Edito: quand nos César font Boon

Posté par redaction, le 1 février 2018

Les César créent un nouveau prix: le César du public. En 2009, Dany Boon avait réussi un bad buzz autour de la cérémonie en faisant un esclandre parce que son film Bienvenue chez les Ch'tis, le plus gros succès français dans les salles, n'avait reçu qu'une nomination (dans la catégorie scénario). Ce n'est pas injuste, contrairement à ce qu'il pensait: le film n'est pas une grande œuvre de cinéma. C'est un film populaire, culte, drôle pour beaucoup, pas drôle pour certains (l'humour est une denrée si subjective). Or les César, normalement, se doivent de récompenser la qualité sans se soucier du public.

Certes, les films populaires ne sont pas souvent représentés aux César. Mais ils ne le sont pas plus aux Oscars. Hormis Dunkerque et Get Out, cette année, aucun nommé aux Oscars cette année n'a dépassé les 100M$ de recettes. Les quatre récents vainqueurs de l'Oscar du meilleur film n'ont pas franchi la barre des 60M$. A l'inverse on peut aussi dire que les César ont récompensé de nombreux films populaires: 3 des lauréats ont attiré plus de 5 millions de spectateurs, 9 d'entre eux ont séduit plus de 3 millions de spectateurs, et 8 autres ont fait plus de 2 millions d'entrées. En fait, les César ont rarement récompensé un film d'auteur qui n'a pas trouvé son public (seulement 4 lauréats n'ont pas rassemblé plus de 700000 spectateurs).

En 2009, Dany Boon avait pourtant proposé de créer un César de la comédie. C'était un non-sens. D'une part, un film populaire n'est pas forcément une comédie. Ensuite, comment définit-on la comédie? D'ailleurs, même si la catégorie existe aux Golden Globes, elle est sujette à controverse: Jordan Peele, réalisateur de Get Out, avait milité pour que son film soit catégorisé en drame (finalement il a été placé du côté des comédies et musicals). Et prenons comme exemple Trois hommes et un couffin ou Le fabuleux destin d'Amélie Poulain : est-ce que ces films populaires et césarisés auraient été qualifiés de comédie? Enfin, ces dernières années, la comédie n'a pas été oubliée par les César. Dans la catégorie meilleur film, en prenant le genre au sens large, on note la présence parmi les nommés de Persépolis, de Paris, du Premier jour du reste de ta vie, de Mammuth, du Nom des gens, de L'Arnacœur, de The Artist, d'Intouchables, de Camille redouble, des Garçons et Guillaume à table!, du Prénom, de La famille Bélier, de Victoria, de Ma Loute et cette année du Brio et du Sens de la fête.

Alors on a créé un César du public. On ne conteste pas le principe d'un prix du public. C'est juste un César sur mesure pour des films qui n'ont pas retenu l'attention des professionnels. On peut gloser année après année sur les aberrations ou les oublis des listes de nommés. On peut être étonnés de certains films surestimés ou manqués. Personne ne reprochera aux votants d'avoir zappé Alibi.com, Santa et cie, Epouse-moi mon pote etc... Le César du public est en fait un prix honorifique. C'est là qu'il y a un sérieux malentendu. Le Film Français décerne déjà chaque année ses trophées pour les films ayant fait le plus d'entrées (français, étranger, premier film). Le résultat est objectif, chiffré, économique. C'est le principe même d'un trophée professionnel.

Or c'est exactement ce que va reproduire l'Académie: le prix du film français ayant fait le plus d'entrées. Un César connu d'avance (ou presque) comme le César d'honneur. Ce n'est donc pas un César du public, mais un César du box office (ce que les prix québécois, les Iris, ex-Jutra, faisaient par exemple avec le "Billet d'or"). Officiellement c'est d'ailleurs le César des Entrées (article 2 du règlement).

Les César auraient du faire comme pour les Victoires ou les European Film Awards: un vrai prix du public, où, par exemple, les Français auraient été invités à voter pour l'un des cinq films ayant été les plus vus dans l'année. Non, ils ont décidé de ne pas miser sur l'appréciation ou la popularité mais sur la quantité de tickets vendus. Car après tout qui nous dit que Raid Dingue (4,6 millions d'entrées) ait davantage plus au public que Valérian (4 millions), Alibi.com (3,6 millions), Le sens de la fête (3 millions) ou Epouse-moi mon pote (2,5 millions). Un vote par sms aurait été générateur de recettes, qui plus est, en plus de créer éventuellement une surprise. Comme pour les télé crochets. Quand bien-même, les votants n'auraient pas vu le film, ils auraient choisi un réalisateur ou une star qu'ils aiment.

La soirée des César est plutôt un drame qu'une comédie

On comprend bien que les organisateurs veulent redynamiser cette cérémonie qui ne parvient plus à drainer de larges audiences et se prend des critiques et des trolls à longueur de soirée. Même l'Eurovision est mieux respectée. Mais rien n'empêche les César de changer son format, ses invités, l'écriture des sketches. Les Oscars l'ont bien compris en se réjouissant systématiquement d'avoir un super-héros ou une légende vivante sur son tapis rouge pour annoncer un lauréat. C'est une grande fête du cinéma, où comiques de télé et têtes d'affiche de blockbusters, lauréats de la précédente année et Oscars d'antan, sont réunis le temps d'une nuit. Le cinéma français a la chance d'être varié. Les César sont l'occasion de valoriser cette diversité. C'est souvent ce qui manque, cette loyauté envers les professionnels de la profession, en plus d'uniformiser la cérémonie avec des textes souvent plats ou qui cherchent à être drôles. Les César n'ont pas le sens de la fête et on comprend bien tout le drame quand on les regarde: ce n'est vraiment pas une comédie.

Aussi espèrent-ils le 2 mars s'offrir un moment populaire et comique en récompensant le film le plus vu de l'année. A priori c'est Raid Dingue de et avec Dany Boon. Manière de répondre à son esclandre d'il y a 9 ans. Il pourra troquer son survêtement contre un costard. Cela lui fera une belle pub pour son nouveau film, sorti une semaine avant. Le suspens est tué. mais ce n'est pas grave. Sauf que.

Ironie de l'histoire, les règles de ce nouveau prix ne sont pas les mêmes règles que pour les autres films. Les César récompensent tous les films sortis du 1er janvier au 31 décembre de l'année. Le César des Entrées "peut être décerné chaque année, au film occupant la première place du box-office France (les chiffres étant arrêtés à minuit le mardi précédant la Cérémonie), parmi tous les films de long métrage admis à concourir pour le « César du Meilleur Film ». Tout arbitrage sera effectué sur le nombre d’entrées comptabilisées par la CNC au terme de la huitième semaine d’exploitation de chaque film."

Soit un film sorti du 1er janvier à fin février de l'année suivante. Et le chiffre qui sert de référence ne sera pas le résultat final mais celui enregistré deux mois après sa sortie. Raid Dingue a alors attiré 4 523 888 spectateurs en 8 semaines. Il faudra donc que son seul concurrent, Les Tuche 3, 12e meilleur premier jour français hier, loin devant Raid dingue l'an dernier, fasse mieux en un mois, pour obtenir ce nouveau César.

Ce serait alors l'humiliation suprême: que ce César fait pour Boon revienne aux Tuche. Dans tous les cas ce sera un Ch'ti et un humour à base d'accents au régime frites qui monteront sur scène: Boon est d'Armentières et Rouve de Dunkerque.

Cannes 2017 – Télex du marché: Cruise, Boon, Sorrentino, Rampling, Claflin & Woodley, un reboot et une histoire de BMW

Posté par vincy, le 24 mai 2017

- Top Gun 2 se confirme. Tom Cruise a confirmé que le projet était dans les tuyaux, enfin. Stoppé net par le décès de Tony Scott, le film est en rodage. Joseph Kosinski, qui a déjà dirigé Cruise dans Oblivion, est en première ligne pour le réaliser. Le tournage pourrait commencer l'année prochaine, 32 ans après la sortie du film qui a propulsé Cruise dans les acteurs bankables. Justin Marks (Le Livre de la jungle) a été engagé pour écrire la dernière version du scénario, qui devrait mettre en scène des drones et la fin de l'époque des pilotes-stars. Val Kilmer a été contacté pour reprendre son rôle.

- Pathé a annoncé plusieurs projets en cours: tout d'abord le prochain Dany Boon, La Ch'tite famille, qui sera en tournage dès le mois prochain pour une sortie fin février 2018. Un remake italien a même déjà été vendu. Valérie Bonneton, Line Renaud et Pierre Richard sont de l'aventure nordiste, avec en toile de fond la honte des origines ch'ti pour un designer parisien. Abandonné en décembre (lire notre article), Paolo Sorrentino reprend son projet Loro, un temps abandonnée, ce film sur Silvio Berlusconi. Toni Servillo incarnera le politicien-milliardaire. Le tournage débutera finalement en juillet. Cannes 2018? Par ailleurs, The Little Stranger de Lenny Abrahamson (Room), prévu en salles à l'été 2018, a rassemblé un sacré casting, avec Charlotte Rampling, Domhnall Gleeson, Ruth Wilson et Will Poulter au générique. Le studio français a également confirmé deux projets: Le brio d'Yvan Attal, avec Daniel Auteuil en mentor tyrannique d'un brillant élève, et le documentaire de Gilles de Maistre sur Alain Ducasse.

- Un reboot de plus: celui de Drôle de dames, avec Elizabeth Banks. La sortie en salles est déjà calée par Sony en juin 2019, soit 16 ans après la sortie du deuxième film avec Drew Barrymore et Cameron Diaz. Les deux films adaptés de la série TV avaient rapporté 525M$ à eux deux. Pas d'autre casting pour le moment.

- Sam Claflin (Hunger Games) devrait rejoindre Shailene Woodley (Divergente) dans le drame "survival" Adrift. Il remplacerait Miles Teller, qui a un agenda trop rempli. Le film, écrit et produit par Aaron et Jordan Kandell, sera réalisé en juin par Baltasar Kormakur. Il s'agit de l'histoire vraie de Tami Oldham, véritable miraculée. En septembre 1983, elle et son fiancé Richard Sharp furent piégés par un ouragan entre Tahiti et San Diego. Assommée, elle ne se réveille que le lendemain, avec son fiancé gravement blessé, sur leur bateau brisé et sans moyen de communication. Elle aura ainsi survécu 41 jours en mer.

- Kristin Scott Thomas sera la vedette de Paramour, une histoire de séduction et d'extorsion réalisée par Alexandra-Therese Keining. Là aussi, c'est inspiré d'une histoire vraie, celle de l'héritière du groupe BMW, Susanne Klatten,puissante, riche mais vivant recluse et loin des lumières. Quand Helg Sgarbi entre dans sa vie, elle se jette à corps perdu dans cette passion, sans connaître les mauvaises intentions de son amant mystérieux. Le tournage n'aura pas lieu avant l'année prochaine.

En 2016, le cinéma français toujours addict à ses comédies

Posté par vincy, le 4 janvier 2017

C'est incontestable: le cinéma français n'aurait pas atteint sa part de marché de 34% et des poussières sans les comédies françaises. Le genre reste le plus populaire auprès des spectateurs, malgré les critiques souvent médiocres (à juste titre), malgré les recettes pas forcément à la hauteur, malgré les stéréotypes (une vision un peu réac de la France à quelques excceptions près) des plus gros succès.

Et le phénomène n'est pas réservé qu'aux salles de cinéma. En vidéo à la demande, les seuls films français véritablement plébiscités sont des comédies (Camping 3, Retour chez ma mère, Un homme à la hauteur sont les seuls à avoir dominé le top ces derniers mois). A la télévision, parmi les 100 meilleures audiences de l'année, sept étaient des films avec dans l'ordre Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu (10,8 millions de téléspectateurs), Les Tuche (8,8 millions), Eyjafjallajokull (7,6 millions), Les visiteurs (7,5 millions), Supercondriaque (6,7 millions) en tête devant La Reine des Neige et Avatar. Soit deux films avec Christian Clavier et deux avec Dany Boon, définitivement les rois de la comédie. Et deux films dont la suite est sortie en 2017 dans les salles.

Au box office, 2016 aura fait la part belle aux marques américaines (Disney, Marvel, Star Wars, Harry Potter, DC Comics) mais le cinéma français a pu compter sur Jean-Paul Rouve, Franck Dubosc, Alexandra Lamy, Dany Boon, Christian Clavier, Jean Dujardin, Omar Sy... On prend les mêmes et on recommence.

Les Tuche 2 (4,6M d'entrées), Camping 3 (3,2M), Radin! (2,9M), Retour chez ma mère (2,2M), Les Visiteurs 3: la révolution (2,2M), le plus mélo Demain tout commence (2,1M), Brice 3 (1,9M), Pattaya (1,9M), le tendre La vache (1,3M), Papa ou maman 2 (1,2M), La folle histoire de Max et Léon (1,2M) et Adopte un veuf (1,1M) ont clairement dominé le cinéma hexagonal. Seuls quelques drames ont réussit à surnager: Les saisons, L'odyssée, Médecin de campagne et Chocolat (Sy et Lambert Wilson sont les seuls acteurs français à avoir eu deux films au dessus du million de spectateur).

On notera la forte présence des vedettes cathodiques, nées de la télé, ou issues des one-man show. On remarquera, en second rôle, la belle popularité des vétérans (Brasseur, Balasko, Dussollier). On soulignera la prépondérance des suites (5 parmi les millionnaires). Bien sûr on peut aussi voir le verre à moitié vide: Camping, Les visiteurs, Brice ou encore Papa ou maman ont attiré beaucoup moins de spectateurs que leurs prédécesseurs et n'ont pas forcément recouvert leurs budgets ; ou le verre à moitié plein avec l'émergence d'une nouvelle génération (Gastambide, le Palmashow, le duo Lacheau/Boudali ...).

Mais ce qu'on veut retenir c'est bien la frilosité des producteurs. Evidemment, elle est gagnante puisque ces films ont attiré le public dans les salles, bien plus que les comédies indépendantes ou des films dits du "milieu" signés par des réalisateurs primés dans les palmarès ou reconnus depuis des lustres. Mais il est quand même difficile de voir dans ces films autre chose qu'une vision un peu caricaturale et même formatée du rire, voulant reproduire l'humour des De Funès, des Charlots, ou du Splendid.

Au moins Pattaya s'essaie au vrai délire à l'Américaine (gross-comedy), en flirtant avec quelques tabous faisant rougir le politiquement correct. Et La Vache réussit à être à la fois tendre et poétique tout en étant émouvant et drôle. Pour le reste, on préfèrera la famille dynamité de Papa ou maman 2 ou le style anglo-saxon plein de bons sentiments de Demain tout commence (remake déguisé de Trois hommes et un couffin) et, allez, la beauferie crasse des Tuche qui au moins revisite le navet (à gros budget certes) en l'assumant (Rouve is the new Darry Cowl?). Ces films ont en commun de faire rire en n'utilisant pas "l'autre" ou "le socialement inférieur" comme bouc-émissaire.

Formules éprouvées et érpouvantes

On préfère ça à des formules toutes faites où les femmes, les homos, les non-blancs, les immigrés sont prétextes à des blagues douteuses de la part de héros se protégeant derrière leur ridicule ou leur ringardisme.  Car on peut ajouter Un homme à la hauteur, Ma famille t'adore déjà, Joséphine s'arrondit, Tamara etc... Différent, petit ou gros, il faut savoir s'adapter pour être adopté. On pourra toujours rétorquer que l'autre doit faire le reste du chemin (accepter le petit ou le gros), c'est quand même le prétexte pour faire rire (quand ça fait rire). Au moins avec Pattaya, on ne prend aucun gant, ce qui normalise tout de suite les personnages même "différents", dont un nain et une femme en surpoids. Alors qu'avec Bienvenue à Marly-Gomont on préfère rassurer sur la différence en opposant "ploucs" forcément pas si racistes, mais un peu quand même, et "bons étrangers" forcément intégrables s'ils sont utiles (à ce titre lire le décryptage de Cyprien Caddeo dans Le vent se lève).

Le système a beau atteindre ses limites depuis des années, il fonctionne encore, à la stupéfaction des critiques. La honte nous étreint parfois à la vue de tant de malaise et de gène. D'ailleurs, certains distributeurs ne montrent plus ces grosses comédies à la presse. Et même le public a boudé Les naufragés, Ils sont partout, Tout schuss... Car il y a des gros flops, malgré casting, blietzkrieg médiatique, campagne marketing nationale...

Pourtant, il y a eu d'assez bonnes comédies en France, qui osent des variations un peu plus originales ou au moins différentes dans le style comme dans le récit. On pense à Rosalie Blum, touchant, Tout pour être heureux, romantique, Ma Loute, fortement dérangé, Five, très frais, La loi de la jungle assez délirant en son genre, ou le bancal mais charmant Vicky. Et bien sûr la meilleure d'entre elle: Victoria. Ce qui ne signifie pas victoire pour un genre qui va devoir se réinventer avant de nous lasser complètement.

Omar Sy, acteur français le mieux payé du cinéma français

Posté par vincy, le 26 février 2016

Deux ans après la polémique sur les salaires disproportionnés des comédiens français, les cachets et rémunérations annexes se sont stabilisés. Depuis un an, les aides publiques sont liées à la proportion de ses salaires de "stars" dans le budget (voir le barème retenu par le CNC). Résultat, les cachets sont moins monstrueux mais les bonus se multiplient en cas de succès. Et nombreux sont ceux qui entrent en coproduction. Sans oublier ceux qui multiplient les casquettes: scénario, réalisation, ...

Le Parisien, après avoir interrogé les agents artistiques, a dressé un Top 15 "à la louche" des acteurs et actrices ayant touché le gros lot ces douze derniers mois. "L'époque où les stars du stand-up comme Gad Elmaleh ou Franck Dubosc exigeaient 1 M€ pour des comédies au scénario indigent est bien finie" parait-il. Comme on le sait depuis de nombreuses années les Depardieu, Deneuve, Marceau, Baye peuvent être à l'affiche pour des cachets assez "modestes", surtout si le film n'est pas une grosse production. Dujardin, Boon et Merad s'adaptent aussi aux budgets de films qu'ils veulent absolument faire (respectivement Un + Une, Lolo et Bis).

Au total, une quarantaine de comédiens et comédiennes peuvent réclamer plus de 500 000 euros. On notera dans ce top 15 qu'on ne trouve que deux femmes, deux acteurs issus de la diversité, un rescapé du Splendid, et au total trois ayant commencé leur carrière avant 1980),un sociétaire de la comédie française, neuf qui se sont fait connaître en tant que "comiques", cinq qui ont tourné avec un cinéaste américain.

  1. Omar Sy - 1,8M€ (2,2 millions d'entrées en moyenne)
  2. Dany Boon - 1,5M€ minimum (2,9 millions)
  3. Kev Adams - 1,5M€ (2,3 millions)
  4. Jean Dujardin - entre 1 et 1,5M€ (1,5 million)
  5. Fabrice Luchini - 1M€ (860 000)
  6. Franck Dubosc - 1M€ (1,4 million)
  7. Jamel Debbouze - 1M€ (2,6 millions)
  8. Sandrine Kiberlain - entre 800K et 1M€ (670 000)
  9. Catherine Frot - entre 700K et 1M€ (845 000)
  10. Kad Merad - 800K€ (1,6 million)
  11. Christian Clavier - 800K€ (2,2 millions)
  12. Vincent Cassel - 600K€ (875 000)
  13. José Garcia - 600K€ (1,2 million)
  14. Gérard Depardieu - 500K€ (1,4 million)
  15. Laurent Lafitte - 500K€ (1 million)

Ciné à la TV: Kev Adams a aussi régné sur l’audimat

Posté par vincy, le 1 février 2016

Il n'y a pas un seul film parmi les trente meilleures audiences de l'année 2015 à la télévision française selon les bilans de Médiamétrie. Ils sont seulement quatre (deux de moins qu'en 2014) à être dans le Top 100: trois sur TF1, un sur France 2.

Le cinéma permet à dix chaînes d'obtenir leur meilleur audience de l'année

Mais à l'inverse c'est bien le cinéma qui a permit à dix chaînes de télévision d'atteindre leur record d'audience annuel : M6 avec Belle et Sébastien (6,3 millions de téléspectateurs), Arte avec Le vieil homme et l'enfant (1,7 million), D8 avec Hunger Games (3 millions), et ainsi de suite pour NT1, NRJ12, France 4, D17, 6ter, Numéro 23 et Chérie 25 (toutes avec des films américains). Leurs records d'audience annuels permettent également à certaines chaînes de passer des caps en part d'audience. Grâce à un film, M6 dépasse ainsi les 20% (deux fois plus que sa moyenne annuelle), D8 les 10%, TMC, W9, Arte, NT1 et NRJ12 franchissent les 5%.

Les films américains boostent l'audience de la TNT

Plus de 1300 films ont été diffusés en première partie de soirée en 2015. 9 d'entre eux ont multiplié par trois la moyenne de l'audience de leur chaîne lors de leur diffusion (un sur D8, 4 sur 6ter, 3 sur HD1 et un sur France 4). Là encore les petites chaînes profitent à fond des films américains, même ce sont des rediffusions. Mais ce n'est pas toujours le cas. 10 films, souvent des films art et essai, ont contre-performé: trois sur Arte (La bataille de Solférino a été un bide, tout comme le premier Superman), 4 sur Gulli (qui a pris des risques avec des films de patrimoine), 2 sur France 4 (dont un Soderbergh, Harvey Milk) et un sur Numéro 23 (Un conte de Noël de Desplechin).

Le cinéma reste cependant un beau produit de soirée, mais n'a plus l'aspect événementiel ou fédérateur des années précédentes. Les 20 meilleures audiences pour un film (dont 6 rediffusions) naviguent entre 6 et 8 millions de spectateurs (alors que 4 dépassaient les 8 millions de téléspectateurs en 2014), soit largement moins que The Voice, un match de championnat du monde de rugby ou un épisode de Mentalist. D'une part, la multiplication des chaînes, et donc de l'offre, ne permet plus à TF1 ou France 2 de capter autant de spectateurs qu'avant, sauf événement. On va se rassurer: avec des films comme Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu? que TF1 devrait diffuser cette année, on imagine que les scores seront bien meilleurs. Cette année fut assez pauvre en exclusivité de qualité ou fédératrice, contrairement à 2014 où Intouchables avait séduit 13,9 millions de téléspectateurs sur TF1.

Kev Adams, Steven Soderbergh et Christian Clavier au top

Mais, comme pour le box office en salles, c'est Kev Adams qui l'emporte. L'acteur qui a été à l'affiche des deux films français les plus populaires en salles en 2015 - Aladin, Les Profs 2 - a également été le plus vu sur le petit écran avec Les profs sur TF1. 8 millions de téléspectateurs et une part d'audience de 28,5%.

En part d'audience, Contagion, Un plan parfait, Skyfall, Die Hard 5 et Battleship suivent dans le classement. En nombre de téléspectateurs, le classement diffère légèrement : Contagion, Les bronzés font du ski, Skyfall, Rien à déclarer. Notons que Contagion de Steven Soderbergh s'offre une belle culbute: même pas 700 000 spectateurs en salles et 7,3 millions de téléspectateurs.

Hormis Skyfall sur France 2 et Belle et Sébastien sur M6 (un lundi pendant les fêtes), les 18 meilleures audiences sont captées par "le film du dimanche soir" de TF1.

Dans ce Top 20, dix films sont français, les dix autres américains. 9 des dix films français sont des comédies, dont quatre avec Christian Clavier et deux avec Dany Boon. Les américains prédominent dans le thriller/aventures/fantasy avec 7 films, auxquels s'ajoutent deux dessins animés (Tintin et Moi, moche et méchant 2) et un drame (Gran Torino, pourtant rediffusé).

Dany Boon et Louane un peu seuls face au Front National

Posté par vincy, le 8 décembre 2015

dany boon louane

"Je ne peux pas croire que ma région, celle où je suis né, où j'ai grandi, où j'ai tout appris, que j'aime tant et que je mets en valeur dans mes spectacles et dans mes films depuis plus de 25 ans en vantant sa tolérance, son ouverture d'esprit, son sens de l'humour, sa générosité et son humanité, soit demain dirigée par un parti d'extrême droite. Je comprends le ras-le-bol, la peur, l'incertitude de l'avenir mais je vous assure, mes biloutes, que voter pour l'extrême droite ne résoudra aucun des problèmes actuels, au contraire. Je vous aime." C'est signé Dany Boon sur son mur Facebook.

Le résultat électoral dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie plaçant Marine Le Pen (Front national) en tête a fait réagir l'acteur le plus populaire de France. Actuellement en tournage, le ch'ti Dany Boon a décidé de réagir. Lors des municipales partielles de Hénin-Beaumont, en 2009, il avait déjà appelé à voter contre le Front National: "Le Nord-Pas-de-Calais a toujours été une terre d'accueil, de tolérance, de respect de l'autre et de ses différences", écrivait-il alors. Ce à quoi Marine Le Pen lui avait répondu qu'il ne connaissait pas la situation des habitants de la commune, en tant que millionnaire résidant à Los Angeles.

Jusque là seule Louane avait fait entendre sa voix. La chanteuse et comédienne (César du meilleur espoir pour La famille Bélier) n'a jamais hésité à rappelé ses origines et son parcours modeste à Hénin-Beaumont où elle est née pour s'opposer au FN. Après une première intervention au Grand Journal plus tôt dans l'automne, elle en a rajouté une couche le 29 novembre sur RFM: "Ce qui se passe politiquement à Hénin-Beaumont, je ne m'en fous pas. Si la question est : “Est-ce que je me mettrais à côté du FN ?” Absolument pas. Je n'ai pas été élevée dans la peur de l'autre et je viens d'une famille multi-origine. Donc, ça ne marche pas pour moi."

Le Nord-Pas-de-calais, importante pourvoyeur de fonds pour le cinéma

On aurait pu s'attendre à davantage de prises de paroles publiques. Mais les temps changent. Diaboliser le FN n'est plus tendance, ou presque. Le parti séduit désormais un tiers des votants. Il ne s'agirait pas d'insulter le public ni l'avenir. Car, au-delà de l'image que véhicule le parti ou du motif de ses électeurs, si le Front national préside des régions, c'est tout un pan de l'économie culturelle qui sera sous sa coupe. Pour ne prendre que le Nord-Pas-de-Calais (sans la Picardie), c'est 8 millions d'euros par an d'aides au cinéma, sit le 4e fonds d'aide régional, qui permet à 80 courts et longs métrages d'exister mais aussi à 45 salles de cinéma à se numériser et 15000 scolaires d'accéder à des formations ou des ateliers de cinéma.

Officiellement, tout le secteur culturel, principalement soutenu par de l'argent public, refuse de collaborer avec le FN. Mais une fois au pouvoir, s'il gagne les élections du 13 décembre, il faudra bien composer. Certaines institutions culturelles dépendent fortement des subventions régionales (43 millions d'euros au total), y compris le centre de création contemporaine du Fresnoy à Tourcoing. Le FN ne cache pas sa vision régionaliste de la culture, sa haine de l'art contemporain comme sa volonté de privilégier les artistes locaux et une culture "française". Tous leurs candidats souhaitent retirer les subventions à des lieux trop politisés, communautaristes ou clientélistes, ceux qui n'ont pas de publics ou ne sont pas rentables. Cette logique comptable est évidemment dangereuse. Est-ce que La Vie d'Adèle ou le prochain Bruno Dumont, tournés dans la région, auraient bénéficié d'aides régionales si on suit leur logique?

Une collaboration inévitable avec le Front National?

Bien sûr, le parti de Marine Le Pen se veut rassurant. La députée européenne et patronne du Front national a enrôlé Sébastien Chenu, ancien membre de l'UMP, fondateur de GayLib (qui défendait le droit des homosexuels dans le parti de Nicolas Sarkozy), pour faire le lien avec les gens de la culture. Dans Le Monde, il expliquait, non sans sarcasme: "Je connais bien les artistes, leurs fantasmes. Ils nous crachent dessus… Mais, si on gagne, je n'aurai aucun problème à travailler avec eux et à leur donner leur subvention. Maintenant, s'ils continuent à ne pas vouloir nous parler… Vous savez, j'ai rencontré beaucoup de responsables culturels de premier plan dans le Nord. Je ne vous donne pas leurs noms par délicatesse. Ils ne sont pas les mêmes sur une estrade ou en privé face à moi. Vous verrez, ils changeront d'attitude…"

Pour le cinéma, rien n'est moins sûr. La concurrence est très vive entre les régions pour attirer les tournages. La Picardie, qui fusionne avec le Nord Pas de Calais, est un acteur mineur en France. Mais si on prend une autre région emblématique, Provence-Alpes-Côte d'Azur, 2e région pour les tournages (un film français sur dix, un film étranger sur cinq), on peut croire que la Côte d'Azur reste toujours attractive. L'argent n'a pas d'odeur. Et on voit mal le FIF de Cannes ou le FID de Marseille déménager. Cependant, pour les plus petits festivals, la perte d'une aide régionale peut être périlleuse.

Venise 2015 : Julie Delpy rejoint la compétition des Venice Days avec « Lolo »

Posté par MpM, le 5 août 2015

loloLe nouveau film de Julie Delpy, Lolo, sera présenté en avant-première mondiale et en compétition lors des Venice Days qui se dérouleront dans le cadre du 72e festival de Venise. Il sera ainsi le 11e film en compétition dans cette section indépendante jugée par Laurent Cantet et son jury.

Le film, qui réunit Dany Boon, Vincent Lacoste et la réalisatrice elle-même, sera également présenté en séance de gala à Toronto la semaine suivant Venise. Il raconte la rencontre entre un informaticien fraîchement divorcé et une quadra parisienne travaillant dans le milieu de la mode, dont l'histoire d'amour naissante est mise à mal par le fils adolescent de la jeune femme.

On pourra découvrir Lolo sur les écrans français le 28 octobre prochain.

Dany Boon revient chez les Ch’tis et attend le feu vert de deux projets anglo-saxons

Posté par vincy, le 2 février 2015

dany boon aux césar 2009Il est "Charlie", il est aussi le président des prochains César et le producteur-réalisateur-acteur du troisième film le plus populaire de l'année 2014, Supercondriaque. Dany Boon est incontestablement une tête d'affiche du cinéma français. Dans une interview au Parisien magazine, il est revenu sur ses derniers projets.

Boon travaille actuellement sur le scénario d'Une Jolie ch'tite famille, l'histoire d'un designer parisien branché, fils de ferrailleur du Nord, "qui cache ses origines prolétaires parce qu'il en a honte". On va donc revenir en pays ch'ti (après tout Bienvenue chez les Ch'tis est une recette qui fonctionne avec 20 millions d'entrées, un remake à succès en Italie, etc.), et Boon s'offrira le rôle principal.

En revanche, dans le même entretien, Dany Boon annonce que le remake américain de Bienvenue chez les Ch'tis, avec Will Smith, est abandonné.

Mais Dany Boon ne capitule pas face à Hollywood avec deux autres projets en cours. "Je vais réaliser un road movie, The Ambassadors, en grande partie à Londres", dit-il, "mais le tournage est en attente car il y a eu un changement de direction au studio Fox". L'histoire est celle d'un Américain tentant par tous les moyens de rentrer aux États-Unis avec l'aide d'un groupe d'Européens. Le film devait se tourner l'été dernier et sortir en 2015.

Enfin, il révèle qu'il a  "un projet de comédie" avec le Studio Universal, dont le titre provisoire est Deadbeat Dad.

D'ici là, Dany Boon sera à l'affiche du prochain film de Julie Delpy, Lolo, prévu dans les salles cette année.

César 2015: Saint-Laurent en tête des nominations

Posté par vincy, le 28 janvier 2015

fanny ardant affiche cears 201510 nominations pour Saint Laurent. Et aucune pour Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu? Mais quand même 9 pour Les combattants, 8 pour Timbuktu 7 pour Yves Saint Laurent et Hippocrate, 6 pour Sils Maria et La Famille Bélier (sérieux???). Les César ont choisi l'équilibre entre des oeuvres de réalisateurs novices et des films de cinéastes confirmés (mais jamais récompensés).
Quelques grosses surprises: Bande de filles oublié dans la catégorie meilleur film (au profit de La famille Bélier, un comble) mais Eastern Boys n'a pas manqué de marquer les votants (tant mieux). Trois coeurs complètement snobé (un scandale), Bird People quasiment oublié (une honte) mais une catégorie documentaire 5 étoiles.
Résultat des courses le 20 février, lors de la cérémonie présidée par Dany Boon. Sans véritable attente. On attendra quand même de voir comment Sean Penn recevra son César d'honneur (entre deux assoupissements). On espère que Catherine Deneuve (qui reçoit ici sa 13e nomination) sera sa remettante: l'acteur/réalisateur américain vénère la comédienne française et lui avait donné personnellement un prix exceptionnel à Cannes quand il était président du jury du Festival.  On verra aussi comment l'Académie rendra hommage à Alain Resnais.
Pour le côté people, les paparazzis attendront certainement Kristen Stewart, le couple Canet-Cotillard, la rivalité Ulliel/Niney-Gallienne/Rénier et la chanteuse de The Voice qui est nominée dans la catégorie espoir. De quoi dynamiser une audience télé en berne?

Meilleur film: Les Combattants, Eastern Boys, La famille Bélier, Hippocrate, Saint Laurent, Sils Maria, Timbuktu
Meilleur réalisateur: Olivier Assayas, Bertrand Bonello, Thomas Cailley, Thomas Lilti, Céline Sciamma, Abderrahmane Sissako
Meilleur acteur: Guillaume Canet, Vincent Lacoste, Niels Arestrup, François Damiens, Romain Duris, Pierre Niney, Gaspard Ulliel
Meilleure actrice: Juliette Binoche, Marion Cotillard,  Catherine Deneuve, Adèle Haenel, Emilie Dequenne, Sandrine Kiberlain, Karin Viard
Meilleur second-rôle masculin: Eric Elmosnino, Guillaume Gallienne, Louis Garrel, Reda Kateb, Jérémie Rénier
Meilleur second-rôle féminin: Marianne Denicourt, Claude Gensac, Izia Higelin, Charlotte Le Bon, Kristen Stewart
Meilleur espoir masculin: Kevin Azaïs, Ahmed Dramé, Kirill Emelyanov, Jean-Baptiste Lafarge, Pierre Rochefort
Meilleur espoir féminin: Lou de Lâge, Joséphine Japy, Louane Emera, Karidja Touré, Ariane Lebed
Meilleur film étranger: 12 Years a Slave, Boyhood, Deux jours un nuit, Ida, Mommy, The Grand Budapest Hotel, Winter Sleep
Meilleur film d'animation: Le chant de la mer, Minuscule, Jack et la mécanique du coeur
Meilleur premier film: Les combattants, Qu'Allah bénisse la France, Elle l'adore, Fidelio, Party Girl
Meilleur documentaire: Caricaturistes - Fantassins de la démocratie, Les chèvres de ma mère, La cour de Babel, National Gallery, Le sel de la terre
Meilleur scénario original: Les combattants, La famille Bélier, Hippocrate, Sils Maria, Timbuktu
Meilleur scénario/adaptation: La chambre bleue, Diplomatie, Pas son genre, Lulu femme nue, La prochaine fois je viserai le coeur
Meilleure musique: Bande de filles, Bird People, Les combattants, Timbuktu, Yves Saint Laurent
Meilleure photographie: La belle et la bête, Saint Laurent, Sils Maria, Timbuktu, Yves Saint Laurent
Meilleur montage: Les combattants, Hippocrate, Party Girl, Saint Laurent, Timbuktu
Meilleurs décors: La belle et la bête, La French, Saint Laurent, Timbuktu, Yves Saint Laurent
Meilleurs costumes: La belle et la bête, La French, Saint Laurent, Une nouvelle amie, Yves Saint Laurent
Meilleur son: Bande de filles, Bird People, Les combattants, Timbuktu, Saint Laurent Meilleur court métrage: Aïssa, La femme de Rio, Inupiluk, Les jours d'avant, Où je mets ma pudeur La virée à Paname
Meilleur court métrage d'animation: Bang Bang!, La bûche de Noël, La petite casserole d'Anatole, Les petits cailloux

990 000 euros, prix maximum pour un acteur-scénariste-réalisateur-producteur

Posté par vincy, le 5 décembre 2014

On ne retient que ça des mesures prises par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) à l’occasion de son dernier conseil d’administration, il y a une semaine, pour maîtriser les coûts du secteur cinématographique et soutenir la distribution.

Une seule mesure parmi des dizaines a retenu l'attention des médias après les révélations des Echos.

Faisons bref. Deux ans après la tribune explosive de Vincent Maraval sur l'indécence ruineuse des cachets des comédiens dans le cinéma français (lire notre dossier), le CNC a décidé de réguler le marché. En cas de « coût artistique disproportionné », le film sera privé des soutiens publics. « Cette disposition ne vise pas à empêcher les très fortes rémunérations. Mais si c’est le cas, le producteur devra aller chercher des financements ailleurs », note un spécialiste dans le journal économique.

Le barème est variable en fonction des devis de production. a rémunération la plus élevée ne pourra dépasser 5?% du devis. Cette règle s’applique aux rémunérations fixes, mais pas à la part variable que peuvent toucher les stars en fonction du succès en salle.

Rémunérations maximales:

  • Film inférieur à 4 millions d’euros : 15 % du coût de production
  • Film entre 4 et 7 millions d’euros : 8 % du coût de production
  • Film entre 7 et 10 millions d’euros : 5 % du coût de production
  • Film supérieur à 10 millions : 990 000 euros

Qu'on soit clair: le cachet maximal de 990000 euros touche très peu d'acteurs en France. On les compte sur les doigts d'une main. Mais cette mesure touche aussi réalisateurs, scénaristes ou producteurs. Ce plafond s'entend par personne et non par fonction: si un acteur assure également le scénario et/ou la réalisation, les plafonds restent les mêmes, ils ne se cumulent pas Cela veut dire qu'un Dany Boon ou un Jean Dujardin - comme autrefois un Pierre Richard ou un Alain Delon - sont directement concernés, cumulant parfois les quatre postes. Roman Polanski avec 1,3 millions d'euros de revenus en 2013 est impacté (réalisateur, scénariste). Une dizaine de réalisateurs en France pourrait subir ce plafonnement. Et pas forcément Laurent Tirard ou Fabien Onteniente.

En cas de dépassement de ces plafonds, le film sera privé des aides sélectives et le producteur ne pourra pas réinvestir son fonds de soutien du CNC dans cette production. Les chaînes de télévision seront aussi empêchées (en tant que coproductrices) d’investir leur fonds de soutien dans ces films. Vincent Maraval posait une question simple : "Est-il normal qu’un film reçoive du soutien alors qu’il fait travailler des gens pour des salaires qui dépassent le million d’euros ? Etait-ce cela le but du système de financement du cinéma français ?" Le CNC l'a entendu. Et sur le fond, il n'a pas tort. Pourquoi payer un film dont le but est commercial avec de l'argent public?

Mais, derrière ce "choc de simplication", apparaît finalement un casse-tête bien français. Car pour quelques stars concernées, on créé une règle stricte, qui, par définition, s'adapte mal à une "industrie" comme celle du cinéma. Surtout, les films du milieu vont souffrir. Ceux-là ont souvent besoin de têtes d'affiche ET d'aides publiques pour se financer puis se vendre à l'international. Comme l'explique également l'agent Elisabeth Tanner dans un entretien au Monde, "Pourquoi le fait d’écrire un scénario pendant un an et de jouer ensuite dans le film devrait-il conduire à limiter votre rémunération, alors qu’elle ne l’aurait pas été si vous vous étiez contenté d’écrire le scénario ?"

Au final, cette mesure pourrait entraîner quelques effet pervers: on réduira les cachets, mais, comme le souligne Marc Missionnier, producteur et président de l'Association des producteurs de cinéma: "Ce que les agents peuvent perdre en raison de cachets moindres, ils peuvent le gagner par un intéressement accru aux recettes". Ce qui réduira les marges de tout le monde et poussera les comédiens à prendre davantage de pouvoir dans le processus du film, comme aux Etats-Unis. Va-t-on arriver à un système où un acteur bankable bradera sa valeur marchande (certes aléatoire) mais réclamera un pourcentage astronomique sur les tickets, les ventes internationales et les diffusions TV/VOD/DVD en échange? Après tout c'est ce qui était proposé dans le rapport Bonnell, qui incitait au partage du risque commercial par les stars très bien payées.

Pourtant, globalement, les producteurs sont satisfaits. Ils rappellent que cette mesure ne concerne que 10 à 15 films par an au maximum. Et même moins cette année. Car, depuis la tribune de Vincent Maraval, la prise de conscience a été collective. Le marché s'est régulé de lui-même. Au final, avec ce cadre règlementaire, il y aura donc deux systèmes: un cinéma privé-public et un cinéma privé à but commercial, mais plus risqué.

Cependant, tout cela ne répond pas au véritable problème du moment: le financement des films (et pas seulement ceux du milieu). L'économie du cinéma français se précarise (lire également notre actualité du 15 novembre: La production française connaît sa pire année depuis 2010). La moyenne des budgets diminue année après année. Les tournages s'exilent dans des territoires fiscalement et socialement plus attractifs. La durée des tournages se réduit fortement, et, par conséquent, les intermittents affichent moins d'heures au compteur. Investissements en chute, distributeurs de plus en plus fragiles, tensions sociales (convention collective, régime des intermittents), etc.: les autres mesures, celles qui soutiennent la distribution par exemple, sont plus pertinentes.

Le débat sur les cachets est un faux débat quand un film est de plus en plus difficile à financer, même avec une vedette au générique. Le problème du cinéma français, c'est la place qu'il accorde aux scénaristes et aux réalisateurs qui ne sont plus assez "mainstream" pour les grandes chaînes de télévision. L'enjeu ce n'est pas de juger le salaire exorbitant d'une star (qui attire un million de personnes dans les salles et sept millions derrière le petit écran) mais de savoir pourquoi on produit encore et toujours de mauvaises comédies, avec des castings improbables.  Comme le titrait Première le mois dernier, la question est plutôt "Et si on faisait de bons films?" (dans de bonnes conditions) et pas "Et si on payait moins les acteurs?" (avec de bonnes intentions).