The Birth of a Nation, Sand Storm, Swiss Army Man et Belgica brillent à Sundance

Posté par vincy, le 31 janvier 2016

Sundance aura connu cette année une belle édition du côté du marché. Mais pour une fois, ce ne sont pas les studios qui ont sorti le carnet de chèque. Amazon et Netflix se sont livrés une sacrée bataille pour acquérir des films que l'on verra à Berlin et à Cannes.

The Birth of a Nation réalise le doublé Grand prix du jury - Prix du public. Le biopic sur Nat Turner, chef de file d'une rébellion d'esclaves, écrit, réalisé et interprété par Nate Parker a donc emporté tous les suffrages. Si les Oscars sont trop blancs, Sundance a fait vibrer la black power (Roger Ross Williams, pa reçu le prix de la meilleur réalisation dans catégorie documentaire américain pour Life, Animated). Au casting du film de Nate Parker, on retrouve également Armie Hammer, Penelope Ann Miller et Gabrielle Union. Le film doit avoir un sacré potentiel puisque Fox Searchlight a déboursé 17,5 millions de $ pour en acquérir les droits de distribution. Un record pour le Festival. Assurément la sensation de Sundance.

C'est aussi la quatrième fois consécutive que le Grand prix du jury gagne simultanément le prix du public après Fruitvale Station, Whiplash et Me and Earl and the Dying Girl.

Toujours dans la section fiction américaine, Swiss Army Man, de Dan Kwan et Daniel Scheinert, a été récompensé pour sa réalisation. Cette comédie un peu barrée, avec Mary Elizabeth Winstead, Paul Dano et Daniel Radcliffe , est devenu dès sa première projection un des chouchous de la station de ski. A24 assurera sa distribution en Amérique du nord.

Autre film récompensé et qui sera distribué par A24, la comédie dramatique sur le choc des cultures (un afro-américain envoyé en Allemagne) Morris From America qui reçoit deux prix (scénario, acteur).

Pour le cinéma international, le jury a élu le film israélien Sand Storm (Sufat Chol), qui sera présenté au prochain Festival de Berlin. Il s'agit du premier long métrage de fiction d'Elite Ziker, qui raconte les destins divergents de deux femmes bédouines. Le prix du public a couronné le film colombien de Manolo Cruz et Carlos del Castillo, Between Sea and Land, un drame à propos d'une mère et de son fils atteint d'une dystrophie musculaire. Les deux comédiens ont également reçu un prix d'interprétation.

Après sa nomination aux Oscars pour Alabama Monroe, le belge Felix van Groeningen remporte le prix de la meilleure réalisation pour son nouveau film Belgica qui sort le 2 mars en France et en Belgique.

Notons enfin que le documentaire de l'iranienne Rokhsareh Ghaemmaghami, Sonita, réalise aussi un doublé Grand prix du jury-Prix du public pour son portrait d'une rapeuse iranienne. Pour les docus américains, le jury a préféré Weiner de Josh Kriegman et Elyse Steinberg, portrait d'un politicien américain tombé dans la disgrâce. Le public a de son côté choisi Jim: The James Foley Story de Brian Oakes, qui retrace la vie du photoggaphe de guerre tué par Daesch en 2014.

Notons parmi les autres prix, le prix Albert P. Sloan qu'a reçu par L'étreinte du serpent, primé à Cannes et nommé à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. ce prix récompense un film où la science (au sens large) est au coeur du récit. Le Prix Next a été décerné à une romance lesbienne entre deux lycéennes californiennes, First Girl I Loved. Enfin, le prix d' l'Institut Sundance, le NHK Award, a été remis au japonais Atsuko Hirayanagi pour Oh Lucy!. L'Institut a également primé des projets en développement de réalisateurs cubain, indien, italien et marocain (le nouveau film d'Abedellah Taia, Le trésor).

Compétition des films américains
Grand Prix du jury: The Birth of a Nation
Prix du public: The Birth of a Nation
Meilleure réalisation: Daniel Scheinart et Daniel Kwan, Swiss Army Man
Prix Waldo Salt du scénario: Chad Hartigan, Morris From America
Prix spécial du Jury: Miles Joris-Peyrafitte, As You Are
Prix spécial du Jury de la meilleure révélation: Joe Seo, Spa Night
Prix spécial du jury pour l'interprétation masculine: Markees Christmas, Morris From America
Prix spécial du jury pour l'interprétation féminine: Melanie Lynskey, The Intervention

Compétition des documentaires américains
Grand Prix du jury: Weiner
Prix du public: Jim: The James Foley Story
Meilleure réalisation: Roger Ross Williams, Life, Animated
Prix spécial du Jury pour le montage: Penny Lane and Thom Stylinski, NUTS!
Prix spécial du Jury pour l'impact social: Dawn Porter, Trapped
Prix spécial du Jury pour l'écriture: Robert Greene, Kate Plays Christine
Prix spécial du Jury pour la vérité du propos: Keith Fulton and Lou Pepe, The Bad Kids

Compétition des films internationaux
Grand Prix du jury: Sand Storm
Prix du public: Between Sea and Land
Meilleure réalisation: Felix van Groeningen, Belgica
Meilleur scénario: Ana Katz and Ines Bortagaray, Mi amiga del parque
Prix spécial du jury pour l'interprétation: Vicky Hernandez et Manolo Cruz, Between Sea and Land
Prix spécial du jury pour la direction artistique: Agnieszka Smoczynska, The Lure

Compétition des documentaires internationaux
Grand Prix du jury: Sonita
Prix du public: Sonita
Meilleure réalisation: Michal Marczak, All These Sleepless Nights
Prix spécial du Jury pour le montage: Mako Kamitsuna and John Maringouin, We Are X
Prix spécial du Jury pour l'image: Pieter-Jan De Pue, The Land of the Enlightened
Prix spécial du Jury pour le meilleur premier film: Heidi Brandenburg and Mathew Orzel, When Two Worlds Collide

Autres prix
Next Audience Award: First Girl I Loved
Prix Alfred P. Sloan: L'étreinte du serpent

Le documentaire The Look of Silence récompensé

Posté par vincy, le 15 janvier 2016

Le documentaire de Joshua Oppenheimer, The Look of Silence, a reçu le prix du meilleur films à la 9e cérémonie des Cinema Eye Honors. Il a aussi été récompensé dans la catégorie meilleur réalisateur. C'est la deuxième fois que Oppenheimer réalise ce doublé, deux ans après The Act of Killing.

Les autres prix ont été décernés à Amy (montage), Meru (image et prix du public), Cartel Land (image), Heart of Dog (musique), Kurt Cobain: Montage of Heck (design graphique) et The Wolfpack (premier film).

Amy, Cartel Land et The Look of Silence sont en lice pour l'Oscar du meilleur documentaire. The Look of Silence a déjà remporté de nombreux prix à Angers (public, Grand prix du jury), Austin, Denver, Milwaukee (meilleur documentaire), DocsBarcelona et Nuremberg (public), Göteborg (documentaire scandinave), Sofia (meilleir documentaire), SXSW Film Festival (prix du public) et Venise (5 prix dont celui de la critique et un grand prix spécial du jury). Il est nommé par la Producers Guild pour son palmarès de l'année et aux Independent Spirit Awards.

Les Cinema Eye Honors, qui se tiennent à New York sont considérés désormais comme les Oscars du documentaires.

La Directors Guild of America révèle ses nominations et ajoute une catégorie premier film

Posté par vincy, le 14 janvier 2016

laszlo nemesPas de Todd Haynes ni de Steven Spielberg. Les réalisateurs américains ont choisi les cinq cinéastes en course pour le Directors Guild Award, qui annonce d'assez près, généralement, les nominations dans cette catégorie aux Oscars. George Miller (Mad Max: Fury Road), Alejandro G. Inarritu (The Revenant), Tom McCarty (Spotlight), Adam McKay (The Big Short;) et Ridley Scott (Seul sur Mars) sont donc les heureux élus. La DGA a eu une envie de spectacle, assurément. Toutes ces oeuvres sont avant tout liées par un point commun: une mise en scène spectaculaire et un certain sens du découpage où différents récits de croisent.  Inarritu a gagné le prix l'an dernier pour Birdman. Tout comme Scott, c'est sa troisième nomination.

Mais la surprise est venue d'ailleurs. la DGA a décidé de récompenser les réalisateurs d'un premier long métrage. Cela signifie que les cinéastes ne sont pas obligatoirement membres de la Guilde et que les films étrangers sont éligibles dès lors qu'ils ont été distribués à New York ou/et Los Angeles. Les prétendants pour ce nouveau prix sont Fernando Coimba (A Wolf at the Door, Brésil), Joe Edgerton (The Gift, Australie), Alex Garland (Ex Machina, Royaume Uni), Marielle Heller (The Diary of a Teenage Girl, USA) et Laszlo Nemes (Le Fils de Saul, Hongrie).

Les cinq réalisateurs pour un documentaires sont Jimmy Chin et Elizabeth Chai Vasarhelyi (Meru), Liz Garbus (What Happened, Simone?), Alex Gibney (Going Clear: Scientology and the Prison of Belief), Matthew Heineman (Cartel Land) et Asif Kapadia (Amy).

Pour la télévision, les DGA ont retenu Downton Abbey (Michael Engler), Homeland (Lesli Linka Glatter), Game of Thrones (David Nutter), The Knick (Steven Sodrbergh) et Mad Men (Matthew Weiner) en séries dramatiques, Veep (Chris Addison), Louie (Louis C.K.), Silicon Valley (Mike Judge), Modern Family (Gail Mancuso) et Transparent (Jill Soloway) en séries comiques, Whitney (Angela Bassett), The Secret Life of Marilyn Monroe (Laurie Collyer), Show Me a Hero (Paul Haggis), The Wiz Live! (Kenny Leon) et Bessie (Dee Rees) en téléfilms ou mini-séries.

Les récompenses seront remises le 6 février.

Amy Berg: « Janis Joplin est devenue autant un symbole féministe qu’une légende musicale. »

Posté par kristofy, le 5 janvier 2016

Janis, documentaire d'Amy Berg, est le portrait de l’une des artistes les plus impressionnantes et une des plus mythiques chanteuses de rock et de blues du XXe siècle. Mais elle était bien plus que cela : au-delà de son personnage de rock-star, de sa voix extraordinaire et de la légende, c'était une femme sensible, vulnérable et puissante. Le documentaire est l’histoire d’une vie courte, mouvementée et passionnante qui changea la musique.

Ecran Noir : Une des premières question du film à Janis Joplin est ‘pourquoi est-ce que tu chantes’, de la même façon pourquoi ce documentaire à propos de Janis Joplin ?
Amy Berg : En fait, je voulais faire ce documentaire depuis longtemps, depuis 8 ans environ. Je pense que Janis Joplin est l’une des femmes les plus inspirantes de notre temps. Je me sens profondément connectée à sa musique, elle chante d’une façon très particulière qui semble unique. J’ai toujours pensé que l’histoire de sa vie et des ses luttes serait un film très intéressant à faire au regard de la Femme d’aujourd’hui. Il y a aussi cette sorte de mythologie du ’club des 27’ avec ces musiciens morts à 27 ans comme Jim Morrison, Jimi Hendrix, Kurt Cobain, Amy Winehouse… Je crois qu'il y a un héritage différent selon les chanteurs ou chanteuses. On se souvient de ces chanteurs davantage pour leur talents de musiciens, pour leur groupe, pour ce qu’ils ont apporté de nouveaux ou de différents à la musique. Pour ces chanteuses je crois qu’on a d'abord en tête la cause de leur mort par overdose dans une chambre. Une autre raison de faire ce film était justement de ne pas relier Janis Joplin à l’usage de drogue. Janis a eu des expériences très fortes avec le fait d’être sur scène, avec le fait d’être célèbre et d’avoir des fans. Janis a eu beaucoup d’expériences heureuses dans sa vie autant en amour qu'en musique, et il faut que ça soit tout ça dont les gens doivent se souvenir.

EN : On découvre les débuts de Janis qui va s’imposer comme la leader de son groupe de musique composé d’hommes…
Amy Berg : Janis a voulu évoluer aussi vite que possible dans l’industrie musicale, qui est un univers dominé par les hommes et qui l’était encore plus durant les années 60. Très vite Janis a su attirer et captiver un public qui venait que pour elle, de fait les autres musiciens se sont retrouvés relégués à un second plan : le groupe disparaissait presque derrière ses performances à elle. Janis chantait avec son cœur de telle manière qu’il n’y ait plus de barrière entre elle et le public, il y avait presque communion. Elle est devenue quasiment la première femme star du rock.

EN : Le film semble progresser à la façon de chapitres rythmés par la lecture d’extraits de lettres de Janis Joplin, d’où viennent ces lettres ?
Amy Berg : Janis avaient écrit beaucoup de lettres à sa famille, surtout aux débuts de sa carrière. En préparant ce film j’ai pu voir ces lettres, Janis y raconte beaucoup de choses sur elle-même que personne ne savait. C’était important pour moi de montrer qu’elle avait aussi une personnalité douce et vulnérable en dehors de la scène, alors qu’elle s’impose puissante sur scène. J’ai retenu en particulier de ses lettres le rapport de Janis avec la célébrité. J’ai demandé à la chanteuse Cat Power de lire des extraits de lettres en voix-off, la tonalité de sa voix à elle correspondait la vulnérabilité des écrits de Janis. Les lettres qu’elle a écrites à ses copais Peter puis David ont d’ailleurs une part importante dans le montage. Elle avait rencontré Peter lors de son premier voyage à San Francisco, il était devenu son fournisseur de drogue puis il y a eu leur projet de mariage, mais il n’est jamais venu à la cérémonie. Ce genre d’évènement qui fait un cœur brisé a aussi fait de Janis une chanteuse de blues, sa vie personnelle est liée sa vie de chanteuse. Il y a en particulier l’histoire de ce télégramme de David qu’elle n’a pas reçu et qui je crois aurait pu éviter sa mort prématurée.

EN : Pourquoi avoir choisi de réaliser ce film avec la forme d’un documentaire plutôt qu’une fiction façon biopic ?
Amy Berg : La problématique du documentaire est de se baser sur des archives, quelle qu’en soit la qualité ou la quantité, d’ailleurs pour une certaine partie de l’histoire à raconter c’était un challenge car on n’avait pas de représentation visuelle de ces moments. Par exemple la rupture qu’on vient d’évoquer entre Janis et Peter, il n'y a que une seule image de lui que j’utilise d’ailleurs à un deuxième moment. J’ai contacté la fille de ce Peter qui m’a dit qu’elle n’avait pas plus d'images à cause d’un incendie. On doit faire face à ce genre de chose, à un certain manque de ressources pour raconter un moment de l’histoire en y étant tout de même le plus fidèle possible. Quand on fait un biopic il est bien entendu possible de tout recréer avec des décors et des acteurs. La chose impossible avec un biopic c’est de remplacer la vraie Janis par quelqu’un d’autre, une actrice aurait pu l’imiter un peu mais pas sa voix et ça n’aurait pas du tout été la Janis Joplin. Il y a par exemple ce projet de film sur Nina Simone et c’est pareil : il fallait montrer des images de la vraie chanteuse et pas une actrice (ndr : What Happened, Miss Simone? au festival de Berlin 2015, visible sur Netflix). Janis Joplin était une telle nature et une telle voix unique qu’il était impossible pour moi d’envisager une actrice.

EN : En quoi la vie de Janis des années 60 est-elle exemplaire pour le spectateur d’aujourd’hui ?
Amy Berg : Il y a eu des comparaisons entre mon film et le documentaire sur Amy Winehouse (ndr : Amy au festival de Cannes 2015, en salles le 8 juillet dernier, favori pour l'Oscar du meilleur documentaire) parce qu’il s’agit de deux femmes chanteuses très populaires et mortes à peu près de la même façon au même âge. C’est très différent pour Amy Winehouse qui a eu un rapport terrible avec la célébrité, elle détestait la façon d’être traquée par les médias, et elle a foiré plein de concerts. Pour Janis Joplin c’est très différent, elle aimait vraiment chanter en concert, la scène c’était communiquer avec ses fans, elle appréciait les choses bénéfiques de la célébrité. Janis c’était une tout autre génération où ce qui était souhaitable pour une femme à cette époque était par exemple de devenir une institutrice, une femme au foyer, fonder une famille, mais pas du tout chanteuse. En fait la célébrité et devenir une star était un moyen de faire accepter ce choix de vie dans la musique. A l’époque de Janis la célébrité était presque une nécessité, comme pour obtenir confirmation de son talent. A notre époque une célébrité surexposée comme Amy c’est plutôt un fardeau. Depuis les années 60 c’est Janis Joplin qui a planté un drapeau dans le monde de la musique pour les femmes. Elle a ouvert la porte pour d’autres chanteuses fortes et indépendantes qui allaient arriver après : Pink, Courtney Love, Linda Perry, Juliette Lewis, Amy Winehouse, Lana Del Rey… Janis Joplin est devenue autant un symbole féministe qu’une légende musicale.

Varda/Cuba/Cinéma : vous avez (dix) rendez-vous avec Agnès Varda

Posté par MpM, le 11 décembre 2015

Varda / Cuba

Dans le cadre de l'exposition de photographies Varda / Cuba qui se tient au Centre Georges Pompidou jusqu'au 1er février 2016, les Cinémas du musée proposent 10 rendez-vous autour de la cinéaste Agnès Varda. L'occasion d'évoquer son rapport à la photographie à travers sa filmographie et des films qu'elle présentera elle-même jusqu'au 20 décembre.

Les spectateurs pourront ainsi (re)découvrir les documentaires Ulysse, Ydessa, les ours et etc., Agnès de ci de là Varda de la réalisatrice, ainsi que des films choisis par ses soins comme De Cierta Manera de la cinéaste cubaine Sara Gómez (inédit à ce jour), Fraise et chocolat de Tomas Gutierrez Alea et El Otro Cristobal d'Armand Gatti.

Par ailleurs, la série "Une minute pour une image", imaginée par Agnès Varda au début des années 80, sera diffusée pour la première fois en intégralité (un "album imaginaire" réunissant plusieurs "minutes" avant chaque projection).

Le cycle commence ce vendredi 11 décembre à 20h avec Salut les Cubains, un documentaire réalisé par Agnès Varda, et projeté en sa présence.

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Varda/Cuba/cinéma
Cinémas du Centre Pompidou
Du 11 au 20 décembre
Informations et horaires

Arras 2015 : Daniel et Emmanuel Leconte pour L’humour à mort

Posté par MpM, le 11 novembre 2015

Moins d'un an après les événements meurtriers de janvier 2015, le réalisateur Daniel Leconte (C'est dur d'être aimé par des cons) et son fils Emmanuel présentent à Arras un documentaire réalisé dans l'urgence pour donner la parole aux survivants de l'attaque contre Charlie Hebdo et témoigner de la mobilisation populaire qui a suivi.

Mêlant témoignages, reportages et analyses a posteriori, le film n'apprendra pas grand chose à ceux qui connaissaient bien Charlie Hebdo, et notamment la fameuse "affaire" des caricatures danoises. Il offre toutefois une catharsis salutaire et un hommage touchant aux disparus. Les interventions d'Elisabeth Badinter et de Soufiane Zitouni insufflent un début de réflexion sur les conséquences sociétales de cette série d'attentats commis entre le 7 et le 9 janvier 2015.

Réalisé à chaud, et donc en pleine émotion, le film en appelle d'une certaine manière d'autres pour prendre la mesure (encore difficile et douloureuse) de ce qui a changé depuis. Mais, comme le soulignent à raison les réalisateurs, il était nécessaire d'enregistrer en temps réel ces premières semaines ayant suivi la succession de drames, afin d'en immortaliser l'extrême singularité.

Les nominations des European Film Awards: The Lobster, Mustang et des béliers

Posté par vincy, le 7 novembre 2015

the lobster

Pour une fois les European Film Awards sont moins nordiques et même moins orientaux. Le cinéma britannique et la production française sont les grands gagnants des nominations 28e European Film Awards, révélées au Festival de Séville ce samedi 7 novembre et qui seront remis à Berlin le 12 décembre.
On notera aussi que le Festival de Cannes reste le grand pourvoyeur de nominations de l'année. Même si la Palme d'or, Dheepan, a été complètement snobée une fois de plus (après avoir été recalé des Oscars).
Côté français, de Vincent Lindon à Mustang (y compris en meilleur film), en passant par La famille Bélier, tout le spectre de la production est représenté. Mais on notera que dans les catégories "reines", avec Moretti et Sorrentino, le cinéma italien marque plus de points. Evidemment, si on prend en compte le financement de tous ces films, la France est omniprésente dans chacune des catégories...
Mais c'est bien le cinéma britannique qui domine la liste cette année, de l'animation au documentaire en passant par les comédiens. The Lobster, prix du jury à Cannes et film le plus nominé aux British Film Independent Awards cette année, truste la plupart des catégories avec quatre nominations, soit une de moins que Youth, qui part favori. On notera, par mauvais esprit évidemment, qu'entre le homard, les béliers, le pigeon et un mustang, l'animal est au coeur de la liste...

Film européen: Un pigeon perché sur une branche..., Mustang, Béliers, The Lobster, Victoria, Youth
Réalisateur: Roy Anderson (Un pigeon perché sur une branche...), Yorgos Lanthimos (The Lobster), Nanni Moretti (Mia Madre), Sebastien Schipper (Victoria), Paolo Sorrentino (Youth), Ma?gorzata Szumowska (Body)
Actrice: Margherita Buy (Mia Madre), Laia Costa (Victoria), Charlotte Rampling (45 Years), Alicia Vikander (Ex-Machina), Rachel Weisz (Youth)
Acteur: Michael Caine (Youth), Tom Courtenay (45 Years), Colin Farrell (The Lobster), Christian Friedel (13 Minutes), Vincent Lindon (La loi du marché)
Comédie: Un pigeon perché sur une branche..., La famille Bélier, Le tout nouveau testament
Animation: Adama, Shaun le mouton, Le chant de la mer
Documentaire: A Syrian Love Story, Amy, Dancing with Maria, The Look of Silence, Toto and his Sisters
Prix Fipresci de la découverte: Summer Downstairs, Goodnight Mommy, Slow West, Mustang, Limbo
Scénariste: Roy Andersson (Un pigeon perché sur une branche...), Andrew Haigh (45 Years), Radu Jude et Florin Lazarescu (Aferim!), Alex Garland (Ex-Machina), Yorgos Lanthimos et Efthimis Filippou (The Lobster), Paolo Sorrentino (Youth)

Du cinéma au (nouveau) Musée de l’Homme

Posté par vincy, le 20 octobre 2015

Le Musée de l'Homme a rouvert samedi 17 octobre, Place du Trocadéro à Paris. De nos origines à notre futur, l'évolution s'expose au fil des crânes et squelettes, des objets préhistoriques ou plus modernes (y compris des figurines de héros Marvel pour illustrer l'homme futur), de vidéos interactives et de cartels pédagogiques qui démontrent que l'Homme est unique et divers. Ici, point de dinos reconstitués par l'ADN ou d'anachroniques voyages dans le temps: tout est basé sur des connaissances scientifiques actuelles, prêtes à être revues et corrigées au fil des découvertes.

C'est splendide et on est très loin de l'ancien Musée que l'on peut voir dans la séquence d'ouverture de L'Homme de Rio : un vieux musée un peu sombre, poussiéreux, où un conservateur orchestre le vol d'une statuette maltèque c'est-à-dire amérindienne (et au passage un de ses sbires tue un gardien).

De cinéma il en sera aussi question du 6 novembre au 6 décembre avec le 34e Festival International Jean Rouch. L'entrée est libre et gratuite. Un Festival de cinéma ethnographique qui se déroulera dans l'Auditorium Jean Rouch, flambant neuf. Ce lieu emblématique du premier Musée de l'Homme (1938) a été entièrement rénové dans son emplacement d'origine. Il dispose de 152 places.

Le Festival est un véritable festival, avec ses jurys et ses prix, mais aussi sa master classe - Gueorgui Balabanov, cinéaste franco-bulgare, qui présentera son dernier film Le dossier Petrov sur les crimes commis par d'anciens communistes dans la Bulgarie des années 90 - et sa compétition internationale, projetée du 7 au 13 novembre.

La variété des sujets des films permettra d'avoir une vision large de l'humain. Peuples autochtones, ouvriers d'une manufacture de coton africaine, agriculteurs chinois, adolescents du Lesotho, jeunes Rwandais post-génocide, musiciens crétois, habitants de bidovilles franciliens, jeune vietnamien se sentant femme, rescapés du conflit péruvien, pécheurs indiens, habitants divisés par une frontière, premier afro-américain des Etats-Unis, insulaire de Lampedusa, grand mère colombienne, ... ce sont 24 films documentaires qui sont présentés.

La remise des prix sera parrainée par Jean-Claude Carrière.

Par ailleurs, avec l'Inalco, un cycle spécial sera consacré à Taïwan. Et les 5 et 6 décembre, un cycle de séances spéciales seront consacrées à la naissance et la (re)connaissance du cinéma ethnographique, où l'on pourra voir quelques raretés signées Sergueï Eisenstein, Luis Bunuel, Yannick Bellon et bien entendu Jean Rouch.

Parallèlement au Festival de cinéma ethnographique, le Musée accueillera une séance spéciale, "Images du changement climatique et du changement global" le 28 novembre.

Le Festival international Jean Rouch a existé de 1982 à 2009, date de fermeture de l'ancien musée. Avec cette 34e édition, il célèbre les 60 ans du Comité du film ethnographique Jean Rouch.

81 films dans la course pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère

Posté par vincy, le 9 octobre 2015

oscars81 pays (deux de moins que l'an dernier) sont en course pour l'Oscar du meilleur film en langue étrangère.
Pour la première fois, le Paraguay présente un film.
La Chine a changé de candidat. Initialement ce devait être Le dernier Loup de Jean-Jacques Annaud.
Peu de grands pays sont absents. Le Nigéria a annoncé qu'il n'avait pas de candidat correspondant aux critères qualitatifs "pour gagner". L'Ukraine a un souci administratif et a demandé un délai pour soumettre leur candidat.

La 88e cérémonie des Oscars aura lieu le 28 février 2016. Les nominations seront annoncées le 14 janvier.

Voici la liste complète fournie par l'Académie.

Afrique

Afrique du sud: Thina Sobabili: The Two of Us, d'Ernest Nkosi (premier film)
Algérie: Crépuscule des ombres, de Mohamed Lakhdar Hamina
Côte d'Ivoire: Run, de Philippe Lacôte (Un certain regard 2014)
Ethiopie: Lamb, d'Yared Zeleke (Un certain regard 2015)
Maroc: Aida, de Driss Mrini

Amériques

Argentine: El Clan, de Pablo Trapero (Ours d'argent de la mise en scène, Venise 2015)
Brésil: Une seconde mère, d'Anna Muylaert (Prix du public section Panorama Berlin 2015, Prix spécial du jury Sundance 2015)
Canada: Félix et Meira, de Maxime Giroux (Toronto 2014, San Sebastian 2014)
Chili: El Club, de Pablo Larraín (Grand prix du jury Berlin 2015)
Colombie: L'étreinte du Serpent, de Ciro Guerra (Prix CICAE, Semaine de la critique 2015)
Costa Rica: Presos (Imprisoned), d'Esteban Ramírez
Guatemala: Ixcanul, de Jayro Bustamante (Prix Alfred Bauer Berlin 2015)
Mexico: 600 Miles, de Gabriel Ripstein (Prix du meilleur premier film Berlin 2015)
Paraguay: El tiempo nublado (Cloudy Times), d'Arami Ullón (documentaire)
Pérou: NN, d'Héctor Gálvez
République Dominicaine: Les dollars des sables, de Laura Amelia Guzmán, Israel Cárdenas
Uruguay: Una noche sin luna (A Moonless Night), de Germán Tejeira (Meilleur film étranger Zurich 2014)
Venezuela: Dauna. Lo que lleva el río (Gone with the River), de Mario Crespo

Asie

Afghanistan: Utopia, d'Hassan Nazer
Bangladesh: Jalal’s Story, d'Abu Shahed Emon (Pusan 2014)
Cambodge: The Last Reel, de Sotho Kulikar (Tokyo 2014)
Chine: Go Away Mr. Tumor, de Han Yan
Corée du sud: Sado (The Throne) de Lee Joon-ik
Hong Kong: Po Feng (To the Fore), de Dante Lam
Inde: Court de Chaitanya Tamhane (Prix Luigi de Laurentis du premier film, Prix Orizzonti du meilleur film, Venise 2014)
Irak: Memories on Stone, de Shawkat Amin Korki (Meilleur film arabe Abu Dhabi 2014)
Iran: Muhammad: The Messenger of God, de Majid Majidi
Israel: Baba Joon, d'Yuval Delshad (5 "Oscars" israéliens, dont meilleur film, Toronto 2015)
Japon: Hyakuen no koi (100 Yen Love), de Masaharu Take (Tokyo 2014)
Jordanie: Theeb, de Naji Abu Nowar (Prix FIPRESCI Abu Dhabi 2014, Meilleur réalisateur Orizzonti Venise 2014)
Kazakhstan: Stranger, d'Ermek Tursunov (Toronto 2015)
Kirghizistan: Sutak (Heavenly Nomadic), de Mirlan Abdykalykov (Karlovy Vary 2015)
Liban: Void, de Naji Bechara, Jad Beyrouthy, Zeina Makki, Tarek Korkomaz, Christelle Ighniades, Maria Abdel Karim, Salim Haber
Malaisie: Men Who Save the World, de Liew Seng Tat (Locarno 2014)
Nepal: Talakjung vs Tulke, de Basnet Nischal
Pakistan: Moor, de Jami (Pusan 2015)
Palestine: Les 18 fugitives, d'Amer Shomali, Paul Cowan (documentaire animé, Meilleur film documentaire arabe Abu Dhabi 2014)
Philippines: Heneral Luna, de Jerrold Tarog
Singapour: 7 Letters, de Royston Tan, Kelvin Tong, Eric Khoo, Jack Neo, Tan Pin Pin, Boo Junfeng, K. Rajagopal (Pusan 2015)
Taiwan: The Assassin, d'Hou Hsiao-hsien (Prix de la mise en scène Cannes 2015)
Thaïlande: How to Win at Checkers (Every Time), de Josh Kim (premier film)
Turquie: Sivas, de Kaan Müjdeci (Prix spécial du jury, Venise 2014)
Vietnam: Jackpot, de Dustin Nguyen

Europe

Albanie: Bota, d'Iris Elezi, Thomas Logoreci (Karlovy Vary 2014)
Allemagne: Le Labyrinthe du silence, de Giulio Ricciarelli (Prix du public Les Arcs 2014)
Autriche: Goodnight Mommy, de Veronika Franz, Severin Fiala (Venise 2014, Grand prix Sitges 2014)
Belgique: Le tout nouveau Testament, de Jaco Van Dormael (Quinzaine des réalisateurs 2015)
Bosnie-Herzegovine: Our Everyday Story, d'Ines Tanovic (Montréal 2015)
Bulgarie: The Judgment, de Stephan Komandarev
Croatie: Soleil de plomb, de Dalibor Matanic (Prix du jury Un certain regard 2015)
Danemark: A War, de Tobias Lindholm (Venise 2015, Zurich 2015)
Espagne: Loreak (Flowers), de Jon Garaño, Jose Mari Goenaga (San Sebastian 2014)
Estonie: 1944, d'Elmo Nüganen (Berlin 2015)
Finlande: The Fencer, de Klaus Härö (Munich 2015)
France: Mustang, de Deniz Gamze Ergüven (lire aussi Pourquoi Mustang est un très bon choix pour les Oscars 2016)
Géorgie: Moira de Levan Tutberidze (San Sebastian 2015)
Grèce: Xenia, de Panos H. Koutras (Un certain regard 2014)
Hongrie: Le fils de Saul, de László Nemes (Grand prix du jury Cannes 2015)
Irlande: Viva, de Paddy Breathnach (Telluride 2015)
Islande: Rams (Béliers), de Grímur Hákonarson (Prix Un certain regard 2015)
Italie: Non essere cattivo (Don’t Be Bad), de Claudio Caligari (7 prix à Venise 2015)
Kosovo: Babai, de Visar Morina (Meilleur réalisateur Karlovy Vary 2015)
Lettonie: Modris, de Juris Kursietis (San Sebastian 2014, Toronto 2014)
Lituanie: Summer, d'Alanté Kavaïté (meilleur réalisation Sundance 2015)
Luxembourg: Baby (A)lone, de Donato Rotunno
Macédoine: Honey Night, d'Ivo Trajkov
Montenegro: You Carry Me, de Ivona Juka (Karlovy Vary 2015)
Norvège: The Wave (La Vague), de Roar Uthaug (Toronto 2015)
Pays-Bas: The Paradise Suite, de Joost van Ginkel (Toronto 2015)
Pologne: 11 Minutes, de Jerzy Skolimowski (Venise 2015)
Portugal: Les 1001 nuits – Volume 2: le désolé, de Miguel Gomes (Quinzaine des réalisateurs 2015, Meilleur film Sydney 2015)
République Tchèque: Home Care, de Slavek Horak (Karlovy Vary 2015)
Royaume Uni: Under Milk Wood, de Kevin Allen (Edimbourg 2015)
Roumanie: Aferim!, de Radu Jude (Meilleur réalisateur Berlin 2015)
Russie: Sunstroke, de Nikita Mikhalkov (Shanghai 2015)
Serbie: Enclave, de Goran Radovanovic (Prix du public Moscou 2015)
Slovaquie: Koza (Goat), d'Ivan Ostrochovský (Berlin 2015)
Slovénie: The Tree, de Sonja Prosenc (Karlovy Vary 2014)
Suède: Un pigeon sur une branche philosophait sur l'existence, de Roy Andersson (Lion d'or Venise 2014)
Suisse: Iraqi Odyssey, de Samir (documentaire, Abu Dhabi 2014, Berlin 2015)

Océanie

Australie: Arrows of the Thunder Dragon, de Greg Sneddon

Chantal Akerman (1950-2015) déménage là-bas…

Posté par vincy, le 6 octobre 2015

Libération a annoncé ce mardi 6 octobre le décès de la cinéaste belge Chantal Akerman à l'âge de 65 ans. Elle a mis fin à ses jours.

Réalisatrice prolifique, mélangeant humour décalé, écriture du nouveau roman, cadrage épuré et art plastique, Chantal Ackerman filmait avec rigueur et exigence des histoires cérébrales et tendres. Souffrant d'une sale réputation, on la disait soupe au lait et arrogante, elle refusait la langue de bois, se méfiait de la diplomatie et de la courtoisie hypocrite. Froide? sans doute. Chaleureuse aussi. Au point souvent de se sentir trahie quand la fidélité et l'amitié étaient blessées sur l'autel des compromis.

Issue d'une famille de juifs originaires d'Europe centrale venue s'installer en Belgique dans les années 30 (sa mère a survécu aux camps de concentration), Chantal Akerman a réalisé près de 50 films.

Née en 1950 à Bruxelles, elle avait soif de cinéma, quitte à plaquer le lycée puis l'Insass (la Fémis belge) avant leur terme. Chantal Akerman réalise son premier court-métrage à 18 ans, Saute ma ville, où elle se suicide en se faisant exploser. Prémonitoire? La fin de son premier film, allégorie de sa propre fin. Tout est déjà dit, montré. C'est Pierrot le fou, le film qui l'a conduite à son métier, muée en folie Ackerman. D'un naturel dépressif, trop perfectionniste, enragée de l'intérieure, la jeune femme trouvera à New York de quoi l'apaiser, même si, elle l'avouera plus tard, elle ne sera jamais apaisée. En 1974, dans Je tu il elle, la féministe se filme dans une scène lesbienne sublime. La séquence est encore une référence...

En 1975, elle tourne Jeanne Dielman, 23 quai du commerce, 1080 Bruxelles, avec Delphine Seyrig. L'histoire d'une jeune veuve qui influencera Gus van Sant et Todd Haynes. Elle filme sans chichis, de manière frontale le quotidien, la routine, les rites comme personne, en étirant le temps jusqu'à faire exploser la soupape. 3h45 de cinéma. Il y a une part de tragédie dans chacune de ses oeuvres. Dans celle-ci tout y est: la prostitution subie, la souffrance dans laquelle on se complaît, le plaisir impossible, l'orgasme dévorant... Marguerite Duras a dit "Cette femme est folle" en parlant du personnage.

Le désordre mental de ses personnages illustre aussi l'éclectisme et l'éclatement d'une filmographie sans ordre. "Je pense que j'ai de la chance d'être là et je ne vais pas cracher sur la vie. Mieux je me porte, mieux je travaille" expliquait-elle dans Libération il y a deux ans. Entre cinéma expérimental et tentatives de comédies décalées, fictions quasi documentaires et documentaires presque romancés, elle aborde tout, de la danse (Pina Bausch avec Un jour Pina m'a demandé) à la comédie musicale (Golden Eighties, fortement influencée par Jacques Demy).

Full sentimentale

A partir des années 1990, le cinéma de Chantal Akerman gagne en notoriété. Malgré son tournage désastreux, elle réussit à finir Un divan à New York, avec Juliette Binoche et William Hurt. La Captive, adaptation de La prisonnière de Marcel Proust, avec Stanislas Mehrar et Sylvie Testud, est sans doute la plus belle histoire d'amour qu'elle ait filmée. Toujours avec Testud et aussi Aurore Clément et Jean-Pierre Marielle, elle s'essaye à la fantaisie avec Demain on déménage, meilleur film francophone aux prix Lumière. La psychanalyse imprègne toutes ses histoires. En 2012 elle continue d'explorer les névroses sentimentales avec La folie Almayer, d'après le roman éponyme de Joseph Conrad, où elle retrouve Mehrar. On peut aussi citer Histoires d'Amérique (en compétition à Berlin en 1989), quête de l'identité juive de la cinéaste, et Nuit et jour (en compétition à Venise en 1991), histoire d'un triangle amoureux où Julie passe ses nuits avec Joseph et ses journées avec Jack.

Toujours enquête de formalisme, toujours à fouiller les angoisses des mères ou des couples, Akerman cherchait l'image parfaite pour traduire le vide existentiel, la tristesse de la solitude, l'humour comme rempart à la mélancolie et surtout à comprendre les liens entre le sexe et l'argent, l'amour et la matière. L'espace et le temps font le reste: ils sont là pour exprimer l'ennui. Elle a étendu son art aux installations contemporaines, plasticiennes.

Pour le réel, elle préférait le documentaire: les émigrants mexicains dans De l'autre côté, la vie en Europe de l'Est au moment de la chute du bloc soviétique dans D'Est, New York dans News from Home, sa mère dans No Home Movie, présenté à Locarno en août dernier, Là-bas, nommé aux Césars, sur Israël.

Captive de ses troubles, Chantal Akerman essayait de regarder la réalité en face, de comprendre ce qui poussait les gens non pas dans la folie mais dans les territoires dangereux où la raison pouvait se perdre.