Venise 2018: Jacques Audiard plaide pour l’égalité des sexes

Posté par vincy, le 2 septembre 2018

Lors de sa conférence de presse pour Les Frères Sisters à Venise, le réalisateur Jacques Audiard a critiqué l’absence de femmes à la tête des festivals de cinéma. "Ne nous posons pas la question du sexe des films, posons-nous la question de savoir si les festivals ont un sexe, si les dirigeants des festivals ont un sexe. Ça, c’est une question simple et la réponse est oui. Je pense qu’il y a un problème là, et un autre problème, c’est que depuis vingt-cinq ans, j’ai souvent vu les mêmes têtes, les mêmes hommes à des postes différents, mais toujours là. " Par ailleurs, il a regretté sa solitude sur ce sujet: "J’ai envoyé des courriers à mes confrères de la sélection et j’ai senti qu’il n’y avait pas un écho formidable."

Pourquoi ce n'est plus tout à fait vrai? ça change déjà puisque Berlin, après 18 ans de règne de Dieter Kosslick, va être codirigé paritairement par Carlo Chatrian et Mariette Rissenbeek. Locarno sera dirigé par une femme, Lili Hinstin, pour remplacer Chatrian. A Toronto, après 23 ans à la tête du festival, Piers Handling va passer la main au plus jeune Cameron Bailey, d'origine barbadienne (Antilles britanniques).

Vieux débat, plutôt cannois jusqu'à présent, il a aussi noté la sous-représentation féminine en compétition (une réalisatrice, Jennifer Kent, pour vingt réalisateurs). Audiard s'est lancé dans un vif plaidoyer pour l'égalité. Jacques Audiard, qui est membre du mouvement féministe "50/50 pour 2020", en appelle donc à changer les choses en féminisant les comités de sélection et les sélectionneurs des festivals."L’égalité, ça se compte, la justice, ça s’applique, c’est très simple. Après on commencera à être un peu sérieux et on évitera ces aberrations comme ce vingt contre un." Il fait partie des signataires des appels à l'égalité des sexes, signés à Cannes, Locarno et Venise.

Pourquoi le problème est ailleurs? on ne le dira jamais assez, la faute n'est pas forcément celle des festivals. Rappelons qu'Alberto Barbera, le directeur artistique de la Mostra, avait déclaré en août qu’il préférerait "changer de métier plutôt que d’être obligé de sélectionner un film parce qu’il a été réalisé par une femme et non parce qu’il est réussi." La discrimination positive (hormis l'obligation de sélectionner des films nationaux, une sélection doit rester libre, comme une ligne éditoriale d'un journal) n'est pas applicable. Si on veut plus de femmes dans les sélections, il faut plus de femmes dans les écoles de cinéma et surtout que les producteurs/productrices fassent davantage confiance aux réalisatrices. C'est là un retard qui perdure dans le monde entier. Par ailleurs, il y a de nombreuses femmes dans les comités de sélection y compris dans ceux de Cannes, même si la proportion reste majoritairement masculine.

Longuement applaudi pour ce "manifeste", il a lancé à la presse: "Non, on applaudit pas. On agit".

Pourquoi Jacques Audiard n'est pas le mieux placé pour parler égalité? Regardons sa carrière. Réalisateur de vidéo-clips? Pas une seule chanteuse. Scénariste? Pour trois réalisatrices contre 11 réalisateurs. Producteur? Deux réalisateurs (dont Campillo pour 120 BPM). Ses co-scénaristes? Que des hommes depuis son premier film, et côté adaptations, que des romans écrits pas des mecs. Ses directeurs de la photographie? Sur ses 8 films, une seule fois, Audiard a engagé une directrice de la photo. Son compositeur de musique? Alexandre Desplat. Ses acteurs? Hormis Sur mes lèvres et De rouille et d'os, aucune femme dans un rôle principal. Dans Les Frères Sisters, tous les personnages sont masculins, hormis une chef de village (très masculine) et ses prostituées (petits rôles) et la mère (5 minutes à l'écran). Le générique compte neuf producteurs masculins pour trois productrices, et sinon une monteuse, trois femmes au casting, une décoratrice et une costumière. John C. Reilly, acteur et co-producteur du film, a beau se défendre en assurant que la moitié de l'équipe de Les Frères Sisters était féminine, ce n'était pas forcément aux postes les plus prestigieux d'un tournage. On remarque d'ailleurs sur cette photo de tournage, qu'il n'y a que quatre femmes sur le plateau, aux côtés de onze hommes. On agit?

Edito: liberté, égalité, diversité

Posté par redaction, le 1 mars 2018

Robe noir et ruban blanc. L'Affaire Weinstein a déclenché un mouvement sociétal et politique inespéré. Les femmes prennent la parole et crient haut et fort leur ras-le-bol d'une société sexiste. Cela passe nécessairement par une refonte plus profonde du rapport à l'égalité entre sexes. On se souvient du fabuleux discours féministe de Patricia Arquette aux Oscars en 2015: elle militait pour l'égalité des droits. Au même moment, des actrices comme Jennifer Lawrence se plaignait des écarts salariaux entre acteurs et actrices.

Car, en effet, ce n'est pas gagné. La nouvelle association française 50502020 veut croire à une meilleure répartition: "Nous pensons que la parité réduit les rapports de force. Nous pensons que la diversité change en profondeur les représentations. Nous pensons qu’il faut saisir cette opportunité de travailler à l’égalité et la diversité parce que nous avons la certitude qu’ouvrir le champ du pouvoir favorisera en profondeur le renouvellement de la création" explique-t-elle dans son manifeste. Elle réclame des conseils d'administration, des jurys, des écoles de cinéma paritaires et la création d'un observatoire de l'égalité dans l'industrie du cinéma.

L'initiative est soutenue par des productrices ou distributrices (Caroline Benjo, Carole Scotta, Mélissa Toscan du Plantier), Réalisatrices (Marie Amachoukeli, Julie Bertuccelli, Catherine Corsini, Valérie Donzelli, Agnès Jaoui), Attachée de presse (Viviana Andriani), Comédiennes (Ariane Ascaride, Amira Casar, Lily Rose Depp, Adèle Haenel, Aïssa Maïga, Clémence Poésy, Léa Seydoux, Jasmine Trinca), Journalistes (Florence Ben Sadoun, Tania de Montaigne), Scénaristes et/ou écrivaine (Anne Berest) costumières ou assistantes, vendeuses ou cadreuses, mais aussi des hommes (Jacques Audiard, Thomas Bidegain, Bertrand Bonello, Robin Campillo, Laurent Cantet, Yann Gonzalez, Etic Vicente).

Pour simple rappel, en France, en dehors des scriptes et des cascadeuses, toutes les professions affichent un écart salarial négatif au détriment des femmes: -9% en moyenne pour les interprètes, -12% dans le montage, -17% pour les décors, -42% pour la réalisation. Toujours selon les chiffres fournis par le CNC, il y a une sérieuse inégalité dans certaines professions pour l'accès au poste. A 96% les scriptes sont des femmes, à 88% les costumes sont conçus par des femmes. Elles sont largement majoritaires dans les postes de coiffure/maquillage, la comptabilité/juridique/communication... Mais à l'inverse, 4% des chauffeurs, des électriciens et des machinistes sont de sexe féminin. Un quart des cinéastes sont des réalisatrices. Dans les métiers du son la proportion est inférieure à 10%.

Et puisque nous sommes la semaine des César, les chiffres sont éloquents: en 42 éditions, 19% des nommés dans 13 catégories unisexes des César sont des femmes. 20% ont été césarisées. Le César de la réalisation n'a été attribué qu'une seule fois à une réalisatrice. Même nombre pour le César de la meilleur musique. Pour le César de la meilleure photo ou celui du documentaire, on n'a que trois femmes césarisées dans chacune des catégories. Logiquement, tous ces chiffres seront encore plus bas à la fin de la cérémonie du 2 mars.

Et ne parlons pas de la diversité... Aux Etats-Unis, une récente étude de l'UCLA a d'ailleurs rendu son bilan sur la représentation des femmes et des minorités au cinéma et à la télévision. Alors que Wonder Woman et Black Panther ont mis en avant une héroïne et des héros noirs, alors que Moonlight, Oscar 2017 du meilleur film cumulait un casting afro-américain et un récit homosexuel, alors que Greta Gerwig est nommée à l'Oscar de la meilleure réalisation et que la plupart des films oscarisés mettent en avant des femmes, des personnages gays ou des minorités ethniques en tête d'affiche, le constat est toujours désespérant.

La représentation des femmes comme des minorités ne s'améliore pas. 14% des premiers rôles, 12,6% des réalisateurs, 8% des scénaristes pour les minorités. Les chiffres sont légèrement meilleurs pour la télévision. Rappelons que 38,7% de la population américaine est non blanche. 31% des premiers rôles, 7% des réalisateurs, 14% des scénaristes sont des femmes. Là encore, les statistiques sont plus favorables pour le petit écran. Logiquement les Oscars restent "whites" et "males".

C'est évidemment pire en Chine ou en Inde, où la diversité est peu présente et les femmes cantonnées à des rôles stéréotypés. On peut toujours s'insurger contre cette lecture cloisonnante, exclusive d'un secteur culturel. Mais l'époque indique justement qu'il est temps de cesser avec les discriminations et de devenir davantage inclusif. Le cinéma est un reflet du monde: clairement, son industrie n'est toujours pas représentative de la société.

Le ruban blanc pour ne plus jamais dire #MeToo

Posté par redaction, le 27 février 2018

Des dizaines de productrices, réalisatrices, scénaristes, actrices ont accompagné un appel lancé par la Fondation des femmes mardi 27 février.

Quelques mois après l'Affaire Weinstein et ses conséquences, et notamment le mouvement #MeToo, le cinéma français embraye sur cette vague de fond pour que cesse les violences faites aux femmes. A l'instar de l'opération Time's Up aux Etats-Unis, elles/ils appellent à donner des fonds pour aider la Fondation des femmes à pouvoir aider des associations qui agissent pour protéger, assister et défendre les victimes. Un hashtag #MaintenantOnAgit est mis en place par la même occasion.

Jeanne Balibar, Julie Bertuccelli, Sandrine Bonnaire, Valérie Bonneton, Isabelle Carré, Cécile Cassel, Camille Chamoux, Camille Cottin, Valérie Donzelli, Mélanie Doutey, Anaïs Demoustier, Virginie Efira, Andréa Ferreol , Audrey Fleurot,  Sara Forestier, Julie Gayet, Adèle Haenel, Agnès Jaoui, Camélia Jordana, Diane Krueger, Aïssa Maïga,  Tonie Marshall, Chiara Mastroianni, Anna Mouglalis, Sabrina Ouazani, Vanessa Paradis, Clémence Poésy, Firmine Richard, Céline Sallette, Céline Sciamma, Leila Slimani, Rebecca Zlotowski, Christine and The Queens font partie des signataires de cet appel.

Les César en blanc

L'Académie des César, soucieuse que la cérémonie de vendredi ne devienne pas une tribune incontrôlable, a décidé de soutenir l'initiative, qu'elle qualifie de "constructive, positive et concrète". Elle demande à ses 1700 invités d'exprimer leur solidarité avec le mouvement "en portant toutes et tous le ruban blanc, symbole de la lutte contre les violences faites aux femmes. Il sera distribué à l’entrée de la Salle Pleyel."

Finies les robes en noir des Golden Globes. On opte pour un ruban blanc, comme il y a un ruban rouge pour les victimes du Sida. Mais cela suffira-t-il? Il est facile d'épingler un ruban. Les médias relaient bien les différentes prises de paroles. Les César offriront certainement un espace pour un discours militant. Même si on voit mal un grand déballage. En France, aucune personnalité n'a été accusée de harcèlement ou agression sexuelle. Un silence étrange dans la planète cinéma (alors que des Etats-Unis à la Corée du sud, en passant par le Canada les cas ne manquent pas que ce soit dans le cinéma, les spectacles vivants ou la littérature).

Plus grave, et plus concret, les inégalités perdurent: un producteur sur six nommé aux César est une femme, un réalisateur sur dix nommé aux César est une femme. Les écarts salariaux sont énormes (environ 40% entre un cinéaste et une cinéaste), d'autant que les réalisatrices n'ont pas accès aux films à gros budgets. Ce ruban blanc rappellera également que la France, qui pourtant est l'un des cinémas les plus féminisés du monde, ne traite pas les femmes avec égalité.

Appel de la Fondation des femmes

On a subi. Quels que soient nos lieux de vie, nos métiers, nos origines, nous avons subi ou en avons été les témoins de sexisme ou de violences.

On a enduré. Nous sommes passées outre. Nous avons essayé de faire comme si de rien n’était. Nous avons ravalé notre indignation pour avancer.

On s’est tu. Souvent, nous n’avons rien dit. Par crainte. Par habitude. Pour oublier. Ou parce que nous espérions être l’exception plutôt que la règle.

On a crié. Alors que certaines parlaient depuis longtemps sans être entendues, il y a quelques mois, des actrices ont percé le mur du silence.

On a balancé. Elles ont ouvert la voie. A travers le monde, des millions de femmes leur ont fait écho. Grâce aux réseaux sociaux, elles ont mis en commun leur vécu.

On a dénoncé. De nombreuses femmes ont alors pour la première fois trouvé le courage de porter plainte.

On a rassemblé. Parce que nous sommes convaincues que demain ne doit pas ressembler à hier ou à aujourd’hui.

On a polémiqué. Nous vivons toutes le sexisme mais nous ne sommes pas toutes d’accord sur la façon d’y répondre. Parce que nous ne vivons pas les agressions de la même manière.

Maintenant on agit. Nous sommes différentes mais avons une même envie d’agir. Nous voulons créer un présent plus doux pour celles qui souffrent aujourd’hui, et un avenir apaisé pour nos filles et nos fils. Les femmes victimes de violence méritent que les associations qui les accompagnent aient les moyens de le faire dignement. Nous sommes inquiètes : mal accompagnées, les femmes sont vulnérables face à la justice. Il est temps d’agir. Ensemble, soutenons celles et ceux qui œuvrent concrètement pour qu’aucune n’ait plus jamais à dire #MeToo. Donnons.

L’ensemble des dons sera redistribué à des associations reconnues pour leur engagement sur le terrain, leur expertise et leur efficacité, et dont leur sélection et la bonne utilisation de leurs fonds sont garanties par un Comité d’expertes.

Edito: Black is the new Gold

Posté par redaction, le 8 février 2018

Le nouveau Marvel va débarquer sur les écrans. Black Panther est déjà au panthéon des adaptations de comics du côté de la critique américaine. Les louanges qui auréolent le film de Ryan Coogler s'accompagnent d'une prévision flatteuse au box office: on prévoit un démarrage à 150M$ pour ce film dont toutes les têtes d'affiche, à l'exception d'Andy Serkis et Martin Freeman, sont noires, d'Isaach de Bakolé à Forest Whitaker, d'Angela Bassett à Danuel Kaluuya, de Lupita Nyong'o à Michael B. Jordan, sans oublier la star du film, Chadwick Boseman.

C'est en soi un événement. Dans l'univers Marvel et DC Comics, les acteurs afro-américains sont secondaires. Il a fallu attendre le 7e Star Wars pour qu'un acteur noir soit parmi les héros. Et si on regarde parmi les 20 plus grosses recettes historiques d'Hollywood, hors animation, on ne compte que ces deux derniers Star Wars avec un rôle principal tenu par un(e) afro-américain(e).

Mais à Hollywood, on sent que le public est prêt à aller voir un film où les blancs ne seraient plus les stars. Pendant plus d'un demi-siècle, les spectateurs non-blancs ont du s'identifier à des stars caucasiennes. Puis, Sidney Poitier, Harry Belafonte, Sammy Davis Jr. Richard Pryor, Eddie Murphy, Danny Glover, Denzel Washington, Will Smith, Morgan Freeman, Samuel L. Jackson et Forest Whitaker ont prouvé qu'on pouvait être noir, reconnu et populaire, au-delà d'une segmentation ethnique absurde (mais très marketing). Le chemin a été long mais l'avènement d'un blockbuster comme Black panther sera historique dans un système où seul le dollar compte.

Après l'Oscar du meilleur film pour Moonlight l'an dernier, le carton critique et public de Get Out au printemps, la boucle est bouclée. Pourquoi tout cela arrive en même temps? Les Etats-Unis sont fracturés socialement, économiquement et politiquement. Les tensions raciales, malgré l'élection et la réélection de Barack Obama, ont perduré. Les afro-américains se sentent toujours victimes, discriminés. Il suffit de se rappeler du mouvement Oscars So White il y a trois ans. Depuis, l'Académie s'ouvre aux minorités ethniques. Et des Emmy Awards aux Oscars, désormais, les noirs valent de l'or.

De la même manière s'ouvre un autre cycle depuis cet été: la place de la femme à Hollywood. Le carton de Wonder Woman a prouvé qu'une réalisatrice et une actrice pouvaient rapporter gros avec une histoire d'héroïne. Là encore, Kathryn Bigelow, Nora Ephron, Mimi Leder, Nancy Meyers, Phyllida Lloyd, Catherine Hardwicke avaient montré que c'était possible. Mais Patty Jenkins a explosé tous les records et, surtout, a réussi avec un film dont le héros était une femme, qui n'a pas besoin d'un homme à ses côtés pour terrasser les ennemis. Avec le phénomène #MeToo, le triomphe des femmes sur le petit écran (Top of the Lake, réalisé par Jane Campion, Big Little Lies, produit par Reese Witherspoon), les résultats phénoménaux de films comme La belle et la bête, Hunger Games, Rogue One où les actrices sont en première ligne, ainsi que l'affirmation d'une égalité des sexes, on peut prédire que l'ambition des femmes va être récompensée dans les prochaines années, que ce soit au box office ou aux Oscars.

Noire et femme, Ava DuVernay pourrait être le miracle "intersectionnel" attendu avec la sortie de son film Un raccourci dans le temps, blockbuster fantasy familial à 100M$ de budget, en salles le 14 mars.

Pendant ce temps en France, hormis Omar Sy, on reste blanc. Une seule comédienne (Eye Haidara, catégorie espoir féminin) est non blanche parmi tous les acteurs et toutes les actrices nommé(e)s. Trois comédiens (Lucien Jean-Baptiste, Aissa Maiga, Ahmed Sylla) ont été en têtes d'affiche de films ayant dépassé le million d'entrées l'année dernière. Régulièrement, pourtant, que ce soit pour le petit comme pour le grand écran, les études montrent que les œuvres ne reflètent pas la société française: pas assez de jeunes ou de vieux, pas assez de femmes, trop de CSP+, à peine 15% de comédiens "perçus" comme non-blancs. La mixité n'existe que dans le métro?

Rassurez-vous, le cinéma hollywoodien remédie au problème. Et Black Panther sera aussi un succès en France.

Edito: « Je suis une femme, tu sais… »

Posté par redaction, le 11 janvier 2018

Depuis quelques années, les femmes récompensées par le Cecil B. DeMille Award, prix qui récompense l'ensemble d'une carrière remis aux Golden Globes, font le buzz. On se souvient de Jodie Foster qui y a fait son coming-out et exposé une famille homoparentale, ou de Meryl Streep qui a fait vibrer le public avec son discours anti-Trump et pro-immigration. Oprah Winfrey, icône télévisuelle, productrice engagée, actrice trop rare, n'a pas manqué l'occasion dimanche soir à Los Angeles.

Elle a frappé fort. Pas seulement sur le fond, avec une speech fortement politisé, avec un point de vue féminin et afro-américain, invoquant l'assistance à ne pas lâcher l'affaire #MeToo et à rejoindre l'initiative #TimesUp. C'est la forme qui est à retenir aussi. 3 des 10 minutes de sa prise de parole sont devenues virales dès le lundi, dans le monde entier, fédérant progressistes, féministes et cinéphiles. Alors que France Gall venait de mourir, elle criait un énorme Résiste! Oprah libre dans sa tête.

Il n'en fallait pas moins pour que les médias et la politique s'en mêlent. Jusqu'à Donald Trump. Et pour cause, tout le monde s'est emballé: Oprah Présidente! entendait-on. Après tout la Maison Blanche a accueilli un acteur de série B et loge actuellement un animateur de télé-réalité. Alors pourquoi pas la papesse de la télévision américaine? Peu importe l'expérience politique aux Etats-Unis. Une campagne américaine se fait sur trois éléments: le fric (elle en a), la notoriété médiatique (elle est championne) et une histoire (côté storytelling on peut difficilement faire mieux). De là à la voir gagner des primaires puis le vote national, il y a quand même pas mal d'étapes. Mais l'emballement est là. D'une part les progressistes, de New York à Hollywood, sont traumatisés par la défaite d'Hillary Clinton, et ressentent un vide gigantesque qu'aucun candidat démocrate ne semble combler aujourd'hui. En l'absence de leader politique de du centre et de gauche, la politique ayant horreur du vide, Oprah est une idole idéale. D'autre part, ils sont toujours stupéfaits par l'incompétence et les délires du président actuel, renforcés par la sortie cette semaine du livre de Michael Wolff, Fire and Fury, qui dépeint un Trump immature, obsédé sexuel, anti-minorités, misogyne, et décliniste.

Là vous vous dîtes: il est temps de parler de la polémique qui déchire la France, avec en guest-star Deneuve (signataire d'une tribune très contestée, renommée "Tribune Deneuve" alors qu'elle a été écrite par cinq écrivaines et journalistes au QI plutôt élevé). Non, on ne va retenir qu'une phrase de cette tribune, qui n'a rien à voir avec le sexe mais avec la politique: "[La femme] peut veiller à ce que son salaire soit égal à celui d’un homme".

Depuis plusieurs années, Jennifer Lawrence, Jessica Chastain, Meryl Streep et cie se battent pour un salaire égal à Hollywood. Une femme en Occident gagne 15% de moins en moyenne selon une récente étude de l'OCDE. 10% en France, 19% aux Etats-Unis et au Canada, 20% au Royaume Uni, 22% en Allemagne: les écarts sont toujours présents et méritent un combat inlassable pour une véritable égalité des sexes face aux salaires. Oprah ou un(e) autre aux USA, Macron ou Merkel ou May ou Trudeau devraient en faire leur fer de lance et corriger cette injustice.

Selon USA Today, Mark Wahlberg aurait touché 1,5 million de dollars pour la reprise du tournage de Tout l'argent du monde début décembre, quand Ridley Scott a décidé d'effacer Kevin Spacey en le remplaçant par Christopher Plummer. Ce" refilmage" de toutes les scènes en dix jours a nécessité aussi la présence de l'actrice quatre fois nommé aux Oscars (et nommée aux Golden Globes pour son rôle dans ce film) Michelle Williams. Sauf que Williams n'a touché que le minimum syndical soit 1000$, pour la même durée et avec les mêmes contraintes. Dans le genre grand écart salarial et inégalité entre sexe, on peut difficilement faire pire. Wahlberg a touché 1500 fois plus que Williams, ou, autrement dit il a coûté 15% du budget de ces nouvelles prises quand elle n'a pris que 0,01% du devis final. Même si on rapportait ça à la valeur marchande des deux comédiens (Wahlberg a rapporté en moyenne 71M$ par films, Williams 27,5M$), l'écart serait d'environ trois dollars rapportés pour un dollar, certainement pas 1500 dollars encaissés pour un dollar.

Comme le dit Oprah, Time's up! Il serait temps d'en finir avec cette insupportable minoration du rôle des femmes et cette survalorisation des hommes. Comme le chantait France Gall: "Et je suis sûr quand je me bats, je me bats autant que toi, Je ne baisse pas les bras, Pour les choses auxquelles je crois..."

300 stars s’unissent pour lutter contre le harcèlement sexuel (et lèvent 15M$)

Posté par vincy, le 6 janvier 2018

En début de semaine, 300 artistes féminines ont lancé l'initiative Time's Up qui a pour but de protéger les femmes du harcèlement sexuel dans tout le monde du travail. Parmi elles, Reese Witherspoon, Cate Blanchett, Meryl Streep, Natalie Portman, Oprah Winfrey, Shonda Rhimes...

L'initiative imaginée par quatre agentes artistiques soutiendra les victimes de harcèlement sexuel. Le premier signe visible de cette association est d'imposer un vêtement noir pour les Golden Globes, par solidarité pour ces victimes, qu'elles soient agricultrices, femmes de ménage, stagiaires, serveuses, ouvrières, infirmières, immigrées, etc... Le mouvement souhaite aussi se battre pour l'égalité des salaires entre hommes et femmes et pour l'accès aux postes dirigeants.

Time's up in silence. Time's up on waiting. Time's up on tolerating discrimination, harassment and abuse. Tel est le message (l'époque est révolue) accompagné du hashtag #TimesUp. Parmi les donateurs, on compte les grandes agences CAA, WME, ICM et UTA, mais aussi la fondation de Steven Spielberg, J.J. Abrams. Une plateforme de financement participatif a été ouverte fin décembre. Au total près de 10000 donateurs ont contribué à lever 14,9 millions de $. Spielberg (2M$), Streep, Witherspoon, Rhimes, Aniston, la femme de Bill Gates (chacune 500000$) font partie des plus gros donateurs. Le mouvement s'étend: de la productrice Kathleen Kennedy à Gwyneth Paltrow, de Jennifer Aniston à Ava DuVernay, de Alicia Vikander à Taylor Swift, de Anne Hathaway à Scarlett Johansson, de Jessica Chastain à Viola Davis. On compte même Justin Timberlake dans les rangs.

Edito: La belle Emma et les bêtes

Posté par redaction, le 9 mars 2017

La Belle et la bête version Disney n'avait, a priori, aucune raison de faire l'objet d'un édito: film grand public, consensuel, adapté d'un dessin animé aussi familial que séduisant, loin de la version de jean Cocteau (malgré ses multiples références). Franchement, il n'y avait pas de quoi s'énerver.

Perversité

Et pourtant. La Russie a interdit le film aux moins de 16 ans. La raison est simple: pour la première fois, Disney a inséré - les fourbes! - un personnage gay! Alerte! La semaine dernière, Vitali Milonov, un député ouvertement homophobe, il ne s'en cache pas, avait même réclamé l'interdiction pure et simple du film parce qu'il fait la "propagande flagrante et éhontée du péché et des relations sexuelles perverses." Question propagande, y compris à travers le cinéma, la Russie est experte. Mais là on a envie de rire. Evidemment, il n'y a aucune relation sexuelle dans La Belle et la Bête. Il y a en revanche un personnage, LeFou, l'homme à tout faire de Gaston, qui est ouvertement homosexuel.
Le seul idiot dans cette histoire, qui n'aurait pas déplu à Fiodor Dostoïevski, est bien ce Milonov. C'est un bon récidiviste puisqu'il est à l'origine de la loi adoptée en 2013 condamnant pénalement toute "propagande" homosexuelle devant mineurs. Il veut protéger les enfants et les jeunes de ces "impuretés" occidentales.

Pour la même raison, un cinéma en plein-air de l'Alabama, a retiré de décidé de déprogrammer le film. Depuis, le cinéma a reçu des multiples plaintes et a du fermer sa page Facebook.
Cacher ce réel que je ne saurai voir...

Mais si ce n'était que ça. L'actrice principale du film, Emma Watson, féministe revendiquée, prosélyte de la lecture, a aussi été prise au cœur d'une autre polémique. Motif? Elle est en couverture du prestigieux Vanity Fair, édition US, avec un simple gilet blanc ouvert sur sa poitrine, dévoilant une partie de ses seins. Très belles photos, by the way.

On peut voir des footballeurs torse nu à heure de grande écoute, on peut constater que Tom Cruise ou Zac Efron exhibent leurs abdos sans complexe, mais une femme qui expose ses "boobs" resterait choquant... Au choix, on pourrait croire que c'est un problème freudien avec la mère ou que cela découle d'une vision patriarcale ou gynophobe, en tout cas inégalitaire et rétrograde, qui contraint le corps de la femme à n'être qu'un objet érotique.

Sois belle et tais-toi

Même pas! Ce sont des féministes qui ont hurlé. Sur Twit­ter la journaliste britannique Julia Hart­ley Brewer a ouver­te­ment critiqué la comédienne en résumant sa pensée: "Emma Watson : Fémi­nisme, fémi­nis­me… Écarts sala­riaux, pourquoi, oh pourquoi ne suis-je pas prise au sérieux… Fémi­nis­me… Oh, et puis tiens voilà mes seins." Manière de dire que Watson n'était pas crédible pour parler de l'inégalité hommes-femmes parce qu'elle ose poser en montrant une partie de ses seins. Les réseaux sociaux se sont emballés en critiquant l'ex-Hermione de jouer de son sex-appeal. Une femme n'a pas le droit d'être attirante pour être crédible sur des combats égalitaires.

Watson a répondu sur la BBC: "Tout ça révèle à quel point il y a des idées fausses concer­nant le fémi­nisme". "Le fémi­nisme, c'est donner aux femmes le choix, ce n'est pas un bâton avec lequel il faut battre les femmes. C'est la liberté, la libé­ra­tion, l'égalité. Je ne vois vrai­ment pas ce que mes seins ont à voir là-dedans, c'est vrai­ment dérou­tant" a-t-elle déploré. "Ils disent que je ne peux pas être féministe et avoir des seins": il y a une contradiction en effet dans les propos des accusateurs. C'est d'autant plus paradoxal que le féminisme, soit l'émancipation et la libération de la femme en vue d'avoir les mêmes droits que les hommes, s'est notamment illustré par le "topless". Les femmes, à partir des années 1960 et jusqu'aux Femen, ont exposé leurs seins, sur les plages ou ailleurs, pour revendiquer et assumer leur corps, et le droit de l'utiliser librement.

Sortir de l'ombre

On aurait envie de rappeler à tous ces "bêtes", politiques ou médiatiques, russes, britanniques ou autres, ce que la jeune Emma Watson avait dit à la tribune de l'ONU il y a deux ans et demi quand elle liait l'éducation à l'égalité: "L’expérience universitaire doit dire aux femmes qu’elles ont une valeur intellectuelle, et pas que ça : qu’elles ont leur place dans les hautes sphères. Elle doit montrer que la sécurité des femmes, des minorités et de chaque personne qui peut être vulnérable est un droit et non un privilège." Emma Watson invitait même les "féministes introverti(e)s" à sortir de l'ombre - "si ce n’est pas vous, qui agira ? Si ce n’est pas maintenant, quand impulserons-nous le changement ?".

C'est exactement l'un des thèmes du film Les Figures de l'ombre qui sort en salles cette semaine: des femmes noires qui doivent s'imposer dans un système d'hommes blancs. C'est d'ailleurs par leur savoir, elles sont de brillantes mathématiciennes, qu'elles vont insuffler ce fameux changement, et conquérir leurs droits. Il est toujours anormal, et nous en parlons régulièrement dans nos articles, qu'une femme, à métier égal, gagne moins d'argent qu'un homme.

Pureté, puritanisme, pourquoi pas épurés? C'est la même racine. Ces attaques contre la liberté des femmes, des gays, des minorités ethniques (il faut avoir lu certains commentaires sur Moonlight après sa victoire aux Oscars) montrent que les soi-disant vertueux sont finalement ceux qui veulent vicier nos esprits. Le cinéma, comme tous les arts, doit continuer de leur résister et à nous montrer qu'on peut aimer et s'aimer librement, sans qu'on nous juge ou qu'on nous dicte le bon chemin. Pour le coup, on choisit la belle et LeFou que ces bêtes d'un autre temps.

Les femmes dans le cinéma français: ça progresse…

Posté par vincy, le 25 février 2017

Le CNC a publié le jour des César une étude sur "la place des femmes dans l’industrie du cinéma et de l’audiovisuel". En voyant le palmarès des César hier, on notera qu'il y a du mieux: le meilleur premier film, le prix ex-aequo du court métrage, la meilleure adaptation ont couronné quatre femmes - réalisatrices, qui ont d'ailleurs toute souligné leur appartenance à une France ouverte, diverse, fragile et minoritaire. Alice Diop (Vers la tendresse) a même rêvé tout haut de "faire tomber les murs". En tout cas le plafond de verre craque. C'est une bonne nouvelle.

Comme le souligne Frédérique Bredin, Présidente du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), "Depuis près de 10 ans est apparu une nouvelle génération de réalisatrices d’une très grande créativité. Leur talent, leur audace, ont donné un souffle nouveau au cinéma français avec, aujourd’hui, des premiers films reconnus dans le monde entier, comme Mustang ou Divines."

La France, championne d'Europe

L'étude montre qu'il y a une présence plus forte de réalisatrices que dans d’autres pays européens. En effet, 22 % des films français sortis en salle entre 2011 et 2015 sont réalisés ou coréalisés par des femmes, contre 19 % des films allemands, 11 % des films britanniques, 10 % des films italiens et 11 % des films espagnols. En cinq ans, 282 films français sortis en salles en France sont réalisés par des femmes et au cours des cinq dernières années, la France enregistre à elle seule 45 % de l’ensemble des films nationaux réalisés par des femmes en Europe.

En 10 ans le nombre de réalisatrices a augmenté de 71 % avec 567 films produits au total. Mais, car il y a toujours un mais, si il y a progression, le cinéma français ne parvient pas à briser cette "frontière" invisible des 22% de films réalisés chaque année par des femmes depuis 2011.

2 femmes sur 5 dans la profession

Dans le même laps de temps, le nombre de femmes employées dans la production de films a progressé de 20 % contre 5 % pour les hommes. Aujourd'hui 43,7% des emplois dans la fiction sont féminins, tous métiers confondus. La bonne nouvelle est qu'elles sont jeunes (moins de 30 ans). On constate aussi qu'il y a des métiers très "genrés". Les femmes sont sur-représentées dans les scriptes, les costumes, les coiffeurs-maquilleurs, la comptabilité, le juridique et la communication. Elles sont inexistantes dans les postes de chauffeur, d'électricien, de machiniste, de rippeur et de mixeur.

Un sacré problème : l'écart salarial

Cependant tout n'est pas rose ou bleu. On constate malgré tout que les femmes ont des rémunérations généralement inférieures à celles des hommes. "Dans une très grande majorité des professions, les salaires horaires moyens des femmes apparaissent inférieurs à ceux des hommes notamment pour la réalisation (- 42%), la production (- 38 %). Pour quelques métiers, cet écart est cependant en faveur des femmes comme scripte (+9 %) ou cascadeuse car elles sont peu représentées (+ 4 %)" rappelle l'étude. On est stupéfait de voir qu'une actrice est payée en moyenne 9% de moins qu'un acteur.

Elles disposent aussi d'un budget moyen inférieur à celui des films réalisés par des hommes. "En 2015, le devis moyen d’un film d’une réalisatrice est de 3,50 M€, contre 4,70 M€ pour un homme. Sur la période 2006-2015, le budget moyen des films réalisés par des femmes est 1,6 fois moins élevé que celui réalisé par des hommes" précise le document, qui reconnaît que "cet écart a tendance à diminuer". De façon marginale, pourrait-on ajouter: l'écart est structurellement ancré dans les mœurs.

Un renouvellement salutaire

Le document livre pourtant un rappel salvateur: 17 films réalisés par des femmes, en dix ans, ont attiré plus d'un million de spectateurs. Preuve que le sexe n'a plus beaucoup d'importance pour gagner la confiance des financiers et des diffuseurs. Ainsi, toujours sur la période 2006-2015, la part des premiers films est plus importante parmi les films réalisés par des femmes (42 %) que parmi ceux réalisés par des hommes (32 %) et les troisièmes films ou plus réalisés par des femmes passent de 20 % en 2006 à 47 % en 2015, "confirmant la consolidation des carrières des réalisatrices après leur première percée."

Une nouvelle génération de producteurs/productrices a donc facilité l'émergence de réalisatrices respectées, récompensées, et même populaires. L'avenir semble plus féminin (sur les dix dernières promos de la Fémis, il y a la moitié des années où les étudiants étaient majoritairement des étudiantes). La part des femmes parmi les réalisateurs de courts métrages augmente pour la cinquième année consécutive pour atteindre 38%.

De quoi se dire que le cinéma français sera moins sexiste. A condition que l'égalité salariale soit aussi au rendez-vous.

En Europe, derrière la caméra, on est encore très loin de la parité

Posté par vincy, le 13 décembre 2016

A l’occasion du Festival de cinéma européen des Arcs, une étude sur l’émergence d’une nouvelle génération de réalisatrices européennes, coréalisée avec le soutien de France Télévisions, la Fondation Sisley et le CNC a été publiée alors que le Festival met à l’honneur ces mêmes jeunes réalisatrices. La compétition est d’ailleurs paritaire. Jérémy Zelnik, Responsable des événements professionnels du festival, veut, par cette étude, « faire bouger les choses ». Et c’est en effet nécessaire. « On est très loin de la parité » insiste-t-il.

Le constat est douloureux : sur quatre ans, de 2012 à 2015, dans 30 pays, seuls 19,4% des films sont réalisés par des femmes. Même dans les pays les plus « féminisés » comme la Norvège ou la Suède, la proportion ne dépasse par un film sur trois. Les cinémas italiens et britanniques sont en queue de peloton, tandis que le cinéma français atteint les 25%, se situant ainsi au dessus du niveau moyen européen. Cette étude recoupe les chiffres d'une autre étude de l'European Women's Audiovisual Network, "Rapport sur l'égalité des genres au sein de l'industrie cinématographique européenne", parue au moment du Festival de Cannes où 21% des films dans les 7 pays étudiés était réalisés par une femme.

La parité n’est pas forcément souhaitable. Pour Jérémy Zelnik, « l’importance c’est l’égalité des chances. Les femmes n’ont pas moins de talents que les hommes ». Dans des pays où la production n’est pas très importante, la parité n’est pas l’objectif principal. Par ailleurs, la politique de quotas peut s’avérer contre-productive et doit s’adapter au temps nécessaire de la création. L’an dernier les femmes étaient majoritaires aux Work in Progress des Arcs, cette année, elles sont minoritaires. "La parité est plus intéressante à imposer dans les comités de décision ou les écoles de cinéma" selon lui. Mais Jérémy Zelnik confirme qu’il faut constamment porter une attention particulière pour que les femmes ne soient pas oubliées. C’est l’idée de ce focus aux nouvelles femmes réalisatrices européennes, accompagné de deux tables rondes : mettre en lumière ces nouveaux talents.

Car le renouvellement des générations est l’autre grand axe de l’Etude, et l’autre problème dans une grande partie des pays. Une fois de plus, le cinéma italien se fait remarqué par l’âge de ses réalisatrices : avec la moyenne la plus élevée, il s’agit du cinéma qui se renouvelle le moins. Face à ce cinéma le plus ancien, on peut opposer des cinémas « plus jeunes » comme ceux de Lettonie, Bulgarie, Slovénie, Belgique, Slovaquie, Irlande ou Norvège. « En Europe, les hommes qui ont réalisé un film entre 2012 et 2015, en sont à leur 3,7ème film, tandis que pour la même période les femmes en sont à leur 2,7ème film. Le cinéma européen féminin est en moyenne plus jeune d’une génération par rapport au cinéma européen masculin » explique l’étude.

Encore une fois, l’Italie est en tête de file, avec 5,7 films réalisés en moyenne par les hommes et 3,06 par les femmes. En Suède, de la même façon, on passe de 4,19 films réalisés par les hommes à 1,93 films réalisés par les femmes. En France, ce sont 2,53 films pour les femmes contre 4,07 films pour les hommes.

Il y a quand même une évolution. Ainsi, si 19,4% des films ont été réalisés par des femmes en France, 22,44% des premiers et deuxièmes films sont l’œuvre d’une cinéaste. Pour les premiers et deuxièmes films, la proportion atteint même plus de 35% pour la Suède et la Norvège. En France, le chiffre est à 28,2% mais si « l’évolution transgénérationnelle française existe », elle reste « progressive ». En revanche, au Royaume Uni, en Turquie comme en Italie, on reste en dessous des 15%. « Si les chiffres du Royaume-Uni sont donc bas et, en plus de cela, ne présentent aucune évolution transgénérationnelle » ceux de « L’Italie, au contraire, bien qu’elle se situe en bas de l’échelle en termes de proportion de femmes réalisatrices, gagne des échelons dans les jeunes générations. »

Globalement, la présence des femmes derrière la caméra est en hausse dans de nombreux pays, à quelques exceptions. Grâce à des politiques dédiées, la Norvège, la Suède et la Suisse font figure de bons élèves. La France, l’Allemagne et la Slovaquie, sans avoir de politiques spécifiques concernant le cinéma au féminin, sont au dessus de la moyenne et continuent de miser sur de nouveaux talents féminins. Des pays comme la Roumanie, la Russie, l’Italie, la Pologne, la Turquie et le Portugal connaissent des évolutions et révolutions culturelles « qui vont mettre un peu de temps à s’installer » souligne l’étude. Et puis il y a les cancres comme le Royaume Uni et la Grèce, tous deux très en retard.

Edito: Mirage d’égalité avec fanfare

Posté par redaction, le 24 mars 2016

L'égalité homme-femme n'est toujours pas pour demain. Même dans un sport comme le tennis, pourtant assez exemplaire sur le sujet, l'égalité salariale entre joueurs et joueuses n'est pas acquise puisque le patron d'un grand tournoi a remis en cause cet équilibre sous prétexte que seul le tennis masculin remplirait les stades (ce qui est faux). Dans le cinéma, le débat se situe non seulement au niveau des salaires (on l'a vu avec la polémique lancée par Jennifer Lawrence l'automne dernier). Mais cela va plus loin: l'industrie est sexiste (comme l'a constaté l'étude de l'Université de San Diego) et a du mal à confier la réalisation d'un film à une femme dès qu'il y a un enjeu économique important, voire à valider des projets où seules des actrices seraient en tête d'affiche (lire notre édito du 14 janvier).

Toute la question est désormais de savoir quelle politique adopter. Certains misent toujours sur le fait que les choix ne peuvent se faire que sur la base du talent. Encore faut-il donner une chance à ce "talent" d'exister. D'autres prônent une politique plus pro-active, de type discrimination positive. Pour atteindre l'égalité, il faudrait déjà arriver à une forme de parité. En amont déjà, dans les écoles et dans les sociétés de production. La discrimination positive a ceci de contrariant qu'elle déstabilise même la notion d'égalité. On choisirait une mauvaise réalisatrice plutôt qu'un bon réalisateur? Mais à l'inverse, pourquoi une réalisatrice ne ferait pas mieux qu'un réalisateur avec un projet identique?

Il est alors intéressant d'observer avec attention les récentes initiatives sur le sujet. Depuis l'an dernier le Festival de Cannes a lancé avec le mécénat de Kering le programme Women in Motion, composé de tables rondes et conférences autour de la place et de la contribution de la femme dans l'industrie du cinéma, en vue de faire évoluer la profession vers une meilleure représentativité. Cette année, Women in Motion lancera aussi son prix le 15 mai.

Il y a trois semaines, a été annoncé le lancement de We Do It Together, société de production à but non lucratif créée par un collectif de stars: Juliette Binoche, Jessica Chastain, Queen Latifah, Ziyi Zhang, Catherine Hardwicke, Marielle Heller, Freida Pinto et Amma Assante. La société de production veut combattre les rôles clichés, sexistes et autres stéréotypes en finançant des projets participant à l'émancipation des femmes: films séries, documentaires. L'argent qui sera gagné sera réinvesti. We Do It Together débutera avec un projets de six courts métrages.

Enfin, l'Office national du film du Canada s'est engagé à investir 50% de son budget de production dans des films réalisés par des femmes.

Comme on le voit, du côté des minorités comme des femmes, les polémiques conduisent les professionnels à ne plus attendre que le cours de l'histoire change les choses. Le pieds sur l'accélérateur, les femmes, mais aussi les minorités ethniques ou sexuelles, ont décidé de ne plus attendre que les "décideurs" fassent évoluer leur mentalité ou leurs préjugés. Les choses bougent, ensemble.