Julianne Moore et Ellen Page dans un Philadelphia au féminin

Posté par vincy, le 22 août 2014

julianne moore ellen page
Freeheld va réunir Julianne Moore, primée cette année à Cannes pour son interprétation dans Maps to the Stars, Ellen Page, Zach Galifianakis et Michael Shannon, selon les informations de Screen International. Ce drame réalisé par Peter Sollett (Une nuit à New York) a été écrit par le scénariste de Philadelphia, qui a valu un Oscar à Tom Hanks, Ron Nysmaner.

Adapté d'une histoire vraie, le film sera en tournage dans quelques jours.

Ellen Page sera Stacie Andree, garagiste du New Jersey, en couple avec Julianne Moore, dans le rôle de Laurel Hester, inspectrice de police. Cette dernière apprend qu'elle est condamnée par la maladie et va se battre pour que son amie puisse bénéficier de sa pension de retraite, comme dans n'importe quel couple. Michael Shannon incarnera le partenaire professionnel de Laurel Hester et Zach Galifianakis interprètera un militant des droits gays et fondateur d'une compagnie d'assurance.

Freeheld avait déjà fait l'objet d'un court métrage documentaire, réalisé par Cynthia Wade, qui avait reçu l'Oscar dans sa catégorie en 2008.

Deux prix Goncourt derrière la caméra

Posté par vincy, le 17 août 2014

prix goncourtDeux prix Goncourt s'apprêtent à tourner un film dans les prochains mois.

Pour Jonathan Littell, ce sera une première fois. Prix Goncourt en 2006 pour son épais roman Les bienveillantes, le romancier se lance dans un long métrage documentaire, L'ennemi invisible. Le film sera une enquête sur les exactions commises en Ouganda, aux confins de la jungle impénétrable du Congo et de la Centrafrique, entre la fin des années 80 et 2006. Le tournage est prévu pour décembre, produit par Veilleur de Nuit production et distribué par Le Pacte. Il a obtenu l'avance sur recettes.

Atiq Rahimi, prix Goncourt 2008 pour Syngué sabour. Pierre de patience, qu'il a lui même transposé au cinéma en 2013, ce sera son troisième long métrage (il avait aussi réalisé Terres et Cendres d'après son propre roman en 2004). Cette fois-ci, il réalisera un film dont il n'est pas l'auteur. Avec Jean-Claude Carrière, avec qui il avait déjà scénarisé Syngué Sabour, ils adaptent la nouvelle indienne Kabuliwala de Rabindranath Tagore, Prix Nobel de littérature en 1913. L'histoire a déjà été portée sur grand écran, en 1957 par Tapan Sinha, en 1961 par Hemen Gupta et en 1993 par Siddique-Lal. Le film sera une version moderne, en anglais, hindi et persan, tourné pà Calcultta. Le Pacte, là encore, distribuera le long métrage de cette co-production franc-allemano-italienne.

8 films à ne pas manquer pour la Fête du cinéma

Posté par vincy, le 28 juin 2014

fête du cinéma 2014Oui, il y a les huitièmes de finale de la Coupe du monde. Oui, il devrait refaire très beau dès lundi. Oui, il faut déjà préparer ses vacances. Oui, il n'y a aucun bon blockbuster dans les salles. Mais ce n'est pas une raison pour sécher la Fête du cinéma.
Du dimanche 29 juin au mercredi 2 juillet, c'est 3€50 la séance.
C'est l'occasion pour découvrir / rattraper des films que vous n'auriez peut-être pas vu au tarif ordinaire.

Bird People. Parce que le nouveau film de Pascale Ferran est étrange et nous hante durablement. Regards sur l'ultra-moderne solitude de nos vies en mixant surréalisme, cartoon, mélo et réalité sociale.

Black Coal. Parce que ce film chinois a remporté l'Ours d'or à Berlin mais surtout ce film noir esthétique révèle une réalité sociale très sombre. Une tragédie moderne envoûtante.

Con la pata quebrada. Parce qu'il est toujours intéressant de montrer que le cinéma (espagnol ici) n'a pas toujours été tendre avec le genre féminin. Magistral et passionnant.

Le conte de la princesse Kaguya. Parce que c'est le grand retour d'Isao Takahata, maître de l'animation japonaise. Délicat et poétique, un joyau des studios Ghibli.

Les poings contre les murs. Parce que c'est un film coup de poing mais surtout un film de genre - la prison - comme vous en avez rarement vu, avec un Jack O'Connell ultra-sexy en bonus.

Palo Alto. Parce que c'est Gia Coppola est la digne héritière de son clan mais ça ne suffit pas : une histoire signée James Franco, Emma Roberts toute en justesse, une chronique de jeunesse subtile.

Under the Skin. Parce que Scarlett Johansson y est sublime mais pas seulement. Noir, glaçant, métaphysique, fascinant : le nouveau film de Jonathan Glazer ne laisse pas indemme.

Xenia. Parce que la Grèce n'est pas qu'une destination de vacances. Original, drôle, universel et surtout politique : homophobie, extrémisme, racisme. Percutant.

Cannes 2014 – Les télex du Marché : Kiyoshi Kurosawa, Catherine Breillat, Gwyneth Paltrow, Jim Jarmusch

Posté par vincy, le 18 mai 2014

marché du film - cannes

- Kiyoshi Kurosawa va tourner en France. Une première pour le cinéaste japonais. Grâce aux Productions Balthazar, il va réaliser La femme de la plaque argentique, avec des comédiens français. Le film, dont le tournage est prévu pour la fin de l'année, est une histoire de fantômes, autour d'un jeune chômeur embauché comme assistant d'un photographe de mode...

- Chemin inverse pour Catherine Breillat qui va aller tourner au Japon en 2015 Bridge of Floating Dreams, son premier film en langue anglaise dont elle n'est pas l'auteur. Il s'agit d'une rencontre sensuelle et charnelle entre un voyageur australien et une japonaise, 20 ans après le bombardement d'Hiroshima.

- Gwyneth Paltrow et Chewitel Ejiofor (12 Years a Slave) vont être réunis dans le remake du film Dans ses yeux, Oscar du meilleur film en langue étrangère en 2009 et énorme succès en Argentine. Le film sera réalisé par Billy Ray (Capitaine Phillips, Hunger Games). Le tournage est prévu cet automne. Paltrow reprendra le rôle de Soledad Villamil et Ejiafor celui de Ricardo Darin.

- Jim Jarmusch, en compétition à Cannes l'an dernier avec Only Lovers Left Alive, sorti en février dans les salles françaises, prépare un documentaire sur le groupe d'Iggy Pop, The Stooges. Ce projet qui lui tient à coeur depuis longtemps retracera l'ensemble de leur carrière et le contexte dans lequel ils ont émergé. Pour l'instant, le projet est en phase de recherche de financements. Et selon les informations de Screen, c'est plutôt bien parti.

Cannes 2014 – Les télex du Marché : Michael Douglas, Michel Hazanavicius, Emma Thompson, Walter Salles…

Posté par redaction, le 17 mai 2014

marché du film - cannes

- Michael Douglas va incarner le président Ronald Reagan dans le film du réalisateur islandais Baltasar Kormakur. Reykjavik se déroule sur fond de guerre froide, au moment où le président américain rencontre le dirigeant soviétique  Mikhaïl Gorbatchev. Tournage cet automne.

- Michel Hazanavicius, qui va présenter son nouveau film The Search mercredi en compétition à Cannes, a annoncé qu'il réaliserait son premier film américain. Will, une comédie produite notamment par Will Farrell mettra en vedette Zach Galifianakis (Very Bad Trip) dans le rôle d'un ange gardien rebelle d'un certain Will. Paul Rudd est pressenti pour le rôle-titre. Tournage pas avant la fin 2015. Hazanavicius projette également de réaliser In the Garden of Beasts, adapté du livre d'Erik Karson, avec Tom Hanks et Natalie Portman au générique..

- Emma Thompson, Daniel Brühl (Good Bye Lenine!, Rush) et Mark Rylance (Intimité, Deux sœurs pour un roi) seront à l'affiche du prochain film de Vincent Perez Alone in Berlin, d'après le roman d'Hans Fallada, Seul à Berlin : l'histoire vraie , au lendemain de la Seconde guerre Mondiale, d'un couple qui se révolte contre le système et provoquent plusieurs actes de résistance après avoir appris la mort de leur unique enfant au front.

- Walter Salles (Central do Brasil, Carnets de voyages, Sur la route), parrain de La Fabrique des Cinémas du Monde au Festival de Cannes cette année, travaille actuellement sur un documentaire et sur un livre consacrés au réalisateur et documentariste chinois Jia Zhang-ke, juré de la compétition. En collaboration avec le journaliste Jean-Michel Frodon, le tournage s'est effectué à l'automne dernier et est actuellement en phase de montage.

Le documentariste oscarisé Malik Bendjelloul est mort (1977-2014)

Posté par vincy, le 14 mai 2014

Le réalisateur suédois Malik Bendjelloul, dont le film Searching for Sugar Man avait reçu l'Oscar du meilleur documentaire en 2013, est décédé hier à l'âge de 36 ans, selon l'agence de presse suédoise TT.

Les circonstances et le lieu de sa mort ne sont pas encore connues.

Searching for Sugar Man, Prix du public et prix spécial du jury à Sundance 2012, retraçait la carrière du chanteur américain Rodriguez qui enregistra deux albums dans les années 70 qui furent deux fiascos commerciaux. Il a alors abandonné la musique pour travailler dans le bâtiment. Mais, pendant ce temps là, en Afrique du Sud, à son insu, ses chansons devenaient d'énormes tubes. Deux fans sud-africains sont alors partis à sa recherche, pour finalement le retrouver aux Etats-Unis et le ramener en Afrique du Sud où il fut reçu en héros en 1998. Sugar Man raconte l'histoire de ces deux fans.

Né d'un père algérien et d'une mère suédoise en 1977, Malik Bendjelloul vivait à Stockholm et avait découvert l'existence de Rodriguez lors d'un voyage en Afrique en 2006. Malik Bendjelloul a d'abord été connu comme acteur lorsqu'il était enfant, avec la série suédoise Ebba och Didrik. Il a ensuite étudié le journalisme à l'Université avant de se lancer dans la production de plusieurs documentaires musicaux pour la télévision suédoise.

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Mise à jour 14 mai 12h30. Le réalisateur s'est suicidé. "Je peux confirmer qu'il s'agit d'un suicide et qu'il était déprimé depuis quelques temps", a confié son frère Johar Bendjelloul au quotidien Aftonbladet. "La vie n'est pas toujours facile. Je suis resté auprès de lui tout le temps jusqu'à la fin", a poursuivi M. Bendjelloul, journaliste à la radio publique suédoise, Sveriges Radio.

Cannes 2014 : Gâteries en séances spéciales et hors-compétition

Posté par vincy, le 17 avril 2014

Le 67e Festival de Cannes fêtera deux anniversaires : les 20 ans du Studio Dreamworks et les 70 ans du journal Le Monde. Deux films hors compétition accompagneront ces célébrations.

Hors compétition
Olivier Dahan, Grace de Monaco (ouverture)
Dean DeBlois, Dragons 2 (animation)
Zhang Yimou, Coming home

Séances de minuit
Chang, Pyo Jeok (The Target)
Kristian Levring, The Salvation
David Michod, The Rover

Séances spéciales
Collectif (Aida Begic, Leonardo Di Costanzo, Jean-Luc Godard, Kamen Kalev, Isild Le Besco, Sergei Losnitsa, Vincenzo Marra, Ursula Meier, Vladimir Perisic, Cristi Puiu, Marc Recha, Angela Schanelec, Teresa Villaverde), Les Ponts de Sarajevo
Polski Gabe, Red Army (documentaire)
Yves Jeuland, Les gens du monde (documentaire)
Serguey Losnitsa, Maiden (documentaire)
Oussama Mohammed, Eau argentée (documentaire)
Stéphanie Volloatto, Caricaturistes - fantassins de la démocratie (documentaire)

Cinélatino 2014: Opus Dei ou puzzle, chacun sa passion

Posté par Morgane, le 27 mars 2014

marcela saidDocumentaires ou fictions, films gores ou fantastiques, dans La Muestra de CinéLatino cette année tous les genres sont à l’honneur mais ont tous pour point commun d’avoir été réalisés par des femmes. Pour cette édition, « La Muestra, Femmes de Cinéma » fait un tour d’horizon des regards féminins sud-américains sur le monde contemporain.

Petit coup de projecteur sur deux films, le documentaire Opus Dei, une croisade silencieuse de la chilienne Marcela Said et le premier long-métrage de la réalisatrice argentine Natalia Smirnoff, Puzzle.

Opus Dei, une croisade silencieuse - Marcela Said

Marcela Said est née en 1972 au Chili, juste un an avant le coup d’état du général Pinochet et a vécu sous la dictature militaire jusqu’à ses 24 ans. Elle quitte le Chili pour aller s’installer à New York puis à Paris (pendant 10 ans) où elle étudie à la Sorbonne. Elle réalise quatre documentaires, Valparaiso (1999), I love Pinochet (2001) puis Opus Dei (2006) et El Mocito (2011) avec son mari Jean de Certeau. En 2013 elle réalise son premier long métrage de fiction L’été des poissons volants qui sort en salles en France le 23 avril et qui était présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes l’année dernière.

Dans ce documentaire, Marcela Said ne remonte pas à la fondation (1928) de l’Opus Dei mais au jour où son fondateur, le Père José Maria Escriva, vient faire un séjour de 11 jours au Chili en 1974, quelques semaines après le coup d’état de Pinochet. La réalisatrice s’intéresse donc à ce mouvement, tente, avec une caméra discrète, d’en comprendre les rouages, les fonctionnements, de trouver la faille dans les discours de ses membres. Mais la chose est bien difficile tout étant tellement calculé, la parole comme les actes. Rien n’est affiché au grand jour, tout se fait dans l’ombre. L’Opus Dei est officiellement une organisation pauvre qui oeuvre pour les plus pauvres, mais en réalité elle détient de nombreux lieux plus prestigieux et grandioses les uns que les autres (par exemple l’Université de los Andes et sa très fameuse bibliothèque qui a coûté si chère mais dont les rayons sont loin d’être remplis. Rassurons-nous, un professeur nous certifie face caméra que l’Opus Dei n’exerce aucune censure, elle fait juste des « choix » pour orienter l’éducation de ses membres) et ses comptes sont bien garnis même si tout reste dissimulé. Ses membres surnuméraires sont des familles chiliennes très aisées qui reversent 10% de leur salaire à l’organisation. Quant aux membres numéraires choisis par Dieu, ils font promesse de chasteté et vivent en communauté dans les maisons de l’Opus Dei. Leurs lectures sont contrôlées, la flagellation corporelle est chose courante et le prosélytisme fait partie de leur quotidien.

Mais ce qui intéresse particulièrement Marcela Said n’est pas tant ce qui peut se passer dans la sphère privée des membres de l’Opus Dei mais comment ces derniers peuvent interagir dans la sphère publique, quel pouvoir réel ils exercent au sein du gouvernement chilien et quel pouvoir économique ils détiennent!

Ce documentaire d’une petite heure est le résultat d’un travail de longue haleine réalisé sur cinq années. Difficile d’obtenir l’accès aux membres de l’organisation, de se faire ouvrir les portes et tous ceux qui apparaissent à l’écran sont des personnes autorisées par le service de communication de l’Opus Dei à rencontrer Marcela Said. Et le résultat est devant nous, en images; un documentaire fort et poignant qui parait parfois absurde par les dires des membres qui seraient presque comiques s’ils n’étaient pas si réels et si puissants.

Puzzle - Natalia Smirnoff

Natalia Smirnoff est une réalisatrice argentine née elle aussi en 1972. En 2009 elle réalise son premier long-métrage de fiction Puzzle qui remporte l’aide Cinéma en Construction de Cinélatino. Cette année, elle présente également son deuxième long-métrage qui est en compétition, El cerrajero.

Puzzle, prix du meilleur premier film en Argentine, plonge dans la vie d’une femme de milieu modeste qui vient de souffler ses 50 bougies. Entourée de son mari et de ses deux garçons, grands adolescents, elle est femme au foyer, s’occupe de tout et manque cruellement de reconnaissance de la part de ses trois hommes. Elle va alors se réfugier dans une nouvelle passion, les puzzles!

Le titre original Rompecabezas, littéralement « casse-têtes », montre bien le côté prenant et obsédant qu’exerce le puzzle sur cette femme. Mais Maria del Carmen aborde cette nouvelle passion de manière très légère… C’est tout d’abord pour elle une chose dans laquelle elle va se révéler, se redécouvrir et pouvoir se retrouver malgré les incompréhensions qui l’entourent, notamment de la part de son mari.

Alors comme ça, sur le papier, un film sur une femme de 50 ans qui se découvre une passion pour les puzzles, ça ne fait pas forcément rêver. Eh bien, détrompons-nous! Car bien sûr derrière c’est tout autre chose qui est abordé, le rôle de la femme à la maison, la liberté intérieure, la place de l’inutile dans une société où tout est consommation et rapidité… Lorsque le générique apparait sur l’écran, on est surpris et on en redemande.

Premier long-métrage de la réalisatrice, celui-ci ne souffre quasiment d’aucune maladresse. On s’identifie très bien à cette femme, même si dans la réalité, on s’en sent très éloigné. La caméra glisse sur elle, tourne autour d’elle, délivre peu à peu la féminité qu’elle retrouve à petits pas, révèle la confiance en elle qu’elle réapprend et filme aussi, tout en subtilité, cette femme qui en se retrouvant semble échapper petit à petit à son quotidien qui ne lui appartenait plus pour s’en créer un nouveau dans lequel elle se place au milieu. Un film sur une redécouverte, une sorte de renaissance qui, comme l’a dit un spectateur à l’issue de la projection « est un moment de grand bonheur. »

Ceuta, douce prison : le paradoxe inhumain

Posté par MpM, le 28 janvier 2014

ceutaUne ville baignée de soleil. La mer à deux pas. Une poignée de jeunes gens qui arpentent inlassablement les chemins de terre. Jonathan Millet et Loïc H. Rechi ont posé leur caméra à Ceuta, enclave espagnole au Nord du Maroc, coincée entre la Méditerranée et un mur de six mètres de hauteur, pour donner la parole et suivre ceux qui vivent là, enfermés dans cette prison à ciel ouvert qui sert de zone tampon entre l'Afrique et l'Europe.

Ils s'appellent Simon, Marius, Iqbal, Guy et Nur. Ils viennent du Cameroun, d'Inde ou de Somalie. Ils font partie du millier de migrants qui errent dans cette zone de 18km2 où il n'y a rien à faire, en attente d'une décision de justice qui les renvoie chez eux, ou au contraire leur octroie le précieux laissez-passer pour l'Europe.

Les réalisateurs les suivent dans leur quotidien répétitif hors du centre d'accueil : dans la rue où ils lavent les voitures pour quelques centimes, sur les parkings où ils guident les automobilistes, à la sortie des supermarchés où ils aident les clients à pousser leurs caddies trop remplis, mais aussi dans l'ennui de journées qui n'en finissent plus et au cours des conversations interminables sur le passé et l'avenir. Le passé, ce sont ces parcours terribles qui les ont menés jusqu'aux portes de l'Europe et dont on comprend qu'ils ne se remettront jamais. L'avenir, c'est le jour hypothétique, dans un mois ou dans cinq ans, où ils quitteront enfin Ceuta pour reprendre le cours de leur vie, que ce soit en Europe ou de retour chez eux.

Quelques scènes apportent un éclairage poignant sur leur situation, notamment lorsqu'ils se chamaillent pour se répartir les rares opportunités de travail, lorsqu'ils se racontent en boucle leur périple (terrifiant) à travers l'Afrique ou quand ils passent en revue les maigres chances qui s'offrent à eux. Il faut en effet savoir qu'une fois à Ceuta, les migrants n'ont plus aucune prise sur leur sort. Soit ils font une demande d'asile, avec le risque d'être déboutés et renvoyés d'où ils viennent, soit ils attendent que les autorités décident (plus ou moins arbitrairement) de les renvoyer ou de les libérer. Dans les deux cas, les instances décisionnelles ne sont soumises à aucun délai. Certains migrants attendent plusieurs années avant qu'on statue sur leur sort. D'autres sont expulsés soudainement. Tous survivent comme ils peuvent dans une ville qui n'a rien à leur offrir.

Ceuta, douce prison met en scène avec beaucoup de pudeur ce drame humain comme il y en a désormais dans tant de régions d'Europe, symbole terrifiant de la fermeture progressive du continent. On est avec eux dans un présent comme suspendu qui devient de plus en plus anxiogène et révoltant au fur et à mesure du récit. Bien que le film ne prenne jamais parti, l'incompréhension est grande face à un système qui broie aussi nonchalamment ses forces vives. Par peur et par paresse, ce sont des milliers d'êtres humains qui sont sacrifiés sur l'autel du protectionnisme frileux et de règles obscures qui ne prennent jamais en compte le simple facteur humain.

Toutefois, en laissant pleinement la parole à leurs personnages, les réalisateurs se font certes l'écho de leur détresse, mais aussi de leurs espoirs et de leur envie de vivre. Lorsqu'enfin l'un d'entre eux obtient son laissez-passer vers l'Europe, ils filment ainsi comme un ballet joyeux et spontané les félicitations et les congratulations dont il devient l'objet. C'est cette séquence, parmi toutes, que l'on gardera en mémoire, pour ne pas laisser l'indifférence et le désespoir gagner complétement la partie.

Un documentaire inédit d’Hitchcock sur les Camps de concentration va enfin être diffusé

Posté par vincy, le 11 janvier 2014

alfred hitchcockUn documentaire sur l'holocauste d'Alfred Hitchcock, réalisé en 1945, va être projeté pour la première fois, après avoir été restauré par l'Imperial War Museum. Pour des raisons politiques, jamais personne n'a pu voir ce film tel que le cinéaste l'avait voulu.

A la fin de la guerre, Hitchcock reçoit une commande singulière : on lui demande de faire le montage de prises de vues réalisées par un caméraman de l'armée britannique. Il s'agit de la libération du camp de concentration de Bergen-Belsen (Allemagne). Hitchcock s'exécute et livre un film montrant les atrocités que les Nazis ont fait subir dans le camp. Pour les Britanniques, il s'agissait de montrer ce film aux Allemands, afin de les informer et les éduquer sur les crimes commis pendant la guerre. Une arme pédagogique et politique pour qu'ils se sentent responsables.

Finalement, le film ne fut jamais diffusé. D'une part, les Britanniques ne souhaitaient plus le montrer, considérant que ce genre de films n'aiderait pas à la reconstruction après-guerre et à la réconciliation avec l'Allemagne. D'autre part, Hitchcock aurait été terrifié par les images et n'aurait pas souhaité sa projection. Le caméraman qui avait filmé les images aurait rapporté, selon The Independent, que le Maître du suspens était si traumatisé par ce qu'il voyait qu'il n'avait pas mis les pieds au studio Pinewood durant une semaine.

Cinq des six bobines furent entreposées à l'Imperial War Museum et ne furent redécouvertes que dans les années 80, après la mort du cinéaste.

En 1984, le Festival de Berlin a projeté une version incomplète du documentaire, avec une bobine en moins et une qualité d'image très médiocre. La narration avait été écrite par un politicien anglais et un journaliste australien. La voix était celle du grand acteur Trevor Howard. L'acteur venait d'être révélé au grand public avec l'un des premiers films de sa carrière, Brève rencontre de David Lean. On donna un titre au documentaire, Memory of the Camps. En 1985, le réseau télévisé public américain, PBS, le montra dans sa version berlinoise.

30 ans plus tard, le public va pouvoir découvrir le film intégral, avec une copie restaurée numériquement. Il sera diffusé sur la BBC en 2015, à l'occasion de la célébration de la fin de la seconde guerre mondiale. D'ici là, il devrait faire le tour des festivals de Cinéma, et pourquoi pas l'objet d'une sortie en salles dans plusieurs pays.

De l'avis de ceux qui l'ont vu, les images sont choquantes et le film horriblement dérangeant. La mémoire et la vérité historiques ne souffrent d'aucun compromis. Ouvrir les yeux plutôt que de se mettre des oeillères. Ce testament "politique" d'Hitchcock devrait faire l'événement dans les prochains mois.