Un beau programme en ligne pour le Festival du Film court de Grenoble (privé de plein air)

Posté par MpM, le 29 juin 2020

Son intitulé est cette année un peu trompeur. Crise sanitaire oblige, le Festival du Film court en plein air de Grenoble migre sur une plate-forme en ligne, accessible gratuitement à tous du 30 juin au 4 juillet. Les habitués auront un petit pincement au coeur à l'idée de ne pas retrouver l'ambiance particulière des projections sous le ciel étoilé, mais tout le monde se réjouit du maintien de la manifestation qui propose, comme chaque année, un programme riche et alléchant.

En compétition officielle, on retrouvera avec plaisir des incontournables comme Physique de la tristesse de Théodore Ushev, fraîchement auréolé de son Cristal à Annecy et Genius Loci d'Adrien Merigeau (lui aussi primé à Annecy, après être passé par Angers, Clermont et Berlin), mais aussi Hãy Tinh thuc và san sàng de Pham Thien An, découvert à la Quinzaine des Réalisateurs 2019 ou Un adieu de Mathilde Profit, dont on vous parle depuis des mois, et qui vient d'obtenir le prix du meilleur premier film à Côté Court.

On retrouvera également des réalisateurs repérés comme Salvatore Lista (Rap night), Valérie Leroy (Teen Horses) et William Laboury (Yandere), et des films à ne pas rater à l'image de Sororelle de Frédéric Even et Louise Mercadier, huis clos tchekhovien et minimaliste.

Le Festival proposera par ailleurs des "masterclasses" décalées avec les youtubeurs Le Fossoyeur de Films et Amazing Lucy, des ateliers en ligne, des séances jeune public et une nuit blanche "Horreur et Frissons" déclinée en 24 films dont le classique Do you have the shine de Johan Thurfjell, mais aussi le délirant Wild love de Paul Autric, Quentin Camus, Léa Georges, Maryka Laudet, Zoé Sottiaux et Corentin Yvergniaux, Acide de Just Philippot, Fast film de Virgil Widrich ou encore La Femme qui se poudre de Patrick Bokanowski.

Chaque programme sera mis en ligne à heure fixe pour une durée de 48h.

--

43e Festival du Film court en plein air de Grenoble
Du 30 juin au  4 Juillet 2020
https://www.festivalcourtgrenoble.fr/home

Annecy 2020 – le film du jour : Ghosts de Park Jee-Youn

Posté par MpM, le 18 juin 2020

Puisque cette année, Annecy se déroule en ligne, Ecran Noir se fait votre guide parmi les différentes sections et vous aide à savoir ce qu'il ne faut surtout pas rater ! Pour les plus pressés, nous mettons en lumière chaque jour un film qui nous semble indispensable. Pour les autres, nous ajoutons quelques conseils supplémentaires à grapiller dans le même programme. Et enfin, pour les plus gourmands, on va plus loin avec des idées de films, hors festival, à regarder en ligne pour prolonger le plaisir...

C'est le programme 5 qui nous occupe aujourd'hui, avec en premier lieu Ghosts de la réalisatrice coréenne Park Jee-Youn, une étude assez cynique des rapports de couple. Le personnage principal est une femme mûre vivant en couple avec un homme perpétuellement représenté sous les traits d'un nageur (bonnet de bain et lunettes incluses). Leur univers consiste principalement en une grande pièce (inondée) qui fait à la fois office de chambre à coucher et de cuisine. Il se décline dans des tons de noir, de gris et de blanc, avec parfois des aplats de couleurs localisés.

Le couple vit donc ensemble sans vraiment se voir, devenus "fantômes" l'un à l'autre, et au monde en général. Le réalisatrice joue alors sur un mélange d'images allégoriques et de situations absurdes pour ausculter cet effet du temps et de l'existence sut les êtres. Le décor dans lequel évolue les personnages se fissure, ou en tout cas semble sans cesse inviter à regarder au-delà : des brèches dans le sol, une fente par lequel on regarde, et même un trou béant dans le crâne de l'un des protagonistes. Le personnage féminin ne cesse de vouloir sonder ces cavités / orifices : au départ, elle glisse son oeil par une fente, puis se penche sur différents trous dans le sol. "Qui est là ?" demande-t-elle à plusieurs reprises.

On ne sait exactement où conduisent ces ouvertures, mais elles semblent sans cesse ramener dans l'appartement du couple, ou en tout cas dans son intimité. Différentes dimensions se croisent ainsi dans des scènes de plus en plus étranges et décalées, peuplées d'apparitions spectrales : un poisson géant qui flotte dans la chambre, des nuées de nageurs qui dansent, volent ou plongent, et des corbeaux omniprésents, comme s'ils étaient parfaitement à leur place.

Les dialogues, rares, hésitent eux-aussi entre ironie et cliché. "Alors, heureuse ?" glisse le nageur à sa compagne avant de la caresser presque mécaniquement, jusqu'à ce que sa main traverse son corps. Un autre dialogue faussement éthéré singe les habituelles envolées sentimentales. Quand au plus bel échange du film, il se joue entre deux femmes, et se traduit métaphoriquement par des gouttelettes jaillissant de leur bouche pour venir se percuter dans l'air. Par ces temps de covid, ça fait frémir, mais on adore cette vision d'un dialogue qu'on imagine de sourds, et qui se finit d'ailleurs par un acte de violence. Difficile d'en dire plus sans gâcher complètement le plaisir de spectateur, si ce n'est que l'ambiance du film, et sa manière de jouer sur des motifs récurrents et ironiques, nous ont pas mal emballés.

On se laissera ensuite tenter par My galactic twin Galaction de Sasha Svirsky, parodie d'une séance de "pitch" d'un court métrage de science fiction survitaminé et fourmillant d'idées visuelles. Au fur et à mesure, le réalisateur raconte donc ce qu'est son scénario, une histoire compliquée de jumeau galactique et de terribles ennemis extraterrestres à combattre, tandis que les images partent de plus en plus en roue libre. C'est un délire de collages, de couleurs et de trouvailles kitsches. Il y a même une sorte de chanson. A la fin, on apprend (avec désarroi) que le projet est finalement devenu une version ultra épurée et schématique de ce grand n'importe quoi intersidéral. Si l'on était mauvais esprit, on dirait que cela nous évoque (brillamment) les effets de bord induits parfois par le système de financement du cinéma français.

Autre film qui vaut le détour dans le programme, Friend of a friend de Zachary Zezima, qui met son esthétique ronde et ultra colorée, très pop, au service d'une histoire ambivalente d'agression sexuelle, de vengeance et d'attirance-répulsion. Le réalisateur sonde les coeurs, les âmes et les corps au sein d'un étrange trio constitué d'une femme, de son petit ami, et de l'homme qui a tenté de l'agresser, persuadé qu'il lui avait fait des avances. Le réalisateur ne donne aucune réponse, mais pose des questions dérangeantes autour de la notion de consentement et de la part de violence, réelle ou symbolique, que comportent les relations humaines, amoureuses ou amicales.

Enfin, No, I don't want to dance de Andrea Vinciguerra et Yo de Begona Arostegui complèteront agréablement ce tour d'horizon du dernier programme de la compétition officielle. Le premier met en scène des situations absurdes au cours desquelles un geste d'appel à l'aide est interprété comme un mouvement de danse. C'est sans prétention et plutôt drôle, quoique cruel. Et en plus le film est disponible sur la page vimeo du réalisateur, on vous invite à le découvrir ci-dessous :

Le second est une plongée d'abord joyeuse, puis de plus en plus effrayante dans le quotidien (trop) bien réglé d'un homme qui ne se remet pas d'avoir vu un panneau indiquant "parc" au milieu de son parc préféré. Il se met alors à tout étiqueter avec une constance qui aurait pu être glaçante, si le film n'avait pas choisi de rester sur un registre faussement comique, et surtout terriblement bavard.

Pour compléter cette séance de visionnages (on vous rappelle que l'accréditation pour le festival reste ouverte à tous, à partir de 15 euros), n'hésitez pas à vous rendre sur la page vimeo de Sasha Svirsky, d'Andrea Vinciguerra sur celle de Zachary Zezima, dont on vous invite à découvrir ci-dessous le film It's a date.

Le Festival Côté Court commence aujourd’hui en ligne et en accès libre

Posté par MpM, le 17 juin 2020

C'est déjà la 29e édition du Festival Côté Court de Pantin, manifestation consacrée comme son nom l'indique aux films courts et moyens. Si l'événement a lieu cette année en ligne, comme la majorité des festivals du printemps, il n'en présente pas moins 132 courts métrages répartis en 5 sections : Compétition Fiction, Compétition Essai / Art vidéo, Compétition Prospective Cinema, Écrans libres et Panorama. Cette dernière section est elle-même divisée en trois : fiction, documentaire et animation. On notera que "fiction" est généralement le nom que les gens venant de la prise de vues continues donnent à leurs films, afin de les distinguer absolument de l'animation, bien que cette dernière puisse, comme chacun sait, être soit fiction, soit documentaire, soit même hybride.

A l'exception de ce classique problème d'appellation, on se réjouira de pouvoir découvrir assez facilement (chaque programme étant disponible pendant 6 jours) un échantillon non négligeable de la production française de courts des 18 derniers mois. En compétition "fiction", on note la présence de certains de nos films préférés de l'an passé, tels que Sapphire Crystal de Virgil Vernier et Un Adieu de Mathilde Profit, mais aussi Journey Through a Body de Camille Degeye qui était à Cannes en 2019 et Sole Mio, l'avant-dernier court de Maxime Roy (le réalisateur ne chôme pas, il a eu le temps depuis de boucler un autre court et un premier long). On vous recommande aussi Miss Chazelles de Thomas Vernay et Massacre de Maïté Sonnet qui ont déjà pas mal fait parler d'eux auparavant.

En compétition "Essai / Art vidéo", ne passez pas à côté de l'incontournable Clean With Me (After Dark) de Gabrielle Stemmer, étonnant film de montage sur des femmes se filmant en train de faire le ménage de manière frénétique, qui débouche sur une réflexion passionnante sur la place des femmes dans la société contemporaine. Il faudra aussi voir À l’entrée de la nuit d’Anton Bialas (qui était à Berlin), Bab Sebta de Randa Maroufi (primé notamment à Winterthur), 1998 de Sigrid Bouaziz et Shanzhài Screens de Paul Heintz. Sans oublier les nouveaux films de Bertrand Mandico (Extazus), Patrick Bokanowski (Vers Syracuse), Antonin Peretjatko (Mandico et le TopsychoPor) ou encore Marie Losier (Which is Witch ?).

Plus globalement, le festival est aussi l'occasion de (re)découvrir Electric Swan de Konstantina Kotzamani (prix du court métrage du syndicat de la critique), Jusqu’à l’os de Sébastien Betbeder, Genius Loci d’Adrien Mérigeau, L’Heure de l’ours d’Agnès Patron ou encore Douma Underground de Tim Alsiofi. Mais aussi d'assister à des rencontres (virtuelles) en direct avec Marie Losier, Virgil Vernier, Bertrand Mandico, Antonin Peretjatko ou encore Sigrid Bouaziz.

Le Festival se clôturera le 27 juin avec l'annonce du traditionnel palmarès. A noter enfin que si tous les films sont accessibles gratuitement, il est possible de faire un don libre pour soutenir la manifestation.

---

Côté Court, 29e édition
Edition en ligne du 17 au 27 juin

Annecy 2020 – le film du jour : Carne de Camila Kater

Posté par MpM, le 16 juin 2020

Puisque cette année, Annecy se déroule en ligne, Ecran Noir se fait votre guide parmi les différentes sections et vous aide à savoir ce qu'il ne faut surtout pas rater ! Pour les plus pressés, nous mettons en lumière chaque jour un film qui nous semble indispensable. Pour les autres, nous ajoutons quelques conseils supplémentaires à grapiller dans le même programme. Et enfin, pour les plus gourmands, on va plus loin avec des idées de films, hors festival, à regarder en ligne pour prolonger le plaisir...

On se penche aujourd'hui sur le programme 1 de la compétition officielle de courts métrages qui propose une sélection riche et dense de films marquants à ne surtout pas rater. Le plus saillant est sans doute Carne, premier court métrage de Camila Kater, sélectionné à Locarno en 2019, un documentaire qui donne la parole à cinq femmes d'âges et d'origines différentes, livrant chacune l'expérience intime et personnelle qu'elles ont de leur corps. La métaphore de la "viande", filée de bout en bout, renvoie sans cesse à la manière dont la société considère le corps des femmes : objets destinés au plaisir d'autrui, qu'il soit purement esthétique ou carrément sexuel, et à la reproduction.

On est donc enthousiasmé par la spontanéité avec laquelle chacune des cinq interlocutrices se livre sur des sujets généralement tabous ou juste totalement inexistants. Il y a une adolescente qui raconte la détestation de sa mère pour son corps qui ne correspond pas aux critères de beauté en vigueur. Une autre parle de ses premières règles, et du formidable sentiment d'appartenance qui l'a accompagnée. Une femme trans pointe l'hypersexualisation permanente de la femme noire, et l'intolérance brutale qui la suit partout. Une femme plus mûre aborde le passage de la ménopause et dénonce comment, parce qu'elle est lesbienne et sans enfants, on a voulu la priver de son utérus. Enfin, une comédienne désormais âgée de 79 ans donne une vision peu orthodoxe de la vieillesse, qui n'est pas nécessairement un naufrage.

L'animation change en fonction des chapitres, tantôt illustrative et presque naïve, tantôt complètement abstraite, jouant avec les représentations visuelles que l'on a généralement du corps. Si ce travail formel est souvent très expressif, synthétisant en quelques images les grandes idées sous-tendues par chaque récit, on peut malgré tout reprocher au film son rythme trépidant, presque frénétique. On aurait aimé qu'il ménage des moments de pause dans les témoignages aussi denses que passionnants, laisse l'image exister au-delà du texte et le spectateur respirer à l'intérieur de chaque partie, pour mieux accompagner chaque femme dans sa démarche. Mais qui sait, peut-être cet excellent concept pourra-t-il s'étoffer, ou se décliner à l'avenir sous une forme plus longue, car ce qui est certain, c'est que Carne est loin d'épuiser son sujet.

Au sein du même programme, 4 films ont retenu notre attention. D'abord, il y a Genius Loci d'Adrien Mérigeau, autre premier court métrage dont nous avons déjà eu l'occasion de vous parler lors de son passage à Clermont-Ferrand. Une errance narrative syncopée qui donne l'impression d'imiter les volutes du jazz, improvisant en toute liberté, ajoutant ici des images à peine esquissées qui se superposent au plan ; là, au contraire, dépouillant  le cadre de tout détail superflu. Une esthétique changeante qui est le reflet des émotions de son héroïne, et des sensations qu'elle traverse face à la vitalité invisible du monde.

Autres films pour le moins attendus, les nouveaux courts métrages de Kaspar Jancis, Kosmonaut, et Niki Lindroth von Bahr, Something to remember. Le premier oscille entre humour noir et mélancolie profonde dans son portrait d'un vieux cosmonaute qui continue de vivre comme s'il était dans l'espace. Il y a à la fois le personnage de la fille totalement indifférente (elle vérifie juste avec un miroir que son père respire encore, avant de s'éclipser sans un mot), du bébé casse-cou qui frôle de multiples accidents domestiques et du gendre scotché à son téléphone, et celui, magnifique, de ce vieil homme solitaire, enfermé dans son passé (on aura compris que son présent ne vaut pas tellement le déplacement) et qui, après avoir été un héros, est devenu un fardeau.

Dans le second, Niki Lindroth von Bahr poursuit sa veine de comédie musicale nihiliste avec des animaux coincés dans les mêmes situations désespérantes que les humains : un petit pigeon visite un zoo vide en chantant une étrange comptine sur la diable, un escargot médusé vérifie sa tension chez le médecin, des insectes travaillant au CERN supplient Dieu de leur donner "quelque chose dont se souvenir". C'est à la fois désespéré et ironiquement drôle, exactement comme l'existence.

Enfin, on avait également envie de souligner Time O' the signs de Reinhold Bidner qui dresse un portrait si brutal de nos vies numériques, vaines et abrutissantes, qu'il nous donne envie de déconnecter pour se consacrer à des choses importantes (comme voir plus de courts métrages sur la plate-forme d'Annecy). La critique est relativement facile et pas forcément d'une grande subtilité, mais le geste esthétique est réussi, avec de très beaux plans, et une manière plutôt efficace de capter l'air du temps.

Pour terminer, nous vous invitons à découvrir Kosmonaut et Something to remember directement sur le site d'Arte pour ceux qui ne sont pas accrédités pour Annecy Online, mais aussi à revoir d'autres films de Kaspar Jancis sur sa page Vimeo ainsi que Bath House de Niki Lindroth von Bahr également disponible en ligne. Adrien Merigeau a lui aussi une page Vimeo, sur laquelle on trouve notamment Old Fangs, réalisé à la fin des années 2000 avec Alan Holly, et que nous vous offrons ci-dessous.

Annecy 2020 : une édition en ligne ouverte à tous

Posté par MpM, le 12 juin 2020

Puisqu'une édition physique était impossible, le Festival d'Annecy se tiendra donc en ligne du 15 au 30 juin prochain. L'ambiance électrique du festival, les rencontres, les retrouvailles avec la petite planète animation, les fondues au champagne et le lac nous manqueront. Voir les films sur grand écran, aussi.

Mais à quelque chose malheur est bon puisque cette année, la manifestation s'offre au monde entier par le biais d'accréditations grand public au tarif attractif de 15 euros. L'occasion de mettre le festival à la portée de tous, ou presque, et d'apporter le cinéma d'animation sous toutes ses formes jusque dans votre salon.

En plus des différentes compétitions de courts métrages dévoilées en avril dernier, l'accréditation permettra de découvrir une grande partie des deux compétitions de longs métrages : 12 films sur 20 pourront en effet être regardés intégralement sur la plate-forme. Pour des questions de droits, il ne sera possible de découvrir que des extraits des autres, ainsi que des making-off ou vidéos de présentation.

Parmi les films sélectionnés cette année, on retrouve Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary de Rémi Chayé (dont on vous parlait ici), Petit Vampire de Joan Sfar, Lupin III The First de Takashi Yamazaki ou encore Kill it and leave this town de Mariusz Wilczynski, qui avait fait sensation à Berlin en février dernier. Pour des raisons logiques de calendriers, des films très attendus comme Josep d'Aurel (Label Cannes 2020) ou La Traversée de Florence Miailhe (dont la sortie a été reportée à 2021) ne sont pour leur part pas présents cette année... Il faudra donc s'armer une nouvelle fois de patience avant de les découvrir.

Les festivaliers frustrés pourront se consoler (et probablement voir naître de nouveaux motifs de frustrations) avec les Work in Progress et les Preview, qui mettent en avant des films en train de se faire, présentant notamment les différentes étapes de fabrication et parfois des images inédites. En l'occurence, il y a de quoi faire avec Insula d'Anca Damian, Interdit aux chiens et aux Italiens d'Alain Ughetto (dont on vous parlait ici), Le Sommet des Dieux de Patrick Imbert, Sirocco et le royaume des courants d'air de Benoit Chieux, Wolfwalkers de Tomm Moore et Ross Stewart ou encore Inu-Oh de Masaaki Yuasa.

Enfin, les festivaliers pourront aussi découvrir la compétition VR, des programmes spéciaux, dont l'incontournable sélection What The Fuck qui réunit des films "décloisonnés, décomplexés et libres", et assister (virtuellement) aux différentes leçons de cinéma : "la violence sexuelle en animation" par les frères Blies (Zero impunity, découvert l'an dernier), Conversation entre Henri Selick et Bruno Coulais, Conversation avec Dean DeBlois...

Pour compléter cette offre pléthorique, les courts d'animation fleurissent un peu partout sur la toile. Dès maintenant, Arte propose sept films en avant-première, dont Something to remember, le nouveau film de Niki Lindroth von Bahr (The Burden, Cristal en 2017). Le magazine en ligne Bref mettra lui-aussi le Festival à l'honneur dès le 17 juin à travers plusieurs films sélectionnés et primés lors des éditions précédentes. Enfin, Format Court proposera à partir du 15 juin sa propre sélection de films passés par Annecy disponibles gratuitement en ligne, dont trois qui concourent cette année : No I don't want to dance de Andrea Vinciguerra, Mashrou' Leila "Radio Romance" de Vladimir Mavounia-Kouka et Catgot de Tsz Wing Ho.

De son côté, Ecran Noir vous fera vivre la manifestation au plus près, avec des conseils quotidiens sur les films à ne pas louper, et un guide des courts métrages d'animation à découvrir facilement sur la toile. Pour commencer, on ne résiste pas à la tentation de partager avec vous un court métrage étudiant présenté l'an dernier à Annecy dans la sélection What The Fuck : We are Future shock de Zohar Dvir avec rien de moins que Jesus Christ et Elvis Presley aux côtés d'un grizzli, d'un chat qui fume et de poissons volants.

Cannes 2020 : un programme d’accompagnement Hors Les Murs pour la Semaine de la Critique

Posté par MpM, le 4 juin 2020

L'impossibilité de tenir une édition physique du Festival de Cannes n'a pas empêché la Semaine de la Critique de poursuivre son travail d'accompagnement des jeunes cinéastes à travers un "programme d’accompagnement Hors Les Murs" consistant en une sélection réduite de cinq longs et dix courts métrages.

Les longs métrages qui ont reçu le label « Semaine de la Critique 2020 » seront ainsi accompagnés lors de leur présentation en avant-première et de leur sortie dans les salles françaises. Les films francophones (4 sur les 5) seront présentés dans le cadre d’une carte blanche Semaine de la Critique au Festival du Film Francophone d’Angoulême qui se tiendra du 28 août au 2 septembre prochain.

Les courts bénéficieront d’avant-premières à la Cinémathèque française ainsi que de projections à la Cinémathèque tchèque et à New York, et seront également diffusés en ligne du 19 au 25 octobre 2020 sur la plateforme Festival Scope. Les réalisatrices et réalisateurs sélectionné.e.s auront par ailleurs la possibilité de participer au programme "Next Step" qui a pour but de les accompagner dans leur passage au long métrage.

Parmi les films sélectionnés, que l'on a hâte de découvrir dans les mois à venir, on retrouve le premier long métrage d'une réalisatrice dont on suit le parcours depuis longtemps : Chloé Mazlo, César du meilleur court métrage d'animation en 2015 avec Les Petits cailloux, et dont on avait notamment beaucoup aimé le film Diamenteurs. Son film Sous le ciel d'Alice, écrit une nouvelle fois en duo avec Yacine Badday, réunit Alba Rohrwacher et Wajdi Mouawad et mêle prise de vues continues et animation.

On retrouve également dans ce "programme d’accompagnement" Nuée, le premier long métrage de Just Philippot, dont le court Acide avait beaucoup impressionné en 2018 ; le deuxième long métrage de Naël Marandin (La Marcheuse), La Terre des hommes, avec notamment Olivier Gourmet et Jalil Lespert ; et De l'or pour les chiens, le premier long d'Anna Cazenave Cambet qui avait été révélée à Cannes en 2016 avec son court Gabber lover.

Le cinquième et dernier film "labellisé" est britannique : After love de Aleem Khan, dont le court métrage Three Brothers avait été nommé aux BAFTA en 2014.

Côté courts métrages, beaucoup de promesses, et quelques noms déjà repérés ailleurs comme Aya Kawazoe (The elephant died, We don't go home), Jan Roosens & Raf Roosens (Copain sélectionné à Cannes en 2015), Teymur Hajiyev (The Wound, Shanghai, Baku, Salt, pepper to taste ) et Ismaël Joffroy Chandoutis (Ondes noires, Swatted).

Longs métrages labellisés

After love de Aleem Khan
De l'or pour les chiens d'Anna Cazenave Cambet
La Nuée de Just Philippot
Sous le ciel d'Alice de Chloé Mazlo
La Terre des hommes de Naël Marandin

Courts métrages labellisés

August 22, This Year de Graham Foy
Towards Evening de Teymur Hajiyev
Dustin de Naïla Guiguet
Forastera de Lucía Aleñar Iglesias
Good Thanks, You? de Molly Manning Walker
Humongous! de Aya Kawazoe
Maalbeek de Ismaël Joffroy Chandoutis
Marlon Brando de Vincent Tilanus
Menarca de Lillah Halla
White Goldfish de Jan Roosens et Raf Roosens

Retour sur la 66e édition du Festival de courts métrages d’Oberhausen

Posté par MpM, le 4 juin 2020

La situation sanitaire a au moins un avantage, celui de rendre accessible à tous un certain nombre d'événements et manifestations ayant choisi de passer en version dématérialisée. On a ainsi pu découvrir courant mai le Festival du court métrage d'Oberhausen (Allemagne) qu'il ne nous avait jamais été donné de couvrir. En préambule, évidemment, rien ne vaut l'expérience d'un festival physique, avec des séances en salles, et surtout des rencontres et des échanges à la fin de chaque journée (autour d'un verre, ou pas, chacun fait ce qu'il veut).

Mais même dans la solitude de son salon, cette 66e édition d'Oberhausen fut riche et captivante, minutieusement organisée pour une découverte on-line, avec des publications régulières de programmes disponibles pendant 48h et des courtes interviews venant éclairer la plupart des films en compétition. Elle fut surtout particulièrement inspirante pour tous ceux qui s'intéressent au cinéma sous toutes ses formes.

Car autant le dire tout de suite, la programmation d'Oberhausen ne ressemble pas exactement à celle de la plupart des festivals de courts métrages que l'on a l'habitude de fréquenter. Bien sûr, on y trouve plusieurs compétitions (internationale, allemande, et régionale, cette dernière étant consacrée aux films d'école), des focus sur des auteurs tels que Maya Schweizer et Philbert Aimé Mbabazi Sharangabo, de nombreux programmes jeunesse pour tous les âges, de 3 à 16 ans, mais surtout une grande quantité d'autres programmes proposant notamment des cartes blanches à des fonds d'archives spécialisés tels que Cyland Video Archive ou des distributeurs spécialisés dans le cinéma expérimental et les vidéos d'art tels que LIMA aux Pays-Bas, Filmform en Suède et Light Cone en France.

Une offre foisonnante et riche de films singuliers et "à la marge" qui était tout à fait au diapason d'une compétition internationale elle-même très axée sur des choix de cinéma audacieux. Se refusant résolument à être un simple best of des "meilleurs" courts des derniers mois (c'est-à-dire de ceux ayant déjà tourné partout), la compétition réunissait en effet un mélange hétéroclite et passionnant de films étranges et hors-normes mêlant documentaires conceptuels, installations vidéo, essais expérimentaux et recherches formelles radicales. La narration n'était pas forcément le maître mot de la majorité de ces oeuvres mais on y sentait un intérêt pour le geste de cinéma, une réflexion sur le médium, un regard privilégié porté sur l'instant.

Expériences immersives

Quelques films, notamment, amenaient le spectateur à faire l'expérience particulière, souvent immersive, presque physique, d'un lieu donné. C'est le cas de Chris Kennedy qui, dans The Initiation Well (Canada), descend à l'intérieur d'un puits d'initiation portugais et nous en fait éprouver la réalité circulaire, mouvante, presque floue, qui rend le lieu et ceux qui le visitent fantomatiques et insaisissables. On a le même sentiment face à Junkerhaus de Karen Russo (Allemagne) qui nous emmène dans la résidence de l'artiste Karl Junker. Méditation sur le lieu plus qu'explication sur sa construction, le film donne vie à ses étranges sculptures par des jeux de lumière et de projection.

Dans un style plus documentaire, mais toujours dénué d'explications superflues, A Thin Place de Fergus Carmichael (Royaume Uni) plonge le spectateur dans les célébrations du solstice d'été sur la colline de Glastonbury Tor (Angleterre) et lui fait vivre l'expérience d'une joyeuse communion collective sur fond de mythologie celtique et de nouvelles technologies. Josef Dabernig, lui, nous emmène chez le dentiste. Heavy Metal Detox (Autriche) est en effet un cauchemar éveillé pour ceux que l'idée même de la roulette met au supplice. Dans un noir et blanc glaçant, le film montre avec une distanciation ironique, mais malaisante, différents actes de chirurgie dentaire qui nous ont semblé intolérables (mais c'est très personnel).

Problématiques environnementales

D'autres thématiques plutôt classiques se dégageaient également de cette sélection, traitées elles-aussi sur un mode décalé, formaliste ou conceptuel. Plusieurs films abordaient par exemple des problématiques environnementales, à l'image de Extrañas Criaturas de Cristóbal León et Cristina Sitja (Chili), qui sous forme de conte, dans une esthétique rétro volontairement naïve et un style d'animation ouvertement artisanal, met en scène des animaux confrontés à la destruction de leur forêt par leurs voisins humains, contraints d'expliquer à ces "étranges créatures" ce qu'est le concept d'habitat.

Camera Trap de Chris Chong Chan Fui (Malaisie) met quant à lui en parallèle des images vieilles de plus de cent ans (celles du photographe et inventeur du zoopraxiscope Muybridge) et d'autres contemporaines, prises dans les forêts tropicales de Borneo. S'y côtoient ainsi des animaux confinés auxquels le procédé de Muybridge redonne le mouvement et d'autres surpris dans leur habitat naturel, saisis par l'indiscrétion de "pièges photographiques" se déclenchant automatiquement. Le film, qui était à l'origine une installation, met ainsi subtilement en parallèle la manière dont notre rapport aux animaux et à la nature en général a changé en l'espace d'un siècle.

Enfin, L’eau faux de Sverre Fredriksen et Serge Onnen (Pays-Bas) est une parabole sur le cycle de l'eau, observant et retranscrivant ce cycle dans sa dimension la moins naturelle possible, celle de l'eau en bouteille. Mélangeant prise de vues continue et animation, le film est un objet déroutant, tantôt abstrait, tantôt grotesque, qui questionne le paradoxe d'un élément constitutif du cycle naturel de la vie transformé en vulgaire bien de consommation.

Transmissions

Dans un autre registre, les questions de transmission, notamment de l'histoire commune des minorités éthniques, étaient elle aussi au centre de plusieurs films, tels que O Jardim Fantástico de Tico Dias et Fábio Baldo (Brésil), dans lequel une institutrice veut inciter ses élèves à renouer avec leurs racines et à découvrir les secrets d'une réalité cachée à travers le rituel de la consommation de Ayahuasca. Dans Oursons de Nicolas Renaud (Canada), c'est un Canadien natif qui témoigne de son existence dans la Réserve de Lorette, et de la manière dont les habitants (appartenant aux Hurons-Wendats) ont peu à peu été chassés par le gouvernement local au profit de "clubs" réservés aux élites.  A travers ses souvenirs et son expérience, il interroge la disparition progressive de l'identité de son peuple.

Le film ( ( ( ( ( /*\ ) ) ) ) ) de Saúl Kak et Charles Fairbanks (Mexique) observe quant à lui la vie dans un petit village du Chiapas où s'est réfugiée la communauté zoque suite à l’éruption du volcan Chichonal. Sans commentaires, mais avec un sens aigu du montage, le film nous plonge dans l'ambiance presque pittoresque des annonces publicitaires crachées par les hauts parleurs, sur fond de contexte électoral et de revendications liées à l'exil forcé de tout un peuple.

Le cinéma comme sujet

Il faut enfin relever la multiplicité des films portant un regard réflexif sur leur propre forme, et sur le média cinéma en général. On a déjà parlé de Camera trap de Chris Chong Chan Fui, qui juxtapose les procédés de Muybridge avec sa propre pratique consistant à animer image par image les photographies prises par des cellules automatiques posées telles des pièges dans les forêts de Borneo. We Still Have to Close Our Eyes de John Torres (Philippines) réunit des images prises dans les lieux et décors d'autres films en train de se tourner à Manille (ceux de Lav Diaz, Erik Matti, Dodo Dayao, Joel Ferrer et Dan Villegas), proposant une fiction étrange et fantomatique sur les dérives d'une application permettant à l'utilisateur de prendre le contrôle de véritables personnes, les dirigeant à sa guise comme des avatars de jeu vidéo. Une dystopie inquiétante dont toute ressemblance avec le régime autoritaire du président Dutertre n'est évidemment pas fortuite, doublée d'une plongée troublante dans les coulisses du cinéma philippin.

Hacer una Diagonal con la Música d'Aura Satz (Royaume Uni) est un documentaire que l'on pourrait qualifier de plus traditionnel, bien qu'il s'ouvre sur une porte qui grince. C'est un portrait fascinant de la compositrice électroacoustique argentine Beatriz Ferreyra qui explique, démonstration à l'appui, et avec humour, comment elle collectionne les sons, à la recherche de ceux dont elle aura un jour besoin pour recomposer un élément sonore particulier. Avec Patentti Nr. 314805, Mika Taanila (Finlande)  fait en quelque sorte écho à ces recherches sur le son, puisqu'il a exhumé des séquences tournées en 1914 par Eric Tigerstedt avec son invention alors révolutionnaire; le photomagnétophone permettant d'enregistrer les images et le son simultanément. La guerre l'a malheureusement empêché de voir reconnaître son procédé. Ce que l'on voit dans Patentti Nr. 314805, ce sont des ondes noires matérialisant les voix et les bruits qui nous parviennent du passé, de manière désormais banale, tant nous y sommes habitués, et en réalité comme par miracle.

Enfin, A Month of Single Frames de Lynne Sachs, qui a d'ailleurs remporté le Grand Prix du Jury, est un dialogue à travers le temps entre les images tournées par la réalisatrice Barbara Hammer lors d'une résidence de réalisation en 1998 et le travail effectué sur ces images par la réalisatrice Lynne Sachs vingt ans plus tard, à la demande de Barbara Hammer qui était malade. Le film mêle les recherches expérimentales de Barbara Hammer, le journal tenu par la cinéaste à l'époque, et qu'elle lit en voix-off, mais aussi des scènes contemporaines et des commentaires de Lynne Sachs ajoutés directement sur l'image. La nature joue un rôle primordial dans ces images, gorgées de soleil et de couleurs, mais aussi de la simplicité chère à Barbara Hammer. On sent en filigrane le temps qui passe, et la solitude à la fois féconde et mélancolique de la créatrice. On comprend pourquoi le jury a été séduit par la combinaison des recherches formelles de Barbara Hammer et du regard porté a posteriori sur son travail, proposant un duo à deux voix à vingt ans d'écart.

[We miss Cannes] Côté Courts #4 : Le sens de la vie

Posté par MpM, le 24 mai 2020

On achève ce petit tour d'horizon des courts métrages passés par la Croisette avec une thématique existentielle et introspective. Si le cinéma s'intéresse toujours plus ou moins au monde, à l'existence et au reste, certains films sont plus précisément des interrogations concrètes et métaphysiques sur le sens de la vie.

C'est le cas de l'insolent et cynique Decorado d'Alberto Vazquez (Quinzaine des Réalisateurs 2016), qui dévoile un univers peuplé de créatures animales tout en rondeur, en apparence mignonnes et inoffensives, mais en réalité dépressives et névrosées, aux prises avec une existence malsaine et dysfonctionnelle. Le personnage principal, dès le départ, dévoile sa plus grande crainte : et si son monde n'était qu'un décor ? Les scènes sombres, décalées et non dénuées d'absurdité se succèdent ensuite à un rythme lancinant et malaisant. Le spectateur hésite entre un rire cathartique et l'angoisse de ne que trop se reconnaitre dans ce portrait au vitriol d'une société d'artifices et de faux semblants.

Sur une note plus positive, Garri Bardine propose dans Listening to Beethoven (Quinzaine des Réalisateurs 2016 également) une parabole sur la nécessité d'être libre pour se sentir vivant. Dans une société dystopique et déshumanisée, des robots coupent et détruisent sans relâche toute manifestation d'une vie sauvage : le moindre brin d'herbe, la plus petite pousse, le plus timide bourgeon sont ainsi condamnés à une mort immédiate. Malgré tout, la nature ne cesse de lutter pour ses droits, et finit par triompher de la plus belle des manières.

Dans Limbo de Konstantina Kotzamani, une bande d'enfants est confrontée à la fois à une baleine échouée et à un jeune garçon albinos. Dans les deux cas, ils s'interrogent afin de savoir si ces deux êtres sont vivants ou morts. Et le film de nous emporter dans un récit sensoriel et hypnotique, à la beauté sidérante, qui flirte avec les grandes peurs millénaires et les interrogations qui taraudent l'être humain depuis la nuit des temps.

Enfin, petit bonus de ce dernier programme en hommage à Cannes, et en attendant de vous parler des courts métrages qui auraient dû faire leur première sur la croisette cette année, impossible de ne pas penser à Min Borda (The Burden) de Niki Lindroth von Bahr (Quinzaine des Réalisateurs 2017), comédie musicale animalière en stop motion dans laquelle des poissons solitaires, des singes travaillant dans un centre d'appel et des souris employées de fast-food chantent leur mal de vivre. Entre dérision hilarante et constat terrifiant, il nous renvoie le terrible miroir d'une société où plus rien ne tourne rond. Disponible uniquement en VoD, mais on vous promet que l'expérience vaut le détour !

Pour découvrir notre mini-programme en ligne :

Decorado d'Alberto Vasquez 2016 QR
Listening to Beethoven de Garri Bardine
Limbo de Konstantina Kotzamani
Min Borda de Niki Lindroth von Bahr

Et pour retrouver nos trois premiers programmes, c'est par ici, par là et encore par là !

[We miss Cannes] Côté Courts #3 : Quatre instantanés de la jeunesse

Posté par MpM, le 21 mai 2020

Pour ce troisième volet consacré aux courts métrages cannois, un thème incontournable et même un peu tarte à la crème : la jeunesse. Qu'il se décline sous forme de coming of age, de teen movie, de portrait intime ou d'instantané d'une génération, il semble représenter un court métrage sur deux, et mettre d'accord les réalisateurs de tous les pays. Pas si étonnant quand on réalise qu'observer l'enfance, l'adolescence et le début de l'âge adulte, et surtout les phases de transition entre chaque époque, s'avère souvent assez fascinant. Peut-être parce que cela permet aux sélectionneurs que nous sommes de garder un contact avec les jeunes générations. Ou tout simplement que cela nous rappelle une période de notre vie de plus en plus lointaine...

Pour les réalisateurs, c'est plus ou moins la même chose : les plus jeunes parlent de ce qu'ils connaissent, de sensations et de situations qu'ils viennent à peine de quitter. Les autres renouent avec leur passé, ou s'interrogent sur cet âge si particulier et si mouvant, qui ne cesse d'évoluer avec les époques.

Pour commencer notre voyage, on part aux Etats-Unis avec Too cool for School de Kevin Phillips, sélectionné à la Semaine de la Critique en 2015 (réservé à un public adulte). Un ado apathique, plus préoccupé par le fait de coucher avec sa petite amie que par ses études, décide de sécher le lycée. De retour chez lui, un étrange phénomène le confronte à sa vraie personnalité, et le masque du jeune cool et sûr de lui tombe brutalement. Le film, lui, bascule du teen movie propret vers le cauchemar éveillé qui met en lumière avec brio les angoisses et l'ambivalence du personnage.

On passe ensuite à un grand classique du court métrage cannois, C’est gratuit pour les filles du duo Marie Amachoukeli - Claire Burger, présenté en 2009 à la Semaine de la Critique. On y suit Laetitia qui s'apprête à passer son brevet professionnel de coiffure et rêve d'ouvrir un salon avec sa meilleure amie Yeliz. Mais une vidéo diffusée largement sur internet vient tout remettre en cause. Dans le style documentaire qui est le leur, les deux réalisatrices se penche sur un véritable fléau moderne, accentué par la prédominance des réseaux sociaux, la diffusion en ligne de vidéos intimes. Le film, malheureusement toujours extrêmement d'actualité, suit avec pudeur et justesse le parcours de Laetitia, dont il réaffirme le droit de faire ce qu'elle veut de son corps, n'en déplaise à la fois aux moralistes hypocrites et aux harceleurs décomplexés.

Troisième étape de cette sélection, Selva de Sofía Quirós Ubeda nous emmène au Costa Rica, sur la presqu'île de Tortuguero, aux côtés de la jeune Selva qui observe son monde en train de disparaître. La réalisatrice tisse un récit lumineux et doux sur la fatalité des départs et des séparations, où même la nostalgie a quelque chose de joyeux. Il faut accepter de lâcher prise devant cette histoire qui nous parvient depuis les origines du monde, transcendant l'espace et le temps pour nous parler de ce qui nous fait grandir et apprendre.

Enfin, notre programme se termine en beauté, comme en apothéose, avec le flamboyant court métrage d'Agnès Patron, L'Heure de l'ours, sélectionné en compétition officielle l'an passé. Les lecteurs assidus d'Ecran Noir connaissent déjà ce succès incontournable de 2019, qui raconte, dans des éclats de rouge et de vert sur fond noir, le combat immémorial des enfants pour gagner leur liberté et s'affranchir des adultes. Au-delà de sa force d'évocation et de sa beauté singulière, le film est comme le symbole du mouvement de flux et de reflux qui oscille entre l'attachement à l'enfance et le désir de lui échapper.

Pour découvrir notre mini-programme en ligne :

Too cool for school de Kevin Phillips
C'est gratuit pour les filles de Marie Amachoukeli et Claire Burger
Selva de Sofía Quirós Ubeda
L'heure de l'ours d'Agnès Patron

Et pour retrouver nos deux premiers programmes, c'est par ici et par là !

[We miss Cannes] Côté Courts #2 : la famille dans tous ses états

Posté par MpM, le 18 mai 2020


Pour ce deuxième rendez-vous consacré aux courts métrages cannois, nous vous proposons d'explorer un thème inépuisable, atemporel et universel, celui de la famille. Généralement dans tous ses états, la cellule familiale est un sujet privilégié du format court, en partie notamment parce que les jeunes réalisateurs ont tendance à parler de ce qu'ils connaissent, et à faire de leurs proches leurs premiers personnages, de fiction comme de documentaire.

Du côté du spectateur, on est aussi en terrain connu. Les histoires de famille suscitent facilement l'empathie, voire une forme de résonance avec le vécu de celle ou celui qui regarde. Qu'elles soient fonctionnelles ou dysfonctionnelles, aimantes ou conflictuelles, barrées ou austères, elles nous renvoient souvent comme un miroir (plus ou moins déformant) le reflet de nos propres relations familiales.

Nous commencerons cette promenade impromptue avec une palme d'or venue d'Australie : All these creatures de Charles Williams, présenté sur la Croisette en 2018. Raconté en voix-off à la première personne, le film met en scène un adolescent qui tente de reconstituer les conditions particulières de l'effondrement mental de son père, lié à une épidémie mystérieuse et à une invasion d'insectes. Ce qui frappe dans ce récit très resserré et introspectif, c'est l'élégance de l'image alliée à une approche qui emprunte beaucoup aux codes documentaires (caméra à l'épaule, immersion avec les personnages, récit en off a posteriori). Tout concourt pour que l'on soit véritablement au plus près du narrateur, assistant avec lui, à la transformation du père connu et aimé en un individu aux réactions imprévisibles et déconcertantes.

Ce sera ensuite au tour d'Ena Sendijarevic de nous emmener au sein d'une famille bosniaque fraîchement arrivée dans un petit village des Pays-Bas, tentant chacun à sa manière de s'approprier ce nouveau monde. Dans son court métrage Import (Quinzaine des Réalisateurs 2016), on suit tour à tour la mère qui travaille comme femme de ménage dans un EHPAD, le père qui essaye de faire fonctionner la télévision et les deux filles qui ont une manière bien à elles de s'intégrer dans leur nouvelle école. De situations absurdes en moment d'émotion feutrée, le film raconte avec auto-dérision et tendresse les difficultés, surprises et petites joies qui attendent tout réfugié en train de se familiariser avec sa nouvelle patrie. A noter que la réalisatrice était de retour à Cannes en 2019 avec son premier long métrage, Take me somewhere nice, présenté à l'ACID.

On termine ce programme court (mais intense) avec un documentaire singulier, primé à la Quinzaine en 2017 : Retour à Genoa City, dans lequel Benoît Grimalt a l'étrange mais excellente idée d'interroger son histoire familiale à travers celle de la série Les feux de l'amour, championne de longévité télévisuelle. Le réalisateur se penche donc sur les relations que sa grand-mère et  son grand-oncle, "Mémé "et "Tonton Thomas", entretiennent avec ce soap opera interminable et foisonnant S'il décortique habilement les chimères d’une saga qui ne raconte rien, et reflète même une certaine vacuité faite d'émotions perpétuellement renouvelées et filmées en gros plans, il crée surtout l'émotion en dressant en creux le portrait de sa propre famille, originaire d'Italie, et qui a vécu en Algérie avant de s'installer à Nice. Les parallèles entre les protagonistes de la série et "Mémé" et "Tonton Thomas" ont une saveur particulière, à la fois humoristique et mélancolique, et renvoient le spectateur à son propre récit familial, construit lui-aussi d'éléments concrets et de vapeurs venues de Genoa city ou d'ailleurs.

Pour découvrir notre mini-programme en ligne :

All these creatures de Charles Williams
Import de Ena Sendijarevic
Retour à Genoa city de Benoit Grimalt

Et pour découvrir notre premier programme consacré aux amours possibles et impossibles, c'est par ici !