En Pologne, le film « Kler » bat des records au box office et se transforme en polémique politique

Posté par vincy, le 5 octobre 2018

935000 spectateurs le week-end dernier pour Kler (Clergé en français) au box office polonais. Le film de sorti le 28 septembre réalisé par Wojciech Smarzowski a battu tous les records locaux depuis 30 ans, surclassant Cinquante nuances de Grey, Star Wars et n'importe quel film polonais. Cold War, primé à Cannes et représentant du pays pour les Oscars, n'a ainsi attiré "que" 755000 spectateurs au cours de sa carrière. Un phénomène d'autant plus marquant que ce drame aborde un sujet brûlant : les prêtres et la pédophilie, dans un pays encore très catholique.

Il reste encore de la marge pour battre le record de recettes historique dans le pays (Avatar, seul film à avoir dépassé les 20M$ aux box office). Mais ce devrait être le plus gros succès polonais dans le pays, record détenu par Lejdis, comédie sortie en 2008.

Le film dénonce pourtant les méthodes et les affaires d'une église omniprésente dans le champ politique polonais et à laquelle le peuple reste très attaché 40% des Polonais croient encore aux lois de l'Eglise et un peu plus vont régulièrement à la messe). Dans les débats, l'Eglise encaisse et compte sur ses relais.

Le chef du parti ultraconservateur et nationaliste (au pouvoir), Jaroslaw Kaczynski, a même parlé d'un "coup porté contre la Pologne", le chef du bureau de sécurité nationale Pawel Soloch hurle au "film de propagande odieux". Le film attise les passions dans un pays où la religion catholique est encore enseignée à l'école et où l'Eglise intervient intensément dans la politique (l'avortement est toujours interdit, le blasphème est un délit pénal).

"Tous ceux qui portent la Patrie dans leur coeur, qui aiment Dieu et la Pologne, doivent dire clairement aujourd'hui "non" à la destruction de nos valeurs nationales", a affirmé une association de journalistes catholiques, appelant au retrait d'un film profondément "anticlérical, anticatholique et antipolonais" qui "fausse" l'image de l'Eglise, rapporte l'AFP.

La vérité sur une Eglise intouchable

En s'attaquant aux crimes pédophiles des prêtres, Kler tombe à pic. Des scandales de ce genre, il y en a chaque semaine qui sont révélés du Chili aux Etats-Unis, d'Irlande à l'Allemagne, du Canada à la France. Il y a déjà eu des films sur le sujet (Sleepers, Spotlight) et le prochain Ozon, Grâce à Dieu, sera sur ce thème.

En montrant les coulisses de l'institution cléricale, le réalisateur Wojciech Smarzowski, qui a du tourner une partie de son film en République tchèque, met en lumière ce que pensent les Polonais sur la sacro-sainte Eglise. Nombreux sont ceux qui avouent que le pays a besoin de voir son Eglise en face, de comprendre cette vérité.

Le film raconte l'histoire de trois prêtres. L'un d'eux est accusé (à tort) d'actes pédophiles tandis qu'un autre utilise tout son pouvoir pour masquer ses propres "écarts". Victimes ou témoins de tels crimes dès leur enfance, c'est en fait un combat pour que le mensonge gagne sur la vérité. C'est aussi un film qui expose la corruption, l'hypocrisie, l'abus de bien social, l'alcoolisme et l'homosexualité des élites religieuses. Le cinéaste a fait relire son scénario à des membres du clergé, qui ont authentifié chacune des déviances racontées.

"Aucun réalisateur n'a jamais osé présenter une vision aussi critique de l'Eglise catholique en Pologne. Kler s'attaque ouvertement à l'Eglise et dénonce tous ses péchés cardinaux allant de cas de pédophilie, au versement d'argent par les fidèles pour accéder aux sacrements, aux appels d'offres truqués et à la démoralisation généralisée de la hiérarchie", explique Janusz Wroblewski, critique de cinéma.

Controversé, dérangeant, le film a remporté six prix au Polish Film festival dont celui du public.

Cannes 2018: Qui est Agata Kulesza ?

Posté par vincy, le 10 mai 2018

C'est peut-être l'actrice polonaise la plus connue à l'internationale ces temps-ci. Agata Kulesza a récolté une dizaine de prix internationaux entre 2013 et 2015 pour son rôle dans Ida, de Pawel Pawlikowski (Oscar du meilleur film en langue étrangère). Lauréate de deux prix de la meilleure actrice aux "César" polonais, avec Roza de Wojciech Smarzowski en 2011 et Ida deux ans plus tard, la comédienne, âgée de 46 ans, arrive à Cannes avec Cold War, en compétition. Dans ce nouveau film de Pawlikowski, qui se déroule dans les années 1950 entre les pays de l'Est et Paris, elle n'est toujours pas le rôle principal, tenu par Joanna Kulig. Mais sa présence devrait être remarquée tant elle sait dramatiser chacune de ses apparitions.

Cela fait 25 ans que la comédienne alterne petit et grand écran en Pologne, comédies et drames, petits rôles et grands personnages. Il faut cependant qu'elle attende 2011 pour se faire réellement un nom à l'étranger dans le circuit des festivals. Avec Roza, tout d'abord, grand succès populaire et critique dans son pays, où elle incarne une veuve paysanne dans une Pologne qui n'a pas encore soigné les plies de la Seconde guerre mondiale. La même année, elle est la mère d'un garçon homosexuel, harcelé qui trouve du réconfort en dialoguant virtuellement avec une jeune fille suicidaire, dans La chambre des suicidés.

Mais c'est bien le personnage de Wanda dans Ida qui la révèle mondialement. Dans cette Pologne austère, communiste et catholique des années 1960, elle incarne la tante Wanda que recherche Sœur Anna (Ida de son vrai nom). Wanda, ancienne stalinienne, juive et alcoolique, va alors amorcer un voyage dans le passé avec sa nièce. C'est une rencontre entre deux femmes, deux âmes mélancoliques, qui se termine tragiquement. Ironiquement, Agata Kulesza va se métamorphoser en mère supérieure dans Les innocentes d'Anne Fontaine (2015), avec Lou de Laâge et Joanna Kulig. Là encore un film historique, lié à l'Eglise, l'après guerre. Là aussi un rôle sombre, un personnage à l'âme tourmentée.

Avec I'm a killer, thriller historique de Maciej Pieprzyca (2016), elle reçoit son troisième Polish Film Award, mais cette fois-ci dans la catégorie second-rôle, en quelques années. On la croise dans un autre polar, True Crimes, avec Jim Carrey et Charlotte Gainsbourg, signé Alexandros Avranas (inédit en France). L'an dernier elle devient le personnage récurent de la série policière Ultraviolet.

Agata Kulesza est en fait là où on ne l'attend jamais. De "Danse avec les stars" au doublage du jeu vidéo "The Witched", elle ne suit aucun plan de carrière. "Je suis toujours à la recherche d'une histoire puissante ... une histoire qui évoque quelque chose en moi et j'espère, aussi, quelque chose chez les spectateurs" explique-t-elle, sans se soucier du format ou du support.

Cracovie, capitale printanière du cinéma indépendant

Posté par redaction, le 17 mai 2017

Début mai, à Cracovie, les amateurs de cinéma indépendant s'en sont donné à coeur joie. Pas de blockbusters, pas de films produits par les grands studios, mais plusieurs dizaines de films réalisés avec des budgets limités, à déguster sans modération. L'affluence était au rendez-vous, avec des salles bourrées de cinéphiles, notamment de nombreux étudiants, curieux de découvrir une programmation éclectique, avec des longs-métrages venus du monde entier. Pendant dix jours, entre les averses et les éclaircies, la deuxième ville de Pologne, joyau urbain regorgeant de superbes monuments, a accueilli avec gourmandise la 10e édition du festival du film indépendant Netia Off Camera.

Deux compétitions étaient au programme. L'une, internationale, présentait dix premiers ou deuxièmes longs-métrages de réalisateurs de nationalités diverses, ayant pour certains déjà eu les faveurs du public à Sundance, Locarno, Rotterdam et Toronto. L'autre, dotée du même nombre de films, était consacrée exclusivement au très riche cinéma polonais.

Car la Pologne est un pays où l'on adore le Septième art, avec des réalisateurs mondialement connus comme Andrzej Wajda (Danton), Andrzej Zulawski (Possession), Roman Polanski (Le pianiste), Krzysztof Kieslowski (La double vie de Véronique), Jerzy Skolimowski (Essentiel killing), Krzysztof Zanussi (L'année du soleil calme), Pawel Pawlikovski (Ida) ou encore Agnieszka Holland (Europa, Europa), qui présidait cette année le jury de la compétition internationale.

Ce jury a attribué son prix, doté de la très coquette somme de 100 000 dollars, à un film polonais, The last family. Ce premier long-métrage de Jan Matuszynski s'inspire de l'histoire du peintre surréaliste Zdzislaw Beksinski. Il raconte sur 28 ans les relations à la fois tendres et houleuses entre cet artiste polonais tourmenté, son épouse aimante et leur fils, excentrique et suicidaire. Ce film de deux heures, qui aurait gagné à être écourté, réserve de belles prestations d'acteurs.

De son côté, le jury de la FIPRESCI (Fédération internationale de la presse cinématographique) a décerné son prix à Pop aye, un road movie insolite, dont l'action se passe en Thaïlande, réalisé par la cinéaste singapourienne Kirsten Tan. Confronté à des problèmes personnels et professionnels, un architecte de Bangkok croit reconnaître dans une rue de la capitale thaïlandaise un éléphant qu'il a connu dans son enfance. Il décide de ramener le pachyderme dans son village natal, et croise sur son parcours mouvementé plusieurs personnages étranges. Un film maîtrisé, dépaysant et plein d'humour, qui navigue entre réalisme et absurdité. A cela s'ajoute la présence originale d'un éléphant, baptisé Pop Aye, personnage central de ce curieux long-métrage.

D'autres films étaient présentés hors compétition comme Miss Sloane de John Madden, The lost city of Z de James Gray, La tortue rouge de Michael Dudok de Wit, L'économie du couple de Joachim Lafosse, ou encore Demain tout commence d'Hugo Gélin.

La 10e édition du festival du film indépendant de Cracovie, qui s'est déroulée du 28 avril au 7 mai, a aussi rendu hommage à Andrzej Wajda, décédé l'an dernier à 90 ans. Avant la projection de Pan Tadeusz (1999), plusieurs acteurs ayant joué dans ses films, dont Daniel Olbrychski, ont évoqué leurs souvenirs émus du cinéaste récompensé en 1981 par la Palme d'Or au Festival de Cannes pour L'homme de fer.

Pierre-Yves Roger pour Ecran Noir

Toni Erdmann domine le palmarès des European Film Awards

Posté par vincy, le 10 décembre 2016

Meilleur film, meilleure réalisatrice et meilleur scénariste pour Maren Ade, meilleur acteur pour Peter Simonischek, meilleure actrice pour Sandra Hüller: Toni Erdmann, reparti sans prix du Festival de Cannes, a tout raflé à la 29e cérémonie des European Film Awards ce soir.

On peut souligner que Ma vie de courgette, coproduction helvético-française a gagné le prix du meilleur film d'animation.
Le Lion d'or de Venise, Fuocoammare, a remporté le prix du meilleur documentaire.

Le reste du palmarès a distingué Mr Ove (meilleure comédie), Olli Mäki (prix Fipresci de la découverte), 9 Days - From my window in Aleppo (meilleur court métrage), Land of Mine (meilleure image, meilleurs costumes), La communauté (meilleur montage), Le disciple (meulleur musique), 11 minutes (meilleur son).

La productrice Leontine Petit (The Lobster) a reçu le prix Eurimage de la coproduction européenne. Jean-Claude Carrière et Pierce Brosnan ont été honoré. La cérémonie se déroulant à Wroclaw en Pologne, un prix spécial de l'Académie a été décernée au cinéaste Andrzej Wajda tandis que c'est un film polonais, Body (Cialo), qui été couronné par le prix du Public. Le film a été présenté au Festival de Berlin en 2015 et n'est sorti que dans quelques pays.

Autant dire que les problèmes liés à ces European Film Awards perdurent aussi bien sur le calendrier des films sélectionnés que sur les votants. Globalement le palmarès confirme son tropisme pour les films d'Europe centrale et d'Europe du nord. Rassurons-nous: malgré ses presque 30 ans, les Oscars européens n'ont toujours pas acquis la notoriété attendue (et on s'en désole, mais comment faire autrement avec des films qui datent parfois de 15 mois) et n'ont aucun impact sur les films (et c'est regrettable)

La dernière charge d’Andrzej Wajda (1926-2016)

Posté par vincy, le 10 octobre 2016

Le réalisateur polonais Andrzej Wajda est mort dimanche 9 octobre dans la soirée à Varsovie à l'âge de 90 ans des suites d'une insuffisance pulmonaire. Oscar pour l'ensemble de sa carrière en 2000, Ours d'or d'honneur en 2006 et Ours d'argent pour sa contribution au cinéma en 1996 à Berlin, Palme d'or en 1981 pour L'homme de fer et prix spécial du jury en 1957 pour Ils aimaient la vie à Cannes, Lion d'or d'honneur en 1998 à Venise, César d'honneur en 1982 et César du meilleur réalisateur pour Danton en 1983, Prix Louis Delluc pour Danton en 1982 et BAFTA du meilleur film étranger pour Danton en 1984, le cinéaste était l'une des grandes figures du cinéma européen de la seconde moitié du XXe siècle.

Il a accompagné l'histoire de la Pologne depuis l'après guerre jusqu'en 2014.  Né le 6 mars 1926 à Suwalki , Andrzej Wajda a d'abord voulu être, comme son père, militaire de carrière. Sans succès. Son pays est alors envahi par l'Allemagne nazie. Il commence alors des cours de peinture, et, après un passage à l'Académie des Beaux-Arts de Cracovie, il intègre la célèbre école de cinéma à Lodz.

Figure de proue de l'Ecole de cinéma de Lodz

Sa filmographie, prolifique, suivra la respiration de la Pologne. Après la guerre, il réalise quelques courts métrages avant de filmer son premier long en 1955, Une fille a parlé (Génération), qui suit des jeunes de Varsovie pendant l'Occupation nazie. Avec Ils aimaient la vie (Kanal), œuvre sur l'insurrection de Varsovie, il signe son premier film reconnu dans un grand Festival international, tandis que Jerzy Kawalerowicz et Roman Polanski émergent en parallèle.

L'expérience douloureuse de la guerre et la résistance contre les nazis croisent ainsi l'héroïsme et le romantisme polonais. Il aime les révolutionnaires, les résistants, les combats qui bousculent l'Histoire. Wajda devient très rapidement un grand nom du cinéma. Mais avant tout, contrairement à Polanski, lui décide de rester dans son pays. Hormis trois films dans les années 1980, il préfère accompagner l'évolution d'une Pologne déchirée ou explorer son passé mouvementé. Wajda c'était la mémoire vivante de l’histoire de la Pologne, dans ce qu'elle a de meilleur et dans ce qu'elle a vécu de pire. Lui même résistant contre les Nazis quand il était adolescent, il en a fait un film sublime, Cendres et diamant (Popiól i diament, 1958, photo). La seconde guerre mondiale est encore présente dans La dernière charge (Lotna, 1959), Samson (1961) ou Landscape after Battle sur les Camps de concentration (1970). Il remonte le temps avec Cendres (Popioly, 1965) avec les guerres napoléoniennes.

Une Palme d'or qui le sauve

Il puise même dans le patrimoine littéraire polonais avec Le bois de bouleaux (Brzezina, 1970), Les Noces (Wesele, 1972), La Terre de la grande promesse (Ziemia obiecana, 1974), Pan Tadeusz, quand Napoléon traversait le Niemen (1999), La Vengeance (2002). Il adapte aussi Joseph Conrad avec La ligne d'ombre (1976) et l'auteur polonais contemporain Tadeusz Konwicki avec Chronique des événements amoureux (1986). Car Wajda aimait aussi le romanesque et s'essayait à d'autres genres, de la fresque historique à la comédie romantique en passant par le mélo et le musical (Les innocents charmeurs en 1960, La croisade maudite en 1968, Tout est à vendre, Polowanie na muchy en 1969, Les demoiselles de Wilko en 1979, Le chef d'orchestre en 1980, avec l'immense John Gieguld).

Le grand virage s'opère en 1977 avec un premier film réellement ancré dans son époque, L'Homme de marbre, critique de la Pologne communiste. Le titre en lui-même évoque une statue déchue d'un prolétariat opprimé. Trois ans plus tard plus tard, il signe une suite avec L'Homme de fer (photo), racontant pratiquement en temps réel l'épopée de Solidarité, le premier syndicat libre du monde communiste, emmené par un certain Lech Walesa, qui deviendra président de la Pologne quelques années plus tard. Le film emporte la Palme d'or.

"Le jour de la Palme a été très important dans ma vie, bien sûr. Mais j'étais conscient que ce prix n'était pas uniquement pour moi. C'était aussi un prix pour le syndicat Solidarité", avait-t-il expliqué. C'est aussi cette Palme d'or qui le sauve de la prison alors que de nombreux amis du cinéaste sont incarcérés lors du coup de force du général Wojciech Jaruzelski contre Solidarnosc en décembre 1981.

Exils artistiques

C'est aussi à cause de son opposition au régime de Jaruzelski qu'il décide de réaliser des films à l'étranger, avec la participation d'Agnieszka Holland à chacun de ces scénarios: Danton (1983) avec Gérard Depardieu, Un amour en Allemagne (1986) avec Hanna Schygulla, ou Les Possédés (1988) avec Isabelle Huppert, coécrit avec Jean-Claude Carrère d'après le classique Dostoïevski. Il reviendra à l'auteur russe dans un téléfilm en 1992, Crime et châtiment et dans un long métrage, Nastazja (d'après un chapitre de L'idiot) en 1994.

Après la chute du communisme en 1989, Andrzej Wajda revient à l'Histoire avec notamment la seconde guerre mondiale et les Juifs dans Korczak (1990), le patriotisme polonais dans L'Anneau de crin (1993) ou le ghetto de Varsovie dans La Semaine Sainte (1995), coécrit avec Jerzy Andrzejewski .

Andrzej Wajda a aussi mis en scène une quarantaine de pièces de théâtre. Par ailleurs, ce grand passionné de la culture japonaise a créé en 1994 à Cracovie un centre de civilisation japonaise, Manggha. Et en 2002, il avait lancé sa propre école de cinéma et d'écriture de scénarios.

De son cinéma, on retiendra une intensité jamais démentie, des séquences parfois baroques ou tourbillonnantes, des transes flamboyantes avec des acteurs en sueur, des héros insolents tandis qu'il n'a jamais été frontalement dissident. Finalement, Wajda luttait contre l'amnésie, aimait profondément les martyrs et son cinéma transposait les destins avec des grands angles, des images fortes visuellement, comme un peintre (les Beaux-Arts, ça marque) jetait son sujet dans un grand tableau rempli de multiples détails.

Candidat à l'Oscar en 2017

Après quelques téléfilms et documentaires, ainsi qu'une comédie transposée d'une pièce de théâtre, Zemsta en 2002, où Roman Polanski tient l'un des rôles principaux, il revient par la grande porte en 2007 avec Katyn (photo). En rétablissant la véritable version des faits, il y raconte l'histoire tragique de son propre père, Jakub Wajda, qui fut l'un des 22500 officiers polonais massacrés par les Soviétiques en 1940, notamment à Katyn. Mais Wajda reste ouvert à toutes formes de récit, comme en témoigne Tatarak, où une femme d'un certain âge, malheureuse dans son couple, retrouve une jeunesse en fréquentant un beau jeune homme (2009). Il retrouve Lech Walesa pour un biopic, L'homme du peuple (2013). Enfin, son dernier film, Powidoki (Après-image, 2016, le film doit sortir en janvier 2017 en Pologne), a a été présenté en avant-première il y a quelques semaines aux Festivals de Venise et de Toronto et a été choisi comme candidat polonais à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Le film suit les dernières années de la vie du peintre avant-gardiste, Wladyslaw Strzeminski, qui s'est battu contre l'idée dogmatique de l'art que voulait imposer Staline. Très critique à l'égard du pouvoir ultra-conservateur actuellement à la tête de la Pologne, les critiques y ont vu une métaphore critique à l'égard du régime de son pays. Wajda a toujours été à la fois une conscience morale et un cinéaste qui réveillait les Mémoires.

Lors de la rétrospective qui lui était consacrée à la cinémathèque française, le dossier de présentation rappelait: "Rares sont les cinéastes en effet qui se vouent si fidèlement à l’histoire et à la culture de leur pays. Il le fit, lui, avec une détermination jamais démentie. Avec vocation, pourrait-on dire, au risque que cela le desserve sur le plan international. Plus polonais que Bergman était suédois, Fellini italien, Buñuel espagnol ou Welles américain, Wajda a parfois pâti du caractère national de ses films. Il le dit fièrement : « Mes films sont polonais, faits par un Polonais, pour un public polonais »."

Belmondo et Skolimowski recevront un Lion d’or d’honneur à Venise

Posté par vincy, le 14 juillet 2016

Jean-Paul Belmondo et le cinéaste polonais Jerzy Skolimowski, deux grands talents cinématographiques qui ont été des symboles de la Nouvelle vague, recevront un Lion d'or pour l'ensemble de leur carrière au 73e Festival de Venise (31 août-10 septembre).

Le conseil de direction a décidé de remettre à partir de cette année pour chaque édition du Festival deux Lion d'or, l'un à un acteur ou une actrice, l'autre à un réalisateur ou producteur.

Jean-Paul Belmondo, déjà récompensé à Cannes avec une Palme d'or d'honneur, a commencé sa carrière avec Claude Chabrol (A double tour) et Jean-Luc Godard (A bout de souffle) à la fin des années 1950. Pierrot le fou (photo) sera d'ailleurs présenté à Venise, où le film recevra le Prix de la critique. Il a joué dans quelques uns des plus grands succès populaires français (très exportés) mais aussi pour des cinéastes aussi divers que Truffaut, Resnais, Melville, De Broca, Verneuil, Lelouch, Sautet ou encore Zidi, Oury, Giovanni, Malle ou De Sica. "Grâce à son visage fascinant, son charme irrésistible et sa versatilité extraordinaire, il a joué dans des drames, des films d'aventures et des comédies, faisant de lui une star universellement respectée aussi bien par des cinéastes engagés que dans du cinéma d'évasion" explique le communiqué du festival.

Deux fois cité aux BAFTAs comme meilleur acteur dans les années 1960, Bébel, l'homme au 130 millions de spectateurs, a reçu un César pour son rôle dans Itinéraire d'un enfant gâté.

Le directeur du festival Alberto Barbera explique que “Jerzy Skolimowski est l'un des représentants les plus évidents du cinéma moderne nés durant les nouvelles vagues des sixties. Lui et Roman Polanski ont contribué au renouveau du cinéma polonais à cette époque." Il avait d'ailleurs écrit le scénario du premier film de Polanski, Le couteau dans l'eau. Peintre, acteur (Eastern Promises de David Cronenberg, Before Night Falls de Julian Schnabel, Mars Attacks! de Tim Burton, The Avengers de Joss Wheldon), il a réalisé une vingtaine de films dont Le Départ (Ours d'or), Le cri du sorcier (Grand prix du jury à Cannes), Travail au noir (prix du scénario à Cannes), Le bateau phare (Prix spécial du jury à Cannes), Quatre nuits avec Anna (Prix spécial du jury à Tokyo) et Essential killing (Prix spécial du jury à Venise).

Ida, Oscar du meilleur film en langue étrangère, maltraité par la télévision polonaise

Posté par vincy, le 11 mars 2016

Ida de Pawel Pawlikowski

Ida, de Pawel Pawlikowski, devrait être une fierté pour les polonais: Oscar et BAFTA du meilleur film en langue étrangère, cinq prix aux European Film Awards, dont le prix du meilleur film et le prix du public, Prix LUX du parlement européen, deux fois primé au festival des Arcs, meilleur film au Festival du film polonais et au Festival du film de Varsovie... Rares sont les films polonais à avoir été aussi bien distingués. Avec plus de 500000 entrées en France, 3M$ de recettes aux Etats Unis, ce fut même le plus gros succès polonais à l'extérieur de ses frontières depuis des décennies, et un gros succès en salles en Pologne.

Un film historiquement inexact et pro-Juif pour la chaîne publique TVP2

Et pourtant, nul n'est prophète en son pays. Il y a une semaine, lors de sa première diffusion télévisée, sur une chaîne publique polonaise, un programme présenté avant le film a donc rappelé "l’inexactitude du film", justifiant son succès parce qu'il était “pro-juif”. Selon les médias qui ont rapporté l'affaire, des intertitres ont été également accolés au film, manipulant ainsi le téléspectateur puisqu'il n'était précisé nulle part qu'il s'agissait d'un ajout.

Avant sa diffusion sur la chaîne polonaise TVP2, le film a donc eu le droit à cet avant-programme de 12 minutes inédit. "Around Ida" est composé d'extraits du film commentés au nom de la précision historique par le critique de cinéma de TVP Kultura Krzysztof Klopotowski, l'historien de TVP Historia Piotr Gursztyn et le porte parole de la Ligue Anti-Diffamation polonaise Maciej Swirski. Ce dernier a ainsi dit: "Vous pouvez parler d'événements atroces dans l'histoire de la nation mais vous ne pouvez pas le faire si cela offense la nation". Le coup de grâce a été apporté par Krzysztof Klopotowski qui a clairement dit: "Si le film n'avait pas contribué à défendre les Juifs dans le conflit entre Polonais et Juifs, il n'aurait certainement pas eu un Oscar." Ni les autres prix, y compris en Pologne?

Rappelons que le film de Pawel Pawlikowski raconte l’histoire d’Anna, une jeune orpheline vivant dans un couvent, qui part à la recherche de sa tante, seul membre encore en vie de sa famille. La jeune fille découvre qu’elle est juive et que ses parents ont été assassinés. En Pologne, déjà, le film avait reçu un accueil mouvementé. Il avait fait l'objet d'une polémique médiatique opposant historiens, politiciens, cinéphiles et critiques. En cause: l'absence d'Allemands dans l'intrigue, et, comme le mentionnait le Figaro il y a un an, à aucun moment il n'est expliqué "que la Pologne était occupée par l’Allemagne nazie” et que “l’antisémitisme polonais soit présenté sans que soient mentionnés les Polonais qui ont aidé les Juifs, à leurs risques et périls.

La Guilde des réalisateurs polonais évoque manipulation et propagande

L'actuel gouvernement polonais, ultra-nationaliste, est actuellement sous les feux des critiques politiques et culturelles européens depuis qu'il cherche à prendre le contrôle des médias, entre autres. Pas étonnant alors, que, suite à cette diffusion, plusieurs cinéastes de la Guilde des réalisateurs polonais mais aussi 90 journalistes polonais se soient rassemblés pour manifester leur désaccord face à cette manipulation officielle.

La Guilde s'est ainsi désolée de voir que "pour la première fois en 25 ans, depuis que les médias sont libres en Pologne, un film a été accompagné d'une interprétation idéologique, éloignée d'une simple analyse de film sur son sujet ou sur ses qualités artistiques, en voulant exprimer une interprétation unilatérale et officiellement correcte." Elle ajoute: "De telles actions montrent non seulement le manque de respect envers les créateurs mais aussi envers les téléspectateurs. C'est le signe d'un manque de confiance du diffuseur envers la sensibilité et l'intelligence de son auditoire. C'est aussi une violation de bonne conduite et un exemple clair d'une propagande manipulatrice qui ne correspond pas à ce que l'on attend d'un média dans un état démocratique."

Les European Film Awards se déshonorent-ils en se tenant en Pologne en décembre prochain?

L’European Film Academy a rejoint le mouvement et a déclaré dans un communiqué : “bien que le comité de la European Film Academy défende la liberté d’opinion sur les films et le droit à des débats ouverts, il ne peut en aucun cas accepter la manipulation d’un tel débat”. L'affaire intervient au pire moment alors que la prochaine édition des European Film Awards se déroulera le 10 décembre 2016 à Wroclaw, capitale culturelle de l'Europe et cité polonaise.

Les producteurs du film ne s'interdisent pas de répondre par une action juridique contre la chaîne. Le réalisateur Pawel Pawlikowski, navré par le comportement d'un parti politique au pouvoir qui ruine la réputation de son pays par sa politique nationaliste et liberticide, a rappelé dans Variety que son film n'était pas un film historique mais une oeuvre s'attachant à dépeindre des personnages complexes et ambiguës dans un monde où rien n'est simple sur des questions existentielles. "Toute cette polémique est absurde! Ces nationalistes, qui ont ignoré le film lors de sa sortie, ne l'ont même pas vu. Ils utilisent Ida sous le simple prétexte de faire grimper un sentiment patriotique et donner du souffle à leur obsession sans fin autour d'un complot "Juifs-Allemands-Gauchistes-Progressistes-Russes" contre la Pologne. Ce sont leurs déclarations outrancières et xénophobes qui font pourtant le plus de mal à notre réputation international, pas mon film."

Oscars 2015: L’envol de Birdman (et autres faits marquants)

Posté par wyzman, le 23 février 2015

inarritu birdman oscars 2014
Tous les gagnants de la 87e cérémonie des Oscars
Oscars 2015: Un slip blanc, une carte verte, et beaucoup de grandes causes…

Avec 4 statuettes, dont meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur scénario, Birdman a remporté la mère des batailles dans la saison des prix aux Etats-Unis. Le film, qui avait fait l'ouverture du Festival de Venise (où il avait été oublié du palmarès) sort mercredi en France. Un (faux) plan séquence autour d'un comédien qui s'est fait oublier après avoir incarné un super-héros dans une franchise hollywoodienne et cherche à monter une pièce adapté d'une nouvelle de Raymond Carver aura suffit à séduire les votants, qui ont finalement balayé l'autre favori, et l'autre tour de force, Boyhood de Richard Linklater, qui s'en va bredouille (hormis un Oscar du meilleur second-rôle féminin pour Patrica Arquette).
Surtout, pour la deuxième année consécutive, c'est un cinéaste mexicain qui repart avec l'Oscar du meilleur réalisateur. Alejandro Gonzalez Inarritu succède à Alfonso Cuaron. Les deux audacieux ont aussi permis à leur chef opérateur commun, Emmanuel Lubezki, de gagner deux fois de suite la statuette de la meilleure image.

Ex-aequo, The Grand Budapest Hotel a également reçu 4 Oscars, tous techniques. On note le premier Oscar en 8 nominations pour le composteur français Alexandre Desplat, qui rejoint ainsi Francis Lai, Maurice Jarre, Gabriel Yared, Ludovic Bource, George Delerue et Michel Legrand dans le panthéon des musiciens français oscarisés. Juste derrière, Whiplash, avec 3 Oscars dont celui du meilleur second-rôle masculin pour J.K. Simmons, complète le podium et surtout le meilleur montage que tout Hollywood voyait décerner à Boyhood.

jk simmons patricia arquette julianne moore eddie redmayneLe palmarès de ces 87e Oscars n'a délivré aucune surprise réelle en étant conforme aux prévisions de ces dernières semaines. Les quatre acteurs récompensés étaient tous favoris. On pouvait éventuellement imaginer une bataille dans la catégorie acteur mais Eddie Redmayne a triomphé, logiquement, sur Michael Keaton. C'est évidemment l'Oscar de la meilleure actrice, pour Julianne Moore dans Still Alice, qui a fait sensation. La comédienne a reçu une standing ovation. Après 4 nominations infructueuses, elle gagne enfin le prix le plus convoité du cinéma aux Etats-Unis. Elle réussit ainsi le rare grand chelem de la meilleure actrice: Oscar-Golden Globe-Venise-Berlin-Cannes (elle a reçu un prix d'interprétation l'an dernier au Festival de Cannes pour Maps to the Stars).

Disney a fait un doublé dans l'animation avec le court (Feast) et le long métrage (Les nouveaux héros). Dans cette dernière catégorie créée en 2002, c'est son neuvième Oscar. C'est sans doute la seule vraie surprise du palmarès, tant Dragons 2 semblait le vainqueur prévisible.

Enfin, c'est Ida qui a remporté l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, donnant au cinéma polonais son premier Oscar, après 9 nominations infructueuses.

Au total, 13 longs métrages peuvent faire la fête, même si seulement 3 ont gagné plusieurs statuettes. Côté studios, là aussi, seulement trois ont reçu plus d'un prix: Walt Disney (2), Sony Pictures Classics (3) et surtout Fox Searchlight (8) qui profite des victoires de Birdman et Grand Budapest Hotel.

Ida remporte le Prix LUX 2014

Posté par vincy, le 17 décembre 2014

Ida de Pawel PawlikowskiLe film polonais Ida de Pawel Pawlikowski a re!u un prix supplémentaire avec le Prix Lux du Parlement européen. Nominé aux Golden Globes, 5 fois primé aux European Film Awards, 5 fois récompensé au Festival de Gijon, Meilleur film l'an dernier au Festival du cinéma européen des Arcs, Meilleur film au Festival de Londres, meilleur film en langue étrangère pour le cercle des critiques de cinéma de New York et pour l'association des critiques de cinéma de Los Angeles (qui ont aussi distingué l'actrice), Ida est logiquement favori pour les Oscars.

Il a surclassé L'ennemi de la classe de Rok Bicek et Bande de filles de Céline Sciamma, les deux autres finalistes.

En recevant son prix, le réalisateur a déclaré: "Ida est un film qui a réussi à toucher le public de toute l'Europe, ce qui montre que le cinéma a encore un rôle à jouer dans notre société." Il ajoute "Le Prix Lux a créé un nouveau titre pour les cinéastes européens (..) et a également permis à des milliers de citoyens européens de partager une émotion commune".

La présidente de la commission de la culture et de l"éducation du Parlement européen, l'italienne Silvia Costa a rappelé que "L'initiative du Parlement européen concernant le Prix Lux est quelque chose d'unique: 3 films sous-titrés en 24 langues, diffusés dans 28 pays, dans au moins 18 festivals, dans plus de 40 villes européennes, des débats sur l'Europe grâce au même produit culturel. C'est quelque chose qui n'a jamais été fait par personne". Pour cette année elle pense "également que nous devrions souligner l'attention accordée aux nouvelles générations par les auteurs européens, aux jeunes qui parlent de jeunesse, comme c'était le cas des finalistes cette année. Le cinéma peut ainsi devenir un outil pour le dialogue et la connaissance, et aider les politiques à réellement comprendre l'univers des jeunes, et à éviter les stéréoptypes et les
généralisations
".

Le Parlement remet le prix chaque année pour aider à promouvoir des films qui se plongent au cœur du débat européen. C'est la première fois qu'un film polonais était finaliste de ce prix, créé en 2007. Pour l'instant le Prix Lux a été remis à deux films français, deux films belges, un film allemand, un film autrichien et un film italien. Les cinémas de Roumanie, du Portugal (deux fois), de Hongrie (deux fois), de République Tchèque, de Suède, du Royaume Uni et de Slovénie ont été finalistes.

Ida grand vainqueur des European Film Awards

Posté par vincy, le 14 décembre 2014

Ida de Pawel Pawlikowski

Ida, le film polonais de Pawel Pawlikoswki, n'en finit pas de récolter des prix aux Etats-Unis (il est même nominé aux Golden Globes). Hier soir, à Riga, il a triomphé aux European film Awards avec 5 prix majeurs : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleure photo, prix du public. C'est la première fois depuis 1988 qu'un film polonais reçoit la récompense du meilleur film. Il l'a emporté sur la Palme d'or, Winter Sleep, Leviathan, Force majeure (Snow Therapy) et Nymphomaniac (Director's cut). Autant dire qu'Ida a écrasé toute la concurrence.

Marion Cotillard (Deux jours une nuit) reçoit pour la première fois le prix de la meilleure actrice. Timothy Spall (Mr. Turner), prix d'interprétation masculine à Cannes, a été sacré par le prix du meilleur acteur.

Deux prix honorifiques ont été décernés: pour l'ensemble de son oeuvre, Agnès Varda a succédé à Catherine Deneuve et pour sa contribution au cinéma européenne, Steve McQueen (oscarisé pour son film 12 Years a Slave en février) a succédé à Pedro Almodovar.

Le palmarès de cette cérémonie qui ne parvient toujours pas à s'imposer comme un rendez-vous majeur du cinéma européen, a récompensé des films très variés.
Meilleure comédie: La Mafia uccide solo d'estate (La mafia tue seulement en été)
Prix Fipresci - découverte: The Tribe
Meilleur documentaire: Master of the Universe
Meilleur film d'animation: L'arte della felicita (L'art du bonheur)
Meilleur court métrage: The Chicken
Meilleur montage: Locke
Meilleur décor: The Dark Valley
Meilleurs costumes: The Dark Valley
Meilleure musique: Mica Levi pour Under the Skin
Meilleur son: Les poings contre les murs
Meilleure prix Eurimages de la coproduction: Ed Guiney