Cannes 2012 : le match Pop/Rock – Kylie Minogue vs. Pete Doherty

Posté par vincy, le 21 mai 2012

D'un côté, Kylie Minogue, chanteuse pop (tendance dance) australienne de 44 ans. De l'autre côté, Pete Doherty, auteur-compositeur-interprète rock (tendance post-punk ou garage selon les époques) britannique de 33 ans. Elle est une star mondiale depuis ses premiers tubes à la fin des années 80. Lui est moins connu mais pas moins respecté par la presse musicale depuis ses débuts avec son groupe The Libertines.
Kylie a connu des très hauts et des très bas, une renaissance spectaculaire en 2001 avec l'album Fever. Elle a aussi été l'égérie d'H&M durant une saison. La presse people s'est emballée pour sa liaison avec Olivier Martinez. La presse féminine a préféré compatir pour sa bataille intime contre un cancer du sein.
Pete est plus sulfureux. Les scandales ne manquent pas dans son parcours. Il fut même condamné à 14 semaines de prison pour conduite en état d'ivresse et non-respect de sa liberté conditionnelle. Alcool, drogue (addict à l'héro) et rock n'roll. Cela ne l'empêche pas de jouer aussi les mannequins de mode (Roberto Cavalli, The Kooples).
Kylie et Pete seront à Cannes. Elle en compétition, lui à Un certain regard. La minuscule et sexy australienne a commencé sa carrière en jouant dans des séries locales à gros succès (The Sullivans, Neighbours, ...). Dans les années 90, elle s'invite aux génériques de films de séries Z. En 2011, elle joue la fée verte, couleur de l'absinthe, dans Moulin Rouge!, qui ouvre le festival de Cannes. On l'entend dans le dessin animé Pollux, le manège enchanté, et elle fait une apparition dans un film bollywoodien. Mais cette année, elle surprendra assurément en incarnant une actrice dans Holy Motors, de Léos Carax. Un film d'auteur européen, il n'y a pas meilleur contre-emploi pour elle.
Le dandy grunge anglais va faire ses premiers pas au cinéma avec une réalisatrice elle aussi française, Sylvie Vehreyde. Adapté du roman autobiographique d'Alfred de Musset, Confession d'un enfant du siècle, il sera Octave, le narrateur trompé par sa maîtresse, et tombant amoureux d'une jeune veuve pieuse, interprétée par Charlotte Gainsbourg, qui incarne l'alliance de la pop et du rock.

Si musicalement, les deux chanteurs n'ont rien en commun, à Cannes, ils seront présents tous deux avec des films d'auteurs français. Ça devrait swinguer dans les soirées d'après projection...

Cannes 2012 : coup de gueule au féminin pluriel de Fanny Cottençon, Virginie Despentes et Coline Serreau

Posté par vincy, le 12 mai 2012

Il faut bien un début de polémique. Aujourd'hui, dans Le Monde, une comédienne, une réalisatrice et écrivaine et une cinéaste signent une tribune intitulée "À Cannes, les femmes montrent leurs bobines, les hommes leurs films". Fanny Cottençon, Virginie Despentes et Coline Serreau interpellent le plus grand festival du monde. Alors que l'égalité homme-femme est plébiscitée par les Français (et promise par le nouveau Président élu), ces trois artistes se plaignent de l'absence de réalisatrices dans la Compétition : "Les vingt-deux films de la sélection officielle ont été réalisés, heureux hasard, par vingt-deux hommes. Le Festival couronnera donc pour la 63e fois l'un d'entre eux, défendant ainsi sans faillir les valeurs viriles qui font la noblesse du septième art" ironisent-elles.

De fait Cannes - mais c'est aussi le cas de Berlin (1 en 2012) et dans une moindre mesure de Venise (5 en 2011) -  n'a jamais fait une grande place aux femmes dans la Compétition. Une seule Palme en 65 éditions (Jane Campion, La leçon de Piano, 1993, en photo) et l'an dernier, un "record" battu avec 4 réalisatrices en lice pour la Palme. Cette année, zéro (il y en a quelques unes dans les autres sélections). Berlin et Venise ont un palmarès très légèrement plus flatteur avec, pour chacun des deux festivals, 4 femmes ayant obtenu l'Ours d'or et Le Lion d'or.

"Messieurs, vous avez retrouvé vos esprits et nous nous en réjouissons. Le Festival de Cannes 2012 permet à Wes, Jacques, Leos, David, Lee, Andrew, Matteo, Michael, John, Hong, Im, Abbas, Ken, Sergei, Cristian, Yousry, Jeff, Alain, Carlos, Walter, Ulrich, Thomas de montrer une fois de plus que " les hommes aiment la profondeur chez les femmes, mais seulement dans leur décolleté" se moquent les trois signataires.

Mais elles sont plus virulentes : "Cette sélection exemplaire est un signe fort envoyé à la profession, et au public du monde entier. Car qui mieux que le plus prestigieux festival de cinéma au monde, pour être le porte-voix de cet immuable message. Avec une grande lucidité sur son rôle primordial, vous avez su empêcher toute velléité féminine de briguer une quelconque place dans ce milieu si bien gardé. Surtout, ne pas laisser penser aux jeunes filles qu'elles pourraient avoir un jour l'outrecuidance de réaliser des films et de gravir les marches du Palais autrement qu'au bras d'un prince charmant."

Potiches

Elles reprochent au Festival de Cannes de n'utiliser les femmes que comme potiches : "Ne suffit-il pas qu'elles puissent rêver d'être un jour " la " maîtresse de cérémonie de la soirée d'ouverture du Festival ! Bérénice Bejo en 2012, Mélanie Laurent en 2011, Kristin Scott Thomas en 2010. Les femmes sont de parfaites hôtesses, que l'on rendra heureuses d'un simple, " T'as de beaux yeux, tu sais ", ou autres compliments bien tournés. Des icônes troublantes aussi que vous savez laisser à leur juste place : en vitrine et sur papier glacé. Les affiches du Festival en témoignent : cette année c'est Marilyn Monroe qu'on célèbre, en 2011 Juliette Binoche, en 2009 Monica Vitti, et en 1989 une Marianne de la République incarnait le prestigieux Festival." "Elles sont célébrées pour leurs qualités essentielles : beauté, grâce, légèreté... Evitons-leur les affres de la direction d'une équipe de tournage, épargnons-leur la pénible confrontation avec les contraintes techniques d'un plateau. Qu'iraient-elles s'ennuyer dans le comité d'organisation où se prennent les décisions importantes et qui, pour preuve, n'a connu depuis sa création que des présidents ? Gardons aux hommes la lourde charge de ces fonctions rébarbative. Aux femmes les bobines à coudre, aux hommes celles des frères Lumière !" écrivent-elles avec grincement.

Au moins, reconnaissons au Festival, cette année, d'avoir respecter la parité dans le jury. La première Préisdente de jury fut choisie en 1965 (Olivia de Havilland). Au total, dix comédiennes ont présidé le jury cannois. Par comparaison, Venise n'a décerné ce poste que 4 fois (depuis 1987!). Mais Berlin semble imbattable avec 20 présidentes du jury depuis 1963!!!

Avec un peu de chance, nous verrons peut-être une femme monter les marches officiellement : la future Ministre de la Culture, dont le nom devrait être connu juste avant l'ouverture du Festival, mercredi.

Berlin 2012 : une édition tournée vers l’humain

Posté par MpM, le 16 février 2012

On nous avait annoncé une édition 2012 politique, engagée et bien ancrée dans son époque, à l'écoute des sujets de préoccupation et des bouleversements sociaux ou politiques actuels. Dans l'ensemble, on aura senti cette tendance des films présentés à Berlin à offrir des axes de réflexion sur le monde, soit en le filmant tel qu'il est, soit en s'inscrivant dans une atemporalité symbolique. Les cinéastes questionnent notre époque en s'intéressant à ses aspects les plus concrets : les difficultés sociales dans L'enfant d'en haut de Ursula Meier, l'engagement politique dans Indignados de Tony Gatlif, le communautarisme et le racisme dans Just the wind de Bence Flieghauf...

Dans l'ensemble, ce qui domine est une volonté de replacer l'être humain au centre de la société, qu'il s'agisse d'un individu sur le point de mourir (Aujourd'hui d'Alain Gomis), ayant subi un traumatisme indélébile (A moi seule de Frédéric Videau), expérimentant l'éternel dilemme entre spirituel et sensuel (Meteora (photo) de Spiros Stathoulopoulos) ou condamné à la prison à vie (César doit mourir des frères Taviani).

L'Histoire, quand elle s'invite, le fait par le biais d'histoires intimistes et individuelles. C'est au travers d'une rencontre amoureuse  tourmentée que l'on redécouvre le combat entre Lumières et Obscurantisme dans le Danemark du XVIIe siècle (A royal affair de Nikolaj Arcel), mais aussi la guerre en ex-Yougoslavie (Au pays du sang et du miel d'Angelina Jolie) ou la terrible occupation de Nankin par les Japonais en 1937 (Flowers of war de Zhang Yimou). Dans Jayne Mansfield's car de Billy Bob Thornton, c'est une famille dysfonctionnelle qui révèle les traumatismes du passé, de même que ce sont trois familles intimement liées qui subissent les bouleversements de l'Histoire dans la Chine du début du XXe siècle chez Wang Quan'an (White deer plain).

L'isolement et la solitude sont aussi le mal du siècle, qui plongent l'être humain dans une insécurité émotionnelle viscérale. Dans Postcards from the zoo d'Edwin, l'héroïne est plus à l'aise avec les girafes qu'avec ses congénères. Dans Young adult de Jason Reitman, la jeune femme interprétée par Charlize Theron a le sentiment d'être restée, seule, sur le quai de la gare, quand ceux qu'elle aimait montaient dans le train.

Vue comme ça, notre société n'a rien de reluisant, qui parque ses réfugiés dans des campements de fortune (Jaurès de Vincent Dieutre), oblige ses enfants à prendre les armes (Rebelle de Kim Nguyen) et ne propose que la violence comme forme de médiation (Captive de Brillante Mendoza).

Heureusement, le cinéma adore les contrastes, les contradictions et les Happy end. Malgré un constat souvent amer, ce panorama cinématographique délivre au final un message plutôt positif sur la capacité des choses à changer, et de l'être humain à progresser. C'est notamment flagrant pour les acteurs-détenus de César doit mourir, ou les amants secrets de Meteora, mais aussi pour le couple désuni de Gnade de Mathias Glasner, qui puisent dans l'adversité les ressources nécessaires pour se réapproprier son existence. Comme si le prochain stade de l'évolution, au lieu d'être politique ou social, se devait d'être tout simplement humain.

Berlin 2012 : la sélection officielle avec Jacquot, Mendoza, Taviani, Thornton, Jolie, Soderbergh, Daldry et les autres

Posté par MpM, le 9 février 2012

La sélection officielle du 62e festival de Berlin qui s'ouvre aujourd'hui fait une nouvelle fois la part belle à un cinéma d'auteur exigeant venu en priorité d'Europe (Danemark, Grèce, Hongrie, Portugal, Espagne...) et d'Asie (Philippines, Indonésie, Chine), laissant peu de place aux films venus d'Amérique du Nord : seulement deux sur dix-huit (le premier long métrage réalisé par Billy Bob Thornton et le nouveau film du Canadien Kim Nguyen) !

Automatiquement, les cinéastes retenus ne font pas partie (à quelques rares exceptions-près) des grands habitués des palmarès et des tapis rouges, ce qui promet à la fois un renouvellement salutaire, et de belles découvertes.

Pour trouver des réalisateur plus "grand public", il faudra donc se tourner du côté du "hors-compétition", qui accueille le premier film d'Angelina Jolie, les nouveaux opus de Stephen Daldry et de Steven Soderbergh, le très attendu Iron lady, et deux films d'action asiatiques signés par des maîtres du genre : Zhang Yimou et Tsui Hark.

Sur la papier, la section la plus prestigieuse du festival semble donc d'ores et déjà bien équilibrée, entre découvertes intrigantes et retrouvailles attendues. Exactement ce que l'on espère chaque année de Berlin, grand pourvoyeur en surprises cinématographiques, à qui l'on doit d'avoir su attirer l'attention avant tout le monde sur des auteurs comme Wang Quan'an, Hans-Christian Schmidt ou Asghar Farhadi. Le prochain est peut-être dans la liste ci-dessous...

Compétition

  • Les adieux à la reine de Benoît Jacquot
  • À moi seule de Frédéric Videau
  • Aujourd´hui d'Alain Gomis
  • Bel Ami de Declan Donnellan et Nick Ormerod
  • Captive de Brillante Mendoza
  • Cesare deve morire de Paolo et Vittorio Taviani
  • Childish Games d'Antonio Chavarrías
  • L´enfant d’en haut d'Ursula Meier
  • Gnade de Matthias Glasner
  • Home for the Weekend de Hans-Christian Schmid
  • Jayne Mansfield’s Car de Billy Bob Thornton
  • Just the Wind de Bence Fliegauf
  • Meteora de Spiros Stathoulopoulos
  • Postcards From The Zoo d'Edwin
  • Rebelle de Kim Nguyen
  • A Royal Affair de Nikolaj Arcel
  • Tabu de Miguel Gomes
  • Bai lu yuan de Wang Quan'an

Hors compétition

  • Au pays du miel et du sang d'Angelina Jolie
  • Extremely Loud and Incredibly Close de Stephen Daldry
  • The Flowers of War de Zhang Yimou
  • Haywire de Steven Soderbergh
  • Shadow Dancer de James Marsh
  • The Iron lady de Phyllida Lloyd
  • Flying swords of Dragon Gate de Tsui Hark

Cannes 2011 : une compétition en clair osbcur

Posté par vincy, le 14 avril 2011

1 715 films présentés et seulement 19 sélectionnés, en attendant d'éventuels ajouts. La compétition officielle de Cannes fait la part belle aux femmes (un record de quatre réalisatrices), n'oublie pas les premiers films (deux concourront pour la Caméra d'or), mais a délaissé les Amériques (un film américain seulement) au profit de l'Europe et de l'Asie.
Pour le reste c'est équilibré : huit habitués, huit novices et trois revenants.

La piel que habito de Pedro Almodovar
L'apollonide de Bertrand Bonello
Footnote de Joseph Cedar
Pater d'Alain Cavalier
Il était une fois en Anatolie de Nuri Bilge Ceylan
Le gamin au vélo des frères Dardenne
Le Havre d'Aki Kaurismäki
La femme mystérieuse (Hanezu no tsuki) de Naomi Kawase
Sleeping beauty de Julia Leigh (1er film)
Polisse de Maïwenn
The tree of life de Terence Malick
La source des femmes de Radu Mihaileanu
Harakiri 3D, mort d'un samouraï (Ishimei) de Takashi Miike
Habemus papam de Nanni Moretti
We need to talk about Kevin de Lynne Ramsay
Michael de Marcus Schleinzer (1er film)
This Must be the Place de Paolo Sorrentino
Melancholia de Lars von Trier
Drive de Nicolas Winding Refn

Berlin 2011 : retour sur la compétition

Posté par MpM, le 18 février 2011

Berlin 11Le maître-mot de cette 61e Berlinale aura sans conteste été l'hétérogénéité. Hétérogénéité des sujets et des styles mais aussi des films qui vont du très bon au médiocre. A plusieurs reprises pendant cette quinzaine, on se sera interrogé sur les critères de choix des sélectionneurs. Les très bons films étaient-ils si peu nombreux cette année, ou se réservent-ils tous pour Cannes ? Toujours est-il que pour le festivalier, la frustration le dispute à l'excitation. Car si ce n'était pas un millésime d'exception, on a malgré tout vu de bonnes choses, et une poignée de films profitent indéniablement de l'absence sérieuse de concurrence pour s'affirmer comme favoris au moment de la distribution des prix.

Asghar Farhadi et Bela Tarr bien placés

Deux longs métrages ont notamment fait forte impression sur la critique internationale, jusqu'à obtenir la note record de 3,6 étoiles (le maximum est de 4) dans le classement effectué par le quotidien 'Screen' à partir du vote de plusieurs journalistes internationaux. Il s'agit de Nader et Simin, une séparation d'Asghar Farhadi et du Cheval de Turin de Bela Tarr (voir actualité du 15 février). Le premier est iranien, ce qui peut influencer favorablement le jury : quel meilleur symbole de l'engagement en faveur de Jafar Panahi ? D'autant que sous ses dehors de drame familial, le film parle sans fard de l'Iran d'aujourd'hui.

Mais attention, le second est un concurrent de poids. Bela Tarr est un cinéaste envoûtant qui possède un véritable fan club... et Le turin horsecheval de Turin est annoncé comme son dernier film. Une oeuvre-somme qui peut être prise comme un testament, ou un ultime pied de nez. Pour les jurés, ce serait à la fois couronner une carrière magistrale et récompenser la quintessence d'un cinéma esthétique et sensoriel qui réinvente l'expérience même du cinéma. Chiche ? De toute façon, donner l'ours d'argent de la mise en scène à quelqu'un d'autre que Bela Tarr tiendrait du camouflet... à moins que le Maître n'obtienne carrément la récompense suprême.

Les oeuvres socio-politiques ont une carte à jouer

Bien sûr, le jury peut aussi partir dans une direction totalement opposée. On sait que les thématiques "lourdes", c'est-à-dire politiques, sociales ou historiques, font toujours leur petit effet. The forgiveness of blood de Joshua Marston entre dans cette catégorie (il raconte l'histoire d'un adolescent albanais contraint de vivre reclu chez lui pour éviter d'avoir à payer la dette de sang qui oppose sa famille à une autre) et a en plus l'avantage d'être maîtrisé et réussi. Sécheresse scénaristique, mise en scène nerveuse, acteurs qui sonnent justes... Le cinéaste américain  indépendant cumule les bons points.

Dans cette catégorie, Yelling To The Sky de Victoria Mahoney (sorte de Precious 2), Innocent Saturday d'Alexander Mindadze (avec la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en toile de fond), Margin Call de JC Chandor (sur fond de crise financière) ou Coriolanus de Ralph Fiennes (adaptation moderne de Coriolan de Shakespeare) peuvent également avoir touché le jury. Enfin, If not us, who ? d'Andres Veiel s'attaque à l'histoire récente de l'Allemagne (l'après-guerre et la montée des idéaux révolutionnaires) sans lui donner suffisamment de souffle et de fond pour véritablement convaincre. Pourtant, il bénéficie d'un casting de choix, et August Diehl comme Lena Lauzemis pourraient être récompensés.

Intimité et histoires de couples

Dans un style plus intimiste, The future de Miranda July, même s'il a déçu les fans de la première heure, est suffisamment rafraîchissant et profond pour mériter de figurer dans un palmarès (voir actualité du 15 février). D'autant que l'on a vu pas mal de couples se séparer lors de cette compétition, et celui de The future est celui qui a à la fois le plus d'humour et de style. En revanche, Come Rain Come Shine de Lee Yoon-ki (un homme aide sa femme qui le quitte à emballer ses affaires) et A Mysterious World de Rodrigo Moreno (un homme se retrouve seul et largué lorsque sa petite amie décide de faire une pause dans leur relation) ont choisi un style non narratif et minimaliste qui réduit très largement leur portée. N'est pas Bela Tarr qui veut, et l'on s'ennuie ferme devant ces deux tentatives de capter des instants et des émotions ténues dans un quotidien banalisé.

Les histoires d'amour finissent mal en général, et en particulier dans cette compétition berlinoise, puisque deux autres films intimistes présentent des couples qui échouent à exister. Dans Lipstikka de Jonathan Sagal, deux Palestiniennes vivent une histoire d'amour intermittente, qui les conduit toutes deux à une forme de folie et de malheur. Dans Our Grand Despair de Seyfi Teoman, deux Turcs amoureux de la même femme font semblant de ne pas voir que c'est leur amour l'un pour l'autre qui s'exprime de manière détournée. Dans les deux cas, on peut imaginer un double prix d'interprétation, tant les acteurs apportent finesse et profondeur aux deux intrigues, ou alors un  prix de moindre importance.

Quoi qu'il en soit, on retiendra de cette 61e compétition la difficulté des cinéastes à raconter de bonnes histoires ainsi que le pessimisme ambiant. Les couples se séparent, mais sans  passion, comme si au fond tout cela leur était égal. L'avenir est compromis. La liberté est peu de chose face au destin tout tracé par la vie. Et bien sûr, l'apocalypse n'est pas loin...

C'est pourquoi le palmarès consacrera-t-il au final bien plus qu'un film ou un réalisateur. En faisant son choix, le jury optera en effet d'une certaine manière pour une vision du monde et une proposition cinématographique déterminées.

Mimi Le Meaux, Kitten on the Keys, Roky Roulette à Paris dès décembre

Posté par vincy, le 10 juillet 2010

mimi le meaux dans tournee de mathieu amalricIrrésistibles au cinéma dans Tournée de Mathieu Amalric, les filles (et le mec) du Cabaret New Burlesque vont se produire au Théâtre de la Cité Internationale du 27 décembre au 15 janvier. 14 performances d'une heure qui mêlent érotsime, humour et satire sociale. Ce spectacle "queer" sur l'identité sexuelle tourne depuis près de 20 ans aux USA.

Mimi le Meaux, Kitten on the Keys, Dirty Martini, Julie Atlas Muz, Evie Lovelle et leur acolyte mâle Roky Roulette enflammeront la scène parisienne après avoir emballé la Croisette. Le filma  déjà séduit plus de 200 000 spectateurs en France depuis sa sortie le 30 juin.

Cannes 2010 : Hors-la-Loi pris en étau entre le cinéma et le tabou de la guerre d’Algérie

Posté par vincy, le 21 mai 2010

1 200 manifestants selon la police ont participé à  la commémoration rendant hommage aux "victimes françaises" de la Guerre d'Algérie et des massacres de Sétif, en marge de la première projection du film de Rachid Bouchareb, Hors-la-Loi. Parmi eux, on remarquait le député-maire de la ville de Cannes, Bernard Brochand, qui a initié cette commémoration. Des anciens combattants, des représentants d'associations de Harkis et de Pieds-noirs et le Front National ont rejoint de nombreux élus de l'UMP.

Lionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes, accuse le film, qu'il a enfin vu après avoir lancé une polémique sur la simple lecture du scénario (voir l'article sur les débuts de la polémique): c'est "un film partisan, militant, pro-FLN (...) il est encore pire que ce qui était annoncé".  "Je suis désolé que des chaînes françaises aient financé ce film, où l'armée française est comparée aux SS et où la police française est assimilée à la Gestapo".

Si le Secrétariat d'Etat aux anciens combattants n'est pas associé à l'initiative, la cérémonie de mémoire a reçu le soutien du sous-préfet, Claude Serra. "Ce sera la meilleure manière de valoriser la mémoire des victimes".

"Il a été fait pour ouvrir un débat dans la sérénité"

Bouchareb a profité de sa conférence de presse pour remettre le curseur au niveau cinématographique. "Hors la loi, c'est d'abord une grande saga". "Quand tout le monde ramène le film à Sétif, ce n'est pas la réalité. Ce film, si on peut lui donner une direction, c'est Il était une fois l'Amérique, c'est Il était une fois dans l'Ouest, c'est par moments Lawrence d'Arabie, Docteur Jivago. C'est le cinéma. Il y a une trame historique mais c'est d'abord une grande saga".  "La volonté était d'abord de faire un film, de faire un voyage dans l'Histoire et dans le passé. Tout ce qui arrive autour du sujet et du film aujourd'hui signifie qu'il y a encore aujourd'hui une question qui se pose sur le passé colonial. Et nous, on le découvre aujourd'hui avec vous".

"Le film n'est pas un champ de bataille, il n'est pas fait pour provoquer des affrontements, il a été fait pour ouvrir un débat dans la sérénité". "Chacun a sa petite histoire, ses blessures dans la grande Histoire. Alors effectivement, on filme dans Hors la loi du côté de personnages algériens. C'est mon choix, mais c'est universel. On a tous une mère, on a tous une famille, on a tous vécu l'injustice, elle n'est pas qu'algérienne, elle n'est pas que française, elle est valable pour tout le monde", a déclaré le cinéaste.

"Je n'ai pas à prendre en charge toute l'histoire, je fais du cinéma (...). Mais les politiques ont un énorme travail à faire: qu'ils le fassent maintenant, mais qu'on tourne une page définitivement et dans la sérénité".

Or, la zen attitude n'est pas de mise depuis un mois. La SACD a sympathiquement décerné le prix de la bêtise au député  Lionnel Luca, qui a répliqué avec une mauvaise foi flagrante (et un sous entendu digne des propagandes les plus nauséabondes) : "Faut-il avoir vu un film, que camoufle son auteur, pour en parler, lorsqu'on a lu le scénario avec une analyse historique et surtout les déclarations virulentes du réalisateur?".  "Que des gens qui se piquent d'appartenir au petit cercle inconnu "d'auteurs" puissent se commettre dans une pantalonnade de vaudeville en décernant un prix insultant à un élu du peuple sous prétexte que celui-ci dérange, en dit long sur le niveau et la qualité de ceux-ci...".

Symptôme du retour en force de la bonne conscience coloniale

Mais au delà de la SACD, c'est tout le corps culturel qui s'est uni contre Luca. Un texte publié sur Lemonde.fr et signé par Yasmina Adi Didier Daeninckx, François Gèze, Guy Seligmann et par les historiens Pascal Blanchard, Mohammed Harbi, Gilles Manceron, Gilbert Meynier, Gérard Noiriel, Jean-Pierre Peyroulou, Benjamin Stora et Sylvie Thénault, dénonce une campagne qui est le "symptôme du retour en force de la bonne conscience coloniale dans certains secteurs de la société française, avec la complicité des gouvernants".

"Ceux d'entre nous qui ont été invités comme historiens à voir le film ont aussi des réserves précises sur certaines de ses évocations du contexte historique de la période. Mais le travail d'un réalisateur n'est pas celui d'un historien et n'a pas à être jugé par l'Etat. Personne n'a demandé à Francis Ford Coppola de raconter dans Apocalypse Now la guerre du Vietnam avec précision historique".

Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a estimé mardi que "les débats sur le drame de la guerre d'Algérie sont sains". "On ne peut pas parler sans passion de la guerre d'Algérie. Ce n'est pas un film d'histoire, c'est une fiction. La liberté de créer doit rester complète."

Le vice-président de la région délégué à la culture Patrick Mennucci (PS) rejoint la position des artistes et du Ministre de la Culture : "Comme toute fiction, ce film est le reflet de l'interprétation de son auteur. Il relève avant tout de la liberté de création et d'expression".

Le débat a traversé la Méditerranée. La ministre algérienne de la Culture, Khalida Toumi, a estimé  qu'il "n'est pas normal qu'un membre du gouvernement français (Hubert Falco, secrétaire d'Etat à la Défense et aux anciens combattants) se permette d'émettre un avis sur un film qu'il n'a jamais vu et demander l'avis du service historique du ministère de la Défense français. "

Cannes est là pour servir le cinéma et accueillir les débats qui vont avec

Si le Festival a l'habitude des passions et des polémiques, celle-ci obligeait quand même les organisateurs à des mesures exceptionnelles. Une réunion tard hier soir avec les Renseignements Généraux avait lieu pour prévoir d'éventuels débordements lors des cinq projections prévues d'ici à dimanche.

Thierry Frémeaux, chargé de la sélection du film en compétition du Festival,  a rappelé quelques principes. "Si la polémique reste à hauteur du débat d’idées, nul ne doit s’en plaindre, ni ceux qui ont produit le film, ni ceux qui s’en font les adversaires. Dans les deux cas, que la liberté d’expression s'exerce pleinement, c'est tant mieux. Mais pour l’instant, les jugements portés sur Hors-la-loi ne concernent que le scénario, pas l'oeuvre achevée. Et je salue la sagesse du ministre de la Culture qui, n’ayant pas vu le film, ne s’est pas exprimé sur le sujet."

"L’art ne se résume pas à échanger des mots d’amour, il contribue aussi à visiter la grande et les petites histoires. Cannes est là pour servir le cinéma et accueillir les débats qui vont avec". "Mais il est fréquent qu’on instrumentalise le festival. C’en est presque une tradition ! Sa notoriété est telle que cela peut se révéler efficace. Si c’est pour discuter, voire se disputer, pourquoi pas ? Pour s’affronter et s’invectiver, non".
"Nul ne laissera le festival être troublé outre-mesure par une controverse excessive. La première mission du festival est de montrer des films, de donner un instantané de la création, de se faire l’écho des metteurs en scène."

Ecran Noir, au delà du jugement sur la qualité cinématographique du film, est entièrement d'accord avec la primauté de la fiction et de la création sur la vérité historique, au nom de la liberté de création. C'est la différence avec un documentaire. C'est aux élus d'avoir une position digne, respectueuse et juste des faits historiques pour que les tabous du passés ne soient pas des traumas du présent. C'est à l'Education nationale et aux Historiens d'enseigner et d'expliquer la vérité.

Cannes 2010 : Qui est Elio Germano ?

Posté par vincy, le 21 mai 2010

elio germanoEt c'est qui ce bello ragazzo? Elio Germano. L'un des acteurs les plus connus en Italie. Ce romain de 30 ans monte les marches avec le seul film italien en compétition, La nostra vita. 18 ans après ses débuts (avec déjà un rôle principal), il profite, après une formation théâtrale solide, de l'adolescence pour percer. Et lancer son groupe de rap Bestierare.

Ettore Scola l'immerge dans un casting quatre étoiles dans Concurrence déloyale (avec Depardieu, Castellito...), film qui revient sur l'antisémitisme en Italie au temps du fascisme. Il a à peine vingt ans, joue les italiens charmeurs.  Mais c'est l'année suivante, en 2002, que le public fait vraiment sa connaissance avec le sublime Respiro (Prix de la semaine de la critique à Cannes).

Si ces autres films en Italie ne passe pas forcément les frontières, il obtient des personnages de plus en plus importants. Il abandonne progressivement les planches, sollicité par le petit comme le grand écran.

En 2004, Che ne sarà di noi, de Giovanni Veronesi, lui permet d'avoir sa première citation au César italiens, des David di Donatello. Enorme succès dans son pays, ce film douze fois nommé lors de la cérémonie annuelle, il y est un adolescent rebelle, refusant le conformisme que son père veut lui imposer.

Les films qui suivent (y compris une version du Dernier Tango à Paris) ne frappe pas les esprits. En 2005, Abel Ferrara l'utilise en second-rôle dans Mary (avec Juliette Binoche). Et la même année, il joue "la souris", l'un des membres du gang de Romanzo Criminale, qui révèle surtout Riccardo Scarmarcio, aux cotés des stars italiennes de la nouvelle génération Stefano Accorsi et Kim Rossi Stuart. Le polar est un hit international, reçoit de multiples prix.

Le public français le remarque aussi l'année suivante dans Napoléon et moi, où il incarne un jeune professeur idéaliste chargé de servir l'empereur (Daniel Auteuil) en exil.

En 2007, il fait la connaissance du réalisateur de La nostra vita, Daniele Lucchetti. Mon frère est fils unique lui fait de nouveau partager l'affiche avec Riccardo Scarmarcio. Deux frères antagonistes. Germano remporte le Donatello du meilleur acteur et se retrouve dans les cinq acteurs nommés aux European Film Awards.

Les quelques films suivants ne remportent pas tous le même succès, malgré quelques participations dans des festivals prestigieux internationaux. On le croise même dans le récent Nine. Avec cannes, c'est un peu quitte ou double. Dans ce film, entre Moretti et Loach pour ses influences, il incarne un italien col bleu et père de famille. "J'ai essayé d'avoir le même genre de regard que pour tous les personnages, sans cliché. Le prolétariat n'a pas, comme c'est souvent le cinéma, à souligner sa vulgarité ou son sens politique. Je déteste ces films qui veulent prouver quelque chose."

Cannes 2010 : Qui est Doug Liman ?

Posté par vincy, le 20 mai 2010

doug limanIl est devenu l'un des spécialistes du film d'action, d'espion, des thrillers à neurones, avec une bonne dose de glamour. Doug Liman a cette année les honneurs de la compétition cannoise avec Fair Game, qui réunit Naomi Watts et Sean Penn.

Mais reconnaissons-lui un véritable sens du montage, du découpage, de la mise en scène de plans complexes, sans renier la psychologie des personnages, ni même l'humour parfois.

Ce grand gaillard new yorkais de 45 ans reçoit là son plus grand honneur. Jamais cité aux Oscars, il est avant tout un réalisateur adoré des studios pour ses succès au box office.

Son premier film, Getting In, est déjà un mélange de comédie, de romance et de thriller. Mais c'est Swingers, en 1996,qui le fait connaître. Il envoie le scénario de cette comédie dramatique écrite par le comique Jon Favreau (réalisateur d'Iron Man et sa suite). Hollywood est enthousiaste mais quand il s'impose comme réalisateur, les studios refusent de prendre le risque. Du coup, il le réalise avec 200 000 $, le casting de son choix et le film rapporte 20 fois ce qu'il a coûté. Le National Board of Review l'honore d'une mention spéciale et le public MTV le sacre meilleur cinéaste. Trois ans plus tard, avec Go, il affirme son style énergique. Il reçoit une fois de plus une reconnaissance spéciale du National Board of Review, et une citation de meilleur réalisateur aux Independant Spirit Awards. Le film rapporte là encore trois fois son budget. De quoi se faire remarquer.

On lui propose alors d'adapter un best-seller mélangeant noirceur et action, espionnage et complot. La narration est complexe. La star est Matt Damon. La mémoire dans la peau récolte 190 millions de $. Il produira  les deux suites. Sa carrière est lancée. Il a eu le flair de transformer le genre, avec un univers ultra-réaliste, des cascades cadrées différemment (sa poursuite de voiture restera inégalée jusqu'à celle de Paul Greengrass dans la suite), une tension qui renvoie James Bond aux films de super-héros peu crédibles.

Il reçoit alors le scénario de Mr & Mrs Smith. Rassemble Brad Pitt et Angelina Jolie, créant ainsi le couple au cinéma comme dans la vie. Le film engrange 400 millions de $. La force du thriller est surtout d'être une parabole d'un couple qui essaie de sauver sa relation. Liman est désormais l'un des réalisateurs les plus demandés par Hollywood.

Il s'amuse alors avec Jumper, son film le plus inégal, ou prévisible. Il tâte la science fiction, apprend les effets spéciaux les plus sophistiqués. Et l'entreprise s'avère malgré tout rentable. Fair Game l'oriente cependant vers un film plus politique. En attendant son retour au pur divertissement avec Les Trois mousquetaires, revu et corrigé par ses soins.