Cannes 2018 : la croisette côté courts

Posté par MpM, le 12 mai 2018

Puisque l’on vient (aussi) à Cannes pour y faire des découvertes, impossible de négliger l’offre de courts métrages présents sur la Croisette cette année, et qui réserve à la fois des retrouvailles avec des réalisateurs confirmés et des rencontres déterminantes.

Il y a cinq lieux pour voir des courts métrages sur la Croisette : à la Semaine de la Critique (10 films en compétition et 3 en séance spéciale), à la Quinzaine des Réalisateurs (10 films en compétition dont un moyen métrage de 44 minutes), en compétition officielle (8 Films), à la Cinéfondation, la compétition des films d’école (17 films) et au short film corner, où sont disponibles en visionnage à la demande tous les courts métrages qui y ont été soumis.

Parmi les réalisateurs déjà identifiés, il y a bien entendu Marco Bellocchio, de retour à la Quinzaine avec La lotta. On notera aussi la belle séance spéciale de la Semaine de la Critique qui réunit Bertrand Mandico (dont on vient de découvrir le premier long métrage, Les Garçons sauvages) avec Ultra pulpe, le cinéaste grec Yorgos Zois (Casus Belli, Interruption) avec Third kind et Boris Labbé (Orogenesis) avec La chute dont nous vous parlions dans notre Focus sur l’animation.

En vrac, on retrouvera également les nouveaux films de Jacqueline Lentzou (Hector Malot - The Last Day Of The Year - son précédent Hiwa était à Berlin) à la Semaine de la Critique, Raymund Ribay Gutierrez en compétition officielle (Judgment - après Imago, déjà présenté à Cannes), Celine Held et Logan George également en section officielle (Caroline - on les avait repérés au festival du film fantastique de Strasbourg avec Mouse), Carolina Markowicz (O Orfao - après le film d'animation Tatuapé Mahal Tower, qui a fait le tour du monde) ou encore Juanita Onzaga (Our song to war - après The Jungle Knows You Better Than You Do, prix du jury international à Berlin) toutes deux à la Quinzaine.

Parmi les découvertes, il faudra suivre de près le film chilien El verano del leon electrico de Diego Cespedes à la Cinéfondation, le (très) jeune réalisateur portugais Duarte Coimbra à la Semaine de la Critique avec Amor, Avenidas Novas, le moyen métrage qui s'annonce assez déjanté La Chanson à la Quinzaine (l'adaptation par Tiphaine Raffier de son spectacle du même nom) ou encore la comédie Pauline asservie de Charline Bourgeois-Tacquet avec Anais Demoustier à la Semaine. Sans oublier tous les films d’animation que nous avions détaillés lors du Focus.

L’année dernière, trois courts métrages présentés à Cannes ont ensuite connu une carrière exceptionnelle : The burden de Niki Lindroth von Bahr (qui a remporté des prix partout où il est passé, y compris le prix du court métrage de l'année), Los Desheredados de Laura Ferres (primé à Cannes puis nommé aux European Awards) et Pépé le morse de Lucrèce Andreae (César du meilleur court métrage d'animation). Ne ratez pas ceux qui leur succéderont cette année.

Cannes 2018 : quelle place pour l’animation sur la Croisette ?

Posté par MpM, le 8 mai 2018

C’est souvent le parent pauvre du festival, et cette année n’y fait pas complètement exception. Certes il y a de l’animation sur la Croisette. Mais trop souvent, on a l’impression que la sélection des films d'animation répond à une concession faite au genre et à ses défenseurs plus qu'à un véritable choix de programmation.

N’incriminons pas la Semaine de la Critique, qui pour la 2e fois consécutive propose un long métrage d’animation en compétition : Chris the swiss d'Anja Kofmel (1 sur 7, c’est un bon ratio s’il faut penser en termes purement numériques). On se réjouit de cette nouvelle "tradition" instaurée par la Semaine, et qui est un exemple à suivre pour l'ensemble du festival. Incriminons encore moins la Quinzaine des réalisateurs qui a elle sélectionné deux longs métrages en compétition : Mirai de Mamoru Hosoda et Samouni Road, un documentaire de Stefano Savona en partie animé par Simone Massi.

En revanche, on a le droit d’être un poil déçu par la place réservée par l’officielle à Another day of life de Raúl de la Fuente et Damian Nenow, son seul long métrage d’animation : une simple séance spéciale. Difficile de ne pas y voir une manière de reléguer l’animation à un créneau pas trop voyant, sans grand enjeu, tout en neutralisant les éventuelles critiques sur l’absence d’animation. Ceci dit, on se réjouit sincèrement de la présence de ces quatre longs métrages sur la Croisette.

D'autant qu'il faut aussi souligner la belle place réservée à l’animation par les sections courts métrages, à savoir 8 films répartis entre la Semaine de la Critique, la Quinzaine des Réalisateurs, la compétition officielle de courts métrages et la Cinéfondation, la compétition des films d'école.

Enfin, plusieurs événements consacrés à l'animation se tiennent en parallèle du Festival. Au Marché du Film, les plus chanceux pourront par exemple découvrir certains des projets les plus attendus de l'année. Une "journée de l'animation" est également organisée, comme chaque année. Enfin, pour la troisième année consécutive,  l'opération "Annecy goes to Cannes" se tiendra le 11 mai, avec la présentation de cinq projets de longs métrages en work in progress.

Petit guide en 12 étapes pour voir la vie cannoise en version animée.

Another day of life de Raúl de la Fuente et Damian Nenow (Espagne / Pologne)

Long métrage d’animation parmi les plus attendus de l'année, A,other day of life est l’adaptation dans une forme hybride (animation, images d’archives, témoignages) du livre de Ryszard Kapuscinski, reporter de guerre pris dans la guerre civile en Angola. Lorsque commence le film, l’Angola vient de recouvrir son indépendance et deux factions se font face (MPLA et UNITA). Kapuscinski implore les autorités de le laisser rejoindre la ligne de front, et finira par être exaucé. On le suit dans ce périple périlleux et fou, tandis qu'en parallèle, des témoignages ou des images d'époque viennent compléter le récit, ou lui apporter un contrepoint. Une oeuvre historique et politique comme le festival en raffole, sur un conflit du XXe siècle souvent méconnu.

Chris the swiss d'Anja Kofmel (Suisse)

Tourné dans un somptueux noir et blanc ultra-contrasté, Chris the Swiss mêle film documentaire et images d'archives pour raconter l'histoire vraie de Chris, un reporter de guerre suisse retrouvé mort en Croatie en janvier 1992, après avoir rejoint une milice internationale d'extrême droite impliquée à la fois dans la guerre en Yougoslavie et dans des trafics de toutes sortes.

Anja Kofmel, qui est la cousine de Chris,  propose à travers le film une plongée brutale dans le contexte de cette guerre sanglante en même temps qu'une enquête intime et personnelle pour comprendre ce qui est, réellement, arrivé au jeune homme. Ainsi, elle se met en scène, ainsi que certains membres de sa famille, afin de dresser le portrait le plus juste de Chris. En parallèle, on suit le jeune homme en Yougoslavie, au contact de ceux qui l'entraîneront dans les rangs du "First International Platoon of Volunteers".

Mirai de Mamoru Hosoda (Japon)

Kun est un petit garçon à l’enfance heureuse jusqu'à l’arrivée de Miraï, sa petite sœur. Jaloux de ce bébé qui monopolise l’attention de ses parents, il se replie peu à peu sur lui-même, jusqu'au jour où il découvre un univers fantastique où se mêlent le passé et le présent. Le nouvel opus de Mamoru Hosoda, à qui l'on doit notamment Le garçon et la bête, Les enfants loups ou encore Summer wars, s'annonce comme une oeuvre familiale aux thèmes universels et aux graphismes chaleureux et doux. A retrouver également en compétition à Annecy.

Samouni Road de Stefano Savona (Italie)

Ce documentaire de Stefano Savona, en partie animé par Simone Massi, a été tourné dans la périphérie rurale de la ville de Gaza City. La route du titre tire son nom de la famille élargie Samouni, une communauté de paysans miraculeusement épargnée par soixante ans d’occupations et de guerres jusqu’en janvier 2009. Le film suit les survivants de la famille lors d'une fête qui est la première depuis la dernière guerre. Les séquences animées permettent de donner vie aux souvenirs des protagonistes qui tentent de se reconstruire.

III de Marta Pajek (Pologne)

D'abord, il faut savoir qu'il existe un II (Impossible figures and other stories II) mais pas (encore ?) de I. Le comité court de la sélection officielle a été bien avisée de sélectionner le nouveau film de cette réalisatrice surdouée qui propose des films métaphysiques épurés et minimalistes. Après avoir invité le spectateur à sonder les méandres de son propre labyrinthe intime, elle propose cette fois une drôle de plongée dans le tourbillon de la séduction et de l'amour véritablement charnel.

La chute de Boris Labbé (France)

Un seul court métrage d'animation à la Semaine, mais très attendu puisqu’il s’agit du nouveau film de Boris Labbé ! Après Orogenesis dont on vous a souvent parlé, le réalisateur revient avec une œuvre-somme qui lui a été inspirée par la lecture de Dante, et qui convoque à la fois l’histoire de l’art (de Jérôme Bosch à Henry Darger) et celle de l’Humanité. Hypnotique et hallucinatoire, porté par la musique envoûtante et complexe de Daniele Ghisi, le film s'annonce comme un prolongement du travail du réalisateur autour des motifs de la boucle, la prolifération, la multiplication, la contamination, la métamorphose...

Inanimate de Lucia Bulgheroni (Royaume-Uni)

Katrine a une vie normale, un travail normal, un petit-ami normal et un appartement normal dans une ville normale. C’est ce qu’elle pense en tout cas, jusqu’au jour où tout tombe en morceaux, au sens propre du terme. Un film de fin d'études en stop-motion, sur un sujet intime et sensible.

Inny de Marta Magnuska (Pologne)

En attendant l’arrivée d’un mystérieux nouveau venu, les gens essayent de deviner qui il est. L’image floue de l’étranger prend forme, de façon à rendre sa présence presque réelle. Mais l'excitation initiale de la foule tourne à l’angoisse. L'animation (minimaliste et glacée) est à la hauteur de la tension anxiogène que dégage peu à peu le récit, entre étude des foules galvanisées par le seul sentiment du collectif et dénonciation des préjugés les plus sombres.

Ce magnifique gâteau de Emma de Swaef et Marc Roels (Belgique)

Six ans après leur acclamé court métrage Oh Willy, Emma de Swaef et Marc Roels sont de retour avec un moyen métrage de 44 minutes qui fera nécessairement figure d'OVNI sur la Croisette. D'autant que ce film en stop-motion qui met en scène des figurines duveteuses et minimalistes parle avec cynisme et humour noir de la colonisation en Afrique. Vraisemblablement l'un des films-événements de l'année dans le monde de l'animation. Heureusement, pour ceux qui le rateraient à Cannes, il sera présenté en séance spéciale à Annecy.

La nuit des sacs plastiques de Gabriel Harel (France)

Agathe, bientôt 40 ans, va retrouver son ex, Marc-Antoine, avec la ferme intention de le séduire à nouveau, afin d'avoir un enfant avec lui. Mais dans l'ombre, les sacs plastiques attendent leur heure... Un film de genre, en animation 2D sur fond de prises de vues réelles, qui se moque à la fois de la notion de couple et du cinéma bis, tout en proposant une nouvelle genèse aussi loufoque qu'irrévérencieuse. Le tout par gabriel Harel, réalisateur de l'acclamé Yul et le serpent.

Sailor's delight de Louise Aubertin, Éloïse Girard, Marine Meneyrol, Jonas Ritter, Loucas Rongeart, Amandine Thomoux (France)

Une sirène essaye de séduire deux marins et se retrouve prise à son propre piège. Un film d'étudiants en 3D qui détourne les codes du genre pour une démonstration technique et visuelle classique mais prometteuse.

Le Sujet de Patrick Bouchard (Canada)

Un corps inanimé sur une table de dissection, une structure métallique, du sang. Patrick Bouchard découpe et sonde le moulage de son propre corps pour une introspection intime sidérante. Réalisé en volume et en pixilation, Le sujet est une expérience cinématographique intense et complexe qui emmènera chacun aux plus profond de lui-même.

Annecy 2018 : le Brésil, la musique, Brad Bird et les shadoks à l’honneur

Posté par MpM, le 24 avril 2018

C'est à une superbe édition que le Festival International du Film d'Animation d'Annecy nous convie du 11 au 16 juin prochain, avec 218 films (issus de 93 pays) en sélection officielle, des avant-premières attendues comme celles de Have a nice day de Jian Liu (censuré lors de l'édition 2017 et qui sortira le 20 juin prochain), Insect de Jan Svankmajer (réalisateur culte à qui l'on doit entre autres Alice et Survivre à sa vie (théorie et pratique)), Les indestructibles 2 de Brad Bird (qui recevra un cristal d'honneur), Hôtel Transylvanie 3 de Genndy Tartakovsky ou encore Dilili à Paris de Michel Ocelot présenté en ouverture.

En tout, 23 longs métrages ont été sélectionnés, dont 10 en compétition. Celle-ci réunit notamment Miraï, ma petite soeur de Mamoru Hosada (que l'on verra d'abord à la Quinzaine des réalisateurs), Parvana de Nora Twomey (qui sort le 27 juin), Virus tropical de Santiago Caicedo (découvert à Berlin), Seder-masochism de Nina Paley (qui avait réalisé Sita chante le blues) et Funan de Denis Do, seul film français en course pour le Cristal d'or. Hors compétition, on retrouve Chris the Swiss d'Anja Kofmel (qui fera sa première mondiale à la Semaine de la Critique), La tour de Mats Grorud (que l'on espérait à Cannes !), ou encore Un homme est mort d'Olivier Cossu (d'après le roman graphique de Kris et Etienne Davodeau).

Les courts métrages seront quant à eux à l'honneur à travers 5 sélections : compétition internationale (46 films), Off-Limits (8), Perspectives (18), Jeune public (10) et Fin d’études (48). Les amateurs devraient se régaler avec, en vrac, les nouveaux films de Nikita Diakur (Fest), Nara Normande (Guaxuma), Marta Pajek (III), Boris Labbé (La chute), Patrick Bouchard (Le sujet), Sarah van den Boom (Raymonde ou l'évasion verticale), Anca damian (Telefonul), Sébastien Laudenbach (Vibrato), Stéphanie Lansaq et François Leroy (Cadavre exquis)...

On retrouvera également l'un de nos courts métrages préférés de l'année 2017, (Fool) Time job de Gilles Cuvelier, l'une des découvertes de Clermont-ferrand (Everything de David O'Reilly) et l'un des films les plus attendus de 2018 : Etreintes de Justine Vuylsteker, réalisé avec le dernier écran d'épingles construit par le couple Alexandre Alexeieff et Claire Parker en 1977, et tout récemment restauré par le CNC. A noter aussi qu'une séance spéciale permettra aux festivaliers de découvrir l'étonnant moyen-métrage Ce magnifique gâteau ! de Marc James Roels et Emma De Swaef (présenté à la Quinzaine des Réalisateurs),  accompagné du film Kings of souls de Jean-Charles Mbotti Malolo.

Cette année, le pays à l'honneur sera le Brésil. L'occasion de découvrir trois programmes de courts métrages, un programme de séries télé et de films de commande, plusieurs longs métrages (dont Tito et les oiseaux de Gabriel Matioli, Yazbek Bitar, André Catoto Dias et Gustavo Steinberg en compétition) et une exposition.

La musique de films sera elle-aussi célébrée à travers des projections, des ateliers, des ciné-concerts, une conférence, une leçon de cinéma (de Rosto, Vladimir Leschiov et Patrick Bouchard) et un concert de Dominique A accompagné d'une performance inédite et en live de Sébastien Laudenbach).

Comme l'an passé, une dizaine de projets de réalité virtuelle ont par ailleurs été sélectionnés, dont Isle of Dogs Behind the Scenes in Virtual Reality, qui permet de pénétrer dans l’univers de la nouvelle animation en volume de Wes Anderson.

Enfin, le festival sera agrémenté de nombreux autres événements, comme une exposition qui reviendra sur l'histoire des Shadoks, et plusieurs rendez-vous professionnels dans le cadre du MIFA (le marché d'Annecy), dont les work in progress qui mettront par exemple en lumière des projets comme Les Hirondelles de Kaboul de Éléa Gobbé-Mévellec et Zabou Breitman, La Fameuse Invasion des Ours en Sicile de Lorenzo Mattotti, Buñuel et le labyrinthe des tortues de Salvador Simó ou encore La Traversée de Florence Miailhe.

En résumé, les chanceux qui seront présents à Annecy n'ont aucune chance de s'y ennuyer. Ecran Noir sera d'ailleurs de l'aventure, pour vous faire vivre en direct cet événement incontournable du cinéma d'animation contemporain qui promet, cette année encore, de proposer un panorama époustouflant de toutes les formes du cinéma (d'animation) mondial !

Longs métrages en compétition

Funan de Denis DO
Gatta Cenerentola de Ivan CAPPIELLO, Alessandro RAK, Marino GUARNIERI, Dario SANSONE
Miraï, ma petite sœur de Mamoru HOSODA
Okko's Inn de Kitaro KOSAKA
Seder-Masochism de Nina PALEY
Parvana de Nora TWOMEY
Tito e os Pássaros de Gustavo STEINBERG, Gabriel MATIOLI YAZBEK BITAR, André CATOTO DIAS
Wall de Cam CHRISTIANSEN
Virus Tropical de Santiago CAICEDO
La casa lobo de Cristóbal LEON, Joaquín COCIÑA

Longs métrages hors compétition

CAPTAIN MORTEN AND THE SPIDER QUEEN de Kaspar JANCIS
CATS AND PEACHTOPIA de Gary WANG
CHRIS THE SWISS de Anja KOFMEL
KIKORIKI: DEJA VU de Denis CHERNOV
LA TOUR de Mats GRORUD
LIZ AND THE BLUE BIRD de Naoko YAMADA
L’ULTIME FICTION de Ashkan RAHGOZAR
MAQUIA – WHEN THE PROMISED FLOWER BLOOMS de Mari OKADA
MARNIE'S WORLD de Christoph LAUENSTEIN, Wolfgang LAUENSTEIN,
NORTH OF BLUE de Joanna PRIESTLEY
ON HAPPINESS ROAD de Hsin-Yin SUNG
THE ANGEL IN THE CLOCK de Miguel Ángel URIEGAS
UN HOMME EST MORT de Olivier COSSU

Cannes 2018: les courts métrages en compétition et la sélection Cinéfondation

Posté par MpM, le 11 avril 2018

Cette année, le comité de sélection du Festival de Cannes a reçu 3943 courts métrages pour la course à la Palme d'or et 2426 pour la Cinéfondation (la compétition des films d'école), ce qui est en-dessous des chiffres de l'an passé (4943 et 2600), mais largement suffisant pour élaborer deux sélections que l'on pressent de grande qualité.

La Compétition des courts métrages 2018 est composée de huit films (un de moins qu'en 2017, probablement en raison de la durée des films qui sont tous au-dessus des 12 minutes) :  7 fictions et 1 animation venus de 8 pays différents, avec une forte connotation asiatique (Chine, Japon, Philippines) et deux absents de poids : les continents sud-américain et africain. On retrouve notamment parmi les réalisateurs sélectionnés la Polonaise Marta Pajek dont on avait beaucoup aimé l'opus précédent Impossible figures and other stories II présenté au Paris international animation Film Festival 2017. Tous seront en lice pour la Palme d’or du court métrage décernée par le président Bertrand Bonello et son jury.

De son côté, la Sélection Cinéfondation a choisi 17 films (14 fictions et 3 animations) venus de quatre continents. Cette fois, l'Amérique latine est bien présente : Mexique, Chili, Argentine, de même que l'Europe (France, Royaume Uni, Italie, Pologne, Roumanie...) mais toujours pas l'Afrique.  Le festival relève que sur les 22 réalisateurs, 12 sont des femmes. Les trois Prix de la Cinéfondation seront remis (toujours par le jury de Bertrand Bonello) lors d’une cérémonie précédant la projection des films primés le jeudi 17 mai.

Courts métrages

Gabriel de Oren GERNER (France)
Judgement de Raymund Ribay GUTIERREZ (Philippines)
Caroline de Celine HELD et Logan GEORGE (États-Unis)
Tariki de Saeed JAFARIAN (Iran)
III de Marta PAJEK (Pologne)
Duality de Masahiko SATO, Genki KAWAMURA, Yutaro SEKI, Masayuki TOYOTA, Kentaro HIRASE (Japon)
On the border de WEI Shujun (Chine)
Toutes ces créatures de Charles WILLIAM (Australie)

Cinéfondation

Dolfin megumi de Ori AHARON (Steve Tisch School of Film & Television, Tel Aviv University, Israël)
End of Season de Zhannat ALSHANOVA (The London Film School, Royaume-Uni)
Sailor's delight de Louise AUBERTIN, Éloïse GIRARD, Marine MENEYROL, Jonas RITTER, Loucas RONGEART, Amandine THOMOUX (ESMA, France)
Inanimate de Lucia BULGHERONI (NFTS, Royaume-Uni)
El verano del leon electrico de Diego CÉSPEDES (Universidad de Chile - ICEI, Chili)
Palm trees and power lines de Jamie DACK (NYU Tisch School of the Arts, États-Unis)
Dong wu xiong meng de DI Shen (Shanghai Theater Academy, Chine)
Fragment de drame de Laura GARCIA (La Fémis, France)
Cinco minutos afuera de Constanza GATTI (Universidad del Cine (FUC), Argentine)
Los tiempos de Hector de Ariel GUTIÉRREZ (CCC, Mexique)
Dots de Eryk LENARTOWICZ (AFTRS, Australie)
Inny de Marta MAGNUSKA (PWSFTviT, Pologne)
Albastru si rosu, in proportii egale de Georgiana MOLDOVEANU (UNATC I.L. CARAGIALE, Roumanie)
Cosi in terra de Pier Lorenzo PISANO (Centro Sperimentale di Cinematografia, Italie)
Kalendar de Igor POPLAUHIN (Moscow School of New Cinema, Russie)
Mesle bache adam de Arian VAZIRDAFTARI (Tehran University of Dramatic Arts, Iran)
I am my own mother de Andrew ZOX (San Francisco State University, États-Unis)

Les monteurs sortent de l’ombre le temps d’un festival

Posté par MpM, le 10 mars 2018

Les monteurs sont par excellence les artisans de l'ombre du cinéma. Leur travail est celui de la durée, de la construction patiente d’un récit, de la recherche du sens, du rythme, de la forme finale d’un film. Il est omniprésent à l'écran, et en même temps invisible en tant que tel, dissimulé derrière l'intrigue, le jeu des acteurs, le rendu des images et les choix de mise en scène.

C'est pourquoi il existe depuis 2015 une manifestation qui leur est entièrement consacrée, créée par l’association Les Monteurs associés, dans le but de prendre le temps de faire découvrir des films qui n’ont pas rencontré leur public, ainsi qu’un métier mal connu et pourtant déterminant pour la réussite d’un film.

Pour sa 3e édition, le festival "Les monteurs s'affichent" qui se tient du 14 au 18 mars au cinéma Luminor Hôtel de ville de Paris propose donc 8 longs métrages, une soirée spéciale courts métrages, une carte blanche à l’association des monteurs allemands (avec la projection de Everyone Else de Maren Ade, Grand prix à Berlin en 2009), une table ronde thématique ("La place du montage dans la conception des effets spéciaux") et surtout des discussions avec les monteurs, en présence des cinéastes, à l'issue de chaque projection, afin d’aborder les films sous le prisme spécifique du montage.

Au programme, on retrouvera notamment Ni le ciel ni la terre de Clément Cogitore, monté par Isabelle Manquillet ; Soy Nero de Rafi Pitts, monté par Danielle Anezin ; Dernières Nouvelles du cosmos de Julie Bertuccelli, monté par Josiane Zardoya ou encore Coby de Christian Sonderegger, monté par Camille Toubkis, et présenté en avant-première.

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Les monteurs s'affichent
3e édition
Du 14 au 18 mars
Cinéma Luminor Hôtel de ville
Informations et programme sur le site de la manifestation

Dix films remarqués au 40e Festival de Clermont-Ferrand

Posté par MpM, le 9 février 2018


Pour qui n’est jamais allé au festival du court métrage de Clermont Ferrand, il faut imaginer une cité en perpétuel mouvement, organisée en nombreux lieux et espaces de projections autour des deux centres névralgiques que sont la maison de la culture et le marché du film.

Ici, on croise des scolaires en file indienne, deux par deux derrière leurs professeurs, des festivaliers acharnés aux yeux un peu cernés d’avoir déjà vu trop de films, des professionnels affairés du monde entier, qui courent d’un rendez-vous à un autre, des réalisateurs qui accompagnent leur film, intimidés ou galvanisés, c’est selon, par l’immense salle Cocteau susceptible d’accueillir 1400 spectateurs... Et que dire de ces longues files d’attente qui se forment toute la journée devant les salles ? On se croirait à Cannes, la neige en plus et l’hystérie et le tapis rouge en moins.

Pour cette 40e édition, environ 450 films étaient présentés, répartis dans les 3 compétitions, les rétrospectives et les différents focus. Certains des films les plus remarqués de 2017 étaient ainsi présentés, à l’image de The burden de Nikki Lindroth Von Bahr (qui a justement reçu le prix du Court métrage de l'année remis par l'association Short Film Conference à Clermont Ferrand), Des hommes à la mer de Lorris Coulon (tout récemment auréolé du prix du meilleur court métrage français 2017 décerné par le Syndicat de la critique), Ligne noire de Mark Olesa et Francesca Scalisi (Grand prix à Winterthur), Une nuit douce de Qiu Yang (Palme d'or à Cannes), Vilaine fille d'Ayce Kartal, Chose mentale de William Laboury, Gros chagrin de Céline Devaux (lion d'or à Venise), Le visage de Salvatore Lista, (Fool)Time Job de Gilles Cuvelier...

Nous avions déjà eu l'occasion de vous dire tout le bien qu'on en pense lors de notre grand bilan 2017 consacré au format court (à lire ici pour les films plébiscités en festival, ici pour les films français et ici pour les films étrangers).

Mais d’autres, plus récents, ou qui n’étaient pas encore parvenus jusqu’à nous, ont à leur tour plus particulièrement retenu notre attention. Petite liste (non exhaustive) de dix films qui ont fait notre festival.

Copa Loca de Christos Massalas


Copa-Loca est une station estivale grecque. Hors saison, il n'y a rien à y faire. Mais Paulina, elle, est toujours prête pour mettre un peu de baume au cœur des habitants. Raconté en voix-off dans un style faussement documentaire, et jouant précisément du décalage entre le récit et l'image, le film est une satire joyeuse et décomplexée dans laquelle le corps exulte quand bon lui semble.

Everything de David O'Reilly


A première vue, nous voilà dans une conférence scientifique à mi-chemin entre la spiritualité new age et la démonstration implacable de l'interconnexion du monde, animée par des extraits sonores enthousiastes et péremptoires du philosophe Alan Watts. Mais très vite on s’interroge non sur ce que l'on entend, mais sur ce que l'on voit, des images semblant empruntées à un jeu vidéo vintage, dans lequel les animaux se déplacent en roulant indéfiniment sur eux-même et où les décors sont si minimalistes qu'ils semblent avoir été conçus par des enfants. Et pour cause, puisque tout le film a été tourné dans le  jeu vidéo Everything, également créé par O'Reilly en 2017, dans lequel on peut littéralement incarner n'importe quel être vivant. Par défaut, le jeu est en mode "autoplay", c'est-à-dire que le joueur n'a rien à faire sinon suivre les péripéties de son personnage sur l'écran. Ce qui le place finalement dans une position de complète impuissance, devenu spectateur de son propre destin. Une idée qui traverse Everything, le film, de part en part, interrogeant à la fois les limites de l'animation elle-même, mais aussi celles du spectateur, du joueur, et par extension, de tout être vivant lancé dans cette absurde boucle infinie que l'on appelle l'existence.

L'intervalle de résonance de Clément Cogitore


Le festival de Clermont Ferrand propose sous forme d'un court métrage construit en trois parties la monumentale installation vidéo présentée par Clément Cogitore au Palais de Tokyo en 2016, dans laquelle l'artiste interroge nos croyances collectives. Mêlant différentes formes d'images très hétérogènes (des plus professionnelles aux plus amateurs), il croise deux récits de manifestations aux origines physiques mystérieuses, la mythologie existant autour de la perception de sons émis par les aurores boréales et l’apparition d’une étrange formation lumineuse en Alaska. D'une très grande beauté formelle, le film est un voyage fulgurant au croisement du fantasme, du rêve, de l'invisible, de la perception et de la rationalité scientifique.

J'attends Jupiter d'Agathe Riedinger


Reposant à 99% sur la performance habitée de l'actrice Sarah-Megan Allouch, J'attends Jupiter est à la fois la chronique naturaliste d'un moment de basculement et le portrait sensible d'une génération nourrie aux rêves de gloire et de célébrité. L'héroïne est ainsi persuadée, lorsqu'elle accède au second tour d'un casting de télé-réalité, que sa vraie vie va enfin commencer. On la voit alors se débarrasser sans état d'âme de tout ce qui composait cette "pré-existence", brossant un état des lieux cruel d'une société qui n'a plus grand chose à offrir à sa jeunesse.

Manivald de Chintis Lundgren


Quand un renard introverti et sous la coupe d'une mère étouffante s'amourache d'un beau loup sexy et pas farouche, cela donne une satire sociale irrévérencieuse et irrésistible. Entre absurdité et ironie, le film joue de son style graphique très classique pour faire passer l'humour et les situations les plus décalées.

Le marcheur de Frédéric Hainault

Le marcheur est un film coup de poing porté par une voix-off dense et habitée dont la diction précipitée trahit l'urgence et la colère. C'est l'histoire d'un homme qui, un jour, a décidé de ne plus se résigner. Qui s'est mis en route et n'a plus jamais cessé d'avancer, de marcher, de contester. Peu importe la complexité de sa pensée politique, peu importe la cause. Le marcheur refuse, en bloc, tout ce qui est injuste et laid, révoltant et insupportable. Il ne revendique rien, si ce n'est ce droit à marcher, et à ne plus courber l'échine. Les choix formels sont à l'unisson de cette démarche, refusant un esthétisme gratuit, une "beauté" qui ne collerait pas avec l'âpreté du ton et du sujet. On est à la fois assommé et conquis par cette oeuvre à la puissance politique concrète et immédiate.

Reruns de Rosto


Le dernier volet de la tétralogie de Rosto autour de son groupe de rock Thee Wreckers est une plongée hallucinée et fourmillante dans les méandres du passé. Le personnage incarné par le réalisateur lui-même est pris dans une sorte de boucle temporelle qui lui permet de se revoir simultanément à différents âges. Dans un montage saccadé et hypnotique, le réalisateur néerlandais interroge les effets du temps passé et des rêves brisés. Comme le bilan punk et trash d'une vie déjà écoulée. On est à la fois sidéré par l'esthétique du film (dans la droite ligne de l'oeuvre du réalisateur néerlandais) et emporté par la profondeur de la réflexion que cela éveille en nous.

Ugly de Nikita Diakur


Ne vous fiez pas au titre, qui dissimule mal un film singulier et joyeux dans lequel un chat fait la connaissance d'une sorte de gourou dans les décombres d'un monde en déliquescence. Tout est rose et bleu, les objets nous assaillent et se multiplient, les décors mutent, l'univers part à vau-l'eau (ou se reconstruit, selon les interprétations), et pourtant on a l'impression d'être devant un feel good movie (sous ecstasy). Le réalisateur a spécialement créé une technologie numérique pour obtenir ces effets de déconstruction et de bizarrerie (le ugly du titre), en exploitant notamment des erreurs générées dans le code, ce qui donne l'impression d'un film où les pixels ont pris le pouvoir,  échappant à tout contrôle humain. De quoi ouvrir de nouvelles perspectives.

Weekends de Trevor Jimenez


Sans pathos et avec une tonalité très tendre, Trevor Jimenez (qui travaille chez Pixar) raconte la nouvelle existence d'un petit garçon dont les parents viennent de divorcer. Le film le suit tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre, dans des activités enfantines basiques, ou d'autres plus singulières, racontant tout en douceur, avec poésie et délicatesse, le temps qui passe et la vie qui change.

Wednesday with Goddard de Nicolas Ménard

Parti à la recherche de Dieu suite à une averse lui donnant envie d'avoir la foi, le personnage rencontrera l'amour, puis le désespoir. Ton décalé, scènes cocasses et humour loufoque sont au rendez-vous de ce Wednesday with Goddard irrévérencieux à souhait. Dissimulée sous une couche de premier degré volontairement simpliste, la quête pour trouver Dieu est notamment une succession de piques à l'égard de la religion (on adore la séquence de l'Eglise) et d'ironie mordante sur l'Humanité.

Pour ses 40 ans, Clermont Ferrand met la Suisse, la gastronomie et les comédiens à l’honneur

Posté par MpM, le 3 février 2018

Première manifestation mondiale entièrement consacrée au court métrage, le Festival de Clermont Ferrand qui a ouvert ses portes ce vendredi 2 février fête son 40e anniversaire avec un programme des plus alléchants. En plus des traditionnelles compétitions (internationale, française et "labo"), les festivaliers (généralement nombreux : plus de 162 000 en 2017) pourront découvrir une rétrospective consacrée à la cinématographie suisse, une autre autour de la gastronomie et du plaisir d'être à table et enfin un focus sur les comédiens dans le court métrage.

Par ailleurs, une carte blanche est offerte à l'école nationale de cinéma de Lodz (Pologne) tandis qu'une séance spéciale sera consacrée à Mai 68 et une autre à la nouvelle collection fantastique de Canal +. Enfin, ce sera la 33e édition du Marché du film court qui accueillera notamment la Turquie pour la première année, et fera la part belle aux techniques de réalité virtuelle, de relief et de réalité augmentée.

Certains films sélectionnés ont déjà fait leurs preuves dans d'autres festivals ou avant-premières. Petit guide, section par section, de ceux qu'il ne faudra surtout pas manquer.

En compétition internationale, on retrouve certains des films qui ont marqué 2017, comme la Palme d'or A gentle night de Yang Qiu, le cristal du court métrage d'Annecy The Burden de Niki Lindroth Von Bahr et le grand prix du Festival de Winterthur, Ligne noire de Mark Olexa et Francesca Scalisi. Mais il faut aussi absolument mentionner Le marcheur de Frédéric Hainaut, film coup de poing sur un révolté qui a tout quitté, et (Fool) Time job de Gilles Cuvelier, chronique sociale glaçante et allégorique.

En compétition française figurent Braguino de Clément Cogitore (sorti en salles en novembre), Gros chagrin de Céline Devaux (lion d'or à Venise), Marlon de Jessica Palud (en lice pour le César du court métrage) ou encore Negative space de Max Porter et Ru Kuwahata (nommé pour l'Oscar du meilleur court métrage d'animation) et Des hommes à la mer de Lorris Coulon, fraîchement couronné du Prix du meilleur court métrage français par le syndicat de la critique.

Côté labo, il faut relever Ugly de Nikita Diakur (grand prix du court métrage d'animation indépendant à Ottawa), Reruns de Rosto (le dernier épisode de sa tétralogie autour de Thee Wreckers) ou encore Death of a sound man de Sorayos Prapapan (une comédie multi-primée autour de preneurs de son en Thaïlande).

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40e festival du court métrage de Clermont Ferrand
Du 2 au 10 février 2018
Plus d'informations sur le site de la manifestation

Alice comedies 2 : un programme burlesque moderne et indispensable signé Walt Disney

Posté par MpM, le 17 janvier 2018

Et si le Walt Disney de l’année avait presque 100 ans ? Loin de son image un peu proprette de fournisseur officiel de gentils contes de fées politiquement corrects, le cinéaste a produit à ses débuts une série de courts métrages mettant en scène une petite fille nommée Alice vivant des aventures peu ordinaires. La particularité des films était de mélanger prises de vue réelle et animation, Alice étant incarnée par une véritable petite fille évoluant tantôt dans des décors réels, tantôt dans un monde de cartoon.

Dans ces récits burlesques, pas vraiment d’histoires de princesses se languissant de leur prince charmant mais une héroïne bagarreuse, casse-cou et téméraire, n’hésitant jamais à aller au devant du danger, ou à se lancer dans d’incroyables aventures. Féministe avant l’heure, elle mène son petit monde à la baguette (c'est une chef de bande hors pair) et vit des aventures extraordinaires sur la banquise, dans le Far Wast ou encore en équilibriste intrépide dans un cirque.

En tout, plus d'une cinquantaine de courts métrages ont été réalisés sous l'égide de Walt Disney entre 1924 et 1927. Ce sont ces films, redécouverts et numérisés par Eye, la cinémathèque néerlandaise, que la société de distribution Malavida a décidé en 2015 de ressortir sous la forme de programmes d’une quarantaine de minutes particulièrement adaptés au jeune public.

Tout un travail a notamment été effectué pour restaurer l’image et lui adjoindre une musique originale et une voix-off lisant le texte des cartons afin de permettre aux enfants non lecteurs d’en comprendre le sens. En décembre 2016,  on découvrait le premier volet (Alice comédies), proposant notamment une plongée sous-marine dans un univers extraordinaire et une étrange visite dans une maison hantée. A noter que ce très beau programme est actuellement visible en salles à Paris dans le cadre du dispositif l'Enfance de l'art mais aussi disponible en DVD édité par Malavida.

Dans le deuxième volet qui sort en salles ce 17 janvier, on peut une nouvelle fois admirer toute la fantaisie de Disney qui multiplie les gags visuels hilarants et les situations cocasses dans lesquelles se mêlent irrévérence et idées surréalistes. Ainsi, lorsque Julius, le chat fidèle compagnon d'Alice, poursuit Pat Hibulaire, le terrible Ours, on se croirait presque dans un Tex Avery, avec des personnages qui marchent dans le vide et tombent quand ils s'en aperçoivent, des têtes non solidaires de leur corps et des grosses pierres qui se transforment soudain en animaux.

De même, dans le dernier film du programme, Disney s'amuse à pasticher le Joueur de flûte de Hamelin, prétexte à d'irrésistibles gags mettant en scène d'infernales souris farceuses qui ne sont pas vraiment décidées à se laissez noyer sans combattre. Le tout sur une musique dansante et joyeuse spécialement composée par Manu Chao !

Si Alice nous enthousiasme tant, c'est probablement parce qu'elle est paradoxalement une héroïne bien plus moderne que nombre de personnages féminins dans les films pour enfants d'aujourd'hui. Insolente et courageuse, bagarreuse et pleine de vie, elle ne cherche pas à plaire au public adulte ni à inculquer une quelconque morale, mais s'adresse au contraire directement aux enfants à qui elle fait notamment découvrir la grande liberté offerte par l'imagination. Sans doute n'est-elle pas un modèle de sagesse et d'obéissance, mais depuis quand compte-on sur le cinéma pour faire l'éducation des enfants ? On préfère mille fois une Alice faisant les 400 coups (avec ce que cela sous-entend de cathartique) à la gentillesse ultra formatée de certains produits contemporains des studios Disney.

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Alice Comedies 2 de Walt Disney
Programme de courts métrages (1924-1927), avec Virginia Davis, Margie Gay, Lois Hardwick.
En salles le 17 janvier

Photos © Malavida

2017 dans le rétro : 12 courts métrages étrangers qui ont marqué l’année

Posté par MpM, le 28 décembre 2017

Après avoir fait un tour d’horizon des films plébiscités en festival, il est temps de se mouiller en proposant une liste forcément subjective des autres courts métrages qu’il fallait absolument voir cette année.

Dernière étape, après un focus sur le cinéma français, les douze (autres) films étrangers qui ont marqué 2017 !

Airport de Michaela Müller (Suisse)


Comment les aéroports sont-ils devenus des lieux anxiogènes de contrôle et de sécurité, où tout semble paradoxalement pouvoir déraper à tout moment ? Michaela Müller nous fait vivre l'expérience dans un film réalisé en peinture sur verre. Ses images envoûtantes, à la limite de l'abstraction, ont un effet quasi hypnotiques qui atteignent leur apogée lorsque s'élève subitement un chant puissant. Toutes les contradictions de nos sociétés modernes concentrées en un film.

Ela de Oliver Adam Kusio (Allemagne)


On pourrait facilement passer à côté d'Ela, film ténu sur le moment du départ, à cause de sa (très) grande simplicité. C'est pourtant cette capacité à tout dire en quelques plans, en quelques scènes épurées, qui en font la plus grande force. La cartographie des relations humaines y est également d'une désarmante évidence, laissant affleurer leur douceur un peu amère et leur fragilité, sans ces éclats surjoués qui parasitent tant de films sur la fin programmée d'une belle histoire d'amour.

Flores de Jorge Jácome (Portugal)

Flores adopte une forme (faussement) documentaire pour nous emmener sur une île des Açores tellement envahie par les hortensias que ses habitants en ont été contraints de fuir. Construit en trois actes, le film mêle utopie et dystopie, discours écologique et quête introspective, topologie d’un lieu et exploration d’une relation intime. On est frappé par la force et l’ampleur de la mise en scène qui offre à cette fresque sensible un écrin au souffle quasi épique.

Hiwa de Jacqueline Lentzou (Grèce)

Dans Hiwa, Jacqueline Lentzou tente de reconstituer à l’écran l’expérience intime du rêve. Tandis que le personnage raconte en voix-off le contenu du songe qu’il vient de faire, la caméra se fait subjective pour traduire en images les sensations et les émotions de la nuit. À l’aide de gros plans et de faible profondeur de champ, elle nous entraîne dans une succession de scènes tantôt oniriques, tantôt ultra-réalistes qui laissent transparaître les sourdes inquiétudes de celui qui les rêve. D'une beauté magnétique et sidérante.

Jodilerks de Carlo Francisco Manatad (Philippines)

Pour évoquer la dure réalité sociale de son pays, le cinéaste philippin Carlo Francisco Manatad propose un film punk, explosif et désespéré, où l'humour noir le dispute à la tragédie glaçante. Une fable dense, perpétuellement sur le fil, dont la noirceur est renforcée par l'épure cathartique des plans. Il s'en dégage une énergie folle, salvatrice, et forcément communicative.

Ligne noire de Mark Olexa et Francesca Scalisi (Suisse)

Saisissant documentaire, Ligne noire capte, quasiment par accident, les allers et retours incessants d'une femme qui pêche dans une rivière contaminée par une pollution pétrolière. Sa ténacité face à cette tâche digne de Sisyphe a quelque chose de terriblement bouleversant qui nous raconte, en quelques plans, la misère et la survie, la résignation et l'espoir. Il semble y avoir toutes les contradictions de notre monde dans ce destin tragique soumis aux aléas des ravages écologiques et des réalités économiques.

Möbius de Sam Kuhn (Etats-Unis)

Cet ovni lynchien en forme de teen movie énigmatique tient tout autant du récit initiatique que du conte cruel. Sur les pas de son héroïne Stella, qui pleure son amour disparu, il nous emmène aux confins de la raison, dans les bribes brumeuses des souvenirs et du rêve qui tourne au cauchemar. Sans doute est-on déconcerté, secoué, même, mais c'est cette singularité diffuse et instinctive qui en fait toute la beauté insaisissable.

Real gods require blood de Moin Hussain (Grande Bretagne)

Il n'est pas si fréquent de voir des courts métrages réussir leur incursion dans le cinéma de genre. Moin Hussain s'y essaye avec délectation, lançant le spectateur sur la (fausse) piste d'un cinéma social si fréquent dans le cinéma britannique pour nous emmener à la frontière d'une horreur poisseuse et terrifiante. On aime la manière magistrale dont le réalisme se teinte peu à peu de trouble, puis de fantastique, avant d'exploser en une angoisse incontrôlable.

Selva de Sofía Quirós Ubeda (Costa Rica)

Oeuvre sensorielle et fantomatique à la beauté sidérante, Selva intrigue par sa sensibilité et son épure. Sur la fatalité des départs et des séparations, Sofía Quirós Ubeda tisse un récit lumineux et doux dans lequel même la nostalgie a quelque chose de joyeux. Il faut accepter de lâcher prise devant cette histoire qui nous parvient depuis les origines du monde, transcendant l'espace et le temps pour nous parler de l'essence même de l'Humanité.

Tesla lumière mondiale de Matthew Rankin (Canada)

Probablement n'avez-vous jamais vu un film comme Tesla lumière mondiale, que l'on pourrait qualifier de quasi biopic du scientifique Nicolas Tesla, mais traité avec une audace folle, entre hommage au cinéma d'avant garde et expérimentation pyrotechnique. C'est en apparence déconcertant, voire complètement délirant, et pourtant tout est parfaitement maîtrisé, visuellement passionnant, et surtout en exacte résonance avec certains épisodes de l'existence de Tesla.

Toutes les poupées ne pleurent pas de Frédérick Tremblay (Canada)

Toutes les poupées ne pleurent pas laisse le spectateur dans un état de sidération difficilement descriptible. On est à la fois ébahi par l'expressivité des marionnettes qui sont au cœur du récit, frappé par l'intelligence de la mise en abîme (le film montre dans une grande épure, en prise de son direct, et sans musique, le tournage d'un film en stop-motion par un couple - également de marionnettes - qui ne se croise jamais) et émerveillé par la précision de la mise en scène à la fois au niveau du film dans le film (choix des plans, mouvements minuscules pour animer les marionnettes, magie de la succession de plans fixes qui recrée une histoire) et dans le récit qui effectue le même travail avec une force dramatique décuplée. On est face à du grand art de l'animation, mais aussi devant une oeuvre solide, qui suggère et propose plusieurs niveaux de lecture sans jamais rien asséner, et fait naître de ses êtres pourtant inanimés des fulgurances existentielles déchirantes.

Vilaine fille de Ayce Kartal (Turquie)

Délicat récit à la première personne d'une petite fille ayant subi une agression, Vilaine fille met son animation libre et inventive au service du sujet sensible des viols collectifs d'enfants en Turquie. Plus on avance dans le récit, plus la légèreté du ton et de l'image renforce l'effroi qui saisit le spectateur, cueilli presque par surprise par une puissance émotionnelle sèche, dénuée de tout pathos, et d'autant plus violente.

2017 dans le rétro : 10 courts métrages français qui ont marqué l’année

Posté par MpM, le 24 décembre 2017

Après avoir fait un tour d’horizon des films plébiscités en festival, il est temps de se mouiller en proposant une liste forcément subjective des autres courts métrages qu’il fallait absolument voir cette année. Pour commencer, voici donc les dix (autres) films français qui ont marqué 2017 !

After school knife fight de Caroline Poggi et Jonathan Vinel


Chronique adolescente stylisée et élégante, After school knife fight est un film au romantisme fou qui explore ce moment bref où notre monde intime est sur le point de basculer. Pour la bande d'amis au centre du récit, c'est déjà la fin d'une époque, dont chacun a conscience à sa façon. Caroline Poggi et Jonathan Vinel captent à la fois l'exaltation radicale de la jeunesse, et la nostalgie anticipée de ce qui n'est pas encore passé.

Les bigorneaux d'Alice Vial


Magnifique portrait de femme, entre rires et larmes, dérision et réalité sombre, Les bigorneaux est un film doux amer sur la nécessité de prendre son envol. On est désarmé par la sensibilité de la narration, qui nous cueille par surprise, et évoque avec pudeur la question de la féminité comme des liens filiaux.

Chose mentale de William Laboury


En 2016, William Laboury était en compétition à Clermont Ferrand avec Fais le mort et Hotaru, qui ont tous deux remportés un prix. Cette année, il propose une œuvre complexe et envoûtante qui transcende en même temps le motif du huis clos inquiétant, celui du glissement vers le fantastique et les codes de la comédie romantique. Coup de foudre.

Des hommes à la mer de Lorris Coulon



L’un des plus beaux films français vus cette année se déroule dans un bateau de pêche où cohabitent quelques marins venus d’horizons différents. Le hasard fait basculer ce qui ressemblait à un regard quasi documentaire sur un univers âpre et rude vers un film de piraterie qui fait l’éloge des chemins de traverse et de la liberté. C’est une contagieuse invitation au voyage et au lâcher-prise que lancent les personnages au spectateur. Non seulement Lorris Coulon propose un film singulier et envoûtant d’une grande beauté formelle, mais ce faisant il aborde à sa manière les réalités sociales, économiques et humaines d’un monde ultra-globalisé.

Diamenteurs de Chloé Mazlo

Chloé Mazlo (César du meilleur court métrage en 2015 avec Les petits cailloux) est de retour avec une oeuvre hybride captivante qui utilise un matériau intime pour raconter un conte apparemment anodin aux accents pourtant universels. Il s'agit en effet de dresser un parallèle sidérant entre le processus qui transforme un diamant brut en pierre ultra formatée, et celui qui fait de même avec les êtres humains. Avec le ton décalé qui est le sien, puisant dans ses images familiales, la réalisatrice nous livre du monde une vision singulière qui est d'autant plus sidérante qu'elle est aussi cruelle que juste.

Les enfants partent à l'aube de Manon Coubia

Une oeuvre forte et puissante, tout en retenue, qui porte un regard sensible sur la relation complexe, ténue et intime, entre une mère et son fils devenu chasseur alpin, peut-être sur le point de partir au combat. A travers cette dernière journée qu'ils passent ensemble, on devine l'inévitable douleur de la séparation à laquelle doit s'ajouter l'angoisse de la disparition.

(Fool time) job de Gilles Cuvelier

Gilles Cuvelier propose une fable clinique et désespérée sur un homme contraint d'accepter un travail terrifiant pour nourrir sa famille. Sa mise en scène ultra précise et son sens aigu de l'ellipse permettent d'avancer implacablement vers un trouble de plus en plus palpable. L'épure du récit, le choix du noir et blanc et l'actualité brûlante du contexte social du film lui confèrent une dimension quasi prophétique qui n'en est que plus glaçante.

Hédi et Sarah de Yohan Manca


À quel moment une histoire d’amour bascule-t-elle dans l’obsession malsaine ? Construit en deux volets, qui adoptent chacun le point de vue d’un des personnages, le film explore le mécanisme et les conséquences de ce qui, d'un amour déçu, se mue en harcèlement violent. Entre cet homme qui se transforme en bourreau, et cette femme qui refuse de se vivre en victime, se joue alors une tragédie vibrante, portée par deux comédiens exceptionnels, Judith Chemla et Thomas Scimeca.

Orogenesis de Boris Labbé

Orogenesis fait de nous les témoins de la genèse du monde en reproduisant à l'écran le processus supposé de la création des montagnes. On est tout simplement fasciné, incapable de détacher nos yeux de ces mouvements incessants des plaques qui s'étendent et se contractent dans une transe hallucinatoire. Le son, magnifiquement travaillé par Daniele Ghisi, apporte une résonance physique quasi intime à ce qui n'est rien moins que le dévoilement (bouleversant) de nos origines à tous.

Le visage de Salvatore Lista


C’est l’histoire d’une fascination. Celle d’un homme pour une femme rencontrée par hasard, mais aussi celle du réalisateur pour une actrice, puis peu à peu celle du spectateur pour un personnage. On ne peut s’empêcher de penser que ce film n’aurait pu exister sans Solene Rigot, qui est de tous les plans, et se livre à la caméra en un abandon sacrificiel. On est tout aussi captivé par les contours de cette fascination que par celle qui l’exerce si mystérieusement. Comme s’il fallait se dépêcher de capter cet indescriptible aura avant qu’il ne disparaisse.