. Le gouvernement dit toujours qu’il va faire quelque chose, mais il ne fait jamais rien.

Improvisation vs préparation 

Lola a été tourné en 12 jours, mais avant il y a eu un énorme travail de préparation, peut-être pendant un an. J’ai une équipe réduite qui m’accompagne tout le temps. Toute l’année, nous faisons des recherches sur toutes les idées et scénarios que j’ai. On s’investit dans chacune des histoires. Quand je suis satisfait, on assemble tous les morceaux du puzzle. Par exemple, pour Serbis, j’ai amené le décorateur dans le cinéma où nous allions tourner bien avant de commencer. Je voulais que l’équipe s’imprègne de cette expérience pour faire le film le plus authentique possible.  Ce travail de préparation est crucial pour le tournage. Pendant qu’on prépare tout, on attend l’argent. Et comme j’ai été dans la production, je sais exactement ce qu’il faut prévoir avant. Aussi, lorsque nous sommes prêts, tout peut aller vite. Je tourne en peu de jours pour des raisons financières, mais aussi pour garder l’intensité et l’énergie du moment. Je tourne également de la manière la plus chronologique possible pour que les acteurs évoluent en même temps que leur personnage.

Chorégraphies

Pour les longs plans séquences avec de nombreux figurants dans le champ, tout est minutieusement chorégraphié et répété. Pour moi, il y a deux points importants : s’assurer que les figurants ne vont pas regarder la caméra et toujours leur expliquer pourquoi ils sont là. Ces personnages secondaires sont toujours engagés sur place car ils connaissent les gestes et n’ont pas besoin de faire semblant. Par exemple pour la séquence du bateau dans Lola : les personnes qui appartiennent à cette communauté savent comment ramer et se tenir sur l’embarcation ! Pour avoir une certaine cohérence, je délègue plusieurs personnes de l’équipe qui gèrent chacune un groupe de figurants. Ainsi, on tourne souvent en une seule prise. Parfois, moi-même je suis dans un de ces groupes de figurants pour les guider et il arrive que je sois dans le champ, mais vous ne me voyez pas car je suis de dos !

Caméra à l’épaule

Suivre le personnage avec la caméra est une manière de comprendre tout l’environnement autour de lui, de vivre la même situation que lui à ce moment-là. On en apprend ainsi beaucoup sur ses relations avec les autres et avec le lieu sans avoir besoin d’insister ou d’expliquer. Juste par le ressenti. Ce ne sont pas des scènes faciles à réaliser car la caméra est extrêmement lourde. Pour avoir cette impression de fluidité lorsque je la porte à l’épaule, je dois subir une véritable préparation physique !

Authenticité

Les cinéastes ont tous des objectifs différents lorsqu’ils tournent un film. En ce qui me concerne, mon objectif principal est de montrer ce qui est vrai et réel. J’aimerais raconter des histoires qui soient le plus authentiques possibles, même si le message est négatif ou qu’il est mal perçu par le public. C’est pourquoi j’ai besoin d’aller voir, de ressentir, de m’imprégner des gens et des endroits. Je dois avoir cette expérience moi-même pour la raconter le mieux possible à l’écran.

Prochain projet

J’ai un projet de documentaire sur un homme qui, pendant la semaine sainte, participe à la procession de la Passion du Christ. Aux Philippines, ces processions sont très importantes mais aussi très violentes, et de nombreuses personnes y participent et y assistent. Or, la particularité de cet homme qui incarne Jésus Christ depuis 21 ans (et n’a d’ailleurs pas d’autre métier) est qu’il est ouvertement gay.

Deauville Asia : les films d’action se cherchent

Posté par kristofy, le 17 mars 2010

The sword with no nameLe Jury Action Asia du Festival du film asiatique de Deauville a surpris son monde en choisissant de ne pas récompenser Bodyguards and assassins, le favori de la sélection. Les années précédentes, le film primé s’imposait naturellement pour ensuite devenir une référence du genre : par exemple Ong-bak ou Dog bite dog pour la baston qui cogne, ou A bittersweet life et The chaser pour le polar qui tue.

Mais cette année, le président Florent Emilio Siri et ses jurés Thierry Frémont, Samuel Le Bihan, Cécile Télerman, Malik Zidi et Vikash Dhorasoo ont décerné le prix Action Asia  à The sword with no name de Kim Yong-Kyun (notre photo),  film en costumes sur la romance impossible entre un mercenaire et la dernière reine de Corée. Le héros va protéger sa belle, menacée par des dignitaires de la dynastie Joseon, tant qu’il le peut, et il y a bien entendu quelques scènes d’action, mais le problème vient qu’elles sont très mal intégrées avec le reste (un duel sur une barque comme dans un jeu vidéo, un combat sur glace sorti de “Holiday on ice”…). On pourrait même penser que le film serait meilleur sans ces scènes d’action… lui remettre le prix est donc assez curieux !

Le film favori de tous (professionnels, presse, public), Bodyguards and assassins du réalisateur Teddy Chen, qui était présent à Deauville,  devrait être prochainement visible (distribué par Metropolitan) sur les écrans, ce qui donnera d’une certaine manière tort au jury de ne pas l’avoir reconnu comme prix Action Asia 2010. En 1906, la révolte couve pour renverser la dynastie Qing et on annonce l’arrivée de l’activiste Sun Yat-Sen qui vient unifier les délégués des différentes provinces. Il s’agit pour certains personnages de le protéger tout le long de son parcours et pour d’autres de l’assassiner. Le début du film prend le temps de dévoiler les différents protagonistes, puis ensuite tous les moyens sont bons pour accomplir leur mission : pièges, arbalètes, poignards, bombe, kung-fu….

Bodyguards and assassins a été en partie produit par Peter Ho-Sun Chan (réalisateur de Perhaps love et Les seigneurs de la guerre) qui devient un habitué des films à gros budget à la fois spectaculaires et populaires. Ne dérogeant pas à la règle, le film est une illustration du savoir-faire en matière de super-production venant de Chine : des stars à l’écran (Donnie Yen, Tony Leung Ka Fai, Simon Yam, Nicholas Tse, Eric Tsang…), une trame politique (l’espoir de la révolution de 1911), et de l’action presque à chaque coin de rue.

Outre ces deux incursions dans l’Histoire (n’hésitant pas à prendre des libertés avec la véracité de faits), la sélection Action Asia a fait voir quelques nouveautés, notamment en donnant une plus grande place à des personnages différents. Par exemple, si notre ami l’acteur Simon Yam était au générique de trois des cinq films en compétition, ce n’était pas en tant que héros, mais plutôt comme second rôle plus ou moins sympathique. Par contre, c’est son comparse Lam Suet (habitué aux rôles de “gros” un peu sot) qui devient la vedette de Tactical unit : comrades in arms, une production maison de Johnnie To réalisée par un de ses disciples Law Wing-Cheong. Il s’agit de la dernière déclinaison PTU pour le cinéma (les autres films Tactical unit… sont en dvd) avec cette fois deux patrouilles rivales qui se perdent dans une forêt à la poursuite d’un gang de voleurs.

Autre personnages atypiques, quelques acteurs français apparaissent dans les films d’action asiatiques avec la présence discrète de Sophie Broustal dans The sword with no name et un groupe de musclés qui protègent un ordinateur dans Clash du vietnamien Le Thanh Son. Dans ce film où le scénario basique est prétexte à une succession de bagarres énergiques, c’est une femme experte en arts martiaux qui est l’héroïne. Ce sont aussi deux femmes qui sont les combattantes les plus violentes dans Bad blood du chinois Denis S. Y. Law, et d’ailleurs aucun homme ne résiste aux coups de ces deux furies…

Efficace, donc, mais cette sélection parallèle du Festival gagnerait à être étoffée d’un film en plus (6 au lieu de 5), par exemple du genre fantastique qui fait peur, histoire de varier les plaisirs Action Asia.

La région Île-de-France veut investir dans le relief

Posté par vincy, le 17 mars 2010

Le cinéma (et la télévision) représente déjà le principal effort budgétaire culturel de la région Île-de-France, la plus riche du pays. Dotée d’un fond de soutien, crée en 2001, elle a aidé 241 films et 155 oeuvres audiovisuelles pour un total de 98 millions d’euros. L’impact économique d’un tournage est à ce prix.  La dernière commission a permis de sélectionné 6 nouveaux longs métrages, parmi lesquels les prochains Claude Miller et Lou Ye, et six oeuvres télévisuelles, dont un documentaire sur Roberto Saviano (Gomorra), soit près de 3 millions d’euros d’apports.

En 2006, la région a créé quatre nouvelles aides à la post-production (numérique et argentique), facilitant ainsi leur montage ou leur distribution. Cela a concerné 36 longs métrages et 35 courts métrages. En souhaitant créer un fonds pour la 3D Relief, la collectivité fait un pas supplémentaire vers la mutation numérique, tout en “protégeant” un secteur fragile financièrement : les prestataires techniques et d’effets spéciaux. Ce fonds de soutien à la création numérique serait doté d’un budget de 5 millions d’euros et concernerait aussi bien les longs métrages que les jeux vidéos.

Seul échec à noter : sa politique dans les festivals. La région a été incapable d’installer son propre événement. Le festival du film de Paris, un temps rescapé par le conseil régional, a disparu. Le Festival International du Film d’environnement manque toujours de visibilité. Les aides sont plus performantes quand il s’agit de soutenir des manifestations d’initiative locale ou départementale (Rencontres cinématographiques de Seine-Saint-Denis). Clairement, la création de Paris Cinéma par Bertrand Delanoë et Christophe Girard a relégué la Région à un simple figurant financier.

Deauville Asia couronne “Judge” dans une sélection en demi-teinte

Posté par MpM, le 16 mars 2010

Liu JieLe jury du Festival du film asiatique de Deauville présidé par Pascal Bonitzer a logiquement décerné (à l’unanimité) le Lotus du meilleur film à Judge de Liu Jie (photo de gauche), une œuvre exigeante explorant le système judiciaire chinois, et principalement son rapport à la peine de mort, au travers du destin de trois personnages symboliques : un condamné à mort, le juge qui a prononcé la sentence et un P-DG gravement malade en attente d’une greffe de rein.

En plus de souligner la difficulté de rendre objectivement la justice et les absurdités de loi chinoise qui, jusqu’en 1997, permettait d’exécuter un homme pour vol de voiture, le film aborde la délicate question des prélèvements d’organe sur le corps des condamnés. Liu Jie, que l’on avait découvert avec Le dernier voyage du juge Feng, était largement favori dans sa catégorie, en raison non seulement du sujet traité, mais également de son évidente supériorité sur le reste de la compétition.

On est en effet bien moins convaincu par le prix du jury ex-aequo attribué à Au revoir Taipei d’Arvin Chen et Paju de Park Chan-ok. Le premier est une comédie romantique gentillette, placée sous le parrainage de Wim Wenders (producteur exécutif), dont le principal attrait est de montrer les différents visages de la capitale taïwanaise. Léger, mais parfois poussif, et franchement pas novateur. Le second est encore moins réussi : à mi-chemin entre la comédie de mœurs et le mélodrame social, Paju décrit les relations particulièrement embrouillées entre une jeune fille et son beau-frère. La profusion de flash-back et surtout le fait que la révélation la plus intéressante intervienne à la moitié du film sans être réellement exploitée par la suite font peu à peu perdre tout intérêt pour les personnages.

Le jury composé de journalistes internationaux (dont l’identité ne semble pas Charlotte Lim Lay Kuenconnue) a quant à lui récompensé le film probablement le plus aride de la compétition, My daughter de la Malaisienne Charlotte Lim Lay Kuen (photo de droite), qui a fait fuir les festivaliers avec son absence de narration, ses plans fixes plus symboliques que signifiants et sa manière d’ériger le non-dit au rang d’art. Relativement ennuyeux en dépit de sa courte durée, le film est une succession de bribes de scènes quotidiennes d’où il ressort que les relations entre la fille et sa mère irresponsable sont plutôt houleuses…

Les autres films en compétition

Même si l’on ne peut pas parler de grands oubliés du palmarès, aucun des cinq autres films en compétition n’étant des chefs d’œuvres absolus, certains présentaient malgré tout un intérêt suffisant pour mériter d’être distingué. On pense notamment à Symbol, œuvre certes foutraque mais particulièrement réjouissante du Japonais Hitoshi Matsumoto où un homme enfermé dans une pièce sans porte ni fenêtre fait apparaître des objets hétéroclites en appuyant sur des pénis d’angelots ( !) dépassants des murs…  Derrière la farce (pas toujours subtile, mais franchement délirante) se faufile une réflexion philosophico-mystique sur la création, la divinité et le duo cause-conséquence. Indiscutablement atypique !

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Lou Ye, cinéaste témoin de son époque célébré à Deauville

Posté par kristofy, le 13 mars 2010

Lou YeLe Festival asiatique de Deauville a rendu hommage à Lou Ye, cinéaste chinois dont les films sont beaucoup plus applaudis en Europe que dans son propre pays, où ils ne sont pas autorisés. On l’avait ainsi découvert en 2000 avec Suzhou River, film qui lui avait valu une interdiction de tourner de deux ans.

Il a ensuite filmé Zhang Ziyi séduite par un japonais pendant l’occupation ennemie dans Purple Butterfly, présenté à Cannes en 2003. Ses films suivants ont également été sélectionnés au Festival de Cannes : Une jeunesse chinoise (deux étudiants amoureux lors des évènements de la place Tian An Men) et Nuits d’ivresse printanière (deux trios amoureux sur fond d’homosexualité) qui lui a rapporté un prix du scénario en 2009.

C’est le réalisateur Pascal Bonitzer, président du jury des films en compétitions, qui lui a remis le lotus d’honneur de Deauville après un petit discours. Il a notamment évoqué l’idée selon laquelle on croyait tout connaître ou presque de la jeunesse chinoise d’ il y a plusieurs décennies mais en fait pas grand-chose de la jeunesse actuelle. Il a souligné que la détermination de Lou Ye a faire des films malgré la censure chinoise et ses interdictions de travailler devrait être une source d’inspiration pour les cinéastes du monde entier.

Crédit photo : Christophe  Maulavé

Deauville versant asiatique : Brillante Mendoza, Lou Ye et la Chine à l’honneur

Posté par MpM, le 11 mars 2010

Brillante MendozaPour sa 12e édition, le festival du film asiatique de Deauville poursuit son oeuvre de diffusion du cinéma asiatique avec une programmation classiquement articulée autour de deux compétitions (une sélection généraliste et une autre tournée vers le film d’action), un panorama de films contemporains et plusieurs rétrospectives.

Sont cette année mis à l’honneur le réalisateur philippin Brillante Mendoza (notre photo, lors de la cérémonie d’ouverture), auteur atypique dont le sens aigu de la mise en scène a été couronné à Cannes en mai dernier (Kinatay) et les chinois Lu Chuan (The missing gun, City of life and death) et Lou Ye, lui aussi sélectionné à Cannes en 2009 avec Nuits d’ivresse printanière, dont la nouvelle version est présentée ici en avant-première. Enfin, dans le cadre de cet hommage rendu à la Chine, trois longs métrages produits à la demande des dignitaires du parti communiste chinois seront projetés.

Fidèle à sa réputation, Deauville propose donc une sélection équilibrée mettant l’accent sur les cinématographies asiatiques les plus  diffusées (Japon, Taïwan, Hong Kong…) tout en s’ouvrant timidement à de nouvelles contrées telles que la Malaisie et l’Asie centrale (Tadjikistan).De quoi avoir en seulement 4 jours un bon aperçu de la production actuelle… et peut-être même faire de vraies découvertes !

Crédit photo : Christophe Maulavé

Résidence de la Cinéfondation : 10 bougies et plusieurs dizaines de films

Posté par MpM, le 9 mars 2010

residence.jpgPour son 10e anniversaire, la Résidence de la Cinéfondation du festival de Cannes fait le point sur son action. Depuis 2000, 65% des projets accompagnés par l’institution ont été tournés, et la plupart du temps distribués. Un chiffre qui se porte à 95% si l’on prend en compte les 24 longs métrages actuellement au stade de la pré-production.

Sont notamment passés par ce véritable tremplin professionnel Emily Young (Kiss of life), Djamshed Usmonov (L’ange de l’épaule droite), Lucrecia Martel (La nina Santa, La femme sans tête, tous deux sélectionnés en compétition officielle à Cannes), Vimukthi Jayasundara (caméra d’or à Cannes en 2005 avec La terre abandonnée), Jaime Rosales (La soledad, Un tir dans la tête) et Nadine Labaki (Caramel).

Depuis le 1er mars, six nouveaux lauréats sélectionnés parmi 200 candidats ont à leur tour rejoint le programme : Yaelle Kayam (Israélienne, 31 ans), Dominga Sotomayor (Chilienne, 25 ans), Franco Lolli (Colombien, 27 ans), Daniel Joseph Borgman (Néo-Zélandais, 29 ans), Michel Franco (Mexicain, 30 ans) et Cristian Jiménez (Chilien, 35 ans). Ce dernier est le seul à avoir déjà un long métrage à son actif (Ilusiones Opticas sorti en février 2010).

Jusqu’au 15 juillet, les six réalisateurs profiteront ainsi de l’infrastructure de la Résidence pour écrire leur scénario et préparer le tournage de leur film. Avant, qui sait, de fouler le tapis rouge cannois sur les traces de leurs aînés…

Festival Cinérail : Les femmes entrent dans la bataille du rail

Posté par Claire, le 3 mars 2010

Du  2 mars au 9 mars,  le festival Cinérail présente au public une sélection de films où les vedettes sont les voyageurs, les  trains et les métros… Le film de voyage est presque un genre à part, tellement le train ou les transports en commun sont cinégéniques. Train et cinéma , c’est une histoire d’amour qui a commencé avec le début du cinéma et L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat des Frères Lumières; histoire qui a continué avec la Bataille du Rail , les westerns (Le train sifflera trois fois), Il ferroviere de Pietro Germi, la science-fiction (Retour vers le futur) ou le récent A bord du Darjeeling Limited … 

Laissez-vous transporter!

Au programme en 2010 : l’inédit Transsiberian, le récent Adieu Gary, le classique Sérénade à trois du grand Lubitsch, Un étrange voyage d’Alain Cavalier, Pékin Central de Camille de Casablanca (marraine du festival cette année et fille d’Alain Cavalier), Berlin Express de Jacques Tourneur (séance qui fera l’objet d’une « leçon de cinéma ») et bien d’autres courts ou longs métrages.

A noter que, pour sa 18e édition, le festival met les femmes à l’honneur, en particulier le lundi 8 mars , date de la journée de la Femme, avec la séance Courts de femmes . C’est d’ailleurs une femme (l’actrice  Firmine Richard) qui sera la présidente du jury cette année.

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Renseignements sur le site de Cinérail et sur le site de la SNCF, partenaire de cet événement.
Les projections ont lieu au Reflet Médicis, 3 rue de Champollion  75006 PARIS( salle de cinéma accessible en RER,  Métro , ou bus). Prix de la séance : 3 euros . Pass festival à 15 euros.

Cannes : critiques en herbe

Posté par MpM, le 22 février 2010

Cette année encore, la Semaine de la Critique et l’OFAJ (Office franco-allemand pour la jeunesse) proposent à de jeunes lycéens français et allemands de participer au Festival de Cannes dans le cadre de l’édition 2010 de “la (Toute) Jeune Critique”.

Pour les 24 heureux sélectionnés, il s’agira de découvrir de l’intérieur le plus célèbre festival au monde en rencontrant de nouveaux auteurs et surtout en faisant l’apprentissage de la critique de cinéma. Ils assureront en effet une couverture quotidienne de la fameuse Sélection parallèle réputée pour sa curiosité et son talent de découvreuse. Il auront également la chance de décerner le Prix OFAJ/TV5MONDE de la (Toute) Jeune Critique au meilleur long métrage de la Sélection.

Enfin, à l’issue du festival, deux Prix remis par l’OFAJ et TV5MONDE distingueront la meilleure critique en français et la meilleure critique en allemand. Les auteurs des critiques récompensées seront ainsi invités à découvrir un autre festival international, celui de Berlin !

Pour faire partie de l’aventure, les élèves intéressés (inscrits en seconde ou première) doivent se constituer en groupes de trois accompagnés par un enseignant et disposer de contacts avec un média de leur région susceptible de publier leurs articles pendant leur séjour à Cannes. Par ailleurs, priorité est donnée aux lycéens ayant un intérêt profond pour le cinéma et l’écriture en général.

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Pré-inscription indispensable sur le site de l’OFAJ avant le 30 mars prochain.

Berlin 2010 : retour sur une compétition sans choc ni révélation

Posté par MpM, le 20 février 2010

shekarshiTandis que Werner Herzog et son jury en sont désormais à négocier le palmarès de cette 60e édition, partout ailleurs, l’heure est au bilan. Avec une question cruciale : alors, 2010, bonne édition ? La réponse est en demie-teinte, comme souvent à Berlin. Car si la sélection officielle s’est révélée de bonne tenue (sans véritable désastre, à l’exception de Jud Süss d’Oskar Roehler, et dans une moindre mesure de Caterpillar de Koji Wakamatsu), elle n’a offert ni choc ni révélation.

Sur les 20 films concourant pour l’Ours d’Or, tous présentent un véritable intérêt (politique, esthétique ou scénaristique), mais en contrepartie, aucun d’entre eux n’est exempt de défauts.

Oeuvres socio-politiques

james francoFait notable, la compétition se répartissait cette année assez harmonieusement entre oeuvres socio-politiques et oeuvres plus légères, voire films de genre. Ne nous leurrons pas, ce sont clairement les premiers qui ont le plus de chance car c’est traditionnellement ce type de film qui gagne à Berlin. Pour le symbole, on voit ainsi bien Shekarchi de l’Iranien Rafi Pitts repartir avec quelque chose, dans la mesure où il s’agit de l’histoire d’un homme cherchant à venger sa famille tuée par la police lors d’une manifestation. Comme un geste fort à destination de Téhéran, et des nombreuses victimes du régime.

Dans un autre style, deux films abordant la question de la religion pourraient avoir séduit le jury. Shahada de Burhan Qurbani traite avec subtilité du recours systématique à une foi plus dure en période de crise. Il met en scène un Islam tolérant, ouvert et compassionnel qui se dresse avec force contre les dérives de croyants plus dogmatiques, délivrant un message de fraternité et d’espoir. On the path de Jasmila Zbanic s’intéresse également à la confrontation entre deux visions opposées de la religion musulmane. D’un côté une jeune femme émancipée vivant une foi libre et peu contraignante, et de l’autre son compagnon qui devient brusquement membre d’une société wahhabite conservatrice. La réalisatrice, qui refuse de prendre parti, décortique le délitement progressif de leurs relations, dû à une incompréhension mutuelle grandissante. Dans les deux cas, il ne s’agit pas tant de films sur la religion que sur la difficulté du vivre ensemble.

balAutre thème bien représenté durant cette Berlinale, l’enfance sacrifiée. D’ailleurs, le Roumain Florin Serban a une chance avec  If I want to whistle, I whistle, le portrait d’un adolescent sur le point de sortir de prison. Assez formaté, mais suffisamment fort pour marquer les esprits. En face, c’est plus difficile pour Submarino de Thomas Vinterberg qui suit deux frères (un drogué et un alcoolique) traumatisés par leur passé. Misérabiliste pendant une bonne part du film, et globalement prévisible, on est loin de Festen.

Bien sûr, on parle aussi de The Ghost writer, thriller politique sur un ex-Premier ministre britannique aux faux airs de Tony Blair. Et récompenser Roman Polanski en plein scandale judiciaire pourrait être un signe fort… à moins que cela ne soit trop “risqué” pour un festival qui ne veut surtout pas avoir l’air de prendre parti. Mais Werner Herzog aurait-il ce genre de scrupule ?

La part belle à l’humour

how i ended this summerDans l’autre catégorie, celle des oeuvres plus légères, on peut presque s’avérer gâté. Car oui, cette année, on a bien ri à Berlin ! Un rire plus ou moins subtil, selon qu’il s’agit de Zhang Yimou (A woman, a gun and a noodle shop, remake farcesque de Blood simple des frères Coen) ou de Noah Baumbach et son absurde et un peu ennuyeux Greenberg. Mais surtout, on a eu droit à une comédie scandinave complétement décalée, mélangeant polar et burlesque (A somewhat gentle man de Hans Peter Molland avec un Stellan Skarsgarg bon candidat au prix d’interprétation), et au nouveau délire des Français Delépine et Kervern, Mammuth, avec Gérard Depardieu en jeune retraité à la recherche de justificatifs administratifs… prétexte à un road-movie décapant qui a beaucoup fait rire la presse étrangère (presque autant que le show débridé qui a tenu lieu de conférence de presse). C’est moins bon que Louise Michel, mais hilarant au vu du niveau général, le tout sans être dénué de fond. Rappelons à toutes fins utiles qu’à Berlin, il existe un prix de l’audace…

gerard depardieu mammuthPour ce qui est des autres genres cinématographiques, il y en a eu pour tous les goûts. Polar brutal chez Winterbottom avec The killer inside me (Casey Affleck assure, et l’on ne s’ennuie pas une seconde), biopic sur Allen Ginsberg pour Rob Epstein (Howl, où James Franco a lui aussi impressionné), mélo familial naturaliste danois (Une famille de Pernille Fisher Christensen, tout en retenue, et avec un duo d’acteur formidable, Lene Maria Christensen et Jesper Christensen), conte initiatique argentin extrêmement ténu et efficace (Puzzle de Natalia Smirnoff, où l’on n’a d’yeux que pour la merveilleuse Maria Onetto), fable humaniste sur les rapports entre l’homme et la nature (Bal de Semih Kaplanoglu, dernier volet de sa trilogie “Yusuf”)… autant de sérieux concurrents pour un prix d’interprétation, ou une récompense de moindre importance.

a woman a gun and a noodle shopEnfin, il ne faut pas oublier How I ended this summer (Alexei Popogrebsky), thriller psychologique qui se déroule dans le cercle arctique. Lent et parfois contemplatif, mais purement envoûtant, voire palpitant. Un film ovni qui exploite habilement la beauté de ses paysages sans tomber dans l’esthétisme de carte postale, et apprend au spectateur ce que signifie vraiment l’expression “conditions extrêmes”. Accessoirement très bien accueilli par la presse internationale…

C’est pourquoi, quel que soit le résultat final, on peut d’ores et déjà affirmer que Berlin a parfaitement réussi le pari du 60e : peu de paillettes, beaucoup de curiosité, et un amour toujours renouvelé du cinéma. Et un public toujours aussi nombreux (on parle même d’un record de fréquentation). De quoi être confiant pour les 60 prochaines années…