Locarno 2011 : Isabelle Huppert parmi la foison d’hommages

Posté par vincy, le 20 juillet 2011

Le Festival du film de Locarno remettra l’Excellence Award Moët & Chandon 2011 à Isabelle Huppert, le 7 août sur la Piazza Grande ; le même jour le public pourra assister à une conversation avec l’actrice animée par Jean-Marc Lalanne et Olivier Père. "À l’occasion de la remise de ce prix seront projetées à Locarno La Dentellière de Claude Goretta, Loulou de Maurice Pialat, Merci pour le Chocolat de Claude Chabrol, La Pianiste de Michael Haneke, White Material de Claire Denis et Villa Amalia de Benoît Jacquot" précise le communiqué.

Pour Olivier Père, Directeur artistique du Festival c'est l'occasion de rendre hommage à l'«une des meilleures actrices de son temps.» «Isabelle Huppert a construit une œuvre en choisissant des rôles complexes et inoubliables mais aussi des cinéastes qui comptent parmi les plus fortes personnalités du cinéma moderne. Son jeu d’une palette qui semble infinie est fait de maîtrise et de passion, d’instinct et d’intelligence, de travail et d’abandon. C’est un immense honneur d’accueillir Isabelle Huppert au Festival del film Locarno, où elle avait présenté L’Inondation d’Igor Minaiev, et de lui remettre l’Excellence Award Moët & Chandon. »

D'autres hommages ont déjà été annoncés : Hitoshi Matsumoto, qui présentera en avant-première internationale Saya-zamurai (Scabbard Samurai), en plus de ses deux autres films, eux autres longs métrages du réalisateur : Dai-Nipponjin (Big Man Japan, 2007) et Shinboru (Symbol, 2009) ; Abel Ferrara qui recevra le Pardo d’onore Swisscom, prix attribué chaque année à un réalisateur contemporain pour l’ensemble de son œuvre. L’Ange de la vengeance (Ms. 45, 1981), King of New York (1990), Bad Lieutenant (1992) et Mary (2005) seront projetés ; le producteur américain Mike Medavoy, qui sera récompensé du Prix Raimondo Rezzonico et qui tiendra une Masterclass.

Locarno rendra hommage à diverses personnalités, avec, en bonus des prix Pardo d'honneur pour l'ensemble de leur carrière : la star italienne Claudia Cardinale (avec 8 1/2 de Federico Fellini) ; le comédien allemand Bruno Ganz (avec La chute, La Marquise d'O et Le couteau dans la tête) ; le réalisateur suisse de 82 ans Claude Goretta (avec La dentellière, L'invitation, La provinciale et un documentaire sur lui réalisé par Lionel Baier, Bon vent Claude Goretta).

Trois autres hommages sont prévus dans le cadre de séances spéciales : le réalisateur iranien interdit de filmer par les autorités de son pays Jafar Panahi (avec la projection du Miroir, 1997) ; l'artiste albanaise Anri Sala (dont on pourra voir son nouveau film, 1395 Days without Red) ; et Jean-Marie Straub, avec trois films en avant-première (L'inconsolable, Schakale und Araber, Un héritier).

Cannes 2011 : une Palme d’or pour Jean-Paul Belmondo

Posté par vincy, le 18 mai 2011

La soirée hommage du Festival de Cannes à Jean-Paul Belmondo était sous le signe de l'émotion et acclamations. Lors d'une montée des marches symboliques, sur la musique culte du "Professionnel" signée Enio Moriccone, la star française a vu les 240 photographes accrédités l'applaudir, ce qui constitue une première. Ils avaient décidé de leur coup le matin même et ont posé leurs appareils le temps du triomphe. La foule envahissait la Croisette. Aucun doute, l'un des rares monstres sacrés du cinéma français n'a rien perdu de son capital populaire.

Dans la salle Debussy, c'était l'effervescence. On attendait ce moment depuis le 30 mars, date de l'annonce (voir actualité de ce jour là).  Thierry Frémeaux appelait un à un sur scène ses complices, ses copains, mais aussi ceux qui l'admirent : Claudia Cardinale, Claude Lelouch, Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle, Jean-Paul Rappeneau, Georges Laurner, Cédric Klapisch, Xavier Beauvois, Samy Naceri, Albert Dupontel, Danielle et Christopher Thompson, Nicole Calfan, Richard Anconina, son fils Paul Belmondo, ...

L'acteur est arrivé difficilement sur scène, aidé par sa béquille et son épouse. Visiblement ému, son premier mot fut assez concis : la salle était debout pour une ovation qui n'allait s'achever que de longues minutes plus tard, quand Gilles Jacob est venu lui remettre une Palme d'or. Le Festival l'a justifiée en évoquant "l'étendue du registre de Bébel, le charisme de sa personnalité, la précision de son jeu, la gouaille de ses propos, l'aisance de son allure en ont fait, avec Jean Gabin et Michel Simon, l'un des plus grands comédiens français de tous les temps".

Bébel a alors souhaité faire un deuxième discours, tout aussi bref que le premier : "Je suis très ému par cette Palme qui me va droit au coeur. Je veux remercier tous ceux qui sont ici, ceux que je connais et ceux que je ne connais pas. Un grand merci du fond du coeur !". Après 27 ans de brouille, l'acteur qui a tourné avec tant de grands cinéastes, dans tant d'énormes succès, qui a été si peu récompensé, se voit enfin reconnu à sa juste valeur. Même s'il est abimé physiquement, il garde un sourire contagieux. Le documentaire de Vincent Perrot et Jeff Domenech a prouvé qu'il était toujours bien ancré dans la vie. Mais ne parlos pas (tout de suite) de ce documentaire. Ce n'est pas le moment de gâcher la fête.

The Film Foundation sauve le patrimoine cinématographique mondial

Posté par MpM, le 1 décembre 2010

Grâce aux techniques de restauration moderne,  on (re) découvre de plus en plus de chefs d'oeuvre qui semblent presque plus beaux qu'ils ne l'étaient à leur sortie. Derrière l'éclat retrouvé des couleurs et des sons se cache souvent un travail de titan, mais aussi une volonté de fer, celle de ne pas laisser à l'abandon les grands films du passé.

Parmi les acteurs principaux de cette sauvegarde du patrimoine cinématographique mondiale, on retrouve depuis 20 ans Martin Scorsese et l'organisation The Film Foundation qu'il a créée, et à qui l'on doit déjà la restauration du Journal d'une femme de chambre de Jean Renoir, de New York-Miami de Franck Capra ou encore du Salon de musique de Satyajit Ray. Grâce à eux, c'est aujourd'hui au tour du Guépard de Luchino Visconti de s'offrir une nouvelle jeunesse en salles, en DVD et blue-ray, dans une version entièrement remasterisée. Retour sur un véritable sauvetage.

Ecran Noir : Tout d’abord, pouvez-vous nous dire quelques mots sur "The Film Foundation" ?

The Film Foundation : Créée en 1990 par Martin Scorsese, The Film Foundation est une organisation à but non lucratif dont l’objectif est de protéger et préserver le patrimoine cinématographique en attribuant des fonds à des projets de conservation et de restauration. La fondation a éveillé les consciences à l’urgence de la préservation des films et a déjà participé à la sauvegarde de près de 545 films. Aux côtés de Martin Scorsese, siègent au Conseil d’administration Woody Allen, Paul Thomas Anderson, Wes Anderson, Francis Ford Coppola, Clint Eastwood, Curtis Hanson, Peter Jackson, Ang Lee, George Lucas, Alexander Payne, Robert Redford et Steven Spielberg. Par ailleurs, The Film Foundation collabore avec la Guilde des réalisateurs américains (The Directors Guild of America) dont le président et le secrétaire-trésorier siègent à son Conseil d’administration.

guepard

(Le guépard avant la restauration)

EN : Comment choisissez-vous les films qui ont besoin d’être restaurés ?

TFF :
En collaboration directe avec Martin Scorsese et le Conseil d’administration, la fondation passe en revue les propositions soumises chaque année par les archives et décide de la meilleure manière de répartir les fonds. Pour ce faire, nous prenons en compte la rareté des éléments à notre disposition mais aussi le degré d’urgence de la sauvegarde.

EN : Comment était Le guépard avant sa restauration ? Etait-il vraiment très abimé ?

TFF : Le Guépard a été filmé avec un procédé appelé "Technirama" dans lequel les images sont tournées en 35 mm à défilement horizontal et non vertical. L’image anamorphique qui en résulte, deux fois plus grande qu'en 35 mm standard, est extrêmement nette et riche en détails. Mais le négatif de 1963 s’est détérioré et présente la plupart des dégradations propres aux films de cette époque. Ce qu’il est intéressant de noter, c’est que grâce au procédé utilisé, les rayures et les impuretés traversent l’image horizontalement plutôt que verticalement.

guepard

(Le guépard après la restauration)

EN : Comment avez vous procédé concrètement ? Quelles sont les différentes étapes du travail de restauration ? Avez-vous rencontré des obstacles particuliers ?

TFF : Pour cette nouvelle restauration, les négatifs originaux en "Technirama" ont été scannés à 8K (8000 lignes de résolution horizontale) soit un total de 21 téraoctets de données. Un interpositif de sauvegarde a également été scanné pour fournir des éléments qui étaient absents sur le négatif original. Après le scan, tous les fichiers ont été convertis en 4K et les finitions de la restauration ont été réalisées numériquement à cette résolution.    Plus de 12 000 heures de restauration manuelle ont ainsi été nécessaires pour faire disparaître 47 années de poussières, rayures et autres défauts accumulés au fil des ans. La bande son originale mono a également fait l’objet d’une restauration minutieuse en ayant recours à une source magnétique en 35 mm enregistrée en numérique puis nettoyée pour ôter les bruits et les parasites tout en conservant fidèlement les caractéristiques du son original.

EN : Finalement, est-ce que le film est aussi beau qu'en 1963 ou encore plus beau ?

TFF : La restauration a permis de conserver et même d'embellir la beauté originelle du film, telle que Visconti l'aurait voulu.

Propos traduits par Claire et MpM

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Le guépard de Luchino Visconti (1963)
En salles depuis le 1er décembre
Edition DVD et Blue-ray

Crédit photo : Images provided courtesy of Twentieth Century Fox and Pathé.


Chef d’oeuvre de Visconti, Le Guépard ressort en version restaurée : Mort en Sicile

Posté par Claire Fayau, le 29 novembre 2010

“ Si 
nous
 voulons 
que 
tout 
reste 
comme 
avant, 
il
 faut 
que
 tout
 change.”

Le Guépard de 
Luchino 
Visconti ressort en
 salles, 
DVD
 et
 Blu-ray 
le
 1er
 décembre 
2010 dans une version
 remasterisée 
par 
The 
Film 
Foundation (Martin Scorsese), présentée en exclusivité au récent Festival du Film de Rome. Contrairement à la célèbre réplique du film, rien n'a changé, à part la qualité de l'image, vraiment somptueuse. Le film ressort de l'ombre, pour entrer en pleine lumière, 47 ans après, et la magie opère toujours.

Pour ceux qui ne savent pas qui est ce Guépard, voici l'histoire. En mai 1860, lorsque Garibaldi et ses chemises rouges débarquent en Sicile pour renverser la monarchie des Bourbons de Naples et l’ancien régime, le Prince Don Fabrizio Salina (Burt Lancaster, lion fatigué), sa famille et le Père Pirrone (Romolo Valli), quittent  Palerme pour son palais urbain de Donnafigata, tandis que son neveu Tancrède (Alain Delon, beau comme une statue de la Renaissance) rejoint les troupes de Garibaldi. Période troublée qui conduira in fine à l'unification de l'Italie. Le désargenté Tancrède, d'abord chemise rouge puis faisant partie de l'armée, s’éprend d’Angelica, (Claudia Cardinale, sublissime), la fille de Don Calogero,  le riche maire de Donnafigata. Contre toute attente, le Prince Salina décide d'arranger leur mariage, se sachant dépassé (vaincu ?) par le temps qui passe et par les événements de la petite et de la Grande Histoire.

Ce film fleuve est l'adaptation d'un roman écrit en 1957 par Tomasi di Lampedusa,  Le Guépard. C'est aussi, sans doute, la réalisation la plus critiquée des 14 films de Visconti. Oeuvre charnière loin d'être damnée, ce septième film a remporté une Palme d'Or à l'unanimité lors du festival de Cannes en 1963.

Trois heures (et quelques) comme un rêve atemporel remises valeur par une image restaurée magnifique.

Une scène de bal légendaire, des dialogues inspirés, drôles ou quasi-philosophiques, la musique somptueuse de Nino Rota, le travail minutieux des couleurs (la séquence la plus symbolique est le visage blanc de poussières des aristocrates  à la messe donnée lors de leur arrivée. On dirait un masque mortuaire... ) : ce n'est pas un film qui se raconte, c'est une expérience à vivre. Et  à revivre, tant le film est complexe, et finement détaillé.

Le travail de restauration lui rend un digne hommage. Il suffit de comparer deux images pour constater l'ampleur de la restauration et le formidable travail qui a été fait. Le Guépard a été restauré en association avec la Cineteca di Bologna, L'Immagine Ritrovata, The Film Foundation, Pathé, la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, la Twentieth Century Fox et le Centro Sperimentale di Cinematografia-Cineteca Nazionale. Restoration funding provided by Gucci and The Film Foundation.

« Nous étions les guépards, les lions, ceux qui les remplaceront seront les chacals, les hyènes, et tous, tant que nous sommes, guépards, lions, chacals ou brebis, nous continuerons à nous prendre pour le sel de la terre ». À méditer.

Telluride s’emballe pour Incendies, The King’s Speech et Tabloid

Posté par vincy, le 7 septembre 2010

Coincé entre Venise et Toronto, le Festival de Telluride est néanmoins l'un des plus suivis de la saison. Cette station de ski du Colorado est considéré comme un temple du cinéma indépendant, sorte de Sundance bis estival. Créé en 1974, le Festival du film de Telluride attire tous les médias américains, 500 volontaires et des artistes prestigieux. Il est l'un des trois festivals américains les plus populaires et est toujours dans le Top 10 des festivals internationaux. La 37e édition s'est ouverte le 3 septembre pour se clore hier, 6 septembre.

Et la programmation est tentante, avec de nombreux films vus à Cannes, mais pas seulement. Telluride fait un important travail de valorisation du patrimoine cinématographique, avec des présentations spéciales de vieux films ou de copies restaurées.

Sinon on y voit les films de Martin Scorsese (A Letter to Elia), Mike Leigh (Another Year), Alejandro González Iñárritu (Biutiful), Olivier Assayas (Carlos), Fernando Trueba (Chico et Rita), Sylvain Chomet (L'illusionniste), accompagné d'un documentaire sur Jacques Tati de Michael House, Denis Villeneuve (Incendies, d'après la pièce de Wajdi Mouawad), Tom Hooper (The King's Speech, avec Colin Firth), Xavier Beauvois (Des hommes et des dieux), Lee Chang-dong (Poetry), Shlomi Eldar (Precious Life), Bertrand Tavernier (La princesse de Montpensier), Stephen Frears (Tamara Drewe) et le nouveau Peter Weir (The Way Back).

Telluride remet aussi des prix spéciaux, des Médaillons. Cette année Claudia Cardinale, Colin Firth

Trois films ont suscité l'enthousiasme des professionnels et du public : The King's Speech, Tabloid et Incendies. Des films comme 127 heures de Danny Boyle ou Black Swan de Darren Aronofksy ont eut le droit à des projections spéciales servant de tests auprès des spectateurs pour les studios.

La grande scénariste Suso Cecchi D’Amico est morte (1914-2010)

Posté par vincy, le 2 août 2010

On retient rarement le nom des scénaristes au générique, ces conteurs d'histoires en images. Suso Cecchi D'Amico a pourtant écrit de multiples chef d'oeuvres italiens parmi les 110 scénarios dont elle est l'auteur. Cette intellectuelle aura traversé sept décennies de cinéma, jusqu'à son dernier scénario en 2006.

Née en 1914 et décédée samedi 31 juillet - ce qui lui faisait 96 ans - cette romaine (de son vrai nom Giovanna Cecchi) avait pour parents l'écrivain Emilio Cecchi et la peintre Leonetta Pieraccini. Très belle femme, elle s'était mariée au musicologue Fedele D'Amico. Pour le réalisateur Franco Zeffirelli, elle était "à la fois une mère et une soeur pour tous."

Antifasciste, elle commence sa carrière de scénariste après la seconde guerre mondiale et signe deux films fondateurs du courant néo-réaliste, ce mélange de fiction et de portrait social d'un pays en reconstruction : Rome ville ouverte et surtout, en 1948 : Le voleur de bicyclette, de Vittorio De Sica, film fondamental dans l'histoire du cinéma italien, et succès international. Le film obtint l'Oscar du meilleur film étranger.

L'amie des artistes, des grands écrivains comme Alberto Moravia, des actrices légendaires comme Anna Magnani, collabore alors avec tous les grands cinéastes du pays -  Michelangelo Antonioni, Francesco Rosi, Luigi Comencini, Mario Monicelli, Franco Zeffirelli... Elle travailla même avec un jeune scénariste nommé Federico Fellini et écrira la version filmée de Kean, réalisée par le comédien Vittorio Gassman.

Claudia Cardinale lui rend hommage en insistant sur ces années "durant lesquelles notre cinéma était le phare du cinéma mondial." Suso Cecchi D'Amico était, selon la comédienne, "une personne exceptionnelle, d'une grande générosité, d'une culture exceptionnelle."

En 1951, la scénariste fait une rencontre déterminante : Luchino Visconti. Leur première collaboration produit Bellissima. Ils ne se quitteront plus jusqu'au projet non réalisé du cinéaste, La recherche du temps perdu de Marcel Proust. Ensemble, ils écriront Senso, Les nuits blanches, Rocco et ses frères, Sandra (Lion d'or à Venise), L'étranger, Le crépuscule des dieux, Violence et passion, L'innocent et surtout, bien sûr, Le Guépard, fresque sicilienne auréolée d'une Palme d'or au Festival de Cannes.

Pour mesurer à quel point son travail était reconnu, il suffit de voir son palmarès. En 1994, le festival de Venise lui avait décerné un Lion d'or pour l'ensemble de sa carrière et l'an dernier, la Guilde des scénaristes américains lui avait remis le prix Jean Renoir pour toute son oeuvre. L'un de ses premiers films, Vivre en paix (1947), de Luigi Zampa, fut primé pour son scénario à Locarno. Le Syndicat des journalistes de cinéma italiens la récompensera huit fois tout au long de sa vie. Les prix David di Donatello (les César italiens) lui donnèrent le prix Luchino Visconti à l'occasion des dix ans de la mort du Maître en 1986 et elle reçut en 2006 un prix spécial pour les 50 ans des Donatello.

Trilingue, elle écrivit aussi pour des réalisateurs étrangers comme René Clément, José Pineihro, Nikita Mikhalkov (Les yeux noirs), Martin Scorsese (Mon voyage en Italie).

On retiendra de son travail des idées brillantes et singulières, parfois simples mais efficaces, et une finesse d'écriture, notamment pour les personnages qu'ils soient féminins (Deneuve et Girardot en profiteront) ou à sensibilité féminine (Mastroianni).

Nuits blanches et salles obscures pour un Paris Cinéma festif

Posté par Morgane, le 12 juin 2009

pariscinema09.jpgAujourd’hui, vendredi 12 juin, s’est tenue la conférence de presse du festival Paris Cinéma, dans les salons de l’Hôtel de Ville, en présence de Bertrand Delanoë, Charlotte Rampling et Christophe Girard. La septième édition se déroulera au cœur de la capitale du 2 au 14 juillet. Paris Cinéma présentera douze longs métrages (douze nationalités diverses dont sept sont des premiers films) en compétition ainsi que dix-sept courts.

Pour les impatients pressés de voir certains films avant tout le monde, de nombreuses avant-premières (dont certains films présents sur la Croisette) seront à l’affiche : le longtemps retardé Bancs publics (Versailles Rive droite), un de nos coups de coeur récent Taking Woodstock, le très attendu Public Enemies, la Palme d'or Le ruban blanc ...

Michael Mann, Johnny Depp et Marion Cotillard...

Réalisateurs-rices, acteurs-rices et autres personnalités du monde du 7ème Art viendront également fouler les tapis du festival. On pourra, entre autres, voir Bruno Podalydès, Alain Cavalier, Elia Suleiman, Claude Miller, Elsa Zylberstein, Antoine de Caunes ainsi que le duo Guillaume Canet et Emir Kusturica (devant et non derrière la caméra) pour le film L’Affaire Farewell. Paris Cinéma aura des allures de grand festival international avec l’équipe star du film Public Enemies : Michael Mann, Johnny Depp et Marion Cotillard

Cette année on rendra hommage à Claudia Cardinale (rétrospective à l’Arlequin, rencontre avec l’actrice à la BnF et exposition de photographies au Bon Marché), Jean-Pierre Léaud (rétrospective et rencontre), Tsaï Ming-Liang (intégrale de ses huit films à l’Auditorium du Louvre, masterclass avec le réalisateur à la BnF), Lluis Minarro (producteur espagnol) et Naomi Kawase (réalisatrice japonaise).

Après les Philippines l’année dernière, la manifestation accueille cette année la Turquie (puisque ce sera, de juillet 2009 à mars 2010, la Saison de la Turquie en France) avec un hommage particulier à Nuri Bilge Ceylan, un coup de projecteur sur Reha Erdem et Yesim Ustaoglu, la présentation de nombreux longs et courts métrages, des regards croisés Allemagne-Turquie et une nuit des Super-héros turcs.

Une nuit des Super-héros turcs...

Mais l’édition 2009 est également l’occasion d’innover. Aussi, Paris Cinéma ouvrira par cinq nuits dans divers cinémas parisiens (dans la nuit du 4 juillet). Au Nouveau Latina se tiendra "La Nuit des Comédies Sexy d’Asie", le Max Linder accueillera "La Nuit des Super-Héros Turcs" tandis que le Champo ouvrira ses portes à "La Nuit des Geeks" (la nouvelle comédie US), le Studio des Ursulines consacrera sa "Nuit à l’Animation Japonaise" et le Cinéma du Panthéon fera la part belle à "Russ Meyer". Une brocante cinéma se tiendra le 11 juillet sur le parvis du MK2 Bibliothèque et sera ouverte, aussi bien aux professionnels qu’aux particuliers. On pourra y trouver des affiches anciennes, des DVD, des revues, des photos de tournage etc…

Enfin, cette fête du 7e Art fermera ses portes en fanfare le 14 juillet. Pour ce, la halle du 104 se transformera en salle obscure et accueillera un ciné-concert, projetant Oyuki la vierge de Kenji Mizoguchi accompagné par Francis et ses peintres et les chanteuses japonaises Emiko Ota et Mala Barouh. La soirée se transformera ensuite en bal populaire orchestré par Helena Noguerra.

Yves Saint Laurent, l’homme qui aimait la femme (1936-2008)

Posté par vincy, le 2 juin 2008

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Yves Saint Laurent est mort à l’âge de 71 ans. Héritier de Dior (qu’il remplaça à la mort soudaine de celui-ci) et de Coco Chanel (« Mademoiselle Chanel a libéré les femmes, Saint-Laurent leur a donné le pouvoir » disait son associé et ami intime Pierre Bergé), il est aussi le précurseur de Lagerfeld, Gaultier, Ford et Jacobs… Yves « Henri Donat Matthieu » Saint Laurent, aux initiales essentielles (« YSL », une marque en soi) a été l’un des plus grands créateurs durant 40 ans de mode. Son seul regret fut de ne pas avoir inventé le jean’s mais il a cassé les verrous qui engonçaient les conventions ; on note deux grandes inventions : les femmes en pantalon puis le métissage des couleurs et des tissus, éloge du noir (dont il a sans cesse célébré l‘élégance) et des tons vifs.

Sur les planches, il travailla avec Roland Petit, Jean Cocteau, Marguerite Duras. Fils d'un exploitant de salle de cinéma, il fut le costumier de Claudia Cardinale (La Panthère rose, sublime Capucine), Leslie Caron, Jean Seberg, Romy Schneider (César et Rosalie), Gérard Depardieu (Trop belle pour toi). Il fut en charge des costumes du multi-césarisé Providence.

La femme de sa vie, Deneuve

Mais c’est évidemment avec Catherine Deneuve que la plus belle histoire d’amour se noue. Muse et mannequin, son amie Catherine fera la promotion de ses créations en toutes circonstances : remises de prix, festivals, films... En créant ses costumes pour Belle de Jour, dix ans à peine après avoir repris les rênes de la maison Dior, YSL entre dans l’histoire du 7e Art, mariant le chic et le pervers, habillant la femme « beauvoirienne » par excellence, entre émancipation et soumission. Il habillera Deneuve dans La Chamade (Cavalier), La sirène du Mississipi (Truffaut), Liza (Ferreri), Un flic (Melville), The Hunger (Scott). Une fidélité qui ne trouve écho qu’avec Audrey Hepburn et Givenchy. On touche à l’extase… « Elle a toujours été extraordinaire pour moi. Je l'habille depuis le film Belle de Jour de Luis Bunuel. C’est une femme qui a un charme et un cœur merveilleux. Pour moi, elle est la plus grande star mondiale. Nous nous écrivons souvent. Je l'appelle Catherine, ma douceur, elle m'envoie des roses pâles. » Dans le dernier numéro de Première, Deneuve lui renvoie l’amabilité : « Saint Laurent lui-même est quelqu’un que j’aime tendrement. » Normal qu’ils se soient trouvés, elle qui incarna toutes les femmes, lui qui habilla pour toutes les femmes. Il avait construit un empire avec des parfums, une collection hommes, des boutiques dans le monde entier. Tout fut revendu il y a quelques années à une multinationale davantage obsédée par la valorisation de la marque que par le génie de son créateur. Il quitta les podiums en 2002, entouré de Casta et Deneuve, préférant se soigner sous le soleil marocain.

Les obsèques auront lieu jeudi à l’Eglise Saint-Roch à Paris. Ses cendres seront amenées à Marrakech. Une sépulture les accueillera dans les jardins de Marjorelle, bordant les propriétés de Pierre Bergé et du couturier.

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Voir aussi notre dossier Mode et Cinéma