Annecy 2017 : retour sur le palmarès

Posté par MpM, le 18 juin 2017

Si la Chine était officiellement à l'honneur en cette 41e édition, c'est finalement le Japon qui tire son épingle du jeu en remportant deux des trois principaux prix de la compétition longs métrages : le Cristal pour Lou et l'île aux sirènes de Masaaki Yuasa, l'histoire d'un jeune garçon se liant d'amitié avec une sirène, malgré les superstitions des habitants de son village ; et la mention du jury pour Dans un recoin de ce monde de Sunao Katabuchi, qui aborde la catastrophe nucléaire d'Hiroshima. Le troisième long métrage récompensé n'est autre que La Passion Van Gogh de Dorota Kobiela et Hugh Welchman, dont nous vous parlions il y a quelques jours.

Côté courts métrages, on ne peut que se réjouir de la victoire de l'incroyable comédie musicale animalière en stop-motion de Niki Lindroth Von Bahr, The burden, qui oscille entre dérision hilarante et constat désespéré, mais aussi de l'attribution du prix du jury au très beau Vilaine fille de Ayce Kartal qui met son animation libre et inventive au service du sujet sensible, traité avec beaucoup de pudeur, des viols collectifs d'enfants en Turquie. Belle surprise également que ce prix du public obtenu par Pépé le morse de Lucrèce Andreae, chronique familiale tendre sur le deuil et les différentes manières d'y faire face.

Trois autres films ont été eux-aussi particulièrement remarqués : L'Ogre de Laurène Braibant qui cumule mention du jury et Prix "CANAL+ aide à la création" avec son histoire mi poétique, mi monstrueuse d'un ogre qui se laisse soudainement aller à sa vraie nature ; Negative Space de Max Porter et Ru Kuwahata, une histoire très simple de connivence entre un père et son fils à travers la confection d'une valise, qui remporte prix Fipresci et Mention spéciale André-Martin ; et enfin le bien nommé Nothing Happens de Uri et Michelle Kranot, dans lequel des gens se rassemblent et attendent quelque chose qui n'arrive jamais, reçoit les Prix Festivals Connexion – Région Auvergne-Rhône-Alpes et André-Martin.

Evidemment chaque jury est souverain, mais on pourra malgré tout déplorer à titre personnel l'absence au palmarès du court métrage Tesla : Lumière mondiale de Matthew Rankin, biopic électrique, inventif et ultra-maîtrisé du scientifique Nicolas Tesla, ainsi que du long métrage Téhéran Tabou d'Ali Soozandeh, plongée oppressante dans la vie de plusieurs femmes, victimes du carcan social iranien.

Tous les prix

Longs métrages


Cristal du long métrage : Lou et l'île aux sirènes de Masaaki Yuasa (Japon)
Mention du jury : Dans un recoin de ce monde de Sunao Katabuchi (Japon)
Prix du public : La Passion Van Gogh de Dorota Kobiela et Hugh Welchman (Pologne, Royaume-Uni)

Courts métrages


Cristal du court métrage : The Burden de Niki Lindroth Von Bahr (Suède)
Prix du jury : Vilaine fille de Ayce Kartal (France, Turquie)
Prix "Jean-Luc Xiberras" de la première oeuvre : The Blissful Accidental Death de Sergiu Negulici (Roumanie)
Mention du Jury : L'Ogre de Laurène Braibant (France)
Prix du public : Pépé le morse de Lucrèce Andreae (France)

Courts métrages "Off-Limits"

Prix du film "Off-Limits" : Dix puissance moins quarante trois secondes de Francis (France)

Prix spéciaux


Prix Festivals Connexion – Région Auvergne-Rhône-Alpes : Nothing Happens de Uri et Michelle Kranot (Danemark, France)
Prix du jury junior pour un film de fin d'études : What a Peaceful Day de Eden (Kai-Hsun) Chan (Taiwan)
Prix du jury junior pour un court métrage : La Vallée des oiseaux blancs de Cloud Yang (Chine)
Prix Jeune public : Hedgehog's Home de Eva Cvijanovic (Canada, Croatie)
Prix FIPRESCI : Negative Space de Max Porter, Ru Kuwahata (France)
Prix de la meilleure musique originale : Radio Dolores de Katariina Lillqvist et Kusti Vuorinen (Finlande)
Prix Fondation Gan à la Diffusion : Petit Vampire de Joann Sfar (France)
Prix "CANAL+ aide à la création" pour un court métrage : L’Ogre de Laurène Braibant (France)
Prix André-Martin pour un long métrage français produit en 2016 : La Jeune Fille sans mains de Sébastien Laudenbach (France)
Prix André-Martin pour un court métrage français : Nothing Happens de Uri et Michelle Kranot (Danemark, France)
Mention spéciale André-Martin pour un court métrage français : Negative Space de Max Porter, Ru Kuwahata (France)
Prix de la Ville d’Annecy : Le Curry de poisson d'Abhishek Verma (Inde)

Annecy 2017 : des nouvelles du cinéma d’animation

Posté par MpM, le 17 juin 2017

Au festival du cinéma d'animation d'Annecy, les habitués le savent, les compétitions de courts métrages focalisent l'attention des professionnels et des amateurs éclairés, car ce sont elles qui donnent l'instantané le plus représentatif de l'état de l'animation dans le monde. Si on est en quête d'audace, de singularité et de recherche formelle, c'est en effet clairement de ce côté-là qu'il faut regarder, tant le format court est adapté à la créativité et à la prise de risque, loin du carcan parfois formaté imposé par l'économie du long métrage. Tout au long de la semaine, on a ainsi pu découvrir (ou retrouver) des univers, des techniques, des styles et des cinéastes émergents ou confirmés qui dynamitent les clichés éculés sur le cinéma d'animation.

Préambule évident (mais ça va toujours mieux en le disant tant ça ne semble pas encore clair pour tout le monde), non, animation ne rime pas systématiquement avec jeune public. C'est juste une manière parmi d'autres de faire du cinéma (recouvrant d'ailleurs des réalités extrêmement différentes), et qui, exactement comme pour la prise de vues réelles, peut aborder toutes les thématiques. Y compris l'érotisme, la violence ou l'horreur. On en a eu quelques exemples en compétition, avec le très ouvertement érotique Vénus de Savio Leite (Brésil) ou le particulièrement glauque et oppressant The escape de Jaroslaw Konopka (Pologne).

Virtuosité et maîtrise


Autre constat qui s'impose à la vision de la compétition de courts métrages, la sélection de cette année comportait énormément d’œuvres visuelles fortes, avec une virtuosité notable dans la réalisation et les techniques employées. Beaucoup de films étaient même clairement dans la démonstration, parfois au détriment du sujet, du sens, ou tout simplement de l'émotion. Là encore, on peut citer The escape de Jaroslaw Konopka qui anime à la perfection ses marionnettes, donnant l'illusion d'un film live à la fluidité exemplaire et aux plans parfaitement conçus, tout en laissant le spectateur un peu déconcerté sur le sens du film.

Mais également l'époustouflant Aenigma d'Antonios Ntoussias et Aris Fatouros (Grèce), une évocation puissante et surréaliste en 3D relief qui mêle images somptueuses inspirées de l'oeuvre du peintre Theodoros Pantaleon et musique ultra lyrique, ou encore The Blissful accidental death de Sergiu Negulici (Roumanie) qui commence dans une veine très minimaliste de papiers découpés et de dessins au crayon avant de se transformer en un délire visuel époustouflant et spectaculaire, dont là encore on ne parvient pas toujours à saisir le sens.

La famille tout au centre


Un peu paradoxalement, ce sont pourtant les sujets intimistes et / ou humoristiques, voire absurdes, qui semblaient le plus représentés. La famille, notamment, est au cœur d'un nombre important de films souvent nostalgiques, parfois introspectifs. On pense notamment à The full story de Daisy Jacobs et Chris Wilder (Royaume-Uni) dans lequel un homme se souvient de différents moments de son enfance vécus dans la demeure familiale qu'il est sur le point de vendre, ou, dans un registre assez proche, à After all de Michael Cusack (Australie), sur un fils vidant la maison de sa mère après son décès.

Dans Negative space de Max Porter et Ru Kuwahata (France), c'est là aussi un fils qui se remémore le passé, en l’occurrence la relation tendre et complice qui l'unissait à son père, et qui passait par la recherche de l'agencement idéal des valises. On est ici clairement à mi-chemin entre une tonalité douce-amère et une forme assez efficace d'humour. Même chose pour Pépé le morse de Lucrèce Andreae (France) qui aborde lui-aussi la question du deuil, entre comédie, cinéma fantastique et chronique familiale plus mélancolique, tandis qu'avec Amalimbo de Juan Pablo Libossart (Suède), on penche plus clairement vers la tragédie de la perte et du travail de deuil. Citons enfin J'aime les filles de Diane Obomsawin (Canada), portrait intimiste et léger de quatre jeunes femmes qui racontent leur première histoire d'amour, celle qui leur a fait réaliser ou affirmer qu'elles étaient homosexuelles.

L'humour en embuscade


L'humour, lui, flirte d'ailleurs assez souvent avec l'absurde, comme dans The poet of horrible things de Guy Charnaux (Brésil), version trash de la comédie familiale, dans laquelle le fils s'évertue à écrire les pires horreurs sur ses parents, sous couvert de "poésie", ou la satire Double king de Felix Colgrave (Australie), dans lequel une créature sans trône ni sujets décide de tuer tous les souverains alentours pour piquer leur couronne. Sans oublier deux parangons du genre, Manivald de Chintis Lundgren (Canada), dans lequel un renard introverti s'amourache d'un beau loup sexy et pas farouche, et Wednesday with Goddard de Nicolas Ménard (Royaume-Uni) qui met en scène un personnage à la recherche de Dieu. Ton décalé, scènes cocasses et humour loufoque garantis.

Tout aussi décalés, mais avec un fond loin d'être absurde ou satirique, deux ovnis ont marqué cette 41e édition du festival d'Annecy. Le premier est une comédie musicale animalière en stop motion, The burden de Niki Lindroth bon Bahr, dans lequel des poissons solitaires, des singes travaillant dans un centre d'appel et des souris employées de fast-food chantent leur mal de vivre, dans un manifeste hilarant et désespéré à la fois. Le second, Tesla : Lumière mondiale de Matthew Rankin, est un biopic électrique, portrait halluciné mais ultra-précis du scientifique Nicolas Tesla, dans lequel chaque élément formel fait référence à un détail de la vie du personnage.

Sujets historiques et cinéma engagé


Une autre veine importante de la compétition cette année était le cinéma politique, engagé ou historique. La guerre, notamment, était comme le fil rouge d'un nombre important de films : celles qui ont secoué l'Irak dans Train to peace de Jakob Weyde et Jost Althoff (Allemagne), la deuxième guerre mondiale dans Moczarski's Case de Tomasz Siwinski (Pologne) et KL de William Henne et Yann Bonnin (Belgique), la guerre d'Espagne dans Radio Dolores de Katariina Lillqvist (Finlande).

De son côté, The escape de Jaroslaw Konopka (Pologne) semble cristalliser toutes les peurs liées à une situation post-apocalyptique, tandis que c'est la dictature soviétique qui est implicitement au coeur de Empty space de Ulo Pikkov (Estonie) et la question des réfugiés qui hante Airport de Michaela Müller (Suisse). Et puis il y a Vilaine fille d'Ayce Kartal (Turquie) qui traite avec beaucoup de pudeur du fléau des viols collectifs en Turquie.

Science fiction et abstraction


Enfin, on peut relever deux autres grandes tendances présentes cette année : les films d'anticipation comme Adam de Veselin Efremov (Danemark) et I want Pluto to be a planet again de Vladimir Mavounia-Kouka et Marie Amachoukeli (France), dans lesquels est interrogée la notion d'humanité, et les films qui s'apparentent à des recherches plus abstraites, voire des performances d'art contemporain, à l'image de When time moves faster d'Anna Vasof (Autriche) qui dévoile les illusions visuelles permises par le cinéma, ou Dead reckoning de Paul Wenninger et Susan Young (Autriche) qui suit un même homme dans toute la ville.

Et les techniques dans tout ça ? Multiples, évidemment, et souvent mixtes. Marionnettes, vues réelles, pixilation, rotoscopie, ordinateur 2 ou 3 D, animation d'objets, dessin sur papier, peinture sur verre, éléments découpés, dessin sur pellicule, animation de poudres, pâte à modeler, photos... De quoi rappeler que l'appellation "animation" recouvre des réalités diverses qui vont bien au-delà du simple "dessin animé" de notre enfance. C'est un peu comme si, dans ce domaine cinématographique, l'imagination était la seule limite formelle. Rendez-vous l'année prochaine pour la repousser à nouveau.

Cannes 70 : Nos bonnes (et moins bonnes) raisons de venir à Cannes cette année

Posté par cannes70, le 4 mai 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-14.  Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .


The place to be
Lorsque l'on aime le cinéma, il n'y a pas de meilleur endroit où être en mai puisqu'on peut voir des films de 8h30 du matin à minuit, voire 2 ou 3h les bons jours. La preuve, même les haters / blasés de service ne rateraient une édition pour rien au monde.

Voir les films les plus attendus de l'année
A commencer par ceux de la compétition, qui constituent à eux-seuls 19 excellentes raisons de faire le déplacement. Chacun a ses préférences, mais globalement il faudra les voir tous pour se faire une idée de l'année cinématographique à venir.

Retourner à Twin Peaks
La série culte des années 90 est de retour. Pour découvrir les deux premiers épisodes de la saison 3, signés par son créateur David Lynch, on serait allé beaucoup, beaucoup plus loin que Cannes.

Faire des découvertes
On connaît la chanson : à Cannes, ce sont toujours les mêmes... Sauf si l'on est un peu motivé pour sortir des sentiers battus (c'est-à-dire rater le nouveau Michael Haneke, par exemple) et se tourner en priorité vers les premiers films. Six à la Semaine de la Critique, sept à l'ACID, cinq à la Quinzaine des Réalisateurs, une dizaine en sélection officielle : il y a largement de quoi faire pour se donner une chance de faire de vraies belles découvertes.

La possibilité de rencontrer un authentique Jedi
Luke Skywalker himself, aka Mark Hamill dans cette partie de la galaxie, sera à la Semaine de la Critique avec le film Brigsby Bear réalisé par Dave McCary. Même si le film n'a rien à voir avec Star Wars, la force devrait être avec lui.

L'ivresse festivalière
Bien plus enivrante que celle due à l'alcool, elle se caractérise par ce moment où le cerveau saturé de films fait surgir aléatoirement dans l'esprit du festivalier fatigué des bribes de scènes et des images éparses, des émotions insaisissables, des idées étranges. On est comme pris dans la nasse de dizaines d'histoires qui s'entremêlent au point de nous rendre difficile la distinction entre elles et la réalité. Souvent, ça veut surtout dire qu'il est grand temps que le Festival s'achève.

Becoming Cary Grant
Ce n'est hélas pas une proposition, mais le titre d'un documentaire de Cannes Classics, signé Mark Kidel, qui raconte l'acteur à travers ses propres mots interprétés par Jonathan Pryce.

Des zombies
C'est à Cannes qu'aura lieu la grande avant-première du film Zombillenium d'Arthur de Pins, d'après sa bande dessinée. Le film qui fera ensuite l'ouverture du Festival d'Annecy est l'un des grands événements de l'année côté long métrage d'animation française.

Manger une glace Magnum personnalisée
Oui, sur la plage Magnum, accessible aux festivaliers pendant la journée, il est possible de customizer son magnum. Noir ou blanc, facile, mais surtout un choix important d'ingrédients à ajouter au nappage, de la fleur de sel à la guimauve en passant par des amandes effilées ou des flocons d'or (!).

Sharunas Bartas
L'un des réalisateurs les plus singuliers de notre époque est de retour à la Quinzaine des Réalisateurs avec Frost, deux ans après le très réussi Peace to us in our dreams. L'auteure de ces lignes doit confesser que cette seule raison lui semble suffisante pour avoir envie d'aller un peu près n'importe où.

Connaître deux mois avant tout le monde la playlist de l'été.
En effet, les DJ des différentes plages testent sur les festivaliers les tubes à venir. À ce stade-là, on peut même dire qu'ils les martèlent. Tellement hype : être lassé par Get Lucky de Daft Punk avant même que les autres n'en aient entendu parler.

Une double dose de Hong Sang-soo
Le cinéaste coréen sera présent sur la Croisette avec Claire's camera en séance spéciale (tourné à Cannes avec Isabelle Huppert) et The Day after en compétition (avec son actrice fétiche Kim Min-Hee). Bonus : pour les festivaliers les plus chanceux qui ont déjà eu l'occasion de voir deux films de Hong Sang-so cette année : Yourself and yours sorti le 1er février et On the Beach at night alone sélectionné à Berlin, c'est même l'occasion de battre une sorte de record. Toute la question étant de savoir si Hong Sang-soo aura au moins un film prêt pour Venise, ou si sa formidable année s'arrêtera là.

La tenue de soirée exigée
Le smoking est flatteur, il rend systématiquement celui qui le porte plus charismatique et désirable. À Cannes, on ne sait jamais, chaque visage anonyme pouvant dissimuler la star de demain, ce serait vraiment bête de ne pas en profiter, noeud papillon insolent et air mystérieux en bandoulière.

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Cannes 2017 : Cristian Mungiu présidera le jury des courts métrages et de la Cinéfondation

Posté par MpM, le 22 mars 2017

C'est le réalisateur, scénariste et producteur roumain Cristian Mungiu qui présidera le Jury de la Cinéfondation et des Courts Métrages en mai prochain à Cannes.

Son histoire était déjà intimement liée à celle du Festival puisqu'il y a remporté une Palme d'or (en 2007, avec son deuxième long métrage 4 mois, 3 semaines, 2 jours), un Prix du scénario et de l’interprétation féminine (Au-delà des collines en 2012) et un Prix de mise en scène (l'an passé, pour Baccalauréat). Il a également fait partie du jury de Steven Spielberg en 2013.

Dans le cadre de ses nouvelles fonctions, le représentant de la Nouvelle vague roumaine (qui succède à Naomi Kawase) devra décerner la Palme d'or du court métrage ainsi que les prix de la CInéfondation.

Selon le communiqué du Festival de Cannes, le futur président a déclaré : "Reconnaître la valeur, l’originalité, dans le cinéma n’a jamais été facile. Reconnaître la valeur de très jeunes cinéastes, c’est encore plus difficile. Mais la Cinéfondation est connue pour avoir réussi à le faire avec grande efficacité. La Cinéfondation a toujours donné aux jeunes cinéastes l’aide et la reconnaissance dont ils avaient besoin en tout début de carrière afin qu’ils s’expriment avec courage et qu’ils puissent trouver leur voix. Je souhaite que ça continue pendant longtemps avec la même efficacité et je suis fier d’être associé à cette démarche."

De son côté, Gilles Jacob, président de la Cinéfondation, lui a rendu un hommage vibrant : "Cristian Mungiu fait glorieusement partie de cette école roumaine que Thierry Frémaux a mise en valeur dès les années 2000. Il suffit de voir l’intelligence et les ramifications interactives d’un scénario comme Baccalauréat pour reconnaître que Cristian est l’examinateur rêvé pour faire passer le bac du Festival, c’est-à-dire la Cinéfondation et les courts métrages. Comme titrait le grand Dreyer dans un de ses courts, en 48 : Ils attrapèrent le bac… Bonne chance aux candidats !"

Dix films à ne pas rater au 39e festival de Clermont Ferrand

Posté par MpM, le 1 février 2017

clermont 2017

A un an de son 40e anniversaire, le festival de Clermont Ferrand a de quoi être confiant : en 2016, il a comptabilisé plus de 160 000 entrées et accueilli environ 3500 professionnels, pour un total de près de 8000 films reçus. Pour capitaliser sur ces beaux chiffres, la manifestation qui se tient du 3 au 11 février a concocté cette année encore un programme riche et dense qui ravira aficionados du court métrage, simples amateurs et néophytes absolus.

Comme tous les ans, ce sont les compétitions qui ont la part belle, avec trois sélections distinctes : internationale (75 films, 58 nationalités), nationale (60 films dont 12 coproductions) et "labo" (30 films jugés plus singuliers, voire "expérimentaux", issus de 17 pays). Pour la première fois, un prix sera remis au meilleur documentaire en lice dans les trois sections. Un focus permettra également de découvrir le meilleur du cinéma colombien tandis que la rétrospective thématique mettra l'accent sur "l'humour noir".

Il sera par ailleurs possible de se pencher sur les cinémas africain (avec deux programmes "Regards d'Afrique") et coréen (avec une rétrospective de la Korean Academy of Fine Arts), de découvrir les 7 films d'anticipation de la collection "Demain si j'y suis" ou encore de redécouvrir le Front populaire à travers deux "Courts d'histoire". Enfin, le marché du film, autre centre névralgique du festival, accueillera des exposants d'une quarantaine de pays.

10 films à ne pas rater

Certains films sélectionnés ont déjà fait leurs preuves dans d'autres festivals ou avant-premières. Petit guide de ceux qu'il ne faudra surtout pas manquer.

Anna de Or Sinai (Israël)

Grand Prix de la Cinéfondation lors du dernier festival de Cannes et Grand prix au festival de Poitiers, Anna poursuit logiquement sa carrière à Clermont. Il dresse le portrait touchant d’Anna, une femme d’une quarantaine d’années qui se met en quête, le temps d’une soirée, d’un homme qui pourrait partager sa solitude. Jamais mièvre ni cruelle, la jeune réalisatrice filme son héroïne avec une bienveillance lumineuse qui lui redonne peu à peu confiance. En une nuit, sans éclats ni rebondissements spectaculaires, Anna passe d’une mélancolie amère à une forme d’autodérision et d’humour qui tirent le récit vers une légèreté joyeuse et presque décalée.

Campo de vibeiras de Cristèle Alves Meira (Portugal)

Notamment présenté à la Semaine de la critique 2016, ce film envoûtant et singulier commence sur une énigme et s'achève sur un mystère. Qu'est-il arrivé à Lurdes, qui a fui la demeure familiale ? Et à sa vieille mère acariâtre, retrouvée morte au milieu des vipères ? Peu de réponses, mais une ambiance saisissante et une mise en scène habitée.

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Le cinéma d’animation dans tous ses états à la Cinémathèque

Posté par MpM, le 13 janvier 2017

Pour la 4e année consécutive, la Cinémathèque française proposait lundi 9 janvier "Le cinéma d'animation dans tous ses états", une carte blanche offerte au spécialiste d'animation Francis Gavelle (réalisateur, présentateur de l'émission "Longtemps je me suis couché de bonne heure" sur Radio Libertaire et ancien sélectionneur pour la Semaine de la Critique). L'occasion de découvrir un panorama de la création contemporaine mêlant une dizaine de courts métrages et un long, le très beau Tout en haut du monde de Rémi Chayé, sorti de manière bien trop confidentielle début 2016.

Côté courts, toutes les techniques et tous les styles étaient représentés, permettant de passer (avec bonheur) d'un documentaire sur la sexualité masculine composé de dessins à l'encre (Petite mort d'Antoine Bieber) à un drame familial en volume - marionnettes et stop motion - (Wellington jr de Cécile Paysant), en passant par une évocation aux dessins presque enfantins d'un poème de Guillaume Apollinaire (Le Pont Mirabeau de Marjorie Caup), un documentaire mêlant animation 3D et images documentaires peintes (Lupus de Carlos Gómez Salamanca) ou encore un film anxiogène sur la solitude et la peur en 2D noir et blanc (Colocataires de Delphine Priet-Mahéo).

Une sélection réjouissante et qui présage d'autant mieux de l'avenir de l'animation (notamment française) que plusieurs courts métrages sont des films de fin d'études, ou l'oeuvre de très jeunes réalisateurs. Parmi eux, retour sur cinq films qui ont plus particulièrement retenus notre attention.

*** Colocataires de Delphine Priet-Mahéo ***

Le trait, en noir et blanc, semble fondre décors et personnages dans un flou qui matérialise la vie de son héroïne, coincée dans un quotidien morne et répétitif. Entre son travail de caissière rythmé par le "bip" incessant des articles qui défilent et la solitude de sa maison, où seul son chat l'attend, les jours se suivent, se ressemblent et se confondent. La presse attise cette solitude en générant peur et haine vis-à-vis des "errants" qui hantent la ville. Une rencontre est pourtant possible entre cette femme désabusée et l'homme qui investit sa maison en son absence. Une rencontre ténue, sans réel face à face, mais qui passe par l'appropriation de l'espace, le langage des objets et le partage de nourriture. Car rien n'est simple ou angélique dans ce conte anxiogène sur l'isolement, le repli sur soi et le découragement.

*** Journal animé de Donato Sansone ***

Journal animé est une improvisation artistique sur l'actualité à travers le détournement des pages du quotidien Libération entre le 15 septembre et le 15 novembre 2015. Le réalisateur dessine sur les photos, les anime, les transforme dans une farandole d'abord potache (des moustaches ajoutées à une personnalité publique, un ballon de foot qui rebondit d'une page à l'autre...) puis plus grave (des coups de feu, une mer de cadavres...). Tout va très vite, le crayon virevolte, le temps aussi, il est parfois malaisé de saisir les détails de l'animation ou le sujet de l'article, mais le résultat est indéniablement fort, puissant, comme une rétrospective hypnotique de ce qui constitue notre monde au jour le jour.

*** Love de Reka Bucsi ***

Réjouissante allégorie de l'amour, ses manifestations et ses conséquences, qui se décline dans un univers onirique à la fois charmant et inquiétant. Entre ironie et poésie, humour et recherche esthétique, Love met ainsi en scène des individus littéralement pris au piège du sentiment amoureux, une nature luxuriante dont le cœur s'emballe ou encore des planètes qui ont un petit grain de folie. Une vraie ambition narrative et esthétique anime ce récit foisonnant qui a quelque chose d'un feel good movie un peu cruel. Ambivalent, certes, mais tellement réjouissant.

*** Petite mort d'Antoine Bieber ***

Ce documentaire cru ose la parole masculine sur la sexualité et l'orgasme sans jamais déraper vers le voyeurisme ou l'illustration littérale. Les témoignages, sincères et spontanés, sont aussi captivants que l'animation fluide et délicate (composée de dessins à l'encre) qui recrée avec un certain minimalisme la valse (aérienne) des corps et le ballet (complexe) du désir. Le seul défaut du film est d'être trop court, tant on aurait aimé en voir (et en entendre) plus !

*** Ragoût d'Inès Bernard-Espina ***

Énigmatique film qui mêle habilement une nouvelle de Richard Brautigan, dans laquelle des hommes essayent désespérément d'enterrer un lion (vivant) dans un trou trop petit, et l'histoire tout aussi curieuse d'une femme obligée de manger ce que son visiteur lui a cuisiné. Plusieurs styles cohabitent en fonction des variations du récit : gammes chromatiques et techniques distinctes d'un lieu et d'un moment à un autre, traits larges pour les silhouettes noires massives des hommes qui creusent, trait fin pour le corps gracile et délicat de la jeune femme, etc. On est à la fois dérouté, intrigué et terriblement séduit.

Poitiers Film Festival 2016 : retour sur la compétition internationale

Posté par MpM, le 8 décembre 2016

whatever the weather

La 39e édition du Poitiers film festival s’est traditionnellement achevée par la proclamation du palmarès. Mais comme toujours en festival, la liste des quelques films récompensés ne suffit pas à rendre hommage au très bon niveau de la compétition. Retour sur douze autres courts métrages sélectionnés qui ont attiré notre attention (par ordre alphabétique).

Ayaldama de Dias Kulmakov (Kazakhstan)
On reconnaît d’emblée les qualités cinématographiques des films venus des ex-pays soviétiques, comme le Kazakhstan ou l’Ukraine : des plans larges savamment composés, des éclairages intérieurs de toute beauté, une mise en scène ample et épurée. Même s’il y a comme ici quelques maladresses et autres affectations (notamment des ralentis appuyés sur les personnages et la tentation d’aller vers une imagerie de carte postale), le film parvient à créer une ambiance plutôt riche et envoûtante.

Entre la tierra de Sofía Quirós Ubeda (Argentine)
Du pur cinéma de sensations qui nous embarque avec l’héroïne, une femme solitaire vivant en harmonie avec la nature. Lorsque surgit une jeune fille (fantôme ? double ? réminiscence du passé ?), quelque chose se joue qui la transformera à jamais. On est happé par la beauté des plans et l’épure de la narration au service d’une réflexion métaphysique sur l’existence.

Fais le mort de William Laboury (France)
Un sujet générationnel, filmé de manière quasi documentaire et construit comme un thriller, qui mêle habilement harcèlement, pouvoir des réseaux sociaux et réflexion technologique. Sa force d’évocation et l’intelligence de son dénouement lui ont valu le Prix canal + lors du dernier festival de Clermont Ferrand. A noter que le réalisateur William Laboury avait un autre film en compétition à Clermont, Hotaru, récompensé par le prix spécial du jury. Indéniablement un nom à retenir.

Hausarrest de Matthias Sahli (Suisse)
Une dystopie absurde et trash dans laquelle un homme assigné à résidence subit, impuissant, le comportement de plus en plus autoritaire de son bracelet électronique. L’utilisation de larges plans fixes accentuent l’importance du hors champ qui permet d’aller assez loin à la fois dans l’horreur et l’humour noir.

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Poitiers Film Festival 2016 : retour sur le palmarès

Posté par MpM, le 8 décembre 2016

anna

Pour sa 39e édition, le Poitiers Film Festival proposait un programme riche et varié mêlant avant-premières, focus sur le cinéma danois, rencontre avec la comédienne Lola Créton, leçon de cinéma de la réalisatrice d’animation Florence Miailhe ou encore masterclass "musique et cinéma" avec Dominique Cabrera et Béatrice Thiriet. Mais c’est bien entendu la compétition internationale de courts métrages réalisés par des étudiants en cinéma qui constituait une fois encore le cœur de la manifestation.

Cette année, la sélection se composait de 49 films (sur 1452 inscrits), issus de 36 écoles et représentant 24 pays. Au risque de se répéter, ce qui frappe d’emblée à Poitiers, c’est la qualité générale des œuvres proposées. Fictions ou documentaires, live ou animées, gros budgets ou productions fauchées, toutes avaient leur place dans une compétition de fait assez homogène et plutôt réjouissante qui proposait à la fois sujets forts, matière à discussion et beaux moments de cinéma. De quoi composer un palmarès équilibré qui fait à la fois la part belle à la narration et aux propositions formelles.

Le jury international (composé de Natalia Chernysheva, Claire Diao, Olivier Gorce, Julien Lilti et Marie Madinier) a ainsi assez logiquement accordé son grand prix à Anna de Or Sinai, qui avait déjà reçu le Grand Prix de la Cinéfondation lors du dernier festival de Cannes. Le film dresse le portrait touchant d’Anna, une femme d’une quarantaine d’années qui se met en quête, le temps d’une soirée, d’un homme qui pourrait partager sa solitude. Jamais mièvre ni cruelle, la jeune réalisatrice filme son héroïne avec une bienveillance lumineuse qui lui redonne peu à peu confiance. En une nuit, sans éclats ni rebondissements spectaculaires, Anna passe d’une mélancolie amère à une forme d’autodérision et d’humour qui tirent le récit vers une légèreté joyeuse et presque décalée.

Prix spécial du jury, Valentina de Maximilian Feldmann reçoit également le prix Amnesty International et le prix du public. Une unanimité qui s’explique plus par son sujet que par ses réelles qualités cinématographiques. Il s’agit en effet d’un documentaire en noir et blanc sur le quotidien d’une famille tzigane de Macédoine, raconté à sa manière par une petite fille de dix ans. A la fois ultra-stylisé et souvent maladroit, le film tient le spectateur à distance par un esthétisme inutile et des choix de mise en scène dénués de subtilité (gros plans fixes sur les visages des différents membres de la famille, plan en plongée sur la famille au milieu des ruines qui lui servent de logement…) qui cherchent plus à déclencher l’émotion qu’à faire le récit précis du destin des personnages.

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12 courts animés dans la course des César 2017

Posté par vincy, le 20 septembre 2016

Après les 24 courts métrages voici la sélection des 12 courts métrages qui vont concourir au César 2017 dans leur catégorie du Meilleur court métrage d'Animation.

Notons qu'Une tête disparaît a reçu le Cristal du meilleur court métrage à Annecy cette année et Peripheria le prix du public.

- CAFÉ FROID de Stéphanie Lansaque et François Leroy.
- CELUI QUI A DEUX ÂMES de Fabrice Luang Vija
- IÂHMÈS ET LA GRANDE DÉVOREUSE de Claire Sichez et Marine Rivoal
- JOURNAL ANIMÉ de Donato Sansone
- JUKAI de Gabrielle Lissot
- MARZEVAN de Vergine Keaton
- NŒVUS de Samuel Yal
- PERIPHERIA de David Coquard-Dassault
- THE EMPTY de Jeong Dahee
- UNCANNY VALLEY de Paul Wenninger
- UNE TÊTE DISPARAÎT de Franck Dion
- YÙL ET LE SERPENT de Gabriel Harel

Ces douze films seront intégrés au "Coffret DVD César 2017". Les membres votants de l’Académie pourront également les visionner en salles et en vidéo à la demande.

Le premier tour de vote, qui se déroulera du 2 au 24 janvier 2017, désignera les cinq films nommés pour le César du Meilleur Film de Court Métrage. Ils seront révélés lors de la Conférence de Presse d'Annonce des Nominations qui aura lieu le mercredi 25 janvier 2017.

24 courts dans la course des César 2017

Posté par vincy, le 19 septembre 2016

Le Comité Court Métrage de l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma a révélé sa liste des 24 films de court métrage qui pourront concourir au César 2017 du Meilleur Film de Court Métrage.

Une grande partie des films font entre 20 et 30 minutes. On notera la présence de l'acteur Félix Moati parmi les réalisateurs (il était en compétition à Cannes avec son court) tout comme celle de Davy Chou, remarqué à Cannes pour son premier long métrage Diamond Island. Chose étrange le court de Davy Chou comme celui de Yann Delatre datent de 2015...

Soulignons aussi que Ennemis intérieurs avait reçu le prix du public au Festival du court-métrage de Clermont-Ferrand (qui place quelques films de son palmarès par ailleurs), où Le gouffre a reçu le prix de la presse..

- APRÈS SUZANNE de Félix Moati
- AU BRUIT DES CLOCHETTES de Chabname Zariab
- AVE MARIA de Basil Khalil
- CAMBODIA 2099 de Davy Chou
- CHASSE ROYALE de Lise Akoka et Romane Gueret
- DES MILLIONS DE LARMES de Natalie Beder
- ENNEMIS INTÉRIEURS de Selim Azzazi
- F430 de Yassine Qnia
- LE GOUFFRE de Vincent Le Port
- L’ÎLE JAUNE de Léa Mysius et Paul Guilhaume
- JEUNESSE DES LOUPS GAROUS de Yann Delattre
- MAMAN(S) de Maïmouna Doucouré
- PÈRE de Lotfi Achour
- LA PLAGE de Keren Ben Rafael
- QUE VIVE L’EMPEREUR d'Aude Léa Rapin
- RÉPLIQUE d'Antoine Giorgini
- SABINE de Sylvain Robineau
- SALI de Ziya Demirel
- LE SKATE MODERNE d'Antoine Besse
- TOUT VA BIEN de Laurent Scheid
- UN GRAND SILENCE de Julie Gourdain
- UN MÉTIER BIEN de Farid Bentoumi
- VERS LA TENDRESSE d'Alice Diop
- VICTOR OU LA PIÉTÉ de Mathias Gokalp

Ces vingt-quatre films seront intégrés au "Coffret DVD César 2017". Les membres votants de l’Académie pourront également les visionner en salles et en vidéo à la demande.

Le premier tour de vote, qui se déroulera du 2 au 24 janvier 2017, désignera les cinq films nommés pour le César du Meilleur Film de Court Métrage. Ils seront révélés lors de la Conférence de Presse d'Annonce des Nominations qui aura lieu le mercredi 25 janvier 2017.