Burt Reynolds, populaire et séducteur, nous quitte (1936-2018)

Posté par vincy, le 6 septembre 2018

C’est un des acteurs les plus populaires du cinéma américain qui vient de s’éteindre. Burt Reynolds est décédé à Jupiter (ça ne s’invente pas) en Floride ce 6 septembre à l’âge de 82 ans. Il était né le 11 février 1936.

Alors qu’il a été le champion du box office américain dans les années 1970, il n’a été nommé qu’une seule fois aux Oscars, en 1998, pour son rôle secondaire de réalisateur et producteur de film X dans Boogie Nights de Paul Thomas Anderson. Les Golden Globes l’avait sacré en second rôle pour ce même film, après l’avoir nommé deux autres fois pour The Longest Yard en 1974 et pour Starting Over en 1979 (à chaque fois en meilleur acteur de comédie).

Merci Brando

C’est peu dire qu’il fut respecté pour les recettes qu’il accumulait et beaucoup moins pour son talent. Le public ne s’en souciait pas. Il fut cinq fois récompensé par les People’s Choice Award comme acteur favori de l’année. Il a aligné d’énormes cartons en salles : Delivrance, The Longest Yard, Silent Movie, Hooper, The Cannonball run, The Best Little Whorehouse in Texas, avant de voir le public se désintéresser de lui dès 1983.

Une décennie flamboyante pour ce sportif qui rêvait de devenir footballeur professionnel, destin contrarié par une blessure. Il s’oriente vers la police quand, à l’Université, Watson B.Duncan III, professeur de théâtre, croit en son talent et lui offre un rôle dans une pièce.

Parallèlement à une riche décennie en séries télévisées, notamment en incarnant un amérindien dans Gunsmoke, ses premières armes au cinéma sont des films modestes, westerns spaghettis et autres séries B. C’est John Boorman qui l’expose en pleine lumière et fait de lui une star en lui offrant l’un des rôles principaux de Delivrance, aux côtés de Jon Voight. Boorman avait proposé le personnage de Reynolds à Marlon Brando, qui se trouvait trop vieux pour le rôle. Le film étant assez fauché, les comédiens durent faire leurs propres cascades. Et Reynolds y prendra goût pour ses films suivants. Film culte, la brutalité et la sauvagerie de ce « survival » en ont fait l’in des grands classiques du cinéma américain.

L'acteur le plus populaire des seventies

On est en 1972. Sa belle gueule, son corps athlétique (dont il savait s'amuser) font vite des étincelles. Par contraste. Les cinéastes émergents – Scorsese, Coppola, Spielberg… - ont peu d’affinités avec les bourreaux des cœurs. Redford et Newman choisissent essentiellement des grands drames populaires de qualité. Burt Reynolds a cet avantage d’occuper un créneau assez disponible : la comédie et l’aventure. Il tourne pourtant des films très variés, avec quelques grands noms du cinéma. The Longest Yard de Robert Aldrich n’est pas loin d’un film avec Pierre Richard. Aldrich le redirige dans La cité des dangers (Hustle), film noir et sensuel avec Catherine Deneuve. On le voit ensuite chez Peter Bogdanovich (At Long Last Love), Stanley Donen (Lucky Lady), Mel Brooks (Silent Movie), ou encore Alan J. Pakula (Starting Over). De la pure comédie ou de la comédie de mœurs, tout lui va. Il réalise même deux films (Gator, 1976, et la comédie noire The End, 1978).

Son plus gros hit reste Smokey and the Bandit (Cours après moi shérif !) qui eut le droit à deux suites médiocres, sorte d’équipée sauvage et burlesque, un peu crétine, où les « contrebandiers » sont les héros et les shérifs de sombres abrutis. Le film fut la 2e plus grosse recette aux Etats-Unis en 1977, derrière La Guerre des étoiles. Il recruta une fois de plus sa compagne de l’époque, l’actrice oscarisée Sally Field (avec qui il tourna trois autres films).

Le long déclin

Sa réputation de tombeur est accentuée par le choix de ses partenaires féminines, parmi les actrices les plus courtisées d’Hollywood, de Jill Clayburgh à Julie Andrews. Mais il manque tous les grands cinéastes et passe à côté de la mutation d’Hollywood et l’arrivée de l’ère des blockbusters. Le comédien n’a pas encore dit son dernier mot avec les années Reagan. Don Siegel s’essaie à la comédie policière (Rough Cut). En tête d’un casting quatre étoiles, de Roger Moore à Jackie Chan en passant par Farrah Fawcett, il devient pilote de course dans la distrayante Équipée du Cannonball (et sa suite, moins intéressante). Avec Dolly Parton, en mère maquerelle, il joue les shérifs au grand cœur dans La Cage aux poules (The Best Little Whorehouse…), où la chanteuse country inaugure I Will Always Love You. Blake Edwards en fait son Homme à femmes. Et puis de polars en comédies mal écrites (sauf peut-être Scoop, un peu au dessus du lot), sa carrière décline jusqu’à toucher le fond en 1996, avec Demi Moore, dans Striptease qui leurs valent une razzia de Razzie Awards. Il valait un million de dollars par film dans les 70s et 20 ans plus tard on pouvait l’avoir pour 100000$.

L'homme qui a refusé Star Wars et James Bond

Malgré Boogie Nights, qui prouva s’il le fallait, qu’il était un bon comédien, avec une certaine audace, il ne retrouva aucun rôle majeur par la suite, même s’il n’a cessé de travailler (avec Renny Harlin et Mike Figgis, en apparaissant dans des caméos, ou pour le petit écran). On ne voyait en lui qu’une espèce disparue d’un cinéma un peu honteux. On le cantonnait inconsciemment dans le registre des vedettes has-been, avec ou sans moustache (et sur le tard avec barbe). Il a aussi refusé des rôles qui auraient pu donner un tout autre visage à sa carrière comme Tendres passions, qui valu finalement un Oscar à Jack Nicholson. Mais il a aussi refusé Han Solo et James Bond.

Tarantino, épilogue manqué

Burt Reynolds vieillissait pourtant bien. Il avait ouvert un théâtre dans sa ville de Jupiter. Certes, il jouait dans des films qui passent rapidement en salles comme Shadow Fighter, dans le milieu de la boxe, sorti en mars aux USA. Il continuait de tourner. Il a terminé la comédie de Stephen Wallis, Defining Moment, prévue pour Noël. Mais ironiquement, il avait enfin trouvé un grand cinéaste avec Quentin Tarantino qui devait lui offrir un rôle dans Once Upon a Time in Hollywood, aux côtés de DiCaprio et Pitt. Malheureusement, les scènes n'avaient pas été tournées.

Le dernier film où il était à l’affiche était celui d’Adam Rifkin (en salles le 30 mars derniers aux USA). Il incarnait une ancienne star de cinéma qui devait faire face à sa réalité : une gloire déclinante et le temps qui passe. Presque autobiographique ? Ironiquement, ce film s’intitule The Last Movie Star. Personne ne l’a vu. Mais on sent que Burt Reynolds n’a pas fait les choses au hasard pour clore sa longue filmographie. Hormis cet acte manqué avec Tarantino qui aurait couronné une longue carrière à Hollywood.

« Les ailes du silence » pour Jacques Higelin (1940-2018)

Posté par vincy, le 6 avril 2018

jacques higelin jappeloup daniel auteuil

Le chanteur, compositeur et poète Jacques Higelin est mort ce 6 avril des suites d'une longue maladie. Il avait 77 printemps. "C’était un artiste absolu, dont le talent se déclinait à l’infini : auteur, compositeur, interprète, comédien, écrivain, Jacques Higelin était un poète merveilleux qui avait conquis le cœur des mélomanes comme des cinéphiles" explique Frédérique Bredin, présidente du CNC. "Son univers lyrique et flamboyant, sa sensibilité à fleur de peau, son caractère généreux et passionné nous manqueront terriblement" ajoute-t-elle en guise d'hommage.

Né le 18 octobre 1940, Jacques Higelin a d'abord commencé sa carrière comme comédien. A 19 ans il tourne dans Nathalie, agent secret d'Henri Decoin et La Verte Moisson de François Villiers. Ses rôles sont secondaires. Durant les sixties, on le croise quand même dans Bébert et l'Omnibus d'Yves Robert, Concerto mécanique pour la folie ou la folle mécamorphose de Julien Duvivier, Les Saintes chéries : Ève au volant de Jean Becker, Par un beau matin d'été de Jacques Deray, Sept jours ailleurs de Marin Karmitz et Erotissimo de Gérard Pirès.

Alors que sa carrière musicale s'envole, mélange de pop et de rock, de chanson à textes et de prestations scéniques virevoltantes, il tourne moins. On le repère malgré tout dans Elle court, elle court la banlieue de Gérard Pirès, L'An 01 de Jacques Doillon, Alain Resnais et Jean Rouch, Un autre homme, une autre chance de Claude Lelouch, Contre l'oubli de Chantal Akerman et René Allio, Un homme à la mer de Jacques Doillon, À mort la mort ! de Romain Goupil, qui tournera en 2008 un documetaire sur le chanteur, Higelin en chemin. Il prête sa voix au beau film d'animation de Jacques-Rémy Girered, La Prophétie des Grenouilles, réalise avec Lyonel Kouro un court métrage Le rêve. Et finalement apparaît dans un succès populaire en 2013, son ultime film, avant que la maladie ne l'éloigne de la lumière, Jappeloup de Christian Duguay.

Il a aussi écrit la musique du film La bande du Rex de Jean-Henri Meunier (1980). En 2013, dans son (avant-dernier) album Beau Repaire, figure un duo avec Sandrine Bonnaire, "Duo d'anges heureux".

Père du chanteur Arthur H, du comédien et réalisateur Kên Higelin et de la chanteuse et comédienne Izïa Higelin, inspiré par le jazz, Boris Vian, Charles Trenet et Léo Ferré, ses chansons ont traversé les décennies. Il n'était pas un faiseur de tubes (hormis peut-être "Champagne", "Poil dans la main", et "Tombé du ciel") mais remplissait les salles, les petites comme les grandes. Incontestablement, c'était l'un des artistes les plus créatifs du paysage musical français, alliant les contraires, de Didier Lockwood à Brigitte Fontaine, de Téléphone à Youssou n'dour, de Bernard Lavilliers à Jeanne Cherhal.

Dorothy Malone s’envole (1924-2018)

Posté par vincy, le 21 janvier 2018

L'actrice américaine Dorothy Malone, âgée de 93 ans, est décédée vendredi 19 janvier à Dallas. Malone a été l'une des rares actrices à travailler durant plus de 50 ans à Hollywood avec plus de soixante films au compteur. Après quelques petits rôles chez Michael Curtiz (Nuit et jour), Howard Hawks (Le grand sommeil) ou Raoul Walsh (One sunday Afternoon, elle commence à se faire un nom dans les années 1950 après le succès de la Fille du désert du même Walsh.

Elle enchaîne les films, les genres, les styles. Belle et élégante, aussi à l'aise dans le film noir que dans la romance, le western ou la comédie, on la voit dans L'Homme du Nevada (The Nevadan) de Gordon Douglas, Du plomb pour l'inspecteur (Pushover) de Richard Quine, Artistes et Modèles de Frank Tashlin ...En 1954 la brunette passe blonde platine. Et sa notoriété explose. En 195, après une série de films médiocres, avouons-le, elle s'impose grâce au chef d'œuvre de Douglas Sirk, avec Rock Hudson, Lauren Bacall et Robert Stack, Ecrit sur du vent. Dans ce quatuor amoureux et malheureux, elle incarne une femme nymphomane, riche et auto destructrice . Ce qui lui vaut l'Oscar du meilleur second-rôle féminin (et une nomination aux Golden Globes). Elle tourna avec le même cinéaste l'année suivante La Ronde de l'aube (The Tarnished angels).

Vedette des années 1950 ( L'homme aux mille visages avec James Cagney, Une femme marquée, Quantez, leur dernier repaire), la comédienne aura moins de choix cinématographiques dès le début des années 1960 (on soulignera sa prestation remarquable dans El Perdido (The Last sunset) de Robert Aldrich). Elle tourne alors pour la télévision (Les incorruptibles, L'homme de fer, Les rues de San Francisco, Vegas...).

Populaire et aimable, elle avait le don pour troubler le spectateur, allumer le plus insensible mâle partenaire, et pourtant... derrière cette image de jeune femme bien élevée mais pas dupe, elle avait survécu à la mort de ses deux sœurs et de son frère. Son dernier rôle au cinéma, et celui qui parlera aux plus jeunes générations, est celui d'Hazel Dobkins, une amie de Catherine Tramell dans Basic Instinct de Paul Verhoeven. Une vieille dame digne et chic qui a quand même été une criminelle psychopathe ayant tué toute sa famille.

Dorothy Malone était réputée pour ses yeux bleus magnifiques, mais n'a pas pas eu les films qu'elle méritait. D'ailleurs, c'est avec la série Peyton Place qu'elle a conquis sa popularité et aussi touché ses plus importants revenus. Mariée deux fois (dont la première fois avec un ex de Ginger Rogers, le français Jacques Bergerac, avec qui elle a eu deux enfants), elle vivait une retraite paisible, s'occupant de ses petits-enfants.

Juan Luis Buñuel s’efface à l’âge de 83 ans (1934-2017)

Posté par vincy, le 12 décembre 2017

Dans l'indifférence générale, le réalisateur et scénariste français Juan Luis Buñuel est mort le 6 décembre dernier, le même jour que Johnny Hallyday. Son décès a été annoncé dans la presse espagnole le 8 décembre. Né le 9 novembre 1934, le fils de Luis Buñuel et père de Diego Buñuel venait de fêter ses 83 ans.

Photographe, sculpteur, peintre, scénariste, réalisateur, documentariste et même acteur (Henry et June, L'aventure c'est l'aventure), ce touche-à-tout qui avait vécu en France, aux États-Unis et au Mexique a commencé en étant l'assistant réalisateur de son père en 1960 pour La jeune fille. Avec lui, il a travaillé sur Viridiana, Le journal d'une femme de chambre et Cet obscur objet du désir. Il assista aussi Louis Malle (Viva Maria!, Le voleur), Henri Verneuil et Luigi Comencini.

A partir de 1966 il réalise quelques courts documentaires avant de se lancer dans une fiction longue, Au rendez-vous de la mort joyeuse, récompensé à Sitges, avec Françoise Fabian. Il signe ensuite La femme aux bottes rouges en 1974, avec Catherine Deneuve et Fernando Rey, Léonor en 1975 avec Michel Piccoli, Ornella Muti et Liv Ullmann, et La rebelión de los colgados 1986.

Très vite, il se tourne vers la télévision pour des téléfilms ou des séries. Il prend sa retraite il y a 20 ans.

Plus d’image pour le chef-opérateur Matthieu Poirot-Delpech (1959-2017)

Posté par vincy, le 30 novembre 2017

Le directeur de la photographie Matthieu Poirot-Delpech, ancien président de l'Association française des directeurs de la photographie cinématographique, est mort le 25 novembre à l'âge de 58 ans, annonce Le Monde dans son édition du jour. Né le 14 novembre 1959 à Paris, le fils du journaliste au Monde Bertrand Poirot-Delpech, et de l'écrivaine Julie Wolkenstein a d'abord été diplômé d'architecture avant d'entrer à l'Institut des hautes études cinématographiques (l'ancienne Fémis). il a d'abord réalisé quelques courts métrages au débit des années 1990 avant de devenir chef opérateur.

S'il fait ses débuts avec Mathieu Amalric avec Mange ta soupe, c'est sa collaboration avec son complice étudiant Olivier Ducastel (section montage de l'Idhec) qui le révèle. Il mettra en images une grande partie des films de Ducastel et Jacques Martineau: Jeanne et le garçon formidable, Drôle de Félix, Ma vraie vie à Rouen, Crustacés & coquillages, Nés en 68 et L'arbre et la forêt.

Son dernier film en salles en janvier

Parmi les longs métrages marquants de sa filmographie, on remarque un certain éclectisme (de la comédie d'auteur au polar en passant par des films plus dramatiques) et une exigence certaine dans ses choix: Ressources humaines de Laurent Cantet, Harry, un ami qui vous veut du bien de Dominik Moll, Gangsters d'Olivier Marchal, A la petite semaine et La vérité ou presque de Sam Karmann, Tristan et Tu vas rire, mais je te quitte de Philippe Harel, Tout pour plaire de Cécile Telerman ... Il venait de terminer le tournage du prochain film de Jean-Pierre Améris, Je vais mieux, adaptation d'un roman de David Foenkinos prévue en salles en janvier prochain.

L'âme scientifique, la passion du navigateur et son envie primordiale de se faire plaisir l'ont conduit à mener sa carrière au gré du vent, refusant beaucoup de projets, cherchant toujours le défi plutôt que le confort. Mathieu Poirot-Delpech avait toujours collaboré sur les courts-métrages. Parmi ceux qu'il a réalisé, Les enfants s'ennuyent le dimanche avait même été sélectionné à Cannes. Curieux, il a été l'un des premiers à utiliser l'image numérique, dès le début des années 2000. Ces dernières années, il avait mis son savoir-faire au service de la télévision, notamment avec la série La Source de Xavier Durringer, ou des téléfilms comme Les heures souterraines et Rouge sang.

Jean Rochefort (1930-2017) s’en va au Paradis

Posté par vincy, le 9 octobre 2017

L'immensément populaire, le toujours élégant, le perpétuel fringant, l'éternel trublion Jean Rochefort a fait son ultime révérence à l'âge de 87 ans. Hospitalisé depuis près de deux mois, le facétieux troubadour, qui savait manier la légèreté aussi bien que les mots nous quittent et rejoint le Paradis cher à son ami Yves Robert.

Avec son allure de dandy et ses somptueuses bacchantes, il avait cette silhouette aristocrate, doublée d'une voix chaude, qui lui ont souvent valu des rôles de notables ou d'adulescents, de salauds ou de sympathiques. Jean Rochefort est, dans l'esprit de tous, attaché à de nombreuses comédies (la moitié de sa filmographie). Pourtant, c'est aussi dans les films d'aventures, les drames et les polars qu'il a su imposer son éclectisme.

Lire aussi son portrait: Jean Rochefort, patrimoine national.
Voir aussi sa filmographie: de Ridicule à L'artiste et le modèle, toutes nos critiques

Avec 17 films au dessus des 2 millions d'entrées en France, il est incontestablement de la race de ces acteurs populaires qui, même s'ils ont surtout brillé durant une période (les années 1960 et 1970), ont su séduire les générations suivantes (grâce à la télévision entre autres).

De la bande de Noiret, Marielle, Cremer, Girardot et bien sûr Belmondo, Jean Rochefort avait aussi gagné le respect d'une profession, couronné par trois César (meilleur second-rôle, meilleur acteur et César d'honneur). Comme toute la bande, il a commencé en figurant, avec des petits rôles, dans l'ombre de Jean Marais et de Bébel; notamment dans des films de Cape et d'épée (Cartouche, Le Capitaine Fracasse, Le masque de fer, Angélique marquise des Anges et ses suites). En majordome dans Les Tribulations d'un Chinois en Chine, il parvient à tirer un peu la couverture à lui, en reprenant les codes rigides du domestique Nestor dans Tintin. Philippe de Broca le reprend dans Le Diable par la queue, où il incarne malicieusement un fils à maman et doux fainéant.

"J'étais obligé de beaucoup tourner pour vivre, parfois des films qui m'intéressaient peu: je les nommais mes films «avoine-foin», parce que j'étais déjà éleveur de chevaux, et il fallait que je les nourrisse, ainsi que moi-même. Angélique, cette rigolade, c'était pour les chevaux! C'est au début des années 70 que j'ai commencé à avoir de grands rôles au cinéma" a-t-il confié en 2013.

Il faut attendre sa rencontre avec Yves Robert pour le voir dans un rôle populaire plus noir. En Colonel Toulouse, il s'avère un redoutable manipulateur, froid comme un serpent, et sans affect dans Le Grand blond avec une chaussure noire. Robert en fait l'un de ses acteurs fétiches: Salut l'artiste, Le retour du grand blond, Un éléphant ça trompe énormément, Nous irons tous au Paradis, Courage, fuyons, Le château de ma mère (l'un de ses plus gros succès). Dragueur maladroit ou père de famille libertin, il montrait qu'il pouvait tout jouer, à commencer par "le bourgeois type que je représentais aux yeux des Français" comme il le disait.

Dans les années 1970, Rochefort mue et devient l'un des grands acteurs de sa générations. S'affranchissant des étiquettes, il passe ainsi de Michel Audiard à L'horloger de Saint-Paul de Bertrand Tavernier, de Patrice Leconte (années navets) au Fantôme de la liberté de Luis Bunuel. Claude Chabrol se laisse séduire par son ambivalence et le faut tourner deux fois (Les Innocents aux mains sales, Les magiciens). Bertrand Blier aime sa gueule impassible (Calmos). Mais, particularité, il est aussi l'un des rares acteurs français à tourner avec des cinéastes étrangers : Luigi Comencini (Mon Dieu, comment suis-je tombée si bas ?, tournage qu'il a tant détesté qu'il a refusé de faire un autre film avec le réalisateur italien), Henning Carlsen (Un divorce heureux), Ted Kotcheff (La grande cuisine), Joachim Kurz (Grandison), Giorgio Capitani (Je hais les blondes), Laszlo Szabo (Davis, Thomas et les autres), Robert Altman (Prêt-à-porter), ou encore Alejandro Agresti (Le Vent en emporte autant)... On pourrait aussi citer L'enfer de Danis Tanovic ou Les vacances de Mr. Bean de Steve Bendelack, qui résument à eux seuls les grands écarts contorsionnistes de sa filmographie. Le grand acte manqué restera sa collaboration avec Terry Gilliam. Le tournage (maudit) de The Man Who Killed Don Quixote restera inachevé à jamais. Eleveur et cavalier accompli (il sera même embauché à la télévision pour commenter les épreuves olympiques d'équitation), sa chute de cheval sonne comme une allégorie à ce film adapté de l'œuvre de Cervantes.

En 1975, Tavernier en fait un libertin cynique dans Que la fête commence. Premier César. Deux ans plus tard, Pierre Schoendoerffer le met face à Jacques Perrin, Claude Rich et Jacques Dufilho dans Le Crabe-Tambour. Deuxième César, mais cette fois-ci du meilleur acteur. Il y est "le vieux", alors qu'il n'a que 47 ans. Un commandant atteint d'un cancer chargé d'une dernière mission et rongé par une promesse qu'il n'a pas pu tenir.

Dans les années 1980, il tourne moins. Il est d'une autre époque, se glisse dans des farces ou des drames un peu datés. Patrice Leconte change de registre et tourne Tandem, où Rochefort incarne un magnifique animateur radio qui s'use à résister à l'air du temps. Une nouvelle génération de cinéastes voit en lui un grand monsieur. Ils ne se trompent pas, contrairement aux éléphants, et vont lui offrir des personnages splendides, qui vont presque anoblir sa carrière, faisant oublier ses débuts de comique-troupier. Leconte en fait d'ailleurs sa "muse", trouvant en lui un comédien qui a le même sens de la dérision, de la vanne et du tragique. Dans Le mari de la coiffeuse, Rochefort y est superbement mélo-romantique. On le revoit dans Tango, Les grands ducs (dont il ne reste que Marielle), Ridicule (exquis marquis), L'homme du train (face à Johnny). "Leconte m'a offert mes plus grands rôles" avouait-il.
De Régis Wargnier (Je suis le seigneur du château) à Philippe Lioret (Tombés du ciel) en passant par Pierre Salvadfori (Cible émouvante), il trouve des cinéastes qui font oublier ses parenthèses caustiques chez Antoine de Caunes, Etienne Chatiliez, Laurent Tirard (dans un Astérix), Edouard Baer (son fils spirituel), Alain Chabat (RRRrrrr!!!!) ou Laurent Baffie.

Cela ne l'empêche pas de tourner pour Francis Veber (Le Placard) ou Guillaume Nicloux (La clef), Samuel Benchetrit (J'ai toujours rêvé d'être un gangster) ou Philippe Le Guay (Floride). Toujours cette volonté équilibriste de ne pas s'enfermer dans une image ou un personnage. De rester digne même dans la vieillesse. De s'amuser comme un enfant même avec les cheveux grisonnants. De montrer sa face sombre pour mieux revenir dans la lumière (la série Les Boloss des belles lettres, sa dernière apparition l'an dernier, est à ce titre un monument "rochefortien", entre transmission du "classique" et adaptation au "moderne").

Si Rochefort a été si important dans notre accompagnement cinéphile, c'est bien parce qu'il pouvait être sur le petit écran familial du dimanche soir et sur le grand écran de salles art et essai, sans qu'on lui en veuille de jouer indifféremment les clowns ou les ordures. Guillaume Canet, avec Ne le dis à personne, partage avec lui son amour des chevaux. Dans l'un des derniers grands rôles de l'acteur, il y a onze ans, il en fait un homme politique véreux et meurtrier. Et ça lui va bien. Pourtant, on retiendra plutôt son incroyable incarnation d'un sculpteur qui retrouve l'inspiration au contact d'une jeune femme, durant la seconde guerre mondiale, dans L'artiste et son modèle de Fernando Trueba. Il est nommé aux Goyas comme meilleur acteur. Mais surtout il renoue avec ces personnages un peu mélancoliques, un peu intérieurs, portés par le désir et l'amour, qui lui vont si bien.

Rochefort n'a jamais pris le melon. Il préférait l'absurde. Il aimait écouter. Il savait d'où il venait. Entre le quai d'Orsay et Rambouillet, ville et campagne, diplomatie professionnelle et tranquillité personnelle, l'acteur a tracé sa vie comme il l'entendait.

Jean Rochefort s'en va au Paradis. Qui doit ressembler à la côte bretonne, avec des chevaux. "«On ne quitte pas le monde, c’est le monde qui vous quitte». Je sens la mort qui se rapproche, je le dis sans drame: l’avenir m’inquiète, pas le mien, mais celui de l’humanité. Alors je repense à ce qui m’a beaucoup plu par ici. Une promenade à cheval, le vent sur la joue. Ou encore la marée qui monte. Je suis Breton, j’aime aussi la marée qui descend."

Mireille Darc (1938-2017) : le départ de la grande blonde

Posté par MpM, le 28 août 2017

C'est bien la première fois que Mireille Darc ne nous aura fait ni sourire, ni fondre. L'inoubliable héroïne du Grand blond avec une chaussure noire, dans lequel elle portait cette fameuse robe noire dénudant vertigineusement le dos, vient de disparaître à l'âge de 79 ans, laissant orphelin le cinéma français qui aura décidément payé un lourd tribu cet été.

Quand on pense à Mireille Darc, c'est tout un pan du cinéma des années 60 et 70 qui vient immédiatement à l'esprit. La grande sauterelle (ça restera son surnom), Des pissenlits par la racine (elle y incarne Rockie la braise, ça ne s'invente pas), La blonde de Pékin, Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais... elle cause, Fleur d'oseille, Fantasia chez les ploucs... même les titres sont évocateurs d'une époque et d'une certaine forme de cinéma.

C'est que Mireille Darc faisait partie de la "bande" de Michel Audiard et surtout de Georges Lautner, avec lequel elle tourna 13 films, dont le monument Les barbouzes en 1964, avec Lino Ventura, Bernard Blier ou encore Francis Blanche, mais aussi Les bons vivants (1965) ou encore Ne nous fâchons pas (1966). Elle tourna également avec Jean Giraud (Pouic Pouic, son premier grand rôle au cinéma), Edouard Molinaro (La chasse à l'homme, le téléphone rose...), Jean-Luc Godard (Week-end), Jacques deray (Borsalino) et bien sûr Yves Robert (Le grand blond...).

En tout une cinquantaine de longs métrages où elle apparaissait en femme fatale bienveillante ou en sex-symbol accessible, souvent drôle et malicieuse, dans des comédies policières loufoques ou des parodies décalées. Elle était ainsi le symbole d'une féminité émancipée et joyeuse, mais aussi d'une certaine force de caractère. A la fois populaire et mythique, libérée et rassurante, drôle et sensuelle.

Dans les années 80, une opération à coeur ouvert et un grave accident de voiture interrompent sa carrière. Elle tournera malgré tout son premier long métrage en tant que réalisatrice (La Barbare, en 1986) et apparaîtra une dernière fois chez Lautner, pour un petit rôle non crédité (La vie dissolue de Gérard Floque, en 1986). Ensuite, c'est la télévision qui lui fait un pont d'or, avec notamment les séries Coeurs brûlés (1992),  Les yeux d'Hélène (1994), Terre indigo (1996)...

La réaction la plus touchante à l'annonce de son décès est celle de Pierre Richard, son partenaire dans Le grand blond... : "Plus je suis triste, moins j'ai envie de parler… et là, je suis abattu par la disparition de Mireille…"

Carrie Fisher (1956-2016): l’Empire en deuil de sa Princesse

Posté par vincy, le 27 décembre 2016

C'est injuste. mais Carrie Fisher restera pour des centaines de millions de spectateurs la Princesse Leia avec sa drôle de coiffe. C'était l'âme, la battante, l'égale des héros dans ce mythe contemporain intergalactique. Avec Harrison Ford, elle donnait du relief, de l'humour à l'épopée. L'héroïne de la trilogie originelle Star Wars, était revenue dans Le Réveil de la Force l'an dernier. Pire, on la voyait en image de synthèse dans Rogue One, qui cartonne actuellement sur les écrans. Prémonitoire, c'était le chant du cygne. On la reverra, cependant, dans le 8e épisode de la franchise: elle avait terminé ses prises pour le film, qui doit sortir en l'année prochaine.

Après un week-end de Noël éprouvant, suite à une violente attaque cardiaque, elle est morte le 27 décembre 2016 à l'âge de 60 ans. Née le 21 octobre 1956 à Beverly Hills, l'actrice et scénariste était une fille de. Sa mère, Debbie Reynolds, est une star (une des dernières légendes de l'âge d'or hollywoodien encore de ce monde), connue pour son rôle principal dans Chantons sous la pluie. Son père, Eddie Fisher, chanteur et acteur qui collectionna les plus belles femmes d'Hollywood, a enregistré quelques tubes, dont pas mal de numéro 1 au Top 50 américain.

Le destin de Carrie Fisher se joue à peu de choses. Elle auditionne pour Carrie de Brian de Palma et La guerre des étoiles de George Lucas. Elle refuse le premier pour cause de nudité. Elle se fera avaler par le second au point que sa tenue très suggestive dans la saga restera longtemps un symbole érotique couru par les fétichistes. Francophone, la fille (et belle-fille de Liz Taylor), n'était pourtant pas que la Princesse Leia de la saga mythique. On l'aperçoit dans Shampoo d'Hal Ashby, gros succès de 1975, délirante dans Les Blues Brothers de John Landis, comédie culte de 1980, dans le beau A la recherche de Garbo de Sydney Lumet en 1984. Si elle se bat contre les addictions, si elle gère difficilement la célébrité et notamment le culte voué à son personnage d'héroïne héroïque, elle mène une carrière singulière à Hollywood.

Bipolaire, cérébrale, spirituelle et lucide

Carrie Fisher est ainsi du casting d'Hannah et ses sœurs, l'un des plus beaux Woody Allen et surtout la meilleure amie de Meg Ryan dans Quand Harry rencontre Sally, de Rob Reiner, deux films pour névrosés. Plus cérébrale qu'on ne le pense, elle est quand même cantonnée à des seconds rôles chez Joe Dante (Les banlieusards), Wes Craven (Scream 3), Nora Ephron (Ma vie est une comédie), McG (Charlie's Angels : Les anges se déchainent), ou à des caméos chez Spielberg, Jay Roach et même Cronenberg (Maps to the stars).

Paradoxalement, son plus beau rôle fut celui de scénariste, quand elle adapte son propre livre autobiographique, Poscards from de the Edge (Bons baisers d'Hollywood) réalisé par Mike Nichols en 1990, avec Meryl Streep et Shirley MacLaine. Elle s'y met à nu et règle ses comptes avec l'industrie du cinéma, mirage aux alouettes. Pour elle, L.A. était un monde d'artifices. Carrie Fisher se savait bipolaire, elle était discrète, elle essayait d'affronter un réel qui ne lui convenait pas. Sans pitié sur son univers, lucide sur ses failles, consciente que l'ombre de la Princesse Leia lui survivrait après l'avoir hanté toute sa vie, "Je n'ai finalement été qu'elle. Elle a fait partie de ma vie durant 40 ans" écrivait-elle. Seule sa plume l'évadait, la calmait. Script doctor réputée, autobiographe populaire, elle préférait l'authenticité de l'écriture aux jeux factices des célébrités d'Hollywood. Comme elle le soulignait elle-même: "Je ne veux pas que ma vie imite l'art mais je veux que ma vie soit de l'art."

La dernière charge d’Andrzej Wajda (1926-2016)

Posté par vincy, le 10 octobre 2016

Le réalisateur polonais Andrzej Wajda est mort dimanche 9 octobre dans la soirée à Varsovie à l'âge de 90 ans des suites d'une insuffisance pulmonaire. Oscar pour l'ensemble de sa carrière en 2000, Ours d'or d'honneur en 2006 et Ours d'argent pour sa contribution au cinéma en 1996 à Berlin, Palme d'or en 1981 pour L'homme de fer et prix spécial du jury en 1957 pour Ils aimaient la vie à Cannes, Lion d'or d'honneur en 1998 à Venise, César d'honneur en 1982 et César du meilleur réalisateur pour Danton en 1983, Prix Louis Delluc pour Danton en 1982 et BAFTA du meilleur film étranger pour Danton en 1984, le cinéaste était l'une des grandes figures du cinéma européen de la seconde moitié du XXe siècle.

Il a accompagné l'histoire de la Pologne depuis l'après guerre jusqu'en 2014.  Né le 6 mars 1926 à Suwalki , Andrzej Wajda a d'abord voulu être, comme son père, militaire de carrière. Sans succès. Son pays est alors envahi par l'Allemagne nazie. Il commence alors des cours de peinture, et, après un passage à l'Académie des Beaux-Arts de Cracovie, il intègre la célèbre école de cinéma à Lodz.

Figure de proue de l'Ecole de cinéma de Lodz

Sa filmographie, prolifique, suivra la respiration de la Pologne. Après la guerre, il réalise quelques courts métrages avant de filmer son premier long en 1955, Une fille a parlé (Génération), qui suit des jeunes de Varsovie pendant l'Occupation nazie. Avec Ils aimaient la vie (Kanal), œuvre sur l'insurrection de Varsovie, il signe son premier film reconnu dans un grand Festival international, tandis que Jerzy Kawalerowicz et Roman Polanski émergent en parallèle.

L'expérience douloureuse de la guerre et la résistance contre les nazis croisent ainsi l'héroïsme et le romantisme polonais. Il aime les révolutionnaires, les résistants, les combats qui bousculent l'Histoire. Wajda devient très rapidement un grand nom du cinéma. Mais avant tout, contrairement à Polanski, lui décide de rester dans son pays. Hormis trois films dans les années 1980, il préfère accompagner l'évolution d'une Pologne déchirée ou explorer son passé mouvementé. Wajda c'était la mémoire vivante de l’histoire de la Pologne, dans ce qu'elle a de meilleur et dans ce qu'elle a vécu de pire. Lui même résistant contre les Nazis quand il était adolescent, il en a fait un film sublime, Cendres et diamant (Popiól i diament, 1958, photo). La seconde guerre mondiale est encore présente dans La dernière charge (Lotna, 1959), Samson (1961) ou Landscape after Battle sur les Camps de concentration (1970). Il remonte le temps avec Cendres (Popioly, 1965) avec les guerres napoléoniennes.

Une Palme d'or qui le sauve

Il puise même dans le patrimoine littéraire polonais avec Le bois de bouleaux (Brzezina, 1970), Les Noces (Wesele, 1972), La Terre de la grande promesse (Ziemia obiecana, 1974), Pan Tadeusz, quand Napoléon traversait le Niemen (1999), La Vengeance (2002). Il adapte aussi Joseph Conrad avec La ligne d'ombre (1976) et l'auteur polonais contemporain Tadeusz Konwicki avec Chronique des événements amoureux (1986). Car Wajda aimait aussi le romanesque et s'essayait à d'autres genres, de la fresque historique à la comédie romantique en passant par le mélo et le musical (Les innocents charmeurs en 1960, La croisade maudite en 1968, Tout est à vendre, Polowanie na muchy en 1969, Les demoiselles de Wilko en 1979, Le chef d'orchestre en 1980, avec l'immense John Gieguld).

Le grand virage s'opère en 1977 avec un premier film réellement ancré dans son époque, L'Homme de marbre, critique de la Pologne communiste. Le titre en lui-même évoque une statue déchue d'un prolétariat opprimé. Trois ans plus tard plus tard, il signe une suite avec L'Homme de fer (photo), racontant pratiquement en temps réel l'épopée de Solidarité, le premier syndicat libre du monde communiste, emmené par un certain Lech Walesa, qui deviendra président de la Pologne quelques années plus tard. Le film emporte la Palme d'or.

"Le jour de la Palme a été très important dans ma vie, bien sûr. Mais j'étais conscient que ce prix n'était pas uniquement pour moi. C'était aussi un prix pour le syndicat Solidarité", avait-t-il expliqué. C'est aussi cette Palme d'or qui le sauve de la prison alors que de nombreux amis du cinéaste sont incarcérés lors du coup de force du général Wojciech Jaruzelski contre Solidarnosc en décembre 1981.

Exils artistiques

C'est aussi à cause de son opposition au régime de Jaruzelski qu'il décide de réaliser des films à l'étranger, avec la participation d'Agnieszka Holland à chacun de ces scénarios: Danton (1983) avec Gérard Depardieu, Un amour en Allemagne (1986) avec Hanna Schygulla, ou Les Possédés (1988) avec Isabelle Huppert, coécrit avec Jean-Claude Carrère d'après le classique Dostoïevski. Il reviendra à l'auteur russe dans un téléfilm en 1992, Crime et châtiment et dans un long métrage, Nastazja (d'après un chapitre de L'idiot) en 1994.

Après la chute du communisme en 1989, Andrzej Wajda revient à l'Histoire avec notamment la seconde guerre mondiale et les Juifs dans Korczak (1990), le patriotisme polonais dans L'Anneau de crin (1993) ou le ghetto de Varsovie dans La Semaine Sainte (1995), coécrit avec Jerzy Andrzejewski .

Andrzej Wajda a aussi mis en scène une quarantaine de pièces de théâtre. Par ailleurs, ce grand passionné de la culture japonaise a créé en 1994 à Cracovie un centre de civilisation japonaise, Manggha. Et en 2002, il avait lancé sa propre école de cinéma et d'écriture de scénarios.

De son cinéma, on retiendra une intensité jamais démentie, des séquences parfois baroques ou tourbillonnantes, des transes flamboyantes avec des acteurs en sueur, des héros insolents tandis qu'il n'a jamais été frontalement dissident. Finalement, Wajda luttait contre l'amnésie, aimait profondément les martyrs et son cinéma transposait les destins avec des grands angles, des images fortes visuellement, comme un peintre (les Beaux-Arts, ça marque) jetait son sujet dans un grand tableau rempli de multiples détails.

Candidat à l'Oscar en 2017

Après quelques téléfilms et documentaires, ainsi qu'une comédie transposée d'une pièce de théâtre, Zemsta en 2002, où Roman Polanski tient l'un des rôles principaux, il revient par la grande porte en 2007 avec Katyn (photo). En rétablissant la véritable version des faits, il y raconte l'histoire tragique de son propre père, Jakub Wajda, qui fut l'un des 22500 officiers polonais massacrés par les Soviétiques en 1940, notamment à Katyn. Mais Wajda reste ouvert à toutes formes de récit, comme en témoigne Tatarak, où une femme d'un certain âge, malheureuse dans son couple, retrouve une jeunesse en fréquentant un beau jeune homme (2009). Il retrouve Lech Walesa pour un biopic, L'homme du peuple (2013). Enfin, son dernier film, Powidoki (Après-image, 2016, le film doit sortir en janvier 2017 en Pologne), a a été présenté en avant-première il y a quelques semaines aux Festivals de Venise et de Toronto et a été choisi comme candidat polonais à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Le film suit les dernières années de la vie du peintre avant-gardiste, Wladyslaw Strzeminski, qui s'est battu contre l'idée dogmatique de l'art que voulait imposer Staline. Très critique à l'égard du pouvoir ultra-conservateur actuellement à la tête de la Pologne, les critiques y ont vu une métaphore critique à l'égard du régime de son pays. Wajda a toujours été à la fois une conscience morale et un cinéaste qui réveillait les Mémoires.

Lors de la rétrospective qui lui était consacrée à la cinémathèque française, le dossier de présentation rappelait: "Rares sont les cinéastes en effet qui se vouent si fidèlement à l’histoire et à la culture de leur pays. Il le fit, lui, avec une détermination jamais démentie. Avec vocation, pourrait-on dire, au risque que cela le desserve sur le plan international. Plus polonais que Bergman était suédois, Fellini italien, Buñuel espagnol ou Welles américain, Wajda a parfois pâti du caractère national de ses films. Il le dit fièrement : « Mes films sont polonais, faits par un Polonais, pour un public polonais »."

Pierre Tchernia, éternel Monsieur Cinéma, est mort

Posté par vincy, le 8 octobre 2016

Homme de télévision, de cinéma et même croqué par Uderzo dans plusieurs albums d'Astérix, Pierre Tchernia, de son vrai nom Pierre Tcherniakowski, est décédé à l'âge de 88 ans cette nuit, samedi 8 octobre.

"La disparition de Monsieur Cinéma met en tristesse la cinéphilie", a déclaré à l'AFP Gilles Jacob, ajoutant: "Son physique tout en rondeur cachait en réalité un metteur en scène lucide, comme dans son film Le Viager où il mettait en évidence les spéculations sur la mort."

Ne le 21 janvier 1928, il avait fait des études dans cet art nouveau qu'était l'image: à l’Ecole technique des métiers du cinéma et de la photographie puis à l'IDHEC où il était en promotion avec Claude Sautet. Ce pionnier du petit écran avait participé à la création du  premier journal télévisé en 1949 avant de devenir en 1955 animateur d'émissions de variétés telles "La piste aux étoiles" ou d'actualités comme "Cinq colonnes à la Une". C'est avec "La boîte à sel" quu'il fit découvrir aux Français des talents comme Jean Poiret, Michel Serrault, son ami, Raymond Devos et Philippe Noiret.

Magique cinéma

A partir de 1966 et jusqu'en 1988, il avait présenté "Monsieur Cinéma", "Jeudi cinéma" et "Mardi cinéma", émissions cultes sur le 7e art, mais aussi émissions de résistances à leur manière quand les Français préféraient la télévision aux salles de cinéma. 60 ans de télévision, cela en fait, en effet, un complice de beaucoup de téléspectateurs, un "ami public n°1". On lui doit aussi les émissions spéciales autour de l'animation américaine, de Walt Disney à Tex Avery. Il avait un savoir-faire inégalable dans sa façon de partager son amour pour les films. Il a  aussi présenté le Festival de Cannes et la cérémonie des Césars pendant plusieurs années.

Parallèlement, il a aussi été réalisateur : adaptations d'oeuvres de Marcel Aymé ou documentaire sur Jean Carmet pour la télévision, films pour le cinéma (Le Viager, Les gaspards, Bonjour l'angoisse, La gueule de l'autre). Il a aussi été scénariste pour deux co-réalisations avec Robert Dhéry (La belle Américaine, Allez France!) et de longs métrages d'animation (plusieurs Astérix, où il prêtait sa voix en tant que narrateur, mais aussi un Dalton). Il avait eu le coup de foudre pour le grand écran avec La Chevauchée fantastique de John Ford.

Fantastique télévision?

Frédérique Bredin, présidente du CNC, rappelle que ce "passionné de cinéma" avait consacré "une grande partie de sa vie à transmettre son amour pour le 7e art au public, qui avait trouvé en lui un passeur érudit et bienveillant. Sa voix et sa silhouette étaient connues de tous."

"J’appartiens à cette génération qui a fait de la télévision parce que le cinéma ne nous ouvrait pas ses portes. Et en faisant de la télévision, nous ne savions pas que nous allions faire du mal à ce cinéma que nous aimions tant" a raconté Pierre Tchernia en 1987. "La télévision ne nous a jamais dispensé toutes les joies à la fois, mais il semble que nous avons connu une époque où, entre le public et nous, existait un état de grâce” avait-il également expliqué.

"Magic Tchernia" revint à son métier d’acteur en interprétant le rôle du centurion et narrateur Caius Gaspachoandalus dans Astérix et Obélix, mission Cléopâtre d’Alain Chabat.