Berlin 2019: François Ozon, Fatih Akin, Denis Côté en compétition

Posté par vincy, le 13 décembre 2018

On connait la présidente du jury, Juliette Binoche, le film d'ouverture, The Kindness of Strangers. Voici les premiers films retenus par la Berlinale pour sa 69e édition.

En compétition, on trouvera Der Boden unter den Füßen (The Ground Beneath My Feet) de Marie Kreutzer, Der Goldene Handschuh (The Golden Glove) de Fatih Akin (photo), Grâce à dieu de François Ozon, Ich war zuhause, aber (I Was at Home, but) de Angela Schanelec, A Tale of Three Sisters de Emin Alper, et Répertoire des villes disparues (Ghost Town Anthology) de Denis Côté.

Par ailleurs le Festival a déjà annoncé trois films hors-compétition dans le cadre de ses soirées de gala: Gully Boy de l'indien Zoya Akhtar, Brecht de l'allemand Heinrich Breloer, et Watergate, documentaire américain de Charles Ferguson.

Berlin 2019: Juliette Binoche, présidente du jury

Posté par vincy, le 11 décembre 2018

On la voyait plutôt à ce poste au Festival de Cannes. Finalement, Juliette Binoche présidera le jury du Festival de Berlin 2019 (7-17 février). L'actrice française est ainsi le dernier choix de Dieter Kosslick, directeur de la Berlinale qui passe le relais après cette édition.

35 ans de carrière, et pas mal de films passés par Berlin: Mauvais sang en compétition, Les amants du Pont-neuf, dans la sélection Forum, Le Patient anglais en compétition, qui lui valu un Ours d'argent de la meilleur actrice, Chocolat et Country of My Skull, tous deux en compétition, Elles en Panorama, ou encore Camille-Claudel 1915 (compétition) et Endless Night (film d'ouverture). Elle a aussi été distinguée d'une Berlinale Camera en 1993.

Grand chelem

Parmi les plus récompensées du cinéma français, l'actrice a reçu un Oscar du meilleur second-rôle (Le patient anglais) et une nomination à l'Oscar de la meilleure actrice (Chocolat), trois nominations aux Golden Globes, 10 nominations aux César entre 1986 et 2018 (et une seule fois primée en 1994 pour Bleu), Prix de la meilleure actrice à Cannes (Copie conforme) et Prix de la meilleure actrice à Venise (Bleu).

Au box office, elle compte une dizaine de succès, parfois internationaux, dans des registres très variés: Le hussard sur le toit, Paris, Godzilla, L'insoutenable légèreté de l'être, Décalage horaire, Ghost in the Shell, Fatale...

Récemment, elle a été à l'affiche de High Life de Claire Denis et Voyage à Yoshino de Naomi Kawase. Elle sera bientôt à l'affiche de Doubles vies d'Olivier Assayas, et vient de tourner La vérité de Hirokazu Kore-eda.

Un drame bienveillant en ouverture de la Berlinale

Posté par vincy, le 6 décembre 2018

La réalisatrice danoise Lone Scherfig fera l'ouverture de la prochaine Berlinale (7-17 février 2019) avec The Kindness of Strangers. Ce film, tourné entre Copenhague, le Canada et New York, met en scène l'acteur français Tahar Rahim aux côtés de la comédienne britannique très en vogue Andrea Riseborough et de Zoe Kazan. Le générique comprend également Caleb Landry Jones, Jay Baruchel et Bill Nighy. L'histoire suit plusieurs personnages tentant de survivre à l'hiver new yorkais, ce que la réalisatrice avait évoqué lors d'un entretien avec Ecran Noir.

Le film s'installe dans un restaurant russe, où l'on croise une mère (Kazan) victime de la violence de son mari policier, une infirmière (Riseborough), le proprio du resto (Nighy), et son gérant (Tahar Rahim), un jeune chômeur (Landry Jones), un avocat (Baruchel)... A un carrefour de leurs vies, chacun va comprendre qu'il peut se libérer de ses poids en faisant confiance aux autres.

Cette coprod internationale, soutenue par Arte, n'a pas encore de distributeur en France.

Pour Lone Scherfig, c'est un grand retour à Berlin. En 2001, avec son film Italian for beginners, réalisé selon les principes du Dogme danois, elle avait reçu quatre prix: le prix du jury (Ours d'argent), le prix du jury œcuménique, le prix FIPRESCI de la critique internationale et le prix des lecteurs du Berliner Morgenpost. Avec Une éducation, en 2010, elle avait également été nommée trois fois aux Oscars, huit fois aux Baftas, en plus d'une présentation hors-compétition à Berlin. La cinéaste a aussi présenté The Birthday Trip et Seule à la maison à la Berlinale. Récemment, elle a réalisé Un jour, The Riot Club et Une belle rencontre.

Venise 2018: Jacques Audiard plaide pour l’égalité des sexes

Posté par vincy, le 2 septembre 2018

Lors de sa conférence de presse pour Les Frères Sisters à Venise, le réalisateur Jacques Audiard a critiqué l’absence de femmes à la tête des festivals de cinéma. "Ne nous posons pas la question du sexe des films, posons-nous la question de savoir si les festivals ont un sexe, si les dirigeants des festivals ont un sexe. Ça, c’est une question simple et la réponse est oui. Je pense qu’il y a un problème là, et un autre problème, c’est que depuis vingt-cinq ans, j’ai souvent vu les mêmes têtes, les mêmes hommes à des postes différents, mais toujours là. " Par ailleurs, il a regretté sa solitude sur ce sujet: "J’ai envoyé des courriers à mes confrères de la sélection et j’ai senti qu’il n’y avait pas un écho formidable."

Pourquoi ce n'est plus tout à fait vrai? ça change déjà puisque Berlin, après 18 ans de règne de Dieter Kosslick, va être codirigé paritairement par Carlo Chatrian et Mariette Rissenbeek. Locarno sera dirigé par une femme, Lili Hinstin, pour remplacer Chatrian. A Toronto, après 23 ans à la tête du festival, Piers Handling va passer la main au plus jeune Cameron Bailey, d'origine barbadienne (Antilles britanniques).

Vieux débat, plutôt cannois jusqu'à présent, il a aussi noté la sous-représentation féminine en compétition (une réalisatrice, Jennifer Kent, pour vingt réalisateurs). Audiard s'est lancé dans un vif plaidoyer pour l'égalité. Jacques Audiard, qui est membre du mouvement féministe "50/50 pour 2020", en appelle donc à changer les choses en féminisant les comités de sélection et les sélectionneurs des festivals."L’égalité, ça se compte, la justice, ça s’applique, c’est très simple. Après on commencera à être un peu sérieux et on évitera ces aberrations comme ce vingt contre un." Il fait partie des signataires des appels à l'égalité des sexes, signés à Cannes, Locarno et Venise.

Pourquoi le problème est ailleurs? on ne le dira jamais assez, la faute n'est pas forcément celle des festivals. Rappelons qu'Alberto Barbera, le directeur artistique de la Mostra, avait déclaré en août qu’il préférerait "changer de métier plutôt que d’être obligé de sélectionner un film parce qu’il a été réalisé par une femme et non parce qu’il est réussi." La discrimination positive (hormis l'obligation de sélectionner des films nationaux, une sélection doit rester libre, comme une ligne éditoriale d'un journal) n'est pas applicable. Si on veut plus de femmes dans les sélections, il faut plus de femmes dans les écoles de cinéma et surtout que les producteurs/productrices fassent davantage confiance aux réalisatrices. C'est là un retard qui perdure dans le monde entier. Par ailleurs, il y a de nombreuses femmes dans les comités de sélection y compris dans ceux de Cannes, même si la proportion reste majoritairement masculine.

Longuement applaudi pour ce "manifeste", il a lancé à la presse: "Non, on applaudit pas. On agit".

Pourquoi Jacques Audiard n'est pas le mieux placé pour parler égalité? Regardons sa carrière. Réalisateur de vidéo-clips? Pas une seule chanteuse. Scénariste? Pour trois réalisatrices contre 11 réalisateurs. Producteur? Deux réalisateurs (dont Campillo pour 120 BPM). Ses co-scénaristes? Que des hommes depuis son premier film, et côté adaptations, que des romans écrits pas des mecs. Ses directeurs de la photographie? Sur ses 8 films, une seule fois, Audiard a engagé une directrice de la photo. Son compositeur de musique? Alexandre Desplat. Ses acteurs? Hormis Sur mes lèvres et De rouille et d'os, aucune femme dans un rôle principal. Dans Les Frères Sisters, tous les personnages sont masculins, hormis une chef de village (très masculine) et ses prostituées (petits rôles) et la mère (5 minutes à l'écran). Le générique compte neuf producteurs masculins pour trois productrices, et sinon une monteuse, trois femmes au casting, une décoratrice et une costumière. John C. Reilly, acteur et co-producteur du film, a beau se défendre en assurant que la moitié de l'équipe de Les Frères Sisters était féminine, ce n'était pas forcément aux postes les plus prestigieux d'un tournage. On remarque d'ailleurs sur cette photo de tournage, qu'il n'y a que quatre femmes sur le plateau, aux côtés de onze hommes. On agit?

Changement de têtes à la Berlinale

Posté par vincy, le 22 juin 2018

C'est un gros chambardement à la tête du Festival International de Berlin. Dieter Kosslick, âgé de 70 ans, ne souhaitait pas renouveler son mandat, qui prend fin en mai 2019. Pour le remplacer, le conseil de surveillance du Kulturveranstaltungen des Bundes in Berlin a décidé de diviser la fonction en deux postes pour 2020. Carlo Chatrian sera directeur artistique de la Berlinale tandis que Mariette Rissenbeek a été choisie comme directrice exécutive.

Carlo Chatrian, italien de 46 ans, est le directeur artistique du Festival de Locarno depuis 2012. Il aura pour tâche de redonner de l'élan à la compétition berlinoise, tout en s'ouvrant à des films plus singuliers. Locarno va devoir partir en quête d'un nouveau directeur. La néerlandaise Mariette Rissenbeek est surtout connue pour avoir dirigé German Films.

Près de 80 cinéastes allemandes, parmi lesquels Fatih Akin, Maren Ade ou encore Volker Schlödorff, avaient demandé en décembre dernier un profond renouvellement du Festival de Berlin en nommant à sa tête une personnalité "passionnée de cinéma et qui dispose des meilleurs contacts dans le monde et soit en mesure, à l'avenir, de porter le festival au même niveau que Cannes et Venise".

Le Festival créé en 1951, considérant comme l'un des trois plus importants artistiquement dans le monde, n'a pourtant pas démérité sous l'ère Kosslick, débutée en 2001: Hayao Miyazaki, Paul Greengrass, Fatih Akin, Claudia Llosa, Asghar Farhadi, Jafar Panahi ont tous reçu l'Ours d'or. Mais la compétition est souvent très inégale, avec de nombreux films jugés assez faibles. Berlin est davantage renforcé par ses sélections parallèles : Panorama et Forum.

Christoph Terhechte, directeur de la section Forum, a prévu de partir en juillet, après 17 ans à son poste. Un remplaçant intérimaire doit être bientôt nommé. Tandis que Wieland Speck, directeur de la section Panorama depuis 1992, avait quitté son poste il y a deux ans, remplacé l'an dernier par le trio Paz Lázaro, Michael Stütz et Andreas Struck, trois de ses collaborateurs et collaboratrices depuis plusieurs années.

Le cinéma brésilien perd Nelson Pereira dos Santos (1928-2018)

Posté par vincy, le 22 avril 2018

Le cinéaste brésilien Nelson Pereira dos Santos est mort le 21 avril à l'âge de 89 ans. Né le 22 octobre 1928, il est considéré comme le père du mouvement Cinema Novo. Il a aussi été le premier réalisateur élu à l'Académie brésilienne des lettres, en 2006.

A ses débuts, il a été journaliste avant de découvrir la Cinémathèque française à Paris et de rencontrer Henri Langlois. Il tourne alors son premier court documentaire, Juventude en 1950, un portrait des jeunes communistes est-allemands. Dès 1954, avec Rio, 40 Graus, il dépeint la réalité sociale de son pays, inscrite dans une histoire mouvementée et une pauvreté omniprésente, que ce soit dans les métropoles ou les zones rurales du Nordeste. Il rompt ainsi avec un cinéma brésilien coloré, entre romances et comédies. Inspiré du néoréalisme italien, faisant la jonction avec la Nouvelle Vague française, le Cinema Novo, durant près de vingt ans, aura comme figure de proue des réalisateurs aussi prestigieux que Carlos Diegues, qui sera à Cannes le mois prochain, Ruy Guerra, et Joaquim Pedro de Andrade.

Les grands festivals européens n'ont jamais cessé de présenter son œuvre. A Cannes, il est en compétition avec Sécheresses (Vidas secas) en 1964, son film le plus emblématique d’après le roman éponyme de Graciliano Ramos. Il présentera sur la Croisette L'aliéniste en 1970, L'amulette d'Ogum (O Amuleto de Ogum) en 1974 et Mémoires de prison (Memórias do Cárcere), toujours adapté d'un roman de d’après Graciliano Ramos, et présenté en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs en 1984. Le film obtient le prix FIPRESCI. Sa dernière visite cannoise est hors compétition avec La musique selon Antonio Carlos Jobim en 2012.

A Berlin, il est quatre fois en compétition avec Fome de Amor en 1968, Qu'il était bon, mon petit Français!, film historique aux allures de documentaires, sur les débuts de la colonisation du Brésil (1971), La boutique aux miracles (Tenda dos Milagres) (1977) et La troisième rive du fleuve (A Terceira Margem do Rio) (1994).

Il adaptait souvent des romans pour trouver ses histoires. Depuis le débit des années 200, il était retourné au documentaire. Son regard critique sur la société, parfois cruel, avec des images à la lumière crue et une caméra tenue à l'épaule, illustrait la vivacité des personnages dans un monde souvent désolé. Intellectuel et engagé (très à gauche), sa dernière fiction, Brasilia 18% (2006) explorait la corruption politique, le meurtre de témoins et le blanchiment de monnaie dans une société brésilienne pourrie. Douze ans plus tard, son sujet est toujours d'actualité. Il dénonçait les injustices et accompagnaient les mouvements de la jeunesse, oscillait entre cinéma abstrait et humour séducteur. Mariant littérature et cinéma, Nelson Pereira dos Santos était sans doute un peu utopiste...

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Vittorio Taviani doit mourir sans Paolo (1929-2018)

Posté par vincy, le 15 avril 2018

C'est l'un des grands duos fraternels du cinéma, avec les Dardenne et les Coen. Les Frères Taviani, récompensés dans les plus grands festivals, ont signé quelques uns des plus beaux films italiens des années 1960 aux années 2010. Vittorio, l'aîné, né en 1929, est mort le 15 avril à l'âge de 88 ans, laissant son cadet de deux ans, Paolo, seul.

Entre cinéma engagé et style néo-réaliste, les deux frères ont réalisé une œuvre aussi poétique que philosophique et littéraire, psychanalytique qu'historique, sur un monde politique en mutation, une société en transformation, en quête d'un idéal souvent inatteignable. Conteurs hors-pairs (Contes italiens, leur dernier film ensemble, en est une belle démonstration), ne cherchant jamais la chaleur d'un esthétisme séduisant, leur cinéma est souvent sans concession. Ils ont vécu, ensemble, pour le cinéma, comme d'autres se vouent à une foi.

Les Frères Taviani ont signé des films marquants comme Padre Padrone, Palme d'or à Cannes, La nuit de San Lorenzo, Grand prix du jury à Cannes, César doit mourir, Ours d'or à Berlin, Kaos, contes siciliens. Pour l'anecdote, Padre Padrone fut le premier film a remporter la Palme d’Or, alors que Roberto Rossellini était président du jury (quel beau symbole de transmission) et le Prix de la critique internationale. Sa sélection provoqua pourtant un scandale public lors du festival de Cannes puisque le film, tourné en 16mm, était destiné pour la télévision. C'était il y a 40 ans...

Ils auscultaient l'Italie, sous toutes ses coutures, avec des "affinités électives" pour ce Mezzogiorno et ses îles italiennes écrasées par la pauvreté et le soleil. Leur cinéma dur et épuré, cruel et parfois surréaliste et même fantastique, s'est aussi prolongé dans le documentaire avec le si bien intitulé Un autre monde est possible. De la ruralité sarde à une prison romaine, il y a chez eux, un instinct de révolte et un envie de faire exister, de montrer les fantômes d'un monde ignoré.

"Nous ne voyons pas comment nous pourrions travailler l’un sans l’autre expliquaient-ils, ajoutant "Tant que nous pourrons mystérieusement respirer au même rythme, nous ferons des films ensemble."

Vittorio a pourtant du laisser Paolo réaliser en solitaire Une affaire personnelle, sorti l'an dernier. Ils avaient écrit à quatre mains le scénario. Une histoire de résistance, encore et toujours.

Milos Forman on the Moon (1932-2018)

Posté par vincy, le 14 avril 2018

Requiem. Milos Forman, de son vrai nom Jan Tomáš Forman, est mort le 13 avril à l'âge de 86 ans. Né le 18 février 1932 en Tchécoslovaquie, le réalisateur et scénariste avait été adoubé dans le monde entier par de multiples récompenses.

Son premier film, L'as de pique a obtenu un Léopard d'or au Festival international de Locarno. En 1971, Taking Off reçoit le Grand Prix du Jury au Festival de Cannes. Cinq ans plus tard avec Vol au-dessus d'un nid de coucou, il est oscarisé pour le film et la réalisation. L'Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur lui revient une nouvelle fois en 1985 pour Amadeus. A Berlin, il est sacré par un Ours d'or pour Larry Flynt. Man on the Moonlui vaut l'Ours d'argent, toujours à Berlin, du meilleur réalisateur.

Trois fois nommé au César du meilleur film étranger (Vol au dessus d'un nid de coucou, Hair, Amadeus) et une fois dans la catégorie meilleur réalisateur (Valmont), il a été honoré pour l'ensemble de sa carrière à Karlovy Vary en 1997, aux Directors Guild of America Awards en 2013 et par un Prix Lumière au Festival Lumière de Lyon en 2010. Il y avait dit: "L'Histoire ne s'écrit pas avant ou après Jésus-Christ mais avant ou après Lumière."

Toute sa vie avait été dédiée au 7e art, avec exigence, audace, ambition. Milos Forman n'a réalisé que 13 longs métrages en 45 ans. Mais il a laissé des œuvres aussi marquantes que populaires, peuplées d'héros aussi subversifs qu'insolents, dévastés par leur folie ou leur passion, se brûlant les ailes à l'approche de leurs rêves. La lumière qu'ils cherchaient cramaient immanquablement leur esprit. Les films de Milos Forman exposaient des personnages charismatiques qui finissaient en fantômes.

Ses trois premiers films, tchèques, sont dans la veine de la Nouvelle Vague française. Loin du style américain qui va l'imposer parmi les plus grands cinéastes du XXe siècle. L'as de pique, récit initiatique sur un jeune homme qui ne trouve pas sa place dans la société, dévoile à la fois son talent pour la comédie et son appétit pour l'anticonformisme. Il poursuit une trilogie amorcée la même année en 1963, avec le court métrage Concours, et qui s'achèvera en 1965 avec Les amours d'une blonde. Là aussi, il s'intéresse à un personnage, une jeune femme, qui n'aspire pas aux mêmes désirs que les autres. Plus romantique, le film dépeint déjà un monde où les conventions et les mensonges parasitent les idéaux.

Il ira bien plus loin dans sa critique du système communiste qui régit les pays d'Europe de l'Est avec Au feu les pompiers!, satire incisive qui se voit sélectionnée à Cannes en 1968, alors que le Festival va être interrompu. Ce brûlot politique lui vaut une violente polémique dans son pays. L'allégorie n'est pas comprise. Alors que le Printemps de Prague est saccagé par les chars soviétiques, il profite alors de la promotion du film en Occident pour passer à l'Ouest. Son destin deviendra américain.

En 1971, il signe son premier film occidental, Taking Off, qui s'inscrit dans la lignée du Nouveau cinéma américain, aux côtés de Scorsese, Hopper et Coppola. Un film brut sur le divorce entre deux générations - les parents et les enfants - où chacun retrouve sa liberté par l'éloignement. Une fugue pas si mineure, même si elle est à l'ombre des films qui vont suivre. A commencer par Vol au dessus d'un nid de Coucou.

Ce huis-clos en hôpital psychiatrique, avec Jack Nicholson, Louise Fletcher, Danny DeVito et Christopher Lloyd, et 5 Oscars au final, a été avant tout un immense succès public, devenant une référence dans la pop culture contemporaine. En France, en 1976, il a attiré 4,8 millions de spectateurs. Forman explore le monde des "dérangés", ceux qu'on ne montre jamais. Considéré comme l'un des grands films américains du XXe siècle, ce Coucou s'avère aussi fascinant dramatiquement que poignant émotionnellement. Les performances des comédiens y est pour beaucoup. Le symbolisme politique aussi: difficile de ne pas voir dans cet enfermement et cette aliénation collective (et les traitements de chocs réservés aux "malades") la manière dont le communisme écrase la liberté et la singularité des individus. Hormis le personnage de Nicholson, personne ne résiste aux traitements de l'infirmière incarnée par Fletcher. Seul un "fou" résiste, vainement, fatalement.

Avec le pop-broadway Hair, en 1979, le cinéaste s'attaque à la comédie musicale la plus emblématique des seventies, mélange d'utopie hippie et de bataille contre un système imposant des règles de vie. Là encore, Forman aime les résistants, les Hommes libres, et en profite poru critiquer une dictature (ici, celle de l'argent). La mise en scène est aussi efficace qu'inventive. Il débute là une trilogie musicale, qui se prolonge avec Ragtime, autour du jazz et des afro-américains, autres persécutés. L'injustice est au cœur de l'intrigue, tout comme le racisme. Une fois de plus, Forman s'intéresse à celui dont les droits sont niés.

Mais c'est avec Amadeus, en 1985, que Forman va entrer dans la légende en s'attaquant à Mozart. Il rencontre ici "son" personnage. Fougueux, anticonformiste, génial: un chien dans un jeu de quilles. Il déforme le biopic en "thriller psychologique". Transforme le fameux "Requiem" de Mozart en séquence de haute tension, où trahison et injustice se mêlent. Des éclats du jeune prodige, on ne retient finalement que sa lente agonie et la fosse commune. Une fois de plus le "système" a détruit un homme qui n'était pas dans la "norme". Les fidèles de Mozart ont crié à la trahison historique. Mais Milos Forman a toujours revendiqué qu'il s'agissait d'une fiction inspirée de la vie du musicien. Ce que l'on retient, outre l'immense succès du film (4,6 millions de spectateurs en France), c'est bien ce passage de la lumière à l'obscurité, de l'enchantement au crépuscule, d'un homme qui n'a jamais pu être respecté, être à sa place, comme tous les "héros formaniens".

Tous ces êtres qui voient leurs rêves et leur liberté butés contre un mur construit par les dominateurs et les résignés. Ainsi Valmont, sa version des Liaisons dangereuses, qui a le malheur de sortir quelques mois après le film de Stephen Frears, et de souffrir de la comparaison. Pourtant le film n'est pas raté. Le scénario coécrit avec Jean-Claude Carrière est même d'une belle subtilité. Frears a opté pour le romantisme et les manigances. Forman préfère la cruauté et l'ethnologie d'une aristocratie là encore destructrice.

Après cet échec, le réalisateur attend 7 ans avant de revenir au cinéma, avec un film radicalement différent, et pourtant s'inscrivant dans la même filiation, entre libertinage et conventions. Larry Flynt n'est autre que l'histoire du fondateur du magazine Hustler, concurrent de Playboy. L'immoralité face à la vertu. Le personnage, sur une chaise roulante, en profite pour faire, déjà, un plaidoyer contre une Amérique dogmatique et impérialiste. Mais si Flynt semble proche de Valmont, le film est davantage la succession de Hair, entre pacifisme et liberté sexuelle et liberté d'expression.

De même Man on the Moon, son film suivant, en 1999, pourrait être considéré comme une suite logique à Larry Flynt: le portrait d'un Américain pas comme les autres, qui a dynamité à sa hauteur un système. Mais le film, qui donne à Jim Carrey l'un de ses plus grands rôles (avecThe Truman Show et Eternal Sunshine of the Spotless Mind), se relie davantage à Amadeus: l'histoire d'un prodige qui se perdra dans son miroir. Car, le comique Andy Kaufman, comme Mozart, est mort précocement à l'âge de 35 ans. Et comme pour Amadeus, Forman déforme la réalité, insuffle un ton et une esthétique qui n'en font pas un biopic mais bien un drame cinématographique. On se rapproche même de la folie de McMurphy dans Vol au dessus d'un nid de coucou: "You're insane, but you might also be brilliant" dit-on sur le comédien adepte de l'absurde.

Malgré la légèreté apparente ou le rythme percutant des films de Forman, tous transmettent un mal-être indéniable et sont teintés de pessimisme. "L'humour jaillit d'une crevasse qui s'est ouverte entre ce que les choses prétendent signifier et ce qu'elles sont en réalité. Rien ni personne n'est dispensé du comique qui est notre condition, notre ombre, notre soulagement et notre condamnation", écrit son ami Milan Kundera à son propos.n Il n'y a pas de bonheur heureux. L'insoutenable légèreté de l'être, ce titre conviendrait si bien à Milos Forman...

En 2006, avec Les fantômes de Goya, coécrit avec Carrière une nouvelle fois et avec Javier Bardem et Natalie Portman, il creuse un peu plus le sillon de son œuvre sur les artistes en bout de course, épuisés par leur(s) création(s), contournant, se rebellant ou fuyant toujours ceux qui cherchent à les étouffer. Son ultime film, réalisé dans son pays natal, Dobre placená procházka (A Walk Worthwhile), est un retour aux sources, au théâtre, en musique, et à Prague. Milos Forman a accepté aussi d'être acteur en 2011. On l'avait déjà vu dans La Brûlure (Heartburn) de Mike Nichols et Au nom d'Anna (Keeping the Faith) d'Edward Norton. Il sera une dernière fois à l'écran chez Christophe Honoré, en ex-amant de Catherine Deneuve dans Les Bien-aimés.

Jamais dupe, toujours critique, surtout à l'égard des modèles et des dogmes, aussi minutieux que lucide, le cinéma de Forman a analysé les enchainements des mécaniques politiques ou historiques qui tuent l'individualité. Dans ses films, il met en lumière des personnages fragiles et libres, ne manquant jamais de panache, criant, chantant, jouant, provoquant, où les gestes sont grandiloquents, l'excentricité grandiose, le courage artistique.

Cinéaste européen sans frontières, refusant l'oppression, il a préféré la liberté et la vulnérabilité qui l'accompagne, la folie et le trouble de l'identité qui peut s'inviter, pour construire une œuvre non pas iconoclaste, bien au contraire, mais surprenante. Il voulait nous botter les fesses, nous pousser à hurler, nous montrer qu'il fallait se battre. Ainsi, son cinéma peut-être qualifié d'énergique. Même si, sur la fin, on sentait davantage de nostalgie et de mélancolie. La passion selon Milos. Celle de nous conduire, comme un chef d'orchestre, à jamais nous laisser abattre.

"Si vous aviez vécu, comme moi, plusieurs années sous le totalitarisme nazi, puis 20 ans de totalitarisme communiste, vous réaliseriez certainement à quel point la liberté est précieuse, et combien il est facile de perdre votre liberté" rappelait-il.

Qui est Anthony Bajon, Ours d’argent du meilleur acteur?

Posté par vincy, le 25 février 2018

Anthony Bajon a 23 ans. Et il est le 7e acteur français primé par un Ours d'argent d'interprétation masculine à Berlin, succédant à Jean Gabin (récompensé en 1959 et 1971), Jean-Pierre Léaud (1966), Michel Simon (1967), Jean-Louis Trintignant (1968), Michel Piccoli (1982) et Jacques Gamblin (2002). Rien que ça.

"J'ai beaucoup prié pour avoir cet Ours), c'est tout à fait incroyable, c'est un rêve pour moi", a déclaré le comédien devant la presse après la cérémonie. "Je me sens en fait comme un enfant qui ne peut pas contrôler ses émotions", a-t-il ajouté.

Anthony Bajon aime le sport. Du vélo au foot, du judo au ski. Formé au Studio Muller, le jeune comédien a été découvert au cinéma dans Les Ogres de Léa Fehner il y a quatre ans. On l'a ensuite croisé dans Médecin de campagne de Thomas Lilti, Rodin de Jacques Doillon, Marilyne de Guillaume Gallienne, L'embarras du choix de Eric Lavaine et Nos années folles d'André Téchiné. Avec La Prière de Cédric Kahn, qui lui a valu son Ours berlinois, il obtient son premier grand rôle de cinéma.

"Anthony a passé le casting au même titre que les autres. C'est lui qui avait le plus grand spectre de jeu. Il a quelque chose de candide", a estimé le réalisateur Cédric Kahn, interrogé par l'AFP. Le réalisateur a déclare qu'il cherchait "un garçon avec beaucoup de présence, d’intensité, de violence, mais aussi une forme de candeur, un lien fort à l’enfance. Et qui soit assez indéfinissable socialement. Un acteur capable d’habiter les creux du récit. Autant dire beaucoup de qualités pour un jeune comédien." Ajoutant: "Et pour moi, Anthony avait tout ça."

Dans La Prière, il incarne Thomas. Pour sortir de la dépendance à la drogue, il rejoint une communauté isolée dans la montagne tenue par d’anciens toxicos qui se soignent par la prière et le travail. Il va y découvrir l'amitié, la règle, l’amour et la foi…

Anthony Bajon a aussi été vu dans plusieurs cours métrages (dont Magic World de Julien Hosmalin et Petit homme de Jean-Guillaume Sonnier) et à la télévision (dont Section zéro d'Olivier Marchal, Jeux d'influence de Jean-Xavier De Lestrade et Ad vitam de Manuel Shapira et Thomas Cailley).

Autant dire que depuis quelques années, il ne chôme pas. Il a débuté sur les planches avec pas mal de mises en scène d'Akim Ben Hafsia et de Jean-Pierre Jacovella.

La Prière sort dans les salles françaises le 21 mars.

Berlin 2018: Touch Me Not d’Adina Pintilie, Ours d’or et meilleur premier film

Posté par vincy, le 24 février 2018

touche me not

Le palmarès officiel de la 68e Berlinale fait la part belle aux réalisatrices: Ours d'or (et meilleur premier film toutes sections confondues) pour Adina Pintilie, Grand prix du jury pour Malgorzata Szumowska, Ours d'or du court métrage pour Ines Moldavsky, le Prix du meilleur documentaire pour Ruth Beckermann.

En déjouant les pronostics, le jury a réservé pas mal de surprises, s'assurant de créer des déceptions (notamment pour Dovlatov, qui repart avec un maigre prix, ou Utøya 22. juli (U – July 22) et In den Gangen, oubliés. Mais il colle aussi à des films déjà distingués par d'autres prix berlinois comme Las Herederas, Prix Alfred Bauer et Prix d'interprétation féminine, qui avait gagné les faveurs de la Fipresci.

Le cinéma européen, et surtout d'Europe de l'Est, et le cinéma latino-américain squattent le palmarès qui a snobé quasiment toute la sélection hollywoodienne. On notera quand même que Wes Anderson repart avec un prix de la mise en scène avec son film d'animation L'île aux chiens. Un film animé couronné par ce prestigieux prix est assez exceptionnel en soi.

Enfin, c'est un jeune acteur français, qui a quand même dix ans de carrière derrière lui, qui a raflé l'Ours d'argent dans sa catégorie pour La prière de Cédric Kahn, seul film français récompensé à Berlin cette année.

Nos pronostics et favoris dans la course à l’Ours d’or
Retour sur la compétition
Tous les prix parallèles de la 68e Berlinale
Les actualités et les films de la 68e Berlinale

Ours d'or: Touch Me Not de Adina Pintilie

Ours d'argent - Grand prix: Twarz (Mug) de Malgorzata Szumowska

Ours d'agent - Prix Alfred Bauer (Nouvelles perspectives): Las herederas de Marcelo Martinessi

Ours d'argent - meilleur réalisateur: Wes Anderson pour L'île aux chiens

Ours d'argent - meilleure actrice: Ana Brun pour Las herederas de Marcelo Martinessi

Ours d'argent - meilleur acteur: Anthony Bajon pour La prière de Cédric Kahn

Ours d'argent - meilleur scénario: Manuel Alcalá & Alonso Ruizpalacios pour Museo

Ours d'argent - contribution artistique: Elena Okopnaya pour les costumes de Dovlatov d’Alexey German Jr

Ours d'or du meilleur court métrage: The Men Behind the Wall d'Ines Moldavsky

Ours d'argent - Prix du jury (court métrage): Imfura de Samuel Ishimwe

Prix du court métrage Audi: Solar Walk de Reka Bucsi

GWFF Best First Feature Award (Premier film toutes sections confondues): Touch Me Not de Adina Pintilie
Mention spéciale: An Elephant Sitting Still de Hu Bo

Glashütte Original – Documentary Award (Documentaire toutes sections confondues): Waldheims Walzer de Ruth Beckermann
Mention spéciale: Ex Pajé (Ex Shaman) de Luiz Bolognesi