Le silence de Jonathan Demme (1944-2017)

Posté par redaction, le 26 avril 2017

Jonathan Demme est décédé mercredi 26 avril à New York des suites d'un cancer, à l'âge de 73 ans.

Issu de l'école Roger Corman, il avait débuté sa carrière à l'âge de 30 ans, en 1974, avec 5 femmes à abattre. Le réalisateur y donnait déjà le ton de la première partie de sa  filmographie, un mélange d'humour, parfois noir, parfois sarcastique, d'action mais surtout des personnages souvent féminins, exploités mais sachant prendre leur revanche. Il a d'ailleurs tourné de nombreux films un peu barrés avant d'être consacré par ses pairs. Ses premiers films durant les années 70 - Crazy Mama, Colère froide, Handle with Care, Meurtres en cascade (son premier thriller avec une vedette), en 1979, Melvin and Howard - ne marquent pas les esprits. Il s'essaye alors à différents genres.

Dans les années 1980, il se diversifie : vidéo clips, téléfilms, séries, docus.... Fan de musique, il dédaigne presque la fiction (hormis Swing Shift avec Goldie Hawn et Kurt Russell en 1984) et ne tourne rien jusqu'en 1986. Là, sa carrière décolle avec le débridé Dangereuse sous tous rapports (Melanie Griffith), le jouissif Veuve mais pas trop (Michelle Pfeiffer) et finit ainsi les années 1980 avec deux succès, deux comédies où l'action et le polar ne sont pas loin.

Doublé magique

Or ses deux grands films, et d'ailleurs la suite de sa carrière, seront aux antipodes de ce genre où il excellait. En 1991, il créé le duo le plus fantastique du cinéma américain, le bien et le mal, où l'innocence est une notion bien floue quand un cannibale est moins monstrueux qu'un serial-killer. Le silence des agneaux va devenir une référence dans le genre. Outre son immense carton public et critique, le film est l'un des rares à recevoir le quinté gagnant aux Oscars : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario adapté, meilleur acteur pour Anthony Hopkins et meilleure actrice pour Jodie Foster.

Deux ans plus tard, il réalise la première grosse production hollywoodienne sur le SIDA, avec Philadephia. Tom Hanks sera oscarisé tout comme Bruce Springsteen pour la chanson du film. Son cinéma est minutieux, toujours centré sur la psychologie humaine, sur le dialogue entre des opposants ou des incompris. Mais Jonathan Demme va enchaîner deux fiascos qui vont lui faire perdre rapidement son aura de grand cinéaste. En 1998, Beloved, d'après le grand roman de Toni Morrison, film de 3 heures avec Oprah Winfrey et Danny Glover, est attaqué par la critique, boudé par le public. En 2002, il signe le remake de Charade, avec La Vérité sur Charlie. Plantage.

Cinéaste insatiable

Il se refait grâce à un autre remake, en 2004, Un crime dans la tête, bon thriller politique avec Denzel Washington, Liev Schreiber et Meryl Streep, puis retrouve ses premières amours avec la comédie féminine (Rachel se marie, en 2008 avec Anne Hathaway, Rosemarie DeWitt et Debra Winger). Il faut alors attendre 2015 pour qu'il revienne derrière la caméra pour une fiction. Ricki and the Flash, show construit pour Meryl Streep, n'a rien d'un grand film, mais il y a toujours cet attachement personnel que Demme a pour les femmes un peu déjantées mais autonomes, et surtout pour la musique. On lui doit trois docus sur Neil Young parmi de multiples documentaires sur le rock ou la pop (Justin Timberlake + the Tennessee Kids). De même, il est passionné de politique (docus sur Jimmy Carter ou la démocratie en Haïti), et a filmé des scientifiques (le biologiste Tyrone Hayes, l'agronomiste Jean Dominique).

Quatre décennies à filmer des histoires ou la réalité, qui, selon lui, reflétaient le monde. A jouer des gros plans, des regards qui fixent la caméra, à amener ses acteurs à une certaine vérité, loin des artifices hollywoodiens (au total huit d'entre eux auront été nommés au Oscars, et trois l'auront gagné, grâce à ses films).

Gentil et généreux

Finalement, Jonathan Demme était inclassable. Des spectacles hollywoodiens aux excentriques films indés en passant par des docs rocks et des épisodes de séries, il semblait ne suivre aucun plan de carrière. Il expliquait il y a quatre ans qu'il suivait toujours son enthousiasme, qu'il avait eu la chance de ne jamais se répéter. "J'adore le thriller, mais j'ai eu la chance de faire Le silence des agneaux, alors je ne voudrais pas réaliser un thriller qui soit moins bien que celui-là."

"J'ai rencontré des tonnes de gens avec Moonlight mais mon camarade Demme était le plus gentil, le plus généreux", a tweeté le réalisateur Barry Jenkins. De l'avis général, il était en effet très humain. L'épouse de Jonathan Demme et ses trois enfants, ont demandé qu'"à la place de fleurs", ceux qui le souhaitaient effectuent, en son hommage, des dons à l'association de défense des immigrés Americans for Immigrant Justice.

3 bonnes raisons de voir « Pas comme des loups »

Posté par wyzman, le 12 avril 2017

Parce qu'il s'intéresse à des jumeaux vivant en marge de tout (ou presque), le nouveau film documentaire de Vincent Pouplard, Pas comme des loups, qui sort aujourd'hui dans nos salles mérite mieux qu'une simple critique.

Le synopsis est original

Roman et Sifredi ont à peine 20 ans. Entre exclusion et marginalité, ils vivent en mouvement, ils inventent leur vie, leur langage, leurs codes. Et cela fonctionne à merveille. En moins d'une heure, Vincent Pouplard parvient à donner vie à une notion mal connue, la marginalité. De manière très convaincante, Vincent Pouplard dépeint une nouvelle forme de fougue adolescente, bouillonnante mais réfléchie, vive mais durable.

Les sujets valent le détour

Roman et Sifredi sont des marginaux, certes. Mais ils sont loin d'être les asociaux que l'on pourrait redouter de rencontrer. Loin des clichés attendus et redoutés, ces deux frères apparaissent rapidement comme deux êtres humains qui, les antécédents n'aidant pas, ont décidé de fuir les normes d'une société qui ne voulait pas les comprendre. Sans trop jouer sur leur gémellité, Vincent Pouplard montre à quel point ces sujets, ces deux acteurs one-shot sont avant tout des survivants et des individus différents mais complémentaires.

La séquence finale

Le film décolle pour ne plus jamais revenir sur terre lors d'une scène que beaucoup pourraient trouver banale. Assis par terre dans une rue, Roman et Sifredi discutent de la vie, de la volonté, de la manière dont la société a tendance à enfermer les gens dans une boîte. A ce moment-là, le spectateur se retrouve face à un mode de pensée qui, s'il lui échappait auparavant, prend désormais tout son sens. On ne peut être d'accord avec eux, leur reprocher leur prise de distance avec la société mais pas leur manque de lucidité. Ils ont choisi leur mode de vie, assument leur réflexion et sont deux personnages réels que l'on aurait eu du mal à inventer.

Pas comme des loups sort aujourd'hui dans toute la France.

Cannes 70 : quand les documentaires valent de l’or

Posté par cannes70, le 29 mars 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-50. Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .

On ne peut pas vraiment dire qu'entre Cannes et le documentaire, ce soit une grande histoire d'amour. Le cinéma documentaire est ainsi toujours minoritaire, en sélections officielle ou parallèles, par rapport au cinéma de fiction. Jugez plutôt : en 69 éditions, deux films documentaires seulement ont reçu la Palme d'or. Aujourd'hui, dans le cadre de notre compte à rebours jusqu'au 17 mai, nous allons nous attarder sur ces deux Palmes, sorties à plus de quarante ans d'intervalle.

Le monde du silence : l'avis aquatique

Les images du Monde du silence semblent importantes dans l'imaginaire cinématographique collectif. De par ses images sous-marines par exemple : cela m'a frappé en découvrant il y a peu Opération Tonnerre, sorti 10 ans après le documentaire, mais aux images sous-marines semblables... la présence de James Bond en plus. De par la figure de Cousteau ensuite : le vaillant explorateur des fonds-marins a irrigué La vie aquatique de Wes Anderson, un hommage explicite, et le commandant a même eu droit à son propre biopic, sous les traits de Lambert Wilson, il y a quelques mois (L’Odyssée de Jérôme Salle). Il semble facile de comprendre ce qui a plu au jury à l'époque, tant les images sous-marines capturées par Cousteau et Louis Malle sont encore fascinantes aujourd'hui. Pourtant, de nos jours le film n'aurait sans doute pas reçu le même accueil. Le romancier et cinéaste Gérard Mordillat est d'ailleurs revenu sur le film l'année dernière, le qualifiant de "film naïvement dégueulasse".

En effet, à une époque où nous sommes de plus en plus nombreux à être sensibilisés à la protection environnementale et animalière, difficile de regarder avec autant d'émerveillement qu'en 1956 le film palmé. La flore sous-marine est dynamitée, les requins capturés, les tortues chevauchées. Ce qui est sûr, c'est qu'ici le cinéma, et en particulier le documentaire, dresse un portrait de son temps... Qui sait, peut être qu'un documentaire présenté à Cannes en 2017 soulèvera de vives polémiques en 2077 ! L'autre documentaire palmé, lui, en soulève dès qu'il est récompensé. Mais si avec Le monde du silence on ne critiquait pas la forme mais le propos du film, ce sera le contraire avec Fahrenheit 9/11.

Farenheit 9/11 : Bush Metal Jacket ?

En s'attardant sur la liste des films en compétition, on peut dire que la sélection du Festival de Cannes 2004 avait quelque chose de spécial. En plus de ce Farenheit 9/11, un autre documentaire était à l'affiche, Mondovino, qui jouait apparemment lui aussi sur la provocation, mais on retrouvait aussi deux films d'animations (sur lesquels on reviendra dans quinze jours), Shrek 2 et Ghost in the shell : innocence. Surtout, une ribambelle d'habitués de Cannes, dont certains n'auraient pas démérité une Palme, étaient présents.

A posteriori, la liste semble une réunion d'habitués, ce qui était moins vrai à l'époque. On retrouve deux films français de premier plan (Clean, d'Olivier Assayas et Comme une image d'Agnès Jaoui), un Paolo Sorrentino (les conséquences de l'amour), le Japonais Kore Eda avec Nobody Knows, Wong Kar-Wai avec 2046, un Apichatpong Weerasetakul (Tropical Malady) et un Emir Kusturica (La vie est un miracle). Tant qu'à faire, deux cinéastes coréens devenus phares y étaient (Park Chan-Wook pour Old Boy et Hong Song-Soo pour La femme est l'avenir de l'homme), même les frères Coen - pour leur plus mauvais film, le remake de Ladykillers -, et jusqu'à l'incontournable film-engagé-avec-Gael-Garcia-Bernal (Carnets de voyage). Bref, il y en avait des potentiels films "palmables". Pour autant, cette année-là le jury présidé par Quentin Tarantino a fait le choix du documentaire de Moore. Un choix qui selon le président était avant tout artistique.

Pourtant, difficile de ne pas voir le geste politique accompagnant cette remise de prix. Car le documentaire de Moore est un réquisitoire assumé, et nécessaire dans l'Amérique post-9/11 de Bush. Dans sa forme, le film n'est pas infaillible : on peut ne pas être sensible à la manière qu'a Moore de critiquer la politique de Bush, le ridiculiser était-il le meilleur moyen de le dénoncer ? Idem pour certains raccourcis que le réalisateur n'hésite pas à prendre : il donne par exemple une vision paradisiaque de l'Irak avant l'invasion américaine. Une vision linéaire qu'il a conservée : dans son dernier documentaire, Where to invade next, il dresse les louanges de la politique de pays européens en prenant des exemples loin d'êtres répandus (je n'ai jamais vu de cantines scolaires aussi appétissantes, et encore moins une table entière d'enfants ne connaissant pas le Coca-cola !).

Pour autant, difficile de ne pas saluer le geste de Moore, qui derrière ses actions provocatrices dénonce l'absurdité du comportement de Bush suite aux attentats. On peut aussi se dire que le documentaire permet de toucher un large public grâce à son format. Comme l'explique Youssef Chanine dans les bonus du DVD : "le documentaire avait une valeur essentielle à un moment essentiel".  Mais récompense t-on un film avec la Palme d'Or pour une raison politique, pour son geste ? A la veille de la prochaine édition du Festival, on se rappelle encore de l'octroi de la récompense à Moi, Daniel Blake l'année dernière. Tout comme Farenheit 9/11, c'est plus la dénonciation politique que le cinéma en lui-même qui semble avoir été salué ...

Les deux documentaires à avoir obtenu la Palme d'Or ont donc soulevé des polémiques importantes. D'autres documentaires, et non des moindres, ont été présentés, voire primés, tout au long de l'existence du Festival, ne citons que les moins choquants (sauf rejet inattendu sur leurs sujets) Le Mystère Picasso d'Henri Georges Clouzot, prix spécial du Jury en 1956, la même année que le Cousteau donc, ou encore Woodstock, le documentaire hippie fleuve qui eut droit à sa sélection en 1970. Certains ont suscité, sinon des polémiques, au moins de fortes réactions, ce qui n'est pas si étonnant, un documentaire s'attachant, par essence, à refléter son époque. On ne connaît pas encore les films qui seront présents cette année sur la croisette, mais si un documentaire apparaît lors de l'annonce de la sélection officielle, il s'agira certainement d'une œuvre dont la présence se justifiera par sa capacité à déranger, heurter ou éveiller les consciences de festivaliers parfois éloignés de certaines réalités du monde. L'idée de scandale étant dans l'ADN du Festival, ou au moins de ses commentateurs, que cela passe par le documentaire a quelque chose d'assez réjouissant, non ? Même si depuis Moore, c'est devenu bien rare, le genre étant relégué aux séances hors-compétition.

Nicolas Santal de Critique-Film

Cinélatino fait la part belle aux documentaires

Posté par Morgane, le 24 mars 2017

Au 29e Cinélatino de Toulouse, sept documentaires sont en compétition, quatorze dans la section Découvertes et d'autres dans les différents focus du festival...

J'ai eu l'occasion d'en découvrir quelques-uns, avec des sujets très variés et une manière de les aborder et de les filmer tout aussi différente.

Il y aura tout le monde. Ce documentaire de 2008 est réalisé par la colombienne Maria Isabel Ospina. Elle se penche sur sa famille et à travers elle, plus largement, sur la société colombienne en général. Le libéralisme à outrance et la violence qui en découle ont fait éclater de nombreuses familles colombiennes dont beaucoup de membres se voient condamner à l'exil pour s'en sortir. Là où plusieurs générations vivaient encore ensemble, ou en tout cas à proximité, les familles se retrouvent éparpillées. Dans celle de la réalisatrice, certains sont partis aux États-Unis, que ce soit à Los Angeles ou à Miami, d'autres se sont installés en Europe comme ellecas qui vit en France depuis 2000. Quant à ceux qui sont restés, le quotidien est très difficile. Dur de joindre les deux bouts, chacun essaie de se débrouiller comme il peut. Ils tentent donc de se réunir de temps à autre avec les "exilés" mais tous ne peuvent pas revenir avec ce constat amer "qu'il n'y aura plus jamais tout le monde." On sent les cœurs serrés, les larmes aux yeux qui parfois ne se retiennent pas de couler. Maria Isabel Ospina promène sa caméra avec elle au sein de sa famille, de manière touchante mais sans aucun pathos, se demandant en toile de fond comment les liens d'une famille peuvent subsister à un tel éclatement.

Rios de la patria grande. Ici on retourne quelques années en arrière dans les pas du cinéaste bolivien Humberto Rios installé en Argentine en 1960 puis exilé au Mexique pendant la dictature. Cinéaste militant, "El Negro" comme on l'appelle alors, il devient une des figures phares du cinéma social de l'Amérique latine. Le parti pris artistique du film est parfois déroutant et assez confus mais le propos reste intéressant.

Sexo, pregaçoes e politica. On traverse la frontière pour se retrouver au Brésil. Aude Chevalier-Beaumel est française mais vit au Brésil depuis 10 ans. Elle a travaillé avec Michael Gimenez à plusieurs reprises et c'est ici leur première co-réalisation. Ils sont partis de la mort de Jandira, jeune femme dont le corps a été retrouvé calciné alors qu'elle était partie se faire avorter dans une clinique clandestine. Rappelons qu'au Brésil l'avortement est strictement interdit sauf dans les cas de viol, d'anencéphalie ou de danger mortel pour la mère, sachant qu'avec la présence de plus en plus grande des évangélistes au sein du Parlement, l'avortement en cas de viol est désormais remis en question. Les deux réalisateurs ont donc pris comme point de départ cette question qui a tué Jandira?. Ils ont interviewé un grand nombre de personnalités cumulant les fonctions de député et pasteur ainsi qu'un député à l'opposé du cercle politique, pro-LGBT et lui-même homosexuel, et des femmes activistes et engagées dans des associations féministes se battant notamment pour le droit à l'avortement. Que dire de ce documentaire à part que les propos tenus sont tout simplement hallucinants. Tellement hallucinants que s'il s'agissait d'une fiction, on n'y croirait pas. Quant à la forme du documentaire, elle reste plutôt classique mais efficace et didactique. Le film produit au Brésil sera donc diffusé à la télévision brésilienne. Les réalisateurs présents à l'issue de la projection nous expliquent qu'ils n'ont eu aucune difficulté à rencontrer ces évangélistes (politiques ou non) et à recueillir leurs discours et leur parole très libérée. Ce sont des personnes qui ont l'habitude au Brésil d'être sur le devant de la scène, qui touchent des milliers de personnes, engrangent des sommes astronomiques et au final, même si ici le film est clairement orienté contre eux, cela leur fait de la publicité. On ressort de la salle quelque peu sonné et convaincu qu'en ce qui concerne le droit des femmes il est certain que même en 2017 rien n'est vraiment acquis, malheureusement.

Guatemala: cuando el futuro perdio el miedo. On remonte en Amérique centrale pour s'arrêter au Guatemala. Là encore, c'est un film coup de poing sur l'histoire guatémaltèque. En 1h30, Jordi Ferrer survole plus d'un siècle d'histoire. Alors, bien sûr, d'aucuns trouveront justement qu'il survole trop rapidement certains points qui mériteraient de s'y arrêter bien plus longuement, mais le réalisateur dresse ici de manière très intéressante la toile de fond d'un petit pays à l'histoire fort tourmentée. Un film instructif, émouvant mais sans pathos (et pourtant vu les crimes de guerre perpétrés dans les années 80, la frontière aurait pu facilement être franchie) qui dépeint le portrait d'un pays dont les communautés indigènes ont énormément souffert (et là c'est un euphémisme) et qui offre aujourd'hui encore le visage d'un pays malade se son extrême violence et de sa corruption à tous les échelons ou presque.

Jerico, el infinito vuelo de los dias. Suite à ces documentaires sombres et difficiles sur une Amérique latine à l'histoire si souvent tourmentée, le documentaire sur Jerico de la réalisatrice Catalina Mesa fait souffler une petite brise fraîche et colorée sur Cinélatino. Partie là-bas pour faire le portrait de sa grande-tante, la réalisatrice a finalement recueilli la parole d'une génération de femmes. Personnages pleins d'humour et hauts en couleur,  ces femmes discutent entre elles, souvent à deux, et Catalina Mesa les observe avec sa caméra tout en discrétion. Elles se remémorent leurs histoires d'amour, leurs peines de coeur, leurs rêves accomplis, leurs regrets, leurs tristesses mais surtout leurs espoirs. Dans ce village tout en pente aux façades colorées magnifiques, la réalisatrice filme ces femmes de très belle manière avec une grande pudeur et beaucoup de poésie. Les mains travaillent, les langues se délient en même temps, les rires éclatent et les larmes coulent parfois. On rit avec elles, notamment avec Chila et son franc-parler ou avec Luz qui prie les Saints mais les gronde aussi pour qu'ils l'écoutent mieux!. Et en sortant de la salle on rêve juste d'aller passer quelque temps dans ce village colombien perdu au coeur de la Vallée du café... La réalisatrice, présente lors de la projection, dit avoir voulu montrer un autre visage de la Colombie. "Certes, il faut regarder la part d'ombre pour la changer, mais il ne faut pas regarder que ça." (pour en savoir plus sur le film et son parcours, rendez-vous sur ce blog)/

Terre de roses, quand les femmes se battent pour la liberté

Posté par MpM, le 8 mars 2017

La journée internationale des Droits des femmes n'est pas seulement une opération marketing permettant de vendre des fleurs ou de promouvoir des parfums, de s'enthousiasmer sur ces femmes qui font des métiers d'hommes, ou ces sportives qui battent tous les records. C'est surtout l'occasion de rappeler très concrètement que les femmes continuent d'être exploitées, maltraitées et considérées comme des êtres inférieurs à travers la planète. Que même dans les pays occidentaux, leurs droits élémentaires sont régulièrement remis en cause. Qu'elles sont toujours fréquemment victimes de violences conjugales ou sexuelles. Mais aussi qu'elles sont les cibles privilégiées en période de conflits, et notamment de la guerre de conquête menée par Daech en Irak et en Syrie, car elles ne sont pas seulement tuées, mais également violées, vendues et transformées en esclaves sexuelles.

C'est avec ce constat en tête que l'on découvrira Terre de roses, un documentaire canadien qui montre le quotidien de combattantes du Parti des travailleurs kurdes (PKK) dans un camp caché au milieu des montagnes du Kurdistan. Ces femmes, vives et joyeuses, ont toutes choisi de rejoindre la guérilla kurde pour s'opposer aux horreurs de l'auto-proclamé Etat islamique. Zaynê Akyol, la jeune réalisatrice, les filme à l'entraînement et pendant les réunions politiques, mais aussi au repos et même dans des moments intimes de toilette ou de confidence. Si l'on sent dans les propos des combattantes l'influence de l'idéologie politique propre au PKK, les raisons qu'elles ont de se battre n'appartiennent qu'à elles. Elles expriment d'ailleurs avec beaucoup de force leur désir d'agir au nom de toutes les femmes du monde, afin d'affirmer non seulement l'égalité entre les sexes, mais surtout leur refus de se laisser réduire par tous les Daech du monde en éternelles victimes.

Terre de roses (ainsi nommé car il s'agit de la traduction française du nom "Gulistan" qui évoque la baby-sitter de Zaynê Akyol partie rejoindre la résistance kurde lorsque la réalisatrice était enfant) s'avère ainsi un document précieux pour connaître la réalité de ces combats lointains qui hantent nos journaux télévisés. C'est aussi un très beau portrait collectif, entre amitié et émulation, bienveillance et bravoure, complicité et abandon. On sent que ces femmes se sont créé une nouvelle famille, une communauté d'esprits tous tendus vers un même but : défendre leur peuple contre la barbarie et l'horreur. Elles savent mieux que quiconque que le prix à payer pour vivre libre et selon ses convictions ne peut jamais être trop élevé.

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Terre de roses de Zaynê Akyol
En salles le 8 mars
Distribué par Eurozoom

Oscars 2017: Moonlight triomphe, La La Land et Manchester by the Sea rayonnent

Posté par vincy, le 27 février 2017

Il y avait une revendication anti-Donald Trump dans l'air. Hollywood est entré en résistance. "Puissiez-vous toujours avoir le courage d'affronter vos peurs" le disait si bien le réalisateur Alan Barillaro, auteur du court de chez Pixar, Piper, en gagnant son Oscar. Dans un registre plus léger, Jimmy Kimmel s'inquiétait: "Ça fait plus de 2 heures qu'on a commencé et Trump a pas fait un seul tweet sur les Oscars... Ça commence à m'inquiéter !". Il lui a donc envoyé un court tweet au président où "Meryl Streep lui disait bonjour", en référence au tweet de Trump considérant Streep "surévaluée". Kimmel en a fait son "running gag" puisqu'il avait déjà balancé plus tôt dans la soirée: "Dès le début de sa carrière, Meryl Streep a été médiocre. Elle a déçu dans 50 films et c'est sa 20ème nomination !" (bon en même temps celle de cette année était peut-être un peu superflue).

Mais Kimmel aussi pointé avec ironie la polémique de l'an dernier sur des Oscars jugés trop blancs: "J'aimerais remercier le président Trump. L'année dernière, on pensait tous que c'était les Oscars qui étaient racistes !"

Accident en direct

Oscars so white? Oubliez-ça! Pour une fois, les Oscars ont sacré, Moonlight, un premier film, avec un casting 100% black et une histoire gay! Le combo total! "Il y a une époque où je pensais que ce film était impossible ! Merci beaucoup" a clamé le cinéaste Barry Jenkins. Bon, on va passer sur l'erreur la plus dingue de l'histoire des Oscars: Warren Beatty et Faye Dunaway présentent l'Oscar du meilleur film. Beatty a un moment d'hésitation, trouvant sans doute étrange ce qu'il lit. Dunaway clame La la Land. L'équipe de Chazelle exulte et monte sur scène! Manque de bol, ce n'était pas la bonne enveloppe ("Ce n'est pas une blague!"). Un accident industriel. C'est bien Moonlight qui l'emporte et un producteur de La La Land, très digne, très classe tend l'Oscar à Barry Jenkins, qui n'en revient pas, assis dans la salle.
On retire tout ce qu'on a dit sur Hollywood qui préfère se regarder dans un miroir et oublie de récompenser des films qui regardent le monde. Pour le coup, cet Oscar du meilleur film est un vrai "face palm" ou une réaction à Trump et à ceux qui l'an dernier accusaient les Oscars de racisme.

Un américain musulman pour la première fois

Dans la catégorie du meilleur second-rôle, ce sont deux afro-américains pour deux films centrés sur des afro-américains, et leurs conditions de vie dans une Amérique qui ne leur fait pas de cadeaux, qui ont gagné. Viola Davis réalise ainsi l'exploit d'être la première interprète afro-américaine à avoir emporté un Emmy, un Tony et un Oscar. Outre l'Oscar du meilleur second-rôle pour Mahershala Ali (et premier acteur musulman à être ainsi lauréat d'un Oscar ce qui a du rendre Trump plus rouge que d'habitude), Moonlight a aussi remporté l'Oscar de la meilleure adaptation. L'auteur de la pièce originelle Tarell Alvin McCraney a d'ailleurs dédié "ce prix à toute la communauté LGBT !" Les minorités assument face à cette Amérique qui tente de revenir en arrière.

Un doublé rare grâce à Farhadi

Et que Le client décroche l'Oscar du meilleur film en langue étrangère (certes les quatre autres nommés n'étaient pas ni meilleurs ni moins bons) et on ne pourra qu'y voir une contestation affichée au Muslim ban du président des Etats-Unis, qui a empêché Asghar Farhadi d'aller sur la scène des Oscars pour la deuxième fois, cinq ans après celui qu'il a reçu pour Une séparation. Boycottant la cérémonie au nom des habitants des sept pays interdits d'entrée aux USA, il a rappelé que les films étaient fait pour partager les valeurs humanistes et abolir les frontières. Il devient le sixième réalisateur à gagner plus d'une fois cet Oscar (après Vittorio De Sica (1948, 1950, 1965, 1972), Federico Fellini (1957, 1958, 1964, 1975), Ingmar Bergman (1961, 1962, 1984), René Clément (1951,1953) et Akira Kurosawa (1952, 1976)).

Le plus jeune cinéaste oscarisé

Cette année, les Oscars ont éparpillé leurs récompenses entre de nombreux films tout en privilégiant Tu ne tueras point, Moonlight, Manchester by the Sea et bien sûr La La Land, qui ont tous gagné plus d'une statuette. Comme si les meilleurs films de l'année avaient chacun leurs propres qualités. De la technique pour le film de Mel Gibson, le scénario et l'acteur pour Manchester by the Sea. Casey Affleck a ainsi logiquement été sacré meilleur acteur, après avoir raflé à peu près tous les prix depuis novembre. la musique et la réalisation pour La La Land, qui récolte 6 Oscars! Damien Chazelle devient le réalisateur le plus jeune à recevoir l'Oscar du meilleur réalisateur, by the way. Dommage qu'il ait fait un discours si banal... Comme on s'y attendait, Emma Stone rapporte elle aussi un Oscar de la meilleure actrice, empêchant Isabelle Huppert de faire son grand chelem américain. "J'ai encore beaucoup à apprendre mais cette statuette c'est un symbole pour poursuivre ce voyage" a rappelé la jeune actrice.

Ce fut donc un palmarès sans réelle surprise, mais assez équilibré pour cette 89e Cérémonie des Oscars, et la preuve, une fois de plus, que les films d'auteur ont réellement dominé l'année hollywoodienne. C'est d'autant plus une bonne nouvelle que chacun des gagnants a été rentable pour leurs producteurs et même, pour certains, de véritables succès publics. On peut regretter que plus les Oscars majeurs passaient, plus les discours s'affadissaient, avec des tonnes de remerciements personnels. La fin de la soirée était ainsi une suite de consécrations attendues, sans la verve de Jimmy Kimmel ou l'engagement des speechs des premiers gagnants.

Mais Kimmel a été bon jusqu'au bout. Profitant de l'incident sur l'Oscar du meilleur film, il a eu la bonne vanne pour conclure: "Je savais que j'allais foirer... Je vous promets de ne plus jamais revenir !"

Meilleur film: Moonlight
Meilleur réalisateur: Damien Chazelle pour La La Land

Meilleure actrice: Emma Stone dans La La Land
Meilleur acteur: Casey Affleck dans Manchester by the Sea
Meilleur second-rôle féminin: Viola Davis dans Fences
Meilleur second-rôle masculin: Mahershala Ali dans Moonlight

Meilleur film en langue étrangère: Le client d'Asghar Farhadi
Meilleur film d'animation: Zootopie de Byron Howard, Rich Moore et Clark Spencer
Meilleur court métrage d'animation: Piper d'Alan Barillaro et Marc Sondheimer
Meilleur documentaire: O.J.: Made in America d'Ezra Edelman et Caroline Waterlow
Meilleur court métrage documentaire: The White Helmets d'Orlando von Einsiedel et Joanna Natasegara
Meilleur court métrage fiction: Mindenki (Sing) de Kristof Deak et Anna Udvardy

Meilleur scénario: Kenneth Lonergan (Manchester by the Sea)
Meilleure adaptation: Barry Jenkins et Tarell Alvin McCraney (Moonlight)
Meilleure musique: Justin Hurwitz (La La Land)
Meilleure chanson: "City of stars" (La La Land)

Meilleure image: Linus Sandgren (La La Land)
Meilleur montage: John Gilbert (Tu ne tueras point)
Meilleurs décors: David Wasco, Sandy Reynolds-Wasco (La La Land)
Meilleurs costumes: Colleen Atwood (Les animaux fantastiques)
Meilleurs maquillages et coiffures: Alessandro Bertolazzi, Giorgio Gregorini, Christopher Allen Nelson (Suicide Squad)
Meilleur montage (son): Sylvain Bellemare (Premier contact)
Meilleur mixage (son): Kevin O'Connell, Andy Wright, Robert Mackenzie, Peter Grace (Tu ne tueras point)
Meilleurs effets visuels: Robert Legato, Adam Valdez, Andrew R. Jones, Dan Lemmon (Le livre de la jungle)

Le critique et historien du cinéma Richard Schickel est mort

Posté par vincy, le 20 février 2017

Le critique et documentariste Richard Schickel est mort à l'âge de 84 ans le 18 février à Los Angeles. Né en 1933 à Milwaukee, cet historien du cinéma avait débuté comme critique dans les années 1960, notamment pour Time, Life et le Los Angeles Times.

Il a surtout été l'auteur d'une trentaine d'ouvrages consacrés au cinéma américain, de 1960 à 2015: he Disney Version: The Life, Times, Art and Commerce of Walt Disney, Harold Lloyd: The Shape of Laughter, Douglas Fairbanks: The First Celebrity, Cary Grant: A Celebration, D.W. Griffith: An American Life, James Cagney: A Celebration, Gary Cooper, Brando: A Life in Our Times, Clint Eastwood: A Biography (Flammarion), Woody Allen: A Life in Film, Elia Kazan: A Biography, The Essential Chaplin: Perspectives on the Life and Art of the Great Comedian, Conversations with Scorsese (Sonatine) ou encore Steven Spielberg: A Retrospective (La Martinière). Biographies, livres d'entretiens, beaux-livres, encyclopédies (notamment une sur la Warner en forme de trilogie): Richard Schickel se vantait d'avoir vu 22590 films dans sa vie depuis son premier, Blanche-neige et les sept nains de Walt Disney en 1938.

Il a aussi été l'auteur et le réalisateur de nombreux documentaires, essentiellement pour PBS, la chaîne publique américaine. Il fut nommé aux Emmy Awards avec The Men Who Made the Movies, Life Goes to the Movies, Minnelli on Minnelli, Elia Kazan: A Director's Journey et Shooting War: World War II Combat Cameramen. Il a aussi été l'auteur de documentaires sur Star Wars (The Making of Star Wars, From Star Wars to Jedi: The Making of a Saga) et les légendes qu'il admirait (Cagney, Grant, Cooper, Barbara Stanwick, Eastwood, Chaplin).

Berlin 2017 : le documentaire Beuys interroge l’influence de l’art sur la société

Posté par MpM, le 14 février 2017

Seul documentaire en compétition de cette 67e édition de la Berlinale, Beuys est aussi le premier film qui pose véritablement la question de l'art et de sa fonction. À travers la figure tutélaire de l'artiste contemporain Joseph Beuys, Andres Veiel se penche en effet sur ce que représente l'art et sur le pouvoir qu'il détient sur la société.

Réalisé presque exclusivement à partir d'images d'archives, le film est une plongée captivante dans le travail de cet artiste allemand à la renommée internationale qui remit en question la définition de l'art en proposant les notions d' "art étendu" et de "sculpture sociale", et donna un prolongement politique à son engagement artistique. On ne peut s'empêcher d'admirer le travail de montage réalisé par Andres Veiel car il parvient à raconter avec une grande fluidité la carrière de Beuys dans les grandes lignes, tout en mettant l'accent sur sa contribution à la conception contemporaine de l'art en tant qu'instrument social et politique.

Qu'est-ce que l'art?

On (ré)découvre ainsi avec beaucoup de plaisir certaines des œuvres les plus marquantes de l'artiste, comme The pack (des luges échappées d'un combi Volkswagen), I like America and America likes me (une performance durant laquelle il s'enferme avec un coyote représentant les Indiens d'Amérique décimés par les colons) ou encore 7000 chênes, une opération consistant à planter 7000 chênes accompagnés d'une pierre de basalt dans un geste écologique et artistique destiné à modifier durablement le paysage.

Ce qui est évidemment captivant, c'est qu'il s'agit du premier film de la compétition à interroger directement le concept d'art. Pour Beuys, il s'agit en effet de réfléchir à une forme d'art auquel tout le monde puisse participer, et dont le rôle n'est absolument pas de "faire joli", mais de donner l'exemple, de susciter des réactions, et d'amener ainsi à changer la société en profondeur. Pour lui, l'artiste à la responsabilité d'intervenir sur les questions sociales et de se demander sans relâche ce que l'art peut faire pour la société.

Le cinéma, 7e art sans art?

Alors que la Berlinale bat son plein, on ne peut s'empêcher d'être frappé par la justesse et l'actualité des ces questions qui s'appliquent aussi bien au cinéma qu'aux autres formes d'art. Depuis le début du festival, on a toutefois l'impression que l'art déserte les écrans, au profit de quelque chose qui se rapproche plus de l'entertainment. Comment agir sur la société, sans parler de l'améliorer, avec ce type d'œuvres ?

C'est d'ailleurs le documentaire de Veiel qui s'avère pour le moment le film le plus politique de la compétition, au coude à coude avec L'autre côté de l'espoir d'Aki Kaurismaki, et indéniablement le plus polémique. C'est que l'on n'a pas cessé, depuis Beuys, de chercher à comprendre la force et le pouvoir de l'art sur le monde, et d'en questionner le bien-fondé. Si Berlin est régulièrement le chef de file d'un courant voulant que le cinéma soit un vecteur de réflexion sur le monde qui nous entoure, il semble qu'il adopte plutôt cette année la vision d'un art insaisissable qui donne à voir le monde sans avoir la prétention de le changer. Mais peut-être ces mouvements en apparence contradictoires sont-ils les deux faces d'une même médaille. Car rien n'est jamais aussi politique qu'un moyen d'expression capable de toucher d'un coup de grandes quantités de gens.
Chaque film, quel que soit son sujet, participe ainsi un peu de cet art étendu auquel se référait Beuys. Tous ne sont pas destinés à révolutionner la société, mais chacun est, même malgré lui, le reflet des aspirations de son époque, et donc un geste social certes inconscient, mais bien réel.

Dix films à ne pas rater au 39e festival de Clermont Ferrand

Posté par MpM, le 1 février 2017

clermont 2017

A un an de son 40e anniversaire, le festival de Clermont Ferrand a de quoi être confiant : en 2016, il a comptabilisé plus de 160 000 entrées et accueilli environ 3500 professionnels, pour un total de près de 8000 films reçus. Pour capitaliser sur ces beaux chiffres, la manifestation qui se tient du 3 au 11 février a concocté cette année encore un programme riche et dense qui ravira aficionados du court métrage, simples amateurs et néophytes absolus.

Comme tous les ans, ce sont les compétitions qui ont la part belle, avec trois sélections distinctes : internationale (75 films, 58 nationalités), nationale (60 films dont 12 coproductions) et "labo" (30 films jugés plus singuliers, voire "expérimentaux", issus de 17 pays). Pour la première fois, un prix sera remis au meilleur documentaire en lice dans les trois sections. Un focus permettra également de découvrir le meilleur du cinéma colombien tandis que la rétrospective thématique mettra l'accent sur "l'humour noir".

Il sera par ailleurs possible de se pencher sur les cinémas africain (avec deux programmes "Regards d'Afrique") et coréen (avec une rétrospective de la Korean Academy of Fine Arts), de découvrir les 7 films d'anticipation de la collection "Demain si j'y suis" ou encore de redécouvrir le Front populaire à travers deux "Courts d'histoire". Enfin, le marché du film, autre centre névralgique du festival, accueillera des exposants d'une quarantaine de pays.

10 films à ne pas rater

Certains films sélectionnés ont déjà fait leurs preuves dans d'autres festivals ou avant-premières. Petit guide de ceux qu'il ne faudra surtout pas manquer.

Anna de Or Sinai (Israël)

Grand Prix de la Cinéfondation lors du dernier festival de Cannes et Grand prix au festival de Poitiers, Anna poursuit logiquement sa carrière à Clermont. Il dresse le portrait touchant d’Anna, une femme d’une quarantaine d’années qui se met en quête, le temps d’une soirée, d’un homme qui pourrait partager sa solitude. Jamais mièvre ni cruelle, la jeune réalisatrice filme son héroïne avec une bienveillance lumineuse qui lui redonne peu à peu confiance. En une nuit, sans éclats ni rebondissements spectaculaires, Anna passe d’une mélancolie amère à une forme d’autodérision et d’humour qui tirent le récit vers une légèreté joyeuse et presque décalée.

Campo de vibeiras de Cristèle Alves Meira (Portugal)

Notamment présenté à la Semaine de la critique 2016, ce film envoûtant et singulier commence sur une énigme et s'achève sur un mystère. Qu'est-il arrivé à Lurdes, qui a fui la demeure familiale ? Et à sa vieille mère acariâtre, retrouvée morte au milieu des vipères ? Peu de réponses, mais une ambiance saisissante et une mise en scène habitée.

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Le cinéma s’invite dans la Nuit des idées

Posté par vincy, le 26 janvier 2017

Pour la 2e Nuit des Idées, qui se déroule ce soir en France et dans 40 pays , le cinéma s'invite dans cet événement festif et philosophique. De Tokyo (pour l'ouverture) à Los Angeles (pour la clôture), les débats auront pour thème "Un monde commun". Initiée par l’Institut Français, ce sont plus de 70 événements qui auront lieu.

Unifrance et MK2 proposeront ainsi une Nuit des Nouvelles Images pour débattre du futur du cinéma. À 18h, au mk2 Bibliothèque (Paris), on y discutera de l’émergence de nouvelles images et de nouveaux modes de diffusion, à l’heure où mk2 ouvre une nouvelle salle consacrée à la Réalité virtuelle et où UniFrance organise la 7e édition de son festival en ligne MyFrenchFilmFestival. Cette soirée se déroulera en présence des cinéastes Rebecca Zlotowski et Clément Cogitore, du DG de mk2 Agency Elisha Karmitz et du commissaire de l'exposition à la Cinémathèque française Laurent Mannoni. Le public sera invité à intéragir avec les intervenants sur Twitter avec le hashtag #NDNI. l'éntre est libre et le débat sera retransmis sur Facebook Live.

Au Forum des Images, l'écrivain et scénariste Jean-Claude Carrière, le photographe Vasantha Yogananthan, l'ethnoscénologue Amiane Béranger et la conteuse et danseuse Nathalie Le Boucher évoqueront  "Ramayana et Mahabharata : a persistance des mythes au coeur de la culture indienne", deux grands textes indiens sacrés. La soirée est accompagnée de la projection Gita Govinda du réalisateur expérimental Amit Dutta, transposition cinématographique du poème hindou (2014), présentée à Cinéma du réel en 2015.

A Nantes, au Lieu unique, dans le cadre de la programmation Doc a LU - focus  sur le cinéma allemand, sera projeté le film de Philip Scheffner, Révision (2012), qui rouvre une sordide affaire de l'été 1992 où deux roumains ont été retrouvés morts à la frontière germano-polonaise. A travers ses films, le documentariste "met en œuvre une pensée politique qui opère une redistribution entre ce qui est manifeste et ce qui ne l’est pas".

La cinémathèque de Grenoble et le cinéma Le Dietrich à Poitiers participeront aussi à cette Nuit pas comme les autres.

A l'étranger, l’Institut National Audiovisuel polonais (NINA) à Varsovie projettera la projection du dernier film (en exclusivité en Pologne) d'Andrzej Wajda Les fleurs bleues (sortie en France le 22 février), le Cinéma Andorra à Helsinki diffusera le documentaire Human de Yann Arthus-Bertrand, en plus d'un débat en sa présenceet à Pinamar en Argentine, le vieil hôtel d'Ostende programmera des fictions et documentaires en continu en plus d'une séance de cinéma sur la plage.