[On va tous au cinéma] Effacer l’historique (26 août)

Posté par redaction, le 18 juin 2020

Le pitch: Dans un lotissement en province, trois voisins sont en prise avec les nouvelles technologies et les réseaux sociaux.Il y a Marie, victime de chantage avec une sextape, Bertrand, dont la fille est harcelée au lycée, et Christine, chauffeur VTC dépitée de voir que les notes de ses clients refusent de décoller. Ensemble, ils décident de partir en guerre contre les géants d’internet. Une bataille foutue d'avance, quoique...

Le cast: Réalisé par Benoit Délépine et Gustave Kervern, avec Blanche Gardin, Denis Podalydès, Corinne Masiero, Vincent Lacoste, Benoit Poelvoorde et Bouli Lanners.

L'atout: Le film devait sortir en avril, puis en août, puis en décembre, puis finalement, sélectionné à Angoulême où Délépine et Kervern sont présidents du jury, il sortira fin août. La comédie sociale un brin décalée qui fait le style du duo a en bonus un Ours d'argent à Berlin pour assurer sa promo. Et surtout un sujet très contemporain, qui, à défaut de changer le monde, apportera sa pierre à l'édifice d'un monde d'après...

Berlin 2020: l’Ours d’or pour l’iranien Mohammad Rasoulof

Posté par vincy, le 29 février 2020

La 70e Berlinale, entre coronavirus menaçant et compétition décevante, s'est achevée. Au moins le public a répondu présent à cette édition, la première de l'ère post-Dieter Kosslick, avec Carlo Chatrian, ex-directeur artistique du Festival de Locarno, qui a transformé la Berlinale en un festival plus pointu (peut-être trop).

Les cinémas latino-américains, italiens et même français (surtout à travers les coproductions ont plutôt brillé dans les différents palmarès qui se sont succédés depuis hier.

C'est un choix politique et courageux d'avoir décerné l'Ours d'or au cinéaste iranien Mohammad Rasoulof. Le réalisateur, primé à Cannes en 2017 pour son film Un homme intègre, a été condamné en Iran le 23 juillet dernier à un an de prison ferme suivi de deux ans d'interdiction de sortie de territoire et d'interdiction de se livrer à une activité sociale et politique. Déjà, en 2011, il avait été condamné à un an de prison et en 2013, l'Iran lui avait déjà confisqué son passeport. Depuis septembre 2017, le cinéaste ne pouvait plus circuler librement, travailler et se rendre à l'étranger.

Malgré les interdictions qui le frappent et à l'instar de son compatriote Jafar Panahi, le réalisateur a pu tourner ce film assez long composé de quatre histoires avec Heshmat, Pouya, Javad et Bahram, quatre personnages face à des doutes et des dilemmes, qui sont incapables de tuer malgré le prix à payer.

10 ans après son Prix d'interprétation masculine au 63e Festival de Cannes pour La nostra vita, Elio Germano est sacré à Berlin. Et 5 ans après son Léopard d'or au Festival international du film de Locarno pour Un jour avec, un jour sans, Hong Sang-soo repart avec l'Ours du meilleur réalisateur. Enfin, la réalisatrice américaine Eliza Hittman, révélée avec Beach rats à Sundance, il y a trois ans, repart avec le Grand prix du jury.

Compétition

Ours d'or: Sheytan vojud nadarad (There Is No Evil) de Mohammad Rasoulof
Grand prix du jury: Never Rarely Sometimes Always d'Eliza Hittman
Ours d'argent du meilleur réalisateur: Hong Sang-soo pour Domangchin yeoja (La femme qui court)
Prix d'interprétation féminine: Paula Beer dans Undine de Christian Petzold
Prix d'interprétation masculine: Elio Germano dans Volevo nascondermi (Hidden Away) de Giorgio Diritti
Prix du scénario: Favolacce (Bad Tales) de Damiano et Fabio D'Innocenzo
Prix du jury : Effacer l’historique de Benoît Delépine et Gustave Kervern
Contribution artistique: Le directeur de la photo Jürgen Jürges pour DAU. Natasha de Ilya Khrzhanovskiy et Jekaterina Oertel

Section Encounters
Meilleur film: The Works and Days (of Tayoko Shiojiri in the Shiotani Basin) de C.W. Winter et Anders Edström
Prix spécial du jury: The Trouble With Being Born de Sandra Wollner
Meilleur réalisateur: Cristi Puiu pour Malmkrog
Mention spéciale pour la réalisation: Matias Piñeiro pour Isabella

Sélection officielle

Prix du meilleur documentaire: Irradiés (Irradiated) de Rithy Panh
Mention spéciale du jury documentaire: Aufzeichnungen aus der Unterwelt (Notes from the Underworld) de Tizza Covi et Rainer Frimmel

Prix du meilleur premier film : Los conductos de Camilo Restrepo
Mention spéciale du jury premier film: Nackte Tiere (Naked Animals) de Melanie Waelde

Audi Short Film Award (court métrage): Genius Loci de Adrien Mérigeau
Ours d'or court métrage: T de Keisha Rae Witherspoon
Ours d'argent court métrage: Filipiñana de Rafael Manuel

Section Panorama
Prix du public fiction: Otac (Father) de Srdan Golubovic
- 2e place: Futur Drei (No Hard Feelings) de Faraz Shariat
- 3e place: Hap (Hope) de Maria Sødahl
Prix du public documentaire: Welcome to Chechnya de David France
- 2e place: Saudi Runaway de Susanne Regina Meures
- 3e place: Petite fille (Little Girl) de Sébastien Lifshitz

Teddy Award
Meilleur film: Futur Drei (No Hard Feelings) de Faraz Shariat
Meilleur documentaire: Si c’etait de l’amour (If it Were Love) de Patric Chiha
Meilleur court métrage: Playback, Ensayode una despedida d'Augustina Comedi
Prix du jury: Rizi (Days) de Tsai Ming-Lang
Prix du public: Futur Drei (No Hard Feelings) de Faraz Shariat

Section Generation Kplus (jeunesse)
Meilleur film: Sweet Thing d'Alexandre Rockwell
Mention spéciale: H Is for Happiness de John Sheedy,
Meilleur court métrage : El nombre del hijo (The Name of the Son) de Martina Matzkin
Mention spéciale: El sghayra (Miss) d'Amira Géhanne Khalfallah

Section Generation Kplus (international)
Meilleur film: Los Lobos (The Wolves) de Samuel Kishi Leopo
Mentions spéciales: Mignonnes (Cuties) de Maïmouna Doucouré ; Mamá, mamá, mamá (Mum, Mum, Mum) de Sol Berruezo Pichon-Rivière
Meilleur court métrage: El nombre del hijo (The Name of the Son) de Martina Matzkin
Mention spéciale: The Kites de Seyed Payam Hosseini

Berlin 2020 : Gustave Kervern et Benoit Delépine vitriolent l’époque dans Effacer l’historique

Posté par MpM, le 24 février 2020

Il y a tout juste dix ans, Gustave Kervern et Benoit Delépine foulaient le tapis rouge berlinois avec Mammouth, l'un de leurs plus grands succès. Cette année, le célèbre duo est de retour en compétition avec Effacer l'historique, un film parfaitement dans la lignée de leur cinéma, qui fait flotter sur cette 70e édition un petit souffle punk réjouissant.

Plus que jamais, les deux réalisateurs radiographient l'époque, dont ils proposent un instantané saisissant et d'une justesse folle. De l'omniprésence du numérique aux fantasmes sur l'intelligence artificielle, de la dictature des réseaux sociaux au binge watching compulsif, Effacer l'historique capte ce qui fait l'air du temps. Voilà donc ses trois personnages principaux aux prises avec les affres du cyber-harcèlement, du chantage à la sextape et de la notation via application interposée, et donc fatalement en guerre contre les GAFA (Google Apple Facebook et Amazon) et leurs clones.

C'est évidemment hilarant, tant le scénario foisonne de détails satiriques et croque avec méchanceté l'absurdité d'un monde qui ne tourne plus tout à fait rond. Christine sous-loue son salon pour gagner un peu d'argent, Bertrand vend sa (vieille) voiture à un homme qui veut se suicider (l'un des nombreux irrésistibles caméos du film), Marie se fait livrer des packs d'eau par coursier...

On se croirait même parfois dans une dystopie plutôt sombre lorsque l'on voit la manière dont sont niés la vie privée ou le libre arbitre. Avant de réaliser que Kervern et Delèpine se contentent de brosser le tableau d'un avenir si proche qu'il est déjà à nos portes, dans lequel le moindre moment d'intimité, de lâcher prise ou de faiblesse risque d'être jeté en pâture à la foule anonyme des réseaux, consultable ad vitam aeternam par tous ceux qui en auront l'envie ou le pouvoir.

Le constat n'est pas follement optimiste, bien qu'il soit dressé avec un sens indéniable des situations, des dialogues et de l'auto-dérision. Malgré tout, le film ne cherche pas tant à démoraliser le spectateur qu'à le faire réfléchir. Il y a ainsi sans cesse des détails, à l'image ou dans le récit, qui permettent de faire un pas de côté pour regarder les situations sous un autre angle, souvent moins tragique. Un Deux ex machina sauve même la mise à deux reprises aux personnages qu'il n'est jamais question d'enfoncer. Comme dans le reste de leur oeuvre, Gustave Kervern et Benoit Delépine encouragent en effet l'action, même lorsqu'elle est désespérée, plutôt que la résignation. Avec Effacer l'historique, ils rappellent également que la lutte ne peut être que collective, joyeuse et poétique.

Leurs trois protagonistes, incarnés avec bonheur par Blanche Gardin, Corinne Masiero et Denis Podalydès, se sont d'ailleurs rencontrés sur un rond-point, dans les premiers temps des gilets jaunes. Ils portent en eux le formidable espoir lancé par le mouvement, la fierté d'en avoir fait partie, et l'esprit de solidarité et d'entraide qui y préside. Leur relation est très belle, sans grands effets, mais avec une simplicité et une justesse qui font que l'on est toujours avec eux, jamais dans le jugement et toujours dans la bienveillance, même lorsqu'ils répètent inlassablement les mêmes erreurs. Sans doute parce qu'ils sont si proches de nous, et si irrépressiblement humains.

Bien sûr l'esprit est à la satire et à l'outrance, aussi faut-il également s'attendre à quelques passages au vitriol, comme celui avec le fraudeur aux aides sociales (portrait-robot de "l'assisté-profiteur" tel qu'il existe dans l'esprit des politiques les plus réactionnaires) ou avec le livreur d'une parodie d'Amazon qui semble au bout de sa vie à 35 ans, sans parler de la quasi diabolisation des nouvelles technologies. Mais la pire erreur serait de prendre Effacer l'historique au premier degré, telle une charge manichéenne sur la modernité. Il serait au contraire plus juste d'avoir en tête l'adage populaire selon lequel il vaut mieux rire des choses, plutôt que d'en pleurer. Il y a longtemps que le duo de réalisateur a fait sienne cette devise, déclinée de film en film avec une tonalité il est vrai de plus en plus désespérée. On rit donc de bon coeur avec eux, en attendant que la réalité dépasse définitivement la fiction.

Blanche Gardin chez Kervern et Delépine

Posté par vincy, le 12 juillet 2019

Blanche Gardin semble vouloir percer au cinéma après avoir brillé sur scène. La comédienne et humoriste avait déjà été choisie par Bruno Dumont pour son prochain film, Par ce demi-clair matin.

Cet été, elle tournera dans la région d'Arras le nouveau film de Gustave Kervern et Benoît Delépine. Elle sera entourée de Denis Podalydès, Corinne Masiero, la fidèle Yolande Moreau et Benoît Poelvoorde.

Effacer l'historique sera le dixième film du duo, dont le dernier film, I feel good, est sorti en septembre dernier. Le film sera aussi tourné aux Etats-Unis et à l'ïle Maurice.

Selon La Voix du Nord, il s'agira de l’histoire de gens simples, largués par les outils numériques, mais bien décidés à se rebeller.