Des salles de plus en plus numériques

Posté par vincy, le 26 septembre 2011

Le CNC a publié son dernier baromètre trimestriel sur l'extension du parc de salles numériques en France. A la fin juin 2011, c'est près de la moitié des écrans qui sont ainsi équipés. La progression continue d'être impressionnante : de 963 fin 2009, ils sont passés à 2 686 en juin 2011. En trois mois, 533 nouveaux écrans sont devenus numériques.

688 établissements (117 de plus qu'en mars, 381 de plus qu'en décembre 2009) ont ainsi fait leur bond en avant. 451 d'entre-eux sont même équipés à 100%. Grâce au coup de pouce du CNC, cela bénéficie surtout aux salles disposant de moins de 3 écrans (355 établissements soit plus de la moitié des exploitants équipés en numérique).

Les régions les plus numérisées sont à l'Ouest de la France : Bretagne (64,8 % des écrans), Aquitaine (64,5 %) , Pays de la Loire (61,8 %). La Corse, la Picardie et la Bourgogne sont, à l'inverse, à la traîne avec moins d'un tiers des écrans numérisés. En Île-de-France 108 établissements proposent 568 écrans numériques.

Le CNC dispose d'une aide à la numérisation des salles de cinéma  : elle s'adresse prioritairement aux établissements, de un à trois écrans, n'appartenant pas à un circuit ou groupement exploitant plus de 50 écrans. La dernière commission, en juillet dernier, a accordé des aides à une soixante de salles, pour un montant compris entre 8 594 euros (Le Magnoac à Cizos dans les Hautes-Pyrénées) et 198 021 euros, juste en dessous du montant de 200 000 euros maximum (La Pleiade à Cachan dans le Val de Marne).

Eric Garandeau, président du CNC, va lancer « Le jour le plus court » (entretien)

Posté par vincy, le 18 septembre 2011

Ecran Noir a rencontré le nouveau patron du CNC, Eric Garandeau. L'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy pour la communication a pris les commandes de ce "ministère bis" dont il fut le directeur financier. De gros chantiers sont en cours pour être à la hauteur des enjeux - défense d'un cinéma mondial diversifié, renouvellement des talents, nouveaux modes de diffusion... L'interview intégrale précise sa stratégie et le contexte dans lequel évolue le secteur.

Par ailleurs, il nous a annoncé la création d'une manifestation dédiée au court métrage : "Nous allons lancer « Le jour le plus court ». Dans le même souci de valoriser la production de courts métrages, qui est aussi une école de renouvellement des talents et des écritures, nous voulons promouvoir ce genre, qui est très varié. Ce serait le pendant de la fête de la musique mais pour l’image. Cela comprendra les productions communautaires des internautes, des films plus artisanaux aussi et puis tout le travail qui se fait dans les écoles et les milieux socio-éducatifs. Ce serait sur tous les écrans le 21 décembre, qui est le jour le plus court de l’année. Il s’agit d’être présent sur tous les écrans, ceux des cinémas, les chaînes de télévisions, les sites web… L’opération devrait être lancée officiellement cet automne."

Intégralité de l'entretien réalisé à Cannes.

Les Compositeurs de Musiques de Films s’interrogent sur leur médiatisation

Posté par vincy, le 25 juin 2011

Le jeudi 30 juin à  la Cinémathèque française, les Compositeurs de musiques de films se donnent rendez-vous entre 17h30 et 21h pour débattre de leur place dans les médias. "La Musique de films et les Médias" est un débat animé par Vincent Perrot, auteur il y a quelques années de B.O.F. : les musiques de l'écran, pour expliquer la position marginale de la musique de film dans notre culture.

Organisée par l'Union des Compositeurs de Musiques de Films, cette Rencontre réunira Catherine Ruelle (RFI), Frédéric Gimello-Mesplomb (ESJ tours/Université de Metz), Pierre Langlais (Le Mouv’, Télérama...), Thierry Jousse (Radio France), Olivier Desbrosses (UnderScores) et Benoît Basirico (Cinezik).

La musique de film souffre de notoriété voire de respect. Absente de la plupart des radios (hormis FIP, les radios de musique classique et de jazz), maltraitée par les producteurs qui trouve l'investissement superflu, pas forcément intégrée dans les dossiers de presse, rarement distribuée sous forme de disque : les maux ne manquent pas.

En quête de valorisation et de respectabilité, les compositeurs cherchent, à travers ce débat, des réponses à leurs questions :  Quelles relations entretiennent les journalistes avec les compositeurs et vice-versa ? Quel est l’intérêt des rédactions pour la profession et pour ses oeuvres ? La musique de film au sens le plus large est-elle reconnue comme une oeuvre artistique par la presse ? Comment le dossier de presse d’un film parle t-il de la musique de ce même film ?

Une mission spécifique commandée par le CNC

Parallèlement, le Centre national de la cinématographie et de l'image animée (CNC) a renouvelé la composition du comité d'aide à la musique de films de longs métrages pour une durée de deux ans. Cinq nouveaux membres ont été nommés : Marc-Olivier Dupin - à qui a été confié une mission de réflexion sur la place de la musique originale dans le processus de création cinématographique et audiovisuel au sens le plus large et sur les moyens à mettre en œuvre pour améliorer cette place - a rejoint le comité d'aide à la musique où siègent Bertrand Bonello, compositeur et réalisateur, Mishka Assayas, journaliste, Cyril Holtz, ingénieur du son et de Bertrand Burgalat, compositeur et producteur.

Ce comité étudiera et sélectionnera les projets musicaux pour distribuer des subventions (4 000 à 20 000 €). En 2011, l'enveloppe globale de la dotation s'élève à 400 000€.

L’avant-première de Bercy d’Harry Potter 7 (2e partie) fait déjà du bruit

Posté par vincy, le 15 juin 2011

Complet. C'est ce qu'annonçait en mai dernier Warner Bros à propos de la plus grande avant-première organisée en France : Harry Potter et les Reliques de la mort, 2e Partie au Palais Omnisports de Paris-Bercy le 12 juillet prochain (25 €). (voir actualité du 18 avril)

Mais dans un contexte où les salles de cinéma sont angoissées par un tassement de la fréquentation et où les organismes institutionnels s'alarment de la programmation d'événements extra-cinématographiques dans les salles de cinéma (sport, opéra...), rien n'est anodin pour défendre son pré-carré. Un film en avant-première à Bercy, à quand le Stade de France en salle IMAX?

Premiers à réagir, les membres de l'ARP. Cette séance "va priver d'un grand nombre d'entrées, en une seule fois, le marché de l'exploitation cinématographique parisien". L'argument est faible quand on sait que le premier épisode de HP 7 a attiré 8 141 entrées à la séance de 14h le 24 novembre dernier (sur 25 copies). C'est à peu près le même nombre de fans qui assistera à l'avant-première de Bercy (la jauge est prévue pour 8 000 spectateurs).

Le problème de la Taxe Spéciale Additionnelle est davantage problématique : cette séance ne serait pas soumise au paiement de cette taxe qui aliment le compte de soutien du CNC (10,72 % du prix du billet).

L'ARP alerte sur "la nécessité d'une réforme des textes si de nouvelles séances de cinéma, purement commerciales, venaient à échapper à un corpus articulé de règles, établies de longue date, sur la billetterie, les autorisations d'exercice et la taxe sur le prix des entrées de cinéma".

C'était le 8 juin. Depuis la SRF et l'Acid s'en sont mêlés. Pour les mêmes raisons (8 000 spectateurs en moins, soit environ 1% de la fréquentation moyenne parisienne des épisodes de la saga) et 21 000 € qui ne se réinvestiront pas dans la production. "Lieu non cinématographique", "mépris des règles", "recette de 200 000  €" diminuant d'autant les exploitants et défiant le système redistributif national. Or là, souci : certes ces spectateurs vont en effet rapporter 200 000 € à Warner (il faudra quand même retirer les frais de location de Bercy, et tout ce qui accompagne l'organisation d'un tel événement), mais dans une salle ils payent en moyenne leur billet 6 euros (un peu plus avec l'ajout 3D). Ce qui fait un manque à gagner de moins de 50 000 euros. Pas négligeable, mais moins dramatique.

Ceci dit, toutes ces questions sont justifiées : que ce soit pour du sport diffusé dans les salles ou du cinéma diffusé dans une salle omnisport, il est urgent d'établir des règles claires (quotas, obligations...) qui permettront à chacun d'y trouver son compte.

Cannes 2011 (bilan) : ils veulent tous la place de Gilles Jacob

Posté par redaction, le 31 mai 2011

Lors de ce 64e Festival de Cannes, le Palais a bruissé de rumeurs, de commentaires sur les rapports de forces, soulignant une emprise toujours plus grande de Thierry Frémeaux, ou s'inquiétant de l'éventuel départ de Gilles Jacob. L'affaire Lars Von Trier a d'ailleurs (d)étonné puisque le cinéaste danois est ami avec les deux hommes.

Mais en France, tout est politique. Maintenant que le Palais se transforme (en blanc, c'est plus beau), que la gare de Cannes va se métamorphoser (enfin), que le virage du numérique est bien engagé (le site du Festival est un modèle), que la sélection officielle a été bien accueillie (et même mieux que ça), que le Marché du film est en forme, certains sous-entendent qu'il faudrait remplacer le Pape.

Quelle drôle d'idée. Gilles Jacob, délégué général depuis 1977, président du Festival depuis 10 ans, est indissociable du Festival. Surtout, il n'y a pas grand chose à lui reprocher. Il assure le "job" quand Jafar Panahi est arrêté et interdit de filmer, quand il faut expliquer la révolution technologique actuelle, quand il faut se faire l'ambassadeur d'un Festival plus que jamais "pays des cinémas du monde". Il est un fervent cinéphile, un passionné habité, un symbole atemporel dans ce monde qui va (inconsciemment) trop vite.

Grâce à lui, le Festival de Cannes est resté le plus grand festival de cinéma du monde durant 25 ans. C'est sans doute pour cela que le poste de Gilles Jacob attise les convoitises. Nombreux sont ceux qui veulent cette place si prestigieuse. Cumulard (Alain Terzian, président des César), ex-Ministre qui se croit toujours Ministre (Jack Lang) ou Ministre qui voudrait être ex-Ministre (Frédéric Mitterrand), personnalité politico-cinématographique (Marin Karmitz), anciens patrons de Canal + (Pierre Lescure, Marc Tessier) ou d'Arte (Jérôme Clément, qui se croyait encore le boss de la chaîne culturelle cette année sur la Croisette)... les candidats ne manquent pas. N'est-ce pas prématuré? Image-t-on le séisme que sa non réélection provoquerait dans le milieu?

Pourtant rien ne dit que Gilles Jacob ne sera pas candidat à sa propre succession en novembre. Nous le souhaitons, nous l'espérons. Et dans le cas contraire, le plus légitime des candidats ne serait-il pas Thierry Frémaux lui-même? Ce sera au conseil d'administration de choisir, voire de voter une modification des statuts. Dans le conseil, on retrouve, entre autres, le directeur du CNC, un représentant du Ministère de la Culture, le contrôleur d'Etat, un représentant de la ville de Cannes, un représentant du Syndicat Français de la Critique de Cinéma.

A la veille du 65e anniversaire du Festival, on imagine mal Gilles Jacob éconduit. Selon lui, le poste peut être occupé par des talents très divers : "tout le monde peut être directeur du Festival de Cannes, à condition bien sûr d'être très cinéphile, de travailler beaucoup et d'avoir un peu de chance. J'ajouterais la patience comme qualité essentielle. Mais alors, une énorme dose de patience !" Les prétendants vont devoir encore patienter 3 nouvelles années (durée d'un mandat).

Dans une interview de 2009, il évoquait avec humour cette succession : "je sais qu'un jour ma femme me dira : “Sais-tu que tu es en train de devenir gâteux ?” Je lui fais entièrement confiance pour ne pas me laisser faire l'année de trop."

Un bilan euphorique pour l’IFCIC

Posté par vincy, le 28 avril 2011

"En 2010, l’Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles (IFCIC) a enregistré une hausse très importante de son activité" indique le communiqué reçu hier mercredi 27 avril. L'IFCIC a créé un nouveau fonds de garanties dédié au théâtre privé "et, en décembre, par celle d’un fonds de garantie à la production cinématographique européenne doté par le programme MEDIA de l’Union". Il s'agit de mettre en œuvre un fonds de garantie à la production cinématographique "dont la dotation atteindra, à terme, 4 millions d’euros et permettra de garantir plus de 65 millions d’euros de crédits". Il vise à faciliter l’accès au crédit des producteurs indépendants du secteur cinématographique ressortissants des pays membres de ce programme .

Présidé par Guillaume Cerutti depuis un an, l'IFCIC que 2010 fut une année record en garantissant 375 millions d'euros de nouveaux crédits pour la production cinématographique, touchant ainsi 112 longs métrages. L'IFCIC soutient aussi le processus de numérisation des salles de cinéma indépendante.

L’IFCIC (Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles) est un établissement de crédit créé en 1983 pour faciliter l’accès au crédit des entreprises culturelles. Le Conseil d’administration de l’IFCIC a procédé dans le même temps à la cooptation en
son sein de Teresa Cremisi, PDG du groupe Flammarion, en qualité d’administrateur
indépendant, qui remplace l'ancien éditeur Claude Durand. Le mandat de l'éditrice de Michel Houellebecq court jusqu’en mai 2013 et il est renouvelable.

Le Conseil a également procédé "à la cooptation en son sein de la Banque Espirito Santo et de la Vénétie (BESV), nouvellement actionnaire de l’IFCIC, ainsi qu’à un réajustement des modalités de la représentation de son premier actionnaire, OSEO, suite à la fusion intervenue au 31 décembre dernier entre OSEO Financement et OSEO Garantie." OSEO est actionnaire à hauteur de 25,65% et l'Etat de 18,93%.

Le Conseil d’administration de l’IFCIC compte 15 administrateurs, dont 6 représentants des banques actionnaires, 6 représentants de l’Etat ou du secteur public, parmi lesquels un représentant du CNC, et 2 administrateurs indépendants.

L'IFCIC remet aussi un prix annuel à une société de production indépendante. L'an dernier, ce septième trophée avait récompensé THE FILM, producteur d'Espion(s) et du film d'Elia Suleiman, Le temps qu'il reste. Le prix est doté d'un chèque de 10 000 euros. Les lauréats précédents furent TS Productions (2004), Les Productions du Trésor (2005), Elia Films (2006), La Mouche du Coche (2007), les Films du Poisson (2008) et 2.4.7. Films (2009).

Le CNC a un nouveau Président, la Commission de l’avance sur recettes aussi

Posté par vincy, le 15 décembre 2010

Véronique Cayla, Présidente du CNC, a procédé à l'un de ses derniers actes (il restera les voeux fin janvier) de son mandat, qui s'achèvera en mars, quand elle remplacera Jérôme Clément à la tête d'ARTE.

Elle a nommé l'éditeur Paul Otchakovsky-Laurens (P.O.L.), ancien président de la SCELF (Société Civile des Editeurs de Langue Française), qui initia le Marché des droits (audiovisuels et littéraires) au salon du livre de Paris, à la présidence de la commission d’avance sur recettes pour une durée d’un an à compter du 1er janvier 2011. Il succède ainsi à Florence Malraux, nommée depuis juillet 2009.

La commission d’avance sur recettes est composée de trois collèges siégeant séparément, de trois vice-présidents et de 25 membres titulaires. Le président est commun aux trois collèges.

Selon le communiqué du CNC, le premier collège est compétent pour examiner les demandes d’avances avant réalisation présentées pour une première œuvre cinématographique de longue durée d’un réalisateur. Le deuxième collège est compétent pour examiner les demandes d’avances avant réalisation pour des œuvres de réalisateurs ayant réalisé déjà au moins un long métrage. Le troisième collège est compétent pour examiner les demandes d’avances après réalisation. (Liste en fin d'article).

Parmi les nouveaux entrants, on note l'écrivain cinéaste Virginie Despentes, le producteur Charles Gillibert (MK2), les réalisateurs Jean-Paul Salomé et Laetitia Masson, la productrice distributrice Fabienne Vonier ainsi que son confrère Michel Saint-Jean, les actrices Marilou Berry et Julie Delpy.

Le même jour, le Conseil des Ministres a entériné la nomination d'Eric Garandeau pour remplacer Cayla à la Présidence du CNC. Conseiller culture de Nicolas Sarkozy depuis 2008, inspecteur des finances, il est aussi un ancien du CNC où il avait exercé comme directeur financier.

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Au titre du premier collège : Vice-Président : Mme Miléna Poylo
M. Malik Chibane
Mme Florence Colombani
M. Charles Gillibert
M. Yannick Kergoat
Mme Laïla Marrakchi
M. Jean-Bernard Pouy
Mme Régine Vial

Au titre du deuxième collège : Vice-Président : M. Michel Saint-Jean
M. Karim Boukercha
Mme Virginie Despentes
M. Christophe Honoré
Mme Laetitia Masson
M. Jean-Paul Salomé
Mme Fabienne Vonier
M. Ariel Zeitoun

Au titre du troisième collège : Vice-Président : Mme Christine Gozlan
M. Sébastien Beffa
Mme Marilou Berry
M. Emmanuel Burdeau
M. Dante Desarthe
Mme Maïla Doukouré
Mme Alante Kavaïte
Mme Laura Koeppel
M. Eric Lagesse
M. Olivier Lorelle
Mme Anne Wiazemsky
Mme Françoise Widhoff

De nouveaux membres suppléants (en gras dans la liste) font également leur entrée au sein de la commission pour une durée d’un an à compter du 1er janvier 2011 :

Mme Caroline Champetier
M. Olivier Charvet
Mme Emilie Deleuze
Mme Julie Delpy
M. Jérôme Dopffer
Mme Laetitia Fèvre
Mme Marie Genin
Mme Fabienne Godet
M. Olivier Gorce
M. Benoît Graffin
Mme Baya Kasmi
Mme Anna Novion
Mme Claire Paoletti
M. Benoît Quainon
Mme Axelle Ropert
Mme Céline Sciamma

Roses à crédit d’Amos Gitaï hélas déjà fané

Posté par geoffroy, le 12 décembre 2010

Le dernier film d’Amos Gitaï, Roses à crédit, qui devait sortir sur les écrans le 15 décembre prochain, ne verra pas le jour au cinéma. Alors que tout était paré pour une sortie en bonne et due forme, le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) vient d’y opposer son veto.

L’argument avancé par la commission d’agrément du CNC est très simple : l’adaptation éponyme du roman d’Elsa Triolet produit par Images & Cie pour une chaîne de télévision,  France 2 en l’occurrence, fait de Roses à crédit un téléfilm et non une œuvre de cinéma à proprement dite. Peu importe, alors, que les différentes parties se soient mis d’accord sur un projet clairement défini comme cinématographique et destiné à sortir dans les salles de cinéma avant sa diffusion télé.

Il aurait fallu, pour que la commission d’agrément donne son aval, que le film d’Amos Gitaï  se décline en deux versions distinctes, l’une pour le cinéma, l’autre pour la télévision. Or la commission a estimé « qu'il n'y a qu'une seule œuvre. Dans ce cas, on ne peut pas accepter qu'un film soit diffusé sur une chaîne non payante seulement trois mois après sa sortie en salles. Si on remet en cause la chronologie des médias, c'est la mort de l'économie du cinéma. ». Ce que conteste Nicole Collet, productrice du film, considérant que « la version cinéma est pourtant plus longue, et donne surtout à la narration un autre éclairage en l’encrant dans un contexte historique différent ».

Insuffisant, semble t-il, pour une commission indépendante ayant comme objectif principal de veiller au respect d’une réglementation encadrant la production des films de cinéma selon des critères définis par le CNC lui-même. Doté d’un pouvoir consultatif, elle obtient donc sans peine l’interdiction d’un film en salles sous prétexte qu’il fut intégralement financé par la télévision. Peu importe que celui-ci possède des qualités artistiques évidentes que de nombreux journalistes ont déjà pu constater.

Confusion des genres

Mais revenons sur cette interdiction qui, outre son caractère incroyablement tardif (elle arrive une dizaine de jours avant la sortie du film), est à géométrie variable. N’est-il pas étrange, qu’en 2008, Plus tard, tu comprendras, téléfilm du même Amos Gitaï financé par Arte, ait été diffusé sur France 2 le 20 janvier 2009 puis le lendemain au cinéma sans que la commission n’y trouve rien à redire. Comment comprendre, par exemple, les différences de traitement entre les films d’Olivier Assayas, Carlos, et de Pascale Ferran, Lady Chatterley. Si le premier, intégralement financé par Canal +, aura été "désélectionné" du festival de Cannes pour des raisons de production (il a finalement été présenté hors compétition), le deuxième aura obtenu, sans contestation aucune, le double agrément de la commission. Nous le voyons, tout ceci est bien flou et discrédite un organe de contrôle se basant essentiellement sur des critères de financement, certes importants, et non vis-à-vis d’enjeux artistiques eux aussi bien réels. D’où l’ambiguïté de certaines situations ou de vrais films de cinéma sont interdits dans les salles de cinéma. Sans parler des incohérences à la marge relevées plus haut, exceptions rares mais ô combien symboliques d’un système ayant montré à plusieurs reprises ses limites.

Une sortie en salles n'est pas garante d'une existence dans les cinémas

Loin de nous l’idée de nier en bloc l’utilité d’un système (les raisons de sa mise en place est toujours d’actualité) qui, bon an mal an, fonctionne correctement. En effet, séparer la production cinématographique de la production en général est nécessaire, les chaînes de TV n’ayant pas à user et abuser d’une position enviable pour financer en sous-main leurs téléfilms. Le système est complexe, imparfait, voire pervers. Dans ce cas, doit-on s’en indigner et constater, incrédule, à la mise au placard d’œuvres cinématographiques parce que produites sur des fonds audiovisuelles alors qu’on nous abreuve toute l’année de films estampillés « cinéma » aux allures de mauvais téléfilms ? Bien sûr que non, mais que faire lorsque Alexandra Henochsberg, directrice de la société Ad Vitam (celle qui devait distribuer Rose à crédit) admet qu’elle n’est pas « certaine qu’il faille la réformer (la commission), moins encore la supprimer, même si nous sommes victimes d’un système qui manifestement ne fonctionne pas ».

Il ne s’agit pas, d’un coup d’un seul, de tout chambouler pour faire plaisir aux contestataires que nous aimons être. Non, ce qu’il faut c’est mettre en place, une bonne fois pour toute, une politique culturelle cohérente à même de garantir la pluralité des cinémas pour que des films comme Rose à crédit puisse exister sur grand écran. Il en va de la sauvegarde d’un cinéma de plus en plus difficile à financer se retrouvant l’otage des moyens de financement qu’on lui accorde. Résultat : au lieu d’aider des cinéastes à monter puis à diffuser leurs films, on les enterre lamentablement comme de vulgaires produits consommables non conformes. Le cinéma et l’art en général valent mieux que cela.

Le Sénat ne prend finalement que 20 millions d’euros au CNC…

Posté par vincy, le 25 novembre 2010

L'amendement proposé par le Sénat devait permettre de ponctionner 130 millions d'euros dans la "ganotte" du CNC, qui devrait recevoir un surplus de 174 millions à la fin de son exercice grâce à la croissance des ventes de DVD/Blue-Ray et l'augmentation des entrées en salles (voir notre actualité du 18 novembre dernier) .

Finalement, lors de l'examen du projet de la Loi de finances 2011, les Sénateurs ont adopté l'amendement mais celui-ci ne prévoit qu'un prélèvement exceptionnel de 20 millions d'euros, ce qui laisserait 154 millions d'euros au CNC. Mais, comme Canal + se voit aussi contraint de lâcher 20 millions d'euros pour contribuer au compte de soutien, les aides au cinéma ne seront pas affectées.

Surtout, le CNC va voir son budget sérieusement augmenter grâce à la contribution des Fournisseurs d'Accès à Internet.

La décision finale reviendra à la commission mixte paritaire (Assemblée Nationale + Sénat) qui devra statuer définitivement sur ce prélèvement.

Les 20 millions d'euros grattés sur l'aide au cinéma serviront, notamment, à financer l'Hadopi (12 millions d'euros de budget).

Le pactole du CNC convoité par le budget de l’Etat

Posté par vincy, le 18 novembre 2010

Le Sénat prendra-t-il 130 millions d'euros du bonus annuel du CNC ?  Le Centre National de la Cinématographie et de l'Image Animée va en effet bénéficier de 174 millions d'euros de recettes supplémentaires grâce aux taxes sur les entrées de cinéma, en forte hausse depuis trois ans, et autres ventes et locations de films. Le Sénat a présenté un amendement en ce sens.

Il faut reconnaître qu'il y a une contradiction : la loi Hadopi, que Nicolas Sarkozy veut désormais revoir, d'une part pour s'attirer la sympathie des jeunes électeurs, d'autre part parce qu'elle s'avère déjà inefficace, a été créée au nom de la lutte contre le piratage, sur la foi des chiffres de l'ALPA (Association de Lutte Contre la Piraterie Audiovisuelle). 450 000 films seraient piratés chaque jour. Mais les entrées en salles continuent de progresser (+7% pour le moment cette année) et devraient franchir une fois de plus les 200 millions de spectateurs sur l'année. Comme quoi, et on le dit depuis des années, le piratage n'a pas l'impact dévastateur que l'on veut nous faire croire sur le cinéma.

Par conséquent, les recettes augmentent et les caisses du CNC se remplissent. On ne s'en plaindra pas : le système français, qui redistribue dans des aides à la productions françaises ce qu'il reçoit de chaque ticket d'entrée, quelque soit la nationalité du film, permet de préserver la création, sa diversité et son volume.

Mais le budget de la France va mal, et chaque surplus tente les argentiers de l'Etat. Selon le Parlement, le cinéma français se porte très bien (c'est faux, car sa part de marché stagne voire se réduit), et n'a pas besoin d'autant d'argent.

Le CNC devrait, selon les prévisions actuelles, recevoir 174 millions d'euros de plus qu'en 2010. Le Sénat n'a pas tardé à amender la loi de finances 2011, amendement adopté en Commission et propose de  "réaffecter au budget de l'Etat, à titre exceptionnel en 2011, 130 millions d'euros de ressources affectées au Centre national du cinéma et de l'image animée".

Evidemment, ce prélèvement ne diminue pas les ressources de l'institituion, mais il le prive de marges de manoeuvres pour les prochaines années, qui, rien ne le garantit, ne seront pas forcément aussi bonnes. Le CNC n'hériterait ainsi que d'un suprlus de 44 millions d'euros, le budget de deux grosses productions, grossièrement. "Ce prélèvement exceptionnel ne diminuerait pas les ressources du CNC, mais limiterait simplement leur progression à 44 millions d'euros, soit +7,6 % (soit un taux d'accroissement que beaucoup d'opérateurs et services de l'Etat pourraient lui envier...)", rassure le sénateur UMP de l'Oise Philippe Marini.

Le même Sénateur souhaite ainsi, et aussi, limiter une hausse des dépenses de fonctionnement et d'intervention du CNC. la confiance règne envers une administration plutôt saine financièrement. Si le CNC est critiqué, c'est davantage pour le choix des projets qu'il aide.

Rappelons que l'Hadopi coûte 12 millions d'euros, pour des recettes très faibles, que cette même Loi de finance va augmenter la redevance sur la copie privée et l'augmentation de la TVA sur l'offre Tripe-play des opérateurs (ce qui touche la Vidéo à la demande par répercussion). Et surtout que ces recettes supplémentaires ne seraient pas forcément reverser au secteur culturel.

De l'argent perdu pour la culture mais gagné pour l'Etat.