L’instant Court : Fire Escape, réalisé par Jamie Thraves

Posté par kristofy, le 5 novembre 2010

Fire escapeComme à Ecran Noir on aime vous faire partager nos découvertes, alors après Attrapez-les toutes en animation, voici l’instant Court n° 5.

Quel est le point commun entre les cinéastes Michel Gondry (Eternal sunshine of the spotless mind) et Olivier Megaton (Le transporteur 3) ? Avant de réaliser des films de longs-métrages, ils se sont fait un nom en travaillant sur de nombreux courts-métrages d’un format particulier : le clip musical. C’est aussi le cas de Claude Lelouch avec à son actifs 80 clips, qu’on appelait à l’époque scopitone.

Si la fonction première du clip est de faire la promotion d’une chanson (et donc d’un disque) à la télévision (et maintenant sur internet), il peut aussi être un court-métrage avec une véritable dimension esthétique.

Avant le cinéma (Notre jour viendra avec Vincent Cassel), Romain Gavras avait réalisé le fameux clip Stress pour le groupe Justice : son contenu sujet à polémique en a fait un des courts-métrages français le plus vu au monde. Et certains réalisateurs s’affranchissent de la contrainte de la durée de la chanson pour offrir un court-métrage bénéficiant d’un budget confortable (Laurent Boutonnat pour Mylène Farmer), le rappeur Kayne West a réalisé lui-même son dernier clip dont la version longue dure 34 minutes (39 minutes pour le Ghost de Michael Jackson).

Alors que cette semaine sort en salles le film Des filles en noir de Jean-Paul Civeyrac qui aborde le suicide chez des adolescents, il est intéressant de voir que ce sujet sensible et délicat à aborder peut aussi être celui d’un clip musical.

Voila donc le court-métrage Fire Escape réalisé par Jamie Thraves pour le groupe Fanfarlo.

Fanfarlo 'Fire Escape' from Trim Editing on Vimeo.

Jamie Thraves a réalisé des clips pour Radiohead, Blur, Coldplay, Damien Rice… et aussi trois longs-métrages. Son dernier film Treacle Jr a gagné le grand prix Hitchcock d’or (ex-aquo avec We want sex de Nigel Cole) lors du 21ème Festival du Film Britannique de Dinard.

Crédit photo : image modifiée, d’après un extrait du film Fire escape

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Découvrez tous les courts métrages présentés dans L'instant court

Dinard 2010 : un cinéma britannique rayonnant mais menacé

Posté par kristofy, le 21 octobre 2010

Le temps de quelques jours, la ville de Dinard devient chaque année la capitale du cinéma britannique. L’équipe du Festival, emmenée par la présidente Sylvie Mallet et son directeur artistique Hussam Hindi, s’attache à faire découvrir un large panorama de la production actuelle avec aussi bien les prochaines comédies à succès que les drames plus fragiles et même les films de genre. Une des particularités de Dinard est de ne pas se contenter de servir de tremplin aux films avant leur sortie française déjà programmée, mais plutôt de valoriser des œuvres sans distributeur, pour que toute la diversité du cinéma d’outre-manche puisse trouver une résonance en France.

Les films britanniques représentent traditionnellement la 3ème cinématographie dans nos salles (les spectateurs vont d’abord voir les films français et américains), mais il est à craindre que cette part se réduise de plus en plus. L’année 2010 a reçu un rude choc : le UK Film Council (équivalent de notre CNC) a disparu, voir notre article du 27 juillet. C’est autant de moyens en moins pour la production, la promotion, et la diffusion du cinéma britannique. Cependant le véritable problème est en fait plus proche de nous : la toujours plus grande frilosité des distributeurs français.

Si l’on revient un instant sur l’édition 2009 du festival de Dinard, on remarque quantités de films qui auraient dû sortir en salles, mais leurs distributeurs ont préféré se reporter sur une sortie direct-to-dvd. Tel a été le sort de Moon de Duncan Jones, pourtant une des plus belle surprises de l’année dernière, il en a été de même pour la comédie Lesbian Vampire Killers. Christopher Smith a encore moins de chance puisque son film de genre très réussi Triangle est toujours perdu pour la France, le réalisateur est revenu à Dinard cette année pour son nouveau Black Death qui devrait sortir au printemps 2011… peut-être.

Pourtant il y a eu des sorties sur grand écran dans d’autres pays de l’Europe. Le joli film Kisses de Lance Daly circule dans les salles indépendantes aux Etats-Unis (soutenu par Oscilloscope Laboratories, société de Adam Yauch des Beastie Boys) mais aucun distributeur pour nos salles ‘art et essai’ françaises. Le réalisateur Shane Meadows était lui aussi de retour à Dinard (son festival préféré), et bien qu’il soit devenu rien de moins que le nouveau cinéaste majeur anglais (Dead Man’s Shoes, This is England, Sommers Town…) son film de l’année dernière, Le Donk & Scor-Zayz-Zee, risque de n’être jamais vu en France.

Heureusement, le Hitchcock d’or (principale récompense à Dinard) peut donner un coup de pouce. Ainsi en 2009 White Lightnin’ de Dominic Murphy (qui n’avait aucun distributeur) a pu sortir en salles suite au coup de cœur de Carole Scotta (distributrice de la société Haut et Court).

Toutefois, bonne nouvelle : dans les mois à venir, le cinéma britannique va continuer de rayonner de belle manière en France car les films les plus applaudis de ce 21ème Festival du Film Britannique de Dinard ont d'ores et déjà une date de sortie. Le 8 décembre il y aura en même temps Nowhere Boy de Sam Taylor-Wood et Four Lions de Chris Morris, puis Faites le mur de Banksy et Another Year de Mike Leigh. Au printemps 2011 sortiront We Want sex de Nigel Cole, Mr Nice de Bernard Rose, Neds de Peter Mulan. Cherry Tree Lane de Paul Andrew Williams, Exam de Stuart Hazeldine, Soulboy de Shimmy Marcus et Black death de Christopher Smith devraient également arriver sur les écrans français… à moins d’une sortie directe en dvd ? L’icône de Dinard Alfred Hitchcock avait déclaré « un film n'est pas une tranche de vie, c'est une tranche de gâteau ». Il pourrait encore le dire aujourd’hui.

Dinard 2010 : We Want Sex !

Posté par kristofy, le 10 octobre 2010

Le 21ème Festival du Film Britannique de Dinard a une nouvelle fois réservé son lot de surprises. Le plus généreux des festivals avait programmé cette année des hommages à Peter Mulan (récent Coquille d'or à San Sebastian) et à Barney Platts-Mills, un gros plan sur le cinéma irlandais, un focus sur les Beatles, et aussi un atelier de scénarios, des courts-métrages, plus d’une vingtaine d’avant-premières… Pour la compétition le jury a aussi créer la surprise pour son palmarès : il y a eu unanimité pour deux Hitchcock d’or ex-aequo.

Le président du jury Etienne Chatillez était entouré de Anne Consigny, Sienna Miller, Pascal Elbé, Sylvie Pialat (productrice), Nick Moran, Stéphane Célérier (distributeur), Elsa Zylberstein et Gabriel Range.

Les films en compétition étaient pour la plupart de comédies qui cultivaient un goût pour la nostalgie. Deux biopics Mr Nice (avec Rhys Ifans, Chloë Sevigny) retrace la vie tumultueuse de Howard Marks trafiquant de drogue millionnaire aux multiples identités, Sex & drugs & rock & roll (avec Andy Serkis, Olivia Williams, Noel Clarke…) raconte l’histoire de Ian Dury légende du rock avec le groupe The Blockheads.

Les femmes qui travaillent à la couture de banquettes de voiture se mettent en grève dans We want sex (avec Rosamund Pike, Sally Hawkins, Miranda Richardson, Bob Hoskins…) tandis que les jeunes découvre la soul music et l’amour en 1974 au Wigan Casino dans Soulboy (avec Martin Compston). Un duo de représentants extralucides découvre les secrets des gens dans Skeletons, et c’est un bavard et un déprimé qui deviennent le duo qui traverse Treacle Jr. Avec ces thèmes qui vont par paire le jury a préféré ne pas favoriser un film et d’en récompenser deux ex-aequo.

Même la cérémonie de clôture était pleine de surprises, l’animateur Toby Jones perdait le fil mais trouvait des blagues, Roschdy Zem et Anne Brochet étaient là pour remettre des prix, le jury a même tenté une chorégraphie en chantant un tube de Abba.

Et même si deux films se partagent le Hitchcock d'or, We Want Sex obtient aussi le prix du public et celui du scénario : de quoi en faire le vrai gagnant de cette 21e édition.

Voici le palmarès :

Prix du meilleur court-métrage : Stanley Pickle, de Vicky Mather.Dinard

Hitchcock de bronze (les exploitants de 40 salles de la région) : Exam, de Stuart Hazeldine

Hitchcock d’argent – prix du public : We want sex, de Nigel Cole

Hitchcock bleu – prix du scénario : We want sex, de Nigel Cole

Hitchcock blanc – directeur de la photographie : Mr Nice, de Bernard Rose

Hitchcock d’or ex-aquo : We want sex, de Nigel Cole et Treacle Jr, de Jamie Thraves

Le film We want sex de Nigel Cole remporte à la fois les faveurs du jury et celles du public, c’est en fait l’exemple même de la comédie britannique efficace et consensuelle portée par des acteurs dévoués à donner du piquant à leurs personnages (le réalisateur avait déjà fait Calendar Girls de la même manière). A noter que We want sex est le titre français (sic), le titre original anglais est Made in Dagenham, il ne s’agit pas de sexe mais en fait de ‘sexual equality’, revendication des femmes pour ne pas avoir un salaire inférieur aux hommes. Il sera distribué par ARP Selection en France.

Le grand prix du Hitchcock d’or avait été décerné les années précédentes à des films plus singuliers (White Lightnin en 2009, Boy A en 2008, Hallam Foe en 2007, London to Brighton en 2006...), et s'ils n’étaient pas en compétition ils étaient nombreux a avoir été découverts en avant-première à Dinard.

Le Festival Britannique a réussi également la surprise de dévoiler son meilleur film après le palmarès lors de la soirée de clôture : Neds, écrit et réalisé par Peter Mullan, va s’imposer comme l'un des films de l’année.

Dinard 2010 : John Lennon à l’honneur

Posté par kristofy, le 9 octobre 2010

Happy Birthday John Lennon!

Il est né le 9 octobre 1940 et il aurait eu 70 ans. L’année 2010 marque en fait plusieurs anniversaires de Lennon, dont sa vie adolescente avant les Beatles est racontée dans Nowhere Boy. Il s’agissait du film d’ouverture du 21ème Festival du Film Britannique de Dinard qui en même temps avait programmé un focus sur le groupe pop le plus populaire de l'histoire.  Une séance nommée "J'écoute le cinéma" aussi spéciale que très appréciée permettait aux festivaliers d'écouter un florilège audio (monté par Gaël Coto) des œuvres marquantes des Beatles en étant confortablement installés dans des transats face à la mer.
Aujourd’hui en 2010 cela fait 50 ans que le groupe The Beatles a été formé et 40 ans qu’il a été dissout, et cela fait 30 ans que Lennon a été assassiné. Le calendrier fait bien les choses puisque la sortie française de Nowhere Boy est prévue le 8 décembre 2010 alors que John Lennon est mort le 8 décembre 1980 ! Ce biopic sur sa jeunesse avant qu’il ne soit un musicien reconnu devait être un évènement, mais malheureusement la réalisatrice Sam Taylor-Wood peine à nous passionner.

Nowhere Boy évite de parler des Beatles (le nom n'est même jamais prononcé) pour vraiment se concentrer sur un adolescent qui s’appelle John. On entendra la première mesure de la chanson Hard Day’s Night et trois autres extraits de compositions de Lennon, dont une chanson  sur sa mère, mais les autres musiques sont celles de l’époque qui ont pu l’influencer. Le film s’attache a nous raconter l’environnement dans lequel le musicien a grandi : élevé par sa tante il va découvrir alors qu’il avait été quasiment abandonné par ses parents quand il apprend enfin à connaître qui était sa mère... John est un adolescent qui découvre le rock’n roll avec Elvis Presley et Buddy Holly et commence à gratter un banjo avant de rencontrer un jeune homme de 15 ans qui s’appelle Paul qui plus tard lui présentera George…, et le groupe The Quarrymen démarre. Malheureusement cet adolescent perturbé par ses problèmes de famille, ne nous intéresse pas. Si Sam Taylor-Wood voulait ne pas l’idéaliser ni en faire un personnage attachant, elle a bien réussi.

Dinard a programmé l’excellent documentaire The US vs John Lennon où le gouvernement américain réprouve les engagements libertaires de Lennon (son opposition à la guerre du Vietnam, sa fréquentation d’activistes politiques) jusqu’à le surveiller où vouloir l’expulser. Le film avait déjà marqué il y a quelques années la mostra de Venise car il faisait alors écho à la tendance anti-Bush de l’époque. C’était aussi l’occasion de découvrir le film The Killing of John Lennon qui retrace le parcours de son assassin Mark Chapman pendant les trois mois qui ont précédé son geste fatal. Voici ce que le réalisateur Andrew Piddington nous a dit : « Quand vous faites un film biographique, il faut prendre position sur la vérité, si on s’aligne totalement dessus ou si on va vers la fiction. Ici ni métaphore ni parabole, tout ce qui se passe dans le film s’est réellement passé, et on a filmé dans les vrais endroits où ça c’est vraiment passé. Les acteurs du film ont à peu près le même âge que les vraies personnes de l’époque. L’intention n’est pas de cautionner Mark Chapman encore en prison aujourd’hui mais de rentrer dans sa tête les trois mois précédents avant qu’il appuie sur la gâchette. On avait un petit budget, tout est à l’écran, rien tourné en studio mais dans les lieux réels. Le film a été primé au festival Tribeca à New-York et a eu une nomination aux BAFTA anglais. » A mettre en parallèle avec la même histoire racontée avec quelques différences dans Chapitre 27 (produit un an après) où Jared Leto donne à voir un Mark Chapman un peu plus déséquilibré les trois jours précédents le meurtre.

Il est assez curieux que la mort de John Lennon inspire de meilleurs films que la naissance des Beatles. Pour les nostalgiques des débuts de Lennon d'avant la gloire et de la beatlesmania mondiale, le mieux est encore de (re)voir Backbeat à propos de son ami Stuart Sutcliffe (cinquième Beatles avec John, Paul, George et Pete Best) ; ou même la comédie That thing you do où quatre garçons dans le vent (inspirés des Beatles) commencent à avoir du succès…

En attendant, notez que ses anniversaires sont déjà célébrés avec la parution de l’intégrale des chansons de Lennon après les Beatles en version remasterisée : Signature Box est un coffret 11 cd disponible depuis quelques jours.

Festival du film britannique de Dinard 2010 : Let it be…

Posté par vincy, le 6 août 2010

dinard 2010Du 6 au 10 octobre (soit une journée de plus), la petite ville bretonne de Dinard devient une colonie anglaise. Pour le plus grand plaisir de ses 28 000 spectateurs (en 2009), le cinéma britannique est à l'honneur. Sous la présidence d'Etienne Chatiliez, le jury devra départager 6 films en compétition pour cette 21e édition

Mais le public pourra aussi découvrir des films récompensés aux British Awards ou remarqués dans les festival : Nowhere Boy de Sam Taylor-Wood (sortie le 8 décembre) qui fera l'ouverture et sera suivie d'une "Party Sixties", Another Year de Mike Leigh (sortie le 22 décembre), Neds de Peter Mullan (sortie au premier trimestre 2011), ou encore Cameraman de Craig McCall (un docu avec une pléiade de légendes), Four Lions de Chris Morr, Soulboy de Shimmy Marcus et A Passionate Woman de Kay Mellor.

Mike Leigh  sera présent.

Les 70 ans de la naissance de John Lennon donneront lieu à une programmation spéciale, dont une sélection de films sur les Beatles, (y compris des inédits en France). Mais surtout l'affiche leur fera un clin d'oeil avec quatre garçons traversant un passage piéton, derrière un gros monsieur, Alfred Hitchcock.  Logique, à Dinard, les prix sont des Hitchcock.

Une Education. Raisons et sentiments à retrouver en livre

Posté par kristofy, le 25 février 2010

"J’ai tant à vous montrer…".

Une éducation est sorti en salles mercredi 24 février. L'histoire de Jenny, élève brillante, qui se prépare à intégrer Oxford. Sa rencontre avec un homme deux fois plus âgé qu'elle va tout remettre en cause. Dans un monde qui se prépare à vivre la folie des années 60, Jenny va découvrir la vie, l'amour, Paris, et devoir choisir son existence.

Ce film immédiatement attachant où une histoire particulière a une portée universelle est réalisé par la danoise Lone Scherfig qui avait déjà montré avec Wilbur et surtout avec Italian for beginners combien elle savait filmer ses personnages. L'histoire est celle des souvenirs de Lynn Barber (une journaliste) scénarisés par Nick Hornby. Hornby fut professeur avant d'être journaliste puis romancier et scénariste. De nombreux livres ont déjà été adaptés en film comme Haute Fidélité, A propos d'un gamin (About a Boy). Vous pouvez les retrouver en poche chez 10-18, aux côtés d'autres romans : Carton jaune, La bonté mode d'emploi, 31 songs, Vous descendez?, Slam et, à venir Juliet nue.

Une éducation sort dans la même collection. Il s'agit du scénario du flm. 192 pages pour 6 euros 50. Une belle leçon de cinéma, par ailleurs citée à l'Oscar de la meilleure adaptation.

Vous pourrez revivre la transformation de la chenille en papillon, l'adolescente en jeune femme, qui s'ouvre aux autres et au monde. Une Education déjà remarqué au festival de Sundance avec notamment un prix du public ; c'était aussi un coup de cœur lors de sa découverte au Festival britannique de Dinard; enfin il est en lice pour les Oscars avec plusieurs nominations dont celle de la meilleure actrice, Carey Mulligan, qui fient de recevoir le prix de la meilleure actrice (et pas Meryl Streep). Elle est la belle révélation de ce film, transportant ce personnage de Jenny avec une subtilité confondante de naturel, tantôt naïve ou ingénue impossible de ne pas être sous le charme. Carey Mulligan est d'ailleurs en passe de devenir la nouvelle coqueluche de Hollywood, depuis elle a déjà tourné devant les caméras de Jim Sheridan, Mark Romanek ou Oliver Stone.

On pourra reprocher à la réalisatrice Lone Scherfig un académisme un peu trop sage, mais au moins elle s'est attachée à servir au mieux cette histoire illuminée par la surprenante/séduisante Carey Mulligan. Une Education ressemble à une leçon de cinéma populaire et réjouissant avec sa belle élégance teintée d'une légère irrévérence. Ce genre de scénario qu'on ne sait pas écrire en France : charmant et généreux.

White Lightnin’ : la tentation infernale

Posté par kristofy, le 15 février 2010

whitelightnin.jpg"J’ai essayé la vie normale mais…"

L’histoire : Au cœur des montagnes Appalaches, où tout homme possède une arme et de quoi distiller de l'alcool de contrebande, vit une légende : Jesco White. De sa jeunesse trempée dans les effluves d'essence en passant par de nombreux séjours en maison de redressement ou en hôpital psychiatrique, la vie tumultueuse et incandescente de Jesco se consumait dangereusement. Pour le sauver, son père tente de lui apprendre au moins une chose dans la vie : la danse ou plutôt une version frénétique de claquettes sur de la musique country.
Propulsé sur le devant de la scène, applaudi aux quatre coins du pays, Jesco goûte à la vie et tombe amoureux. Mais, obsédé par la vengeance du meurtre son père, il réveille les démons qui sont en lui !

Notre avis : White Ligntnin’ est un de ces films dont on ne se relève pas sans en garder une empreinte profonde, sa vision hypnotise et on s’en souvient longtemps après. White Ligntnin’ est un film éprouvant, pour certains il mettra à l’épreuve votre tolérance à la violence et pour d’autres il sera une épreuve de force dont on ne sort pas indemne. Car White Ligntnin’ est une œuvre rugueuse aux abords abrupts qui ne fait pas beaucoup d’efforts pour séduire le spectateur, c’est d’abord au spectateur de faire un effort pour ne pas repousser le film. Puis progressivement on découvre l’itinéraire d’un enfant pas gâté tout en partageant ses douleurs et ses espoirs. Jesco White est un gamin qui grandit dans une enfance glauque : les vapeurs d’essence lui tourne la tête, le centre de redressement lui brutalise le corps, il se défonce le cerveau et l’asile lui transmet la folie. Heureusement que son père parvient à lui apprendre le tap-dancing au rythme d’une guitare, la seule bonne chose qui embellit son monde gris. Jesco White devenu adulte danse avec des chansons dans des bars, mais il danse aussi avec ses obsessions en bataille. Son père a été cruellement assassiné, et le poison de la vengeance fait son chemin…

Certaines scènes peuvent heurter la sensibilité de certains spectateurs. Le réalisateur Dominic Murphy lui-même avertissait le public lors du festival de Dinard où son film était en compétition, "j’espère que vous avez bien digérer votre petit-déjeuner…" Et c’est White Lightnin’ qui a été ensuite primé du Hitchcock d’or (et aussi du prix du meilleur directeur de la photographie); le film s’est imposé pour la maîtrise de sa mise en scène, le travail sur le son, les thèmes abordés. Le jury avait reconnu une œuvre de cinéma évidente avec un visuel pas ordinaire et un acteur extraordinaire.

White Lightnin’ nous raconte donc l’histoire hallucinante et hallucinée de Jesco White qui va se venger des assassins de son père après un parcours autant chaotique que psychotique. Le réalisateur Dominic Murphy a combiné en virtuose une palette de partis pris visuels et sonores très tranchés qui réussit à faire naître un certain malaise et en même temps une fascination irrésistible. Au début le rythme est plutôt lent avec des couleurs délavées et il y a beaucoup de voix-off, et on est alors les témoins de l’histoire de ce marginal. On partage les errements de Jesco White (en oubliant la performance de l’acteur Edward Hogg) et la parenthèse heureuse de sa vie quand il rencontre une femme plus âgée que lui (Carrie Fisher revenue de Star Wars est ici méconnaissable et formidable). Mais sa vie au lieu d’être une fête devient une farce puis une tragédie. Ses démons intérieurs destructeurs vont affoler une vengeance autodestructrice terrifiante. Œil pour œil comme dans la bible, vengeance et expiation. Jesco White trouvera-t-il le salut ? White Lightnin’ fait preuve de beaucoup d’audaces, c’est rare qu’un film provoque des sentiments aussi extrêmes, un éclair éblouissant de cinéma.

Dinard 2009 : des cinéastes en tous genres

Posté par kristofy, le 27 octobre 2009

Le jury du 20ème Festival du film Britannique de Dinard a choisi de récompenser le film White Lightnin’  réalisé par Dominic Murphy où la violence de Jesco White en perdition se confond avec celle d’un coin du sud des USA, et le film Jean Charles de Henrique Goldman où des immigrants brésiliens se retrouvent à Londres, mais pendant la psychose des attentats l’un d’eux va être tué par des policiers… Ce palmarès est une nouvelle illustration que le cinéma britannique semble s’interroger sur le monde et les autres bien plus que le cinéma français. Si les films en compétition étaient très différents les uns des autres ils ont tous su faire partager aux spectateurs des quotidiens des personnes plutôt que de personnages.

Le cinéaste Shane Meadows vient maintenant chaque année à Dinard, son festival préféré, où presque chacun de ses films ont été découvert ici comme Dead Man’s Shoes (grand prix Hitchcock d’or en 2004), This is England, Somers Town en clôture en 2008. Son nouveau film Le Donk & Scor-Zay-Zee est une expérience de vrai-faux documentaire tourné en seulement cinq jours sans scénario. Shane Meadows avec une caméra numérique (plus un autre caméraman et un preneur de son) a choisi comme sujet de film Le Donk (un roadie qui travaille en coulisse des concerts des Artic Monkeys) qui voudrait devenir le manager de Scorz, un copain qui fait du rap en amateur. On découvre donc un looser magnifique qui regrette que son ex-femme enceinte de lui soit heureuse avec un autre et un rappeur qui espère chanter devant des milliers de personnes. Shane Meadows réussit avec habileté à provoquer des improvisations géniales (surtout de Paddy Considine) tout en nous montrant des scènes off, en plus de l’histoire des deux personnages il y a aussi celle du film dans le film (Scorz-Zay-Zee a depuis enregistré son premier album). Le Donk & Scorz-Zay-Zee est autant un exercice de style qu’une fiction en forme de documentaire, ce mockumentaire très drôle est aussi une sorte de manifeste encourageant les apprentis-cinéastes à réaliser eux aussi un film en cinq jours…   

Les amateurs de films de genre fantastique vont attendre Moon, un premier film très maîtrisé de Duncan Jones, déjà un peu connu comme réalisateur de pub et de clip et plus connu comme étant le fils de David Bowie. Dans un futur pas si lointain les ressources d’énergie sur Terre sont épuisées alors on exploite de l’hélium 3 produit sur la Lune. Là-haut, la production est surveillée par un seul employé (Sam Rockwell) qui y travaille avec un contrat de trois ans avant de revenir. Un accident va bousculer les certitudes de cet employé qui va se rendre compte qu’il n’est pas aussi seul qu’il le croyait… Moon est un film de science-fiction du genre introspectif, avec des mouvements de caméra calmes et la musique planante de Clint Mansell, un climat propice pour partager les doutes du personnage. Après avoir été un des évènements du festival de Sundance 2009 (40 après les premiers pas de l’homme sur la Lune), Moon a aussi récolté une moisson de récompenses au festival fantastique de Stiges.

Un des réalisateurs précurseur de la vague ‘Horror made in UK’ (The Descent, Eden Lake, Wilderness, etc…) était de retour à Dinard : Christopher Smith qui nous avait épouvanté avec Creep puis avec le survival déjanté Severance nous a présenté son mystérieux Triangle. Cette fois c’est un pur film d’angoisse qui joue avec les nerfs des spectateurs. Triangle est la fois très malin et très maîtrisé, une belle surprise.

 Une séance spéciale a fait découvrir sur grand écran Lesbian Vampire Killers, une chance car le film qui aurait dû sortir en salles cet été nous arrivera en fait directement en dvd courant février 2010. Deux potes en virée arrivent dans un village maudit où à leurs 18ème anniversaire les jeunes filles deviennent des vampires lesbiennes, et justement quatre bimbos étudiantes sont venues elles aussi… Même si on est loin en dessous de Shaun of the dead, cette comédie parodique est tout de même assez jouissive (les premières quinze minutes où on découvre les personnages sont délirantes) avec son lot de gags graveleux, difficile de lutter contre des suceuses démoniaques.

Une poignée de films ont été quelque peu décevant, il faut bien le dire aussi, mais la grande majorité ont eu de nombreux échos très favorables. Pour les déceptions citons Shifty où le quotidien d’un jeune dealer de crack et ses mésaventures avec ses proches et ses clients ; Boogie Woogie film choral (avec Gillian Anderson, Heather Graham, Alan Cumming, une scène avec Charlotte Rampling…) qui critique le monde des amateurs d’art contemporain et ses clichés éculés ; et le film de clôture From time to time présenté par son réalisateur Julian Fellowes (oscarisé pour son scénario de Gosford Park) où un adolescent de 13 ans retourne au manoir familial au sortir de la guerre, sa grand-mère (Maggie Smith impériale) tente de sauver pour lui la demeure familiale et l’espoir que son père est encore vivant, mais des fantômes vont leur permettre de découvrir les secrets de leurs ancêtres…

Une jolie surprise est venue du réalisateur irlandais Lance Daly qui avec Kisses filme la vie nocturne d’une ville avec le regard de deux enfants qui font une fugue. Une fillette et son petit voisin subissent les disputes de leur famille, lui met un coup à son père pour défendre sa mère et une vitre est cassée à cause d’elle, alors ils s’enfuient ensemble. Le film commence en noir et blanc à l’image de leur quotidien gris puis doucement les couleurs arrivent au fur et à mesure qu’ils découvrent la grande ville. Ils s’amusent d’abord à dépenser de l’argent comme si c’était noël mais bientôt ils se rendent comptent qu’il va leur falloir trouver à manger et où dormir… Kisses réunit tout les ingrédients (et même les clichés) d’un film social comme seuls les britanniques savent en faire avec une situation désespérante d’où survient quand même l’espoir, mais son originalité un peu magique ne peut que remporter l’adhésion. On y entend cette jolie phrase : ‘when you kiss, you give or you take’.

L’autre belle surprise est peut-être le film le plus anglais du festival de Dinard bien qui soit réalisé par la danoise Lone Scherfig : An Education est le genre de film qui fait figure de classique instantané sur lequel on s’imagine parier pour arriver jusqu’aux Oscars (déjà un prix du public à Sundance). Il nous raconte le parcours d’une jeune fille BCBG de bientôt 17 ans qui va s’émanciper du conservatisme ambiant du Londres des années 60 encore marqué par l’après-guerre : un homme qui a dépassé la trentaine va lui faire tourner la tête et lui faire découvrir la vie comme elle la rêvait secrètement. La jeune Carey Milligan était conditionnée pour être sérieuse à l’école pour viser une prestigieuse université, mais elle va être séduite par l’aventurier Peter Sarsgaard qui lui fait découvrir le luxe et l’insouciance. Elle qui idéalise les français de Saint-Germain-des-Prés (Juliette Gréco et l’existentialisme de Sartre…) va découvrir d’un coup l’amour irraisonné (il a le double de son âge) et les conduites irraisonnables (ne pas compter l’argent, aller à l’encontre des bonnes moeurs…). Elle va transgresser beaucoup de conventions par rapport à sa famille (le père Alfred Molina voit d’un mauvais œil les étrangers sauf si ils permettent de s’élever socialement) et à son école (la directrice Emma Thompson ne veut pas entendre parler de relation intime avec un garçon pas plus que de se détourner des livres), mais l’époque du milieu des années 60 est-elle déjà prête pour être bousculée ? Le scénario très habile de Nick Hornby (inspiré d’une histoire vraie) parvient à nous faire partager les questionnements (féministes) et les envies (de belles vies) de son héroïne, ce qui fait que An Education trouve aussi un écho avec notre époque et notre adolescence.