Cabourg 2019 : la comédies romantiques, un genre stéréotypé pas si « genderfluid »

Posté par kristofy, le 20 juin 2019

On en a tous vu des dizaines de comédies romantiques et on adore ça. Courir à l'aéroport pour rattraper l’autre avant de partir loin ou se précipiter à une église où se prépare un mariage pour intervenir avant le ‘oui je le veux’ à quelqu'un d'autre; on connaît ces clichés de fin de films avec un personnage qui doit faire se battre contre un délai fatal et faire une grande tirade aussi sentimentale que désespérée, avec l’espoir que ça ne soit pas tout a fait trop tard... Beaucoup de ce genre de clichés se retrouvent dans les comédies romantiques. Certains sont d’ailleurs presque attendus : par exemple se déclarer sous la pluie (Orgueil et préjugés de Joe Wright, N'oublie jamais de Nick Cassavetes). La ‘RomCom’ est un genre de film très codifié. Souvent deux personnages différents que tout oppose  vont se séduire malgré des obstacles - un quiproquos ou une trahison qui va tout casser entre-eux - avant une ultime grande déclaration d’amour et un baiser passionné en guise de happy-end. Le summum étant évidemment Quand Harry rencontre Sally.

Et si en fait tout les comédies romantiques les plus populaires racontent aussi en creux une toute autre histoire ? C'est justement le sujet du documentaire Romantic Comedy de Elizabeth Sankey, présenté lors du Festival de Cabourg, qui interroge le message de ces films. Sa première observation est que "tout le monde est blanc, hétéro, et veut se marier"...

Romantic Comedy analyse avec une multitudes d’extraits des films les plus connus (principalement américains et britanniques) ce qui caractérise leurs personnages et leurs cheminements. Il en ressort que ces comédies romantiques ne sont pas seulement des histoires mièvres à regarder en pleurant avec  un pot de glace (un autre cliché, comme le début de Bridget Jones), ces histoires sont aussi un reflet de notre société et en particulier d’une certaine évolution du regard porté sur les femmes. Ainsi dans les années 50, la femme est un personnage fort, pleine de qualités et consciente de son pouvoir de séduction (comme Katharine Hepburn, Audrey Hepburn ou Marilyn Monroe) et face à elle l’homme est parfois stupide et maladroit (comme Cary Grant ou Tom Ewell).

Il y a eu un glissement inverse jusqu’aux années 90 : l’homme est supérieur et plein d’assurance, à l’aise avec sa fortune et son travail (Richard Gere, Colin Firth) alors que la femme est elle désormais faible, maladroite, avec des complexes ou un manque de confiance (Drew Barrymore, Sandra Bullock). C’est la femme qui doit évoluer pour séduire l’homme (Jennifer Lopez, Katherine Heigl). Seul Pretty Woman est l'exception, puisque les deux protagonistes sont obligés de faire des efforts pour conquérir l'autre (tout comme Notting Hill et Quatre mariages et un enterrement qui poursuivent la tradition des années 40-50). D'ailleurs cette inversion des rôles est condensée avec Bridget Jones, sorte de Orgueil et préjugés à l'envers : le féminisme d'antan a disparu dans les récentes comédies romantiques...

L'homme est l'avenir de la femme

Avec un montage d'une multitude d'extraits de films, Elizabeth Sankey remarque que la femme est rarement sur un pied d'égalité avec l'homme. Parfois le but de l’ héroïne est de séduire l'homme pour le rendre heureux, moins pour être heureuse elle (hystérique, indécise, insatisfaite, complexée: elle est toujours responsable de son malheur et victime de son statut).

L’homme est parfois manipulateur voir presque agressif dans sa séduction (Mary à tout prix, American pie). Quand la femme travaille, elle est vue comme incompétente, ingérable ou malheureuse (encore Bridget Jones, Anne Hathaway dans Le nouveau stagiaire, Sandra Bullock dans la Proposition). Le plus souvent la femme est idéalisée comme une muse qui permettrait l’accomplissement de l’homme : Zooey Deschanel dans 500 jours ensemble, Natalie Portman dans Garden state, Drew Barrymore dans Le come-back... Cette représentativité de la femme au service de l’homme avait d’ailleurs été dénoncée par Zoé Kazan dans Elle s'appelle Ruby. Dans une immense majorité de comédies romantiques on y voit un univers de personnage blanc, hétérosexuel, riche : ce n’est que ces dernières années qu’un peu plus  de diversité arrive. Quand il y a un personnage gay c’est souvent un meilleur ami dont l’utilité est de donner plus d’épaisseur au personnage principal hétéro ou de faire rire. Un couple interracial est rare, il y a eu récemment Kumail Nanjiani dans The Big Sick (un pakistanais avec une américaine) ou Yesterday de Danny Boyle. Même la différence d'âge continue d'être le plus souvent un homme âgé avec une femme plus jeune.

Cendrillon et le Prince Charmant

Dans son documentaire Elizabeth Sankey observe justement que ce sont les comédies romantiques les plus populaires qui ont un fort impact dans la mémoire collective, mais aussi, justement, que ces dernières années il y a de plus en plus de comédies romantiques avec de la diversité qui sont produites. Cependant, ces films sont plutôt catégorisés en 'film dramatique' comme Le club des coeurs brisés ou La tentation de Jessica. Et c'est surtout en Europe qu'on voit ce type de film : Seule la terre de Francis Lee, Week-end de Andrew Haigh, Kyss Mig, une histoire suédoise de Alexandra-Therese Keining, Imagine me and you de Ol Parker... Aucun n'a vraiment eu le succès des gros hits romantiques où régnaient Roberts, Diaz, Lopez, Anniston, Zelwegger et Bullock.

Le documentaire Romantic Comedy relève les différents stéréotypes de ces films, remix du mythe de Cendrillon, qui a rejeté l'émancipation des femmes (et le combat féministe) pour propger l'idée qu'elle ne seront heureuses qu'avec un grand amour (et des enfants), tout en laissant tomber leur job s'il le faut. Loin de nous empêcher de prendre du plaisir à regarder ces histoires, on peut quand même remarquer l'égocentrisme de ces déclarations d’amour où c'est la femme qui doit accepter l'homme tel qu'il est. Que de régressions depuis 30 ans et l'orgasme simulé de Meg Ryan au restaurant.

Le Festival de Cabourg avait d'ailleurs judicieusement sélectionné cette année des comédies romantiques riches de diversité : Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, Matthias et Maxime de Xavier Dolan, Benjamin avec un cinéaste et un chanteur, Pour vivre heureux avec une étudiante belge d'origine algérienne et un jeune homme d'une famille pakistanaise, Aurora de Mila Tervo (Prix de la Jeunesse) avec un immigré iranien et une finlandaise, et aussi Yesterday de Danny Boyle (Prix du Public) avec Himesh Patel et Lily James.

En attendant la première grande comédie romantique où ce sera la femme qui paiera un jeune escort sur Hollywood Boulevard, où ça finira en polyamour bienheureux, où l'homme décidera de rester à la maison pour s'occuper des enfants. Bref une rom-com dans l'air du temps, avec des récits qui se fichent des étiquettes et qui affirment un retour à l'égalité des sexes.

Cabourg 2019 : un palmarès dominé par l’amour

Posté par kristofy, le 17 juin 2019

Le 33ème Festival du film de Cabourg et ses journées romantiques s'est déroulé du 12 au 16 juin avec une programmation très dense de près de 50 films.

Le soleil et le public étaientt au rendez-vous. Certains films déjà passés par Cannes ont rapidement susciter des séances complètes comme Chambre 212 de Christophe Honoré, Matthias et Maxime de Xaxier Dolan, Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, Perdrix de Erwan Le Duc venu accompagné de Swan Arlaud, Maud Wyler et Nicolas Maury, et en clôture La belle époque en présence de Nicolas Bedos et Doria Tillier.

A noter aussi une belle présence des films d'animation avec quatre titres dont J'ai perdu mon corps en présence de l'auteur de l'histoire Guillaume Laurant (tandis qu'en parallèle le réalisateur Jérémy Clapin recevait 2 prix au Festival de Annecy).

Le Grand Jury était présidé par Sandrine Bonnaire avec autour d'elle Lou De Laâge, Laetitia Dosch, Alice Pol, Naidra Ayadi, Vincent Perez, Eric Demarsan, Oury Milshtein et Danièle Thompson. Pour la compétition internationale, il y avait 7 films venant de Finlande, Thaïlande, Mexique, Royaume-Uni, Argentine, France; dont 4 étaient réalisés par des femmes.

Les festivaliers ont de leur coté voté pour un Prix du Public dans un panorama de 18 film: plusieurs ont été particulièrement plus appréciés que les autres et c'est un des favoris qui a reçu le plus de vote : Yesterday de Danny Boyle (et Richard Curtis) avec sa comédie romantique sur fond de chansons des Beatles.

Pour les huit courts-métrages à départager, Rebecca Zlotowski en tant que présidente, avec Lola Le Lann, Shaïn Boumedine, Noée Abita, Jules Benchetrit, Santiago Amigorena, Rahmatou Keïta étaient décisionnaires.

Le Swan d'or qui récompense le meilleur du cinéma français romantique de ces derniers mois ainsi que ses découvertes a cette année particulièrement mis en avant C’est ça l’amour avec quatre prix : meilleure réalisatrice pour Claire Burger, meilleur acteur pour Bouli Lanners, et Prix du Premier Rendez-vous pour à la fois les deux actrices Sarah Henochsberg et Justine Lacroix. Un razzia méritée qui surclasserait presque le Swann d'or pour Mon inconnue.

Plus globalement les Swann d'or font consensus en récompensant des films et des comédiens qui ont marqué ces derniers mois. On note surtout que les films primés sont tous des romances compliquées ou contrariées, où l'amour domine, in fine, manigances, idéologies ou ambitions. Comme s'il n'y avait que cela qui restait: le coup de cœur, malgré les fêlures.

Tarde Para Morir JovenLe palmarès :

- Grand Prix du Jury : Tarde Para Morir Joven, de Dominga Sotomayor (Chili), Léopard de la meilleure réalisation à Locarno
- Prix de la Jeunesse : Aurora, de Miia Tervo (Finlande)
Mention Spéciale du Jury Jeunesse : Manta Ray,
de Phuttiphong Aroonpheng (Thaïlande, sortie le 24 juillet)
- Prix du public : Yesterday, de Danny Boyle (sortie le 3 juillet)

- Meilleur court-métrage : Sous l’écorce de Ève-Chems de Brouwer
Mention Spéciale du Jury Court-Métrage : Elle s’appelait Baby de Mélanie Laleu et Baptiste Gourden
- Meilleure actrice court-métrage : Zoé Héran dans Max de Florence Hugues
- Meilleur acteur court-métrage : Paul Nouhet dans Les Méduses de Gouville de lui-même Paul Nouhet

- Swann d’Or du meilleur film : Mon Inconnue, de Hugo Gélin
- Swann d’Or de la meilleure réalisation : Claire Burger, réalisatrice de C’est ça l’amour
- Swann d’Or du scénario adapté d'une oeuvre littéraire : Mademoiselle de Joncquières, de Emmanuel Mouret
- Swann d’Or de la meilleure actrice : Juliette Binoche dans Celle que vous croyez de Safy Nebbou
- Swann d’Or du meilleur acteur : Bouli Lanners dans C’est ça l’amour de Claire Burger
- Swann d’Or de la révélation féminine : Nora Hamzawi dans Doubles vies d’Olivier Assayas
- Swann d’Or de la révélation masculine : Karim Leklou dans Le Monde est à toi de Romain Gavras
- Swann d’Or du meilleur premier film, ex-aequo : L’amour flou de Romane Bohringer & Philippe Rebbot et Tout ce qu’il me reste de la révolution de Judith Davis.

Par ailleurs les Prix Premiers Rendez-Vous qui récompensent les débuts à l’écran d’une actrice et d’un acteur dans un  premier grand rôle ont été donné à Tom Mercier dans Synonymes (Ours d'or à Berlin) et à Sarah Henochsberg et Justine Lacroix dans C’est ça l’amour de Claire Burger.

Cabourg 2019 : Boyle, Sciamma, Dolan, Honoré parmi les avant-premières

Posté par kristofy, le 4 juin 2019

Le Festival du film de Cabourg se prépare pour sa 33ème édition, du 12 au 16 juin: un rendez-vous romantique singulier et convivial qui sera encore très pluriel. Au menu, il y aura une multitude de films en avant-première (et la possibilité de voter pour celui qui aura le Prix du Public); à l'issue des projections, on pourra picorer parmi des rencontres avec les équipes de films, des titres de la sélection "Par Amour de la Musique" ou même un succès de l'année dans un transat sur la plage...

Sur la fameuse promenade Marcel Proust de Cabourg et dans les salles, les différents membres de jury vont se croiser. Cette année le Grand Jury retrouve Sandrine Bonnaire comme présidente, accompagnée de Lou De Laâge, Laetitia Dosch, Alice Pol, Naidra Ayadi, Vincent Perez, Eric Demarsan, Oury Milshtein et Danièle Thompson. Pour le Jury Courts-métrages la présidente est Rebecca Zlotowski, entourée de Lola Le Lann, Shaïn Boumedine, Noée Abita, Jules Benchetrit, Santiago Amigorena, Rahmatou Keïta; tandis que le Jury Jeunesse sera encadré par Mathilda May et Sébastien Marnier.

Cabourg sera le lieu de multiples avant-premières, dont certaines très attendues : Yesterday de Danny Boyle, So long my son de Wang Xiaoshuai, Vita et Virginia avec Gemma Arterton et Elizabeth Debicki, Je promets d'être sage avec Léa Drucker et Pio Marmaï, L'homme qui venait de la mer de Kôji Fukada... A cela s'ajoute un air de Cannes avant leurs sorties en salles avec Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma (prix du scénario et Queer Palm à Cannes) de Céline Sciamma, Chambre 212 de Christophe Honoré (prix d'interprétation Un certain regard à Cannes), Matthias et Maxime de Xaxier Dolan, Perdrix de Erwan Le Duc, Yves de Benoit Forgeard, La femme de mon frère, des films d'animation avec J'ai perdu mon corps (Grand prix de la Semaine de la critique) et Les hirondelles de Kaboul, et pour la clôture La belle époque de Nicolas Bedos.

La compétition pointue va faire découvrir des films en provenance de France, Finlande, Thaïlande, Mexique, Royaume-Uni, Argentine.

- Vif-argent de Stéphane Batut
- Tarde Para Morir Joven de Dominga Sotomayor
- Only You de Harry Wotlif
- Manta Ray de Phuttiphong Aroonpheng
- Luciernagas de Bani Khoshnoudi
- Aurora de Miia Tervo
- Benjamin de Simon Amstell

Le Festival rayonnera sur la Côte Fleurie de Normandie puisque les projections se déroulent à Cabourg mais aussi à Dives-sur-mer et à Houlgate.

« Cabourg est un vrai lieu de cinéphilie à l'ancienne où on discute directement avec les réalisateurs, les acteurs, les compositeurs. Cette dimension humaine de la rencontre avec les créateurs est très appréciée par les équipes de films qui y viennent ou y reviennent, et par le public. » Cabourg sera encore synonyme de glamour et de découvertes où sont attendus Juliette Binoche, Nicolas Bedos et Doria Tillier, Hugo Gélin, Romane Bohringer et Philippe Rebbot, Nora Hamzawi, Maud Wyler, Judith Davis, Swann Arlaud, Phénix Brossard, Jean-Benoît Dunckel, Bertrand Burgalat...

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33e Festival de Cabourg
Du 12 au 16 juin.
Renseignements sur le site de la manifestation

3 raisons d’aller voir Les Etoiles Restantes

Posté par kristofy, le 7 mars 2018

Après quelques festivals, voilà enfin le film en salles de cinéma. Prix du public au Champs-Elysées Film Festival l'an dernier, Les Etoiles restantes signe le passage au long-métrage d'une petite équipe remarquée pour leurs courts, autour du réalisateur Loic Paillard.

Le pitch: Alexandre, trentenaire un peu paumé, décide de se lancer dans la vie active. Loris, son colocataire misanthrope, travaille sur une 'méthode universelle pour réussir sa vie' et Patrick, son père, décide d’arrêter sa chimiothérapie. Jusqu’ici tout va mal, mais c’est sans compter l’arrivée de Manon…

Les nouveaux espoirs du cinéma français : Vus dans des courts-métrages et des séries télé - et on voudrait les (re)voir davantage au cinéma - les comédiens Benoît Chauvin, Camille Claris et Jean Fornerod (dans le rôle du père), brillent de mille feux et révèlent une fraîcheur et un talent réjouissants. Benôit Chauvin avait déjà tourné deux courts avec Loïc Paillard, et a reçu un prix d'interprétation au festival de Bridges en Grèce pour ce rôle. Camille Claris a été du casting de Respire de Mélanie laurent et primée à Cabourg (En douce) et à Séries mania (Clash). Jean Fornerod est un habitué des films d'André Téchiné et tourne des web-séries comme Marc va pécho. Sylvain Mossot a décollé avec la série Chérif. Et Marica Soyer, fidèle des réalisateurs Alexis Michalik et Théo Courtial, a également été récompensée au festival de Bridges en Grèce pour ce rôle.

Une mélancolie poétique : le film s'attachent à de vastes thèmes: réussir sa vie, aborder la mort, trouver sa place, rencontrer l'amour... mais tout en parvenant à rester léger et rafraîchissant. De l’ironie dans l’humour, de l’émotion dans la gravité, quelques dialogues presque surréalistes, et des musiques bien amenées aux bons moments. On y entend aussi par exemple l'émouvante chanson We might be dead tomorrow de Soko et le poème Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent de Victor Hugo chanté en slam.

Un film générationnel au pluriel : l'histoire est surtout axée sur une relation filiale compliquée avec un jeune trentenaire marqué par une rupture amoureuse. Il va se rapprocher de son père veuf, qui décide d'arrêter un traitement de chimiothérapie. Au même moment une jeune femme va enjoliver et bousculer leur quotidien… Le film va particulièrement "parler" aux trentenaires mais aussi aux jeunes comme aux moins jeunes, aux garçons comme aux filles, aux romantiques comme aux solitaires, aux parisiens comme aux bretons, à vous en fait. Surtout si vous avez été touchés par Nos vies heureuses de Jacques Maillot, ou Osmose de Raphaël Fejtö, ou Comme des frères de Hugo Gélin...

Passade : Rencontre avec Fanny Valette et Amaury de Crayencour

Posté par kristofy, le 8 août 2017

Passade est un film de Gorune Aprikian. Il sort en salles le 9 août.

Le pitch: Paul et Vanessa viennent de coucher ensemble. Ils ne sont pas destinés à se revoir. Elle est drôle, jolie, piquante. Lui a gardé une âme d'enfant. Intrigué par cette jeune femme espiègle et mystérieuse, il va faire de son mieux pour la retenir. Mais qui manipule qui ? Arrivera-t-il à assouvir son besoin d'amour et surmonter la peur, la maladresse, les conventions qui l'encombrent ?

Une nuit, une chambre d’hôtel, un homme et une femme : des multiples possibilités. Une rencontre a déjà eu lieu, ils ont déjà ‘fait’ l’amour et pourtant tout va commencer : la séduction… Alors que nombre de films romantiques se terminent au moment où deux personnages qui envisagent de former un couple s’embrassent enfin avant de passer au lit, le film Passade débute justement dans un lit avec deux personnes qui ne sont pas un couple. La nuit commence…

Le réalisateur Gorune Aprikian nous invite dans l’intimité de deux personnes qui vont apprendre à se connaître durant une nuit entre un lit et une porte. Passade nous arrive comme une nouvelle proposition de ‘film de chambre’ dans la lignée par exemple de ceux de Jacques Doillon où plus particulièrement  Nuit d’été en ville de Michel Deville (avec le couple Marie Trintignantmis et Jean-Hugues Anglade mis à nu…), ou encore de En la cama de Matías Bize et Room in Rome de Julio Medem.

Passade reunit Fanny Valette et Amaury de Crayencour le temps d’une nuit pour la découverte de l’autre et le dévoilement de soi, mais les apparences peuvent être trompeuses…
Après une première séance au Festival romantique de Cabourg avec l’équipe, une rencontre dans un hôtel :

Ecran Noir : Passade s’est d’abord présenté à vous avec un scénario atypique. Il s'agit seulement un huis-clos avec un minimum de personnages. Qu’est ce qui vous a séduit ou effrayer dans ce projet ?

Fanny Valette : Je pense que ce qui nous a attirés dans ce projet c’est justement qu’il nous a fait un peu peur aussi, avant que le réalisateur nous explique et nous rassure sur ses intentions. Ce qui est intéressant, c’est justement une forme de challenge, c’est ce côté atypique et original de l’exercice du huis-clos et des dialogues, avec aussi un côté poétique. Je trouve que c’est un film courageux à ces niveaux là.

Amaury de Crayencour : Oui, complètement. Ce qui a pu nous faire peur peut-être au début est ce qui nous a séduit, et c’est pour ça qu’on l’a fait. C’est excitant d’avoir ce défi là à jouer. On a tourné pendant un mois et demi dans l’ordre chronologique. On a eu cette sensation de vivre cette nuit que les personnages vivent mais de manière étirée, il fallait retrouver chaque jour l’énergie avec laquelle on avait terminé la veille.

EN : Les dialogues sont très très écrits. Est-ce que le réalisateur Gorune Aprikian était aussi très directif ou vous a-t-il laisser une part d’improvisation dans la manière de les dire ou de comment vous mouvoir dans l’espace ?

Amaury de Crayencour : On était assez libre sur la chorégraphie, on pouvait proposer pas mal de choses. On lui disait omment on avait envie de se déplacer dans cette chambre et il suivait. Pour le texte il y tenait beaucoup, c’était un défi de rendre vivant ce texte. En le mettant dans notre bouche, si on trouve qu’un mot comme ‘ok’ est mieux que ‘d’accord’, il fallait quand-même dire ‘d’accord’, c’est un bête exemple mais juste pour dire qu’il fallait suivre le texte comme il était écrit. Le film n’est pas réaliste ou naturaliste sur le plan du jeu, c’est quelque chose d’assez poétique et c’est assez beau pour ça. Mais du coup c’est un défi de rendre ce texte sans trop entendre du texte justement, tout en le respectant.

EN : Le film débute dans un lit où tous les deux vous êtes nus puis au fur et à mesure vous vous habillez légèrement. Est ce que le degré de nudité montré a été un sujet avant ou pendant le tournage ?

Fanny Valette : Pour moi principalement oui, c’est quelque chose qui me faisait un peu peur. J’en ai beaucoup parlé avant et pendant. C’était important pour moi que ça soit suggéré et qu’on ne voit pas grand-chose, et que ça soit très "ellipsé" et donc joli.

EN : Amaury, quelques mots pour décrire votre travail durant Passade avec Fanny ?

Amaury de Crayencour : C’était bienveillant, c’était joyeux, c’était sexy, c’était chouette !

EcranNoir : Fanny, également quelques mots pour décrire votre travail sur ce film avec Amaury ?

Fanny Valette : C’était surprenant, d’ailleurs pendant la scène où tu parles de ta femme j’étais à la fois mon personnage et aussi spectatrice. Les mêmes mots que toi, l’écoute, le partage, la bienveillance, c’était très agréable.

EN : Puisque vous accompagnez l’avant-première de Passade au Festival romantique de Cabourg… A un moment les deux personnages regardent un film en dvd qui les fait se rapprocher. Quel film romantique aurait ce pouvoir de faire se rapprocher deux personnes ?

Amaury de Crayencour : Moi j’aime beaucoup les films romantiques, j’adore Coup de foudre à Notting Hill qui est d’ailleurs aussi la rencontre de deux personnes très différentes. Il y a une star de cinéma jouée par Julia Roberts et un type timide qui tient une librairie par Hugh Grant. Je retrouve cette sorte de rapport dans Passade, mon personnage met vraiment sur un piédestal celui de Fanny parce que justement elle lui fait penser à une femme de cinéma, à son personnage de bande-dessinée qu’il a inventé, il la regarde comme une espèce d’objet d’admiration. Coup de foudre à Notting Hill c’est un film d’adolescence pour moi, je l’ai vu trois fois au cinéma.

Fanny Valette : il y a Quand Harry rencontre Sally que j’aime bien et qui est un chouette film romantique de rencontre. On nous a comparé un peu à un Pretty Woman des temps modernes, on a entendu ça comme compliment.

"Je crois que c’est important d’avoir des films comme ça qui sont un peu différents"

EN :  Lors de cette première au Festival de Cabourg pour faire découvrir Passade à un premier public, quelle sensations avez-vous ressenti dans la salle ?

Amaury de Crayencour : C’était assez excitant parce qu’on a eu avant quelques projections du film qui était plutôt techniques ou professionnelles, et ici à Cabourg c’était un peu le baptême du feu pour Passade. C'est-à-dire que c’était la première fois que du "vrai" public voyait le film, et c’était chouette. Il y a eu effectivement une dame qui nous a dit que c'était un Pretty Woman des temps modernes. Tant mieux.

Fanny Valette : On a eu un super accueil, vraiment. Le film a étonné parce qu’il est particulier dans le bon sens du terme, et on a eu des jolis retours après, c’était très agréable. La première en public c’était quand-même assez stressant, alors c’est chouette de savoir qu’on a participé à un projet qui touche les gens.

Amaury de Crayencour : Je crois que c’est ça, ça touche les gens. En tant que spectateur on est vraiment avec ces deux personnages-là dans leur intimité. Comme si on regarde par le trou d’une serrure ce qui se passe la nuit dans cette chambre d’hôtel, et ensuite on dépasse le trou de serrure parque qu’on est vraiment très proche d’eux. On s’attache aux personnages et on a envie de savoir ce qui va leur arriver. Je crois que c’est ce qui ressort de ce film, on s’attache à ces deux personnalités qui ont encore une part d’enfance en eux, et qui sont plein de fragilité, et qui se trouvent le temps d’une nuit.

Fanny Valette : Ce genre de terme atypique ne veut pas dire qu’il faut avoir peur, au contraire. C’est intéressant de défendre un premier film, et un film qui a été fait avec un tout petit budget. C’est poétique, c’est du vrai cinéma, c’est particulier, je crois que c’est important d’avoir des films comme ça, qui sont un peu différents, et qu’il faut les encourager.

Cabourg 2017 : Le romantisme dans tous ses états

Posté par kristofy, le 19 juin 2017

juliette binocheCabourg c'est "Le romantisme est un état dans tout ses états", pour l'écrivain Gonzague Saint Bris qui avait soutenu la création d'un festival de cinéma dans cette ville liée à cet autre écrivain autrement plus célèbre Marcel Proust. Célébration du glamour et ouverture d'esprit vers la découverte, depuis 31 ans Cabourg est autant un évènement pour les films d'aujourd'hui et pour les talents de demain, avec une compétition plus pointue et une sélection grand public qui n'hésite pas à sortir des sentiers battus. Le cœur ici a ses déraisons.

Cabourg, le glamour

Le Festival du film de Cabourg a fêté la 31ème édition de ses Journées Romantiques. Durant quelques jours caniculaires, sa plage normande est devenue un tapis rouge chic avec Marion Cotillard en présidente du jury. Le plus long tapis rouge, partant du Grand Hôtel et s'achevant au Casino. Cotillard le connaît bien puisqu'elle avait été récompensée dès 2000 avec un Swann d'or de la révélation pour Du bleu jusqu’en Amérique puis ensuite en 2007 avec un Swann d'or de la meilleure actrice pour La môme, qui lui vaudra ultérieurement un César et un Oscar.

© ecran noirDeux autres talents oscarisés étaient ici lors de la clôture et à l'occasion de deux séances spéciales : Juliette Binoche pour Un beau soleil intérieur et Michel Hazanavicius (venu avec l'actrice Stacy Martin qui a bien chauffé la piste de danse du Gatsby avec Félix Moati samedi soir) pour Le Redoutable, soit deux films qui étaient au Festival de Cannes en mai dernier.

En effet, de par son placement dans le calendrier, les salles de cinéma de Cabourg bénéficient d'un avantage: le public peut y découvrir avant de nombreux spectateurs certains films de la Croisette : Ava de Léa Mysius, Cuori Puri de Roberto De Paolis, Mobile Homes de Vladimir de Fontenay (mention spéciale du jury), Une vie violente de Thierry de Peretti, Jeune femme de Léonor Serraille (qui avait gagné laCaméra d'or), 120 battements par minute de Robin Campillo (Grand prix du jury à Cannes et prix du public à Cabourg), Le ciel étoilé au-dessus de ma tête d'Ilan Klipper, avec Camille Chamoux, Marilyne Canto et Alma Jodorowsky.

Quand on est romantique on fait des déclarations d'amour, c'est ce que Cabourg fait avec un Swann d'or remis à une personnalité qui a fait battre le coeur du cinéma français durant l'année. Le palmarès a donc fait briller Rabah Nait Oufella (révélation masculine), Doria Tillier (révélation féminine et excellente en chanteuse au piano-bar), Reda Kateb (meilleur acteur), Béatrice Dalle (meilleure actrice). Et pour le meilleur film Sage femme de Martin Provost : "Faire des films c’est apprendre quelque chose de soi pour le donner aux autres ."

Le Festival du film de Cabourg c'est environ une soixantaine de séances avec beaucoup de films européens (Espagne, Islande, Danemark, Allemagne, Italie...), et pour les 7 films en compétition pour la moitié il s'agit de premiers films.

Cabourg, les découvertes

L'amour a ses raisons que la raison ignore, et le romantisme à Cabourg c'est bien plus que de la comédie ou du drame selon Suzel Piétri, la déléguée générale : "des intermittences du coeur, des pulsions amoureuses, artistiques, politiques, des questions d'écologie, d'identité et de genre, des questions raciales et sociétales...". Ainsi on chante Céline Dion avec Anne Dorval, on plonge dans le décolleté d'Elodie Frégé, on se fait dédicacer le livre d'Aure Atika: il y a tant de manières de déclarer sa flamme à ce festival.

Pour la compétition il y a un film qui se détache des autres en ayant été récompensé à la fois par le jury de la compétition et par le jury de la jeunesse : Une femme fantastique (Una mujer fantástica) du chilien Sebastian Lelio, à découvrir dans les salles le 12 juillet. L'héroïne est confrontée à la famille de son amant décédé, car en plus d'être beaucoup plus jeune cette Marina s’appelait avant Daniel... Depuis quelques années Cabourg organise aussi une cérémonie pour le Prix du Premier Rendez-vous pour encourager la première apparition marquante dans un long-métrage, qu'on espère retrouver ensuite. Ont été ainsi remarqués pour ce prix la jeune actrice Léna Magnien dans Jamais contente de Emilie Deleuze et l'acteur Soufiane Guerrab dans Patients de Grand Corps Malade er Mehdi Idir. Dans la section courts-métrages certains réalisateurs sont d'ailleurs déjà en train de préparer leur prochain projet de film.
En plus des multiples sections (panorama, jeunesse, par amour de la musique...), le festival inaugure une nouvelle petite sélection au nom fleuri de Catleya, une variété d'orchidée chère à Marcel Proust qui avait fait de Cabourg son lieu de villégiature : Catleya compile quelques séances pour public majeur et averti. L'occasion de revoir Mademoiselle de Park Chan-wook mais surtout de découvrir en avant-première Passade avec Fanny Valette et Amaury de Crayencour dans une chambre d'hôtel, et Even lovers get the blues du belge Laurent Micheli.

Cabourg, la fête du cinéma avant l'été...

Le Festival de Cabourg c'est donc pour son public toujours quantité de films en avant-première : Les Ex de Maurice Barthélémy venu avec Stéfi Celma, Alice David, Amaury de Crayencour et Baptiste Lecaplain, le réjouissant Cherchez la femme présenté par Félix Moati, Willima Leghhil et Camélia Jordana, en salles le 28 juin, Loue-Moi! présenté par Déborah François, Alison Wheeler, prévu le 5 juillet, l'excellent 120 battements par minute de Robin Campillo à découvrir le 23 août, le surprenant Le chemin de Jeanne Labrune avec Agathe Bonitzer au Cambodge calé pour le 6 septembre... Il y en a pour tous les goûts: errances asiatiques entre fantômes et tentations pour Agathe Bonitzer ou duel névrotique entre Lars Eidinger et Adèle Haenel, voyage à Hiroshima avec un réalisateur japonais parisien ou questionnements d'un trentenaire parisien d'origine chinoise, deuil d'une jeune enfant espagnole ou battements du cœur d'adolescents islandais.

N'oublions pas le coup de cœur Their Finest réalisé par Lone Scherfig, avec la crème du cinéma britannique - Gemma Aterton, Bill Nighy, Sam Claflin, Eddie Marsan )- qui suit une femme devenue scénariste dans une société de production dominée par les hommes. Cela se déroule durant la guerre. La société doit produire un film à propos d'une opération de sauvetage de soldats à Dunkerque (ce qui fait écho au Dunkirk de Christopher Nolan). C'est le film romantique idéal : de la romance compliquée bien sûr, du féminisme, de l'humour, la passion de faire de continuer à faire du cinéma quoiqu'il arrive en temps de guerre... Their Finest sera prochainement distribué par EuropaCorp.

Le Festival de Cabourg couronne des romantiques engagés

Posté par vincy, le 17 juin 2017

Les 31e Journées romantiques du Festival du film de Cabourg se sont achevées sur un prestigieux tapis rouge le long de la plage - Juliette Binoche, Yolande Moreau, Xavier Beauvois, Raphaël Personnaz, Stacy Marin, Michel Hazanavicius, en plus des jurés qui comptaient Marion Cotillard, Aure Atika, Camille Cottin ou encore Anne Dorval, et des récompensés.

Le palmarès se divise ainsi en deux parties. Les prix des jurys et les Swann d'or.

Commençons avec les jurys qui ont plaidé pour deux films LGBT et engagés à faire reconnaître, respecter la différence.

Le jury de la compétition et le jury de la jeunesse se sont accordés pour consacrer le même film de la compétition, Une femme fantastique (Una mujer fantástica), du chilien Sebastian Lelio, déjà récompensé à Berlin d'un Ours d'argent du meilleur scénario et du Teddy Award. En salles le 12 juillet, le film raconte l'histoire de Marina, qui subit l’hostilité des proches d'Orlando après sa mort: la famille du défunt rejette tout ce qu'elle représente. Marina va devoir se battre, avec la même énergie que celle dépensée depuis toujours pour devenir la femme qu'elle est : une femme forte, courageuse et digne. Marina est incarné par une actrice transsexuelle, Daniela Vega.
En tournage à Londres, Sebastian Lelio a envoyé un message vidéo pour remercier les deux jurys.

Le jury de la compétition a tenu également à remettre une mention spéciale à Mobile Homes de Vladimir de Fontenay.

Le jury du public, qui avait sa propre sélection, a choisi de couronner 120 battements par minute, de Robin Campillo. Grand prix du jury au Festival de Cannes, le film, qui sort le 23 août en France, retrace les premières années de militants d'Act Up.

Côté court métrage, Journée blanche de Félix de Givry a reçu le prix du meilleur film, Théo Cholbi et Zacharie Chasseriaud ont été distingués comme meilleurs acteurs pour Tropique de Marion Defer et Adèle Simphal a été récompensée comme meilleure actrice dans L’Attente d’Eric du Bellay.

Les Swann d'or sont décidés par le Comité qui jugent à la fois une performance mais aussi une carrière pour un artiste dans un film (romantique forcément) sorti ces douze derniers mois.

Swann du meilleur film: Sage femme de Martin Provost
Swann du meilleur acteur: Reda Kateb dans Django
Swann de la meilleur actrice: Béatrice Dalle dans Chacun sa vie
Swann de la révélation masculine: Rabah Nait Oufella dans Nocturama
Swann de la révélation féminine: Doria Tillier dans Monsieur & Madame Adelman

Ce qu’il faut savoir sur le 31e Festival du film de Cabourg

Posté par vincy, le 14 juin 2017

Le 31e Festival du film de Cabourg, dédié au cinéma romantique, s'ouvre ce mercredi 14 juin et se clôturera le dimanche 18 juin. Qui succédera à Diamond Island (Grand prix du jury l'an dernier) et Mr. Ove (Prix du public)?

Un jury très étoilé: Marion Cotillard (Swann d'or de la meilleure actrice en 2007) préside le Grand jury qui décernera le Grand prix du jury samedi 17 juin. Elle sera entourée d'Aure Atika, Camille Cottin, Anne Dorval, Hugo gélin, Nathanël Karmitz, Camille Laurens, Ibrahim Maalouf et Manu Payet (Swann d'or du meilleur acteur en 2016). Le jury jeunesse, composé de 6 collégiens et lycéens, sera parrainé par Nora Arzeneder et Stéphane de Freitas. Pour les courts-métrages, le jury est présidé par Gabriel Le Bomin, avec à ses côtés Swann Arlaud, Olivier Chantreau, Elodie Frégé,Yaniss Lespert, Salomé Richard et Solène Rigot.

Une compétition éclectique: Ava de Léa Mysius, prix SACD à la dernière Semaine de la Critique, Cuori Puri de Roberto De Paolis, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs, Eté 93, prix du meilleur premier film à Berlin, Heartstone de Gudmundur Arnar Gudmundsson, Grand prix du jury et prix du public à Angers, Queer Lion à Venise, Mobile Homes de Vladimir de Fontenay, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs, Une femme fantastique de Sébastian Lelio, Ours d'argent du meilleur scénario et Teddy Award à Berlin, et Walk With Me de Lisa Ohlin.

Un panorama "romantique" pour le public: le prix du Public sera choisi parmi les 12 films suivants.

120 battements par minute, Grand prix du jury à Cannes
L'âme du tigre
Cherchez la femme
Le chemin
Le ciel étoilé au-dessus de ma tête
Les Ex
Jeune femme, Caméra d'or à Cannes
Loue-moi!
Lumières d'été
The Bloom of Yesterday
Their Finest
Une vie violente

Premiers Rendez-vous: pour ce prix qui récompense la première apparition d'un(e) comédien(ne), sont en lice Jamais Contente d'Emile Deleuze avec Lena Magnien et Patients de Grands Corps Malade et Mehdi Idir, avec Pablo Pauly. La cérémonie a lieu vendrredi 16 juin.

Dans les salles, sur la plage, pour la musique, pour la passion: Cabourg proposera aussi de revoir ou de découvrir des films "romantiques" de l'année écoulée tels Django, Monsieur & Madame Adelman, Nocturama, Sage femme, Mountain Cry, La tortue rouge, Mademoiselle, Passade ou encore Even Lovers get the blues...

Une histoire de plumes: signatures, lectures, conférences, Cabourg propose aussi des rencontres hors-cinéma. Christine Citti lira ainsi le scénario de Caroline Vignal, Cévennes, Aure Atika et Camille Laurens ont été invité à dédicacer leurs livres (Christine Citti lira également des extraits de leurs romans), et Gonzague Saint-Bris animera une conférence où se mêleront sexe et pouvoir. Chaud!

L’éveil d’Edoardo charme les jurys du Festival de Cabourg

Posté par kristofy, le 15 juin 2015

La cérémonie de clôture du 29ème Festival du Film de Cabourg a offert une chaleureuse standing-ovation à Michel Legrand pour lui remettre un Swann d’Or Coup de cœur, en hommage à sa carrière.

Le Swann d’Or qui récompense le romantisme de ces derniers mois au cinéma a été l’occasion de réunir à Cabourg les équipes des films A trois on y va avec la présence de Anaïs Demoustier, Sophie Verbeeck, Félix Moati, Jérôme Bonnell ; Caprice avec, encore, Anaïs Demoustier, Emmanuel Mouret et Virginie Elfira ; Un peu beaucoup Aveuglément avec Clovis Cornillac et Lilou Fogli ; Trois souvenirs de ma jeunesse d'Arnaud Desplechin avec son duo Lou Roy-Lecollinet et Quentin Dolmaire…

Pour les 7 films en compétition, cette année il y a eu un rassemblement des voix en faveur de L’éveil d’Edoardo de Duccio Chiarini (dont la sortie est d’ailleurs prévue ce mercredi 17 juin) avec à la fois le prix du jury de la jeunesse et aussi le grand prix du jury présidé par Juliette Binoche.

La légèreté, parfois empreinte de gravité, était donc au rendez-vous avec ces différentes histoires de famille décomposée ou recomposée. Le couple à l’épreuve du temps ou l’évolution du sentiment amoureux ont souvent été mieux traités par les cinéastes étrangers: Cabourg a fait découvrir que nos voisins cinéastes proposent des films qui peuvent faire vibrer, sourire et pleurer comme rarement. Il faudra voir les très réussis films Pause du suisse Mathieu Urfer avec Julia Faure qui était présente (elle avait été citée le César du meilleur espoir féminin pour Camille redouble) même s'il n'y a toujours pas de date de sortie française prévue malgré des sélections aux festivals de Locarno, Namur, Arras... ; et 45 years du britannique Andrew Haigh avec Charlotte Rampling et Tom Courtenay (Ours d'argent d’interprétation pour les deux comédiens au dernier festival de Berlin) en salle le 25 novembre.

juliette binoche cabourg 2015

Voici le palmarès des Swann d'Or du Festival du Film de Cabourg 2015 :

- Swann d’Or Coup de cœur : Michel Legrand

- Grand Prix du Festival de Cabourg : L’éveil d’Edoardo, de Duccio Chiarini
- Prix Spécial : Zurich, de Sacha Polak
- Prix de la Jeunesse: L’éveil d’Edoardo, de Duccio Chiarini
- Prix du public: Lessons in love, de Fred Schepisi

- Swann d’Or du meilleur film: Caprice, de Emmanuel Mouret
- Swann d’Or du meilleur premier film: Un peu beaucoup aveuglément, de Clovis Cornillac
- Swann d’Or du meilleur réalisateur: Arnaud Desplechin pour Trois souvenirs de ma jeunesse
- Swann d’Or de la meilleure actrice: Anaïs Demoustier dans A trois on y va
- Swann d’Or du meilleur acteur: Benoît Magimel dans La tête haute
- Swann d’Or de la Révélation féminine : Joséphine Japy dans Respire
- Swann d’Or de la Révélation masculine : Kévin Azaïs dans Les combattants

-Meilleur court-métrage : Copain, de Jan et Raf Roosens
-Meilleure actrice court-métrage ex-aequo : Louisiane Gouverneur et Ilys Barillot, dans A qui la faute de Anne-Claire Jaulin
-Meilleur acteur court-métrage : Benoît Hamon, dans Jeunesse des loups-garous de Yann Delattre (court qui avait été découvert à La Semaine de la Critique à Cannes)

Par ailleurs les Prix Premiers Rendez-Vous qui récompensent les débuts à l’écran d’une actrice et d’un acteur dans un  premier grand rôle ont été donné à Sophie Verbeeck dans A trois on y va de Jérôme Bonnell et à Rod Paradot dans La tête haute de Emmanuelle Bercot.

Cabourg 2015: hommage à Michel Legrand, jazzman pour la Nouvelle Vague et Hollywood

Posté par kristofy, le 15 juin 2015

Le compositeur Michel Legrand, compagnon musical du cinéaste Jacques Demy, a reçu 3 Oscars, un Golden Globe, un Bafta, 5 Grammy Awards. Un palmarès impressionnant pour celui qui a signé plus de 200 musiques pour des films…

Nouvelle vague

Avant le cinéma, Legrand avait déjà dépassé de loin les frontières de la France quant à 25 ans, il était un jazzman célèbre vendant des millions de disques (I Love Paris, Holiday in Rome, Legrand in Rio…). Particulièrement doué et précoce, entré au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris en 1942, sur dérogation, à 10 ans, il a composé ses premières musiques de films à 30 ans: pour Jean-Luc Godard (Une femme est une femme, Vivre sa vie), pour Agnès Varda (Cléo de 5 à 7), et bien entendu pour Jacques Demy : Lola, La baie des anges, Les Parapluies de Cherbourg (Palme d’or à Cannes), Les Demoiselles de Rochefort, Peau d'âne

Hollywood

Sa contribution au cinéma à tant de films durant plus de cinquante ans donne le vertige: Eva de Joseph Losey, Le Joli Mai de Chris Marker, Une ravissante idiote d'Édouard Molinaro, La Vie de château de Jean-Paul Rappeneau, L'Affaire Thomas Crown de Norman Jewison, La Piscine de Jacques Deray, Un château en enfer de Sydney Pollack, Les Hauts de Hurlevent de Robert Fuest, Un été 42 de Robert Mulligan, Breezy de Clint Eastwood, F for Fake d'Orson Welles, Atlantic City de Louis Malle, James Bond-Jamais plus jamais d'Irvin Kershner, Yentl de Barbra Streisand, Prêt-à-porter de Robert Altman…

Cabourg

Le festival du film de Cabourg a donc rendu hommage à Michel Legrand avec la projection de 3 films, pas forcément emblématiques, font entendre la diversité de ses talents : Les Uns et les Autres de Claude Lelouch en 1981 (il a mis en musique plusieurs de ses films), La Rançon de la gloire de Xavier Beauvois (sa dernière bande-originale), et surtout le rare Cinq jours en juin qui est à la fois scénarisé et réalisé par Michel Legrand en 1989. Il a donc reçu de Cabourg un Swann d’Or Coup de cœur, entouré de sa compagne Macha Méril, de Claude Lelouch, de Xavier Beauvois et de la chanteuse Natalie Dessay.

Film autobiographique

Dans Cinq jours en juin (1989) il passe pour la première et dernière fois derrière la caméra et met en scène des souvenirs de sa jeunesse, surtout ceux de sa mère. Le film débute avec un Michel Legrand jeune adolescent de 15 ans (dans la réalité il en avait douze), incarné par Matthieu Rozé, qui gagne le 1er prix au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, en allant au bistrot avec sa mère pour fêter ce prix. Mais c’est un autre évènement qui s’est produit ce 6 juin 1944: la nouvelle d’un débarquement allié en Normandie. « J’ai réalisé ce film en hommage à ma maman, et j’ai eu l’actrice idéale avec Annie Girardot : sa voix grave et son côté femme-homme correspondait bien, physiquement elle ressemblait vraiment à ma mère. » Avec sa mère, ils décident de quitter Paris pour rejoindre leur famille en Mayenne mais, faute de train, ils feront le trajet en vélo en compagnie d’une inconnue (Sabine Azéma) avec qui ils vont vivre quelques aventures… Sur la route, ils vont croiser des convois de véhicules allemands et des pont détruits les obligeant à des détours, ils passeront une nuit dans un hôtel qui sera bombardé et une autre sur la paille d’une grange, ils seront aussi retenus par des nazis et pris dans une attaque des avions américains… Cinq jours en juin raconte autant la grande histoire de la fin de la guerre en 1944 que l’histoire personnelle (en partie romancée) de Michel Legrand et de sa mère (et l’abandon du père), le tout émaillé de plusieurs séances de piano.

Ses chansons ont récemment été chantées par la soprano Natalie Dessay (le disque Entre elle et lui), une collaboration qui a entrainé la création du spectacle Les Parapluies de Cherbourg - Version Symphonique (dont le dvd/bluray est sorti en mai). Enfin, pour ceux qui veulent en savoir plus sur le musicien, Michel Legrand se raconte lui-même dans sa biographie Rien n’est grave dans les aigus, parue il y a deux ans.