Cannes 2016: la sélection de l’ACID

Posté par vincy, le 19 avril 2016

Deux documentaires, un film d'animation et sur les 9 films, seulement trois ont un distributeur. La sélection de l'Acid (12-21 mai) fait la part belle aux nouveaux talents avec trois premiers longs métrages et de cinq seconds longs métrages. S'ajoute le nouveau film de Sébastien Betbeder, actuellement en salles avec Marie et les nuafragés.

Isola de Fabianny Deschamps, avec Yiling Yang, Yassine Fadel et Enrico Roccaforte

La jeune fille sans mains de Sébastien Laudenbach (animation), avec les voix de Anaïs Demoustier, Jérémie Elkaïm, Philippe Laudenbach, Olivier Broche, Françoise Lebrun, Sacha Bourdo et Elina Löwensohn.

Madame B, histoire d'une Nord-Coréenne de Jero Yun (documentaire)

Le Parc de Damien Manivel, avec Naomie Vogt-Roby, Maxime Bachellerie et Sessouma Sobere

Sac la mort de Emmanuel Parraud, avec Patrique Planesse, Charles-Henri Lamonge, Martine Talbot et Nagibe Chader

Swagger de Olivier Babinet (documentaire), avec Aïssatou Dia, Mariyama Diallo, Abou Fofana, Nazario Giordano, Astan Gonle, Salimata Gonle, Naïla Hanafi, Aaron N’Kiambi, Régis Marvin Merveille N’Kissi Moggzi, Paul Turgot et Elvis Zannou.

Tombé du ciel de Wissam Charaf, avec Rodrigue Sleiman, Raed Yassin, Said Serhan, George Melki et Yumna Marwan.

Le voyage au Groenland de Sébastien Betbeder, avec Thomas Blanchard, Thomas Scimeca, François Chattot, Ole Eliassen, Adam Eskildsen, Benedikte Eliassen, Mathias Petersen, Judith Henry et Martin Jensen.

Willy 1er de Ludovic & Zoran Boukherma, Marielle Gautier et Hugo P. Thomas, avec Daniel Vannet, Noémie Lvovsky, Romain Léger, Eric Jacquet, Alexandre Jacques, Robert Follet, et Geneviève Plet.

Cannes 2016: le prix du documentaire l’Oeil d’or révèle son jury

Posté par vincy, le 12 avril 2016

Pour sa deuxième édition, le Prix du documentaire L'Oeil d'or, initié par la Scam et la réalisatrice Julie Bertuccelli, s'offre un jury en ... or. Remis à Cannes et récompensant les documentaires issus de toutes les sélections, L'Oeil d'or, bénéficie du soutien du Festival et d'un partenariat avec l'INA.

Cette année, le jury sera présidé par le cinéaste italien Gianfranco Rosi, Ours d'or à la dernière berlinale pour Fuocommare et Lion d'or à Venise en 2013 pour Sacro Gra. Autour de lui, on retrouvera la réalisatrice Anne Aghion (Au Rwanda on dit la famille qui ne parle pas meurt, Mon voisin le tueur-, la comédienne Natacha Régnier (Le fils de Joseph, La vie rêvée des anges), l'ancien directeur des documentaires d'Arte, Thierry Garrel (commissaire et conseiller artistique) et le critique et fondateur du festival de docus It's All True / É Tudo Verdade à Sao Paulo et Rio de Janeiro, Amir Labaki.

Le prix sera décerné le 21 mai. Il est doté de 5000 euros. L'an dernier, le jury de Rithy Panh avait primé Allende, mi Abuelo Allende de Marcia Tambutti Allende.

Un documentaire écologique pour Leonardo DiCaprio

Posté par vincy, le 24 mars 2016

En janvier dernier, dans Rolling Stones, Leonardo DiCaprio annonçait qu'il travaillait sur un documentaire concernant les changements climatiques. A l'époque, la star, désormais oscarisée, avait même imaginé l'intituler Are We Fucked? . Ce documentaire, qui fait le tour du monde et où de nombreux scientifiques sont interviewés, est coproduit avec Fisher Stevens (The Cove - La baie de la honte, à propos du massacre des dauphins, Oscar du meilleur documentaire en 2010), qui avoue être moins pessimiste que DiCaprio sur le sujet.

Au cours d'une conférence de presse qu'il a donné à Tokyo hier pour la promo de The Revenant, Leonardo DiCaprio a confirmé que le documentaire étant à un stade très avancé. Il veut être certain que le film aura un impact sur l'élection présidentielle américaine, début novembre. Hormis Bernie Sanders, les autres candidats sont soit dépendants des lobbies, soit climato-sceptiques.

DiCaprio, on l'a vu lors de son discours aux Oscars il y a un mois, est un farouche militant de la protection de l'environnement au nom du dérèglement climatique. Il veut que son film sorte à l'automne en pleine campagne présidentielle. Et pourquoi pas hors compétition à Cannes dès mai? Le Festival a toujours aimé les docus écolo-politiques (Une vérité qui dérange avec l'ex Vice-Président des Etats-Unis Al Gore, La 11ème heure, ou encore l'an dernier en clôture La glace et le ciel).

La Fondation Leonardo di Caprio est impliquée dans 78 projets concernant la protection de la biodiversité, la protection des océans et des contrées sauvages et le changement climatique.

Agnès Varda va signer un documentaire avec l’artiste JR

Posté par vincy, le 3 mars 2016

agnès varda

Arte a annoncé aujourd'hui qu'elle coproduirait avec la maison de production d'Agnès Varda, Ciné Tamaris, et Social Animals, le documentaire Visages Visages que la réalisatrice cosignera avec l'artiste et photographe JR.

Le tournage débutera fin mars.

Le projet est annoncé tel que: "Il a 33 ans, elle en a presque 88. ensemble, ils s’apprêtent à partir sur les routes de France, en voiture et dans le camion spécial de Jr, loin des grandes villes où il a travaillé. Hasard des rencontres ou projets préparés, ils vont combiner leurs deux façons d’aller vers les autres et leur demander de participer à leurs projets : Agnès Varda en s’approchant d’eux, Jr en agrandissant leurs portraits en énormes fresques. Agnès Varda voudrait capter encore des images de visages avant que sa mémoire ne les oublie. Voyager un peu, s’arrêter comme des forains, rencontrer des villageois, des bergers, des ouvriers, les mettre en valeur en affichant - avec leur accord – leurs portraits sur les murs."

8 ans après Les Plages d'Agnès, la cinéaste et documentariste revient donc derrière la caméra, même si elle a, entre temps, réalisé des courts ou des séries documentaires pour la télévision. Reconnue mondialement, elle avait reçu une Palme d'or d'honneur l'an dernier au Festival de Cannes. JR, l'un des artistes français les plus exposés dans le monde, n'a fait l'objet de queqlues films documentaires sur son travail, dont Faces de Gérard Maximin.

Oscars 2016: Spotlight, DiCaprio et Mad Max sacrés par Hollywood

Posté par vincy, le 29 février 2016

Toutes les nominations et le live en direct sur notre compte twitter.

Palmarès très équilibré cette année aux Oscars, avec trois gagnants très différents. Spotlight a remporté le titre de meilleur film, amplement mérité, dans une course très ouverte. Avec deux Oscars, le film a su déjouer les pronostics et démontre une fois de plus qu'on peut faire un cinéma populaire et intelligent, même si le box office n'est pas phénoménal.  Et finalement quoi de mieux pour cette 88e cérémonie très très engagée politiquement, et menée brillament par Chris Rock que de couronner un film lui-même très politique?!

Mad Max Fury Road a triomphé par le nombre et fait une importante razzia dans les catégories techniques avec six Oscars. Le festival de Cannes, qui l'avait présenté en avant-première mondiale, a aussi pu compter sur trois autres prix prestigieux: Le fils de Saul (film en langue étrangère), Vice-Versa (animation) qui fait gagner un 8e Oscar à Pixar et un 10e au groupe Disney dans cette catégorie et Amy comme meilleur documentaire. Pour Le Fils de Saul, c'était la 9e fois que la Hongrie était nommée dans cette catégorie. Le cinéma hongrois n'avait remporté l'Oscar qu'une seule fois, en 1981, avec Mephisto de István Szabó.

Les Oscars ont pour l'instant récompensé de nombreux professionnels non américains, de la danoise Alicia Vikander aux britannique Mark Rylance et Sam Smith (qui fait une fois de plus gagner l'Oscar de la meilleure chanson à James Bond). Sans oublier la pakistanaise Sharmeen Obaid-Chinoy, le chilien Gabriel Osorio Vargas (c'est seulement le 2e Oscar pour ce pays) et bien sur le mexicain Emmanuel Lubezki qui rentre dans l'histoire avec un troisième Oscar consécutif dans sa catégorie (directeur de la photographie) après ceux de Gravity et Birdman. Pour l'italien et la légende de la musique de film Ennio Morricone, la sixième nomination aura été la bonne (même s'il avait déjà reçu un Oscar d'honneur en 2007).

Evidemment on retient surtout le deuxième Oscar consécutif du réalisateur mexicain Alejandro G. Innaritu, un an après Birdman. C'est le troisième cinéaste à réussir cet exploit après Joseph L. Mankiewicz (1948-1949) et John Ford (1940-1941). Il offre surtout l'Oscar tant attendu pour l'un des plus acteurs de ces 20 dernières années: Leonardo DiCaprio. Il l'a enfin eu. C'était le couronnement attendu autant pour la cérémonie que pour la star. Avec trois Oscars "historiques", The Revenant n'aura pas tout perdu.

Film: Spotlight de Tom McCarthy
Réalisateur: Alejandro G. Inarritu (The Revenant)
Acteur: Leonardo DiCaprio ( The Revenant)
Actrice: Brie Larson (Room)
Second-rôle masculin: Mark Rylance (Le Pont des Espions)
Second-rôle féminin: Alicia Vikander (The Danish Girl)
Film d'animation (long métrage): Vice-Versa (Inside Out)
Film documentaire (long métrage): Amy d'Asif Kapadia & James Gay-Rees
Film en langue étrangère: Le fils de Saul de Laszlo Nemes
Court métrage: Stutterer de Benjamin Cleary
Film d'animation (court): Bear Story de Gabriel Osorio Vargas (Chili)
Film documentaire (court): A Girl in the River: The Price of Forgiveness de Sharmeen Obaid-Chinoy
Scénario original: Tom McCarthy & Josh Singer (Spotlight)
Scénario (adaptation): Adam McKay & Charles Randolph, d'après sur le livre The Big Short: Inside the Doomsday Machine de Michael Lewis (The Big Short)
Musique: Ennio Morricone (Les 8 Salopards)
Chanson: Writing's On The Wall (007 Spectre) de Sam Smith et James Napier
Image: Emmanuel Lubezki (The Revenant)
Montage: Margaret Sixel (Mad Max: Fury Road)
Décors: Colin Gibson & Lisa Thompson (Mad Max: Fury Road)
Costumes: Jenny Beavan (Mad Max: Fury Road)
Maquillages et coiffures: Lesley Vanderwalt, Elka Wardega & Damian Martin (Mad Max: Fury Road)
Montage son: Mark Mangini & David White (Mad Max: Fury Road)
Mixage son: Chris Jenkins, Gregg Rudloff & Ben Osmo (Mad Max: Fury Road)
Effets visuels: Andrew Whitehurst, Paul Norris, Mark Ardington & Sara Bennett (Ex Machina)

Les César 2016 sacrent Fatima, Mustang, Catherine Frot et Vincent Lindon

Posté par redaction, le 26 février 2016

Toute la cérémonie sur notre compte twitter. Et le rappel de toutes les nominations.

Fatima, déjà couronné par le Prix Louis-Delluc, est reparti avec trois César dont celui du meilleur film. En nombre de récompenses, il est devancé par Mustang, quatre fois distingué, dont le prix du meilleur prix film. Deux histoires de femmes entre occident et orient, deux films issus de métissage franco-méditerranéen.

On s'étonnera toujours de certains choix, à commencer par Birdman et Le Petit Prince. On sera peut-être déçu que Trois souvenirs de ma jeunesse n'ait pas eu autre chose que le César du meilleur réalisateur pour Arnaud Desplechin, qui était pour la quatrième fois nominé. Ce fut la bonne. Idem pour Vincent Lindon, qui après cinq nominations infructueuses, empoche un César amplement mérité depuis des années, et fait le doublé royal avec son prix d'interprétation à Cannes. Si Michel Fau a étonnament perdu dans la catégorie second-rôle masculin, Catherine Frot a sauvé l'honneur de Marguerite, quatre fois césarisé tout de même, en décrochant son premier César de la meilleure actrice, vingt ans après celui du meilleur second-rôle, trente ans après sa première nomination.

Enfin, avec de nombreux lauréats nés hors de France, le cinéma Français, à l'occasion d'une soirée pleine d'autodérision, emmenée par une Florence Foresti plutôt inspirée, a montré qu'il était ouvert au monde. Michael Douglas, César d'honneur, a très bien su trouver les mots pour rappeler à quel point la culture française était importante. Le tout dans un discours entièrement en français.

Meilleur film : Fatima de Philippe Faucon
Meilleur réalisateur: Arnaud Desplechin (Trois souvenirs de ma jeunesse)

Meilleur film d'animation: Le Petit Prince de Mark Osborne
Meilleur premier film: Mustang de Deniz Gamze Egüven
Meilleur documentaire: Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent
Meilleur film étranger: Birdman d'Alejandro G. Inarritu (USA-Mexique)
Meilleur court métrage: La contre-allée de Cécile Ducrocq
Meilleur film d'animation (court métrage): Le repas dominical de Céline Devaux

Meilleure actrice: Catherine Frot (Marguerite)
Meilleur acteur: Vincent Lindon (La loi du marché)
Meilleur second rôle féminin: Sidse Babett Knudsen (L'Hermine)
Meilleur second rôle masculin: Benoît Magimel (La tête haute)
Meilleur espoir féminin: Zita Hanrot (Fatima)
Meilleur espoir masculin: Rod Paradot (La tête haute)

Meilleur scénario original: Deniz Gamze Ergüven, Alice Winocour (Mustang)
Meilleur scénario adapté: Philippe Faucon, d'après Prière à la lune de Fatima Elayoubi (Fatima)
Meilleure image: Christophe Offenstein (Valley of Love)
Meilleur montage: Mathilde Van de Moortel (Mustang)
Meilleur son: François Musy, Gabriel Hafner (Marguerite)
Meilleurs décors: Martin Kurel (Marguerite)
Meilleurs costumes: Pierre-Jean Larroque (Marguerite)
Meilleure musique originale: Warren Ellis (Mustang)

Berlin 2016 : Zero days d’Alex Gibney déclare ouverte l’ère des cyberattaques

Posté par MpM, le 17 février 2016

stuxnet

Second documentaire présenté en compétition au 66e festival de Berlin, Zero days d'Alex Gibney (oscarisé pour Un taxi pour l'enfer en 2008) est une enquête bouillonnante sur le célèbre virus Stuxnet suspecté d'avoir été conçu pour saboter les centrifugeuses iraniennes d'enrichissement d'uranium en 2010.

Thriller anxiogène

Ayant recours aux procédés propres au thriller (montage cut, musique anxiogène, effets spectaculaires), le film piste le logiciel malveillant jusqu'à sa source en interviewant plusieurs experts (dont Eugene Kaspersky créateur de l'anti-virus portant son nom) et différents représentants des gouvernements américain et israélien. Il retrace ainsi le chemin parcouru par Stuxnet, les raisons de sa création et son mode de fonctionnement hors du commun.

Il s'agit en effet d'un fichier très léger (un demi méga-octet) capable de s'exécuter sans intervention humaine, d'agir sans se faire repérer, et de tromper les opérateurs en envoyant des messages assurant que toutes les données sont normales. Il aurait agit sur la vitesse des centrifugeuses iraniennes pour les mettre hors d'usage.

Le nouveau visage de la guerre

Foisonnant récit d'espionnage, Zero days semble parfois pencher du côté de la théorie conspirationniste, voire dans une paranoïa délirante. Pourtant, chaque rebondissement est étayé par le témoignage d'experts (NSA, US cyber command...) qui non seulement reconnaissent (anonymement) la responsabilité des Etats-Unis et d'Israël dans la création de Stuxnet, mais avouent l'existence d'un autre plan plus ambitieux, Nitro Zeus, qui prévoyait de bloquer notamment les systèmes de communication et une partie du réseau électrique de l’Iran si un accord sur le nucléaire n'était pas trouvé.

Alex Gibney offre ainsi un documentaire captivant et très documenté qui joue sur l'aspect extrêmement romanesque de son récit pour lui offrir des accents dignes d'une fiction plus vraie que nature. En parallèle, loin de s'arrêter à la révélation du Who Dunnit and why, il tire habilement les conclusions de toute l'affaire Stuxnet, et notamment le fait qu'elle marque le début des armes virtuelles et légitime leur utilisation. Ce qui redéfinit évidemment la physionomie de la guerre telle qu'on la connaissait jusqu'alors.

Ennemi invisible

Une conclusion qui, si elle peut paraître naïve (la question n'étant depuis plus longtemps de savoir si la cyberguerre aurait lieu, mais plutôt quand elle commencerait), est surtout une manière d'entériner ce dont les récits de science fiction avaient déjà eu l'intuition. Dans un monde en train d'effectuer une mue accélérée (tel qu'il nous est plus que jamais apparu en découvrant les films de la compétition), la guerre elle-aussi semble en train de changer de visage, d'armes et de moyens.

Il n'y a pourtant pas de quoi se réjouir : si les cyberattaques semblent plus "propres" que les attaques à l'arme lourde, elles risquent aussi de toucher plus facilement des infrastructures vitales (circuits électriques et nucléaires, traitement des eaux, communications...) et impacter des ensembles plus importants de population, avec des chances de survie amoindries. Or, face à un ennemi invisible, comment se défendre ?

Berlin 2016 : Fuocoammare de Gianfranco Rosi place le sort des réfugiés au coeur de la compétition

Posté par MpM, le 13 février 2016

fuocoammare

Un festival de cinéma, ce ne sont pas seulement des stars, des paillettes et de belles histoires qui se succèdent sur grand écran. On le sait, les sujets graves, polémiques et douloureux y ont une place de choix, et Berlin s'est même fait une réputation (méritée) de festival politique présentant une part importante de films engagés.

C'était donc le lieu tout indiqué pour présenter Fuocoammare de l'Italien Gianfranco Rosi (lion d'or à Venise en 2013 avec Sacro gra), un documentaire dénué de voix-off qui montre en parallèle la vie tranquille de quelques habitants de Lampedusa et le drame des réfugiés qui se joue dans les eaux alentours.  L'île italienne (20km2 situés au sud de la Sicile, entre la Tunisie et Malte) est en effet la porte d'entrée privilégiée des migrants fuyant leur pays pour rejoindre l'Europe, et de multiples embarcations de fortune s'y échouent de plus en plus fréquemment depuis le début des années 2000.

Le film est ainsi construit comme le portrait des habitants de Lampedusa (notamment Samuele, un jeune garçon qui connaît chaque recoin de l'île, et sa famille) auquel répond en écho un témoignage sans fard sur la tragédie des réfugiés : appels désespérés envoyés depuis des embarcations de fortune, missions de sauvetage périlleuses, prise en charge quasiment militaire, récits édifiants des rescapés... Le coup de grâce étant porté par le médecin Pietro Bartolo, qui vient en aide aux migrants depuis les années 1990, et qui raconte la réalité à laquelle il est confronté :  les femmes qui accouchent sur les bateaux surchargés, les survivants déshydratés ou brûlés par l'essence, et bien sûr les innombrables corps sans vie auxquels il ne parvient pas à s'habituer.

Situation tragique, insupportable et absurde

Si l'on est tout d'abord surpris par la construction du documentaire, et par la part importante consacrée à Samuele et aux autres insulaires, il s'avère très vite indispensable d'avoir ce contrepoint plus léger, plus ancré dans un monde qui est aussi le nôtre, pour faire réaliser au spectateur l'absurdité tragique et insupportable de la situation. Le mettre froidement devant ce fait bien réel, et pourtant presque impossible à concevoir : que des enfants meurent à quelques kilomètres seulement du havre de vie "normale" auxquels ils aspiraient.

"Je crois que ce film est le témoignage d'une tragédie qui se déroule sous nos yeux", a déclaré Gianfranco Rosi lors de la conférence de presse qui a suivi la projection. "Je pense que nous sommes tous responsables de cette tragédie, peut-être la plus grande que nous ayons vue en Europe depuis l'Holocauste. Nous sommes complices si nous ne faisons rien."

Et Fuocoammare actionne sans l'ombre d'un doute la mauvaise conscience de tout un chacun, avec une sécheresse et une dureté salutaires, comme l'électrochoc que l'on attend en vain pour mettre fin à ce qui est un carnage évitable. "C'est le devoir de chaque être humain d'aider ces gens" déclare simplement Pietro Bartolo, dont la lassitude se lit sur le visage. Présent à Berlin, il confesse l'horreur et les "cauchemars" qui le poursuivent. "Parler de ces choses me fait mal à chaque fois" a-t-il notamment expliqué. "Mais j'accepte parce que j'ai l'espoir qu'à travers ces témoignages, on pourra sensibiliser des personnes" à ce qui est "devenu un problème dramatique, de portée universelle".

Une Berlinale ouverte aux réfugiés

Le documentaire de Gianfranco Rosi est à ce titre un document indispensable qui met toute l'intelligence, la force de conviction et la magie du cinéma au service de cette sensibilisation. Mais après la prise de conscience doit venir l'action, et c'est justement le moment où le spectateur doit prendre le relais de l'écran. Le Festival de Berlin l'a bien compris, qui incite festivaliers et professionnels à venir concrètement en aide aux réfugiés via des urnes récoltant les dons sur les lieux du festival. Plusieurs associations prenant en charge les réfugiés sont également mentionnées sur le site de la Berlinale.

Peut-être ne restera-t-il plus ensuite qu'à plébisciter le film afin de lui offrir la plus grande visibilité possible. Mais déjà, on ne voit pas comment le palmarès berlinois pourrait l'oublier.

Du jazz au Blazac

Posté par vincy, le 11 février 2016

A partir du vendredi 12 février le cinéma Le Balzac, à deux pas des Champs-Elysées de Paris lance un Festival Jazz & Images.

Un vendredi par mois, des archives filmées s'accompagneront d'un concert live, avec notamment trois soirées hommages consacrées à Stan Getz, Duke Ellington et Billie Holiday.

"Le festival Jazz & Images s’adresse aussi bien aux passionnés qu’au grand public !" explique Jean-Jacques Shpoliansky, Directeur du Balzac.

Le programme sera inauguré avec le trio de Daniel Humair et un film de 1961 sur l'artiste, Daniel Humair Special Show, réalisé par Jean-Christophe Averty.

La semaine suivante, toujours réalisé par Averty, ce sera la projection de Stan Getz au Festival de Nice 1978 avec sur scène, le quartet de Vincent Lê Quang.

Le 8 avril, le Balzac rendra hommage à Duke Ellington avec la diffusion de son concert à la salle Pleyel en 1958 et sur scène l'Ellington Small Band.

La soirée est tarifée 20€ (12€ pour les moins de 26 ans et les étudiants). Un abonnement est possible pour réserver 5 soirées (80€ en tarif normal, 48€ en tarif jeunes).

The Birth of a Nation, Sand Storm, Swiss Army Man et Belgica brillent à Sundance

Posté par vincy, le 31 janvier 2016

Sundance aura connu cette année une belle édition du côté du marché. Mais pour une fois, ce ne sont pas les studios qui ont sorti le carnet de chèque. Amazon et Netflix se sont livrés une sacrée bataille pour acquérir des films que l'on verra à Berlin et à Cannes.

The Birth of a Nation réalise le doublé Grand prix du jury - Prix du public. Le biopic sur Nat Turner, chef de file d'une rébellion d'esclaves, écrit, réalisé et interprété par Nate Parker a donc emporté tous les suffrages. Si les Oscars sont trop blancs, Sundance a fait vibrer la black power (Roger Ross Williams, pa reçu le prix de la meilleur réalisation dans catégorie documentaire américain pour Life, Animated). Au casting du film de Nate Parker, on retrouve également Armie Hammer, Penelope Ann Miller et Gabrielle Union. Le film doit avoir un sacré potentiel puisque Fox Searchlight a déboursé 17,5 millions de $ pour en acquérir les droits de distribution. Un record pour le Festival. Assurément la sensation de Sundance.

C'est aussi la quatrième fois consécutive que le Grand prix du jury gagne simultanément le prix du public après Fruitvale Station, Whiplash et Me and Earl and the Dying Girl.

Toujours dans la section fiction américaine, Swiss Army Man, de Dan Kwan et Daniel Scheinert, a été récompensé pour sa réalisation. Cette comédie un peu barrée, avec Mary Elizabeth Winstead, Paul Dano et Daniel Radcliffe , est devenu dès sa première projection un des chouchous de la station de ski. A24 assurera sa distribution en Amérique du nord.

Autre film récompensé et qui sera distribué par A24, la comédie dramatique sur le choc des cultures (un afro-américain envoyé en Allemagne) Morris From America qui reçoit deux prix (scénario, acteur).

Pour le cinéma international, le jury a élu le film israélien Sand Storm (Sufat Chol), qui sera présenté au prochain Festival de Berlin. Il s'agit du premier long métrage de fiction d'Elite Ziker, qui raconte les destins divergents de deux femmes bédouines. Le prix du public a couronné le film colombien de Manolo Cruz et Carlos del Castillo, Between Sea and Land, un drame à propos d'une mère et de son fils atteint d'une dystrophie musculaire. Les deux comédiens ont également reçu un prix d'interprétation.

Après sa nomination aux Oscars pour Alabama Monroe, le belge Felix van Groeningen remporte le prix de la meilleure réalisation pour son nouveau film Belgica qui sort le 2 mars en France et en Belgique.

Notons enfin que le documentaire de l'iranienne Rokhsareh Ghaemmaghami, Sonita, réalise aussi un doublé Grand prix du jury-Prix du public pour son portrait d'une rapeuse iranienne. Pour les docus américains, le jury a préféré Weiner de Josh Kriegman et Elyse Steinberg, portrait d'un politicien américain tombé dans la disgrâce. Le public a de son côté choisi Jim: The James Foley Story de Brian Oakes, qui retrace la vie du photoggaphe de guerre tué par Daesch en 2014.

Notons parmi les autres prix, le prix Albert P. Sloan qu'a reçu par L'étreinte du serpent, primé à Cannes et nommé à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. ce prix récompense un film où la science (au sens large) est au coeur du récit. Le Prix Next a été décerné à une romance lesbienne entre deux lycéennes californiennes, First Girl I Loved. Enfin, le prix d' l'Institut Sundance, le NHK Award, a été remis au japonais Atsuko Hirayanagi pour Oh Lucy!. L'Institut a également primé des projets en développement de réalisateurs cubain, indien, italien et marocain (le nouveau film d'Abedellah Taia, Le trésor).

Compétition des films américains
Grand Prix du jury: The Birth of a Nation
Prix du public: The Birth of a Nation
Meilleure réalisation: Daniel Scheinart et Daniel Kwan, Swiss Army Man
Prix Waldo Salt du scénario: Chad Hartigan, Morris From America
Prix spécial du Jury: Miles Joris-Peyrafitte, As You Are
Prix spécial du Jury de la meilleure révélation: Joe Seo, Spa Night
Prix spécial du jury pour l'interprétation masculine: Markees Christmas, Morris From America
Prix spécial du jury pour l'interprétation féminine: Melanie Lynskey, The Intervention

Compétition des documentaires américains
Grand Prix du jury: Weiner
Prix du public: Jim: The James Foley Story
Meilleure réalisation: Roger Ross Williams, Life, Animated
Prix spécial du Jury pour le montage: Penny Lane and Thom Stylinski, NUTS!
Prix spécial du Jury pour l'impact social: Dawn Porter, Trapped
Prix spécial du Jury pour l'écriture: Robert Greene, Kate Plays Christine
Prix spécial du Jury pour la vérité du propos: Keith Fulton and Lou Pepe, The Bad Kids

Compétition des films internationaux
Grand Prix du jury: Sand Storm
Prix du public: Between Sea and Land
Meilleure réalisation: Felix van Groeningen, Belgica
Meilleur scénario: Ana Katz and Ines Bortagaray, Mi amiga del parque
Prix spécial du jury pour l'interprétation: Vicky Hernandez et Manolo Cruz, Between Sea and Land
Prix spécial du jury pour la direction artistique: Agnieszka Smoczynska, The Lure

Compétition des documentaires internationaux
Grand Prix du jury: Sonita
Prix du public: Sonita
Meilleure réalisation: Michal Marczak, All These Sleepless Nights
Prix spécial du Jury pour le montage: Mako Kamitsuna and John Maringouin, We Are X
Prix spécial du Jury pour l'image: Pieter-Jan De Pue, The Land of the Enlightened
Prix spécial du Jury pour le meilleur premier film: Heidi Brandenburg and Mathew Orzel, When Two Worlds Collide

Autres prix
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Prix Alfred P. Sloan: L'étreinte du serpent