Lumière 2018 – Jane Fonda: « On n’a pas ça aux Etats-Unis! »

Posté par Morgane, le 21 octobre 2018

Vendredi 19 octobre, 15h, le très beau théâtre des Célestins prête sa salle, comme chaque année, pour LA masterclass du Prix Lumière.
Jane Fonda arrive, sourire aux lèvres, habillée de vert des pieds à la tête, rayonnante et pétillante et s'adresse à son auditoire dans un français quasi sans faute au léger accent si charmant... "Je n'étais pas venue à Lyon depuis 50 ans. Je suis très fière et très heureuse d'être ici!"

L'idée d'être une star
"Je suis stupide mais pas folle! Des gens dehors me demandent des autographes. Mais qu'est-ce que c'est être une star? Je ne sais pas... Pour moi c'est être une antenne au somment d'une montagne pour amplifier les voix des gens qui ne sont pas des stars."

"Je ne voulais pas être actrice. Mon père était un grand acteur mais quand il rentrait le soir il n'était jamais en joie, toujours de mauvaise humeur. Donc je n'étais pas attirée par ce métier. J'ai essayé d'être secrétaire mais on m'a mise à la porte!" Mais alors pourquoi cette carrière d'actrice? "Car je devais gagner de l'argent, c'est aussi simple que ça. Ma belle-mère ne m'aimait pas beaucoup et elle m'a dit que dans cinq mois je devais quitter la maison de mon père. J'ai donc fait un essai pour un cours d'art dramatique et c'est comme si on m'avait ouvert la tête et que des milliers d'oiseaux s'étaient envolés. C'était magnifique! J'avais juste besoin de l'approbation de quelqu'un non employé par ma famille."

Une femme aux deux Oscars
Jane Fonda a reçu deux Oscars. Le premier pour Klute de Alan J. Pakula en 1972 et le second pour Le Retour de Hal Ashby en 1978.
"J'ai pleuré car j'avais gagné un Oscar avant mon père, ça ne me semblait pas juste."

Fonda et le cinéma français
En 1964, Jane Fonda arrive en France pour tourner Les Félins de René Clément. Elle tournera ensuite trois films avec Roger Vadim (La Ronde, La Curée et le fameux Barbarella) qui deviendra également son mari et le père de leur fille, Vanessa. "J'ai rencontré Roger Vadim quand je tournais Les Félins. J'ai dit 'jamais je ne ferai un film avec Vadim!' Mais il était cosy, like an oldshoe, tellement charmant, je suis tombée amoureuse quoi!" Difficile de travailler avec son mari? "Non, c'est sexy! Vadim adorait mettre sa femme nue dans les bras d'acteurs très beaux. Il aimait tenter le diable."

"En mai 68 j'étais en France. On croyait qu'il était possible qu'ouvriers et étudiants puissent se rassembler pour changer le gouvernement. Mais ce n'était pas possible. Ce fut même pire après. Mais à l'époque on trouvait cela formidable!"
C'est aussi à cette période que Jane Fonda rencontre Simone Signoret, Yves Montand, Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre... C'est en France, dit-elle, qu'elle a vraiment compris la guerre du Vietnam. "Même Vadim qui se foutait de tout était contre cette guerre. Simone Signoret m'a expliqué la guerre. C'est alors que j'ai compris et que je suis rentrée aux Etats-Unis. C'est plus facile au final d'être ignorant car c'est pardonnable." Une fois que l'on sait...

Un nouveau cinéma avec Sydney Pollack
De retour aux Etats-Unis, Jane Fonda tourne On achève bien les chevaux réalisé par Sydney Pollack. C'est pour elle un tournant dans sa carrière d'actrice car elle aborde ici un tout autre type de personnage. Tournant qu'elle entérinera par la suite avec Klute. On achève bien les chevaux met en avant "les gens consumés par le consumérisme. Sydney Pollack était extraordinaire. Il avait un don pour raconter des histoires qui prennent les gens. Les acteurs adoraient travailler avec lui."

Convictions politiques au devant de la scène
"Ma carrière n'était jamais en première place. Quand on est une actrice militante c'est important d'avoir des films ou des séries qui marchent car on vous entend, ça permet d'être plus efficace dans son militantisme." Le cinéma était alors un moyen, non une fin en soi. Thierry Frémaux lui dit alors qu'elle est allée très loin dans ces années-là. "Je suis allée au Vietnam au printemps 1972. On recevait des informations des diplomates disant que les bombardiers américains bombardaient les digues juste avant la saison des moussons ce qui tuerait des milliers de gens. On ne savait pas quoi faire. Alors je me suis dit si moi j'y vais peut-être que ça va faire du bruit. Je suis très fière de cela. En revanche une photo a été prise de moi avec des nords-coréens assise sur un canon anti-aérien. Ça a été très mal pris et je le regrette énormément."
"Je pense que je suis devenue meilleure actrice grâce à mon militantisme. Apprendre à écouter est le plus important. Il faut haïr le comportement et non la personne, sinon on est consumé par la haine."

Jane et l'aérobic
"Une fois la guerre du Vietnam terminée, on a voulu, avec mon mari Tom Hayden, créer une Campagne de Démocratie Economique. Mais nous n'avions pas l'argent. Je connaissais bien le workout (le fitness d'aujourd'hui) alors je me suis dit que j'allais faire un business de la gym pour financer cette Campagne." Tout l'argent récolté grâce aux cassettes, aux livres etc. revenait à la Campagne. Cela lui a aussi permis de reprendre possession de son corps (anorexie, boulimie...) "Au bout de plusieurs années, j'ai réalisé que la gym en soi était importante. Je recevais des lettres du monde entier de femmes disant que ça les avait transformées..."

Jane in five acts
Le documentaire de Susan Lacy aborde la vie de Jane Fonda selon cinq actes. Quatre hommes: son père, Roger Vadim, Tom Hayden et Ted Turner. "Ted Turner est mon ex préféré. Il vit encore, enfin presque." Et le cinquième acte c'est Jane elle-même.
Dans ce documentaire on la voit encore aujourd'hui dans de nombreuses manifestations. "Avant Trump je pensais pouvoir apprendre le jardinage ou écrire un livre. Mais le jour après son élection, ce n'était plus possible! C'est la première fois aux Etats-Unis que les gens réalisent que notre démocratie est en danger."

Une belle discussion, des rires, des anecdotes cinématographiques, une vie engagée...  Pour moi qui connaissait assez peu Jane Fonda et son cinéma, cette semaine de festival m'a permis d'en découvrir beaucoup plus sur sa carrière (Julia, Stanley et Iris, Le syndrome chinois, Le cavalier électrique, La maison du lac -unique film où elle joue avec son père dans une comédie dramatique qui semble quasi autobiographique et pour lequel Henry Fonda recevra le seul Oscar de sa carrière) et sur sa vie (grâce au documentaire Jane in five acts). Une belle découverte qui  donne envie de continuer à découvrir le reste de sa filmographie... Thanks Jane pour cette masterclass!

Lumière 2018 – Jane Fonda reçoit le 10e Prix Lumière

Posté par Morgane, le 20 octobre 2018

Vendredi 19 octobre, la cérémonie de remise du Prix Lumière a, comme de coutume, eu lieu à l'amphithéâtre de la Cité Internationale de Lyon. Entrent en salle, Jean-Loup Dabadie, Biyouna, Rachid Bouchareb, Tahar Rahim, Rossy de Palma, Lambert Wilson, Vincent Perez, Anne Le Ny, Valeria Bruni Tedeschi, Claudia Cardinale, Marina Foïs... et... la francophile et francophone Jane Fonda!

Soirée aux intonations françaises

Autant pour Tarantino en 2013 la soirée était très américaine avec Uma Thurman, Harvey Keitel, Tim Roth, autant cette année, ceux qui entourent Jane Fonda sont frenchy, tout comme les textes et les chansons qui ont rythmé cette soirée, pour le plus grand plaisir de la militante, qui n'a de cesse de dire à quel point elle aime la France. "C'est ma deuxième maison!"

Vincent Delerm s'installe au piano faisant une reprise bien à lui de Mon manège à moi d'Edith Piaf et faisant reprendre le lalalalala en choeur à toute la salle. Puis c'est à Dominique Blanc d'entrer en scène lisant un extrait du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir.:"Entre les deux sexes il n'y a pas encore d'égalité." Le texte date de 1949 et est encore, malheureusement, très actuel.

Les images reprennent le dessus et un extrait du documentaire Women make film de Mark Cousins est projeté, avec les voix de Tilda Swinton et Jane Fonda. Anaïs Demoustier, Suzanne Clément et Anne Consigny donnent leurs voix à des extraits de Ma vie, l'autobiographie de Jane Fonda: "Il faut aussi prendre des risques pour devenir réelle."

Puis Edith Piaf cède sa place à Jacques Brel et sa Quête chantée par Nolwen Leroy.

Enfin, c'est monsieur Constantin Costa-Gavras qui prend le micro pour remettre le Prix Lumière à Jane Fonda. Il l'a connue lorsqu'il était 1er assistant réalisateur de René Clément sur le tournage des Félins en 1964. Il rappelle son talent d'actrice, l'admiration pour son engagement... Et c'est à Jane Fonda de venir sur scène, sautillante, sourire aux lèvres, pleine de rires, dans une tenue qui semble cousue sur son corps! On sent qu'elle est heureuse d'être ici. Elle entonne alors "Ah voilà la quille" que lui a appris Roger Vadim "entre autres choses" nous dit-elle l'œil amusé. Puis elle continue avec la chanson "La rue des Blancs-Manteaux" comme si une fois lancée on ne pouvait plus l'arrêter.

Rien de guindé, tout en naturel, Jane Fonda a vraiment donné du sourire, des rires et de belles anecdotes cinéphiles à cette 10e Edition! Une Jane Fonda lumineuse, des films sublimes, des masterclass intéressantes et un soleil brillant, tout était au rendez-vous pour que cette édition soit réussie!

Mais comme chaque année, 10 jours passent trop vite et le clap de fin a déjà été donné... alors rendez-vous l'année prochaine!

La Cinémathèque française à Paris organise une rétrospective de la filmographie de Jane Fonda du 22 octobre au 5 novembre. L'actrice fera notamment une masterclass le 22 octobre.


Lumière 2018 – Alfonso Cuaron: « Je ne fais des films que pour apprendre à faire le prochain. »

Posté par Morgane, le 17 octobre 2018

Festival Lumière. Mardi 16 octobre. 10h. Le soleil brille encore à Lyon et les gens son déjà dans la file d'attente pour la masterclass d'Alfonso Cuaron qui débutera à 11h.

Une heure plus tard, la salle est comble et Alfonso Cuaron, précédé de Thierry Frémaux, fait son entrée sous les applaudissements!

Alfonso Cuaron et Thierry Frémaux reviennent sur une longue discussion qu'ils avaient eu à Morelia quelques années auparavant. Après Gravity et ses nombreux Oscars, Thierry Frémaux voulait savoir si Alfonso Cuaron était toujours un enfant du Mexique? Au moment de cette discussion Cuaron était sur un tout autre projet, celui d'une histoire intimiste mais qui se passerait il y a 50000 ans. "Je faisais des recherches très poussées en anthropologie et archéologie. J'en ai parlé à Thierry Frémaux mais lui m'a juste dit que c'était le moment de retourner au Mexique (ndlr: il n'y avait pas tourné depuis Y tu mama tambien). J'étais très en colère contre Thierry de ne pas partager mon enthousiasme. Mais cette conversation est repassée en boucle dans mon esprit et j'ai décidé de retourner là-bas et de me poser la question si en effet j'étais encore mexicain. C'était le bon moment!" Aussi, il est retourné au Mexique. Et il s'est lancé dans Roma, un film très personnel, très intime, avec les outils dédiés en général aux grosses productions, qu'il avait appris à manier lors de ses précédents tournages et qui sont pour lui "très appropriés pour un film d'auteur".

Intimité

Concernant la question de l'intime dans chacun de ses films, selon lui, "un cinéaste ne peut pas faire un film sans qu'il soit personnel. Il faut trouver une veine personnelle dans chaque projet, c'est l'enjeu. Dans Y tu mama tambien c'est un récit du passage de l'adolescence à l'âge adulte. Pour moi, Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban était une manière de filmer le passage de l'enfance à l'adolescence. Tout comme Gravity. On le voit comme une grosse production mais c'est mon film le plus personnel. J'étais dans le besoin de le faire. La conception même de Gravity a été une succession d'épreuves et d'adversité."

Hollywood

Quant à son rapport à l'Amérique, à cette Californie, à ce Hollywood envahissant comme lui demande Thierry Frémaux, c'est une "période d'évolution du cinéma. C'est passionnant à observer". "Je vois Hollywood comme une industrie et non comme un lieu d'expression des cinéastes du monde entier. Le danger serait de voir Hollywood comme le Saint-Graal avec le risque de lisser et d'homogénéiser ce langage pour rentrer dans le moule d'Hollywood. Je porte cette culpabilité-là car moi-même j'ai recherché cette chimère, j'ai perdu ma voix. Je l'ai retrouvée avec Y tu mama tambien. J'ai aussi par la suite changé ma relation à Hollywood."

Mexique

Et maintenant son rapport au cinéma mexicain. "Ma relation au cinéma mexicain est très complexe. Je suis né dans le Mexique du XXe siècle, sous le joug du nationalisme révolutionnaire qui provoquait chez moi un grand rejet de la culture nationale. Et en même temps c'est une époque où, au cinéma, il y avait une très grande diversité des films projetés et cela a aussi marqué mon enfance. Cette diversité a été ma formation. Mais je me demande si je fais plus un cinéma d'auteur ou un cinéma de cinéphile."

Il revient aussi sur l'admiration qu'il a pour le film Jonas qui aura 25 ans en l'an 2000 d'Alain Tanner, la situation actuelle du Mexique où il ne vit plus mais où il retourne souvent et replonge dans sa filmographie lorsque Thierry Frémaux lui demande si il a certains regrets à propos de ses films. "Je ne fais des films que pour apprendre à faire le prochain."

Roma/amoR

Une fois qu'il les a tournés il ne les revoit jamais mais il a un excellent souvenir de tournage de La petite princesse. Mais si on parle de films de maturité alors pour lui ce serait le trio Y tu mama tambien, Les fils de l'homme et Roma. "Ce qui pèse au-dessus de ma tête c'est l'ombre des grands hommes. Quand je pense à eux je me dis alors que je serai ravi de faire un jour un bon film."

Et de conclure ces 2h de masterclass avec le film Roma. "Je suis frustré de me dire que le public français ne verra pas Roma dans une salle de cinéma, ce film ayant été pensé avec une ambition visuelle et sonore destinée au grand écran" explique-t-il en justifiant le choix de Netflix comme partenaire évident.

Lion d'or à Venise, le film devrait quand même concourir aux Oscars en étant projeté dans quelques salles américaines. Le cinéaste préfère parler de son tournage plutôt que de cette polémique entre Netflix, les festivals et les exploitants.

"Je donnais des indications contradictoires à chacun des acteurs. Chaque matin je donnais leur texte à certains mais pas à d'autres et je m'entretenais longuement avec chacun. Une fois sur le plateau c'était un vrai chaos! C'était génial car c'était comme la vraie vie!" D'ailleurs il nous révèle que pour une des scènes de Roma (n'ayez crainte je ne spoilerai/divulgâcherai rien) l'actrice principale n'était pas au courant de l'issue de cette scène, ce qui la rend encore plus émouvante. Et pour les seconds rôles, ils ont le métier qu'ils ont dans la vie et pour ainsi dire "ne jouent donc pas"...

Quant au titre du film Roma, c'est le nom du quartier dans lequel il a grandi et dans lequel se situe le film. C'est également le titre provisoire qui avait été inscrit pour lever des fonds etc. "J'avais dit 'ok mettez Roma comme titre provisoire mais on le changera, je n'aime pas du tout'. Et puis finalement on ne l'a pas changé." Puis il continue: "je pourrai également dire que c'est un lien qui m'unit avec Fellini et Rossellini. (il réfléchit) Mais surtout, Roma est l'anagramme de Amor!"

Lumière 2018 – Vincent Lindon « crève d’envie de mettre en scène un film »

Posté par Morgane, le 16 octobre 2018

© ecran noir

Festival Lumière, Lyon. Lundi 15 octobre, 10h, le soleil brille et la file d'attente est déjà longue devant les portes de la Comédie Odéon. Tous attendent impatiemment l'arrivée de Vincent Lindon pour cette "masterclass part 3". En effet il avait déjà fait une masterclass lors d'une précédente édition du festival, puis l'avait prolongée en revenant à l'Institut Lumière quelques mois plus tard pour la continuer aujourd'hui même lors de cette 10e édition. Car Vincent Lindon a pu être classé comme un acteur timide et peu loquace mais c'est en réalité tout l'inverse. Il ne s'arrête plus, a des tonnes d'anecdotes à raconter et semble pouvoir parler de son métier d'acteur des heures durant. La preuve en est encore aujourd'hui avec ces 2h30 de masterclass qui, selon Thierry Frémaux, devraient se poursuivre avec une nouvelle rencontre à l'institut Lumière dans les mois à venir.

10h30, les portes s'ouvrent, le public s'installe. 10h45 Thierry Frémaux et Vincent Lindon prennent place sur la scène, éclairage rouge et très en forme à la sortie d'un mâchon matinal, tradition lyonnaise consistant à remplacer le petit déjeuner classique par de la cochonnaille, des tripes et du vin rouge principalement. Comme le dit Thierry Frémaux, "on en sort en léger état d'ébriété avec un grand sentiment de supériorité".

Les sujets sont nombreux et très éclectiques. Vincent Lindon passe de la question du numérique à son métier d'acteur. Concernant le numérique, les portables, les selfies etc. il dit qu'avec tout cela on a le sentiment de vivre les choses par procuration et non en direct. "Il faut arrêter avec ces machines, c'est comme si vous n'aviez plus de cœur ni de tête." (notons quand même que le comédien "facetime" de temps en temps place Saint-Sulpice à Paris).

Il bascule alors sur le Cinéma: "je ne dis pas que c'était mieux avant internet, mais je dis qu'il faut quand même connaître les metteurs en scène qui nous ont précédé pour pouvoir faire des films magnifiques!" Et il trouve alors formidable ce festival car les salles sont pleines pour voir des films restaurés de 1930, des Chaplin, des Keaton etc. "c'est incroyable!"

Il revient ensuite sur la violence de sa profession, sur sa vie quotidienne "d'un banal déconcertant" et sur le métier d'acteur qui ne peut être bien fait que si l'on "parle avec les gens, que si l'on échange. Il ne faut pas s'enfermer. Moins on vit, moins on va dans la rue, moins on parle aux autres, plus on a de filtres et plus on se perd et moins on a de talent."

"J'aimerais que des jeunes se battent pour être à ma table!"

Il parle du milieu bourgeois dans lequel il a grandi, de ce monde où "quand y'a plus y'a encore". Il raconte cette fausse solitude qu'il chérit c'est-à-dire "être seul avec plein de gens au bout du fil". Cette envie étant acteur depuis 30 ans que son nom reste un tout petit peu. "Je voudrais passer deux ans de ma vie avant de mourir à ce qu'on ne me fasse que des honneurs. Comme ce que vit actuellement Belmondo au festival! J'aimerais que des jeunes se battent pour être à ma table!" Ce besoin d'être regardé tout en étant conscient que "c'est le regard sur l'homme qui me plait plus que le regard sur l'acteur". Souhaitant cette reconnaissance il dit en même temps ne pas avoir conscience de la place qu'il pourrait occuper dans le Cinéma français. "Je n'en reviens pas à chaque fois qu'on prononce mon nom. Je pense que c'est ma force à moi de penser que je suis indispensable et en même temps un encombrement. Je ne peux pas imaginer un jour qu'il y ait un hommage pour moi ou que je me retrouve dans un livre sur l'histoire du cinéma."

Il en est ensuite venu sur sa façon de préparer ses rôles. "Je fais un travail inconscient énorme. Je sais mon texte à la perfection, c'est le stade après le par cœur. Et pour moi le naturel passe par un excès de travail."

"Je pense qu'au cinéma l'habit fait le moine." Très intéressé par le rendu, il précise: "quand je joue un rôle j'ai besoin d'être au plus près du fantasme que je me fais de moi dans ce personnage." C'est pourquoi dans le film Casanova (qui sortira en salles au mois de mars 2019) il a beaucoup de grosses bagues mais sur ses mains bien à lui, c'est-à-dire avec les ongles rongés et ses mains de "pseudo-paysan".

Il avoue qu'il "crève d'envie de mettre en scène un film" mais qu'il aurait trop peur que des acteurs lui piquent des rôles pendant qu'il le préparera. "Alors quand je serai vraiment chauve j'attaque ma première mise en scène!"

Belmondo et Delon

Concernant le théâtre il dit que ce n'est pas pour lui car on joue le soir, pile à l'heure de l'apéro et du dîner. Non plus sérieusement pour le théâtre: "J'ai peur d'aimer le théâtre à en mourir! Du coup si j'aime trop j'ai peur de ne vouloir faire que du théâtre et du coup de lâcher le cinéma. Je suis comme un gamin qui aurait peur de lâcher une rive pour aller sur une autre. Du coup je ne vais pas y aller comme ça je suis peinard." En tout cas la pièce qu'il rêverait de jouer est celle du Misanthrope avec le rôle d'Alceste.

Il revient sur ses quelques films clef (37,2° le matin, L'étudiante, La crise, Fred, Welcome et La loi du marché), insiste sur le fait qu'il aime ceux qui travaillent dur et déteste les flemmards, ceux qui font les choses à moitié. Et de conclure avec en vrac son amour pour Gabin, son admiration pour Delon. "Belmondo c'est joyeux, c'est le soleil, tout est gai. Je ne crois pas avoir jamais entendu quelqu'un dire de Belmondo, aujourd'hui ça ne va pas très fort. Delon c'est le contraire, c'est l'ombre. Et je ne crois pas que quelqu'un ait dit de Delon, aujourd'hui il est très en forme. Mais les deux me fascinent."

Anecdotes, humour, histoires de cinéma, histoires d'acteur, moments de l'enfance... C'était un beau moment de partage que nous a proposé Vincent Lindon. Mais maintenant il est temps de quitter les lieux, Javier Bardem va venir prendre sa suite dans la salle. C'est ça la magie du Festival Lumière!

Le Festival Lumière souffle ses 10 bougies

Posté par Morgane, le 15 octobre 2018

Le mois d'octobre est arrivé à Lyon et avec lui son désormais traditionnel Festival Lumière qui, pendant 10 jours, dans de très nombreuses salles de Lyon et de la Métropole, va ravir les très nombreux cinéphiles fidèles au rendez-vous.

Car en 10 ans, après seulement trois jours de festival, nous pouvons déjà constater que l'amour que le public lui porte ne s'essouffle pas, bien au contraire: il ne fait que grandir.

Les séances, toujours aussi nombreuses, font quasiment toutes salles combles que ce soit pour l'avant-première du dernier film d'Alfonso Cuaron, Roma (Lion d'Or à Venise), pour un film d' Alfred Hitchcock de 1956, Le faux coupable (projeté en 35mm avec trois ruptures de pellicule en une séance) ou encore le documentaire Hollywood 1982, un été magique au cinéma. La Comédie Odéon affichait également complet pour la rencontre avec Vincent Lindon ce matin et les places pour la masterclass avec Javier Bardem se sont envolées en quelques minutes.

On peut dire qu'un véritable vent de cinéphilie souffle sur Lyon en ce moment, et que cela va durer jusqu'à dimanche prochain!

L'ouverture a donc eu lieu samedi à la Halle Tony Garnier. Comme pour les éditions précédentes 5000 personnes étaient présentes au rendez-vous. Plusieurs noms du 7e Art étaient elles aussi au rendez-vous. Jerry Schatzberg, Elsa Zylberstein, Monica Bellucci, Guillermo Del Toro, Jean Dujardin, Vincent Lindon et bien d'autres... Javier Bardem, invité d'honneur cette année avec Liv Ullmann, a fait son entrée sous un tonnerre d'applaudissements! Claude Lelouch, qui revient pour présenter le film d'ouverture Itinéraire d'un enfant gâté, est accompagné par le duo du film, Richard Anconina et le rare Jean-Paul Belmondo. Celui-ci, à qui le festival avait rendu hommage en 2013, soulève le deuxième tonnerre d'applaudissements de la soirée. C'est toujours très émouvant de voir ce grand nom du Cinéma français ovationné par 5000 personnes faisant son entrée les larmes aux yeux...

Thierry Frémaux et Bertrand Tavernier, respectivement directeur et président de l'Institut Lumière, sont montés sur scène. Le film des 10 ans a été projeté, le film de cette édition également ainsi que les traditionnels films des Frères Lumière. Renzo Piano était également dans l'assistance disant quelques mots sur cette "Cité Lumière" qui permettra de donner un nouveau visage à cette institution qu'est l'Institut Lumière et qui pour le moment en est à la phase de projet.

Après 2h30 de cérémonie, il est désormais temps de laisser place à la magie du Cinéma! Les lumières s'éteignent, le silence se fait et la musique entêtante de Francis Lai joue ses premières notes... Silence, on tourne...

Sergio Leone en tête d’affiche à la Cinémathèque, en librairie et au Festival Lumière

Posté par vincy, le 11 octobre 2018

"Il était une fois Sergio Leone" est la nouvelle exposition de la Cinémathèque française, débutée mardi et qui fermera ses portes le 27 janvier.  L'occasion de découvrir un maître du cinéma italien, longtemps réduit au "western spaghetti", écrasé par la musique de son ami d'enfance Ennio Morricone, méprisé par une grande partie de la critique.

La grande expo de la rentrée à la Cinémathèque s’offre à « bon conte » ce monstre du cinéma Sergio Leone. Enfant de la balle – au temps du muet, sa mère était comédienne, son père, après voir été acteur, fut cinéaste et même chef du syndicat des réalisateurs – le petit Sergio est tombé dans le cinéma quand il était petit. Et il est resté longtemps le fils de Vincenzo Leone. « Au fond de moi, il y a un enfant, il y aura toujours un enfant » avait-il confié lors de sa Master class en 1986 à la Cinémathèque.

De ses origines à son projet inachevé, Leningrad, en passant par ses influences et ses méthodes de travail, le parcours réhabilite fondamentalement celui qui a inspiré Scorsese ou Tarantino. Ce brouilleur de pistes méritait bien qu'on le suive à la trace.

La Cinémathèque propose plusieurs événements pour compléter cette exposition. D'abord une visite guidée tous les samedis et dimanches à 15h30. Mais l'événement sera bien entendu la Masterclasse d'Ennio Morricone le 22 novembre à 20h, avec une rétrospective des films mis en musique par le compositeur du 22 au 26 novembre.

A cela s'ajouteront des conférences : "Il était une fois en Italie, les westerns de Sergio Leone" par Christopher Frayling le 14 octobre à 14h30, et "Sergio Leone: à la recherche du temps rêvé" par Jean-François Rauger le 18 octobre à 19h.

Il y aura aussi un documentaire sur Arte, Sergio Leone, une Amérique de légende, réalisé par Jean-François Giré et diffusé le 9 décembre (et à la Cinémathèque le 20 octobre), ainsi qu'un mois dédié à Ennio Morricone sur France Musique chaque samedi de novembre à 13h.

Sans oublier le catalogue, sous la forme d'un essai compilant entretiens (Scorsese, Cardinale, Bertolucci, Wallach...), analyses, texte de la masterclasse du réalisateur à la Cinémathèque en 1986, documents et images divers. Le livre, La révolution Sergio Leone, de Gian Luca Farinelli et Christopher Frayling, vient de paraître aux éditions de la Table ronde. Frayling a aussi écrit une biographie, Sergio Leone: quelque chose à voir avec la mort que l'Institut Lumière publie avec Actes Sud fin octobre.

Le Festival Lumière, par ailleurs, projettera la semaine prochaine une nuit Sergio Leone avec Il était une fois dans l'Ouest, Il était une fois... la révolution et Le Bon, la brute et le truand.

Mais l'intégrale de Leone sera à la Cinémathèque, avec une séance bonus: Claudia Cardinale présentera Il était une fois dans l'Ouest le 10 novembre à 20h15. Toous les films, qu'il en soit le réalisateur, le réalisateur non crédité, le réalisateur de la seconde équipe, ou le producteur, seront projetés.

Venise 2018 : Roma d’Alfonso Cuaron, Lion d’or réservé au petit écran?

Posté par kristofy, le 10 septembre 2018

Roma de par sa forme anti-commerciale semblait trop fragile pour remplir des salles de cinéma. Ce n'est pas ce qu'a pensé le jury de Guillermo del Toro. Le film, en compétition au 75e Festival de Venise, a raflé le Lion d'or. C'est donc la plateforme de streaming Netflix diffusera le film. Le même cas de figure s'est présenté pour Annihilation de Alex Garland, Anon d'Andrew Niccol, Wolf Brigade de Kim Jee-won ou Mowgli de Andy Serkis: les prédictions d'exploitation en salles étant synonyme de perte d'argent, les droits ont été achetés directement ou revendus à Netflix... Ce que craignait les professionnels à Cannes (une Palme d'or pas visible en salle de cinéma) vient donc de se produire à Venise : un grand film réservé à des abonnés de Netflix.

Depuis le refus de Cannes de prendre en compétition des films Netflix (dont Roma), la position de la plateforme de ne réserver 'ses' films qu'à ses abonnés a justement évolué vers une stratégie hybride, notamment en Corée du sud. Le producteur David Linde (Participant Media) assure que le contrat mixte une sortie en salles pour viser les Oscars et satisfaire le public art-et-essai et une diffusion mondiale sur Netflix.

Les Oscars dans le viseur

Car les cinéastes prestigieux, comme Alfonso Cuarón, veulent pouvoir concourir aux Oscar, ce qui exige que le film ait une sortie limitée dans certaines salles de New York et Los Angeles. De son côté, Netflix veut aussi être aux Oscars pour valoriser son catalogue. Dorénavant, certains films Netflix pourront bien être visibles dans certaines salles de cinéma, en dehors des festivals. Le jour où Roma sera disponible sur Netflix il y aura en même temps (dans certains pays en tout cas) une sortie "day and date", "in selected theaters". Par conséquent, Alfonso Cuarón sera en lice pour les prochains palmarès de fin d'année, ce qui arrange bien le Festival de Venise.

Cuaron est un habitué de la Mostra. Tout comme Cannes qui entretient ses cinéastes 'abonnés' ou chacun de leurs films y est sélectionné, Venise accueille régulièrement les oeuvres de certains fidèles, même si, de plus en plus, le festival ignore de nombreuses cinématographies, parie sur des valeurs sûres (en compétition) et choisit une stratégie hollywoodienne face à Toronto. Le cinéaste mexicain est presque chez lui à Venise depuis que Y tu mamá también avait été en compétition en 2001 en y remportant le prix du meilleur scénario, il y est de retour en 2006 pour présenter Les fils de l'Homme puis en 2010 où il fait l'ouverture de la Mostra avec Gravity. Enfin, en 2015, Alfonso Cuarón est le président du jury de Venise.

C'est justement après Gravity, cette aventure hollywoodienne spatiale avec George Clooney et Sandra Bullock, qui a emmené Alfonso Cuarón au plus haut avec 7 Oscars. Cette année, il est revenu sur le Lido en compétition pour présenter Roma.

Une fresque intime et vécue

Ce nouveau projet revient sur terre et, dans la forme, semble presque l'exact opposé : aucune star, retour au parlé mexicain (plus précisément la langue mixtèque), en noir et blanc, d'une durée de 2h15, avec une histoire de famille inspirée de son enfance. Il fallait sans doute cette apparente austérité pour prendre le temps de regarder vivre cette famille, dont l'ampleur est soulignée par des longs plans séquences et des mouvements de travelling en ligne droite. Durant les années 1970 à Mexico et dans la région d'Oaxaca (sud du pays), on découvre d'abord la jeune Cleo dans son quotidien d'employée domestique d'une riche famille (nettoyer le sol, laver le linge, faire la cuisine...) puis au fur et à mesure l'ensemble de cette famille pour qui elle est servante : les enfants, leur mère et son mari. Celui-ci étant partant pour un long voyage, Cleo s'occupe beaucoup des enfants. Elle a des proches, qui comme elles travaillent au service de maisons. Durant son temps libre avec sa meilleure amie elle sort parfois avec des garçons pour aller au cinéma (voir Louis de Funès!). Elle va devoir annoncer qu'elle est enceinte à sa patronne, mais que le garçon ne veut plus la revoir...

La caméra à peine mobile de Alfonso Cuarón qui capte divers moments de vie est en surface une mise-en-scène simpliste. Mais dans le cadre de l'image, au second plan ou hors-champs, tout s'enrichit de gestes et de mouvements. Cette sobriété glisse toutefois vers plusieurs longs plans-séquences pleins de bravoure où des évènements-clés dramatiques se déroulent devant nos yeux : un accouchement éprouvant, un groupe armé qui envahit un magasin, une enfant qui risque de se noyer. A chaque film, le cinéaste aime défier le cinéma, entre audaces formelles et narration à tiroirs. Alfonso Cuarón présente Roma comme étant son film le plus personnel, l'histoire découlant de ses souvenirs. C'est, pour lui, une sorte d'hommage aux diverses femmes de son entourage d'enfance (Cleo est inspirée de sa babysitter) et ce à quoi elles ont dû faire face, comme justement faire un bébé toute seule pour l'une ou mentir à ses enfants en leur disant que leur père reviendra pour l'autre, durant une époque remplie de turbulences politiques (des nouvelles élections, des manifestations dans la rue).

Un récit intime pour lui, un film qu'il espère faire découvrir à un plus large public possible... sauf en France?

La Gaule réfractaire

Il y a de grandes chances que Roma ne soit pas diffusé dans l'Hexagone, soi-disant temple de la cinéphilie. Le blocage n'est plus du côté de Netflix (à condition qu'il trouve un distributeur), mais du côté de la Fédération Nationale des Cinémas Français (la FNCF, qui avait d'ailleurs fait annuler des séances d'avant-première gratuites de Okja, film Netflix en compétition à Cannes, à Paris en 2017) en lutte contre ce concurrent et perturbateur de la chronologie des médias. En France, la chronologie des média, actuellement en cours de renégociation, veut qu'un film sorti en salle ne soit disponible en SVOD que 3 ans après son exploitation (impensable pour Netflix, Amazon ou autres quand ils investissent des dizaines de millions d'euros dans les films des Coen, de Scorsese, Cuaron, Mackenzie, Greengrass ou Michod. La nouvelle réforme passerait le délais de 15 à 36 mois, ce qui n'a pas plus acceptable pour les plateformes de SvàD.

Tout le monde est finalement perdant dans cette histoire: les cinéphiles qui ne pourront pas voir le film sur grand écran, les salles de cinéma qui se privent à la fois d'un grand film qui peut séduire de fidèles spectateurs et qui poussent ces spectateurs à s'abonner à Netflix (donc à se détourner d'une sortie au cinéma), le cinéma qui va devoir s'adapter à un écran de 1m50, ...

Ironiquement, on notera que le film de Cuaron sera projeté au prochain Festival Lumière, à Lyon, dirigé par Thierry Frémaux, patron cannois entravé dans sa liberté de programmer. Le film a déjà été présenté à Telluride. Il est déjà l'un des événements des festivals de Toronto, New York et Londres Il sera sur Netflix (et dans quelques cinémas américains et mexicains) le 14 décembre.

Fonda, Keaton, Linder… le Festival Lumière soufflera ses 10 bougies en bonne compagnie

Posté par Morgane, le 12 juin 2018

11 juin, 11h, conférence de presse à l’Institut Lumière. Thierry Frémaux, directeur de l’institut Lumière, présente la future et 10e édition du Festival Lumière qui se tiendra à Lyon du 13 au 21 octobre 2018.

Bien sûr, il a décidé de faire durer le suspense jusqu’au bout et de garder l’annonce du Prix Lumière pour la fin de la conférence.

Nous ne sommes qu’au mois de juin, la programmation de cette 10e édition n’est donc pas bouclée, mais déjà un grand nombre de choses sont annoncées. Le Festival garde la trame de ses dernières éditions, et on le comprend, car il a réussi, en neuf années, à trouver une belle manière d’allier festival cinéphile et festival populaire!

Concernant le focus fait sur l’histoire du Cinéma français, après Clouzot, Carné, Becker et Duvivier, c’est au tour d'Henri Decoin, dont le fils Didier Decoin, prix Goncourt pour John l’Enfer, sera présent pour l’occasion. Né en 1890, champion de natation, aviateur durant la guerre, il devient journaliste sportif, écrivain puis cinéaste. Il travailla avec, entre autres, Danielle Darrieux, Jean Gabin, Lino Ventura, Louis de Funès...

Pour le focus fait sur l’Histoire permanente des femmes cinéastes, après Alice Guy, Agnès Varda, Germaine Dulac, c’est Muriel Box qui sera mise en lumière. Anglaise, scénariste, cinéaste et productrice, elle reçoit l’oscar du meilleur scénario pour le Septième voile qu’elle écrit avec Sydney Box.

Richard Thorpe, réalisateur aux 284 films, sera également à l’honneur. Rendu célèbre notamment par Ivanohé, certains de ses films, dont La main noire, seront projetés lors du festival en 35mm.

Dans la section Sublimes Moments du Muet, quatre grands noms cette année:

- Max Linder, mort très jeune, suicidé avec sa femme et laissant derrière eux une petite fille à peine âgée de 1 an, Maud, qui a par la suite dévoué sa vie à la mémoire de ses parents. Elle a beaucoup oeuvré à la reconstitution de l’oeuvre de son père et à sa mort, l’automne dernier, elle a tout légué à l’Institut Lumière. Il y aura donc une rétrospective Max Linder, une soirée hommage au cinéaste ainsi que la création d’un Institut Maud et Max Linder.

- Catherine Hessling, muse de Jean Renoir.

- Buster Keaton dont on découvrira aussi la troisième (et peut-être dernière) partie de la rétrospective (on avait pu découvrir les deux premières parties en 2016 et 2017).

- Charlie Chaplin qui, pour ce 10e anniversaire, sera également de la partie.

Tout comme à Cannes cette année, le Festival Lumière célèbrera le 50e anniversaire de 2001, l’Odyssée de l’espace qui sera alors projeté en 70mm.

D’autres rétrospectives auront lieu: Hommage à Liv Ullman présente pour l’occasion ; rétrospective du réalisateur chinois King Hu ; invitation à Peter Bogdanovich...

A noter une nouveauté cette année, un Worshop avec Michel Ciment. Une trentaine de personnes pourront suivre un enseignement chaque matin et un visionnage de films chaque après-midi avec Michel Ciment, maître de conférence et rédacteur dans la revue Positif. Ce sera l’occasion pour eux, durant cinq jours, d’apprendre à regarder un film, critiquer un film, mener un débat, écrire sur le cinéma…

Le cinéma se fait aussi en musique. Bernard Lavilliers sera présent le mardi 16 octobre à L’Institut Lumière pour jouer de la musique, lire des textes de Blaise Cendrars et parler de cinéma. Camelia Jordana, comme c’est le cas depuis plusieurs éditions, sera également là avec un tour de chant des grandes chansons du cinéma français. Enfin, Catherine Frot poussera également la chansonnette plusieurs fois durant ces 9 jours du festival, accompagnée d’un unique piano et ce dans quelques cafés lyonnais. A préciser.

Ce Festival fêtera aussi les 15 ans du film Nos meilleures années qui avait été projeté à sa sortie en présence de toute l’équipe à L’Institut Lumière et Tilda Swinton devrait venir présenter son film de chevet, I know where i’m going de Michael Powell et Emeric Pressburger.

Le Marché International du Film Classique soufflera, lui, ses 7 bougies. Et durant ces neuf jours, les festivaliers pourront également découvrir la nouvelle librairie Lumière qui se trouve dans les anciens ateliers Lumière.

Tout est dit ou presque. Les nombreux remerciements ont été effectués. On sait que les tee-shirts de cette 10e édition ont été designé par Jean-Paul Gaultier et que le programme détaillé arrivera fin août, début septembre, patience.

Désormais, roulements de tambour, le visage du 10e Prix Lumière apparait sur l’écran en grand. Et cette année, pour la deuxième fois, après Catherine Deneuve, c’est une femme, Jane Fonda, qui recevra le Prix Lumière !

Fille d’Henry Fonda, Jane Fonda grandit dans l’ombre de son père. Cours de danse, de théâtre, mannequin, elle intègre l’Actor’s Studio et tournera ensuite avec George Cukor, George Roy Hill puis en France avec René Clément et Roger Vadim. De retour aux Etats-Unis elle tournera avec Sydney Pollack puis Hal Ashby, Arthur Penn, Joseph Losey, Ted Kotcheff, et par la suite Jean-Luc Godard, Paolo Sorrentino et bien d'autres encore…

Jane Fonda, c’est la femme aux deux Oscars, pour ses rôles dans Klute de Alan J. Pakula en 1971 et dans Le Retour de Hal Ashby en 1979.

Jane Fonda n’est pas qu’une Star de cinéma, elle est également une femme très engagée et qui choisit ses rôles en fonction de ses idéologies. Elle se bat pour les droits civiques, contre la guerre du Vietnam, contre le nucléaire, pour les droits des femmes… Les causes sont nombreuses et son engagement certain.

Mais peu à peu elle s’éloigne du 7e Art, se consacre un temps à l’aerobic puis revient au Cinéma dans les années 2000 sous l’angle de la comédie. En 2012 elle passe au petit écran avec la série The Newsroom. L’expérience lui plait et elle réitère avec Grace et Frankie. On la voit également dans Youth de Sorrentino et très récemment aux côtés de Robert Redford dans Nos Âmes la nuit, (création Netflix) où tous deux octogénaires ils livrent une tendre interprétation de la vieillesse et des sentiments qui en découlent…

Le documentaire Jane Fonda in five acts sera alors projeté lors du Festival Lumière et un hommage sera rendu avec elle à son père Henry Fonda.

Et dire qu'il reste encore 4 mois à attendre avant le Clap de départ de cette belle édition !

Happy Together au Festival Lumière 2017

Posté par Morgane, le 24 octobre 2017

9 jours de festival, de rencontres, de masterclass, de découvertes et redécouvertes… 9 jours pour 397 séances, 177 films et 60 lieux et 700 bénévoles… 9 jours d’amour du cinéma pour cette 9ème édition du Festival Lumière… 9 jours qui comme chaque année se terminent là où ils ont commencé une semaine auparavant, à la Halle Tony Garnier. "Le festival Lumière a compté 171 000 festivaliers cette année, soit une augmentation de 7% et un taux de remplissage des séances de 92 %" indique le communiqué-bilan. Et ajoute: "Le Marché du film classique est également en hausse cette année de 15 % avec 350 professionnels et 21 pays représentés."

Les spectateurs ont donc été une fois encore au rendez-vous, professionnel-le-s du 7ème Art aussi. Wong Kar-wai et sa femme arrivent très décontractés, jean pour tous les deux, casquette noire et indétrônables lunettes de soleil pour lui (quelqu’un aura-t-il vu ses yeux durant ces quelques jours à Lyon? Pas sûr…)

Des prix

Thierry Frémaux prend le micro pour la dernière fois de ce festival. Il parle des divers prix remis durant cette semaine, car outre le Prix Lumière, quatre autres ont été décernés.
- Prix Fabienne Vonier (prix dédié aux femmes de cinéma) a été attribué à Caroline Benjo et Carole Scotta, les fondatrices de la société de production Haut et Court.
- Prix Raymond Chirat récompensant une personnalité oeuvrant pour la préservation et la transmission de la mémoire du cinéma a été remis à Manuel Chiche.
- Prix Bernard Chardère, récompensant un critique et auteur, une personnalité marquante du cinéma, a été remis à Eva Bettan dont on connait bien la voix sur les ondes de France Inter.
- Prix des Lycéens a été attribué à Chungking express de Wong Kar-wai qui succède ainsi à Talons aiguilles (Pedro Almodovar) ex-aequo avec La vie est belle (Frank Capra), La belle équipe (Julien Duvivier) et Sherlock Jr (Buster Keaton).

Bertrand Tavernier a aussi pris la parole en disant de cette semaine : « J’ai vécu des moments extraordinaires. Le plaisir de faire découvrir des films, de faire partager et le plaisir de découvrir des films que je ne connaissais pas. »

Une sortie d'usine "chinoise"

On a également eu la chance de voir la Sortie d’usine tournée par Wong Kar-wai la veille rue du Premier film dans lequel on retrouve le saccadé cher au réalisateur.

Et Wong Kar-wai de conclure : « Je remercie chacun d’entre vous d’avoir fait de ces moments quelque chose d’aussi extraordinaire. » Puis il a dit quelques mots en chinois pour les chinois dans l’audience qu’il a ensuite traduits en anglais, parlant alors de sa fierté de rendre ce festival un peu plus chinois. C'est la première fois qu'un artiste asiatique est honoré par le Prix Lumière.

Pour conclure cette cérémonie de clôture, le festival a projeté en avant-première mondiale la copie restaurée du grand chef-d’oeuvre de WKW, In the mood for love. La magie opère toujours et le film envoute. Après 9 jours de festival, nous sommes totalement In the mood for Wong Kar-wai…

Festival Lumière 2017: un Prix Lumière sucré-salé-épicé pour Wong Kar-wai!

Posté par Morgane, le 21 octobre 2017

La semaine est passée vite, trop vite, au Festival Lumière à Lyon. Nous voilà déjà au vendredi 20 octobre et à sa soirée de remise du Prix Lumière dans le traditionnel amphithéâtre du Palais des Congrès.

Le public s’installe, les personnalités du 7ème Art font leur entrée tour à tour: Niels Arestrup, Anne le Ny, Olivier Assayas, Pierre Lescure, Clovis Cornillac, Emmanuelle Devos, Anna Karina, Bertrand Tavernier, Isabelle Adjani, Charles Aznavour… Puis c’est au tour de Wong Kar-wai et de son épouse de faire leur entrée sous un tonnerre d’applaudissements sur la chanson phare d’un de ses films, Happy Together.

Vient ensuite le moment des hommages, en chansons ou en paroles. La chanteuse québécoise Diane Dufresne reprend La Bohême d'Aznavour. Sonia Wieder-Atherton, violoncelliste qui a notamment travaillé à plusieurs reprises avec Chantal Akerman, reprend le thème cultissime de In the mood for love. Et, comme traditionnellement depuis plusieurs éditions, Camelia Jordana est montée sur scène et a entonné le célèbre Quizas, quizas, quizas que l’on retrouve également dans In the mood for love.

« Wong Kar-wai, je veux que tu reviennes!!!! »

La musique a laissé place aux paroles. Paroles de Zhang Ziyi qui, ne pouvant être présente ce soir, a envoyé un message video à Wong Kar-wai disant de lui : « Tu es le Grandmaster de tous les réalisateurs! »

Honoré à cannes par le prix "Pierre Angénieux ExcelLens in Cinematography", Christopher Doyle, directeur de la photographie des films de Wong Kar-wai de Nos années sauvages à 2046, a pris le micro. Déchaîné, il ne voulait plus le lâché. « I don’t need word, I have images. So fuck you very much. C’est de ta faute Wong Kar-wai, c’est toi qui as provoqué tout ça! … You bastard, you’e right, I can do better so fucking thank you very much!!! » Après ces quelques doux mots, un petit montage de prises de vues de Christopher Doyle d’In the mood for love avec pour bande-son la chanson de Françoise Hardy Je veux qu’il revienne. Et de conclure avec un cri du coeur : « Wong Kar-wai, je veux que tu reviennes!!!! »

«Quand on fait du cinéma, c’est comme arrivé dans un restaurant complet, il faut trouver sa place»

C’est ensuite Olivier Assayas, spécialiste du cinéma asiatique et notamment hong-kongais, qui a rendu hommage à Wong Kar-wai. Beaucoup moins exubérant. Mais ses mots transmettaient toute l’admiration qu’il a pour le cinéaste et son cinéma qui l’a « beaucoup marqué et beaucoup inspiré ». Il revient rapidement sur l’histoire du cinéma chinois, l’importance de WKW dans celui-ci et les mots de ce dernier : « quand on fait du cinéma, c’est comme arrivé dans un restaurant complet, il faut trouver sa place». Pour Assayas, « Wong Kar-wai n’a pas eu de mal à trouver sa place. Il l’a trouvée en filmant Hong-Kong à sa manière. Cinéaste poétique, son cinéma est construit sur l’éphémère, l’exil, celui d’une ville construite au bord d’un précipice. Mais pas seulement. Chez Wong Kar-wai on a aussi la nostalgie de la Chine, du Shanghaï des années 30… C’est ce fantôme aussi qui hante Hong-Kong et qui hante son cinéma. Wong Kar-wai est le cinéaste du souvenir du souvenir tout comme Modiano est l’écrivain du souvenir du souvenir. » Puis il revient aussi sur le fait que Wong Kar-wai a changé sa vie puisque dans un sens, c’est par lui qu’il a rencontré Maggie Cheung (au festival de Venise) et qu’il a écrit un film pour elle (Irma Vep) et qu’il l’a finalement épousée.

«L’allégresse visuelle»

Les mots de Bertrand Tavernier succèderont à ceux d’Olivier Assayas. « Impossible de passer après Assayas. En plus, contrairement à lui, je ne suis jamais allé à Hong-Kong, je suis complètement ignorant. » Quand on connaît le personnage Tavernier, l’ignorance n’est pas vraiment un mot que l’on peut utiliser pour le définir! La preuve en est encore une fois avec ce vibrant hommage sublime et poétique qu’il rend à Wong Kar-wai. Il parle de « l’allégresse visuelle» des films de Wong Kar-wai qui passent « de la nuit, de l’ombre aux néons de la ville. Le temps est au coeur de tous les films de Wong Kar-wai et le cœur bat dans tous ses films, écorché, mis à nu, on sent ses pulsations, ses emballements, les moments où il se fige. »

Le magicien chinois et sa muse Esther

Puis c’est au tour de l’homme du jour de monter sur scène et de commencer ainsi : « C’est un honneur d’être reçu ainsi dans la ville qui a vu naître le cinéma. » Et comme ce qu’il sait faire de mieux au cinéma c'est raconter des histoires, il nous raconte celle d’un magicien chinois qui découvrant le cinéma des frères Lumière décide lui aussi de faire du cinéma estimant que c’est ainsi qu’on fera de la magie désormais. « Cela fait 30 ans maintenant que je fais moi-même des tours de magie! »

Il remercie son fils et sa femme Esther, qu’il invite à le rejoindre sur scène. Lui qui à travers ses films dépeint des amours souvent impossibles a ce soir crié son amour à sa femme. « Esther ne vient que rarement sur mes tournages car elle veut me laisser travailler en paix et pourtant elle a toujours été là. Dans tous les personnages féminins de mes films, il y a toujours des éclats d’elle. Je dédie ce soir cet honneur qui m’est fait à ma muse Esther. » Et de conclure par ces mots : « Merci Lumière, merci Lyon et long live cinema! » après avoir reçu le Prix des mains d’Isabelle Adjani.

Le grand homme aux lunettes noires est ensuite rejoint sur scène par tous les invités du festival sur Happy Together de The Turtles interprété en live par le groupe lyonnais Mr Day.

L’obscurité se fait, place désormais à la magie du cinéma avec la projection des Anges déchus...