Annecy 2019: J’ai perdu mon corps triomphe

Posté par redaction, le 15 juin 2019

Un mois après son grand prix à la Semaine de Critique, le film d'animation J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin triomphe au Festival International du film d'Annecy. Le film, qui sortira en salles en novembre chez Rezo films (et sur Netflix dans une grande partie du reste du monde), confirme la bonne année du cinéma d'animation français, puisque le Cristal du court métrage (Mémorable, également prix du public dans sa catégorie) et le Cristal de la meilleure œuvre en réalité virtuelle sont aussi décernés à un film français. J'ai perdu mon corps a gagné aussi bien le Cristal du long métrage, la Palme d'or de l'animation, que le prix du public.

Longs métrages
Cristal du long métrage : J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin (France)
Mention du jury : Buñuel après l'âge d'or de Salvador Simo (Espagne / Pays-Bas)
Prix contrechamp : Away de Gints Zilbalodis (Lettonie)
Prix du public : J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin (France)

Courts métrages
Cristal du court métrage : Mémorable de Bruno Collet (France)
Prix du jury : Tio Tomás - A contabilidade dos dias de Regina Pessoa (Canada / France / Portugal)
Prix "Jean-Luc Xiberras" de la première oeuvre : La Pluie de Piotr Milczarek (Pologne)
Mention du Jury : Pulsión de Pedro Casavecchia (Argentine / France) - My Generation de Ludovic Houplain (France)
Prix du public : Mémorable de Bruno Collet (France)

Courts métrages de fin d'études :
Cristal du film de fin d'études : Daughter de Daria Kashcheeva (République tchèque)
Prix du jury : Rules of play de Merlin Flügel (Allemagne)
Mention du jury : These Things in My Head – Side A de Luke Bourne (Royaume-Uni)

Réalité virtuelle
Cristal de la meilleure oeuvre : Gloomy Eyes de Jorge Tereso et Fernando Maldonado (Argentine / France)

Courts métrages "Off-Limits" :
Prix du film "Off-Limits" : Don't Know What de Thomas Renoldner (Autriche)

Films de télévision et de commande :
Cristal pour une production TV : Panique au village "La Foire agricole" de Vincent Patar et Stéphane Aubier (Belgique)
Prix du jury pour une série TV : Le Parfum d’Irak "Le Cowboy de Fallujah" de Léonard Cohen (France)
Prix du jury pour un spécial TV : La vie de château de Clémence Madeleine-Perdrillat et Nathaniel H'Limi (France)
Cristal pour un film de commande : Ted-Ed "Accents" de Roberto Zambrano (Australie, Etats-Unis)
Prix du jury : #TakeOnHistory "Wimbledon" de Smiths and Foulkes

Prix André Martin :
Pour un long métrage français : Le procès contre Nelson Mandela et les autres de Nicolas Champeaux et Gilles Porte
Pour un court métrage français : Mon juke-box de Florentine Grelier
Mention pour un court métrage français : Flow de Adriaan Lokman

Le Très court international Festival est de retour !

Posté par MpM, le 7 juin 2019

Vous ne pourrez pas dire que vous n'avez pas le temps pour le Très court international Festival puisque sa particularité est de présenter des films d'une durée inférieure à 4 minutes !

La manifestation, qui met à l'honneur depuis plus de vingt ans ce format "qui va droit au but", se déroule cette année simultanément dans 15 villes en France (Cluny, Paimpol, Fort-de-France...) et 65 dans le monde (Montréal, Santiago, Shanghai, Ankara, Mumbai...).

En tout, une centaine d’œuvres sont sélectionnées, réparties en deux compétitions (internationale et "paroles de femmes") et trois sélections thématiques (familiale, "Trash 'n' Glam" et française).

C'est le réalisateur Michel Hazanavicius qui présidera le jury composé de la comédienne Alice David, le producteur Justin Pechberty, la cheffe décoratrice Anne Seibel, le compositeur Mathieu Lamboley, la directrice de rédaction du magazine Causette Isabelle Motrot et les journalistes Estelle Martin et Louis Haeffner.

Par ailleurs, une 3e compétition est créée cette année avec le soutien du CNC : le Défi 48h qui invite les réalisateurs à "brandir leur caméra en faveur de la planète", le tout en 48h chrono, du vendredi 7 juin 19h au dimanche 9 juin à la même heure.

A noter que le Très court international festival sera de passage à Paris les 15 et 16 juin, au Forum des images.

------------------

Très court international festival, 21e édition
Du 7 au 16 juin, partout dans le monde
Infos et programme sur le site de la manifestation

La cinéaste engagée Yannick Bellon est morte (1924-2019)

Posté par vincy, le 3 juin 2019

La cinéaste et productrice Yannick Bellon est morte dimanche 2 juin à l'âge de 95 ans.

Auteure de huit longs métrages et d’une dizaine de courts, cette pionnière du cinéma au féminin était aussi considérée comme une réalisatrice féministe, abordant des sujets sociétaux, du cancer du sein à la bisexualité à travers des personnages féminins qui renaissent et retrouvent toujours le goût à la vie.

Née à Biarritz le 6 avril 1924, après un passage par l'Idhec (devenu la Femis), dans la même promotion qu'Alain Resnais, elle réalise son premier film en 1948, Goémons, documentaire censuré en France pour cause « d’image négative du pays », mais qui obtient le grand prix du documentaire à Venise.

Elle tourne ensuite plusieurs autres documentaires et courts-métrages, comme Colette, sur la vie de l'écrivaine, avec la participation de celle-ci, Varsovie quand même, sur la renaissance de la ville après la guerre, Un matin comme les autres avec Simone Signoret et Yves Montand, Le bureau des mariages avec Michael Lonsdale et Pascale de Boysson.

Ce n’est qu’en 1972 qu’elle réalise son premier long-métrage, Quelque part quelqu'un, avec Roland Dubillard et sa soeur Loleh Bellon, drame romantique sur le désenchantement et la désillusion, suivi de La femme de Jean, primé à San Sebastian, avec Claude Rich et le tout jeune Hippolyte Girardot, portrait d’une mère monoparentale qui reprend sa vie en main, et de Jamais plus toujours, avec Bulle Ogier, Loleh Bellon et Bernard Giraudeau.

En 1978, Yannick Bellon créé un choc avec L’amour violé, histoire filmée crument d’un viol collectif avec Nathalie Nell, Daniel Auteuil et Pierre Arditi. Une fois de plus la femme est la victime, et, en portant plainte, trouve la clef pour sa renaissance. Ce sera son plus grand succès (1,9 million d’entrées), porté par les passions qui se déchainent autour de ce film qui choque et malgré une interdiction aux moins de 13 ans à l’époque.

Dans L’amour nu, trois ans plus tard, avec Marlène Jobert, elle aborde le cancer du sein. La cinéaste se penche sur le masculin avec La triche en 1984, où Victor Lanoux, inspecteur et père de famille tombe amoureux de Xavier Leduc (nommé aux César pour ce film), jeune musicien. Un polar homosexuel où l’on croise aussi Anny Duperey, Michel Galabru, Roland Blanche, et Valérie Mairesse. En 1989, elle s’attaque à la drogue et à la délinquance dans Les enfants du désordre, avec Emmanuelle Béart (nommée aux César) dans le rôle principal, une jeune toxico qui se détache de ses addictions à sa sortie de prison en rejoignant une troupe théâtrale.

Trois ans plus tard, elle signe son dernier film, L'affût, avec Tchéky Karyo en instituteur écolo qui veut créer une réserve ornithologique.

Depuis, elle n’a plus rien filmé. Son empathie pour les exclus ou les marginaux, son humanisme qui transpire dans chacun de ses personnages s’est effacé. Son cinéma de combat, engagé et toujours sensible, a disparu.

Cannes 2019 : Céline Sciamma décroche la Queer Palm avec Portrait de la jeune fille en feu

Posté par wyzman, le 25 mai 2019

C’était l’un des événements les plus attendus hier soir, l’annonce des lauréats de la 10e édition de la Queer Palm.

Un palmarès logique

Et c’est donc au film de Céline Sciamma Portrait de la jeune fille en feu qu’est revenu la Queer Palm, le prix qui, depuis 2010, a pour ambition de récompenser les films qui traitent intelligemment d’une thématique altersexuelle. Porté par Adèle Haenel et Noémie Merlant, Portrait de la jeune fille en feu traite de l’intense complicité qui se crée entre une peinture et jeune femme qui vient de sortir du couvent et s’apprête à se marier. C'est la première fois qu'une réalisatrice remporte ce prix et la troisième fois que la Queer Palm distingue un film de la compétition.

Parmi les autres films en compétition, on trouvait notamment Douleur et gloire de Pedro Almodóvar, Roubaix, une lumière d’Arnaud Desplechin, Matthias et Maxime de Xavier Dolan, Rocketman de Dexter Fletcher, Port Authority de Danielle Lessovitz ou encore And Then We Danced de Levan Akin.

Côté courts métrages, le jury 2019 a par également récompensé Vasilis Kekatos pour La distance entre le ciel et nous, film proposé en sélection officielle.

Pour rappel, le jury de cette 10e édition était présidé par l’actrice Virginie Ledoyen et composé par Claire Duguet (directrice de la photographie), Kee Yoon Kim (actrice), Filipe Matzembacher (réalisateur) et Marcio Reolon (réalisateur). Lors des éditions précédentes, ce sont Girl de Lukas Dhont, 120 battements par minute de Robin Campillo et Les Vies de Thérèse de Sébastien Lifshitz qui ont raflé le prix en ce qui concerne les longs métrages. Chez les courts, The Orphan de Carolina Markowicz et Les Îles de Yann Gonzalez sont les lauréats les plus récents.

Cannes 2019: pour la première fois un court français remporte le premier prix de la Cinéfondation

Posté par vincy, le 23 mai 2019

Claire Denis et son jury a annoncé le Palmarès de la 22e édition de la Cinéfondation.

La Sélection comprenait 17 films d’étudiants en cinéma. Le lauréat du premier prix a également l’assurance que son premier long métrage sera présenté au Festival de Cannes.

Premier Prix, doté de 15 000 €: Mano a Mano, de Louise Courvoisier (CinéFabrique, France). Ce court-métrage de 23 minutes raconte l'histoire de Abby et Luca, un couple d’acrobates de cirque, qui vont de ville en ville pour se produire sur scène. Leur relation amoureuse se dégrade. Le temps d’un voyage en camping-car jusqu’à la prochaine salle de spectacle, ils vont devoir affronter leurs problèmes et tenter de regagner confiance l’un en l’autre. La Cinéfrabrique est une école supérieure de cinéma et de multimédia basée à Lyon. C'est la première fois qu'un film français remporte le premier prix depuis sa création en 1998.

Deuxième Prix, doté de 11 250 €: Hieu de Richard Van (CalArts, États-Unis)

Troisième Prix, doté de 7 500 €, ex-aequo : Ambience de Wisam Al Jafari (Dar al-Kalima University College of Arts and Culture, Palestine) et Duszyczka de Barbara Rupik (PWSFTviT, Pologne).

Les films primés seront projetés au Cinéma du Panthéon le 28 mai à 18h00.

Cannes 2019: un film d’animation couronné à la Semaine de la Critique

Posté par vincy, le 22 mai 2019

La 58e Semaine de la Critique s'est achevée ce soir avec son palmarès. Pour la première fois, le jury de la sélection, présidé par le cinéaste colombien Ciro Guerra a distingué un film d'animation pour le Grand Prix Nespresso. J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin a été la sensation de la Semaine. Le film, distribué par Rezo Films et qui sortira le 6 novembre dans les salles, est l'adaptation d'un livre de Guillaume Laurent: Naoufel y tombe amoureux de Gabrielle tandis que, plus loin, une main coupée s’échappe d’un labo, bien décidée à retrouver son corps. Une cavale vertigineuse à travers la ville, semée d’embûches et des souvenirs de sa vie jusqu’au terrible accident, va se terminée d’une façon poétique et inattendue.

Les autres prix de la Semaine ont récompensé l'acteur Ingvar E. Sigurðsson vu dans A White White Day de l'islandais Hlynur Pálmason (Prix Fondation Louis Roederer de la Révélation Masculine), César Diaz, auteur de Nuestras Madres (Prix SACD), She Runs de Qiu Yang (Prix Découverte Leitz Cine du court métrage), Sans mauvaise intention d'Andrias Høgenni (Prix Canal + du court métrage).

Le distributeur français The Jokers, a obtenu le Prix Fondation Gan à la Diffusion pour Vivarium de Lorcan Finnegan.

Cannes 2019 : Qui est Jérémy Clapin ?

Posté par MpM, le 17 mai 2019

Voilà déjà quinze ans que Jérémy Clapin construit sur grand écran une œuvre singulière et atypique dont les récits mettent souvent en scène des êtres à part, des personnages "différents". Cet ancien étudiant aux Arts décos a lui-même un profil inhabituel, ne serait-ce que parce qu’il a été professeur de tennis à mi-temps pendant et à l’issue de ses études, pour s’assurer une certaine liberté. Il a aussi choisi de ne pas compléter sa formation par une école spécialisée en animation, et de ne pas non plus réaliser de film de fin d’études.

C’est grâce au festival d’Annecy, et plus précisément de ses différentes sélections de courts métrages qu’il découvre la richesse et la diversité du cinéma d’animation, mais aussi les multiples manières de raconter une histoire. "Ça m’a marqué", expliquait-il en 2009 au magazine Format Court. "J’aimais beaucoup le dessin, j’avais aussi envie de raconter des histoires, tout seul."

C’est pourquoi il n’hésite pas lorsqu'on lui propose de réaliser son premier court métrage trois ans après avoir fini les Arts décos. Ce sera Une histoire vertébrale, l’histoire d’un homme qui a la tête basculée vers l’avant, le regard rivé au sol, et qui cherche l’amour. Un récit simple, muet, aux teintes plutôt ternes et sombres, qui mélange avec brio une forme d’humour décalé et une profonde mélancolie.

Quatre ans plus tard, il réalise Skhizein, qui est sélectionné à la Semaine de la Critique. Cette fois, le personnage central est Henri, un homme frappé de plein fouet par une météorite de 150 tonnes. Il raconte en voix off comment ce choc l’a décalé d'exactement 91 centimètres par rapport à là où il devrait être. Là encore, on est face à un récit singulier qui hésite entre le rire et le malaise, la légèreté et la chape de plomb de la maladie mentale. Esthétiquement, la palette graphique reste extrêmement désaturée, dans des camaïeux de noir, de gris et de beige. Le film est nommé au César du meilleur court métrage et reçoit de nombreux prix internationaux.

En parallèle, le réalisateur continue de travailler dans l’illustration, et signe quelques films publicitaires, dont l’amusant Good vibration pour les assurances Liberty Mutual en 2009, dans lequel des employés de bureau s’amusent des différentes chutes provoquées par les vibrations d’un marteau-piqueur sur un chantier.

En 2012, il propose un nouveau court métrage, Palmipedarium, qui connaît lui aussi un beau succès en festival. On y voit un petit garçon qui accompagne son père à la chasse aux canards, avant de faire la rencontre d’une étrange créature déplumée qui semble aspirer à l’envol. Un film à la fois touchant et glaçant, qui crée une atmosphère presque anxiogène avec seulement quelques plans muets et elliptiques.

On ne peut donc pas dire que l’on ait été franchement surpris de découvrir que J'ai perdu mon corps, son premier long métrage, s’intéresse à une main séparée de son corps, qui entreprend tout un périple pour le retrouver. Cette adaptation du roman Happy Hand de Guillaume Laurant s’annonce comme une œuvre mélancolique à l’esthétique assez réaliste, alliée à une tonalité tour à tour onirique, romantique et épique.

Comme un retour aux sources, c’est à la Semaine de la Critique que ce film ambitieux et atypique connaîtra sa première mondiale, apportant sur la Croisette une vision de l’animation qui n’y a pas souvent sa place, car à la fois intimiste et épurée, déconnectée de tout "grand" sujet historique ou d’actualité, et clairement à destination d’un public adolescent et adulte. Triplement immanquable, donc.

Cannes 2019 : Qui est Mati Diop ?

Posté par MpM, le 16 mai 2019

Les fées qui se sont penchées sur le berceau de Mati Diop ne manquaient ni de bienveillance ni de discernement. La jeune femme, fille du musicien Wasis Diop, a en effet croisé sur son chemin Claire Denis, Sharunas Bartas, et surtout Djibril Diop Mambéty, le grand cinéaste sénégalais qui n’est autre que son oncle. Même si elle explique l’avoir peu connu, c’est lui qui semble avoir guidé ses premiers pas de cinéaste, en lui inspirant le film Mille soleils qui l’a révélée.

Flash back. En 2008, Mati Diop joue la fille d’Alex Descas dans 35 Rhums de Claire Denis. Elle vient de passer plusieurs semaines dans le studio de Sharunas Bartas près de Vilnius, expérience "romanesque" mais "chaotique", et pourtant "très forte et très enrichissante", et a d’ores et déjà compris que le cinéma est son destin. Coïncidence, 2008 est le 10e anniversaire de la mort de Djibril Diop Mambéty, et la future cinéaste réalise le poids de cet oncle réalisateur dans le cinéma mondial.

"Mesurer cette absence a alimenté le besoin de me retourner sur mon histoire et sur mes origines cinématographiques", expliquait-elle aux Inrocks en 2014. "Je me mets à parler de mon oncle avec mon père et je constate que lui-même a besoin d’en parler. On évoque beaucoup Djibril, ses films, et je me suis concentrée sur Touki Bouki [le premier film du cinéaste sénégalais, qui avait été présenté à la Quinzaine des réalisateurs en 1973. Il raconte le rêve des deux personnages principaux de partir en France, et leurs combines pour trouver l’argent du voyage.] Mon histoire familiale m’a été transmise comme une légende, quelque chose de très romanesque et, d’emblée, elle s’inscrivait dans de la fiction. Et quand j’ai su que les acteurs de Touki Bouki ont suivi la même trajectoire que leurs personnages, j’ai su qu’il y avait un film : un dialogue avec Touki Bouki et avec mon histoire familiale." Mati Diop décide alors d’aller à Dakar, de retrouver les comédiens, et notamment l’acteur principal Magaye Niang, pour renouer avec le film, et le faire dialoguer avec le sien.

Elle mûrira ensuite le projet pendant cinq ans, passant entre temps par l’excellente école nordiste du Fresnoy, et tournant plusieurs courts métrages dont Atlantiques, un documentaire sur un jeune homme de 20 ans qui s’apprête à tenter la traversée de l’Atlantique pour rejoindre l’Europe. Repéré au Festival "Cinéma du Réel" du Centre Pompidou en 2010, il y reçoit une mention spéciale, mais aussi le Tigre du meilleur court métrage à Rotterdam.

Mati Diop n’en a pas fini avec le sujet, et y reviendra d’ailleurs presque dix ans plus tard dans son premier long métrage. Mais avant cela, elle termine le projet consacré à son oncle : ce sera le moyen métrage Mille soleils, mélange de documentaire et de fiction, pensé comme une enquête intime à la fois dans l’histoire familiale de la réalisatrice et dans celle de son personnage principal Magaye Niang. Le film reçoit plusieurs récompenses dont le Grand Prix à Marseille, et le prix du moyen métrage à Amiens. Il reçoit surtout un immense succès critique, et bénéficie d’une sortie en salles en avril 2014.

Cinq ans plus tard, Mati Diop fait donc son entrée dans la compétition cannoise, avec un premier long métrage longtemps intitulé La prochaine fois, le feu, et qui s’appelle désormais plus prosaïquement Atlantique, en écho au court métrage du début des années 2010 dont il est en quelque sorte le prolongement. La réalisatrice y revient sur le sujet de l’exil et des dangers de la traversée, à travers une intrigue qui se déroule à Dakar. Sans star et sans fard, ancré dans une réalité humaine forte, c'est a priori l'un des films les plus excitants de la sélection.

Cannes 2019 : Qui est Ladj Ly ?

Posté par MpM, le 15 mai 2019

Ce sera pour beaucoup l’une des révélations de ce 72e festival de Cannes. Ladj Ly, 41 ans, entre en compétition avec son premier long métrage, Les Misérables, qui réunit Damien Bonnard, Alexis Manenti et Djibril Zonga en membres de la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil (Seine Saint-Denis), et suscite une certaine forme de curiosité, quand ce n’est pas d’enthousiasme. Et c’est vrai qu’on se réjouit de découvrir, sur la Croisette qui plus est, le passage au long de celui qui est très loin d’être un inconnu.

Tout commence au milieu des années 90, avec la création du collectif Kourtrajmé dont le but est de tourner clips et courts métrages avec les moyens du bord, l’énergie de la jeunesse et la foi des autodidactes. Aux côtés de Kim Chapiron, Romain Gavras ou encore Toumani Sangaré, Ladj Ly est l’un des membres fondateurs du collectif qui pose notamment ses caméras à la cité des Bosquets à Montfermeil. Kourtrajmé, qui réunit peu à peu jusqu’à 134 membres, autoproduit de nombreux courts métrages et clips imprégnés de culture urbaine.

On retrouve Ladj Ly en 2005 à l’affiche de Sheitan de Kim Chapiron, puis derrière la caméra à nouveau pour le documentaire 365 jours à Clichy-Montfermeil, qui capte les émeutes de 2005. Peu après, il s’adonne à la pratique du "cop watch", c’est-à-dire le fait de suivre des policiers pendant leurs interventions. "Dès que j’arrivais, ça calmait tout le monde, autant les flics que les jeunes", se souvient-il. En 2008, la vidéo d’une bavure policière qu’il met en ligne aboutit même à une enquête suivie d’une condamnation. La force des images, encore. Pas difficile d’imaginer qu’il tire de ces faits réels l’inspiration pour ses films suivants.

Après un autre documentaire, 365 jours au Mali (son pays natal), 2017 est sa grande année, celle qui lui vaudra deux nominations aux César l’année suivante. D'un côté pour le documentaire A voix haute, la force de la parole, qu’il coréalise avec Stéphane de Freitas, et de l’autre pour son propre court métrage Les Misérables, qui constitue en quelque sorte la genèse du long métrage du même nom. Un film tendu, anxiogène, qui décortique les mécanismes d’une bavure policière dans la cité des Bosquets à Montfermeil, tout en captant l’ambiance de la cité.

Le film passe à côté du César, mais il avait reçu le prix Canal + l’année précédente à Clermont)Ferrand, ce qui a suffi pour alerter les professionnels : talent définitivement à suivre. Il n’aura pas fallu attendre longtemps. Immédiatement sous le feu des projecteurs, le réalisateur (qui a entre temps créé une école de cinéma gratuite et ouverte à tous en Seine Saint Denis), investit Cannes avec un long métrage au titre tout aussi hugolien que le précédent (l’écrivain était d’ailleurs nommément cité dans le préambule du court), tourné avec un calendrier et un budget serrés, sans l’aide du CNC. D'où l'impression que cette sélection a un goût de revanche autant que de victoire. Car pour le film, quel que soit le résultat de cette présentation sur la Croisette, le pari est déjà plus que gagné.

3 raisons d’aller voir Tous les dieux du ciel de Quarxx

Posté par kristofy, le 15 mai 2019

Le pitch : Simon, trentenaire, travaille à l’usine et vit reclus dans une ferme décrépite. C’est un homme solitaire, en charge de sa sœur Estelle, lourdement handicapée à la suite d’un jeu qui a mal tourné dans leur enfance. Malgré ses remords et l’agressivité du monde environnant, Simon garde au plus profond de sa chair le secret espoir de sauver sa sœur en la libérant de la pesanteur terrestre. Et si leur salut venait des cieux ?

On avait déjà pu voir le court-métrage de Quarxx Un ciel bleu presque parfait, avec une ambiance étrange et quelques scènes qui mettait mal à l’aise, et même un final où on pouvait douter de ce qui était réel ou pas… Ce court était tellement riche qu’il y avait matière à un long-métrage. C’était d’ailleurs l’intention de Quarxx : trouver des financements pour un long. Le film est maintenant en salles ce 15 mai 2019, avec quelques variations et des ajouts de personnages. Tous les dieux du ciel est une perle rare qui va vous bousculer.

Un film français détonnant
Les personnages ont des ‘gueules’ de terroir; les décors que sont la maison entourée de champs, l'usine, le garage illustrent une ruralité qui change des comédies parisiennes dans des appartements huppés. Le films est porté par un Jean-Luc Couchard, habité par son personnage : il nous avait habitués à ses rôles de Belge rigolo et expansif, mais ici il se 'DanielAuteuilise' en livrant une interprétation surprenante de taciturne, entre ruminements intérieurs et accès de colère. Tous les dieux du ciel parvient à explorer plusieurs univers. C'est autant un polar campagnard qu'une possible proposition de fantastique et surtout une tragédie familiale. Un film qui joue sur autant de registres n'a pas été vu depuis longtemps...

Entre trauma et culpabilité...
La racine de l'histoire est un jeu d'enfance qui a provoqué un tragique accident entre un frère et sa sœur. Celle-ci devenue adulte en est restée handicapée dans un état presque végétatif et défigurée. Mélanie Gaydos est celle qui parle le moins mais qui en dit le plus tout le long du film ; son visage si particulier hante son frère et perturbe tout le monde, à commencer par le spectateur. La jolie idée du scénario est d’ailleurs qu’un seul personnage en particulier ne voit pas son apparence comme un handicap, une fillette du voisinage. Qu'il s'agisse de cette sœur alitée, de la fillette qui ne semble pas être à sa place, de l'assistante sociale de passage; les personnages féminins sont tous à divers degrés victimes de la brutalité des hommes...

À la frontière entre folie et imaginaire
Tous les dieux du ciel intrigue, interroge, bouscule comme aucun film ne l'a fait depuis des lustres, peut-être depuis le fameux Calvaire de Fabrice Du Welz en 2004. Quarxx, dont c'est le premier film, développe une imagerie forte, en particulier avec cette femme qui semble presque monstrueuse alors que le véritable monstre se cache dans l'esprit de son frère. Il ose en particulier se confronter au fantastique avec l'attente de possibles êtres venus d'ailleurs. Tout le film est rempli de diverses confrontations avec les autres : le psychiatre, les services sociaux, le voisin du champs, et surtout le passé trop lourd à supporter. Tous les dieux du ciel se révèle être un film plein d'audaces, tant visuelles et narratives, qui prend le risque d'un rare mélange des genres, entre drame et fantastique.