Cannes 70 : petits et grands scandales sur la Croisette

Posté par cannes70, le 16 avril 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-32 Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .

Avec une infinie générosité, la Cinémathèque Française, a décidé de participer à notre hommage au Festival de Cannes en organisant, du 26 avril au 28 mai, une rétrospective de 26 films présentés sur la Croisette liés à des scandales et controverses. Nous remercions l'aimable direction de son soutien à notre dossier.

Dans le texte de présentation du cycle dans le programme officiel, Thierry Frémaux, délégué général du festival de Cannes, présente les divers types de scandales qui ont émaillé l'histoire de la manifestation, essentiellement d'ordre esthétique, politique ou moral, sans oublier les rejets violents de certains palmarès rejetés et/ou sifflés.

Certains des plus nobles scandales de Cannes sont avant tout d'ordre esthétique. Renouvelant considérablement l'art délicat de la narration, La Dolce vità de Fellini et L'Avventura d'Antonioni (ah, ces italiens, quel talent !) ont, en 1960, surpris les amateurs d'un cinéma aux codes plus classiques que l'on retrouvait cette année là : Celui par qui le scandale arrive de Vincente Minnelli, Jamais le dimanche de Jules Dassin ou Le Trou de Jacques Becker qui sont pourtant des moments de cinéma bien nobles. La Source de Ingmar Bergman et Moderato Cantabile de Peter Brook ont pu dérouter également mais ont moins choqué une certaine foule - que l'on qualifiera de peu éclairée - que leurs confrères italiens.

Monica Vitti et Antonioni ont même reçu quelques tomates lors de la remise du prix du Jury, attribué pour sa «remarquable contribution à la recherche d'un nouveau langage cinématographique». Après la projection pour le moins chaotique, comme l'explique la comédienne dans la vidéo ci-dessous, le film est heureusement soutenu par de nombreux artistes et journalistes choqués par des réactions disproportionnées et bien peu réfléchies. La Dolce Vita reçoit la Palme d'or. Le scandale n'a pas étouffé l'art, heureusement, grâce au jury présidé par Georges Simenon.

Les vrais gros scandales

La postérité retient un petit nombre de scandales en réalité. En 1955, Nuit et brouillard d'Alain Resnais est retiré de la compétition, sur ordre du pouvoir, alors qu'il s'agit d'une commande du Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale pour commémorer le dixième anniversaire de la libération des camps de concentration. La raison de cette censure ? Un gendarme apparaît furtivement sur une photo en ouverture au camp de rassemblement des futurs déportés de Pithiviers. Une présence que Resnais n'avait même pas remarqué, au passage...


Jean Cayrol, co-auteur du film et rescapé des camps, victime lui-même du décret Nuit et Brouillard (Nacht und Nebel, en allemand) qui ordonne la déportation des ennemis du Reich, dénonce cette intervention des pouvoirs publics au journal Le Monde (cité dans En haut des marches, le cinéma d'Isabelle Danel) : «la France refuse ainsi d'être la France de la vérité, car la plus grande tuerie de tous les temps, elle ne l'accepte que dans la clandestinité de la mémoire, elle arrache brusquement de l'histoire les pages qui ne lui plaisent plus ; elle retire la parole aux témoins ; elle se fait complice de l'horreur, car notre dénonciation ne portait pas seulement sur le système concentrationnaire nazi mais sur le système concentrationnaire en général, qui fait tache d'huile et tache de sang sur toute la terre encore sinistrée par la guerre». Le gendarme est caché et le film est bien programmé, mais hors-compétition. L'objet du délit sera réintégré au montage en 1997. Une œuvre historique qui saisit en quelques minutes une horreur indicible, alors quasiment secrète. Avec ce film, le silence se tait définitivement.

La Grande bouffe de Marco Ferreri est rejeté pour l'outrance de son propos, ce suicide collectif organisé par quatre amis pour rejeter l'inanité de leurs vies et qui ont prévu de bouffer jusqu'à s'en faire éclater la panse. Mais le rejet ne serait-il pas plus sournois, lié à la mise en valeur du corps voluptueux d'Andréa Ferréol, filmé avec amour et désir, loin des canons de beauté plus lisses ? Une image, à force d'avoir été diffusée très régulièrement depuis près de 45 ans a marqué ce rejet hystérique : une dame bien apprêtée hurle face caméra sa réaction à la vision de ces gloutons mortifères : «C'est un scandale, un scandale, ça gagne du pognon, ça...».

La haine aujourd'hui ne passe plus par de telles éructations face caméra ou par des crachats tels qu'en ont reçu le réalisateur et son acteur Marcelo Mastroianni. Ces dérives n'existent plus (heureusement). Désormais les rejets exagérés passent certes toujours par quelques piques bien senties dans des journaux de presse écrite mais aussi désormais dans des messages plus crus sur Twitter en 140 signes et des poussières. Le relatif anonymat des réseaux sociaux pourrait faire naître quelques scandales dans les prochaines années, le rejet caractérisé de certains films pouvant achever certains d'entre eux en quelques minutes, Sea of trees de Gus Van Sant (absent de cet hommage) en a fait les frais en 2015.

Dans une image devenue historique, Maurice Pialat lève un point conquérant (et ne fait pas un bras d'honneur contrairement aux apparences) lorsqu'il reçoit la Palme d'or pour Sous le soleil de Satan sous quelques quolibets. Premier français à recevoir la Palme depuis Claude Lelouch en 1966 et dernier avant Laurent Cantet pour Entre les murs en 2008, il a notamment battu Nikita Mikhalkov pour Les Yeux Noirs. Les sifflets qui lui étaient destinés viendraient-ils de la communauté russe ?

Underground d'Emir Kusturica a poussé cet idiot d'Alain Finkielkraut, le lendemain de l'annonce de sa Palme d'or, à publier une tribune assassine (L'imposture Kusturica) dans Le Monde, alors qu'il n'avait pas vu le film, suivi par une autre réaction hostile de Bernard Henri-Levy dans Le Point qui lui non plus ne l'avait pas vu ! Ces messieurs ont, il est vrai, tendance à ne pas rater les occasions de ne pas se taire. Alors oui, ça fait parler, ça fait du papier, mais est-ce bien utile de s'illustrer ainsi ?

Heurté, le cinéaste a rétorqué ainsi, toujours dans Le Monde, quelques mois plus tard, au moment de la sortie en salles : «J'ai d'abord ressenti une grande tristesse puis une assez grande colère, et finalement une sorte d'incertitude. J'aurais voulu répondre immédiatement ; mais pour quoi dire ? Non que mon imagination eût été prise en défaut, mais je ne trouvais pas de mots pour répliquer à l'auteur de l'article, qui, à l'évidence, n'avait pas vu mon film. Finalement, j'en suis venu à la conclusion que nous étions effectivement une ” imposture ”, moi et les films que je fais. C'est un sentiment qui devient prédominant au moment du tournage, lorsque le doute m'envahit. Je crois d'ailleurs que tous mes films sont nés du doute, car dans le cas contraire je serais probablement aujourd'hui en Amérique, en train de fabriquer des films pour le box-office. Mais la croyance qu'il existe toujours une différence entre les films et les hamburgers me pousse à continuer de vivre ici, en Normandie. Je ne comprends toujours pas que Le Monde ait publié le texte d'un individu qui n'avait pas vu mon film, sans que personne ait cru bon de le signaler».

En 1978, Gilles Jacob invite en compétition L'Homme de marbre d'Andrzej Wajda, sorti discrètement de Pologne et invité à la dernière minute pour déjouer la censure. Trois ans plus tard, sa «suite» L'Homme de fer, bénéficie du même traitement de "film surprise" et remporte la Palme d'or, offrant une visibilité inattendue au mouvement Solidarnosc de Lech Walesa. En 1961, Viridiana de Luis Buñuel est jugé «sacrilège et blasphématoire» par le Vatican et le directeur général de la Cinématographie est renvoyé. Le film reçoit la Palme mais perd sa nationalité espagnole, qu'il récupère en 1983.

Les petits scandalinous de rien du tout

Le cycle réunit d'autres films à la croisée des reproches. À L'Argent de Robert Bresson, celui de la présence dans la distribution de Valérie Lang, la fille de Jack Lang, alors ministre de la culture ; à Fahrenheit 9/11 – qui n'est pas considéré comme le film le plus pertinent et indémodable de Michael Moore – le fait de partager avec Quentin Tarantino, président du jury qui lui a remis la Palme d'or, les mêmes producteurs (les frères Weinstein) ; à Funny Games de Michael Haneke, sa violence extrême ; à Khroustaliov, ma voiture ! d'Alexeï Guerman, son style déroutant ; à La Peau de Liliana Cavani sa crudité dans la description de la libération en Italie et au Goût de la cerise d'Abbas Kiarostami sa représentation du suicide, interdit en Iran.

La présence de certains films dans cette rétro étonne. Le choix de Wim Wenders de primer Sexe, mensonges et vidéo de Steven Soderbergh a certes surpris à plusieurs titres : il s'agit d'un premier film (le seul à recevoir une Palme d'or), l'acteur principal (James Spader) est lui aussi primé (ce qui valide l'enthousiasme du jury) et d'autres étaient plus attendus : Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore, Do the Right Thing de Spike Lee, Monsieur Hire de Patrice Leconte, Mystery Train de Jim Jarmusch, Pluie noire de Shohei Imamura, Sweetie de Jane Campion ou Trop belle pour toi de Bertrand Blier. Certains seront primés, d'autres non, mais la victoire de Soderbergh, plus jeune palmé de l'histoire, juste devant Claude Lelouch, n'est pas embarrassante, loin de là. Et n'a pas franchement suscité de controverse.

Inclure La Frontière de l'aube de Philippe Garrel, simplement car il fut défendu ardemment par un critique qui traita de «trous du cul» ses détracteurs, étonne. Le film a certes déconcerté certains festivaliers ou leur a simplement déplu mais scandale ? Controverse ? Mmm… Pas vraiment... Hors-la-loi de Rachid Bouchareb énerve quelques élus de droite et d'extrême droite mais laisse les spectateurs plus indifférents que scandalisés. Lire le reste de cet article »

Locarno consacrera sa Rétrospective à Jacques Tourneur

Posté par vincy, le 19 janvier 2017

La Rétrospective du 70e Festival de Locarno (2-12 août 2017) sera consacrée au réalisateur français Jacques Tourneur (1904 – 1977). Cet hommage "s’intéressera à un réalisateur qui n’est encore pas reconnu à la hauteur de son talent" explique le communiqué du festival. "Tourneur a souvent tourné des films de série « B », des films qui nous semblent aujourd’hui plus incisifs, plus visionnaires et plus actuels que leurs aînés. Car le réalisateur a toujours su mêler dans son travail l’imaginaire puissant des récits de genre et une poésie visuelle unique, héritée sans doute de sa double identité, européenne et américaine."

La Rétrospective se déroulera dans le cinéma historique de Locarno, entièrement restauré et rebaptisé le GranRex, qui dévoilera son nouvel aménagement à l’occasion de la 70e édition du Festival. La Rétrospective, conçue par Roberto Turigliatto et Rinaldo Censi, en collaboration avec la Cinémathèque suisse et la Cinémathèque française, sera accompagnée par un ouvrage publié en anglais et en français aux éditions Capricci.

Fils du réalisateur Maurice Tourneur, l'un des pionniers du cinéma français, Jacques Tourneur est né à Paris en 1904.Après ses premiers films, Maurice quitte la France à la veille de la Première Guerre mondiale pour les États-Unis, où il devient un cinéaste confirmé, dont les films sont appréciés du public. La famille rentre en France en 1928, et Jacques fait ses premiers pas derrière la caméra en 1931 avec Tout ça ne vaut pas l'amour. Il tourne trois autres longs métrages puis décide de repartir pour les États-Unis. Sa rencontre avec le producteur Val Lewton à la RKO va donner vie à l’une des collaborations les plus fructueuses de l’histoire du cinéma: ensemble, ils travaillent sur des films fascinants et sombres, considérés aujourd’hui comme des pierres angulaires du cinéma: La Féline (1942), L’Homme – Léopard (1943) ou encore Vaudou (1943).

Des films policiers (Nick Carter, Master Detective) au western (Le passage du canyon, L’or et l’amour), des films de cape et d’épée (La flibustière des Antilles, La flèche et le flambeau), à ceux de guerre et d’espionnage (Berlin Express, Jours de gloire), en passant par le mélodrame (Angoisse, La vie facile), le film d’aventure (Les révoltés de la Claire-Louise, La Cité sous la mer) et le film noir (Nightfall, La griffe du passé), il a a touché à tous les genres.

"Considéré comme le maître du cinéma fantastique"

Carlo Chatrian, Directeur artistique du Locarno Festival, rappelle que « Le nom de Tourneur est connu des passionnés du 7e art et certains de ses films figurent même au rang des œuvres inoubliables de la grande saison du cinéma américain de l’après-guerre; il n’en va pas de même pour l’ensemble de son œuvre qui est néanmoins de très grande qualité. Cette Rétrospective, organisée avec les plus importantes et prestigieuses institutions, que je remercie ici, sera l’occasion pour les nouvelles générations de comprendre la force d’une œuvre cinématographique qui privilégie les choix visuels plus que les mots, qui trouve dans les cadrages, les mouvements de caméra, l’utilisation de la lumière, du son et des couleurs des instruments d’expression essentiels. Considéré comme le maître du cinéma fantastique, Tourneur a toujours cherché à aller au-delà du visible, en représentant les sentiments profonds qui jaillissent derrière la superficialité des choses. C’est pourquoi ses films ont résisté au temps et sont une source d’inspiration pour tant de cinéastes. »

Frédéric Bonnaud, Directeur de la Cinémathèque française, précise par ailleurs que la Rétrospective de l’œuvre de Jacques Tourneur sera programmée à la Cinémathèque française à partir du 30 août.

Le cinéma d’animation dans tous ses états à la Cinémathèque

Posté par MpM, le 13 janvier 2017

Pour la 4e année consécutive, la Cinémathèque française proposait lundi 9 janvier "Le cinéma d'animation dans tous ses états", une carte blanche offerte au spécialiste d'animation Francis Gavelle (réalisateur, présentateur de l'émission "Longtemps je me suis couché de bonne heure" sur Radio Libertaire et ancien sélectionneur pour la Semaine de la Critique). L'occasion de découvrir un panorama de la création contemporaine mêlant une dizaine de courts métrages et un long, le très beau Tout en haut du monde de Rémi Chayé, sorti de manière bien trop confidentielle début 2016.

Côté courts, toutes les techniques et tous les styles étaient représentés, permettant de passer (avec bonheur) d'un documentaire sur la sexualité masculine composé de dessins à l'encre (Petite mort d'Antoine Bieber) à un drame familial en volume - marionnettes et stop motion - (Wellington jr de Cécile Paysant), en passant par une évocation aux dessins presque enfantins d'un poème de Guillaume Apollinaire (Le Pont Mirabeau de Marjorie Caup), un documentaire mêlant animation 3D et images documentaires peintes (Lupus de Carlos Gómez Salamanca) ou encore un film anxiogène sur la solitude et la peur en 2D noir et blanc (Colocataires de Delphine Priet-Mahéo).

Une sélection réjouissante et qui présage d'autant mieux de l'avenir de l'animation (notamment française) que plusieurs courts métrages sont des films de fin d'études, ou l'oeuvre de très jeunes réalisateurs. Parmi eux, retour sur cinq films qui ont plus particulièrement retenus notre attention.

*** Colocataires de Delphine Priet-Mahéo ***

Le trait, en noir et blanc, semble fondre décors et personnages dans un flou qui matérialise la vie de son héroïne, coincée dans un quotidien morne et répétitif. Entre son travail de caissière rythmé par le "bip" incessant des articles qui défilent et la solitude de sa maison, où seul son chat l'attend, les jours se suivent, se ressemblent et se confondent. La presse attise cette solitude en générant peur et haine vis-à-vis des "errants" qui hantent la ville. Une rencontre est pourtant possible entre cette femme désabusée et l'homme qui investit sa maison en son absence. Une rencontre ténue, sans réel face à face, mais qui passe par l'appropriation de l'espace, le langage des objets et le partage de nourriture. Car rien n'est simple ou angélique dans ce conte anxiogène sur l'isolement, le repli sur soi et le découragement.

*** Journal animé de Donato Sansone ***

Journal animé est une improvisation artistique sur l'actualité à travers le détournement des pages du quotidien Libération entre le 15 septembre et le 15 novembre 2015. Le réalisateur dessine sur les photos, les anime, les transforme dans une farandole d'abord potache (des moustaches ajoutées à une personnalité publique, un ballon de foot qui rebondit d'une page à l'autre...) puis plus grave (des coups de feu, une mer de cadavres...). Tout va très vite, le crayon virevolte, le temps aussi, il est parfois malaisé de saisir les détails de l'animation ou le sujet de l'article, mais le résultat est indéniablement fort, puissant, comme une rétrospective hypnotique de ce qui constitue notre monde au jour le jour.

*** Love de Reka Bucsi ***

Réjouissante allégorie de l'amour, ses manifestations et ses conséquences, qui se décline dans un univers onirique à la fois charmant et inquiétant. Entre ironie et poésie, humour et recherche esthétique, Love met ainsi en scène des individus littéralement pris au piège du sentiment amoureux, une nature luxuriante dont le cœur s'emballe ou encore des planètes qui ont un petit grain de folie. Une vraie ambition narrative et esthétique anime ce récit foisonnant qui a quelque chose d'un feel good movie un peu cruel. Ambivalent, certes, mais tellement réjouissant.

*** Petite mort d'Antoine Bieber ***

Ce documentaire cru ose la parole masculine sur la sexualité et l'orgasme sans jamais déraper vers le voyeurisme ou l'illustration littérale. Les témoignages, sincères et spontanés, sont aussi captivants que l'animation fluide et délicate (composée de dessins à l'encre) qui recrée avec un certain minimalisme la valse (aérienne) des corps et le ballet (complexe) du désir. Le seul défaut du film est d'être trop court, tant on aurait aimé en voir (et en entendre) plus !

*** Ragoût d'Inès Bernard-Espina ***

Énigmatique film qui mêle habilement une nouvelle de Richard Brautigan, dans laquelle des hommes essayent désespérément d'enterrer un lion (vivant) dans un trou trop petit, et l'histoire tout aussi curieuse d'une femme obligée de manger ce que son visiteur lui a cuisiné. Plusieurs styles cohabitent en fonction des variations du récit : gammes chromatiques et techniques distinctes d'un lieu et d'un moment à un autre, traits larges pour les silhouettes noires massives des hommes qui creusent, trait fin pour le corps gracile et délicat de la jeune femme, etc. On est à la fois dérouté, intrigué et terriblement séduit.

« Mala noche » à la Cinémathèque française: occupation politique et évacuation policière

Posté par vincy, le 7 mai 2016

© @JeromePasanauDe 60 à 100 de personnes ont occupé pendant quelques heures la Cinémathèque française à Paris, durant trois heures, dans la nuit de vendredi à samedi, avant d'être délogées par les forces de l'ordre.

Après une projection de Prête à tout de Gus Van Sant, auquel la Cinémathèque rend hommage à travers une exposition, un groupe d’une cinquantaine de personnes a décidé de ne pas quitter la salle, clamant qu'ils occupaient désormais l'institution.

Si l'on en croit Twitter, il s'agissait d'un mélange de revendications d'employés de la Cinémathèque, d'intermittents du spectacle, et du mouvement citoyen Nuit debout. Tous évoquaient une lutte contre le projet de loi travail et la précarisation de l’emploi dans la culture. La Cinémathèque est prise au piège dans une polémique depuis fin janvier quand on a appris que le personnel d'accueil était géré par une société externe, City One, qui impose des conditions de travail où harcèlement, chantage et pressions font mauvais ménage (lire l'article paru dans Libération à ce sujet et le témoignage d'une employée).

Lors de la Matinale de France Culture le 9 février (à réécouter ici), le nouveau directeur de la Cinémathèque française, Frédéric Bonnaud, ancien directeur de la rédaction des Inrocks où il était très soucieux des inégalités et très en colère contre le régime policier, expliquait qu'il n'avait pas à signer des CDI "pour que quelqu’un vende des billets” et souhaitaient que les postes de billetterie et d'accueil restent dévolus à “des jobs étudiants“. "Je pense qu’hôtesse d’accueil, caissier, guichetier ou ouvreuse, ça doit rester des petits jobs d’étudiants, au risque de choquer. Moi, je ne me vois pas signer un CDI à vie pour que quelqu’un vende des billets à la Cinémathèque" a-t-il expliqué précisément.

Reste le symbole lourd et gênant d'un établissement connu pour ses hauts faits d'armes durant Mai 1968. En effet, pour la première fois depuis la création de la Cinémathèque en 1936, et à la demande de la direction qu'on croyait plutôt du côté des victimes, à été évacuée de force par la police. Bref une "mala noche" pour ce temple de la cinéphilie.

15 films avec Pierre Richard à voir à la Cinémathèque

Posté par vincy, le 9 avril 2016

En avril, découvre des films. Pierre Richard appartient à notre mémoire cinéphilique collective. On le voit gamin, au premier degré, en maladroit burlesque, plus Harold Lloyd que Chaplin. Et puis, en revoyant ses films, cet anti-héros lunaire apparaît comme étrangement subversif, rebelle même dans des comédies qui dénonçaient les individualismes, le consumérisme, ou même le repli sur soi. La poésie se mêle au rire, l'absurde compromet les tenants de l'ordre. Il est un grain de sable, à la Chaplin, dans les Temps modernes.

Heureuse initiative, donc, de voir la Cinémathèque française lui rendre hommage, depuis mercredi et jusqu'au 27 avril.

15. La Course à l'échalote de Claude Zidi (1975), avec Jane Birkin, Michel Aumont.
Les banques coupables de malversations? Le film est une aimable comédie où le patronat est pourri jusqu'à la moelle.

14. Un nuage entre les dents de Marco Pico (1973), avec Claude Piéplu, Philippe Noiret.
Film très méconnu autour de deux journalistes de faits-divers qui démontre, notamment, la manipulation des médias, avides de scoops.

13. Le Retour du grand blond d'Yves Robert (1974), avec Mireille Darc, Jean Rochefort.
La suite du Grand Blond est moins percutante mais pas moins drôle. La séquence finale empruntée à L'homme qui en savait trop d'Alfred Hitchcock vaut à elle seule le détour.

12. Essaye-moi de Pierre-François Martin-Laval (2005), avec Pierre-François Martin-Laval, Julie Depardieu.
L'ex Robin des Bois rend hommage à Richard avec son personnage de rêveur romantique. La comédie se laisse regarder pour ceux qui doutent encore qu'il faut garder son âme d'enfant.

11. On aura tout vu de George Lautner (1976), avec Miou-Miou, Jean-Pierre Marielle.
Satire sur le monde du cinéma, avec en toile de fond, l'avènement et la puissance du film porno. On reconnaît là le goût de Pierre Richard pour les sujets de société, où l'idéal et le rêve se fracassent à une réalité cynique.

10. En attendant le déluge de Damien Odoul (2003), avec Anna Mouglalis, Damien Odoul.
Peut-être l'un des plus beaux personnages incarné par le comédien. Dans ce délire entre hurluberlus, où la mort se confronte à la vie, il y a une envie jouissive, à la Tati, de profiter du présent. Pierre Richard y est impérial.

9. Le Coup du parapluie de Gérard Oury (1980), avec Gert Froebe, Valérie Mairesse.
Entre potacherie et jamesbonderie, cette comédie policière sous le soleil de Saint-Tropez est un enchaînement de gags à la Blake Edwards, avec, en moment culte, une publicité pour de la nourriture pour chiens.

8. Juliette et Juliette de Remo Forlani (1973), avec Annie Girardot, Marlène Jobert.
Richard est entouré de deux des plus grandes actrices de l'époque. Entre portrait d'une société où la précarité est déjà là et féminisme affirmé, ce film oublié, qui passe parfois à côté de ses sujets, révèle déjà la vulnérabilité des mâles.

7. Je suis timide mais je me soigne de Pierre Richard (1978), avec Aldo Maccione, Mimi Coutelier.
Impossible de vivre quand on est timide à l'extrême. De ce constat, Pierre Richard va créer des situations rocambolesques et parfois de grands moments de cinéma comique (notamment la scène du resto et celle des pompiers).

6. Le Jouet de Francis Veber (1976), avec Michel Bouquet, Fabrice Greco.
Sans doute l'un de ses films les plus noirs, sous ses apparences très colorées. Véritable cri de révolte contre un monde trop cadré et critique du pouvoir sans âme, le film "s'amuse" avec perversité d'une relation masochiste entre un patron et un chômeur.

5. Les Malheurs d'Alfred de Pierre Richard (1971), Anny Duperey, Pierre Mondy.
Tout commence avec un suicide et tout finira avec un carnage. Se moquant de l'élite parisienne, de la télévision, de ses jeux débiles et de ceux qui se prennent trop au sérieux, cette comédie des petits contre les forts reste étrangement actuelle.

4. Le Distrait de Pierre Richard (1970), avec Marie-Christine Barrault, Bernard Blier.
Ode à l'imagination et à la rêverie. La distraction comme hymne à la vie: c'est le moteur d'une succession de scènes d'anthologie où là encore le système trop cadré (ici du milieu de la publicité) se voit dynamité à coups de gaffes.

3. Les Fugitifs de Francis Veber (1986), avec Gérard Depardieu, Jean Carmet.
Dernier film de la trilogie inégalée du trio Veber-Depardieu-Richard, cet immense succès des années 1980 compose avec un scénario bien ficelé et des situations cocasses, en finissant en famille recomposée se jouant des genres sexués.

2. Le Grand blond avec une chaussure noire d'Yves Robert (1972), avec Bernard Blier, Jean Rochefort, Mireille Darc, Jean Carmet.
L'une des plus grandes comédies du cinéma français: casting, dialogues, scénario. Tout y est. Les acteurs, au jeu volontairement désaccordé, sont en totale harmonie. Mais à y réfléchir de plus près, Le grand blond est aussi un film d'anticipation sur la société de surveillance et le peu de considération de l'autorité pour la liberté et l'individu.

1. La Chèvre de Francis Veber (1981), avec Gérard Depardieu, Corynne Charbit.
Summum de l'art comique de Pierre Richard, l'alchimie avec Depardieu (il faut voir la tête du monstre face au distrait-timide-maladroit) fonctionne à merveille, entre aventures improbables, répliques cultes, humour décalé, usant aussi bien des gags du cinéma muet que de situations atemporelles. Assurément le chef d'oeuvre de la filmographie de Richard (et de Veber), parvenant à montrer que la folie douce est un moyen de trouver le bonheur et l'amour dans un monde violent.

Frédéric Bonnaud sera le nouveau Directeur général de La Cinémathèque française

Posté par vincy, le 11 décembre 2015

C'était l'une des nominations les plus attendues depuis cet été. Depuis, précisément, que Serge Toubiana avait annoncé son départ de la direction de La Cinémathèque française, avant la fin de son mandat. Costa-Gavras, président de La Cinémathèque française a mis fin au suspens en nommant, avec l'accord de a ministre de la Culture et de la Communication Fleur Pellerin, Frédéric Bonnaud au poste de directeur général. Le conseil d'administration a donné "un avis unanime" ce vendredi 11 décembre. Il prendra ses fonctions le 1er février 2016.

C'est aussi la fin d'un cycle. Serge Toubiana, ancien rédacteur en chef et directeur des Cahiers du Cinéma,  avait été nommé en 2003 à la direction de La Cinémathèque afin de préparer l'emménagement dans ses nouveaux locaux à Bercy. Le lieu est devenu un rendez-vous majeur de la cinéphilie avec des expositions populaires, un festival du film restauré, et une programmation éclectique qui fait référence. C'est un autre homme des médias qui lui succède.

Frédéric Bonnaud, 47 ans, a commencé comme assistant de programmation Cinéma au Jeu de Paume  (1993 à 1995), avant de devenir pigiste puis coresponsable des pages Cinéma au sein de l’hebdomadaire Les Inrockuptibles (1995-2002), dont il deviendra le directeur de la rédaction en février 2013 après le départ d'Audrey Pulvar. Il a aussi été producteur d’émissions radiophoniques à France Inter  (2002 à 2007), chroniqueur à Europe 1  (2007 à 2010), producteur d’une émission quotidienne au Mouv’  (2010-2013), animateur des Live mensuels de Mediapart  (2012 à 2015), coréalisateur et coauteur de l’émission "Personne ne bouge !"  sur Arte  (depuis 2012).

« Je suis heureux et fier de succéder à Serge Toubiana au poste de directeur général. En douze ans, sous sa direction, La Cinémathèque est devenue un véritable musée moderne du cinéma, qui assume pleinement ses missions de conservation et de diffusion du patrimoine cinématographique. En duo avec notre président, Costa-Gavras, j’aurai à coeur de poursuivre l’oeuvre déjà accomplie et d’ouvrir en grand La Cinémathèque à des publics toujours plus divers. Très attaché à notre mission de service public et à nos devoirs de transmission, je mettrai tout en oeuvre pour attirer et fidéliser de nouvelles générations de spectateurs, les cinéphiles et les cinéastes de demain, tout en m’efforçant d’inventer de nouveaux modes de diffusion » a-t-il déclaré après avoir été confirmé à son poste.

Frédéric Bonnaud avait l'habitude de signer des éditoriaux ancrés à gauche et souvent en opposition avec le gouvernement actuel. Les Inrockuptibles est un hebdomadaire mélangeant politique, société et culture, vendu à 40 000 exemplaires en 2014/2015 contre 60000 exemplaires en 2012.

Les cinémas ouverts, à l’exception du réseau Gaumont-Pathé et de quelques salles

Posté par vincy, le 15 novembre 2015

Après les attentats du 13 novembre qui ont frappé Paris et Saint-Denis, de nombreux cinémas avaient fermés et des manifestations/événements avaient été annulés. Dimanche 15 novembre, la plupart des cinémas ont rouverts dans la capitale. Les réseaux MK2, UGC, Les  Ecrans de Paris ont tous annoncé la reprise de leur activité. Le Grand Rex, finalement, a décidé aussi de rouvrir dès aujourd'hui, marquant le début de l'exploitation du Voyage d'Arlo. Idem pour le Cinéma des cinéastes.

"Après une journée un peu particulière hier , la totalité de nos salles devrait pouvoir vous proposer des séances ce dimanche. Si la situation était amenée à changer, nous ferons notre maximum pour vous tenir informés", indique la page Facebook du réseau UGC.

"Toutes nos salles sont ouvertes", informe le réseau MK2 sur son compte Twitter, hormis sa salle située à l'intérieur du Grand Palais.

"La culture est un des plus importants remparts face à la barbarie, nous nous devons de continuer à la partager" justifie Les Ecrans de Paris sur son site web.

Etoile Cinémas a de nouveau ouvert les portes de ses salles aujourd'hui, selon la page Facebook de son complexe des Lilas.

En revanche, le réseau Gaumont-Pathé a décidé de laisser fermés ses cinémas situés à dans la capitale ainsi que son complexe situé Paris près du Stade de France à Saint-Denis. Cette fermeture ne concerne pas les autres cinémas du réseau de la région parisienne et en France.
Le Forum des images et le Louxor, établissements gérés par la Ville de Paris, restent fermés, tout comme la Cinémathèque française.

Martin Scorsese s’affiche dans une station de métro de Paris

Posté par vincy, le 8 octobre 2015

Martin Scorsese est partout. A la Cinémathèque française dès la semaine prochaine, avec une grande exposition qui lui est consacrée, au Festival Lumière où il recevra demain vendredi 16 octobre un Prix pour l'ensemble de sa carrière... et dans une station de métro parisienne. Alma-Marceau, ligne 9, accueillera du 12 au 18 octobre sur ses 103 emplacements publicitaires et promotionnels des photos de Taxi Driver, Les Affranchis, Casino, Shutter Island et Le Loup de Wall Street, ainsi que des créations graphiques reprenant des répliques cultes de ces films comme "You talkin' to me" ou "What do you mean I'm funny?".

Mardi 13 octobre, sur la page Facebook de la RATP, un concours permettra aux fans de gagner des places pour l'exposition l'un des nombreux lots (catalogue, BOF...).

Serge Toubiana annonce son départ de la Cinémathèque française

Posté par vincy, le 6 juillet 2015

Sur son profil Facebook et son blog de la Cinémathèque, Serge Toubiana, directeur général de la Cinémathèque française, annonce qu'il quittera ses fonctions le 31 décembre. Ile ne fêtera donc pas les 80 ans de l'institution.

"C'est le fruit d'une longue réflexion, sereine, et prenant en considération plusieurs éléments" explique-t-il sans véritablement les préciser. Avec le sentiment du devoir accompli, Toubiana affirme qu'il "reste beaucoup à faire", "convaincu qu'un autre, homme ou femme, pourra à [sa] place poursuivre cette aventure, mieux qu'[il] ne saura le faire [lui]-même."

"Il entre dans ma décision le désir de passer à autre chose. Cela se résume pour moi à écrire sur le cinéma. J’en ressens le besoin, le temps passe. J’aurai ainsi passé près de treize années à la tête de la Cinémathèque française" ajoute-t-il. "Il a fallu ce temps pour réorienter la Cinémathèque française, insuffler une dynamique, en moderniser le fonctionnement, réussir l’implantation en 2005 dans son nouveau siège rue de Bercy, élargir son public, donner du sens et de la cohérence à l’ensemble de ses missions. Et faire en sorte qu’elle rayonne en France comme dans le monde entier. Surtout, ne renoncer à rien en termes d’exigence cinéphilique : combien de visiteurs étrangers nous disent à quel point ils admirent cette institution, se collections, ses programmations et ses expositions, ses activités en direction du jeune public ! Impressionnant pour une institution qui fêtera ses 80 ans en 2016".

Marius de Marcel Pagnol à Cannes Classics

Posté par vincy, le 26 février 2015

marius de marcel pagnol

Pour le 120e anniversaire de la naissance de l'écrivain et cinéaste Marcel Pagnol, le Festival de Cannes diffusera la version restaurée de Marius (1931), dans la sélection Cannes Classics. Marius est le premier film de la trilogie qui comprend Fanny (1932) et César (1936), également en cours de restauration. Ces travaux de restauration se dérouleront sous la supervision de Nicolas Pagnol et de Guillaume Schiffmann, chef opérateur des récents films de Michel Hazanavicius.

Marius sortira également en salles dans cette version et sera diffusé sur Arte.

Le travail de restauration a été rendu possible grâce aux aides d'Arte, du CNC, du Fonds culturel franco-américain et de la Cinémathèque française. Par ailleurs, un appel aux dons avait été lancé en décembre dernier. Il manquait 50000€, et finalement CMF-MPC (présidé par le petit-fils Nicolas Pagnol) a récolté 75400€ sur Ulule
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A terme, les 17 films de Marcel Pagnol devraient connaître la mêle cure de jouvence... Les négatifs de Marius sont tachés, avec des moisissures, des déchirures, des collures endommagées. Fanny n'a jamais été restauré et César est très abimé. C'est la version longue de césar qui bénéficiera de ce travail de restauration. Les négatifs seront aussi numérisés.

Marius est le premier film tiré de l'œuvre théâtrale de Marcel Pagnol. Il fût produit par Paramount et réalisé par Alexander Korda. Premier "grand" film parlant français, son succès fut considérable et "starisa" Raimu, Pierre Fresnay et Charpin.