Vaclav Havel (1936-2011), un film et puis s’en va…

Posté par vincy, le 19 décembre 2011

Sa vie pourra sans doute inspirer un biopic. Vaclav Havel, décédé le 18 décembre à l'âge de 75 ans, aura été un grand auteur de théâtre, un philosophe et poète, mêlant l'absurde et les réflexions plus politiques, un dissident au régime communiste, qui fut incarcéré durant près de 4 ans, et un Président de la République Tchèque durant plus de 13 ans.

Et s'il se trouve ici même, sur nos pages, c'est qu'il a aussi un lien avec le cinéma. Sa famille, déjà distributrice de films, était même propriétaires de studios de cinéma, les légendaires Studios Barrandov, près de Prague. Ils furent agrandis par les Nazis, nationalisés par les communistes. Entre leur ouverture en 1933 et les années 90, des cinéastes comme Milos Forman et Jan Kadar y tournèrent. Les productions tchèques, de moins en moins nombreuses après la "Révolution de Velours" qui amena Vaclav Havel au pouvoir, ont alors laissé la place aux grosses productions hollywoodiennes : Mission : Impossible, La Mémoire dans la peau, Casino Royale... Barbra Streisand y tourna Yentl, Milos Forman son Amadeus, Jean-Jacques Annaud Stalingrad et Alexander Sokourov réalisa Faust, récent Lion d'or à Venise.

Mais Havel n'en héritera pas : son père et son oncle, propriétaires, se sont vus déposséder de tous leurs biens immobiliers lors de l'arrivée des communistes au pouvoir.

Un scénario coécrit avec Milos Forman

Il attendra le crépuscule de sa vie pour revenir au cinéma. En 2004, il incarne le Président dans Up and Down (Horem padem), comédie dramatique de Jan Hrebejk. En 2011, il fait une participation dans Czech-Made Man de Tomas Rehorek. Si ses pièces ont souvent fait l'objet de captations pour la télé, on soulignera que sa version de L'opéra de quat'sous a été filmée pour le cinéma par Jiri Menzel (1991).

Cette année encore, il avait écrit avec (et pour) Milos Forman l'adaptation du roman de Georges-Mac Benamou, Le fantôme de Munich, qui devrait sortir en 2013.

Mais Vaclav Havel est surtout passé à la réalisation, son rêve depuis toujours. Son premier film Sur le départ (Odchazeni) (voir la bande annonce en anglais) est l'histoire absurde d'un chancelier qui s'apprête à quitter le pouvoir. Il est adapté de la propre (et ultime) pièce de Vaclav Havel. Le film est sorti fin mars en république Tchèque, avant d'être sélectionné au début de l'été au Festival de Moscou, en compétition, puis à Karlovy Vary, le festival international le plus réputé de Tchéquie.

L'accueil a pourtant fait du bruit dans son pays. Depuis quelques années, il était de bon ton de critiquer - ah, l'ingratitude des citoyens ! - cet ancien politicien qui avait permis à son pays de devenir libre (et capitaliste). Le cinéaste en a fait plus douloureusement les frais. Une icône attaquée : le combat fut rude entre ses admirateurs et ses détracteurs. Le film a été l'étincelle pour que tout explose. La polémique était aussi absurde que ses pièces le sont. Les critiques de cinéma ont dénoncé l'absence d'un bon scénario et une mise en scène médiocre qui ridiculisent l'ensemble. Toujours espiègle, Vaclav Havel revendique la farce. Et certains l'ont défendu en rappelant que la satire est parfois douloureuse et cruelle à accepter. «Le film Odcházení a un désavantage : celui d’être signé par Havel ce qui ne peut qu’alourdir sa situation » expliquait l'écrivain Ludvik Vaculik.

Le déchaînement de haine est au niveau de la passion qu'avait engendré la personnalité de cet homme qui n'aura cessé de faire tomber les rideaux et de s'affranchir des règles.

Mais il aimait aussi les symboles. L'avant-première mondiale s'est déroulée dans la salle de cinéma Lucerna, que son grand-père avait construite en 1909 en plein centre de Prague.

Ken Russell (1927-2011) dans les nuages de la gloire

Posté par vincy, le 28 novembre 2011

Controversé, enfant terrible, diabolique, obsédé par le sexe, l'église et la musique : Ken Russell, cinéaste culte, est décédé dimanche 27 novembre à l'âge de 84 ans.

Il marque le 7e art avec son mix détonnant de polémique, de sexualité, de rock dans des univers baroques qui ont longtemps contribué à une image du cinéma britannique "moderne".

Parmi les films qui ont marqué sa carrière, on retiendra évidemment Women in Love, d'après le roman de D.H. Lawrence, en 1969. Oliver Reed, Alan Bates et Glenda Jackson sont au coeur d'une guerre des sexes dans l'élite britannique des années 20. Russell est nommé à l'Oscar du meilleur réalisateur tandis que Jackson obtient celui de la meilleure actrice. Ce sera la première fois qu'une comédienne emporte la statuette alors qu'elle y a une scène de nu. Une autre scène de lutte nue entre les deux hommes avait fait scandale. Russell avait flairé l'air du temps : la révolution sexuelle, l'apolitisme, la liberté artistique...

Avant ce film, il avait surtout travaillé pour la télévision, notamment en réalisant de nombreux documentaires (Antonio Gaudi, Isadora Duncan, The Debussy Film...).  Son deuxième film, en 1967, était un thriller, Un cerveau d'un milliard de dollars, avec Michael Caine et Karl Maiden. Ce fut surtout le dernier film de Françoise Dorléac. Russell, contraint contractuellement, ne voulait pas tourner ce troisième épisode de la série des Harry Palmer. Sa première réalisation date de 1964 : French Dressing, une comédie librement inspirée de Et Dieu créa la femme, de Roger Vadim.

Sulfureux, s'épanchant sur toutes formes de sexualité, désinhibé, dingue, Russell, passé par la marine marchande, le ballet, la photographie et le cinéma muet, était surtout un amoureux de la musique. La symphonie pathétique (1970), avec Richard Chamberlain et Glenda Jackson, traite de l'homosexualité de Tchaïkovski. Les diables (1971), d'après un roman d'Aldous Huxley, avec Vanessa Redgrave et Oliver Reed, retrace l'histoire de nonnes françaises réprimées sexuellement. La censure américaine coupera de nombreuses scènes de sexualités entre les soeurs. Puis il adapte la comédie musicale The Boy Friend en 1971, avec Twiggy. Toujours passionné par les artistes, il s'attaque en 1972 au biopic du sculpteur Henri Gaudier-Brzeska dans Savage Messiah. Il enchaine avec un autre biopic,  Mahler, en 1974. Le film reçoit le Grand prix de la technique au Festival de Cannes. Il reviendra sur la Croisette avec un film à segments, Un sketch, en 1987, où le générique le fait coexister avec Robert Altman, Jean-Luc Godard et Bruce Beresford.

Ken Russell fera son grand film en 1975. Oliver Reed, Jack Nicholson, Elton John, Tina Turner, Eric Clapton participent à l'aventure de Tommy, d'après le rock opéra de The Who. Psychédélique, déjanté, hallucinant, le film est un énorme succès.

Il continuera à mélanger cinéma et musique - Lisztomania en 1975, Valentino en 1977, avec Rudolf Nureyev et Leslie Caron - mais il ne retrouvera jamais le succès de Tommy. Il essaya de réaliser une version d'Evita et un film sur Sarah Bernhardt, les deux avec Barbra Streisand, en vain. Il se tourna aussi vers la réalisation de clip vidéo comme ceux de Elton John (Nikita), Bryan Adams (Diana), Cliff Richard (She's so Beautiful).

Il s'essaie à l'horreur (Au-delà du réel, Le repaire du ver blanc, Gothic), au thriller passionnel (Les jours et les nuits de China Blue, Whore - son dernier film en 1991), ... Il revient à ses premières amours - sexe, biopic, décors flamboyants - avec Salome's Last dance, d'après Oscar Wilde en 1988, où il retrouve Glenda Jackson. L'esthétique est toujours magnifiée. Mais les budgets modestes, les scénarios inaboutis, une direction artistique parfois à la limite du kitsch et le changement d'époque le marginalisent.

Il revient alors au petit écran (il réalise un feuilleton autour de Lady Chatterley).

Depuis 20 ans il était devenu comédien de manière plus régulière : on le verra dans Invasion of the Not Quite Dead de Tony Lane. Il était à l'affiche cette année de Mr. Nice. Il fut révérend dans un épisode de la série Miss Marple. Fan de Kubrick, il joua meme dans le film Appelez-moi Kubrick, avec John Malkovich. Dans La Maison Russie, avec Sean Connery et Michelle Pfeiffer, il fit une apparition notable en agent britannique très ambivalent et gay.

Ces derniers mois, il écrivait avec Faye Dunaway le scénario du premier film de la comédienne. Master Class sera l'adaptation de la pièce de théâtre mettant en vedette le personnage de Maria Callas.

Cinéaste de l'outrance, de l'iconographie religieuse, des couleurs primaires, ce "Fellini du nord" tel qu'on le surnommait, aimait déranger autant que divertir.

Il avait rédigé son autobiographie en 1989, A British Picture: An Autobiography. Ses photos furent souvent exposées. Il continuait d'écrire dans The Times, dans la rubrique cinéma.

John Neville, le baron de Münchausen, nous quitte (1925-2011)

Posté par vincy, le 22 novembre 2011

Né le 2 mai 1925 à Londres, Sir John Neville, figure sublime et longiligne (1m87) du théâtre et du cinéma anglo-saxon, est mort à 86 ans à Toronto, le 19 novembre dernier. Il souffrait de la maladie d'Alzheimer. Il restera à jamais le fameux baron de Munchausen, dans le délire de Terry Gilliam (1988). Il doit beaucoup à Gilliam. Quand il obtient le rôle principal de cette fantaisie baroque, il met fin à 18 ans de disette dans le cinéma. Son éclectisme l'a conduit à tourner avec des cinéastes aussi divers que Peter Sellers, Alan Parker, Luc Besson (il était le Général Staedert dans Le Cinquième élément), Roland Joffé, Istvan Szabo (dans le beau Sunshine), David Cronenberg (Spider) ou encore Norman Jewison. L'essentiel de sa carrière sur grand écran se fera après le film de Terry Gilliam, alors qu'il avait dépassé la soixantaine.

Sinon, il a fait Sherlock Holmes (contre Jack l'éventreur) dans le film de James Hill, serveur dans Esprits rebelles, Lord dans son dernier film, Separate Lies. Et surtout, il fut mondialement connu pour avoir incarné l'homme manucuré dans la série X-Files et sa déclinaison cinématographique X-Files : Aux frontières du réel (1998).

Depuis ses débuts, en 1950, Neville avait souvent joué pour le petit écran, dans des séries comme dans des téléfilms, passant de la tragédie classique aux comédies les plus loufoques. Il fut même Isaac Newton dans Star Trek : The Next Generation. On le vit aussi dans la série gay Queer as Folk. De Henry V à Simenon, tous les univers lui convenaient.

John Neville fut aussi un grand homme de la scène. En 1947, il avait éblouit la critique et le public avec son Richard II. Directeur artistique du Festival Shakespeare de Stratford au Canada dans les années 80, il joua Hamlet sur Broadway (en 1958) mais aussi du Feydeau et du Molière (Les fourberies de Scapin).

Avec sa vie privée très sage (un seul mariage, en 1949, et six enfants), il n'a jamais défrayé la chronique "people". Malgré son immense talent, il n'a jamais reçu de prix. John Neville était un homme discret, loin du fantasque baron qui le rendit célèbre. Généreux et charmant, dévoué à son art, simple.

Hommage à Loulou de la Falaise, icône de style…

Posté par redaction, le 6 novembre 2011

« J’aime le mélange des styles et des choses qui n’ont pas de rapport entre elles. J’aime les surprises, les choses qui choquent, qui sont inattendues, qui cassent l’unité et qui rompent la monotonie » - Loulou de la Falaise

Loulou de la Falaise était un mélange d’excès et de simplicité, d’élégance et de décontraction, d’aristocratie et de bohème. Né en Angleterre, sa mère était mannequin et son père était écrivain et éditeur. La petite Louise deviendra « Loulou », un surnom à son image, fragile et fort à la fois.

En 1969, Loulou de la Falaise rencontre pour la première fois Yves Saint-Laurent à New York. Il a 33 ans et est déjà un couturier consacré. Elle n’a que 21 ans et est une figure en vue à New York dessinant des imprimés pour Halston ou faisant des photos pour Vogue. Dès 1972, elle rejoint son studio. Ces deux personnalités similaires et complémentaires deviendront inséparables. Elle crée, notamment, les bijoux et la maille de la maison Saint-Laurent. Mais surtout, elle représentera la femme idéale de Saint-Laurent. « Elle n’est que facettes multicolores et brillantes. (…) elle imprime à tout ce qu’elle fait ce jeu des contrastes les plus opposés mais qu’elle seule sait faire se rejoindre » résumait le couturier.

Icône et muse, Loulou de la Falaise a partagé le studio d’Yves Saint-Laurent pendant trente ans. Son allure était l’incarnation parfaite de la révolution du style imposée par Saint-Laurent dans les années 70. Irrévérencieusement féminine dans ses pantalons jusque-là réservés aux hommes, elle les portait avec des blouses transparentes. « L’important, c’est de s’inventer » affirmait celle qui mariait comme personne les styles, les couleurs, les accessoires. Toujours différente et toujours elle, Loulou de la Falaise cultivait la fantaisie et les contrastes. Elle avait compris que ces éléments constituaient le piment de la mode.

En 2010, la mystérieuse Loulou de la Falaise déclarait : « A présent que tout est fini, j’aime imaginer qu’il y a un peu de mon âme dans les vêtements qui ont été créés quand j’étais là parce que j’étais supposée être une source d’inspiration. ». Au-delà des vêtements, ce sont les images de cette silhouette qui demeureront gravées dans l’histoire du style.

Serge Wintour

Loulou de la Falaise en quelques dates

1948 : naissance de Loulou de le Falaise.

1969 : première rencontre avec Yves Saint Laurent.

1972 : Loulou de la Falaise rejoint la maison Saint Laurent.

1977 : mariage avec Thadée Klossowski de Rola, fils du peintre Balthus.

2002 : Monsieur Saint Laurent cesse son activité Haute couture. Loulou de la Falaise lance sa propre collection d’accessoires.

2011 : mort de Loulou de la Falaise le 5 novembre 2011.

Robert Lamoureux (1920-2011) : le séduisant comique populaire dépose les armes

Posté par vincy, le 29 octobre 2011

On le connaissait surtout comme chansonnier et auteur (des films et des pièces de théâtre). Mais Robert Lamoureux était aussi réalisateur et comédien (trois fois nommé au Molières), doué pour le music-hall, voix de radio.... Il vient de mourir, à l'âge de 92 ans.

Ce comique très populaire a connu son heure de gloire avec le vaudeville militaire, Mais où est donc passée la septième compagnie (deux suites et des bons scores d'audience lors de ses multiples diffusions télévisées). Le film avait attiré 3,95 millions de spectateurs dans les salles en 1973, ce qui en fit le troisième succès de l'année. La suite en 1975 fidélisa 3,74 millions de trouffions, et fut là aussi le 3e succès de l'année. Le troisième épisode fut en revanche une déception avec 1,8 million de spectateurs , ce qui mit fin à l'aventure.

Né le 4 janvier 1920, Robert Lamoureux arrête sa scolarité à la fin de l'école primaire. Dans la vingtaine, après de multiples petits boulots, il se lance dans le cabaret et triomphe sur scène dans Papa, maman, la bonne et moi - qu'il jouera deux fois au cinéma en 1954 et 1956, attirant respectivement 5,4 et 3,8 millions de spectateurs - et La chasse au canard. Il écrira de nombreuses pièces de boulevard qui seront d'immenses succès, et jouées des centaines de fois à travers les décennies. Lamoureux impose, à contre-courant des tendances, un personnage très séduisant en plus d'être drôle.

Il a réalisé huit films en 1960 et 1977, dont certaines adaptations de ses pièces de théâtre. Ravissante, son premier film, mettait en scène Philippe Noiret et récolta 1 million d'entrées. Dans La brune que voilà, autre pièce adaptée par lui-même, il donne la réplique à Françoise Fabian et Michèle Mercier. Dans ses autres films, il reprenait souvent la même troupe composée de Jean Lefèbvre, Pierre Mondy, Henri Guybet, Pierre Tornade... Dans Opération Lady Marlène, relatif flop de 1975, film se déroulant sous l'occupation, il avait choisi Michel Serrault pour le rôle principal. Il fut aussi Arsène Lupin dans le film de Jacques Becker en 1957 (3 millions d'entrées) et celui d'Yves Robert en 1959 (1,7 millions d'entrées). Il trouve son plus beau rôle dans L'apprenti salaud en 1977, comédie policière adaptée d'un roman de Frank Neville par Michel Deville, avec Claude Piéplu, Georges Wilson, Jean-Pierre Kalfon.

Si sa carrière d'acteur n'a jamais été marquante dans le cinéma français (le cinéma l'ennuyait alors que le théâtre le passionnait), cantonné dans des comédies et des nanars, il a été plus remarqué au théâtre avec des personnages comme Knock ou en jouant du Feydeau et surtout de nombreuses pièces de Sacha Guitry. "Entre les cabarets, le music-hall et le théâtre, j'ai joué à peu près tous les soirs, sauf parfois pendant mes vacances. J'ai donc dû monter sur scène environ 16.000 fois! " racontera en 1998 cet acharné du travail

Dernier métro pour le comédien allemand Heinz Bennent (1921-2011)

Posté par vincy, le 13 octobre 2011

Le public français le connaissait surtout pour son interprétation du mari de Catherine Deneuve dans Le dernier métro de François Truffaut. Il y était un auteur et metteur en scène de théâtre, jaloux de Gérard Depardieu, réfugié dans les sous-sols du théâtre d'où il écoute les répétitions et les représentations.

Décédé le 12 octobre à Lausanne en Suisse, Heinz Bennent avait 90 ans. L'annonce de son décès a été faite par le théâtre berlinois "Renaissance".

Il avait retrouvé Catherine Deneuve dans le téléfilm Princesse Marie, de Benoît Jacquot, où il jouait Sigmund Freud et elle, sa patiente et amie. Il a souvent tourné en France : Section Spéciale et Clair de femme de Costa Gavras, Possession d'Andrzej Zulawski, Une femme française de Régis Wargnier et aussi avec Alain Fleischer, Yves Boisset, Maurice Dugowson, Marion Hänsel, Nelly Kaplan, le suisse Alain Tanner. Il a surtout été remarqué dans L'Honneur perdu de Katharina Blum, de Volker Schlöndorff et Margarethe von Trotta et dans Le Tambour, du même Schlöndorff, Palme d'or à Cannes en 1979. On l'a aussi vu dans L'oeuf du serpent, d'Ingmar Bergman.

Bennent avait été nommé aux Césars du meilleur second rôle masculin pour Le dernier métro et avait reçu un prix honorifique au German Film Awards à l'occasion de Im Jahr der Schildkröte d'Ute Wieland.

Né à Aix-la-Chapelle en 1921, résidant en Suisse depuis les années 70, sa carrière fut cinématographique, télévisuelle (Tatort, Derrick, Maigret) et théâtrale.

Raoul Ruiz (1941-2011) prend sa place parmi les morts

Posté par vincy, le 19 août 2011

Le cinéaste franco-chilien Raoul Ruiz est décédé vendredi matin à l'âge de 70 ans, à Paris, des suites d'une infection pulmonaire, a annoncé son producteur François Margolin. Il avait reçu le Prix Louis-Delluc l'an dernier pour Mystères de Lisbonne.

On imagine mal l'étendue de l'oeuvre du cinéaste (67 films!), érudit et perfectionniste, maniériste et passionné. Inspiré par la littérature sud-américaine et ses flamboyances surréalistes et fantastiques (Borgès, Garcia Marquez), son cinéma magnifiait les symboles, situés dans chaque petit détail de l'image, et sublimait l'inconscient à travers des comédies humaines, tantôt tragiques tantôt dérisoires. Il s'amusait avec les genres, du film d'époque au polar, qu'il revisitait avec un style singulier et des histoires issues de la littérature (Giono, Proust, Balzac, Kafka) ou flirtant avec les grands maîtres (Hitchcock, Bunuel).

Raoul Ruiz a commencé sa carrière cinématographique en 1967 avec El tango del Viudo. L'artiste chilien avait, auparavant, fait ses armes dans le théâtre expérimental, et écrit des pièces d'avant-garde. Il réalise des films courts avant de passer aux longs.  Mais l'arrivée du dictateur Augusto Pinochet en 1973 va le contraindre à fuir en Argentine, puis, un an plus tard, en France, où il s'exile avec sa femme, monteuse, Valéria Sarmiento.

Cannes l'a déjà repéré. En 1972, il a présenté Que faire?, son quatrième long métrage. Il viendra présenté quatorze films, toutes sélections confondues, durant 35 ans. Membre du jury du Festival de Cannes en 2002, il fera l'événement avec Le temps retrouvé en 1999 et la clôture de la compétition avec Les âmes fortes en 2001. C'est aussi à Cannes, en 1992 et 1996 que son cinéma s'ouvre à un public plus large avec, respectivement, L'oeil qui ment et surtout Trois vies et une seule mort, l'avant-dernier film avec Marcello Mastroianni, et le seul où il joue avec sa fille Chiara.

Ce poète de l'image avait un don soigné pour l'écriture et une curiosité généreuse pour choisir ses comédiens : Deneuve, Giraudeau, Béart, Malkovich, Casta, Huppert, Berling, Alvaro, Piccoli, Dombasle, Paredes... il n'y avait aucune frontière. Les miroirs se dédoublaient, les fantômes rodaient. Le surréalisme régnait. L'expérimental, l'avant-gardisme, l'onirisme se confondaient de plus en plus dans des films conceptuels ou abstraits, ou se diluaient dans des fresques somptueuses, qui n'avaient de classiques que leur apparence. Ruiz cherchait l'essence même du théâtre : la phrase forte, le comédien charismatique, la restitution d'une ambiance qui n'avait rien de réel. Il coupait au couteau ses films. Il concédait quelques échecs, mais jamais de complets ratages.

Filmant avec la délectation la folie des hommes, son cinéma reste, à l'image de ses castings cosmopolites et de ses influences culturelles, un mélange harmonieux de cultures variées. Son cinéma était aussi délicat que raffiné, intellectuel et formel, anticonformiste et ludique.

Gilles Jacob, président du Festival de Cannes lui a rendu hommage très rapidement : "Comme souvent chez les meilleurs écrivains latinos, il était doué d'une imagination d'une prodigalité incomparable". "C'était un conteur des mille et une nuits, dont les aventures, les bizarreries, la logique, les incidentes, les quiproquos renvoyaient l'art d'un Stevenson (qu'il avait adapté) au niveau de la comtesse de Ségur."

Ruiz fit considéré tardivement comme un grand. Berlin lui décerne un Ours d'argent pour l'ensemble de son oeuvre en 1997, près de trente ans après son léopard d'or à Locarno (Tres tristes Tigres). Le Delluc l'an dernier restera son prix le plus prestigieux pour l'un de ses films.

"Il était en train de finir le montage d'un film (La noche de enfrente) qu'il avait tourné sur son enfance au Chili. Et par ailleurs, il préparait un autre film au Portugal sur une bataille napoléonienne célèbre. Il devait y avoir Melvil Poupaud", a précisé son producteur François Margolin.

Le cinéaste franco-chilien Raoul Ruiz sera inhumé au Chili, a annoncé le ministre chilien de l'Education Luciano Cruz-Coke. Une cérémonie religieuse se tiendra à Paris le mardi 23 août 2011 à 10h30 à l’Eglise Saint-Paul à Paris.

_________

Raoul Ruiz en 10 dates :

25 juillet 1941 : naissance à Puerto Montt, Chili

1963 : premier court métrage, La maleta

1969 : Trois tigres tristes, Léopard d'or à Locarno

1973 : L'expropriation

1985 : L'île au Trésor

1996 : Trois vies et une seule mort

1997 : Généalogies d'un crime, Ours d'argent à Berlin

1999 : Le Temps retrouvé, d'après Marcel Proust

2010 : Mystères de Lisbonne, Prix Louis-Delluc

19 août 2011 : décès à Paris

Le réalisateur de Zorba le Grec, Michael Cacoyannis : fin de crédit (1922-2011)

Posté par vincy, le 25 juillet 2011

Le cinéaste chypriote-grec Michael Cacoyannis (ou Michel, ou encore Mikhalis ou même Mihalis Kakogiannis) connu pour l'immense succès de son film Zorba le Grec en 1964 est mort aujourd'hui à Athènes à l'âge de 89 ans. Il était hospitalisé depuis 10 jours.

Il a été nommé trois fois aux Oscars pour Zorba le Grec (meilleur film, réalisateur et scénario). Le film avait aussi été cité pour l'interprétation masculine d'Anthony Quinn, et avait reçu trois statuettes : second rôle féminin pour Lila Kedrova, direction artistique et image. Zorba le Grec est l'adaptation du roman de l'auteur grec Nikos Kazantzakis et a traversé le temps grâce à la bande originale de Mikis Théodorakis.

Il s'agit d'un des plus grands cinéastes grecs. De 1954 à 1977, 7 de ses films ont été sélectionnés au Festival de Cannes (dont il avait été membre du jury en 1959) : Réveil du dimanche, Stella femme libre, La fille en noir, Fin de crédit, L'épave, Electre et Iphigénie. Electre et Iphigénie furent aussi nommé à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Da

Il avait reçu, entre autres prix, le Grand prix des Amériques pour l'ensemble de sa carrière au festival des films du monde de Montréal en 1999.

Cacoyannis a commencé sa carrière dans le théâtre londonien, comme acteur puis metteur en scène. Il débuta sa carrière de réalisateur en 1954 avec Le réveil du dimanche. Le réalisateur dirigea les grandes figures du cinéma grec : Melina Mercouri, Elli Lambeti et surtout Irène Papas à de nombreuses reprises. Mais son succès lui permit aussi de flirter avec Hollywood. Outre le casting international de Zorba (avec Quinn, Alan Bates, Papas), il enrôla Candice Bergen (Le jour où les poissons sont sortis de l'eau), Katharine Hepburn, Vanessa Redgrave et Geneviève Bujold (Les Troyennes), ... Dans Sweet Country, il réunit Jane Alexander, Carole Laure, Franco Nero, Randy Quaid, Jean-Pierre Aumont et Pierre Vaneck.

Il réalise son dernier film en 1999 : La cerisaie, avec Charlotte Rampling, Alan Bates, Gerard Butler et Katrin Cartlidge.

"Je garde mes yeux ouverts et je m'inspire de pièces classiques, qui sont mes amies, ou de faits réels. Il n'y a aucun trait commun à travers mon oeuvre parce que je n'essaye pas d'offrir mon intimité au monde. Chaque fois que je fais un film, j'ai une inspiration. Je ne les fais pas pour ajouter une ligne à mon CV" expliquait-il dans sa profession de foi.

Attiré par la tragédie et les révoltes, les désillusions et l'attirance de la folie, Cacoyannis était aussi capable de filmer des purs moments de grâce, de comédie ou de danse. Il faisait le pont entre le néoréalisme émergeant en Italie et un classicisme dans ses sujets, mélangeant souvent la Grèce antique avec la Grèce "moderne". Il a influencé des cinéastes comme Theo Angelopoulos.

Son apogée coïncide avec celle du cinéma grec, qui produisit jusqu'à plus de cent films par an dans les années 60, lorsque le Festival du film de Thessalonique fut créé, avant de connaître le déclin de la période où le pays fut dirigé par les dictateurs.

Cacoyannis continua de tourner, à l'étranger, de mettre en scène au théâtre. Il adapta même Zorba en comédie musicale à Broadway. Il a créé en 2004 une Fondation caritative à son nom dans le but d'aider, préserver et promouvoir les arts du Théâtre et du cinéma.

Linda Christian (1923-2011) : de Tarzan à James Bond, en passant par Tyrone Power

Posté par vincy, le 23 juillet 2011

Linda Christian, ex-vedette d'Hollywood des années 1940, surnommée "la bombe anatomique" par le magazine Life, est décédée à l'âge de 87 ans à Palm Springs, près de Los Angeles. D'origine mexicaine, née en 1923, Linda Christian était née sous le très long nom de Blanca Rosa Henrietta Stella Welter Vorhauer. Elle était la soeur de Ariadna Gloria Welter, connue pour son rôle dans La Vie criminelle d'Archibald de la Cruz, de Luis Bunuel.

Outre ses formes avantageuses et un magnifique sourire, elle avait frappé les esprits (et mis en ébullition les hormones) dans des films comme Le pays du dauphin vert (1947, avec Lana Turner), Tarzan et les sirènes (1948, avec Johnny Wessmuller), Sacré printemps (1952, de Richard Fleischer, avec Charles Boyer et Louis Jourdan), La maison des sept faucons (1959, de Richard Thorpe, avec Robert Taylor), Hôtel international (1965, avec le couple infernal Elisabeth Taylor et Richard Burton)... Elle fut aussi la première James Bond Girl historique avec Casino Royale en 1964. Linda Christian a eu le mérite de tourner à travers les époques (1943-1987) et des deux côtés de l'Atlantique, notamment dans Le moment de la vérité, de Francesco Rosi en 1965, qui fut sélectionné au Festival de Cannes.

Sa carrière débuta par une rencontre hasardeuse avec Errol Flynn qui la persuada d'abandonner son métier pour faire carrière à Hollywood, où elle fut vite repérée par la secrétaire de Louis B. Mayer lors d'un défilé de mode. La MGM lui signa alors un contrat.

Elle fut un modèle pour de nombreuses couvertures des plus grands magazines, grâce à une plastique sublime. Mais Linda Christian était surtout connue pour sa vie privée. Elle se maria, très médiatiquement, à la star Tyrone Power en 1949, avec qui elle eut deux enfants, Taryn et Romina - qui devint une star de la chanson italienne, en duo avec Al Bano (qui ne connait pas le tube "Félicita"?). Tyrone et elle ne tournèrent jamais ensemble malgré les nombreuses propositions de studios.

Ils divorcèrent en 1956. L'actrice eut une liaison avec le sportif Alfonso de Portago, alors marié. Puis elle épousa brièvement avec l'acteur britannique Edmund Purdom, qui faisait, à l'époque, craquer les adolescentes.

Peter Falk rejoint les anges (1927-2011)

Posté par vincy, le 24 juin 2011

L'acteur Peter Falk, connu mondialement pour son personnage cathodique de l'inspecteur Columbo, est mort aujourd'hui. Grand ami de John Cassavetes, dont il fut l'acteur (dans quatre de ses films) et le producteur, il a tourné pour Nicholas Ray, Frank Capra, Blake Edwards (en sous-fifre de Jack Lemmon dans La grande course autour du monde), Sydney Pollack... Il fut deux fois nommé aux Oscars pour le meilleur second rôle masculin : Milliardaire d'un jour (de Capra) et Crime, société anonyme (Murder Inc, de Burt Balaban et Stuart Rosenberg).

Peter Falk a longtemps souffert de son imperméable de flic qui lui a rapporté une fortune. Cela ne l'a pas empêché de jouer chez William Friedkin, Robert Aldrich, Rob Reiner, Walter Hill. Il a touché à tous les genres, du burlesque au polar. C'est évidemment dans Les ailes du désir de Wim Wenders qu'il fut le plus éblouissant. C'est cette oeuvre en noir et blanc qui nous a montrés à quel point le cinéma était passé à côté de son talent. 35 ans de Colombo (1968-2003) auront eu raison de lui.

Borgne, atteint de démence et d'alzheimer (mis sous curatelle), il avait aussi écrit un livre de souvenirs, Juste une dernière chose… (Michel Lafon), il évoque surtout sa grande passion pour la scène théâtrale et son métier de comédien.