Cabourg 2019 : la comédies romantiques, un genre stéréotypé pas si « genderfluid »

Posté par kristofy, le 20 juin 2019

On en a tous vu des dizaines de comédies romantiques et on adore ça. Courir à l'aéroport pour rattraper l’autre avant de partir loin ou se précipiter à une église où se prépare un mariage pour intervenir avant le ‘oui je le veux’ à quelqu'un d'autre; on connaît ces clichés de fin de films avec un personnage qui doit faire se battre contre un délai fatal et faire une grande tirade aussi sentimentale que désespérée, avec l’espoir que ça ne soit pas tout a fait trop tard... Beaucoup de ce genre de clichés se retrouvent dans les comédies romantiques. Certains sont d’ailleurs presque attendus : par exemple se déclarer sous la pluie (Orgueil et préjugés de Joe Wright, N'oublie jamais de Nick Cassavetes). La ‘RomCom’ est un genre de film très codifié. Souvent deux personnages différents que tout oppose  vont se séduire malgré des obstacles - un quiproquos ou une trahison qui va tout casser entre-eux - avant une ultime grande déclaration d’amour et un baiser passionné en guise de happy-end. Le summum étant évidemment Quand Harry rencontre Sally.

Et si en fait tout les comédies romantiques les plus populaires racontent aussi en creux une toute autre histoire ? C'est justement le sujet du documentaire Romantic Comedy de Elizabeth Sankey, présenté lors du Festival de Cabourg, qui interroge le message de ces films. Sa première observation est que "tout le monde est blanc, hétéro, et veut se marier"...

Romantic Comedy analyse avec une multitudes d’extraits des films les plus connus (principalement américains et britanniques) ce qui caractérise leurs personnages et leurs cheminements. Il en ressort que ces comédies romantiques ne sont pas seulement des histoires mièvres à regarder en pleurant avec  un pot de glace (un autre cliché, comme le début de Bridget Jones), ces histoires sont aussi un reflet de notre société et en particulier d’une certaine évolution du regard porté sur les femmes. Ainsi dans les années 50, la femme est un personnage fort, pleine de qualités et consciente de son pouvoir de séduction (comme Katharine Hepburn, Audrey Hepburn ou Marilyn Monroe) et face à elle l’homme est parfois stupide et maladroit (comme Cary Grant ou Tom Ewell).

Il y a eu un glissement inverse jusqu’aux années 90 : l’homme est supérieur et plein d’assurance, à l’aise avec sa fortune et son travail (Richard Gere, Colin Firth) alors que la femme est elle désormais faible, maladroite, avec des complexes ou un manque de confiance (Drew Barrymore, Sandra Bullock). C’est la femme qui doit évoluer pour séduire l’homme (Jennifer Lopez, Katherine Heigl). Seul Pretty Woman est l'exception, puisque les deux protagonistes sont obligés de faire des efforts pour conquérir l'autre (tout comme Notting Hill et Quatre mariages et un enterrement qui poursuivent la tradition des années 40-50). D'ailleurs cette inversion des rôles est condensée avec Bridget Jones, sorte de Orgueil et préjugés à l'envers : le féminisme d'antan a disparu dans les récentes comédies romantiques...

L'homme est l'avenir de la femme

Avec un montage d'une multitude d'extraits de films, Elizabeth Sankey remarque que la femme est rarement sur un pied d'égalité avec l'homme. Parfois le but de l’ héroïne est de séduire l'homme pour le rendre heureux, moins pour être heureuse elle (hystérique, indécise, insatisfaite, complexée: elle est toujours responsable de son malheur et victime de son statut).

L’homme est parfois manipulateur voir presque agressif dans sa séduction (Mary à tout prix, American pie). Quand la femme travaille, elle est vue comme incompétente, ingérable ou malheureuse (encore Bridget Jones, Anne Hathaway dans Le nouveau stagiaire, Sandra Bullock dans la Proposition). Le plus souvent la femme est idéalisée comme une muse qui permettrait l’accomplissement de l’homme : Zooey Deschanel dans 500 jours ensemble, Natalie Portman dans Garden state, Drew Barrymore dans Le come-back... Cette représentativité de la femme au service de l’homme avait d’ailleurs été dénoncée par Zoé Kazan dans Elle s'appelle Ruby. Dans une immense majorité de comédies romantiques on y voit un univers de personnage blanc, hétérosexuel, riche : ce n’est que ces dernières années qu’un peu plus  de diversité arrive. Quand il y a un personnage gay c’est souvent un meilleur ami dont l’utilité est de donner plus d’épaisseur au personnage principal hétéro ou de faire rire. Un couple interracial est rare, il y a eu récemment Kumail Nanjiani dans The Big Sick (un pakistanais avec une américaine) ou Yesterday de Danny Boyle. Même la différence d'âge continue d'être le plus souvent un homme âgé avec une femme plus jeune.

Cendrillon et le Prince Charmant

Dans son documentaire Elizabeth Sankey observe justement que ce sont les comédies romantiques les plus populaires qui ont un fort impact dans la mémoire collective, mais aussi, justement, que ces dernières années il y a de plus en plus de comédies romantiques avec de la diversité qui sont produites. Cependant, ces films sont plutôt catégorisés en 'film dramatique' comme Le club des coeurs brisés ou La tentation de Jessica. Et c'est surtout en Europe qu'on voit ce type de film : Seule la terre de Francis Lee, Week-end de Andrew Haigh, Kyss Mig, une histoire suédoise de Alexandra-Therese Keining, Imagine me and you de Ol Parker... Aucun n'a vraiment eu le succès des gros hits romantiques où régnaient Roberts, Diaz, Lopez, Anniston, Zelwegger et Bullock.

Le documentaire Romantic Comedy relève les différents stéréotypes de ces films, remix du mythe de Cendrillon, qui a rejeté l'émancipation des femmes (et le combat féministe) pour propger l'idée qu'elle ne seront heureuses qu'avec un grand amour (et des enfants), tout en laissant tomber leur job s'il le faut. Loin de nous empêcher de prendre du plaisir à regarder ces histoires, on peut quand même remarquer l'égocentrisme de ces déclarations d’amour où c'est la femme qui doit accepter l'homme tel qu'il est. Que de régressions depuis 30 ans et l'orgasme simulé de Meg Ryan au restaurant.

Le Festival de Cabourg avait d'ailleurs judicieusement sélectionné cette année des comédies romantiques riches de diversité : Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, Matthias et Maxime de Xavier Dolan, Benjamin avec un cinéaste et un chanteur, Pour vivre heureux avec une étudiante belge d'origine algérienne et un jeune homme d'une famille pakistanaise, Aurora de Mila Tervo (Prix de la Jeunesse) avec un immigré iranien et une finlandaise, et aussi Yesterday de Danny Boyle (Prix du Public) avec Himesh Patel et Lily James.

En attendant la première grande comédie romantique où ce sera la femme qui paiera un jeune escort sur Hollywood Boulevard, où ça finira en polyamour bienheureux, où l'homme décidera de rester à la maison pour s'occuper des enfants. Bref une rom-com dans l'air du temps, avec des récits qui se fichent des étiquettes et qui affirment un retour à l'égalité des sexes.

Cabourg 2019 : un palmarès dominé par l’amour

Posté par kristofy, le 17 juin 2019

Le 33ème Festival du film de Cabourg et ses journées romantiques s'est déroulé du 12 au 16 juin avec une programmation très dense de près de 50 films.

Le soleil et le public étaientt au rendez-vous. Certains films déjà passés par Cannes ont rapidement susciter des séances complètes comme Chambre 212 de Christophe Honoré, Matthias et Maxime de Xaxier Dolan, Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, Perdrix de Erwan Le Duc venu accompagné de Swan Arlaud, Maud Wyler et Nicolas Maury, et en clôture La belle époque en présence de Nicolas Bedos et Doria Tillier.

A noter aussi une belle présence des films d'animation avec quatre titres dont J'ai perdu mon corps en présence de l'auteur de l'histoire Guillaume Laurant (tandis qu'en parallèle le réalisateur Jérémy Clapin recevait 2 prix au Festival de Annecy).

Le Grand Jury était présidé par Sandrine Bonnaire avec autour d'elle Lou De Laâge, Laetitia Dosch, Alice Pol, Naidra Ayadi, Vincent Perez, Eric Demarsan, Oury Milshtein et Danièle Thompson. Pour la compétition internationale, il y avait 7 films venant de Finlande, Thaïlande, Mexique, Royaume-Uni, Argentine, France; dont 4 étaient réalisés par des femmes.

Les festivaliers ont de leur coté voté pour un Prix du Public dans un panorama de 18 film: plusieurs ont été particulièrement plus appréciés que les autres et c'est un des favoris qui a reçu le plus de vote : Yesterday de Danny Boyle (et Richard Curtis) avec sa comédie romantique sur fond de chansons des Beatles.

Pour les huit courts-métrages à départager, Rebecca Zlotowski en tant que présidente, avec Lola Le Lann, Shaïn Boumedine, Noée Abita, Jules Benchetrit, Santiago Amigorena, Rahmatou Keïta étaient décisionnaires.

Le Swan d'or qui récompense le meilleur du cinéma français romantique de ces derniers mois ainsi que ses découvertes a cette année particulièrement mis en avant C’est ça l’amour avec quatre prix : meilleure réalisatrice pour Claire Burger, meilleur acteur pour Bouli Lanners, et Prix du Premier Rendez-vous pour à la fois les deux actrices Sarah Henochsberg et Justine Lacroix. Un razzia méritée qui surclasserait presque le Swann d'or pour Mon inconnue.

Plus globalement les Swann d'or font consensus en récompensant des films et des comédiens qui ont marqué ces derniers mois. On note surtout que les films primés sont tous des romances compliquées ou contrariées, où l'amour domine, in fine, manigances, idéologies ou ambitions. Comme s'il n'y avait que cela qui restait: le coup de cœur, malgré les fêlures.

Tarde Para Morir JovenLe palmarès :

- Grand Prix du Jury : Tarde Para Morir Joven, de Dominga Sotomayor (Chili), Léopard de la meilleure réalisation à Locarno
- Prix de la Jeunesse : Aurora, de Miia Tervo (Finlande)
Mention Spéciale du Jury Jeunesse : Manta Ray,
de Phuttiphong Aroonpheng (Thaïlande, sortie le 24 juillet)
- Prix du public : Yesterday, de Danny Boyle (sortie le 3 juillet)

- Meilleur court-métrage : Sous l’écorce de Ève-Chems de Brouwer
Mention Spéciale du Jury Court-Métrage : Elle s’appelait Baby de Mélanie Laleu et Baptiste Gourden
- Meilleure actrice court-métrage : Zoé Héran dans Max de Florence Hugues
- Meilleur acteur court-métrage : Paul Nouhet dans Les Méduses de Gouville de lui-même Paul Nouhet

- Swann d’Or du meilleur film : Mon Inconnue, de Hugo Gélin
- Swann d’Or de la meilleure réalisation : Claire Burger, réalisatrice de C’est ça l’amour
- Swann d’Or du scénario adapté d'une oeuvre littéraire : Mademoiselle de Joncquières, de Emmanuel Mouret
- Swann d’Or de la meilleure actrice : Juliette Binoche dans Celle que vous croyez de Safy Nebbou
- Swann d’Or du meilleur acteur : Bouli Lanners dans C’est ça l’amour de Claire Burger
- Swann d’Or de la révélation féminine : Nora Hamzawi dans Doubles vies d’Olivier Assayas
- Swann d’Or de la révélation masculine : Karim Leklou dans Le Monde est à toi de Romain Gavras
- Swann d’Or du meilleur premier film, ex-aequo : L’amour flou de Romane Bohringer & Philippe Rebbot et Tout ce qu’il me reste de la révolution de Judith Davis.

Par ailleurs les Prix Premiers Rendez-Vous qui récompensent les débuts à l’écran d’une actrice et d’un acteur dans un  premier grand rôle ont été donné à Tom Mercier dans Synonymes (Ours d'or à Berlin) et à Sarah Henochsberg et Justine Lacroix dans C’est ça l’amour de Claire Burger.

Cabourg 2019 : Boyle, Sciamma, Dolan, Honoré parmi les avant-premières

Posté par kristofy, le 4 juin 2019

Le Festival du film de Cabourg se prépare pour sa 33ème édition, du 12 au 16 juin: un rendez-vous romantique singulier et convivial qui sera encore très pluriel. Au menu, il y aura une multitude de films en avant-première (et la possibilité de voter pour celui qui aura le Prix du Public); à l'issue des projections, on pourra picorer parmi des rencontres avec les équipes de films, des titres de la sélection "Par Amour de la Musique" ou même un succès de l'année dans un transat sur la plage...

Sur la fameuse promenade Marcel Proust de Cabourg et dans les salles, les différents membres de jury vont se croiser. Cette année le Grand Jury retrouve Sandrine Bonnaire comme présidente, accompagnée de Lou De Laâge, Laetitia Dosch, Alice Pol, Naidra Ayadi, Vincent Perez, Eric Demarsan, Oury Milshtein et Danièle Thompson. Pour le Jury Courts-métrages la présidente est Rebecca Zlotowski, entourée de Lola Le Lann, Shaïn Boumedine, Noée Abita, Jules Benchetrit, Santiago Amigorena, Rahmatou Keïta; tandis que le Jury Jeunesse sera encadré par Mathilda May et Sébastien Marnier.

Cabourg sera le lieu de multiples avant-premières, dont certaines très attendues : Yesterday de Danny Boyle, So long my son de Wang Xiaoshuai, Vita et Virginia avec Gemma Arterton et Elizabeth Debicki, Je promets d'être sage avec Léa Drucker et Pio Marmaï, L'homme qui venait de la mer de Kôji Fukada... A cela s'ajoute un air de Cannes avant leurs sorties en salles avec Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma (prix du scénario et Queer Palm à Cannes) de Céline Sciamma, Chambre 212 de Christophe Honoré (prix d'interprétation Un certain regard à Cannes), Matthias et Maxime de Xaxier Dolan, Perdrix de Erwan Le Duc, Yves de Benoit Forgeard, La femme de mon frère, des films d'animation avec J'ai perdu mon corps (Grand prix de la Semaine de la critique) et Les hirondelles de Kaboul, et pour la clôture La belle époque de Nicolas Bedos.

La compétition pointue va faire découvrir des films en provenance de France, Finlande, Thaïlande, Mexique, Royaume-Uni, Argentine.

- Vif-argent de Stéphane Batut
- Tarde Para Morir Joven de Dominga Sotomayor
- Only You de Harry Wotlif
- Manta Ray de Phuttiphong Aroonpheng
- Luciernagas de Bani Khoshnoudi
- Aurora de Miia Tervo
- Benjamin de Simon Amstell

Le Festival rayonnera sur la Côte Fleurie de Normandie puisque les projections se déroulent à Cabourg mais aussi à Dives-sur-mer et à Houlgate.

« Cabourg est un vrai lieu de cinéphilie à l'ancienne où on discute directement avec les réalisateurs, les acteurs, les compositeurs. Cette dimension humaine de la rencontre avec les créateurs est très appréciée par les équipes de films qui y viennent ou y reviennent, et par le public. » Cabourg sera encore synonyme de glamour et de découvertes où sont attendus Juliette Binoche, Nicolas Bedos et Doria Tillier, Hugo Gélin, Romane Bohringer et Philippe Rebbot, Nora Hamzawi, Maud Wyler, Judith Davis, Swann Arlaud, Phénix Brossard, Jean-Benoît Dunckel, Bertrand Burgalat...

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33e Festival de Cabourg
Du 12 au 16 juin.
Renseignements sur le site de la manifestation

Cabourg 2018 : Raoul Taburin, de Sempé à Benoit Poelvoorde

Posté par kristofy, le 18 juin 2018

Le Festival du Film de Cabourg a donné un Prix coup de cœur au dessinateur Sempé, le créateur de la bande-dessinée Raoul Taburin qui a été adaptée en film : avant sa sortie le 31 octobre, on a ainsi pu le découvrir en avant-première !

Sempé, le nom d'artiste de Jean-Jacques Sempé, est connu pour avoir inventé et dessiné un petit garçon prénommé Nicolas. Durant les années 60, il développera avec ce personnage des petites histoires tendres et drôles avec René Gosciny comme scénariste : c'est le début du succès du célèbre Le petit Nicolas. Plusieurs recueils de cette bande-dessinée ont été transmis de génération en génération pour le faire devenir un héros intemporel, et cinquante après sa création sur papier il a été transposé sur le grand écran de cinéma.

En 2009, Laurent Tirard réalise Le petit Nicolas avec Kad Merad et Valérie Lemercier dans les rôles des parents, puis une suite en 2014 avec Les vacances du petit Nicolas. Sempé sera pour toujours relié à cet enfant mais ses dessins représentent un champs bien plus vaste : des dessins de presse en rapport avec l'actualité, et une centaine de couvertures pour le magazine américain New Yorker, et surtout 26 albums de bande-dessinée avec d'autres nouveaux personnages et d'autres histoires humoristiques où il s'amusait autant de sa jeunesse que du présent. Sempé a vécu diverses aventures avec ses crayons, mais aussi avec ses vélos ! Un de ses premiers jobs adolescents est livreur à bicyclette, quand il habitait à New-York il se déplaçait beaucoup à vélo...

En 1995 parait le livre Raoul Taburin qui a été maintenant transposé en film : si quelqu’un s’y connaît en roulements à billes, pignons, dérailleurs, c’est bien Raoul Taburin, marchand de cycles à Saint Céron. Sa réputation est telle qu’en ville on ne dit plus un vélo, mais un taburin. Il a la chance d’être également heureux en ménage avec Madeleine. Pourtant, Raoul Taburin cache un terrible secret que personne ne connaît : il n’a jamais su tenir en équilibre sur un vélo... C'est un imposteur malgré lui qui risque d'être découvert à partir du jour où le photographe Hervé Figougne arrive dans le village pour y photographier ses habitants, et il souhaite faire le portrait de Raoul Taburin sur un vélo...


Raoul Taburin s'est tourné l'année dernière dans la Drôme, sous l'impulsion du réalisateur Pierre Godeau qui voulait mettre en scène cette adaptation, et avec le scénariste Guillaume Laurent (c'est un univers un peu "améliepoulainesque"). A l'écran, Taburin est Benoit Poelvoorde, sa femme Susanne Clément, son père Grégory Gadebois, et Figougne Edouard Baer...

Pour cette toute première projection publique, presque toute l'équipe du film était à Cabourg : Benoit Poelvoorde, Edouard Baer, Guillaume Laurent, Pierre Godeau, et Sempé bien entendu.

Pierre Godeau : « Quand on a envoyé le scénario on a reçu des réponses 'oui' beaucoup plus rapidement que d'habitude, parce que c'était indiqué que c'était une adaptation des dessins de Sempé. Benoit Poelvoorde a dit 'oui' très vite car c'est un grand fan des dessins de Sempé, il connaissait déjà presque tout de lui. C'est un univers de bienveillance entre la fable et le naturalisme, alors il y avait des passerelles possibles pour adapter cette bande-dessinée en film. Faire un film d’époque sans époque ça m’a beaucoup plu.»

Sempé : « Je suis proche du personnage de Taburin dans le sens où je ne sais pas très bien dessiner, alors que je suis dessinateur. Je pensais que cette bande-dessinée était inadaptable, mais maintenant je suis délicieusement ravi par le film. »

Cabourg 2018 : Grand Prix pour Ága de Milko Lazarov et Swann d’or pour Mektoub my love d’Abdellatif Kechiche

Posté par kristofy, le 17 juin 2018

Cabourg, amours toujours... glamour et humour. Ce 32e Festival du Film de Cabourg a été une nouvelle fois un succès avec des salles pleines de spectateurs (à Cabourg autant qu'à Dives-sur-mer et Houlgate, car le festival est en expansion) et du soleil, l'occasion de découvrir certains films passés par Berlin ou Cannes mais aussi de nombreux films films français en avant-première, et la venue de talents comme Olga Kurylenko, Anaïs Demoustier, Mélanie Thierry, Vincent Lacoste, Eric Judor, Benoît Poelvoorde...

"Le romantisme littéraire et cinématographique place le romanesque au cœur des récits et permet ainsi quelques échappées belles loin du réel, loin des villes, loin des deuils...." : ces mots d'accueil du festival se sont révélés prémonitoires pour certains films récompensés au palmarès. Le jury présidé par André Téchiné a préféré l'exigence de Ága de Milko Lazarov (qui nous fait découvrir le mode de vie d'une communauté iakoute) plutôt que l'évident Rafiki sur une histoire d'amour lesbienne au Kénya. Le public, lui, a voté pour l'émotion de Monsieur de Rohena Gera (une réalisatrice indienne dont c'est le premier film), qui raconte les espoirs d'une domestique à Bombay, plutôt que pour la légèreté du Guy de Alex Lutz. Leurs regards se sont ainsi portés particulièrement vers le continent asiatique, comme pour étancher une véritable soif de découverte.

Pour ce qui du Swann d'or honorant le film le plus romantiques de l'année, la récompense a été justement décernée à Abdellatif Kechiche (entouré de ses comédiens Roméo De Lacour, Ophélie Bau, Shaïn Boumedine, Hafsia Herzi) et son évocation sublime des jeunes élans amoureux avec Mektoub my love : canto uno sorti en mars. On espère d'ailleurs la suite Mektoub my love : canto due vers fin novembre, après une probable sélection à Venise.

Le palmarès

- Swann Coup de coeur : au dessinateur Sempé, en particulier pour sa bande-dessinée Raoul Taburin adaptée en film par Guillaume Laurent au scénario et Pierre Godeau à la réalisation, avec Benoit Poelvoorde et Edouard Baer.

- Grand Prix du Jury : Ága de Milko Lazarov, sortie à venir le 7 novembre
- Prix de la Jeunesse : Joueurs de Marie Monge, sortie le 4 juillet
- Prix du public : Monsieur de Rohena Gera, sortie prévue le 26 décembre

- Swann d’Or du meilleur film : Mektoub my love : canto uno d’Abdellatif Kechiche
- Swann d’Or du scénario adapté d'une oeuvre littéraire : La Douleur d’Emmanuel Finkiel
- Swann d’Or de la meilleure actrice : Mélanie Thierry dans La Douleur d’Emmanuel Finkiel
- Swann d’Or du meilleur acteur : Pierre Deladonchamps et Vincent Lacoste dans Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré
- Swann d’Or de la Révélation féminine : Clémence Boisnard dans La Fête est finie de Marie Garel-Weiss
- Swann d’Or de la Révélation masculine : Anthony Bajon dans La Prière de Cédric Kahn

- Meilleur court-métrage : Bye bye les puceaux de Pierre Boulanger
- Meilleure actrice court-métrage : Yafa Abu Hijleh dans Bye bye les puceaux de Pierre Boulanger
- Meilleur acteur court-métrage : Jamil McCraven dans Bye bye les puceaux de Pierre Boulanger

Par ailleurs les Prix Premiers Rendez-Vous qui récompensent les débuts à l’écran d’une actrice et d’un acteur dans un  premier grand rôle ont été donné à Laëtitia Clément dans Luna d’Elsa Diringer et à Shaïn Boumedine dans Mektoub my love : canto uno d’Abdellatif Kechiche.

Cabourg 2018 : des journées plus romantiques que jamais avec André Téchiné en président du jury

Posté par kristofy, le 15 juin 2018

Le 32e Festival du film de Cabourg et ses Journées Romantiques représentent le rendez-vous annuel qui lance l'été sur les plages normandes : après le cinéma en ce moment du 13 au 17 juin, place à la musique du 29 juin au 1er juillet avec 3 jours de concerts dans le cadre de 'Cabourg Mon Amour'. La soirée d'ouverture du festival romantique a d'ailleurs été rythmée par un petit concert de la chanteuse Adrienne Pauly dont le dernier disque est intitulé À vos Amours.

Rendez-vous, c'était justement le film qui a popularisé Juliette Binoche : le président du jury cette année est le réalisateur André Téchiné qui a largement exploré les champs du romantisme avec plus de 25 films en 50 ans d'activité, il tourne d'ailleurs son prochain L'Adieu à la nuit avec Catherine Deneuve qu'il a dirigée déjà de nombreuses fois.

C'est en fait presque tout le bottin du cinéma français (d'ailleurs presque tous venus dans le passé à Cabourg) qu'il a fait tourner : Isabelle Adjani, Gérard Depardieu, Isabelle Huppert, Patrick Dewaere, Sandrine Bonaire, Emmanuelle Béart, Philippe Noiret, Daniel Auteuil, Michel Blanc; et la génération suivante Sami Bouajila, Elodie Bouchez, Gaspard Ulliel, Emilie Dequenne, Guillaume Canet, Adèle Haenel, Kacey Mottet-Klein, Pierre Deladonchamps, Céline Salette... André Téchiné navigue entre films intimistes et succès populaires tout en étant devenu le cinéaste français ayant été le plus sélectionné en compétition à Cannes, où il a justement été primé pour... Rendez-vous.

Si le romantisme, « c'est la raison qui s'efface pour la passion, c'est une quête de liberté permanente, un besoin de casser les codes, de briser les tabous, d'aller vers l'action » (d'après les mots du maire de Cabourg) alors c'est l'oeuvre entière de André Téchiné qui est romantique. Il préside le jury de cette année composé de Elodie Bouchez (qu'il avait contribué à révéler dans Les roseaux sauvages en 1994), Olga Kurylenko (qui après quantité de films d'action en anglais est de retour dans le cinéma français comme Dans la brume avec Romain Duris sorti en avril ou L'Empereur de Paris avec Cassel en décembre) , Géraldine Nakache, Pascale Arbillot, Karine Silla-Perez, Nahuel Perez Biscayart, le chanteur Raphael (qui prépare un film en tant que réalisateur) et le producteur Justin Taurand.

Ce jury assiste aux projections des films en compétitions au milieu du public : Désobéissance de Sebastián Lelio (avec avec Rachel Weisz et Rachel McAdams), Dragonfly eyes de Xu Bing, Rafiki de Wanuri Kahiu, Les faux tatouages de Pascal Plante, Joueurs de Marie Monge (avec Tahar Rahim et Stacy Matin) et Aga de Milko Lazarov.

Cabourg 2018 : le cinéma romantique dans tous ses états

Posté par kristofy, le 4 juin 2018

Il y a sans doute mille façons de dire un peu ou beaucoup "je t'aime" au cinéma, mais au Festival du film de Cabourg c'est quoi qu'il en soit toujours passionnément !  La plage normande adoptée par Marcel Proust nous donne ainsi rendez-vous du 13 au 17 juin pour la 32e édition de ses Journées Romantiques !

"Le romantisme est un état dans tous ses états" disait l'écrivain Gonzague Saint Bris, décédé l'été dernier, et qui avait soutenu la création de ce festival dès son origine. En son souvenir, un nouveau prix du meilleur scénario adapté d’une œuvre littéraire sera remis le soir du palmarès. En plus des films en compétition, Cabourg présentera une nouvelle fois un large panorama de film européens, une thématique musique, des courts-métrages...

Le président du jury sera le réalisateur André Téchiné, avec autour de lui Elodie Bouchez (qu'il avait contribué à révéler dans Les roseaux sauvages en 1994), Olga Kurylenko, Géraldine Nakache, Pascale Arbillot, Karine Silla-Perez, Nahuel Perez Biscayart (120 battements par minute était le Prix du public l'année dernière, et illustre l'affiche 2018), le producteur Justin Taurand et le chanteur Raphael.

Il leur sera difficile de départager les 7 films en compétition : Aga de Milko Lazarov (Bulgarie), Désobéissance avec Rachel Weisz et Rachel McAdams devant la caméra de Sebastián Lelio (déjà Swan d'or l'année dernière pour Une femme fantastique), Dragonfly eyes de Xu Bing (Chine), Les faux tatouages de Pascal Plante (Canada), Zagros de Sahim Omar Kalifa pour un voyage de la Turquie vers la Belgique, et deux films de Cannes : Joueurs de Marie Monge (avec Tahar Rahim et Stacy Matin) et Rafiki de Wanuri Kahiu.

Pour la compétition des courts-métrages (au nombre de 7 aussi) c'est le réalisateur Thierry Kliffa qui est à la tête du jury, accompagné par Ophélie Bau, Julia Faure, Alysson Paradis, Alice Vial (qui vient de recevoir le César du meilleur court pour Les Bigorneaux), Marc Ruchmann et Johan Heldenbergh.

Le festival sera aussi l'occasion pour le public de découvrir en salles certains des films présentés à Cannes : outre Joueurs et Rafiki, il y aura Euforia de Valeria Golino, Guy de Alex Lutz, En liberté! de Pierre Salvadori, et Cold War de Pawel Pawlikowski (qui avait été Swan d'or en 2005 avec My summer of love). Cabourg aura surtout la primeur de plusieurs films prestigieux à venir : Sur la plage de Chesil avec Saoirse Ronan, The happy prince de et avec Rupert Everett, Le chant des scorpions avec Golshifteh Farahani, Le film de ma vie avec Vincent Cassel, Roulez jeunesse avec Éric Judor et Laure Calamy...

A noter qu'un coup de coeur au dessinateur Sempé est également prévu : après Le petit Nicolas, un autre de ses ouvrages est adapté sur grand écran : Raoul Taburin réalisé par Pierre Godeau avec Benoît Poelvoorde et Édouard Baer. Avant sa sortie prévue le 31 octobre, le film sera à découvrir d'abord en avant-première à Cabourg !

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32e Festival de Cabourg
Du 13 au 17 juin.
Renseignements sur le site de la manifestation

Passade : Rencontre avec Fanny Valette et Amaury de Crayencour

Posté par kristofy, le 8 août 2017

Passade est un film de Gorune Aprikian. Il sort en salles le 9 août.

Le pitch: Paul et Vanessa viennent de coucher ensemble. Ils ne sont pas destinés à se revoir. Elle est drôle, jolie, piquante. Lui a gardé une âme d'enfant. Intrigué par cette jeune femme espiègle et mystérieuse, il va faire de son mieux pour la retenir. Mais qui manipule qui ? Arrivera-t-il à assouvir son besoin d'amour et surmonter la peur, la maladresse, les conventions qui l'encombrent ?

Une nuit, une chambre d’hôtel, un homme et une femme : des multiples possibilités. Une rencontre a déjà eu lieu, ils ont déjà ‘fait’ l’amour et pourtant tout va commencer : la séduction… Alors que nombre de films romantiques se terminent au moment où deux personnages qui envisagent de former un couple s’embrassent enfin avant de passer au lit, le film Passade débute justement dans un lit avec deux personnes qui ne sont pas un couple. La nuit commence…

Le réalisateur Gorune Aprikian nous invite dans l’intimité de deux personnes qui vont apprendre à se connaître durant une nuit entre un lit et une porte. Passade nous arrive comme une nouvelle proposition de ‘film de chambre’ dans la lignée par exemple de ceux de Jacques Doillon où plus particulièrement  Nuit d’été en ville de Michel Deville (avec le couple Marie Trintignantmis et Jean-Hugues Anglade mis à nu…), ou encore de En la cama de Matías Bize et Room in Rome de Julio Medem.

Passade reunit Fanny Valette et Amaury de Crayencour le temps d’une nuit pour la découverte de l’autre et le dévoilement de soi, mais les apparences peuvent être trompeuses…
Après une première séance au Festival romantique de Cabourg avec l’équipe, une rencontre dans un hôtel :

Ecran Noir : Passade s’est d’abord présenté à vous avec un scénario atypique. Il s'agit seulement un huis-clos avec un minimum de personnages. Qu’est ce qui vous a séduit ou effrayer dans ce projet ?

Fanny Valette : Je pense que ce qui nous a attirés dans ce projet c’est justement qu’il nous a fait un peu peur aussi, avant que le réalisateur nous explique et nous rassure sur ses intentions. Ce qui est intéressant, c’est justement une forme de challenge, c’est ce côté atypique et original de l’exercice du huis-clos et des dialogues, avec aussi un côté poétique. Je trouve que c’est un film courageux à ces niveaux là.

Amaury de Crayencour : Oui, complètement. Ce qui a pu nous faire peur peut-être au début est ce qui nous a séduit, et c’est pour ça qu’on l’a fait. C’est excitant d’avoir ce défi là à jouer. On a tourné pendant un mois et demi dans l’ordre chronologique. On a eu cette sensation de vivre cette nuit que les personnages vivent mais de manière étirée, il fallait retrouver chaque jour l’énergie avec laquelle on avait terminé la veille.

EN : Les dialogues sont très très écrits. Est-ce que le réalisateur Gorune Aprikian était aussi très directif ou vous a-t-il laisser une part d’improvisation dans la manière de les dire ou de comment vous mouvoir dans l’espace ?

Amaury de Crayencour : On était assez libre sur la chorégraphie, on pouvait proposer pas mal de choses. On lui disait omment on avait envie de se déplacer dans cette chambre et il suivait. Pour le texte il y tenait beaucoup, c’était un défi de rendre vivant ce texte. En le mettant dans notre bouche, si on trouve qu’un mot comme ‘ok’ est mieux que ‘d’accord’, il fallait quand-même dire ‘d’accord’, c’est un bête exemple mais juste pour dire qu’il fallait suivre le texte comme il était écrit. Le film n’est pas réaliste ou naturaliste sur le plan du jeu, c’est quelque chose d’assez poétique et c’est assez beau pour ça. Mais du coup c’est un défi de rendre ce texte sans trop entendre du texte justement, tout en le respectant.

EN : Le film débute dans un lit où tous les deux vous êtes nus puis au fur et à mesure vous vous habillez légèrement. Est ce que le degré de nudité montré a été un sujet avant ou pendant le tournage ?

Fanny Valette : Pour moi principalement oui, c’est quelque chose qui me faisait un peu peur. J’en ai beaucoup parlé avant et pendant. C’était important pour moi que ça soit suggéré et qu’on ne voit pas grand-chose, et que ça soit très "ellipsé" et donc joli.

EN : Amaury, quelques mots pour décrire votre travail durant Passade avec Fanny ?

Amaury de Crayencour : C’était bienveillant, c’était joyeux, c’était sexy, c’était chouette !

EcranNoir : Fanny, également quelques mots pour décrire votre travail sur ce film avec Amaury ?

Fanny Valette : C’était surprenant, d’ailleurs pendant la scène où tu parles de ta femme j’étais à la fois mon personnage et aussi spectatrice. Les mêmes mots que toi, l’écoute, le partage, la bienveillance, c’était très agréable.

EN : Puisque vous accompagnez l’avant-première de Passade au Festival romantique de Cabourg… A un moment les deux personnages regardent un film en dvd qui les fait se rapprocher. Quel film romantique aurait ce pouvoir de faire se rapprocher deux personnes ?

Amaury de Crayencour : Moi j’aime beaucoup les films romantiques, j’adore Coup de foudre à Notting Hill qui est d’ailleurs aussi la rencontre de deux personnes très différentes. Il y a une star de cinéma jouée par Julia Roberts et un type timide qui tient une librairie par Hugh Grant. Je retrouve cette sorte de rapport dans Passade, mon personnage met vraiment sur un piédestal celui de Fanny parce que justement elle lui fait penser à une femme de cinéma, à son personnage de bande-dessinée qu’il a inventé, il la regarde comme une espèce d’objet d’admiration. Coup de foudre à Notting Hill c’est un film d’adolescence pour moi, je l’ai vu trois fois au cinéma.

Fanny Valette : il y a Quand Harry rencontre Sally que j’aime bien et qui est un chouette film romantique de rencontre. On nous a comparé un peu à un Pretty Woman des temps modernes, on a entendu ça comme compliment.

"Je crois que c’est important d’avoir des films comme ça qui sont un peu différents"

EN :  Lors de cette première au Festival de Cabourg pour faire découvrir Passade à un premier public, quelle sensations avez-vous ressenti dans la salle ?

Amaury de Crayencour : C’était assez excitant parce qu’on a eu avant quelques projections du film qui était plutôt techniques ou professionnelles, et ici à Cabourg c’était un peu le baptême du feu pour Passade. C'est-à-dire que c’était la première fois que du "vrai" public voyait le film, et c’était chouette. Il y a eu effectivement une dame qui nous a dit que c'était un Pretty Woman des temps modernes. Tant mieux.

Fanny Valette : On a eu un super accueil, vraiment. Le film a étonné parce qu’il est particulier dans le bon sens du terme, et on a eu des jolis retours après, c’était très agréable. La première en public c’était quand-même assez stressant, alors c’est chouette de savoir qu’on a participé à un projet qui touche les gens.

Amaury de Crayencour : Je crois que c’est ça, ça touche les gens. En tant que spectateur on est vraiment avec ces deux personnages-là dans leur intimité. Comme si on regarde par le trou d’une serrure ce qui se passe la nuit dans cette chambre d’hôtel, et ensuite on dépasse le trou de serrure parque qu’on est vraiment très proche d’eux. On s’attache aux personnages et on a envie de savoir ce qui va leur arriver. Je crois que c’est ce qui ressort de ce film, on s’attache à ces deux personnalités qui ont encore une part d’enfance en eux, et qui sont plein de fragilité, et qui se trouvent le temps d’une nuit.

Fanny Valette : Ce genre de terme atypique ne veut pas dire qu’il faut avoir peur, au contraire. C’est intéressant de défendre un premier film, et un film qui a été fait avec un tout petit budget. C’est poétique, c’est du vrai cinéma, c’est particulier, je crois que c’est important d’avoir des films comme ça, qui sont un peu différents, et qu’il faut les encourager.

Cabourg 2017 : Le romantisme dans tous ses états

Posté par kristofy, le 19 juin 2017

juliette binocheCabourg c'est "Le romantisme est un état dans tout ses états", pour l'écrivain Gonzague Saint Bris qui avait soutenu la création d'un festival de cinéma dans cette ville liée à cet autre écrivain autrement plus célèbre Marcel Proust. Célébration du glamour et ouverture d'esprit vers la découverte, depuis 31 ans Cabourg est autant un évènement pour les films d'aujourd'hui et pour les talents de demain, avec une compétition plus pointue et une sélection grand public qui n'hésite pas à sortir des sentiers battus. Le cœur ici a ses déraisons.

Cabourg, le glamour

Le Festival du film de Cabourg a fêté la 31ème édition de ses Journées Romantiques. Durant quelques jours caniculaires, sa plage normande est devenue un tapis rouge chic avec Marion Cotillard en présidente du jury. Le plus long tapis rouge, partant du Grand Hôtel et s'achevant au Casino. Cotillard le connaît bien puisqu'elle avait été récompensée dès 2000 avec un Swann d'or de la révélation pour Du bleu jusqu’en Amérique puis ensuite en 2007 avec un Swann d'or de la meilleure actrice pour La môme, qui lui vaudra ultérieurement un César et un Oscar.

© ecran noirDeux autres talents oscarisés étaient ici lors de la clôture et à l'occasion de deux séances spéciales : Juliette Binoche pour Un beau soleil intérieur et Michel Hazanavicius (venu avec l'actrice Stacy Martin qui a bien chauffé la piste de danse du Gatsby avec Félix Moati samedi soir) pour Le Redoutable, soit deux films qui étaient au Festival de Cannes en mai dernier.

En effet, de par son placement dans le calendrier, les salles de cinéma de Cabourg bénéficient d'un avantage: le public peut y découvrir avant de nombreux spectateurs certains films de la Croisette : Ava de Léa Mysius, Cuori Puri de Roberto De Paolis, Mobile Homes de Vladimir de Fontenay (mention spéciale du jury), Une vie violente de Thierry de Peretti, Jeune femme de Léonor Serraille (qui avait gagné laCaméra d'or), 120 battements par minute de Robin Campillo (Grand prix du jury à Cannes et prix du public à Cabourg), Le ciel étoilé au-dessus de ma tête d'Ilan Klipper, avec Camille Chamoux, Marilyne Canto et Alma Jodorowsky.

Quand on est romantique on fait des déclarations d'amour, c'est ce que Cabourg fait avec un Swann d'or remis à une personnalité qui a fait battre le coeur du cinéma français durant l'année. Le palmarès a donc fait briller Rabah Nait Oufella (révélation masculine), Doria Tillier (révélation féminine et excellente en chanteuse au piano-bar), Reda Kateb (meilleur acteur), Béatrice Dalle (meilleure actrice). Et pour le meilleur film Sage femme de Martin Provost : "Faire des films c’est apprendre quelque chose de soi pour le donner aux autres ."

Le Festival du film de Cabourg c'est environ une soixantaine de séances avec beaucoup de films européens (Espagne, Islande, Danemark, Allemagne, Italie...), et pour les 7 films en compétition pour la moitié il s'agit de premiers films.

Cabourg, les découvertes

L'amour a ses raisons que la raison ignore, et le romantisme à Cabourg c'est bien plus que de la comédie ou du drame selon Suzel Piétri, la déléguée générale : "des intermittences du coeur, des pulsions amoureuses, artistiques, politiques, des questions d'écologie, d'identité et de genre, des questions raciales et sociétales...". Ainsi on chante Céline Dion avec Anne Dorval, on plonge dans le décolleté d'Elodie Frégé, on se fait dédicacer le livre d'Aure Atika: il y a tant de manières de déclarer sa flamme à ce festival.

Pour la compétition il y a un film qui se détache des autres en ayant été récompensé à la fois par le jury de la compétition et par le jury de la jeunesse : Une femme fantastique (Una mujer fantástica) du chilien Sebastian Lelio, à découvrir dans les salles le 12 juillet. L'héroïne est confrontée à la famille de son amant décédé, car en plus d'être beaucoup plus jeune cette Marina s’appelait avant Daniel... Depuis quelques années Cabourg organise aussi une cérémonie pour le Prix du Premier Rendez-vous pour encourager la première apparition marquante dans un long-métrage, qu'on espère retrouver ensuite. Ont été ainsi remarqués pour ce prix la jeune actrice Léna Magnien dans Jamais contente de Emilie Deleuze et l'acteur Soufiane Guerrab dans Patients de Grand Corps Malade er Mehdi Idir. Dans la section courts-métrages certains réalisateurs sont d'ailleurs déjà en train de préparer leur prochain projet de film.
En plus des multiples sections (panorama, jeunesse, par amour de la musique...), le festival inaugure une nouvelle petite sélection au nom fleuri de Catleya, une variété d'orchidée chère à Marcel Proust qui avait fait de Cabourg son lieu de villégiature : Catleya compile quelques séances pour public majeur et averti. L'occasion de revoir Mademoiselle de Park Chan-wook mais surtout de découvrir en avant-première Passade avec Fanny Valette et Amaury de Crayencour dans une chambre d'hôtel, et Even lovers get the blues du belge Laurent Micheli.

Cabourg, la fête du cinéma avant l'été...

Le Festival de Cabourg c'est donc pour son public toujours quantité de films en avant-première : Les Ex de Maurice Barthélémy venu avec Stéfi Celma, Alice David, Amaury de Crayencour et Baptiste Lecaplain, le réjouissant Cherchez la femme présenté par Félix Moati, Willima Leghhil et Camélia Jordana, en salles le 28 juin, Loue-Moi! présenté par Déborah François, Alison Wheeler, prévu le 5 juillet, l'excellent 120 battements par minute de Robin Campillo à découvrir le 23 août, le surprenant Le chemin de Jeanne Labrune avec Agathe Bonitzer au Cambodge calé pour le 6 septembre... Il y en a pour tous les goûts: errances asiatiques entre fantômes et tentations pour Agathe Bonitzer ou duel névrotique entre Lars Eidinger et Adèle Haenel, voyage à Hiroshima avec un réalisateur japonais parisien ou questionnements d'un trentenaire parisien d'origine chinoise, deuil d'une jeune enfant espagnole ou battements du cœur d'adolescents islandais.

N'oublions pas le coup de cœur Their Finest réalisé par Lone Scherfig, avec la crème du cinéma britannique - Gemma Aterton, Bill Nighy, Sam Claflin, Eddie Marsan )- qui suit une femme devenue scénariste dans une société de production dominée par les hommes. Cela se déroule durant la guerre. La société doit produire un film à propos d'une opération de sauvetage de soldats à Dunkerque (ce qui fait écho au Dunkirk de Christopher Nolan). C'est le film romantique idéal : de la romance compliquée bien sûr, du féminisme, de l'humour, la passion de faire de continuer à faire du cinéma quoiqu'il arrive en temps de guerre... Their Finest sera prochainement distribué par EuropaCorp.

Le Festival de Cabourg couronne des romantiques engagés

Posté par vincy, le 17 juin 2017

Les 31e Journées romantiques du Festival du film de Cabourg se sont achevées sur un prestigieux tapis rouge le long de la plage - Juliette Binoche, Yolande Moreau, Xavier Beauvois, Raphaël Personnaz, Stacy Marin, Michel Hazanavicius, en plus des jurés qui comptaient Marion Cotillard, Aure Atika, Camille Cottin ou encore Anne Dorval, et des récompensés.

Le palmarès se divise ainsi en deux parties. Les prix des jurys et les Swann d'or.

Commençons avec les jurys qui ont plaidé pour deux films LGBT et engagés à faire reconnaître, respecter la différence.

Le jury de la compétition et le jury de la jeunesse se sont accordés pour consacrer le même film de la compétition, Une femme fantastique (Una mujer fantástica), du chilien Sebastian Lelio, déjà récompensé à Berlin d'un Ours d'argent du meilleur scénario et du Teddy Award. En salles le 12 juillet, le film raconte l'histoire de Marina, qui subit l’hostilité des proches d'Orlando après sa mort: la famille du défunt rejette tout ce qu'elle représente. Marina va devoir se battre, avec la même énergie que celle dépensée depuis toujours pour devenir la femme qu'elle est : une femme forte, courageuse et digne. Marina est incarné par une actrice transsexuelle, Daniela Vega.
En tournage à Londres, Sebastian Lelio a envoyé un message vidéo pour remercier les deux jurys.

Le jury de la compétition a tenu également à remettre une mention spéciale à Mobile Homes de Vladimir de Fontenay.

Le jury du public, qui avait sa propre sélection, a choisi de couronner 120 battements par minute, de Robin Campillo. Grand prix du jury au Festival de Cannes, le film, qui sort le 23 août en France, retrace les premières années de militants d'Act Up.

Côté court métrage, Journée blanche de Félix de Givry a reçu le prix du meilleur film, Théo Cholbi et Zacharie Chasseriaud ont été distingués comme meilleurs acteurs pour Tropique de Marion Defer et Adèle Simphal a été récompensée comme meilleure actrice dans L’Attente d’Eric du Bellay.

Les Swann d'or sont décidés par le Comité qui jugent à la fois une performance mais aussi une carrière pour un artiste dans un film (romantique forcément) sorti ces douze derniers mois.

Swann du meilleur film: Sage femme de Martin Provost
Swann du meilleur acteur: Reda Kateb dans Django
Swann de la meilleur actrice: Béatrice Dalle dans Chacun sa vie
Swann de la révélation masculine: Rabah Nait Oufella dans Nocturama
Swann de la révélation féminine: Doria Tillier dans Monsieur & Madame Adelman