Sortie DVD : La Clepsydre de Wojciech J. Has

Posté par MpM, le 25 novembre 2019

Rendu célèbre par son adaptation du Manuscrit trouvé à Saragosse en 1965, le réalisateur polonais Wojciech J. Has a remporté en 1973 le prix du jury à Cannes pour La Clepsydre (ex-aequo avec L'invitation de Claude Goretta), oeuvre inclassable dont le point de départ est la visite que rend Jozef, le personnage principal, à son père, pensionnaire d'un sanatorium sinistre, et comme à l'abandon. Dans ce lieu hors du temps où les patients traitent un mal incurable, à savoir la mort, le jeune homme se perd dans une déambulation mentale

Ce film détonnant et étrange, qui ressort en DVD dans une copie restaurée, grâce aux bons soins de la société de distribution Malavida, est l'adaptation de deux oeuvres de Bruno Schulz : Le sanatorium au croque-mort et Les Boutiques de cannelle. Cette dualité d'origine ne suffit pourtant pas à expliquer le caractère singulier et déroutant du film, qui semble un voyage aléatoire dans les souvenirs, les fantasmes, les angoisses et les projections psychiques de Jozef. Comme si ce dernier avait soudain la faculté de traverser les temporalités et les réalités mais qu'incapable de maîtriser ce pouvoir, il était condamné à errer entre des passés révolus ou n'ayant jamais existé, et des futurs incertains et flous.

Cela se traduit à l'écran par une succession de séquences que l'on pourrait qualifier d'incohérentes ou de décousues, nous menant sans cesse d'un lieu à un autre (en passant sous une table, le personnage arrive dans un jardin ; en rampant sous un lit, il se retrouve dans un marché sud-américain), ou face à des personnages mythiques ou historiques.

Tour à tour baroque et inquiétante, anxiogène et débridée, poétique et désespérée, l'ambiance du récit oscille au gré de ces découvertes qui ne semblent jamais obéir à la moindre logique, si ce n'est celle de la pensée humaine. Des motifs, d'ailleurs se font écho et se répètent d'une séquence à l'autre, identiques ou travestis, à l'image de la figure du père, tantôt bienveillante ou tyrannique, fragile ou toute-puissante.

Le film fait ainsi l'effet d'un gigantesque jeu de pistes surréaliste, ou plutôt d'un puzzle constitué de sensations, de thèmes, de lieux, de détails infimes qui plongent le spectateur comme le personnage dans un labyrinthe foisonnant et hypnotique. Rêve éveillé, ou plutôt cauchemar dont il est impossible de sortir, La Clepsydre allie la thématique du temps qui passe (et qu'il est impossible de retenir, ou de retrouver) au désir cinématographique de l'expérimentation formelle.

Le spectateur, balloté au gré des circonvolutions de l'esprit de Jozef, n'a pas un instant de répit, immergé dans le fleuve virtuose des longs travellings, des plans-séquences et des raccords vertigineux qui l'emportent dans un tourbillon sans fin ni moments de répit. Extravagant, onirique et d'une incroyable maîtrise de mise en scène, La Clepsydre est une expérience sensorielle qu'il faut vivre pleinement, sans se soucier d'en comprendre à la première vision les innombrables clés de lecture.

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La Clepsydre de Wojciech J. Has, 1973. Malavida.
En DVD, version restaurée.
Visuels © Malavida

Sortie DVD : La petite chanteuse de Ladislas Starewitch

Posté par MpM, le 5 novembre 2019

Ladislas Starewitch, cinéaste russe exilé en France, fut un pionnier de l'animation de marionnettes et un précurseur des effets spéciaux réalisés directement devant la caméra. Ses films les plus célèbres (Le rat des villes et le rat des champs, Fétiche mascotte ou encore Le roman de Renard) ont été réalisés en à peine plus d'une décennie, du début des années 20 au milieu des années 30.

Installé à Fontenay-sous-Bois où il installe son propre studio, le réalisateur tourne alors beaucoup (environ deux films par an) et expérimente tout autant. Il poursuit notamment son travail mêlant prise de vues continue et animation, dans des courts métrages réalisés en famille, avec sa fille aînée Irène comme assistante et la cadette, Jeanne, à l'écran, sous le nom de Nina Star. Quatre de ces films (L'épouvantail, Le Mariage de Babylas, La Voix du rossignol, La reine des papillons) ont déjà été édités en DVD en 2013 par Doriane Films. Les trois suivants, La Petite chanteuse des rues (1924), La petite parade (1928) et L'Horloge magique (1928), composent le nouveau programme proposé par l'éditeur sous le titre La petite Chanteuse.

Étrangement, La petite Chanteuse des rues est l'un des films les moins "animés" du cinéaste. On y suit une jeune adolescente (incarnée par Jeanne Starewitch, donc) qui décide de chanter dans la rue en compagnie de son singe pour aider sa mère à payer ses dettes et récupérer la maison dont les a expulsées un usurier plus qu'antipathique. Le fond éminemment social de l'intrigue n'empêche pas une certaine forme d'humour, porté justement par le personnage du singe, tantôt réel, tantôt marionnette animée.

C'est d'ailleurs lui qui finit par sauver la situation en terrorisant au passage le personnage du "méchant". Pris par l'espièglerie du récit autant que par sa dimension tragique, on oublie bien vite que le singe n'est pas toujours réel pour ne voir que ses tentatives audacieuses pour sauver sa maîtresse (et au passage retrouver sa liberté). L'animation est ici entièrement au service du film, destinée à demeurer invisible pour ne pas gâcher le plaisir et l'émerveillement du spectateur.

Moins atypique dans l'oeuvre de Starewitch, La petite parade est au contraire animé à 90%. Inspiré d'un conte d'Andersen (L'intrépide soldat de plomb), il met en scène une danseuse, ses deux soupirants (le Casse-Noisette et un soldat) et le diable, échappé de sa boîte grâce à l'intervention malicieuse d'une poupée de chiffon. Interviennent également des rats et même une sirène. Ce que l'on admire dans ce récit plein de fantaisie au rythme effréné, ce sont les multiples métamorphoses qui y sont présentées, à l'image de ces cigares qui deviennent des danseuses, et du diable qui ne cesse lui-aussi de se transformer devant la caméra, comme autant de tours de magie.

L'autre élément frappant est la vitesse de l'animation, qu'il s'agisse d'une foule de rats attaquant un château-fort ou d'une course poursuite frénétique entre la petite danseuse, le diable déguisé en rat, et un chat valeureux. Le récit semble ainsi ne jamais reprendre son souffle, jusqu'à la conclusion à la fois poétique (deux âmes enfin unies) , morale (la punition du casse-noisettes) et légèrement inquiétante : retourné dans sa cachette initiale, le diable est prêt à sévir à nouveau.

Incontestablement, L'horloge magique est le plus abouti des trois films, et c'est d'ailleurs le plus long. Plusieurs récits s'y mêlent étroitement : la réalité, filmée en prise de vues réelles, le monde de l'horloge, d'inspiration médiévale, et l'univers fantastique de la forêt dans lequel sera possible la rencontre entre la petite-fille de l'horloger et le valeureux chevalier de l'horloge. En plus de la tonalité singulière du récit, qui joue ironiquement avec la vie et la mort de ses personnages ("Réveille-toi, tu vas rater l'heure de ta mort !" s'exclame un personnage), on est frappé par cette horloge monumentale qui semble une allégorie de l'existence. D'autant que lorsque la fillette recule l'heure du destin, les personnages redeviennent de simples figurines que l'on peut jeter par la fenêtre. Certes sauvées d'une mort certaine, elles connaissent l'humiliation d'être des pantins privés de libre arbitre.

Pour réaliser cette histoire ambitieuse aux multiples niveaux de lecture, Starewitch fait une démonstration de sa maîtrise des effets spéciaux, à grands renforts de surimpressions, de rétro-projections et de technique du "cache-contre cache" qui permettent aux créatures de toutes sortes de cohabiter dans un même plan. L'un des passages les plus impressionnants est d'ailleurs celui où Nina rétrécit sous nos yeux puis est hissée, minuscule, dans la main du monstre de la forêt. Il ne faudrait pourtant pas réduire L'horloge magique à un catalogue de prouesses techniques. Au contraire, le spectateur oublie en un instant cet aspect du récit pour se concentrer sur son humour, sa vivacité et son irrévérence. C'est pour cette raison que l'on peut revoir l'oeuvre de Starewitch presque un siècle plus tard, à l'ère du tout numérique, et y trouver un plaisir inchangé : chez lui, le trucage, l'effet spécial et les rouages de l'animation demeurent en permanence au service d'une certaine idée de la poésie et du cinéma de divertissement.

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La petite chanteuse de Ladislas Starewitch, 1924-1928, Doriane Films

Sortie DVD : « Le Trésor de l’île aux oiseaux » de Karel Zeman

Posté par MpM, le 24 septembre 2019

Attention, exclusivité mondiale ! La société de distribution Malavida, connue pour son travail sur le cinéma de patrimoine, complète sa collection autour du cinéaste Karel Zeman (déjà forte de sept titres parmi lesquels L'arche de M. Servadac, Voyage dans la préhistoire et Les aventures fantastiques) avec le tout premier long métrage du réalisateur tchèque, Le Trésor de l’île aux oiseaux, qui était resté totalement inédit en France depuis sa sortie en 1952. C’est pourtant un film d’une grande poésie, bourré d’inventivité, qui porte en germe tout le travail de Zeman dans le domaine de l’animation en volume et du mélange des techniques.

Adapté d’un conte d’Emil Frantisek Misek, il raconte sous la forme d’un récit en voix-off comment la découverte d’un trésor fabuleux bouleverse complètement la vie des paisibles habitants de l’île aux oiseaux.

Si le propos respecte les grands principes collectivistes du régime communiste de l’époque (les villageois partagent équitablement les richesses et le travail est la seule clef du bonheur), on n’y sent jamais la moindre tentation propagandiste ou même politique, mais plutôt un regard tendre et amusé sur les travers et les faiblesses de l’être humain.

Karel Zeman adopte en effet les codes du conte oriental, mâtinés de ceux des récits d’aventures, qui lui permettent de jouer sur l’humour des situations (le jeune Ali, rentré bredouille de sa pêche aux perles, utilise par exemple son savoir-faire pour “pêcher” de la nourriture chez les marchands) et le suspense des rebondissements, mais aussi sur l’émerveillement suscité visuellement par certains passages, comme la rencontre avec le riche bateau ou la découverte des joyaux du pirate.

Il mêle par ailleurs l’animation de marionnettes, de papiers découpés et de dessins afin d’ajouter une dimension poétique et parfois presque fantastique (notamment lors des séquences sous-marines) à une narration qui prend le parti de n’être jamais trépidante, pour mieux laisser le spectateur s’abandonner à la rêverie.

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Le Trésor de l’île aux oiseaux de Karel Zeman, 1952. Malavida.
En DVD à partir du 25 septembre

Sortie DVD : « L’arche de Monsieur Servadac » de Karel Zeman

Posté par MpM, le 2 mai 2018

En 1970, le génial réalisateur tchèque Karel Zeman adapte à sa manière le roman de Jules Verne Hector Servadac qui raconte l'aventure farfelue d'une poignée de personnages emportés malgré eux sur une comète géante qui a heurté la Terre. On est à la fin du XIXe siècle en Afrique du Nord et les guerres coloniales font rage. Mais face aux menaces nouvelles induites par leur situation précaire, le capitaine Servadac tente de convaincre les forces en puissance qu'une alliance est nécessaire.

On redécouvre le film aujourd'hui à l'occasion de sa sortie en DVD par le distributeur Malavida, et c'est un pur bonheur ! Karel Zeman était évidemment l'homme de la situation pour donner vie aux visions fantasques et aux inventions baroques de Jules Verne. Recourant à un émouvant mélange des genres (noir et blanc et couleurs, prises de vues réelles et marionnettes, peintures sur verre et dessins...), il recrée pour nous l'univers enchanté de l'écrivain, et y apporte une touche de poésie lunaire qui rappelle évidemment le pionnier Georges Méliès. On aime tout particulièrement les dinosaures et le monstre marin, qui donnent lieu à deux séquences à la fois drôles et émouvantes. La manière dont les héros parviennent à faire fuir leurs agresseurs est par ailleurs irrésistible, et se décline en une série de gags tout aussi savoureux, avec une mention toute particulière pour la "danse aux casseroles" sur le bateau.

Car ce qui est peut-être le plus formidable dans ce film fantaisiste et joyeux, c'est son irrévérence assumée face aux représentants de l'autorité, des diplomates aux militaires, tous traités comme des fantoches ridicules.

Le sous-texte politique n'en est que plus fort : Servadac se veut en effet l'instigateur d'une trêve qui conduit tous les ennemis d'hier à fraterniser (autour de quelques bouteilles, et de danseuses sensuelles). La belle utopie de la solidarité et de l'entraide entre les peuples et les classes sociales ne durera hélas qu'un temps. Et on pense, bien sûr, à la fin d'un autre rêve, celui que fut le Printemps de Prague, avorté par l’invasion des troupes du Pacte de Varsovie en 1968.

Profondément antimilitariste et anticolonialiste, L'arche de Monsieur Servadac frappe également par son féminisme. Son héroïne, la belle Angélique, n'a en effet pas son pareil pour se tirer seule des situations les plus délicates (elle s'évade de la cellule où elle était retenue prisonnière, s'enfuit par la mer, puis descend en rappel le long d'une falaise), et va même jusqu'à sauver Servadac de la noyade. Aux prises avec un diplomate libidineux qui veut l'offrir en cadeau comme une vulgaire marchandise, puis avec ses frères qui veulent à tout prix protéger sa vertu, elle résiste vaillamment et démontre la supériorité de l'intelligence et du cœur sur la brutalité et la bêtise.

Le film s'avère ainsi une oeuvre d'un étonnant modernisme, ironique et mordante autant que joyeuse et fantaisiste. Il ravira le jeune public par ses folles aventures et son humour potache, tout en séduisant un public plus mature par ses trouvailles visuelles et son message satirique éminemment pacifiste et fraternel. Sans oublier sa dimension patrimoniale, témoignage d'un pan de l'Histoire du cinéma que l'overdose d'effets spéciaux et de fonds verts actuelle ne parviendra jamais à faire oublier totalement.

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L'arche de Monsieur Servadac de Karel Zeman, en DVD le 2 Mai (Malavida)

Enfin en DVD : La villa de Robert Guédiguian

Posté par MpM, le 10 avril 2018

Sorti le 29 novembre 2017, La villa est le 20e long métrage de Robert Guédiguian, un conte familial doux amer, en forme de bilan intime, qui réunit une fois encore les acteurs fétiches du réalisateur : Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, mais aussi Jacques Boudet, Anaïs Demoustier, Robinson Stévenin et Yann Trégouët. Auprès de leur père gravement malade, qui ne les reconnait plus, deux frères et une sœur, entourés de leurs proches, se retrouvent et se redécouvrent. C'est l'occasion d'un bilan, celui des utopies et des idéaux qui les ont portés. Chez Robert Guédiguian, on ne se dispute pas pour l'héritage (culturel comme sonnant et trébuchant) : on se bat, ensemble, pour l'empêcher de disparaître.

Malgré quelques facilités de scénario, et des acteurs parfois un peu faux, on est bouleversé par cette famille si ancrée dans la réalité du monde et de son époque, dont elle raconte en filigrane l'histoire. Peut-être que c'était mieux avant, suggère Robert Guédiguian, preuves à l'appui, et pourtant il reste de belles choses à accomplir aujourd'hui. L'un des plus jolis moments du film est celui du flash-back au temps de l'insouciance, sur fond de Bob Dylan. On y retrouve Ascaride, Darroussin et Meylan jeunes et joyeux, tout droit sortis d'un autre film du réalisateur : Ki lo sa ?, datant de 1985. Bien sûr, on est ému du parallèle, de ce petit paradis perdu (celui de la jeunesse, celui du cinéma, celui de l’insouciance) et par la pensée de ce temps qui a passé si inexorablement.

Mais Robert Guédiguian est fidèle à lui-même, et c'est vers l'avant que ses personnages finiront par regarder, à travers la situation si actuelle et si brûlante des réfugiés échoués sur nos plages. Lorsque la petite bande trouve trois enfants abandonnés à eux-mêmes (deux frères et une sœur, l'histoire se répète), le film prend un tour de fable quasi allégorique qui pourrait être facile, mais apparaît en réalité comme nécessaire.

Tout comme le film, à (re)voir dès maintenant en DVD et BRD (édités par Diaphana), agrémenté de plusieurs bonus : un reportage sur le tournage (avec des témoignages de Robert Guédiguian et de ses acteurs) et des scènes perdues (notamment un bel échange théâtral en pleine mer) ainsi qu'un making-of de 23 minutes (Impressions de tournage) et le film Ki lo sa ? dans une édition spéciale FNAC.

Jeu concours : 5 DVD de Thelma de Joachim Trier à gagner

Posté par MpM, le 9 avril 2018

Sorti en novembre dernier, Thelma est le 4e long métrage de Joachim Trier, révélé en 2006 avec Nouvelle donne, et sélectionné à Cannes en 2011 avec Oslo, 31 août (Un Certain regard) puis en 2015 avec Plus fort que les bombes (compétition). Le film raconte l'histoire de Thelma, une étudiante réservée et solitaire qui vient d'arriver à Oslo. Assez liée à ses parents, qui sont à la fois très protecteurs et très croyants, elle peine à faire sa place dans cette nouvelle vie de liberté et de lâcher-prise, jusqu'au jour où elle rencontre Anja, une autre étudiante par qui elle est secrètement attirée.

Joachim Trier change de registre, et propose un film qui commence comme un coming-of-age assez classique avant de bifurquer sur un cinéma plus fantastique, entre enquête intimiste et thriller inquiétant. Le cheminement de l'héroïne est celui d'une jeune femme qui se libère un à un des carcans dans lesquels elle était enfermée, et franchit coûte que coûte les obstacles mis sur sa route. Si le scénario recourt à des éléments surnaturels et anxiogènes, ainsi qu'à des flashs-back émotionnels, on peut aussi y voir l'allégorie du passage à l'âge d'adulte et de l'acceptation de qui l'on est.

Dans le film , il est en effet sans cesse question de contrôle : celui que ses parents exercent sur Thelma, celui qu'elle doit exercer sur elle-même, quitte à étouffer ses désirs, celui qui lui échappe lorsque ses crises lui font perdre connaissance... Thelma doit apprendre à ne pas tout contrôler, et notamment ceux qui l'entourent, mais malgré tout à contrôler ce qui est le plus primordial : sa propre existence. Joachim Trier livre ainsi un film très fin, toujours sur le fil, qui n'assène pas de vérité, mais ménage au contraire le doute et le suspense. On est à la fois dans un divertissement glaçant, et dans un récit initiatique plus feutré et intérieur, qui n'en est pas moins captivant.

A l'occasion de la sortie en DVD, Blu-Ray et VOD par Le Pacte, EcranNoir vous fait gagner cinq exemplaires du film !

Pour participer, il suffit de répondre par courriel à la question suivante (en mentionnant votre nom et vos coordonnées postales) avant le 20 avril :

Oslo, 31 août était inspiré d'un roman de Pierre Drieu la Rochelle.
Quel était son titre ?

Attention, aucune réponse postée dans les commentaires du site ne sera prise en compte.

120 battements par minute, Faute d’amour et Grave primés par le Syndicat de la critique

Posté par vincy, le 30 janvier 2018

Le Syndicat français de la critique de cinéma a dévoilé ses lauréats pour l'année 2017, lundi 30 janvier. Sans trop de surprises, 120 battements par minute, Grand prix du jury à Cannes, a été distingué comme meilleur film français. Le film de Robin Campillo est l'un des favoris pour les prochains César et prix Lumière.

Faute d'amour de Andreï Zviaguintsev, Prix du jury à Cannes, a remporté le prix du meilleur film étranger. Et c'est l'une des révélations du Festival de Cannes 2016, Grave, de Julia Ducournau, sélectionné alors à la Semaine de la critique, qui a gagné le prix du meilleur premier film français. I'm not a Witch de Rungano Nyoni s'est vu décerner le prix du meilleur premier étranger.

Le Syndicat a aussi récompensé Va, Toto! de Pierre Creton (Film singulier francophone) et Des hommes à la mer de Lorris Coulon (court métrage français).

Côté petit écran, les critiques ont choisi Un ciel radieux de Nicolas Boukhrief comme meilleure fiction française, Un Français nommé Gabin d'Yves Jeuland et François Aymé comme meilleur documentaire français et Manon 20 ans de Jean-Xavier Lestrade comme meilleure série française.

Pour les DVD/Blu-Ray, les lauréats sont Poesia sin fin d'Alejandro Jodorowsky (DVD/Blu-ray récent), Alfred Hitchcock, les années Selznick (coffret), J'accuse de Abel Gance (patrimoine), et Le complexe de Frankenstein d'Alexandre Poncet et Gilles Penso (Curiosité).

Enfin 3 livres ont été distingués: Continental film, cinéma français sous contrôle allemand de Christine Leteux (meilleur livre français), Aventures de John Boorman (meilleur livre étranger) et Cinéma d'animation, la French Touch (album).

[DVD/VàD] Golem le tueur de Londres, une enquête horrifique avec Bill Nighy

Posté par kristofy, le 24 janvier 2018

Le pitch: Londres, 1880. Une série de meurtres secoue le quartier malfamé de Limehouse. Selon la rumeur, ces crimes ne peuvent avoir été perpétrés que par le Golem, une créature des légendeas d'Europe centrale. Scotland Yard envoie Kildare (Bill Nighy), l'un de ses meilleurs détectives, pour tenter de résoudre l'affaire...

Golem, le tueur de Londres avait fait le tour des festivals de cinéma de Toronto à Sitges en passant par Bruxelles (le BIFFF), en France par ceux de Beaune (Prix spécial), de Paris (le PIFFF) et avant ça au Festival du Film Britannique de Dinard où l'acteur Bill Nighy était venu accompagné le film. Bonne nouvelle, c'est enfin possible de le découvrir en dvd, blu-ray et vàd.

Dans ce Londres victorien il y aurait un tueur en série qui signe ses crimes du surnom de 'Golem' et un des suspects serait un comédien de music-hall, sauf qu'il aurait été lui tué par sa femme... Il y aura presque autant de suspects que de fabuleux acteurs au générique : Olivia Cooke, Douglas Booth, Eddie Marsan, Sam Reid, Maria Valverde, Daniel Mays... Qui a vraiment tué qui et pourquoi? Les assassinats vont-ils continuer? Il y a plus d'un mystère dans cette histoire que doit débrouiller l'enquête de l'inspecteur Kildare (alias Bill Nighy).

Un second-rôle de premier plan

Bill Nighy c'est la personnification même de la classe britannique que l'on croise depuis une quarantaine d'années entre télévision et cinéma : on le retrouve plusieurs fois chez Richard Curtis (dans Love actually en star pop sur le retour, Good morning England et Il était temps) tout comme chez Edgar Wright (dans Shaun of the deadHot fuzzLe dernier pub avant la fin du monde), et aussi dans des sagas spectaculaires comme les Harry PotterUnderworldPirates des Caraïbes... ). Le temps d'une rencontre avec lui à Dinard il avait particulièrement évoqué l'époque de cette histoire qui imprègne d'un certain climat gothique ce film qui tient en haleine jusqu'à son final.

Tous suspects: "Cette époque victorienne est visuellement très intéressante comme cadre pour un film. Le scénario était étonnant avec un mix de personnages de fictions et de personnages réels. J’ai adoré l’idée que Karl Marx puisse être un suspect tout comme George Gissing qui est un grand écrivain, et Dan Leno qui était un comédien célèbre de l’époque. Le scénario est très intelligent, il se rapproche d’une sorte de film de genre en étant peut-être un sub-genre, j’aime beaucoup les films de détectives. A cette époque l’Est de Londres c’était un peu une sorte de Far-West dangereux, ce qu’on appellerai presque aujourd’hui une no-go zone, personne n’y allait si on n'avait aucune nécessité à y aller. Il y avait des vols et des meurtres... "

Flic paria: "J’ai aimé le fait que ce policier ait été un peu mis à l’écart, peut-être à cause d’une rumeur d’homosexualité, sans que le film ne précise vraiment ce qui s’est passé ou pas. En tout cas ce genre de chose à Londres en 1880 était presque synonyme de bannissement si on était un représentant de l’ordre. Bref, Ce que j’admire c’est la subtilité du scénario qui laisse deviner que ce détective est probablement gay tout en étant aussi séduit d’une manière romantique par cette femme jouée par Olivia Cooke, puisqu'il ressent une certaine attraction envers elle pour différentes raisons. Cet homme est mis de côté par sa hiérarchie, il y a de la corruption parmi ses supérieurs. Son sens de l’injustice est aiguisé et il est donc sensible à sa situation d’avoir été mise en prison, alors il est sans doute un peu protecteur pour elle. On lui a confié l’enquête avec la supposition qu’il échouerait, car la résolutions des meurtres semble insolubles. C’est lui qui serait discrédité et pas d’autres. On lui a confié une affaire vraiment empoisonnée..."

Qui est le coupable ? Vous le découvrirez sur le petit écran.

Golem, le tueur de Londres (The Limehouse Golem) de Juan Carlos Medina
distribué par Megalys / Condor à partir du 23 janvier 2018
1h50
avec Olivia Cooke, Douglas Booth, Adam Brown, Daniel Mays, Sam Reid, Morgan Watkins, Clive Brunt, Henry Goodman, Eddie Marsan et María Valverde


[Hommage à Dinard 2017] 3 questions à Christopher Smith

Posté par kristofy, le 28 septembre 2017

Le Festival du film britannique de Dinard avait plusieurs fois invité le réalisateur Christopher Smith à présenter ses films: une chance puisque puisqu'il s'agit souvent de la seule occasion de les voir dans une salle de cinéma en France.

Cette année le Festival lui rend un hommage, offrant ainsi l'opportunité de voir les différentes facettes de son travail. Une femme enfermée la nuit dans les couloirs du métro qui va découvrir qu'il y aurait une sorte de monstre (Creep), les employés d'une entreprise en week-end d'intégration qui vont être désintégrés les uns après les autres dans une comédie à l'humour noir sanglant (Severance), une naufragée en pleine mer sauvée par l'apparition d'un paquebot où apparemment il n'y a personne mais pas totalement (Triangle), dans l'Angleterre du 14ème siècle ravagée par une peste mortelle il y aurait un petit village où des gens survivraient (Black Death), un petit garçon et ses parents qui vont devoir aider le Père Noël à s'évader d'une prison (Get Santa) [par ailleurs Jim Broadbent joue dans ce film et il sera aussi honoré à Dinard] ou encore un jeune homme engageant un couple de voyous pour tuer son beau-père mais (Detour)... autant de personnages, de genres (de la comédie familiale au road-movie sanglant), de contre-point au formatage cinématographique qui font de ce cinéaste méconnu un auteur à découvrir.

L'occasion pour Ecran Noir de lui poser trois questions.

EcranNoir : On vous a découvert avec Creep il y a une dizaine d’années : au fil du temps, qu’est-ce qui est devenu plus facile ou plus compliqué pour faire un film ?
Christopher Smith : On pourrait croire qu’avoir un nom de réalisateur un peu connu dans la profession c’est plus facile, oui bien sûr, mais pas vraiment. Il y a l’idée générale dans la vie de gagner plus d’argent et d’en dépenser moins pour ça : la production d’un film c’est un peu pareil. Parfois pour tourner un film je dispose d’un budget confortable pour ce que je veux faire, comme par exemple le dernier Detour (photo) que j’ai pu faire comme il fallait. Pour d’autres films précédents, j’avais une très grande ambition qui devait s’arranger d’un budget un peu insuffisant. Je suis en train d’écrire un scénario qui devrait être un film à gros budget, je ne sais pas ce qui arrivera...

C’est naturel de vouloir se dépasser et d’avoir des ambitions créatives plus fortes. Après avoir fait Get Santa, on aurait pu penser que c’était le genre de "film de noël commercial" qui aurait du succès, et en fait il n'en a pas eu pas tellement à l’international, donc ça n’est pas plus facile ensuite. Pour le film Triangle, à priori plus bizarre, ça a pris beaucoup de temps pour pouvoir le faire (ndlr : voir ce qu'il nous en disait ici). Et pendant que j’étais sur ce projet de Triangle j’ai eu la proposition de réaliser Black Death juste après. j'ai donc enchaîné deux films à la suite mais après; j'ai dû attendre quatre ans pour revenir au cinéma. Ce que j’essaye de dire c’est qu’il faut un certain temps et un certain budget pour réaliser un film en respectant son imagination et ses ambitions. Woody Allen a fait des dizaines de films avec un petit budget avec lequel il peut contenir son monde, son imaginaire. J’écris des films pour lesquels souvent le budget ne peut pas contenir mon monde, alors ça prend plus de temps de pouvoir les faire.

EN : En France vos deux premiers films Creep et Severance sont sortis dans les salles de cinéma, mais pour les suivants Triangle, Black Death et Get Santa ça n’a pas été le cas et ils sont arrivés directement en dvd…
Christopher Smith : Je sais que je ne devrais pas dire ça comme ça, mais je ne veux pas y accorder une trop grande importance car ce qui compte vraiment c’est que les films circulent et qu’ils puissent être vus. Par exemple le cas de Get Santa est révélateur de ce genre de chose. On a découvert que, à moins d’être un très gros film de studio qui sort partout, en fait chaque pays semble sortir son propre film de Noël local quand il y en a un, mais pas un film venu d’ailleurs aussi bon soit-il. Pour Triangle c’est probable que Melissa George n’était pas considérée suffisamment comme une grande tête d'affiche. Black Death est sorti aux Etats-Unis dans un petit réseau de salles et son distributeur a pu gagner pas mal d’argent; j’aurais parié que ça arrive en France mais ça n’a pas été le cas, alors qu'il est sorti au cinéma en Allemagne. On ne sait jamais comment le film sera distribué. Pour le dernier Detour il y aurait une date de sortie en salles (ndr : en fait il est arrivé en dvd). C’est vraiment dommage parce que Black Death est un grand film qui mérite un grand écran dans une salle, je considère que c’est mon meilleur film (ndr : revoir ce qu'il nous en disait là).

EN : Avec ce dernier film Detour pour la première fois le décor n’est plus britannique, il a été tourné aux Etats-Unis : est-ce que faire un film là-bas, où il est plus naturel de voir des armes à feu, a une influence sur l’histoire qu’on écrit ?
Christopher Smith :
Il y a eu dans le passé, dans les années 50, plein de polars qu’on relie au genre film noir américain. J’adore ce type de film noir et aussi plein de thrillers américains du débuts des années 80. En fait j’aime particulièrement ce que j’appelle les ‘thrillers imaginatifs’, comme par exemple L'Inconnu du Nord-Express de Hitchcock. J’ai eu l’idée de l’histoire de Detour il y a longtemps en 2007, pendant que je cherchais le financement de Triangle. A cette époque j’étais beaucoup focalisé sur les structures d’un récit. Et pour cette histoire particulière il fallait des personnages américains dans un décor américain. On a l’impression que certaines choses ne peuvent se passer qu’aux Etats-Unis et que ça ne serait peut-être pas logique ailleurs. J’avais d’ailleurs eu à l’époque un producteur exécutif américain qui était partant pour lancer une production mais le projet a été mis en parenthèse puisque j’ai pu faire Triangle puis Black Death. Ce n'est que plusieurs années plus tard que j’ai développé de nouveau l’idée de Detour.

Si j’avais fait Detour en Angleterre ça aurait été à propos de l’Angleterre ou ici en France ça aurait été à propos de la France, le film aurait eu la couleur du pays. Faire ce film aux Etats-Unis , ce n'est pas à propos du pays mais c’est tout de suite directement en rapport avec les films américains, avec une certaine mythologie de codes du cinéma américain que, bien entendu, j’ai manipulé à ma façon. J’ai commencé avec l’idée d’un jeune qui voudrait tuer son beau-père et que son destin serait différent selon s'il le tuait ou pas. Detour est un jeu de structure avec des twists que le spectateur doit lui reconstruire, il fallait quelques balises. Pour revenir à ce qu’on disait, le processus de faire un film c’est comme l’expression 'man plans, God laughs', il y a tellement de paramètres incontrôlables…

Ce 28ème Festival du Film britannique de Dinard a programmé des projections de Severance, Triangle, Black Death . Une rencontre avec le public est également prévue.

19 éditeurs au 5e Salon de l’Edition DVD indépendante

Posté par vincy, le 24 novembre 2016

Le 5e Salon de l’Édition DVD Indépendante se déroulera les 3 et 4 décembre prochains au Cinéma La Clef à Paris. Le salon est sur entrée libre et gratuite. Au total, 19 éditeurs de DVD seront présents, des projections et des dédicaces accompagneront l'événement.

Aloest Distribution, Artus Films, Blaq Out, Contre-Allée, Docks 66, Ed Distribution, KMBO, Le Chat qui Fume, Les Documents Cinématographiques, Les Films du Whippet, Les Mutins de Pangée, Lobster Films, Malavida, Potemkine, Re:Voir, Survivance, Tamasa, The Ecstasy of Films et Urban Distribution présenteront leurs catalogues et leurs nouveautés, à des tarifs préférentiels.

Seront projetés Bahador et des courts issus du coffret "Les pionniers de l'animation", films d'animation pour les enfants (Les films du Whippet/Lobster Fims) ; Themroc de Claude Faraldo, avec Michel Piccoli (Tamasa) ; Le sociologue et l'ourson, documentaire très approprié ces temps-ci d'Etienne Chaillou et Mathias Théry (Docks 66) ; D'une pierre deux coups de Fejria Deliba (Blaq Out). L'entrée pour les porjections est à 6€50.

Parmi les dédicaces ont notre celles de Mathias Théry et Fejria Deliba, mais aussi celles de Jean Marboeuf (Pétain, Tamasa), Bertrand Mandico (coffret Mandico in the Box, Malavida), Tommy Weber (Tête de chien, Quand je ne dors pas chez Contre-Allée) et Jill Coulon (Tu seras sumo, Aloest distribution).

Partenaire du salon, Ecran Noir vous fait gagner des DVD cette semaine. Pour être parmi les chanceux, il suffit de répondre à cette simple question par courriel: après un félin, un paon ou encore une pieuvre, quel animal cette année a été choisi pour illustrer l'affiche?