Berlinale 2019: le divin, l’idole et la grâce

Posté par vincy, le 15 février 2019

La religion s’invite plusieurs fois dans cette 69e Berlinale. Le XXIe siècle est décidément spirituel. François Ozon a dressé le portrait d’une communauté de gens victimes d’une église toute puissante dans Grâce à Dieu. Isabel Coixtet a dénoncé l’obscurantisme de l’église catholique espagnole dans Elisa y Marcela. Teona Strugar Mitevska opte plutôt pour le sexisme de cette patriarcale église dans Dieu existe, son nom est Petrunya. On pourrait aussi évoquer la religion comme substitut aux parents absent dans L’adieu à la nuit d’André Téchiné.

Dans les derniers jours du festival, trois films ont parlé de Dieu à leur manière. Avec une foi débordante dans Divino Amor. Avec une croyance relative dans Woo Sang. Avec une ferveur communicative dans Amazing Grace.

Ce qu'on attend de Dieu. Le film brésilien de Gabriel Mascaro, sélectionné en Panorama, Divino Amor, est un conte futuriste (tout se passe en 2027) autour d'une femme qui aime son travail de bureaucrate, son mari et Dieu, mais souffre de ne pas avoir d'enfants. Le film qu'on aurait pu espérer un peu critique ou tout du moins distant avec la religion en devient finalement un porte-étendard. Mascaro s'avère bien plus ironique avec le monde marchand (tout s'échange) et orwellien (tout est su). Le divin ici est convoqué pour tout: ne pas divorcer comme vouloir un bébé, baiser (y compris avec d'autres partenaires, en toute bienveillance) comme danser (dans d'immenses "party" dédiées à Jésus). Il sauve les couples. Hélas le Mascaro devient une mascarade. Là où l'on voyait une forme de satire, ce n'était que du prosélytisme, à l'image de son héroïne qui se sert de son boulot de notaire gouvernementale pour prêcher la morale biblique aux citoyens. On peut toujours croire qu'elle porte sincèrement cet amour divin en elle. Mais le réalisateur force le spectateur à y croire, ce qui change totalement le point de vue, et l'intention.

Ce que Dieu nous inflige. Passons de la foi absolue à la croyance, disons pragmatique. Toujours en Panorama, le sud coréen Lee Su-jin propose un polar palpitant et néanmoins classique, Woo sang (Idol). On y suit un père de famille aux ambitions politiques bien affirmées, en route pour le poste de Gouverneur. Malheureusement, son fils a tué quelqu'un sur la route. De là commence une enquête aux multiples ramifications, ponctuée de quelques rebondissements (et autant de fausses pistes). Tout le monde a sa part de pourriture et de moisissure en lui. Certains ont juste quelques limites morales, sans doute parce qu'ils ont l'argent, le pouvoir, qu'ils n'ont pas besoin de survivre. On ne sait trop si l'idole est la statue d'un vieil amiral explosée, ce politicien verni et populaire ou les enfants bien malmenés par leurs propres crimes. Celui il croit en Jésus a plus de scrupules que les autres quand il s'agit de franchir la ligne jaune ou de traverser hors des clous. Mais au final, il a beau aller à la messe, il cache sa bible quand il faut kidnapper ou tuer, sans doute persuadé d'être dans son droit. Le sang coule beaucoup, et il n'est pas christique.

Dieu est une femme noire. Finissons avec Aretha Franklin, star d'Amazing Grace. La Reine est morte l'été dernier et la Berlinale a choisi ce film d'Alan Elliott et de Sydney Pollack hors compétition. Il aura fallu 46 ans pour voir ce concert de gospel au New Temple Missionary Baptist Church de Los Angeles. Des complications techniques ont empêché le film d'aboutir alors que le disque enregistré a été un énorme succès aux Etats-Unis. Si voir un concert (enfin deux ici) au cinéma est toujours une expérience étrange, complètement passive, on peut au moins revoir avec plaisir Aretha et son génie prendre tout l'espace de cette église et partager ses saintes paroles à un public presque en transe. Assurément cette grande idole avait une étonnante grâce quand elle chantait. Nul besoin de nous faire croire à la Vierge Marie ou prier sans confesser ses hypocrisies, sa voix était divine.

La musique de Michel Legrand au Grand Rex en avril

Posté par vincy, le 29 janvier 2019

Les concerts "Michel Legrand & Friends" initialement prévus les 17 & 18 avril 2019 au Grand Rex à Paris seront maintenus. Ils prendront la forme d'un hommage en présence de nombreux invités dont Richard Galliano, Natalie Dessay, Michel Portal et Sylvain Luc. D'autres invités seront ultérieurement annoncés.

Le décès de Michel Legrand a conduit à ce changement. "Conformément aux souhaits de Michel Legrand et en accord avec sa famille, ces deux concerts seront maintenus et prendront la forme d’un hommage à sa musique et à son incomparable carrière" explique le communiqué. "Compositions originales et standards du Maestro seront à l’honneur pour célébrer l’empreinte indélébile qu'il a laissé dans l’histoire du jazz, de la chanson et la musique de film" seront au programme.

Les billets des spectateurs ayant déjà réservé leurs places resteront valables, sans aucune manipulation à effectuer de leur part. Les personnes ne souhaitant plus assister à ces soirées pourront s’adresser à leurs revendeurs (FNAC, Ticketmaster, Digitick…) pour obtenir remboursement de leurs billets.

Du jazz au Blazac

Posté par vincy, le 11 février 2016

A partir du vendredi 12 février le cinéma Le Balzac, à deux pas des Champs-Elysées de Paris lance un Festival Jazz & Images.

Un vendredi par mois, des archives filmées s'accompagneront d'un concert live, avec notamment trois soirées hommages consacrées à Stan Getz, Duke Ellington et Billie Holiday.

"Le festival Jazz & Images s’adresse aussi bien aux passionnés qu’au grand public !" explique Jean-Jacques Shpoliansky, Directeur du Balzac.

Le programme sera inauguré avec le trio de Daniel Humair et un film de 1961 sur l'artiste, Daniel Humair Special Show, réalisé par Jean-Christophe Averty.

La semaine suivante, toujours réalisé par Averty, ce sera la projection de Stan Getz au Festival de Nice 1978 avec sur scène, le quartet de Vincent Lê Quang.

Le 8 avril, le Balzac rendra hommage à Duke Ellington avec la diffusion de son concert à la salle Pleyel en 1958 et sur scène l'Ellington Small Band.

La soirée est tarifée 20€ (12€ pour les moins de 26 ans et les étudiants). Un abonnement est possible pour réserver 5 soirées (80€ en tarif normal, 48€ en tarif jeunes).

Musique et cinéma : une soirée avec John Williams

Posté par MpM, le 18 novembre 2015

john williamsL'association Musique et toile, dont l'un des objectifs est de "populariser l'accès à la musique d'orchestre (classique ou autre) en profitant du lien de la musique avec le 7e art et la télévision", organise dans les mois à venir trois concerts permettant de (re)découvrir les plus beaux morceaux de musique de films exécutés en live par des musiciens professionnels.

Premier rendez-vous le samedi 12 décembre à 18h45 avec une soirée entièrement consacrée à John Williams, compositeur attitré de Steven Spielberg et de George Lucas, multi-oscarisé, à qui l'on doit les musiques de films les plus connues au monde comme celles de Harry Potter, Jurassic Park, Rencontres du troisième type, E.T., Les dents de la mer et bien sûr les incontournables Star Wars et Indiana Jones. L'ensemble "Ciné-trio" spécialisé dans la musique de films sera à l'interprétation.

Suivront les concerts "Nouveaux mondes" le 17 janvier 2016 à 18h00 (avec des extraits de 1492 Christophe Colomb, Out of Africa, Mission, Greystoke, Le Nouveau Monde, Pirates des Caraïbes...) et "In love" le 6 février à 18h30 (Casablanca, West Side Story, Docteur Jivago, Ben Hur, Roméo et Juliette, Titanic...).

Et en attendant, pour un petit aperçu musical, rendez-vous ici !
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Soirée John Williams au Temple de Port-Royal
18 boulevard Arago - 75013 Paris
Réservations : 01 47 00 04 15

Informations sur le site de l'association

Jim Jarmusch en concert à Paris

Posté par vincy, le 4 février 2014

poster concert only lovers left alive jim jarmuschSélectionné à la dernière minute pour être en compétition du Festival de Cannes, Only Lovers Left Alive sort enfin en France, le 19 février.

Trois avant-premières sont organisées le mardi 11 février à 19h15 (dans les trois UGC Ciné-Cité de Paris : Les Halles, Bercy et Paris 19).

Mais surtout, une grande soirée est prévue à la Machine du Moulin Rouge (près de Pigalle). A partir de 22h15, les rockers new yorkais White Hills, Jozef Van Missem, Yasmine Hamdan et le groupe Sqürl - le groupe de Jim Jarmusch lui-même! - seront en concert. Le néerlandais Van Missem a composé la bande originale du film. La chanteuse libanaise Hamdam (qui a également écrit les musiques des films de Elia Suleiman) a enregistré deux morceaux de la BOF, "Gamil" et "Hal". Enfin, White Hills interprète leur morceau "Under Skin Or By name" lors d'une scène du film.

L'achat d'une place avant-première + concert vous coûtera 25 euros (ou 19 si vous avez une carte UGC Illimité) ; place avant-première seule est à 6 euros.

Only Lovers Left Alive est l'histoire de deux vampires passionnément amoureux. Eve (Tilda Swinton) réside à Tanger, au milieu de ses livres, tandis qu'Adam (Tom Hiddleston) se morfond à Detroit, où il cherche l'inspiration musicale. Leur relation intemporelle et éternelle est troublée par l'arrivée d'Ava (Mia Wasikoswka), la soeur d'Eve, symbole du monde moderne.

Le B.O. concert : la magie de la musique des films

Posté par cynthia, le 14 janvier 2014
vladmimir cosma le bo concert au grand rex

© fabien lemaire

Vendredi 10 janvier, la scène parisienne du Grand Rex a vibré durant le «B.O Concert» (lire notre actualité du 27 décembre 2013). Produit par l'Union des Compositeurs de Musiques de Films et animé par Vincent Perrot, ce concert exceptionnel a réuni pour la première fois le meilleur de la musique de film, un domaine où la France est prépondérante. Et sans surprise, la salle de 2700 places était quasiment pleine.

La Philharmonie du COGE (Chœurs et orchestres des grandes écoles de Paris), composée de 65 musiciens, 3 solistes et 20 choristes, a interprété, pendant près de 2h30, 25 partitions des bandes originales les plus mémorables du cinéma français, en présence de nombreux compositeurs tels que Cyrill Morin (Samsara), Éric Serra (Arthur et les minimoys), Vladimir Cosma, Claude Bolling ou Patrick Doyle (Indochine, Harry Potter et la coupe de feu).

C'est ainsi que le temps d'une soirée, les spectateurs ont pu revivre les aventures d'Arthur dans Arthur et les minimoys, repenser aux lèvres de Scarlett Johansson dessinées par Colin Firth dans La jeune fille à la perle ou encore songer à la tentative de suicide de Jean Dujardin dans le film The Artist. Cette soirée a également offert l'occasion d'entendre une sélection d'œuvres de compositeurs français membres de l'UCMF, l'association professionnelle qui œuvre au rayonnement de la musique de film depuis 10 ans.

Certes, le son prédominait, mais c'est bien le cinéma qui était au cœur de cette soirée. À travers des musiques qui ont fait pleurer ou rire le public, le B.O concert a proposé au public une manière de vivre le cinéma autrement. Ce n'est plus l'image qui nous émouvait, mais bel et bien le son et les partitions qui ont fait de ces films ce qu'ils sont. ICar il faut bien l'admettre, que serait le septième art sans la musique?

Musique et cinéma: un mariage plus que réussi

Apparue en 1908, la musique de film est rapidement devenue incontournable. Débutant en temps que simple support sonore, elle a petit à petit dépassé son rôle d'illustration filmique pour apporter un sens au film et devenir un personnage à part entière. Qu'aurait été la scène de la douche du célèbre Psychose d'Hitchcock sans sa musique stridente ? Certaines musiques deviennent si marquantes qu'elles vivent de manière autonome leur propre vie, en dehors du film. Elles deviennent un disque que l'on écoute sans plus se soucier des images, chez soi ou dans le train. Elle peut aussi devenir le symbole d'une génération, l'air du temps que l'on reproduit partout, des émissions de télévision aux publicités. Ainsi, dix albums ont vendus plus d'un million d'exemplaires en France : La fièvre du samedi soir en tête, devant Le Grand Bleu, Les Choristes, Titanic, The Bodyguard, Grease, Flashdance, Le Roi lion, Dirty Dancing et Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain.

Les professionnels du cinéma sont conscients de l'importance de la bande originale, et en particulier de l'émotion qu'elle suscite chez le spectateur. Les larmes aux yeux lorsqu'un violon fait entendre ses notes, l'excitation provoquée par une musique saccadée, la nervosité ou l'angoisse d'une musique effrayante : la musique est le meilleur partenaire du cinéma depuis toujours et pour longtemps. A quand un prix de la meilleure musique dans les grands festivals?

Un B.O. Concert pour rendre hommage à la musique de film

Posté par vincy, le 27 décembre 2013

Pour le 10e anniversaire, l’Union des Compositeurs de Musiques de Films organise un événement unique, le B.O CONCERT. Ce concert n'aura lieu qu'une seule fois, le 10 janvier, à 20h.

Pour l'occasion, les compositeurs césarisés, oscarisés et légendaires seront derrière le pupitre : Alexandre Desplat (5 nominations aux Oscars, un Golden Globe, 3 Césars), Eric Serra (un César), Gabriel Yared (un Oscar, un Golden Globe, 2 Césars), Claude Bolling (2 nominations aux Césars), Ludovic Bource (un Oscar, un Golden Globe, un César), Vladimir Cosma (2 Césars), Francis Lai (un Oscar, un Golden Globe, un César), Jean-Claude Petit (un César), Michel Portal (trois Césars), mais aussi Jean-Michel Bernard, Antoine Duhamel (5 nominations aux Césars), Cyril Morin et Philippe Rombi (2 nominations aux Césars). Avec en guest-star, le britannique Patrick Doyle (2 nominations aux Césars, Oscars et Golden Globes). Desplat, Yared et Doyle ont également été primés plusieurs fois aux World Soundtrack Awards.

Un orchestre philarmonique, composé de 65 musiciens, 3 solistes et 20 choristes, qui rejouera 25 partitions de bandes originales de films. Au programme les musiques de La jeune fille et la perle, Full Frontal, La Science des Rêves, Borsalino, The Artist, Ridicule, Love Story, Le Hussard sur le toit, Cyrano de Bergerac, Samsara, Arthur et les Minimoys, Camille Claudel et Indochine, entre autres.

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Réservations des tickets en ligne sur le site de la Fnac

Le dernier spectacle de Camille utilisé pour le premier film de Raphaël Neal

Posté par vincy, le 19 mai 2012

En attendant Emily Simon devant la caméra de Stéphane Foenkinos, en s'impatientant de voir Brigitte Fontaine revisitée par Benoît Delépine et Gustave Kervern dans Le grand soir (Un certain regard, Cannes 2012), Le Film Français nous annonce la chanteuse Camille au cinéma! Actuellement en tournée avec son dernier disque "Ilo veyou", magnifiquement mise en scène par Robyn Orlin, l'artiste qui utilise son corps et sa bouche comme personne pour en faire des instruments à part entière s'invite dans le premier film du photographe Raphaël Neal, Fever.

Adapté du roman éponyme de Leslie Kaplan, elle n'y fera qu'une apparition, dans une scène de concert, enregistrée mardi dernier au Trianon, à Paris. Cependant Camille joue un personnage, portant une perruque blonde (qu'elle n'a pas habituellement sur scène) : une chanteuse à la mode du début des années 2000.

Elle composera également la BOF. Camille a déjà joué dans Les Morsures de l'aube, d'Antoine de Caunes, et avait fait du doublage de Colette dans Ratatouille. On l'a aussi vue sur le petit écran dans Bulles de Vian.

Fever continuera de se tourner au début de l'été. Le film réunit Julie-Marie Parmentier, Pascal Cervo et Pierre Moure. Il s'agit de l'histoire de deux brillants lycéens qui ont assassiné au hasard une inconnue dans la rue. Le film sera prêt fin février 2013.

BENDA BILILI ! en DVD

Posté par Claire Fayau, le 6 mars 2011

Benda BililiAvant d'être un titre de film, Benda Bilili est un orchestre de rue du Congo Kinshasa composé de musiciens paraplégiques qui se produisent désormais dans les plus grandes villes du monde. C'est donc un véritable conte de fées qu'ont suivi les documentaristes Renaud Barret et Florent de La Tullaye pendant les 5 ans qu'a duré leur aventure auprès du Staff Benda Bilili.

Pourtant, au départ, le sujet pouvait paraître plombant, voire carrément misérabiliste : la pauvreté, la galère, la maladie... Il fallait une bonne dose d'optimisme pour percevoir le potentiel à la fois joyeux et universel de ces destins hors normes, et pour en faire ce documentaire chaleureux et empathique. Mais la force de Benda Bilili!, c'est justement d’aller au-delà des apparences, et c'est pourquoi il faut voir ce film qui va au-delà des clichés que l’on pourrait avoir sur la musique, l’Afrique ou le handicap.

Cela tombe bien, depuis le 1er mars dernier, le film est disponible en DVD. L'occasion de (re)découvrir Roger, l'enfant des rues, et Ricky, qui rêve de faire du Staff Benda Bilili le meilleur orchestre du Congo Kinshasa, mais aussi de suivre tout le staff de répétitions en galères, de déconvenues en bonnes surprises. Jusqu'au jour du départ, quand les musiciens s'envolent pour la première fois hors du pays pour se produire sur scène. Et puis bien sûr, il y a les traditionnels bonus, parmi lesquels des titres à télécharger, le récit de leurs aventures cannoises (le film a fait l'ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs en 2010) et de nombreuses scènes coupées.

On découvre ainsi comment Roger construit son monocorde à partir d'éléments de récupération. Au travers de plusieurs séquences de rue, on perçoit l'ambiance mais aussi les rapports de force entre les musiciens. Certains passages sont carrément savoureux, comme la perplexité gourmande des membres du staff devant une statue de Kate Moss à Oslo.

Enfin, il y a les extraits musicaux, bien sûr ! Une musique pleine d’énergie et de joie de vivre communicative à découvrir absolument en live. Justement, le staff est en tournée en France à partir du 15 mars. Parmi les 27 dates qu'ils assurent dans le pays,  il y en a forcément une près de chez vous...

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Benda Bilili! de Florent de la Tullaye et Renaud Barret
DVD disponible à partir du 1er mars 2011
Éditions Studio 37 et Sophie Dulac Distribution

A voir : le site internet officiel
A écouter : l'album "Très très fort"

Justin Bieber Never say Never : un être assexué et désincarné comme fantasme

Posté par vincy, le 22 février 2011

Never Say Never raconte l'histoire vraie de Justin Bieber, devenu le phénomène mondial que l'on connait. Le public découvrira son incroyable parcours, de Stratford au Canada où il jouait dans la rue jusqu'à son concert à guichets fermés au Madison Square Garden. Découvrez cette fulgurante ascension et rentrez dans l'intimité de cette jeune star internationale.

Le synopsis est évidemment grandiloquent. On en a vu des jeunes stars "phénoménales" se briser les ailes : voix muée, problèmes personnels, changements de staff, évolution des goûts de leurs fans... Alors autant profiter de la Justinmania, comme les studios ont profité de la vogue Hannah Montana ou celle de Miley Cyrus.

Ces productions hollywoodiennes ne sont pas nouvelles. Britney Spears, Prince, Madonna, Elvis Presley, ... tous les artistes ont profité du cinéma pour flatter leur ego, parfois en filmant leurs tournées backstage, parfois en scénarisant légèrement un fil conducteur ponctué de chansons. Énième documentaire / concert, on est plus souvent hors de scène que dessus. La star a primé sur l'artiste. Un choix ou un constat?

Justin Bieber, ici, se livre en mélangeant son quotidien (fantastique), sa pression (incroyable), ses chansons (dingues ces cris hystériques ... Justiiiiiiiiiin)... La prière est un rituel. Et les guests ne se font pas prier pour venir sur scène. On y croise Jaden Smith, puisque l'acteur de Karate Kid avait déjà chanté la chanson du générique avec Bieber. Le tout en 3D pour être plus proche des boutons d'acnée, les toucher, les percer... ah le rêve.

L'affiche nous le présente mélancolique, tourné vers le passé, le visage moins gamin. Avec sa capuche, il ressemble à un Eminem light. Toujours cette mèche, en vogue, comme une vague...

Du coup, malgré ses 21 millions de fans sur Facebook et 7 millions sur Twitter, il est parodié de partout, pour ne pas dire moqué. Snobé par les Grammy, adoré par les MTV Awards, il a fait craquer les adolescentes en deux albums, My World et My World 2.0 (quelle originalité, quelle modernité). 2,3 millions d'albums vendus aux USA, n°1 en Allemagne, en Australie, n°3 au Royaume Uni, n°4 en France... et pourtant aucun single à la première place... mais des concerts remplis à ras bord. On est loin des scores de Britney Spears ou Lady Gaga, cependant, côté ventes.

Loin de nous la volonté de minimiser son succès. Certes, cela a toujours existé les enfants stars. Celui-là, parfait blondinet sachant bouger sans une once de vulgarité sexuelle ou de sous entendus sensuels, correspond parfaitement à l'image fantasmée d'un adolescent doué, propre sur lui, ne se mêlant de rien. C'est de la pop, pas du rock.

À 17 ans, entouré de Usher, Rihanna et Miley Cyrus, ce canadien joue pleinement sur son innocence, préférant souvent les costards blancs aux noirs. Le sexe n'a pas sa place dans cette biographie d'un adolescent dont la vie est remplie de filles hurlant son nom. L'image de Bieber balançant sa mèche, au ralenti, pourra faire rire (on est plus proche d'un pastiche de publicité pour shampoing que d'un geste chorégraphique signifiant). Le documentaire ne transgresse jamais la ligne jaune qui départage le marketing du talent, la sincérité du calcul, les pensées intimes de la propagande.

Mais il faut supporter la musique durant 105 minutes. Quoiqu'on en dise, un docu sur U2, les Stones ou Michael Jackson, même imparfait, est toujours sauvé par le son.

Objet faussement lumineux de désir, Never Say Never est là pour combler un public. C'est du produit bien empaqueté permettant de survaloriser la marque Justin Bieber dans le monde. Il est censé incarner un rêve... Mais qui peut rêver d'être aussi formaté?