Costa-Gavras tourne l’adaptation du livre de Yanis Varoufakis

Posté par vincy, le 5 avril 2019

Costa-Gavras s'attaque à la crise grecque, crise financière et politique qui a sans aucun doute déclenché l'effritement de l'Union européenne, avant le Brexit. Selon Le Film français, le cinéaste franco-grec, 86 ans, a commencé le tournage de l'adaptation du livre de l'ancien ministre des finances grec Yanis Varoufakis, Conversations entre adultes : dans les coulisses secrètes de l'Europe (publié en 2017 et récemment en poche). L'homme politique y raconte son combat de six mois (perdu) pour sauver son pays en demandant une restructuration de la dette grecque et y dévoile les échanges à huis clos entre responsables européens. On sait qu'au final, si la Grèce a pu rester dans la zone euro, elle a aussi du faire d'importantes concessions, notamment des privatisations qui ont profité aux chinois, aux allemands et aux français.

Le réalisateur avait acquis les droits en octobre 2017. Le film, intitulé Adults in the Room, prolonge l'œuvre critique du cinéaste qui s'est attaqué au catholicisme (Amen), à la précarité de la classe moyenne (Le Couperet), à l'immigration (Eden à l'Ouest) et au capitalisme (Le Capital, son dernier film il y a sept ans).

Le tournage a commencé début mars en Allemagne. Il vient de s'installer à Athènes avant de partir à Paris, Riga et Londres jusqu'à la fin mai. Le film devrait être prêt pour la fin de l'année pour une sortie orchestrée par Wild Bunch.

Cold War triomphe aux European Film Awards

Posté par vincy, le 16 décembre 2018

Cold War de Pawel Pawlikowski a remporté cinq prix, autant dire une razzia lors de la 31e édition des European Film Awards qui avait lieu à Séville en Espagne hier soir. Le film, primé pour sa mise en scène au Festival de Cannes en mai, est le troisième long métrage polonais à repartir avec le prix du meilleur film, après Tu ne tueras point en 1988 et Ida, du même Pawlokowski, en 2014. Le cinéaste rejoint le club très fermé des double-primés aux EFA (Almodovar, Haneke, Sorrentino, Loach). Lars von Trier reste le plus titré avec trois films sacrés.

Alors qu'Agniezska Holland et Mike Downey ont fait un appel à la libération d’Oleg Sentsov et de Kirill Serebrennikov (Leto est reparti avec un prix), la cérémonie a honoré Costa-Gavras, rendu hommage pour sa carrière à Carmen Maura et distingué par un prix européen pour sa contribution au cinéma mondial à Ralph Fiennes.

Constatons la grande débandade du cinéma français qui peut au moins se rassurer avec les coproductions pour faire flotter le drapeau tricolore sur un palmarès sans aucun artiste ou film national. Heureusement, le Festival de Cannes peut se réjouir, notamment face à ses concurrents. Outre les cinq prix de Cold War et celui de Leto, des films en compétition comme Dogman (3 prix dont meilleur acteur) et Heureux comme Lazzaro (un trophée, le prix des étudiants), des films d'Un certain regard (Border, mais surtout Girl, prix Découverte européenne-Prix Fipresci) et même ceux en séance spéciale (Another Day of Life, meilleur film d'animation) ont laissé peu de récompenses aux films sélectionnés à Berlin(Utoya, 22 juillet et 3 jours à Quiberon) ou ailleurs.

En tout cas, on remarquera que la meilleure comédie européenne de l'année est un film vraiment européen: une bande dessinée française sur la russie soviétique avec un réalisateur et un casting britannique (La mort de Staline), produit par trois pays de l'Union. Et last but not last, le public a choisi Call Me By Your Name comme meilleur film. Sans doute le dernier prix que recevra le film franco-italien, mais pas des moindres.

Film européen :
Cold War de Pawel Pawlikowski

Réalisateur européen :
Pawel Pawlikowski pour Cold War

Acteur européen :
Marcello Fonte pour Dogman

Actrice européenne :
Joanna Kulig pour Cold War

Prix du public :
Call me by your Name de Luca Guadagnino

Comédie européenne :
La mort de Staline d’Armando Iannucci

Scénariste européen :
Pawel Pawlikowski pour Cold War

Film d'animation européen :
Another Day of Life de Raul de la Fuente et Damian Nenow

Documentaire européen :
Ingmar Bergman, une année dans une vie de Jane Magnusson

Découverte européenne-Prix Fipresci :
Girl de Lukas Dhont

Prix EUFA des étudiants :
Heureux comme Lazarro d’Alice Rohrwacher

Court métrage européen :
The Years de Sara Fgaier

Directeur de la photographie européen-Prix Carlo di Palma :
Martin Otterbeck pour Utoya, 22 juillet

Monteur européen :
Jaroslaw Kaminski pour Cold War de Pawel Pawlikowski

Décorateur européen :
Andrey Ponkratov pour Leto de Kirill Serebrennikov

Costumier européen :
Massimo Cantini Parrini pour Dogman de Matteo Garrone

Coiffeur et maquilleur européen :
Dalia Colli, Lorenzo Tamburini et Daniela Tartari pour Dogman de Matteo Garrone

Compositeur européen :
Christoph M. Kaiser et Julian Maas pour 3 jours à Quiberon d'Emily Atef

Ingénieur du son européen :
André Bendocchi-Alves et Martin Steyer pour The Captain - L'usurpateur de Robert Schwentke

Superviseur effets visuel européen :
Peter Hjorth pour Border d'Ali Abbasi

Prix européen de la coproduction-Eurimages :
Konstantinos Kontovrakis et Giorgos Karnavas

Prix honorifique du président et du Comité EFA :
Costa-Gavras

Lifetime Achievement Award :
Carmen Maura

Prix European Achievement in World Cinema :
Ralph Fiennes

Lumière 2018 – Jane Fonda reçoit le 10e Prix Lumière

Posté par Morgane, le 20 octobre 2018

Vendredi 19 octobre, la cérémonie de remise du Prix Lumière a, comme de coutume, eu lieu à l'amphithéâtre de la Cité Internationale de Lyon. Entrent en salle, Jean-Loup Dabadie, Biyouna, Rachid Bouchareb, Tahar Rahim, Rossy de Palma, Lambert Wilson, Vincent Perez, Anne Le Ny, Valeria Bruni Tedeschi, Claudia Cardinale, Marina Foïs... et... la francophile et francophone Jane Fonda!

Soirée aux intonations françaises

Autant pour Tarantino en 2013 la soirée était très américaine avec Uma Thurman, Harvey Keitel, Tim Roth, autant cette année, ceux qui entourent Jane Fonda sont frenchy, tout comme les textes et les chansons qui ont rythmé cette soirée, pour le plus grand plaisir de la militante, qui n'a de cesse de dire à quel point elle aime la France. "C'est ma deuxième maison!"

Vincent Delerm s'installe au piano faisant une reprise bien à lui de Mon manège à moi d'Edith Piaf et faisant reprendre le lalalalala en choeur à toute la salle. Puis c'est à Dominique Blanc d'entrer en scène lisant un extrait du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir.:"Entre les deux sexes il n'y a pas encore d'égalité." Le texte date de 1949 et est encore, malheureusement, très actuel.

Les images reprennent le dessus et un extrait du documentaire Women make film de Mark Cousins est projeté, avec les voix de Tilda Swinton et Jane Fonda. Anaïs Demoustier, Suzanne Clément et Anne Consigny donnent leurs voix à des extraits de Ma vie, l'autobiographie de Jane Fonda: "Il faut aussi prendre des risques pour devenir réelle."

Puis Edith Piaf cède sa place à Jacques Brel et sa Quête chantée par Nolwen Leroy.

Enfin, c'est monsieur Constantin Costa-Gavras qui prend le micro pour remettre le Prix Lumière à Jane Fonda. Il l'a connue lorsqu'il était 1er assistant réalisateur de René Clément sur le tournage des Félins en 1964. Il rappelle son talent d'actrice, l'admiration pour son engagement... Et c'est à Jane Fonda de venir sur scène, sautillante, sourire aux lèvres, pleine de rires, dans une tenue qui semble cousue sur son corps! On sent qu'elle est heureuse d'être ici. Elle entonne alors "Ah voilà la quille" que lui a appris Roger Vadim "entre autres choses" nous dit-elle l'œil amusé. Puis elle continue avec la chanson "La rue des Blancs-Manteaux" comme si une fois lancée on ne pouvait plus l'arrêter.

Rien de guindé, tout en naturel, Jane Fonda a vraiment donné du sourire, des rires et de belles anecdotes cinéphiles à cette 10e Edition! Une Jane Fonda lumineuse, des films sublimes, des masterclass intéressantes et un soleil brillant, tout était au rendez-vous pour que cette édition soit réussie!

Mais comme chaque année, 10 jours passent trop vite et le clap de fin a déjà été donné... alors rendez-vous l'année prochaine!

La Cinémathèque française à Paris organise une rétrospective de la filmographie de Jane Fonda du 22 octobre au 5 novembre. L'actrice fera notamment une masterclass le 22 octobre.


Johnny Hallyday ne retient plus la nuit (1943-2017)

Posté par vincy, le 6 décembre 2017

Johnny Hallyday n'est plus. Le chanteur était un "monument national". Du rock à la soul, de la variété au blues, de la country à la chanson française, en évitant le disco quand même, il avait vendu plus de 100 millions de disques,  attiré près de 29 millions de spectateurs lors de ses concerts, travaillé avec Michel Berger et Jean-Jacques Goldman. Ses tubes "allumaient le feu" sur scène: Souvenirs, Souvenirs, Retiens la nuit, L'idole des jeunes, Que je t'aime, Noir c'est noir, Gabrielle, Ma gueule, Le pénitencier, Quelque chose de Tennessee, Le chanteur abandonné, L'envie, Je te promets, J'oublierai ton nom, Marie etc... Le blouson noir est mis au vestiaire depuis cette nuit. Né Jean-Philippe Smet le 15 juin 1943, Johnny Hallyday est mort à l'âge de 74 ans le 6 décembre 2017.

Il aimait le cinéma aussi. "Quand j'ai un problème, disait-il, je rentre dans une salle de cinéma pour tout oublier." Et pas seulement en ayant été le compagnon de Nathalie Baye, avec qui il a eu une fille, Laura Smet, qui partagent toutes les deux, pure coïncidence, le grand écran pour la première fois aujourd'hui en salles avec le film Les Gardiennes.

Johnny aimait jouer. Un petit rôle dans Les diaboliques chez Clouzot où il devait espionner Signoret coupé au montage, quelques cours à la rue Blanche, une envie de théâtre. Puis il a eu Catherine Deneuve en partenaire dans Les Parisiennes. Il devient ami de Vadim et chante "Retiens la nuit" le temps d'une scène.

L'Elvis français a pourtant été longtemps ignoré par le 7e art, trop charismatique, trop populaire, ou trop décalé? Il tourne un western minable (Le spécialiste), un film fou de Robert Hossein (Point de chute), un Lelouch (L'aventure c'est l'aventure, où le rôle principal est tenu par Jacques Brel). Lelouch se rattrapera sur le tard avec Salaud, on t'aime en 2014 et Chacun sa vie cette année. Sur RTL, Claude Lelouch rappelait ce matin: "J’ai filmé son dernier concert en solo à Vienne pour le film. Et puis j’ai filmé sa dernière séquence avec Jean Dujardin et Antoine Duléry. Et j’ai filmé son premier scopitone, sa première chanson. J’étais là au début et à la fin." Le projet avec Alain Corneau, lui, tombe à l'eau.

Paradoxalement, Aznavour, Mitchell, Souchon, Bruel, Bashung, Birkin et Montand ont eu davantage d'estime et une meilleure présence aux génériques des films.

Lire aussi notre portrait: Pourquoi pas lui?

En 1985, tandis que son plus bel album sort (Rock n' Roll Attitude, ce qui l'illustre parfaitement), Johnny nait au cinéma. Il l'avoue lui-même : c'est son premier vrai film. Sa compagne et partenaire, Nathalie Baye, est multi-césarisée. Il a suffit que Jean-Luc Godard lui propose ce pari si singulier, ce tournage si original. Il avait refusé Mocky, Pialat l'avait finalement boudé parce qu'il avait tourné avec Godard: il ne sera pas dans Police. C'est Détective. Il enchainera avec Costa Gavras, avec Conseil de famille. Beau doublé même si les films ne sont ni les meilleurs de leurs auteurs, ni des prestations mémorables.

Mais avec les échecs successifs de Terminus, Le Triangle de fer et de La Gamine, la carrière de Johnny avorte dès le début des années 90. La télé le sauve un peu, avec la série David Lansky. "J'en ai eu marre d'enquiller des films qui ne marchaient pas" confiait-il alors.

Après une apparition qui lui redonne le goût de jouer (Paparazzi grâce à l'envie de Vincent Lindon), on lui propose de nouveaux types de scripts. il accepte un second rôle sobre et paternel pour un premier film, Pourquoi pas moi?, du jeune Stéphane Giusti où sa fille est lesbienne. Laetitia Masson pensait réaliser un documentaire sur lui. Elle l'invite dans Love me, un "Que je t'aime" allégorique crié par Sandrine Kiberlain. Il enchaîne avec un caméo chez son pote Stévenin dans l'acclamé Mischka.

Hallyday se laisse aller à des choix audacieux, où son public ne le suit pas, indifférent à ce cinéma si loin de sa personnalité proche des masses. Près de 48 ans après son premier pas sur un plateau, 42 ans après son premier single, 18 ans après son premier bon film, Johnny Hallyday, à quelques mois de ses soixante bougies et d'une nouvelle tournée hexagonale, est enfin considéré comme un comédien, obtenant les faveurs des critiques et trouve son meilleur rôle dans son meilleur film: L'Homme du train de Patrice Leconte, face à Jean Rochefort. Le Festival de Venise l'accueille chaleureusement. Leconte lui a offert un cadeau magnifique en le faisant jouer avec son image de cow boy, de rocker, tout en la mélangeant à celle plus imaginaire du papa, du mec normal et pantouflard. Un western moderne où il rêve d'une autre vie, comme un chanteur espère être acteur.

Voir aussi les films avec Johnny Hallyday

Il s'essaie au polar (Crime Spree avec Harvey Keitel, Gérard Depardieu et Renaud), aimerait jouer avec Ruiz comme Veber. Finalement il s'amuse à être un ermite borgne dans Les Rivières pourpres 2 : les Anges de l'Apocalypse d'Olivier Dahan : l'ermite borgne, incarne un Jean-Philippe Smet qui ne serait pas parvenu à devenir Johnny Hallyday dans Jean-Philippe de Laurent Tuel, fait un petit tour dans
La panthère rose 2 de Harald Zwart.

En 2009, il surprend tout le monde en se frottant à Johnnie To, le prince du film noir de Hong Kong. Vengeance, entre Macao et triades, hommage aux polars d'antan, est présenté en sélection officielle au Festival de Cannes 2009. Il monte les marches en demi-dieu vivant. Pourtant, après, entre tournées et maladies, Johnny se raréfie. On le voit jouer son propre rôle dans le Rock'N'Roll de Guillaume Canet, succès de ce début d'année 2017. Il se parodie avec délectation, prisonnier dans son "pénitencier" de banlieue parisienne, où la gardienne, Laetitia Hallyday elle-même, lui interdisait de fumer...

Au cinéma Johnny restait Johnny. Il fascinait. Mais c'est finalement l'histoire d'une passion manquée.

Les prix France Culture récompensent Costa Gavras, Sébastien Laudenbach et Rudi Rosenberg

Posté par vincy, le 23 mai 2017

Les trois prix France Culture ont été décernés à Cannes dimanche 21 mai. Costa-Gavras a reçu le Prix France Culture Consécration pour l’ensemble de son œuvre. Le cinéaste, réalisateur et producteur français a signé plusieurs films très engagés dès les années 1960? et notamment Z, qui avait reçu deux Oscars, et deux prix au Festival de Cannes. Depuis juin 2007, il est élu à l’unanimité à la tête de la Cinémathèque Française. Son dernier film, Le Capital, date de 2012.

Sébastien Laudenbach est le lauréat du Prix France Culture Cinéma des étudiants pour son film d'animation La Jeune Fille sans mains. Enseignant, réalisateur et illustrateur, cet auteur de 8 courts-métrages avait présenté l'an dernier à l'Acid au festival de Cannes son premier long, La jeune fille sans mains, mention spéciale du jury au festival d’Annecy. Il a aussi été nommé pour le César du meilleur film d’animation et a remporté le Grand Prix du Festival d’animation de Tokyo.

Enfin, le prix International Students Award UniFrance / France Culture a distingué Rudi Rosenberg pour son film Le Nouveau. Ce prix est choisi par des étudiants étrangers en écoles de cinéma. Le film était sorti en décembre 2015. Il succède à Deniz Gamze Erguven pour Mustang.

Raoul Coutard (1924-2016) éteint la lumière

Posté par vincy, le 9 novembre 2016

Le chef-opérateur Raoul Coutard est décédé mardi soir, le 8 novembre 2016, à l'âge de 92 ans près de Bayonne. Il avait été le directeur de la photographie de films de référence comme Jules et Jim, La peau douce, La mariée était en noir et Tirez sur le pianiste de François TruffautLa 317e section et Le crabe-tambour de Pierre Schoendoerffer, Lola de Jacques Demy ou encore L'aveu et Z de Costa-Gavras. Sa filmographie comporte au total 65 films signés De Broca, Molinaro (L'Emmerdeur ), Rouch, Oshima (Max mon amour), Dembo (La diagonale du fou), Mocky, Pinheiro (Ne réveillez pas un flic qui dort), Nicloux et sur la fin de sa carrière Philippe Garrel, avec qui il a collaboré sur trois films.

Evidemment son destin est surtout lié à celui de Godard (15 films au total ensemble) dont À bout de souffle, Une femme est une femme, Bande à part, Alphaville, Made in USA, La chinoise, Prénom Carmen, et surtout Le mépris et Pierrot le Fou.

Né à dans le Marais, à Paris, le 16 septembre 1924, Raoul Coutard, qui n'avait pas pu financer ses études de chimiste, ancien sergent dans l'infanterie pendant la guerre d'Indochine avant de devenir photographe aux armées puis photographe-reporter pour Paris Match et Life, a d'abord rencontré Pierre Schoendoerffer à Hanoï en 1952, avec qui il se lie pour ses premiers pas cinématographiques. "Nous avons très vite conclu un pacte entre nous : le premier qui arriverait à entrouvrir la porte du cinéma y entraînerait l'autre !", racontait le cinéaste dans un livre il y a quelques années.

Beauregard impose Coutard à Godard

En 1959, À bout de souffle marque la naissance de la Nouvelle Vague. Le producteur Georges de Beauregard, qui voulait faire des films bon marché, avec des tournages rapides. Il impose Coutard à Godard. Sans savoir que leur "liaison" serait l'une des plus marquantes du 7e art. "Pour moi, la rencontre décisive, ce fut Godard. À bout de souffle, qui devait être n'importe quoi, fut une entrée dans la vie professionnelle", expliquait Raoul Coutard à Libération. Il tourne caméra à l'épaule avec une lumière blanche: à l'époque, c'est révolutionnaire.

S'il s'est éloigné de Godard, c'est un peu à cause de Mai 68 - Coutard n'est pas franchement gauchiste. On a souvent associé son travail au noir et blanc, pas très propre, froid comme l'hiver, naturaliste au maximum. Il cherchait une vérité, celle de la lumière, celle du réel. Ses expériences sur les terrains de bataille de l'Indochine, en tant que photographe, lui avaient appris à travailler rapidement. La caméra à l'épaule était une manière libre de faire du cinéma, qui correspondait à ce qu'il savait faire avec un appareil photo. Mais il ne faut pas oublier que c'était un esthète, un maître des couleurs aussi. Des couleurs franches, saturées, des explosions de bleu et de rouge.

Honoré à Hollywood, primé à Cannes, Venise et aux César

Le cinéma, il y est entré plus pour l'argent que pour une passion quelconque. Mais sa légende était scellée dès ce petit film de Godard où un voyou incarné par un jeune premier au nez cassé et une garçonne américaine tombaient amoureux sur les Champs-Elysées. Terriblement moderne avant l'heure, le chef op' s'était raconté dans L'Impériale de Van Su - Ou comment je suis entré dans le cinéma en dégustant une soupe chinoise, mémoires publiées il y a près de dix ans.

Il avait été distingué par 1un International Award de l'American Society of Cinematographers, un César pour Le Crabe-Tambour (et une nomination pour Prénom Carmen), un prix de la meilleure première œuvre à Cannes et le prix Jean-Vigo, en tant que cinéaste, pour Hoa-Binh en 1970, le Grand prix de la technique à Cannes pour Passion et le même prix à Venise pour Prénom Carmen.

Car Raoul Coutard avait aussi réalisé. Outre Hoa-Binh, sur la guerre d'Indochine, il avait signé La légion saute sur Kolwezi (1980) et S.A.S à San Salvador (1982).

Il affirmait qu'"un film est bon quand on sort du cinéma complètement sonné ; on ne sait pas ce qui nous arrive ; on ne sait plus si on a dîné, où on a garé sa voiture ; on veut rester seul à y réfléchir. Pour moi, c’est ça, la définition d’un grand film."

Magali Noël (1931-2015) rejoint les fantômes de Fellini, Visconti, Vian et Prévert

Posté par vincy, le 23 juin 2015

magali noelMagali Noël, qui avait interprété  la chanson"Fais-moi mal Johnny" écrite par Boris Vian, est décédée ce mardi matin à l'âge de 83 ans près de Cannes, selon sa fille Stéphanie Vial-Noël.

Née le 27 juin 1931 à Izmir (Turquie), elle commence sa carrière dans les années 50 au cinéma. On la voit dans Le Fils de Caroline Chérie de Jean Devaivre, Razzia sur la chnouf de Henri Decoin, Du rififi chez les hommes de Jules Dassin, Les Grandes Manœuvres de René Clair, OSS 117 n'est pas mort de Jean Sacha, Les Possédées de Charles Brabant, Elena et les Hommes de Jean Renoir, Assassins et Voleurs de Sacha Guitry, Des femmes disparaissent de Édouard Molinaro, Oh ! Qué mambo de John Berry, Le fauve est lâché de Maurice Labro, Boulevard de Julien Duvivier... En 1960, elle est Fanny dans La Dolce Vita de Federico Fellini, avec qui elle tournera aussi Satyricon en 1969 et Amarcord en 1973.

Sensuelle, charnelle, pétillante, pouvant être aussi mystérieuse qu'érotique, Magali Noël a tourné de nombreux films en Italie dans les années 60, à l'écart de la nouvelle vague française. En 1969, elle est la soeur de Georges Géret dans Z de Costa-Gavras. Princesse dans Tropique du Cancer de Joseph Strick à la fin des années 60, elle continue d'être un second-rôle récurrent de films plus ou moins oubliés dans les années 70. On la retrouve Les Rendez-vous d'Anna de Chantal Akerman, Qu'est-ce qui fait courir David ? d'Élie Chouraqui, Pentimento de Tonie Marshall, La Fidélité d'Andrzej Zulawski, en mère de Sophie Marceau, La Vérité sur Charlie de Jonathan Demme ...

Magali Noël tourne aussi pour la télévision (dans les années 90, on la voit dans Crimes et Jardins de Jean-Paul Salomé, la série Les Cœurs brûlés et Les Héritiers de Josée Dayan) et a toujours joué au théâtre, où elle a fait ses débuts en 1949, jouant Molière, Feydeau, Labiche, Shaw, Gibson (avec une mise en scène de Luchino Visconti), Dumas, Fario Fo, Hugo, Zweig... Dans les années 80, elle chante la célèbre chanson de l'ananas dans la comédie musicale Cabaret mise en scène par Jérôme Savary.

Car l'actrice savait danser et chanter. Elle a été la première chanteuse de rock en France mais a aussi interpréter des textes de Boris Vian et Jacques Prévert.

Costa-Gavras, président du jury du 40e Festival du Cinéma Américain de Deauville

Posté par vincy, le 19 mai 2014

Le Festival du Cinéma Américain de Deauville fêtera ses 40 ans d'existence du 5 au 14 septembre. Le Festival vient d'annoncer que Costa-Gavras serait le président du jury.

Le jury sera composé cette année exclusivement d'anciens présidents qui depuis 20 ans ont honoré le Festival. Costa-Gavras est également président de la Cinémathèque française qui organisera sa programmation de rentrée autour du Festival.

Par ailleurs, un livre témoignera de l'histoire du Festival, en plus d'un documentaire réalisé par France Télévisions.

Exception culturelle : réactions en chaîne après la sortie de piste de la Commission européenne

Posté par vincy, le 18 juin 2013

josé manuel barroso Vendredi, après de longues discussions, la Culture, y compris le secteur audiovisuel, est sortie du mandat donné à la Commission européenne pour négocier un Traité de libre-échange avec les USA. Toujours critiquée par les défenseurs du libéralisme (au nom d'une lutte contre un soi-disant déclin), l'exception culturelle est sauvée.

La France était prête à imposer son véto si l'Europe incluait ces secteurs dans les négociations. La ministre de la culture et de la communication Aurélie Filippetti était parvenue à rallier 14 pays à la cause. Le parlement européen avait voté l'exclusion de la culture du mandat. Des cinéastes européens avaient signé une pétition pour soutenir la France dans son combat.

Réactionnaires

Cela n'a pas plu à José Manuel Barroso, président de la Commission européenne. A un an de la fin de son mandat, alors qu'il vise un poste prestigieux international - on parle de l'ONU - qui nécessite l'appui des Américains, Barroso mise gros. Sa réaction ne fut pas très diplomatique : "Cela fait partie d'un agenda antimondialisation que je considère comme complètement réactionnaire", a dit José Manuel Barroso dans une interview publiée lundi par l'International Herald Tribune. "Certains se disent de gauche mais en réalité, ils sont extrêmement réactionnaires" a-t-il ajouté.

Dès le week-end le torchon avait brûlé avec les propos incendiaires  du commissaire européen en charge de la négociation, le très libéral Karel De Gucht. Le commissaire au Commerce a affirmé qu'il discutera du secteur audiovisuel (y compris Internet) avec les Etats-Unis malgré le mandat donné à la Commission par les ministres européens. Pour lui, le compromis voté par les Etats membres n'est que "provisoire". Une sortie de piste peu appréciée (et illégitime).

Chiffon rouge

Or, dans les faits, s'il devait discuter du secteur audiovisuel avec les USA, il devrait demander de nouveau l'autorisation aux Etats membres, et la proposition ne pourrait être votée qu'à l'unanimité. Le Président de la république François Hollande a immédiatement répliqué : "L'exception culturelle est un principe qui a toujours été évoqué et à chaque fois écarté des négociations commerciales" conduites par l'Union européenne ces dernières décennies. Or, tant que la France reste ferme sur ses positions, il n'a aucune chance de pouvoir le faire. Et pour l'instant, les Américains ne demandent pas que la culture et l'audiovisuel soient inclus dans ce futur hypothétique Traité. Au dernier Festival de Cannes, des producteurs comme Harvey Weinstein et des cinéastes comme Steven Spielberg ont clairement défendu l'exception culturelle (autrement dit la préservation des éco-systèmes financiers pour défendre la diversité culturelle). Alors, beaucoup de bruit pour rien?

Cependant, l'état d'esprit de la Commission en dit long : les Etats l'empêchent de réaliser son grand projet de libéralisation totale du marché. Qu'on soit pour ou contre,  elle méprise toute contestation, prête à jouer les marchands de tapis (la Commission rêve d'ouvrir le secteur audiovisuel en échange de l'ouverture du secteur des télécoms aux USA). Mais le mal est fait, et a obligé le porte-parole de Barroso, Olivier Bailly, de rassurer les responsables français. Selon lui, le terme "réactionnaire" ne visait pas la France. "Le président Barroso a toujours affirmé son attachement à l'exception culturelle". Il ajoute qu'"il n'y a aucune divergence sur le fond entre la Commission et le gouvernement français sur ce point".

Barroso, dangereux et cynique?

Car, dans ce jeu politique assez logique, les réactions n'ont pas tardé. Entre consternation et incompréhension, indignation et colère, politiques, artistes et sociétés d'auteurs ont taclé la Commission européenne, coupable à leurs yeux de déni démocratique (et institutionnel).

Si l'on en croit Bailly, Barroso a réagit aux attaques des artistes : "M. Barroso est un homme dangereux pour la culture européenne" avait dit Costa-Gavras. Et la lettre des cinéastes européens (Almodovar, Oliveira, Frears...) l'accusait d'être "un homme cynique, malhonnête, méprisant qui nuit aux intérêts européens".

A cela s'ajoute la pétition lancée par Bérénice Bejo, Lucas Belvaux, Luc et Jean-Pierre Dardenne, Jacques Fansten, Costa Gavras, Michel Hazanavicius, Laurent Heynemann, Pierre Jolivet, Daniele Luchetti, Radu Mihaileanu et Bertrand Tavernier, qui n'attaque personne mais vise clairement la vision de la Commission : "Notre combat n'est pas une revendication corporative, c'est l'affirmation que ce qui est l?âme des peuples ne peut pas se monnayer dans des négociations commerciale. Chaque peuple doit pouvoir soutenir et protéger sa culture : nous l'avions affirmé, c'est "un facteur d'échange et de compréhension mutuelle", c'est encore plus vital en des temps de crise. Le droit à la diversité culturelle est un droit de l'homme." Les auteurs de cette pétition se défendent d'être conservateurs : "Au contraire, nous voulons considérer que c'est un nouveau départ pour construire ensemble l'avenir, et notamment élaborer une économie durable et équitable de la Culture, à laquelle devront aussi contribuer nécessairement les géants numériques, aujourd'hui exemptés de toute responsabilité vis à vis de ce qui fait leur fortune."

Position moderne, combat d'avenir

La ministre Aurélie Filippetti y a vu "une attaque en règle contre tous ceux qui ont suivi la position française", soit "les artistes, les créateurs, et puis évidemment les peuples" en évoquant le Parlement européen. "Certains nous ont traité de réactionnaires. Ceux qui ont traité la France de réactionnaire devraient se souvenir que la France n'était pas seule dans ce combat", a-t-elle ajouté. Le Commissaire européen français Michel Barnier, malgré les contradictions de son communiqué, ménageant la chèvre et le chou a abondé en ce sens : "Quand on défend la diversité culturelle, on n'est pas réactionnaire, on est dans un combat d'avenir".

Filippetti a insisté lors de sa conférence de presse de dernière minute, hier : "Notre position, elle n'est pas défensive, elle n'est pas conservatrice et encore moins réactionnaire, c'est une position résolument moderne parce que sans exception culturelle, nous ne pourrons pas remplir le défi qui s'ouvre à nous, à savoir la transition de nos outils de régulation du secteur économique de la culture à l'ère du numérique".

Dans un an, tout sera oublié?

De son côté Eric Garandeau, président du CNC, a déploré la sortie de route de la Commission : "Si être réactionnaire, c'est de réagir à des idéologies douteuses qui ont fait tant de dégâts en Europe et dans le monde, réagir est un devoir et on veut bien être réactionnaires".

La ministre du Commerce extérieur Nicole Bricq, qui est responsable du dossier en France, a relativisé tout cela : "Si jamais on y revenait (sur l'exception culturelle), parce que les Américains nous le demandaient, ce qu'ils n'ont pas fait officiellement aujourd'hui, il faudrait revenir vers les Etats pour modifier le projet de mandat et ce serait la même règle c'est-à-dire l'unanimité, et la France dira encore une fois non".

Elle rappelle que ce Traité ne se signera pas dans dans ans. "Avec le Canada ça fait cinq ans que l'on négocie et nous n'avons toujours pas trouvé l'accord". Et elle renvoie le Commissaire dans le fossé : "Nous savons que nous avons beaucoup de sujets à régler mais en tout cas nous n'avons pas à discuter de l'exception culturelle, elle est sortie du mandat".

Et une chose est sûre, Barroso ne devrait pas être reconduit l'an prochain. Il est fort probable que les élections européennes prévues en 2014 renforce même le poids des "conservateurs" et des "réactionnaires" à la politique menée par cette Commission, de plus en plus critiquée et même défiée par les peuples éuropéens.

Cannes 2013 : la 1ère Assemblée des Cinéastes s’interroge sur la production indépendante

Posté par kristofy, le 19 mai 2013

Assemblee cineastesLe thème de la 1e assemblée des cinéastes était "Comment faire des films indépendants aujourd’hui ?" et chacun a évoqué les différentes démarches possibles pour trouver un financement pour produire un film.

Rien de bien nouveau : ce sont les habituelles sources qui ensemble forment une coproduction. La question était en fait mal formulée à la base, rien n’empêche vraiment de produire des films indépendants et c’est souvent même plus facile que des films à gros budgets. Du coup le débat était biaisé et sans véritable dialogue.

Le panel de cinéastes (réalisateurs et producteurs) réunis était lui bien trouvé, tous d’âge et de pays différents : Raoul Peck (parrain du pavillon du monde), Joachim Trier, Costa Gavras, Anurag Kashyap (dont on a vu Ugly à la Quinzaine), et Amat Escalante (dont on a vu Heli en compétition).

Extraits choisis :

- Raoul Peck : Quel que soit le pays, préserver l’œuvre que l’on a en tête est un combat ou au moins une tension. Aux Etats-Unis, le dénommé "cinéma indépendant" n’est pas si indépendant que ça quand on regarde ses sources de financement, et on peut y voir des exigences parfois communes à celles des films de studios. En France il y a plusieurs types de cinémas qui vivent ou survivent en parallèle, et la question de l’utilisation de fonds publics est posée.

- Costa Gavras : Le système français est en grand danger actuellement. Il fonctionne sur les mots "exception culturelle". [Une pétition de plus de 5000 signatures est d'ailleurs adressée aux députés européens pour défendre les principes de l’exception culturelle.] C’est l’Etat qui prend en main le financement de la Culture, dont le cinéma. Ce système est actuellement mis en cause dans les négociations commerciales entre les Etats-Unis et l’Europe. Les autorités politiques françaises sont avec nous cinéastes, mais ce n’est pas le cas de beaucoup de pays européens. En Corée ils avaient établis un système de quotas de jours d’exploitation de films coréens, et alors il y a eu un vrai cinéma coréen intéressant qui a d’ailleurs circulé à travers le monde. Cet accord a ensuite été revu à la baisse sous l’influence américaine, et du coup le nombre de films produits en Corée a baissé car moins de possibilité d’être distribué face à la part de marché grandissante des films américains.

- Joachim Trier : J’ai réalisé deux films en Norvège, c’est presque la banlieue de l’Europe. On a une tradition cinématographique plutôt récente, avec depuis environ une quinzaine d’années un système d’aide à la promotion de notre cinéma. Pour l’indépendance, il faut simplement distinguer l’argent bon à prendre et l’argent qui va nuire au projet. Tout dépend de la source ou des partenaires. On peut aussi baratiner des financiers comme on peut le faire avec des acteurs parfois, les faire s’engager sur le projet et puis faire de toute façon le film que l’on veut au final.

- Anurag Kashyap : Le contexte indien est spécifique, avec environ 1000 films produits chaque année et une part de marché de 90% environ. La liberté est de faire le film que l’on veut. On ne peut travailler de façon libre que s'il y a peu d’argent en jeu. Par exemple, il m’arrive de choisir des nouveaux visages dans la rue pour beaucoup de rôles. Il faut rester fidèle à ce que l’on veut faire. L’étape suivante est que le film soit vu par des spectateurs, avec un de mes films je me suis rendu compte qu’il n’intéressait pas le public indien mais par contre beaucoup plus le public des autres pays.

- Amat Escalante : Au Mexique, il n’y a pas vraiment de cinéma indépendant face à un autre cinéma, tous nos films sont indépendants en quelque sorte, surtout vis-à-vis du cinéma américain. Aujourd’hui au Mexique, il y a un nouveau système de taxes, des entreprises peuvent verser 10% de leurs impôts à un fond pour le cinéma, c’est plutôt bien. Pour mettre en route mon film Heli ça m’a pris 5 ans passés à envoyer mon scénario à différents endroits pour obtenir des fonds.