Cannes 2017 : « Les Proies », de Don Siegel à Sofia Coppola

Posté par kristofy, le 24 mai 2017

Avant d'être un film, puis un autre film, puis un troisième film par Sofia Coppola, Les proies c'est d'abord un roman de Thomas Cullinan, qui sera d'ailleurs réédité chez Rivages mi-août, une semaine avant la sortie du film aujourd'hui présenté en compétition.

"Le 6 mai 1864, la forêt de la Wilderness est le théâtre de l’une des plus effroyables batailles de la guerre de Sécession. Malgré ses blessures, un caporal nordiste réussit à s’échapper du brasier et trouve refuge dans un pensionnat pour jeunes filles confédéré. Mais l’intrusion soudaine d’un mâle vient perturber la vie de recluses, pétrie de valeurs puritaines et de pulsions refoulées, des huit femmes qu’abrite encore l’institution. Objet de tous les fantasmes, le soldat va s’employer à les incarner avec un art consommé de la manipulation, jusqu’à une nuit où tout bascule..."

Ce roman avait déjà été adapté une première fois au cinéma en 1971 par Don Siegel avec Clint Eastwood, puis il a été l'inspiration, bien plus tard en 2014, de Musarañas en Espagnen réalisé par Juanfer Andrés & Esteban Roel (avec Macarena Gómez, Nadia de Santiago, Hugo Silva...) et produit par Álex de la Iglesia. Voici donc la troisième version signée Sofia Coppola avec Colin Farrell face à Nicole Kidman, Kirsten Dunst, Elle Fanning et Angourie Rice.

Dans le roman comme dans chacun de ces films, trois thèmes se mélangent : la guerre (et ses traumas), la religion (et la morale), le sexe (et la frustrations de fantasmes).

Les Proies réalisé par Don Siegel :
Clint Eastwood est à l'époque l'incarnation même de la virilité: c'est lui le soldat blessé nordiste ennemi qui sera secouru en étant amené dans un pensionnat de jeunes filles confédéré. Dès le début du film, il y a une scène un peu transgressive : le soldat demande son âge à la fille qui la trouvé, 12 ans bientôt 13 "alors je peux t'embrasser". Le soldat embrasse donc cette enfant mais c'est surtout un stratagème pour la rendre silencieuse quand passe un chariot d'hommes sudistes ; toutefois pour cette ado, c'est déjà un éveil de désir amoureux. Les femmes en général ont intégré qu'elles pouvaient être potentiellement victime de viol de la part de soldats, autant de la part des ennemis que de ceux de leur camp. La seule femme qui est prête à mourir plutôt que d'être violée est d'ailleurs une esclave noire du pensionnat. Après 15 minutes de film, il y a déjà 2 répliques qui exposent les thèmes de l'histoire : « Nous n’aurions pas du nous en occuper, ça aurait fait un ennemi de moins », et «  Si cette guerre doit durer encore longtemps, je finirais par oublier que j’ai été femme ». Le pensionnat compte 9 femmes en fait : six demoiselles d'âges différents entre 12 ans de l'enfance et 17 ans de la puberté, une enseignante vierge, une directrice (ayant expérimenté un amour incestueux avec son frère), une esclave, et donc un soldat ennemi blessé. Il va inspirer du désir chez la plupart et il va d'ailleurs jouer de ça pour aussi les manipuler, d'abord pour rester à l'abri chez elles puis pour pouvoir s'échapper d'elles. Il faut aussi remettre le film dans le contexte de l'époque: des années 60 qui ont libéré le sexe, des années 70 où le porno envahit les écrans. La forte charge sexuelle du film et l'aspect plus crû de la mise en scène contribuent à en faire un film daté.

Musarañas réalisé par Juanfer Andrés & Esteban Roel :
On est dans les années 50 en Espagne, une période marquée par l'après-guerre et le régime dictatorial de Franco mais aussi par la forte influence de la religion. Un homme est blessé à la jambe dans un escalier (lui aussi veut se cacher d'un 'ennemi' que l'on découvrira plus tard), il est secouru dans un appartement où vivent deux soeurs : la cadette commence à s'émanciper avec ses 18 ans et à sortir avec un ami, l'aînée vit recluse, malade de ne pouvoir supporter franchir le palier (mais les choses ne sont pas vraiment ce qu'elle paraissent) et hantée par le souvenir du père disparu. Le sexe est forcément un pêché. Les deux femmes vont s'affronter avec l'emprise de l'aînée dont la cadette doit s'affranchir. « Un homme ne me fera pas plus de mal que toi » lui balance-t-elle. Le film s'inspire des Proies tout en ré-inventant ce récit, transposant l'histoire dans une autre époque et optant pour d'autres références, celles de Qu'est-il arrivé à Baby Jane? et de de Misery. Ici la plupart des personnes de l'extérieur ne sont pas forcément une menace, certaines qui s'aventureront dans ce repaire féminin n'en ressortiront pas du tout. L'horreur est plus palpable, les meurtres plus fréquents! L'homme sera maintenu prisonnier un peu de la même manière. En pire.

Les Proies réalisé par Sofia Coppola :
On aurait voulu espérer une nouvelle adaptation du roman original de Thomas Cullinan, malheureusement c'est bien plutôt un remake (trop) fidèle au film de Don Siegel, et surtout bien plus lisse. Les aspérités les plus rugueuses du roman et du film de 1971 ont été pour la plupart supprimées du scénario : par exemple, il n'y a plus du tout la présence d'une esclave noire (une mention indique qu'elle est partie), les soldats ne viennent plus à la porte avec une idée de viol mais de protection, et le rôle de la tortue devient anecdotique (alors que sa destinée était un élément déclencheur de la fin). Le changement le plus dommageable au scénario est du côté du caractère du groupe de jeunes filles: elle sont presque toujours obéissantes et du même avis, sans vraiment prendre d'initiatives personnelles pour leur donner une identité propre. Ainsi la plus jeune ne semble plus s'imaginer avec innocence un amoureux ; la plus grande n'est plus ouvertement provocante pour une relation sexuelle ; ce n'est pas jalousiee qui pousse l'une d'entre elles ) accrocher un foulard bleu à la grille pour dénoncer le soldat ; on ne sait pas que l'institutrice n'a rien connu d'autre que le pensionnat puisqu'elle a grandit là (ce qui dans le livre exacerbe son envie de partir ailleurs avec n'importe quel homme qui la trouverait jolie) ; si une relation sexuelle est montrée c'est surtout avec l'institutrice (au lieux de la lolita mineure). Coppola a préféré accentuer l'autorité de la directrice (Nicole Kidman), donner plus d'importance de la religion (il faut faire une prière à plusieurs moments) et obéit aux convenances (elle désapprouve le décolleté d'une robe de Kirsten Dunst, qui devra couvrir ses épaules). les années 2000 sont décidément prudes: la directrice n'est plus une femme perturbée par le sexe (ici tout au plus elle hésite à donner un baiser, sans le faire, et elle a une poussée de désir en nettoyant le corps nu du soldat évanoui).
Que le film de Sofia Coppola soit un peu moins féministe que celui du macho Don Siegel c'est une surprise...

Daily Cannes: une leçon de cinéma, un style punk et un tuto make-up

Posté par cynthia, le 21 mai 2017


L'événement du jour était la diffusion du film de John Cameron Mitchell, How to talk to girls at parties Présenté hors compétition, il s'agit du premier film de science-fiction punk à être présenté à Cannes. La montée des marches fût d'ailleurs punky/rock à souhait et la belle complicité entre Nicole Kidman et Elle Fanning nous a enchantés.

De toute façon même sans Kidman, Elle Fanning aurait fait trembler la Croisette tant l'actrice est apparue sublime, majestueuse, talentueuse, charismatique (fangirling ça suffit) belle (bon encore un peu) et lumineuse. L'Américaine n'en est pas à sa première montée des marches puisque l'année dernière elle avait montré son joli minois pour The Neon Demon de Nicolas Winding Refn.

Clint Eastwood et sa leçon de cinéma
Autre événement de la journée, le légendaire Clint Eastwood est arrivé au Palais des Festivals pour présenter son film restauré Impitoyable et donner, en prime, une leçon de cinéma. Un tonnerre d’applaudissements et une fan légèrement sous LSD qui hurlait Cliiiiiiint, Cliiiiiint Cliiiiiint» ont accompagné l'arrivée du réalisateur de Gran Torino qui a offert un moment de pur émotion.

Rappelons que la filmographie du cinéaste n’a cessé d'enrichir l’histoire du Festival ces trois dernières décennies. En 1985, il est sélectionné pour la première fois en compétition pour Pale Rider. Suivront par la suite, Bird en 1988, White Hunter et Black Heart en 1990, Absolute Power en 1997, Mystic River en 2003 et L'échange en 2008 pour lequel il reçoit le prix spécial de la 61e édition. N'oublions pas qu'il a été également président du jury en 1994 et qu'il a remis la Palme d'honneur à Manoel de Oliveira en 2008. Eastwood a, enfin, reçu, lui-même, une Palme d'honneur en 2009.

L'acteur-producteur-musicien-réalisateur a confié son amour pour le Western en expliquant qu'à son époque tous les enfants rêvaient de monter à cheval et/ou de jouer dans un film du genre. "Enfant, j’adorais déjà les westerns. Mes idoles à l’époque? Gary Cooper, James Stewart, John Wayne…" avoue-t-il.

Ils sont fous ces Français?

Au niveau de la réalisation, Clint Eastwood explique que "Le cinéma est complètement émotionnel, absolument pas intellectuel. Un exemple: j’aime jouer au golf mais je ne veux pas qu’on m’impose de jouer au golf. C’est pareil avec la réalisation." Il affirme aussi son indépendance à Hollywood.
Pendant plus d'une heure, il a partagé les anecdotes de sa jeunesse cinématographique mais aussi ses aventures en tant que cinéaste: "J’aime faire un premier essai et voir ce qui se passe sur le visage de mes acteurs. Si ça fonctionne dès la première prise, tout le monde est pris dans cette dynamique positive, et c’est très bénéfique pour la suite du tournage."

Eastwood aime tellement la France qu'il a prévu de faire un film sur les attentats survenus dans le pays, et plus particulièrement celui qui a touché le Thalys: "On vit une époque très bizarre... très étrange. Je joue un peu avec cette idée en ce moment." Et lorsqu'on lui demande pourquoi les Français l'aiment autant, il répond avec désinvolture: "Ils sont fous!"

Il termine cette belle rencontre avec le public par une phrase sur sa condition de vie: "Il ne faut pas réfléchir et juste vivre l'instant présent "

Le tweet du jour
On vous l'accorde ce n'est pas un tweet mais lorsque Elle Fanning, nouvelle ambassadrice de L'Oréal Paris, offre un tuto make up sur son Instagram, on dit un grand OUI!

Clint Eastwood prend le train pour Paris

Posté par vincy, le 21 avril 2017

Clint Eastwood embarque dans le Thalys. Une autre histoire vraie, dramatique, qui fait écho à ces derniers films autour de la figure du héros, l'homme lambda qui accomplit un geste extraordinaire.

The 15:17 to Paris raconte comment des passagers ont arrêté un terroriste en passe de faire un carnage dans le Thalys de Bruxelles vers Paris, le 21 août 2015. L'attaque d'Ayoub El Khazzani, ressortissant marocain ayant grandi à Molenbeek, a été déjouée par plusieurs voyageurs, un employé de banque français, un professeur et artiste américain, deux militaires américains en vacances, un britannique, et un étudiant américain.
Rappelons également que l'acteur français Jean-Hugues Anglade avait été témoin de l'affaire.

Le scénario de Dorothy Blyskal, son premier pour un long métrage, sera adapté d'un livre co-écrit par Anthony Sadler, Alek Skarlatos, Spencer Stone et Jeffrey E. Stern (inédit en français).

Le tournage devrait commencer d'ici la fin de l'année.

Le critique et historien du cinéma Richard Schickel est mort

Posté par vincy, le 20 février 2017

Le critique et documentariste Richard Schickel est mort à l'âge de 84 ans le 18 février à Los Angeles. Né en 1933 à Milwaukee, cet historien du cinéma avait débuté comme critique dans les années 1960, notamment pour Time, Life et le Los Angeles Times.

Il a surtout été l'auteur d'une trentaine d'ouvrages consacrés au cinéma américain, de 1960 à 2015: he Disney Version: The Life, Times, Art and Commerce of Walt Disney, Harold Lloyd: The Shape of Laughter, Douglas Fairbanks: The First Celebrity, Cary Grant: A Celebration, D.W. Griffith: An American Life, James Cagney: A Celebration, Gary Cooper, Brando: A Life in Our Times, Clint Eastwood: A Biography (Flammarion), Woody Allen: A Life in Film, Elia Kazan: A Biography, The Essential Chaplin: Perspectives on the Life and Art of the Great Comedian, Conversations with Scorsese (Sonatine) ou encore Steven Spielberg: A Retrospective (La Martinière). Biographies, livres d'entretiens, beaux-livres, encyclopédies (notamment une sur la Warner en forme de trilogie): Richard Schickel se vantait d'avoir vu 22590 films dans sa vie depuis son premier, Blanche-neige et les sept nains de Walt Disney en 1938.

Il a aussi été l'auteur et le réalisateur de nombreux documentaires, essentiellement pour PBS, la chaîne publique américaine. Il fut nommé aux Emmy Awards avec The Men Who Made the Movies, Life Goes to the Movies, Minnelli on Minnelli, Elia Kazan: A Director's Journey et Shooting War: World War II Combat Cameramen. Il a aussi été l'auteur de documentaires sur Star Wars (The Making of Star Wars, From Star Wars to Jedi: The Making of a Saga) et les légendes qu'il admirait (Cagney, Grant, Cooper, Barbara Stanwick, Eastwood, Chaplin).

Michael Cimino (1939-2016), fin du voyage entre enfer paridisiaque et paradis infernal

Posté par vincy, le 2 juillet 2016

Il était l'un des prodiges (et perfectionnistes) du cinéma américain des années 1970. Selon un tweet de Thierry Frémaux ce samedi 2 juillet, Michael Cimino est mort à l'âge de 77 ans.

Michael Cimino, né le 3 février 1939 à New York, et mort le 2 juillet 2016, il était devenu l'un des grands cinéastes de son époque avec Voyage au bout de l'enfer, son deuxième film en 1978 et l'un des premiers films américains à traiter de la guerre du Viêt Nam. Deux ans plus tard, il signe l'ambitieux western La Porte du paradis dont l'échec commercial a conduit la société United Artists à la faillite au début des années 1980. Pourtant, il n'aura tourné que 7 films, dont le dernier, The Sunchaser date d'il y a 20 ans. Le fiasco des Portes du Paradis avait entraîné une mésentente profonde entre les studios et lui.

Scénariste pour Eastwood

Le new yorkais, très douté à l'école et assez bagarreur, est diplômé en peinture de l'Université Yale avat de s'engager puis de vadrouiller en agence de publicité en tant que réalisateur de spots publicitaires pour la télévision. Michael Cimino débute dans le cinéma en tant que scénariste avec Silent Running, drame de science-fiction réalisé par Douglas Trumbull en 1972 puis avec le deuxième volet de la saga de l'Inspecteur Harry, Magnum Force, réalisé par Ted Post. Il a aussi collaboré au scénario de The Rose.

Il passe à la réalisation en 1974 avec Le Canardeur, un film d'action produit par Clint Eastwood et mettant en vedette Eastwood et Jeff Bridges. Vaste fresque de plus de trois heures, Voyage au bout de l'enfer (The Deer Hunter) sort en 1978 et rencontre un immense succès critique et commercial, cinq Oscars dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur.

La cassure avec Hollywood

Fort de ce succès, Cimino obtientle contrôle total pour son film suivant, La Porte du paradis (Heaven's Gate), dont le tournage beaucoup plus long et coûte beaucoup plus cher que prévu et la sortie désastreuse vont couler le film, le studio et la carrière du réalisateur. Pourtant ces deux films, radicalement différents, sont des chefs d'œuvre dans leur genre.

En 1985, il revient avec L'Année du dragon (Year of the Dragon), adaptation du roman de Robert Daley, qui est un polar violent sur la mafia chinoise. Puis, en 1987, il réalise Le Sicilien (The Sicilian), adaptation du roman de Mario Puzo et biographie du hors-la-loi Salvatore Giuliano. Une seconde version, plus courte et désavouée par Cimino, sera exploitée aux États-Unis.

Après cela, il ne tournera que deux longs métrages - La Maison des otages (Desperate Hours), remake du film réalisé par William Wyler, et The Sunchaser, récit initiatique sélectionné à Cannes.

"Un des problèmes de Hollywood, c'est que trop de réalisateurs font trop de films identiques. Six ans sans tourner, c'est énorme, mais je ne suis pas un cas unique. Voyez Stanley Kubrick, Milos Forman... Et David Lean, qui, lui, a dû attendre quatorze ans pour faire La Route des Indes..." rappelait-il.

Durant vingt ans, il ne sera pas forcément silencieux. Il écrit des poèmes, des chansons et son premier roman Big Jane, prix littéraire Lucien Barrière lors du festival du cinéma américain de Deauville, filme le segment No Translation Needed du film "Chacun son cinéma" réalisé à l'occasion des 60 ans du Festival de Cannes. Et il sera souvent invité dans les festivals.

Le culte a grandit, notamment lorsqu'on ne l'a plus reconnu physiquement. Amaigri, botoxé, presque féminin, Cimino était méconnaissable. Mais ses films étaient, dans le même temps, réhabilités. De restaurations en "director's cut", tous les grands festivals ont redoré son blason. Maudit à Hollywood, il était adulé en Europe, dans le cercle cinéphile. Enfant terrible du cinéma, politiquement pas très correct dans la langue de bois des studios, ce "martyr" qui a su entretenir sa légende aura quand même signé quelques uns des plus beaux plans du 7e art américain. Pour Les Portes du Paradis, il a même exigé qu'on repeigne à la bombe aérosol toute l'herbe d'une prairie, pas assez verte à son goût. L'esthétique de ses films contribue énormément au charme qu'ils produisent.

On ne peut s'empêcher qu'un grand talent a été gâché, autant à cause du système que de son propre caractère. Le plus surprenant sans doute est que sa filmographie rejoint son personnage: des solitaires, un peu cow-boy, souvent hors-la-loi, dans des récits où le rêve se brise immanquablement. Il aimait les hommes mystérieux, il vouait un certain son culte à la force et soulignait les paradoxes et les ambiguïtés de la vie. Après tout, il a vécu l'enfer en flirtant avec le Paradis, le Paradis en voyageant dans l'enfer.

Tom Hanks incarne le pilote héroïque Sully pour Clint Eastwood

Posté par vincy, le 6 octobre 2015


La Warner a annoncé le démarrage du tournage de Sully, le nouveau film de Clint Eastwood, avec Tom Hanks en vedette. C'est la première fois que l'acteur est filmé par le cinéaste.

Inspiré d'une histoire vraie, le film, annoncé en juin dernier, suit le commandant "Sully" Sullenberger, responsable le 15 janvier 2009 du "miracle sur l'Hudson" : celui-ci avait réussi à poser son appareil sur les eaux glacées du fleuve Hudson, sauvant ainsi la vie des 155 passagers à bord. Cependant, alors que Sully était salué par l'opinion publique et les médias pour son exploit inédit dans l'histoire de l'aviation, une enquête a été ouverte, menaçant de détruire sa réputation et sa carrière.

Aux côtés de Hanks, Eastwood a enrôlé Aaron Eckhart dans le rôle du copilote de Sully, Jeff Skiles, et Laura Linney dans celui de l'épouse de Sully et Lorraine Sullenberger.

Le scénario de Todd Komarnicki est adapté du livre Highest Duty: My Search for What Really Matters de Sullenberger et Jeffrey Zaslow.

Le tournage a démarré lundi 28 septembre à New York, où s'est produit l'amerrissage qui a immédiatement fait de Sully un héros populaire. Le tournage aura également lieu en Caroline du Nord, à Atlanta et Los Angeles. Pour l'instant Warner Bros n'a prévu aucune date de sortie.

Tom Hanks sera à l'affiche du Pont des espions, de Steven Spielberg, en décembre. On le verra ensuite dans Ithaca de Meg Ryan, Un Hologramme pour le roi de Tom Tykwer, Inferno de Ron Howard et The Circle de James Ponsoldt.

Clint Eastwood s’intéresse à un héros ordinaire

Posté par vincy, le 3 juin 2015

clint eastwoodAprès le portrait d'un sniper "héroïque" au destin dramatique, Clint Eastwood s'est engagé sur un autre biopic, celui du capitaine Chesley Sullenberger. Sulleberger c'est ce pilote de la compagnie aérienne US Airways qui est parvenu à amerrir sans heurts sur le fleuve Hudson, à proximité de l'île new yorkaise de Manhattan, alors qu'un troupeau d'oies avait endommagé les deux moteurs de son Airbus. L'événeent, survenu en janvier 2009, avait fait le tour du monde. 155 passagers et membres d'équipages ont survécu à ce qui aurait pu être un catastrophe aérienne majeure.

Ce "Miracle sur l'Hudson" a conduit le pilote à écrire un livre, avec Jeffrey Zaslow, Highest Duty: My Search for What Really Matters (Le plus grand devoir: ma quête pour ce qui est vraiment important), non traduit en France.

Warner Bros a acquis les droits de ces Mémoires pour Clint Eastwood qui réalisera le film. "Je suis très heureux que mon histoire soit dans les mains d'un conteur et cinéaste aussi doué que Clint Eastwood, et de producteurs chevronnés comme Allyn Stewart et Frank Marshall", s'est félicité M. Sullenberger, cité dans un communiqué de Warner Bros.

American Sniper, le dernier film d'Eastwood, a rapporté 543M$ dans le monde, soit le plus gros succès dans la longue histoire filmographique du cinéaste.

Le National Board of Review préfère A Most Violent Year

Posté par vincy, le 3 décembre 2014

a most violent year

C'est au tour du National Board of Review de livrer son palmarès. Surprise, les favoris, à date, de la saison, Boyhood et Birdman, ont été ignorés puisque c'est le nouveau film de J. C. Chandor, A Most Violent Year, qui a été désigné meilleur film. Le film a gagné deux autres prix.

Il y a peu de chances qu'il gagne l'Oscar au final. Depuis le début des années 2000, seulement deux films ont reçu le prix du NBR et l'Oscar du meilleur film. Pour le reste, on ne peut pas dire qu'il y ait des prises de risques mais on remarque des habitués du palmarès : Eastwood (deux fois primé pour un de ses films, deuxième prix en tant que réalisateur), Julianne Moore (troisième fois primée), Jessica Chastain (déjà citée comme meilleure actrice), Edward Norton (déjà récompensé)...

Notons quand même que Julianne Moore, déjà citée par les Critiques de New York avec son film Still Alice et un prix d'interprétation féminine avec celui de David Cronenberg, Maps to the Stars, semble la favorite pour la saison des prix de l'année

Enfin, le meilleur film en langue étrangère a récompensé Les nouveaux sauvages, l'un des coups de coeur du dernier Festival de Cannes. C'est la première fois qu'un film argentin gagne son prix, et la deuxième fois qu'un film sud-américain est récompensé.

Meilleur film: A Most Violent Year
Meilleur réalisateur: Clint Eastwood (American Sniper)
Meilleur acteur (ex-aequo): Oscar Isaac (A Most Violent Year) et Michael Keaton (Birdman)
Meilleure actrice: Julianne Moore (Still Alice)
Meilleur second-rôle masculin: Edward Norton (Birdman)
Meilleur second-rôle féminin: Jessica Chastain (A Most Violent Year)
Meilleur scénario original: Phil Lord et Christopher Miller (The Lego Movie)
Meilleur scénario adapté: Paul Thomas Anderson (Inherent Vice)
Meilleur film d'animation: Dragons 2
Meilleur espoir: Jack O’Connell (Invincible)
Meilleur nouveau réalisateur: Gillian Robespierre (Obvious Child)
Meilleur film en langue étrangère: Les nouveaux sauvages
Meilleur documentaire: Life Itself
Prix de l'histoire du cinéma William K. Everson: Scott Eyman
Meilleur ensemble: Fury
Prix Spotlight: Chris Rock (Top Five)
Prix NBR liberté d'Expression (ex-aequo): Rosewater et Selma

Festival Lumière – Jour 4: Sautet et Cimino au service de monstres sacrés

Posté par Morgane, le 17 octobre 2014

Ce quatrième jour du Festival Lumière s'entame sous la pluie… rien de tel pour courir se réfugier dans les salles obscures qui sont toutes, ou presque, combles depuis le début de la semaine!

Pour se protéger de la pluie, rien ne vaut un bon Claude Sautet (Une histoire simple), présenté par le critique de cinéma N.T.Binh qui a signé le documentaire Claude Sautet ou la magie invisible.

Une histoire simple (1978) est la cinquième collaboration entre le réalisateur et Romy Schneider. On ressent le lien très fort qui les unit. C'est Sautet qui l'a sortie de son image juvénile à l'écran et qui en a fait une icône française d'adoption. On la retrouve ici après la trilogie Les choses de la vie, Max et les ferrailleurs et César et Rosalie, dans un rôle de "la quarantaine" que Claude Sautet avait promis de lui écrire. Et puis après le film Vincent, François, Paul et les autres, Romy Schneider avait envie qu'ils fassent un film un peu moins masculin; ce qui est en bel et bien le cas dans Une histoire simple. Les hommes sont présents, certes, mais ils gravitent, comme des satellites, autour des personnages féminins, celui de Marie en tête. Femme forte et déterminée, elle prend son destin en main, avorte, quitte son homme et vit sa vie de femme. Une histoire simple est un film féministe avec en toile de fond une peinture sociale (mouvement féministe, licenciements, difficultés économiques…) dissimulée derrière ses personnages. C'est un véritable "film à message" qui "diffuse un climat prenant, d'une façon qui ne se voit pas" comme le dit N.T.Binh.

Pour ce rôle Romy Schneider recevra le César de la meilleure actrice et remerciera Jean-Loup Dabadie et Claude Sautet de lui avoir écrit ce très beau rôle.

michael cimino"si jamais tu foires ça, je te vire du film et je prends le scénario."

Ce quatrième jour, c'est aussi celui de Michael Cimino. Pas très friand des festivals en général, il nous fait l'honneur de venir à Lyon pour la troisième fois consécutive. Lors des projections du festival, il est là, discret, au fond de la salle, refusant de commenter Side by Side lorsque Thierry Frémaux l'interpelle. Mais pour son film Le canardeur, devant une salle pleine à craquer, il prend le micro et ne manque pas, après un "Waouh!" impressionné de nous raconter quelques anecdotes sur ce tournage, son premier en tant que réalisateur (1974).

"Vous allez voir mon premier film et ma dernière bonne expérience en tant que réalisateur!". C'est un premier film au casting superbe: le grand Clint Eastwood et le fameux Jeff Bridges qui sont, selon ses propres mots, "ce qu'Hollywood a de meilleur!"

Michael Cimino revient sur les débuts de ce film, nous apprenant que Clint Eastwood, ayant lu le scénario, avait voulu l'acheter. Mais pour Cimino il n'en était pas question. Ce dernier est donc allé à la rencontre de Clint Eastwood et s'en est suivi à peu près ce dialogue:

"- Tu penses que tu peux me diriger?

- Oui.

- Alors il y a une chose à faire.

- Laquelle?

- On va passer un deal…

- Lequel?

- Je te donne trois jours pour filmer. Si ça me plait, ok. Mais si jamais tu foires ça, je te vire du film et je prends le scénario.

- Ok, we have a deal!"

Et c'est donc comme ça que le film a débuté, par cette simple conversation et "ce challenge que m'a lancé ce géant" explique Cimino.

Quant à Jeff Bridges, c'était également son premier choix pour le rôle de Lightfoot. Clint Eastwood et Jeff Bridges étant les seuls à qui il ait fait lire le scénario à Hollywood. Jeff Bridges avait alors une seule chose à faire sur le tournage, faire rire Clint Eastwood, chose qui ne s'était jamais vue à l'écran! Et ça a marché! En effet, Clint Eastwood qui joue habituellement mâchoires plutôt serrées sourit franchement, rarement certes mais franchement quand même, dans Le canardeur.

Film à mi-chemin entre le western moderne et le buddy road movie, Le canardeur frappe fort, encore plus fort lorsqu'on sait que c'est un premier film. Les dialogues sont percutants et les personnages très bien construits et attachants: Lightfoot pour son humour à toute épreuve et pour la fraîcheur qu'il insuffle face au personnage un peu plus sombre de John Thunderbolt, qui cache ses blessures. Bridges recevra sa deuxième nomination à un Oscar pour son interprétation de Lightfoot.

Michael Cimino montre avec ce film que dès ses débuts il était déjà un jeune virtuose de la caméra...

James Garner (1928-2014) : Maverick s’éclipse

Posté par vincy, le 20 juillet 2014

james garnerJames Garner n'était sans doute pas une star, mais il fut l'un des premiers rôles les plus sympathiques de ces cinq dernières décennies à Hollywood. Bien sûr, sa carrière cinématographique n'était sans doute pas à la hauteur de sa popularité. Révélé par une série TV, Maverick, dont il a été le bellâtre et fine gâchette durant cinq saisons, ce provincial qui a enchaîné les petits boulots et l'armée avant de se lancer par hasard sur les planches, aurait peut-être mérité une autre carrière.

Garner est mort à l'âge de 86 ans le 19 juillet. Il laisse quelques grandes performances, entre séduction et castagne, sur le grand écran. Sa silhouette athlétique, sa mâchoire carrée, son allure virile, sa grande taille (1m88) et son charme inaltérable ont fait le reste. Il est le chapardeur dans La Grande Evasion (1963), l'officier de la marine amoureux dans Les jeux de l'amour et de la guerre (1964, son film préféré), le pilote du frénétique Grand prix (1966),  le héros malin de Ne tirez pas sur le shérif (1969), le mâle troublé par une femme qui se travestit en homme dans Victor Victoria (1982), le partenaire roublard dans l'adaptation de Maverick (1994) ou le vétéran qui joue aux jeunes dans Space Cowboys (2000).

Partenaire des monstres sacrés et stars d'Hollywood

Dans le drame, le western ou la comédie, il savait imposé son charisme. Si la télévision lui a permis de recevoir de nombreux prix (2 Emmy Awards pur 15 nominations!), le cinéma l'a ostensiblement rangé dans la catégorie des acteurs populaires. Les Oscars le nommeront une seule fois pour sa prestation dans le film de Martin Ritt, Murphy's Romance, une comédie romantique avec Sally Field (1985). En 2005, les Screen Actors Guild Awards lui décernent un prix pour l'ensemble de sa carrière.

Garner c'était le premier rôle bis. Le partenaire idéal : il avait la présence et le jeu nécessaire pour donner la réplique aux plus grands. Marlon Brando, Natalie Wood, Audrey Hepburn, Kin Novak, Steve McQueen, Doris Day, Eva Marie Saint, Sidney Poitier, Vera Miles, Lauren Bacall, Bruce Willis, Mel Gibson, Jodie Fister, Clint Eastwood, Tommy Lee Jones, Paul Newman, Jack Lemmon, Sandra Bullock, Gena Rowlands, Ryan Gosling... La liste est impressionnante, qu'il soit l'amant dragueur, le mari touchant, le copain ou l'adversaire. Il ne faut pas oublier Julie Andrews, son alter-ego dans deux de ses plus grands films (Les jeux de l'amour et de la guerre et Victor Victoria) et un troisième moins connu (Une nuit très particulière).

Acteur : un travail comme les autres

Alors pourquoi James Garner n'a-t-il pas eu une filmographie à sa hauteur? "Je suis paresseux, comme l'était mon personnage de Bret Maverick". Sa vie n'a pas remplit les pages people (deux semaines après avoir l'avoir rencontrée, il s'est marié en 1956 avec Lois Clarke et en l'a plus jamais quittée), et quand il faisait parler de lui dans la presse professionnelle c'était avant tout pour des problèmes de contrat contre les studios (The Rockford Files, Deux cent dollars plus les frais en vf (6 saisons), qui entraîna la fin de cette série américaine mythique pour laquelle il était payée 100 000$ par épisodes dans les années 70!).

Politiquement démocrate, impliqué dans de nombreuses associations caritatives, pilote de course, golfeur, Garner, qui avait une santé fragile, avait d'autres chats à fouetter que de s'intéresser à une carrière. Il tournait tout le temps depuis 1955 et trouvait quand même le temps d'aider Martin Luther King à faire sa marche historique ou produire du Chardonnay californien.

L'acteur était aimable et aimé. Timide aussi voire réservé (il détestait parler en public, devenant ainsi expert en discours très courts). Fidèle en amitié (Eastwood mais aussi le couple Newman/Woodward), il était aussi respecté : John Wayne lui a rendu un vibrant hommage en 1973 en le nommant meilleur acteur de sa génération. Il voyait son métier à la manière d'un Spencer Tracy : être à l'heure, connaître son texte, respecter ses marques et balancer la vérité. "Je ne pense pas que jouer soit si difficile, si vous oubliez qui vous êtes et faîtes ce que l'auteur a écrit" expliquait-il.

James Garner l'avouait : "je ne cherchais pas à être une star. Je voulais juste continuer de travailler."