Neuf films visent le prix Louis-Delluc 2017

Posté par vincy, le 22 novembre 2017

Le jury du Prix Louis-Delluc devra choisir le lauréat, qui sera révélé le 15 décembre, parmi les neuf films sélectionnés.

Deux documentaires, plusieurs films sélectionnés à Cannes et quelques surprises composent cette liste. A noter que seul Arnaud Desplechin l'a déjà reçu parmi tous les nommés.

Pour le Prix Louis-Delluc du premier film, six longs métrages et quasiment un "strike" cannois" (4 sur 6), ont été retenus.

Albi 2017 : les œillades mettent les jeunes réalisatrices à l’honneur

Posté par MpM, le 18 novembre 2017

Pour sa 21e édition qui commence le 21 novembre, le festival Les Œillades d'Albi propose un programme une fois de plus éclectique et prometteur mêlant avant-premières, coups de cœur, rencontres, ateliers à destination de la jeunesse et compétition de courts métrages.

Trois grandes thématiques traversent globalement la manifestation : tout d'abord la jeune création, qui sera à l'honneur à travers les films de jeunes réalisatrices comme Carine Tardieu (Ôtez-moi d'un doute), Elsa Diringer (Luna), Mélanie Laurent (Plonger), Marie Garel-Weiss (La fête est finie), Marine Francen (Le semeur), Marie-Noëlle Sehr (Marie Curie) et Raja Amar (Corps étranger) ; ensuite une large place accordée au documentaire (avec notamment 12 jours de Raymond Depardon et Makala d'Emmanuel Gras) et enfin un focus sur le polar dans le cinéma français en présence d'Yves Boisset, Robin Davis et Serge Korbe.

En tout, dix-sept avant-premières seront présentées, dont 13 concourent pour le prix du public. On retrouvera notamment La douleur d'Emmanuel Finkiel, Gaspard va au mariage d'Antony Cordier, Une saison en France de Mahamat-Saleh Haroun, L'échange des princesses de Marc Dugain ou encore Jusqu'à la garde de Xavier Legrand.

Parmi les "coups de cœur", il faut signaler Prendre le large qui sera accompagné par le réalisateur Gaël Morel, Une famille syrienne (également en présence de Philippe van Leeuw) et 120 battements par minute de Robin Campillo. Enfin, les rencontres-débats autour du polar français permettront de revoir Allons z'enfants et La femme flic de Yves Boisset ainsi que J'ai épousé une ombre et La guerre des polices de Robin Davis.

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Les œillades d'Albi
21 édition
Du 21 au 26 novembre 2017
Informations et programme sur le site de la manifestation

L’école de la vie : quand les rêves se heurtent à la réalité

Posté par redaction, le 16 novembre 2017

Maite Alberdi a suivi le quotidien d'adultes trisomiques fréquentant une institution spécialisée au Chili. Son documentaire, L'école de la vie, poignant, interroge sur la place que la société leur réserve aujourd'hui.

Rita, Ricardo, Anita et Andres sont atteints du syndrome de Down, la trisomie 21. Ils se retrouvent presque quotidiennement dans un atelier pour confectionner des gâteaux. Ils travaillent, mais ne gagnent pas suffisamment d'argent pour mener une vie autonome. Ils ont des rêves, comme les autres, mais ils se heurtent à une société qui ne leur permet pas de les réaliser.

Ainsi, Ricardo aspire à recevoir un salaire qui lui permettrait d'être indépendant. De leur côté, Andres et Anita voudraient se marier et vivre ensemble, mais leurs familles s’y opposent. Et quand Andres veut quand même acheter une alliance à Anita, il se voit refouler par le bijoutier parce que son portefeuille est loin de contenir la somme nécessaire pour l'acquérir. Quant à Rita, ses désirs se limitent à se faire offrir une poupée Barbie pour son anniversaire et à manger du chocolat en cachette.

Réalisatrice et productrice, Maite Alberdi a vécu au contact d'une tante trisomique. C'est de cette expérience que l'idée lui est venue de faire ce film. Elle a prospecté un peu partout au Chili et n'a finalement trouvé qu'une seule institution accueillant des adultes trisomiques. Avec une petite équipe, elle a ensuite tourné sur une année, à raison de quatre fois par semaine, pour s'imprégner du quotidien des personnages. Elle a accumulé 200 heures de rushes et le montage a duré un an. Au final, le résultat est impressionnant. Car elle a pu capter des scènes de vie étonnantes, parfois tristes, parfois joyeuses et drôles, en tous cas jamais ironiques à l'égard des personnages.

"Aucun dialogue n'a été écrit en amont et mes personnages ne jouent pas", raconte Maite Alberdi. "Ils sont intelligents et disent tout ce qu'ils pensent".

Cette spontanéité rend attachant chacun des personnages, pourtant plus ou moins sympathiques, tous différents les uns des autres. Le documentaire ne répond pas aux questions qu’on se pose sur leur situation. Mais on s'interroge sur les peurs d'une société qui, peut-être par facilité, cantonne les trisomiques dans un quotidien cadré, sans donner à ceux qui semblent suffisamment autonomes la possibilité de vivre de manière plus indépendante. Car si le quotient intellectuel moyen chez les jeunes adultes équivaut à celui d'un enfant de 8 ou 9 ans, l'ampleur de cette déficience est très variable d'une personne à l'autre. Certains arrivent à l'âge adulte en étant pratiquement autonomes, sachant lire et écrire, alors que d'autres n’ont pas les mêmes capacités. C’est un nouveau fait de société car l'espérance de vie des personnes trisomiques augmente. Dans les pays développés, elle est aujourd'hui de 65 à 70 ans, contre seulement 12 ans en 1947.

Il ressort malgré tout beaucoup de lumière du documentaire de Maite Alberdi, qui est accompagné par une musique entraînante. Une belle leçon de vie.

Pierre-Yves Roger

3 raisons d’aller voir Ex Libris, The New York Public Library

Posté par vincy, le 1 novembre 2017

En compétition au dernier Festival de Venise, et reparti injustement sans aucune distinction, Ex Libris, The New York Public Library est le dernier documentaire du vétéran Frederick Wiseman, qui célèbre ses 50 ans de cinéma cette année, à qui l'on doit des immersions tentaculaires dans de sublimes institutions comme L'Opéra de Paris, La Comédie française ou la National Gallery. Cette fois-ci il plonge dans le réseau des bibliothèques publiques de New York.

Un portrait de l'Amérique. Sans voix off ni interviews ni commentaires, le film montre la diversité ethnique, sociale, générationnelle des usagers de ces bibliothèques, et tous les corps de métiers (et autant de compétences) qui sont nécessaires au fonctionnement de celles-ci. C'est un condensé du pays qui nous ait ainsi offert, des "stars" comme Elvis Costello et Patti Smith, aux petites mains qui numérisent, classent, ou trient les livres et les archives en passant par les animateurs, les pédagogues et les dirigeants. Davantage qu'une histoire de visages, il s'agit aussi d'une histoire de "village". Tout s'y croise: le social (aide aux immigrants, aux handicaps, aux chômeurs), le culturel (concerts, expositions), le personnel (selon ce que l'on recherche), l'économie (du besoin de mécènes aux contraintes des financiers publics), l'éducatif (pour les petits comme pour les plus grands)...

Un film très politique. Frederick Wiseman l'affirme. L'élection de Donald Trump a influé sur son montage. A travers ce tableau d'un lieu emblématique fréquenté par 17 millions de personnes chaque année, on voit bien que le cinéaste a cherché une antidote à cette Amérique de Trump. D'abord en valorisant le travail (la noble mission même) des bibliothécaires et archivistes qui ne cessent de s'adapter à leur époque, notamment avec l'accès numérique, et aux populations, parfois précaires ou délaissées par la mondialisation. Ensuite en laissant la parole à des artistes et des écrivains engagés ou des conférenciers qui fouillent les racines d'une Amérique en quête d'identité, à commencer par les questions liées aux Afro-américains et à l'esclavagisme ou celles sur la lutte des classes et le rapport aux dominants. Enfin, en rappelant qu'une bibliothèque est un pilier de la démocratie - c'est un accès à la connaissance ouvert à tous donc un rempart à l'ignorance -, en décryptant les contraintes financières dépendant à la fois des agendas publics locaux et nationaux et des attentes pas forcément d'intérêt général des mécènes et donateurs privés, il prouve si besoin est qu'une bibliothèque d'envergure mondiale comme une filiale de quartier sont des des lieux de service public (les derniers?) nécessaires à la "communauté".

Un objet cinématographique unique. D'une durée de 3h20, cette épopée particulièrement bien rythmée pour ne jamais s'ennuyer, si richement variée pour nous passionner, est un film singulier, avec ses réflexions, ses dialogues et ses respirations. C'est un grand documentaire sur le fond. Mais en ne cherchant jamais à séduire par la forme - à l'inverse d'un Michael Moore par exemple - il révèle aussi son intégrité. Du début à la fin, sans morale dictée, mais non sans subjectivité, Ex Libris, The New York Public Library prend le temps de faire le tour d'un espace multiforme, où l'on circule d'un plan à l'autre sans avoir l'impression d'avoir bougé.

Un documentaire sur Ennio Morricone en 2018

Posté par vincy, le 30 octobre 2017

Cela fait quelques années déjà que Giuseppe Tornatore travaille sur un grand documentaire concernant la légende de la musique de film, Ennio Morricone.

Maestro Morricone: Lo sguardo della musica (Maître Morricone: Le regard de la musique) pourrait être prêt pour le Festival de Cannes ou de Venise l'année prochaine. Il devrait sortir aux alentours du 18 novembre 2018, à l'occasion des 90 ans du musicien. Le cinéaste de Cinema Paradiso, dont Morricone avait d'ailleurs signé la musique ainsi que celles de 8 autres de ses films, a déjà enregistré plus de 40 heures d'interviews avec le Maestro mais aussi Bernardo Bertolucci, Dario Argento, Marco Bellocchio, Bruce Springsteen et Joan Baez.

Récemment, Giuseppe Tornatore s'est exprimé sur le film qu'il tourne depuis trois ans: "Je me suis toujours demandé quel genre de documentaire je ferais à propos d'Ennio. Et maintenant, non seulement je sens que le moment est venu de réaliser mon rêve, mais je sens aussi que j'ai une bonne idée sur la façon de le faire."

Le documentaire est déjà assuré de sortir en Italie, en Scandinavie et au Bénélux. Ennio Morricone, nommé aux Oscars pour Les moissons du ciel, Mission, Les Incorruptibles, Bugsy et Malèna, de Giuseppe Tornatore, a du attendre 2016 pour emporter un Oscar de la meilleure musique avec Les huit salopards, neuf ans après son Oscar d'honneur. Il a signé quelques unes des partitions les plus mémorables du 7e art (Il était une fois en Amérique, Le bon, la brute et le Truand, Il était une fois dans l'Ouest, La cage aux folles, ...).

Sa tournée "60 ans de musique" a déjà été vue par 500000 personnes dans le monde depuis 2014.

Edito: Petits paysans et grands films

Posté par redaction, le 26 octobre 2017

Depuis quelques mois, l'agriculture et l'alimentation se retrouvent à la une de l'actualité et au coeur de nos préoccupations. Il faut dire qu'on frôle le désastre. Le progrès économique n'est pas vraiment bon pour la santé. Entre le saumon intoxiqué, le glysophate répandu partout, la pénurie de beurre, le bio trop cher voire pas vraiment bio, les œufs empoisonnés, on se demande quoi manger. Depuis la vache folle, l'Homme est déboussolé. Les OGM nous pourrissent le corps et le gluten est devenu une phobie. À l'autre bout du spectre, un humain sur neuf, soit 800 millions de personnes, souffre de la faim.

Et en amont de la chaîne, ça ne va pas mieux. Ce n'est pas vraiment l'amour est dans le pré (émission qui a au moins l'avantage d'éclairer sous un autre jour le boulot d'agriculteur). Un agriculteur se suicide en France tous deux jours. En moyenne, toujours en France, un agriculteur gagne à peine le Smic mensuellement.

Le cinéma français en fait de plus en plus un sujet de préoccupation. Il y a 11 ans, Isabelle Mergault avait connu un beau succès public avec Je vous trouve très beau, portrait d'un agriculteur qui cherchait une épouse en Europe de l'Est faute de temps et de volontaires dans le voisinage. On oublie pas que Raymond Depardon avait défriché le terrain avec sa série documentaire pour le grand écran Profils paysans et par la suite avec La vie moderne. Dans les deux cas, malgré le grand écart formel entre les deux cinéastes, on observait la détresse d'un monde oublié par les citadins, pour ne pas dire ignoré.

Parfois tout est dans le titre

Depuis, le monde agricole a attiré de plus en plus d'auteurs: Samuel Collardey pour L'apprenti, Sylvestre Chatenay pour Yvette bon Dieu!, Jean-Paul Jaud pour Nos enfants nous accuseront et Tous cobayes?, Emmanuel Caussé et Eric Martin pour No Pasaran, Coline Serreau avec Solutions locales pour un désordre global, Marie-Dominique Dhelsing pour Pierre Rabhi: Au nom de la terre, Christian Rouaud pour Tous au Larzac, Edouard Bergeon pour Les fils de la terre...

Même dans le registre de la fiction, le paysan n'est plus personna non grata. La famille Bélier, Médecins de campagne, Rester vertical, Le p'tit Quinquin, etc... sont autant de variations autour du monde rural. Cette année marque sans doute un tournant puisque le 7e art explore le monde du vin chez Cédric Klapish dans Ce qui nous lie, part à la découverte des campagnes avec Agnès Varda dans Visages, Villages, révèle le quotidien d'un éleveur de vaches avec Hubert Charuel dans Petit paysan, ou montre le fossé gigantesque qui se creuse entre le monde paysan et le monde globalisé avec Christophe Agou dans Sans adieu, qui sort cette semaine.

Le monde agricole trouve ainsi sa place dans l'imaginaire comme dans le documentaire. Après avoir été longtemps snobé ou fantasmé, le paysan redevient un personnage de premier plan. Parce que nous n'avons jamais été aussi informés sur les crises agricoles et alimentaires, parce que nous avons conscience que ça touche à notre bien-être et notre corps, l'homo sapiens modernus comprend qu'il bouffe de la merde, comme disait feu Jean-Pierre Coffe. Le cinéma trouve ici un rôle de salubrité publique en se faisant le reflet d'une profession qui a besoin de soutien et de reconnaissance pour muer vers le monde de demain, qui, espérons-le, fera la part belle aux circuits courts, aux aliments sains et à une production raisonnée et éthique.

Des rêves sans étoiles, rencontres sensibles dans un centre de détention iranien

Posté par MpM, le 20 septembre 2017

Le documentariste iranien Mehrdad Oskouei a produit et réalisé deux documentaires sur la délinquance de jeunes garçons (Les derniers jours de l'hiver et It's always late for freedom), ce qui l'a naturellement amené à se poser la question du point de vue des jeunes filles. C'est ainsi qu'il a eu l'envie de poser sa caméra dans un centre de détention et réhabilitation pour mineures. Là, il a apprivoisé les jeunes filles présentes, filmant leur quotidien et leur vie au fil des jours, et leur donnant également la parole lors de longs entretiens face caméra.

Son but n'étant en aucun cas la dénonciation d'un quelconque système politique, mais plutôt le questionnement d'un certain "devoir social", Mehrdad Oskouei a fini par obtenir l'autorisation de tourner. Et pour rendre sa démarche la moins "suspecte" possible, il a par ailleurs promis que le film ne serait pas diffusé en Iran. Cette transparence initiale explique probablement la qualité et la force des témoignages qu'il a pu obtenir, de la part de jeunes filles expliquant notamment qu'elles ont été abusées par un membre de leur famille, battues, voire prostituées par des parents drogués mais aussi, parfois, qu'elles se sont révélées elles-mêmes maltraitantes et violentes. La plupart âgées de 16 ou 17 ans, elles ont été arrêtées pour vagabondage, pour vol (parfois à main armée), pour trafic de drogue et même pour meurtre. Certaines sont déjà mariées et ont des enfants. D'autres n'ont plus personnes, ou ne peuvent compter sur leur famille.

Le centre apparaît ainsi moins comme un lieu carcéral que comme un refuge, et l'enfermement comme une procédure de mise à l'abri. Les détenues n'aspirent d'ailleurs pas toujours à leur libération, voire s'effraient de ce retour dans leur famille ou dans la rue. Dans cette attente en forme de parenthèse, voire de pause, le réalisateur prend le temps de les écouter, de les comprendre. Si sa voix, parfois, dissimule mal sa surprise ou son émotion, il ne se met pas en scène, et offre à ses interlocutrices un espace digne et bienveillant qui se refuse à la complaisance. Lorsque la discussion est trop douloureuse, il interrompt la scène, quitte à laisser certains échanges inachevés, presque inaboutis.

Regard intime et personnel

Et que dire des rêves qui donnent leur titre au film ? Sans étoiles, oui, mais aussi souvent sans espoir, sans désir. Quand ils existent. Des rêves sages et minuscules, ou au contraire effrayants. Ce sont sans doute les passages les plus poignants du film, ceux qui font le plus sentir la détresse incommensurable des protagonistes. À quoi pourrait-on bien rêver à 17 ans quand on a déjà vécu toute une vie de souffrance ?

La démarche de Mehrdad Oskouei offre à la fois un regard intime et personnel sur ces destins en lambeaux, et une vision d'ensemble plus théorique qui décortique les mécanismes conduisant un être à tomber dans l'illégalité. On pourrait d'ailleurs se trouver dans n'importe quel pays où il y a de la misère, du désespoir et de la maltraitance, ce qui confère au film une dimension plus universelle que politique, plus humaniste que militante.

On a l'habitude des films venus d'Iran dénonçant l'hypocrisie de sa société et montrant des individus broyés par le système. Ce qui change, avec Des rêves sans étoiles, c'est qu'ici le système n'est plus une appellation un peu vague coupable de tous les maux, mais l'addition d'autres humains dont les mauvais choix, les erreurs, l’indifférence ou la misère ont condamné des enfants à une vie sans espoir. Et face à ce constat, la question n'est plus de savoir quelle est la nature du pouvoir en place en Iran, mais pourquoi cette situation terrible nous semble si familière, quel que soit le pays où on habite.

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Des rêves sans étoiles de Mehrdad Oskouei (Iran)
En salles à partir du 20 septembre

« Three Billboards Outside Ebbing, Missouri » triomphe à Toronto

Posté par vincy, le 17 septembre 2017

Three Billboards Outside Ebbing, Missouri a remporté le très convoité prix du public au festival de Toronto qui s'est achevé ce dimanche 17 septembre. Il succède ainsi à 12 Years A Slave, Le discours d'un roi, Slumdog Millionaire, American Beauty, tous oscarisés, ou La La Land, Room, The Imitation Game, Happiness Therapy, Precious et Tigre et Dragon, tous finalistes aux Oscars.

Une semaine après son Prix du scénario à Venise, le film de Martin McDonagh s'était aussi fait remarqué pour l'interprétation de Frances McDormand, qui semble être promise de nouveau à être nommée à un Oscar (dix ans après sa nomination pour L'affaire Josey Aimes et 20 ans après avoir gagné cette statuette pour Fargo). Woody Harrelson et Sam Rockwell sont aussi au générique de ce polar, programmé pour le 17 janvier 2018 en France. Il raconte l'histoire d'une femme qui déclare la guerre à la police raciste et corrompue de sa ville suite au meurtre de sa fille.

Les deux autres films plébiscités par le public torontois sont I, Tonya, biopic sur la patineuse Tonya Harding, incarnée par Margot Robbie, réalisé Craig Gillespie et Call Me By Your Name, de Luca Guadagnino, avec Armie Hammer et Timothée Chalamet. Cette romance entre un jeune homme de 17 ans et un ami de ses parents lors de vacances d'été sur la Riviera italienne avait été l'un des films les plus remarqués à Sundance en janvier et à Berlin en février.

Côté documentaires, le public torontois a choisi Visages, Villages d'Agnès Varda et JR, présenté hors compétition au dernier Festival de Cannes.

Parmi les autres prix, Les affamés du québécois Robin Aubert, avec Marc-André Grondin, et Luk'Luk'I de Wayne Wapeemukwa ont remporté respectivement le prix du meilleur film canadien et du meilleur premier film canadien. Le prix FIPRESCI de la critique internationale dans la section découverte a été décerné à l'iranien Ava de Sadaf Foroughi, et dans la section Présentations spéciales à El autor (The Motive) de Manuel Martín Cuenca, d'après le roman de Javier Cercas. Le film est en compétition au prochain festival de San Sebastian.

L'Australien Sweet Country, autre film récompensé à Venise (Prix du jury), a été distingué du prix du jury de la sélection Platform.

Venise 2017 : William Friedkin et Paul Schrader en crise de Foi

Posté par kristofy, le 31 août 2017

Pour sa première journée, la 74e Mostra de Venise présente deux films qui interrogent la religion : en compétition First Reformed de Paul Schrader ou avoir vraiment la Foi en Dieu devient incompatible avec la folie des hommes ; et hors-compétition The Devil and Father Amorth de William Friedkin où nos croyances sont défiées, qu'on soit d'un côté ou de l'autre... Dans les deux films la religion est soit un boulier soit une béquille face aux faiblesses de l'Homme, mais il s'agit surtout des deux dernières oeuvres de cinéastes cultes...

First Reformed, de Paul Schrader :
Ethan Hawke est un homme d’église qui décide d’écrire un journal intime pendant un an. Il voudra détruire cette forme très personnelle de prière, peut-être parce qu’il sait que sa santé n’est plus bonne. Un jour à l’église Amanda Seyfried, enceinte, lui demande de passer à la maison pour parler avec son mari : un activiste écologiste très pessimiste à propos de l’avenir et des conséquences des changements climatiques, au point de ne pas vraiment souhaiter qu’un enfant naisse pour grandir sans espoir… Le révérend essaie de le réconforter "le courage est la solution au désespoir, la raison n’apporte pas de solution". Le film est composé jusque là uniquement de plans fixes avec deux personnages qui dialoguent ou avec seulement une voix-off. On se demande où tout cela va conduire mais il faut attendre la suite... First Reformed est le dernier film écrit et réalisé par Paul Schrader, célèbre comme scénariste (Raging BullLa dernière tentation du ChristÀ tombeau ouvert, et surtout Taxi driver) et en tant que réalisateur de films poisseux comme Hardcore où l’année dernière Dog eat dog (à Cannes). On s'attend à ce que First Reformed, surtout centré sur la religion dans sa première partie, glisse vers une forme de violence, et c’est ce qui va suivre. Plusieurs éléments vont conduire le révérend de l’église vers une réflexion extrême, la forme du film même évolue avec des plans en mouvements (dont une séquence mystique) et peu à peu c’est un plan mortel qui se met en place… Si les voies de Dieu sont impénétrables, le révérend va vouloir provoquer un choc parmi sa communauté. Pour Paul Schrader : "Une éducation catholique sous-entend que l'on peut être lavé de ses pêchés dans le sang : c'est intéressant ce concept pour un film. L'humanité est certainement un problème pour la planète, peut-être en particulier ma génération." Même si le festival de Venise ne fait que commencer, Ethan Hawke est déjà parmi les favoris à un prix d'interprétation.

The Devil and Father Amorth, de William Friedkin :
William Friedkin réalise là un documentaire sur la pratique de l’exorcisme, une quarantaine d’années après son grand succès  L'Exorciste qui était l’adaptation d’un roman inspiré d’un possible cas en 1949... Lui-même n’avait jamais assisté à ce rituel, et comme il paraît qu’environ 500000 personnes y ont recours chaque année en Italie, William Friedkin y est allé : pour filmer un exorcisme pratiqué par le prêtre Amorth sur une dame qui a fait appel à lui, pour la neuvième fois ! La femme bien que maintenue par des proches s’agite vivement avec un ‘jamais’ d’une voix gutturale quand le prêtre avec sa prière demande à Satan de quitter ce corps... La séquence est longue, trop longue et pénible, et on se demande si Friedkin a l’intention de convertir ses spectateurs avant que sa démarche ne trouve son intérêt dans la seconde moitié de son documentaire : il montre les images filmées de cet exorcisme à différents médecins (neurologue, psychiatre) pour leur demander leur avis : si une tumeur pourrait expliquer un état de délirium, si une éducation religieuse incite à croire qu’on puisse être victime d’une possession démoniaque… William Friedkin a directement interrogé la salle : "C'est tellement facile d'être sceptique. Est-ce que quelqu'un ici est certain qu'il n'y a pas de Dieu ?"
Un bien étrange documentaire dont le contenu autant que la durée (68 minutes) en ferait un élément de bonus pour une nouvelle édition vidéo de L'Exorciste...

Une cinémathèque pour le documentaire

Posté par vincy, le 6 juin 2017

La nouvelle ministre de la Culture, françoise Nyssen, aux côtés de Frédérique Bredin, Présidente du CNC, Christine Carrier, DG de la Bpi du Centre Pompidou, Anne Georget, Présidente de la Scam, Laurence Engel, Présidente de la BnF, Delphine Ernotte Cunci, P-DG de France Télévisions, Jean-Claude Petit, Président de la Sacem, Patrick Bézier, DG du Groupe Audiens, Jean-Marie Barbe, Fondateur de Ardèche Images, Arnaud de Mézamat, Président de Film-documentaire.fr et Jean-Yves de Lépinay, Président d'Images en Bibliothèques (ouf!), ont signé durant le festival de Cannes une convention en vue de créer la Cinémathèque du documentaire. La création avait été actée en août dernier, par l'ancienne ministre de la Culture Audrey Azoulay, lors des Etats généraux du documentaire de Lussas.

Ce groupement d'intérêt public sera en charge de fonder cette nouvelle institution culturelle, coordonnée par la Bpi. "La création de cette Cinémathèque marque la volonté des pouvoirs publics, associés à des partenaires privés, de permettre au documentaire d'investir l'espace public, et de jouer pleinement le rôle central qui est le sien depuis l'origine du cinéma : saisir le réel, éclairer le présent et libérer l'imaginaire" explique le communiqué. Cette Cinémathèque du documentaire sera basée à la Bibliothèque Publique d’Information du Centre Pompidou et devra donner une caisse de résonance aux nombreuses initiatives qui, partout en France œuvrent depuis des années en régions pour la conservation et la diffusion du documentaire.

"La Cinémathèque du documentaire aura pour mission de contribuer au recensement et à l'identification des oeuvres, de favoriser leur circulation en procédant à des acquisitions communes, de mettre en valeur les différentes actions du réseau et d'être force de propositions" ajoutent les signataires, qui veulent avant tout en faire "un réseau irriguant tous les territoires."

Un patrimoine à sauver et valoriser

Cette création est la concrétisation des recommandations du Rapport de décembre 2015 rédigé par François Hurard, de l'Inspection générale des Affaires culturelles du ministère. Il soulignait notamment que les coûts de numérisation et de conservation des catalogues ou des fonds constituaient "un frein pour l'exploitation et le rayonnement des œuvres documentaires", rappelant au passage le travail de l'ADAV, de la Bpi, de la BNF et du Forum des Images. Selon le rapport, "On peut chiffrer à près de 40 000 œuvres environ ce patrimoine francophone" documentaire. Il avait demander la création d'un lieu emblématique dédié à ce patrimoine, la contribution à la recherche et à l'élaboration d'outils permettant d'agréger ce patrimoine, de fédérer et de soutenir les initiatives de la mise en valeur du patrimoine sur tous les supports et dans tout le territoire.

Le marché du documentaire reste vigoureux en France avec en moyenne une grosse trentaine de films agréés chaque année pour le cinéma. Sur les vingt documentaires ayant attiré plus d'un million d'entrées dans l'histoire du cinéma français, 11 sont sortis après 2000, dont les récents Les saisons et Demain.