cinéma japonais » Le Blog d'Ecran Noir

Les reprises de l’été: Edward Yang, Takeshi Kitano, Ernst Lubitsch et un film queer culte

Posté par vincy, le 8 août 2018

A Brighter Summer Day d'Edward Yang (1991)

L'histoire: Dans les années 60, Xiao Si'r, jeune adolescent, fils d'un réfugié politique chinois, vit à Taiwan. Comme tous les jeunes gens de sa condition il fréquente les gangs qui se mènent une guerre sans merci.

Pourquoi il faut le voir? Edward Yang transpose ici une histoire vraie aussi dramatique que douloureuse. Le cinéaste taïwannais, né à Shanghaï, est mort à l'âge de 59 ans aux Etats-Unis il y a 11 ans. C'est un cinéaste peu connu a priori, par rapport à ses compatriotes (dont Hou Hsiao-hsien pour le quel il a été interprète et compositeur de la musique du film Un été chez grand père). Pourtant ses 7 longs métrages ont reçu de prestigieuses récompenses à Locarno, Berlin et à Cannes (prix de la mise en scène pour l'ultra sensible Yi Yi en 2000). C'est la jeunesse qui l'intéresse ici dans ce "Roméo et Juliette" violent où des ados paumés cherchent à exister au milieu d'une société moralisatrice. A Brighter Summer Day est considéré comme l'un de ses deux chefs d'œuvre avec Yi Yi. Cette chronique sensible et sociale décrypte (avec une sublime esthétique) aussi le phénomène de groupe, le lien entre père et fils, la vaine révolte de la jeunesse face aux institutions (nation, parents, éducation, culture, etc....). Tout est affaire de lien chez lui, de ces relations qui forgent l'identité malgré soi.

A Scene at the Sea de Takeshi Kitano (1991)

L'histoire: Un jeune éboueur sourd-muet se prend d'une passion obsessionnelle pour le surf. Soutenu par le regard protecteur de sa fiancée, sourde-muette comme lui, le jeune homme progresse, d'apprentissages éprouvants en compétitions harassantes, jusqu'à ce que la mer les sépare.

Pourquoi il faut le voir? Tout le monde connaît Kitano en Yakuza et autres rôles de flics et films de mafias. Mais dans les années 1990, Kitano a été un cinéaste marquant pour ses histoires douce-amère, à l'humour ironique, à la sensibilité palpable, et même à l'émotion débordante. A Scene at the Sea est un tournant, pour ne pas dire un virage dans l'œuvre de "Beat Takeshi". C'est son premier film sans gangsters. Le héros est sourd muet et se réfugie dans la passion du surf. Romantique, le film est aussi naturaliste avec cette mer comme horizon indépassable, ce soleil éclatant, le silence et l'amour comme seuls bruits au chaos environnant. Le plus surprenant finalement c'est qu'il s'agit d'un film en apparence légère et en profondeur sublime. Car ce film sur un exclu de la société est peut-être son plus beau, son plus lumineux, son plus coloré. Il y a quelque chose de californien dans l'air et même de hippie. Kitano n'hésite pas à fustiger l'exploitation, la soumission, les inégalités, l'injustice. Même si le soleil se noircit sur la fin, le bonheur est quand même là, dans une larme et un sourire.

Le lieutenant souriant d'Ernst Lubitsch (1931)

L'histoire: L'empereur du Flausenthurm et sa fille, la princesse Anna, sont en visite à Vienne. Pendant le défilé, le lieutenant Niki lance un sourire à son amie Franzi mais la princesse Anna le prend pour elle. Niki doit l'épouser pour réparer l'offense...

Pourquoi il faut le voir? Un roman de Hans Müller, une opérette (1907) et puis un film, inconnu, d'Ernst Lubitsch. Un film musical avec sa dose de "tubes" de l'époque un peu désuet, avec deux stars: le Français Maurice Chevalier et la future oscarisée (et née en France) Claudette Colbert. Le premier était à son apogée, la seconde à ses débuts de vedette. Ce fut la plus grosse recette de l'année pour la Paramount. Aux débuts du cinéma parlant, Lubitsch expérimentait toutes les possibilités offertes par le son. Le lieutenant souriant a été nommé à l'Oscar du meilleur film. Mais ce qui rend le film précieux, outre la mise en scène déjà virevoltante du réalisateur et son talent pour les duos alchimiques, c'est que le film est rare. A cause d'une sombre affaire de droit d'auteur lié à la version muette de l'opérette au cinéma (Rêve de valse, 1925), le film a longtemps été impossible à projeter ou diffusé puis considéré comme perdu. Il a fallu attendre les années 1990 pour retrouver une copie. L'état de la copie a nécessité un long travail de restauration et il ne fut visible qu'à partir de 2008. Une occasion en or pour découvrir ce joyau joyeux du patrimoine.

Fraise et Chocolat de Tomas Gutierrez Alea (1994)

L'histoire: Dans un quartier de la Havane, David, un étudiant militant du parti communiste est chargé d'enquêter sur les activités transfuges d'un marginal, Diego. Ce dernier, homosexuel et fier de son pays, tombe amoureux de David.

Pourquoi il faut le voir? Alors que Cuba ouvre la voie au mariage entre personnes du même sexe, il y a près de 25 ans, le cinéma cubain nous offrait l'un des plus beaux films "queer" (interprété par des acteurs à la beauté ravageuse). Torride, sensuel, mélodramatique, le film a d'abord été un immense triomphe dans les festivals (9 prix à celui de La Havane, un prix spécial du jury et le Teddy Award à Berlin, le prix spécial du jury à Sundance, un Goya espagnol du meilleur film hispanophone, une nomination à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère). Ce film où se côtoient politique et sexualité a étonnement réussi à franchir les grilles de la censure castriste. Après tout, l'idée de départ est quand même d'espionner un homme, homosexuel et érudit, suspecté comme dissident au régime communiste. Un étudiant militant, hétéro, beau comme un Dieu va en fait devoir s'ouvrir l'esprit et les deux hommes vont apprendre à dépasser leurs préjugés. Ce n'est pas un film gay mais plutôt un film sur la tolérance face à une société rigide. Toute l'histoire tend vers le contact entre les deux hommes: se toucheront-ils enfin? Il n'est pas question de sexe, mais c'est finalement plus pour contourner la censure. Le cinéaste a préféré la parabole. La force de Fraise et Chocolat est finalement d'être un des plus beaux récits sur l'homophobie, évoquant aussi bien la répression des homosexuels que la paranoïa de l'Etat. Malgré cela, sans doute à cause du régime dictatorial de son pays, le cinéaste évite les sujets qui auraient pu fâcher Cuba frontalement.

Les reprises de l’été: Ozu en dix films

Posté par vincy, le 1 août 2018

Du noir et blanc à la couleur... 10 chefs-d’œuvre du maître japonais à contempler dans leur sublime restauration ! Printemps tardif, Été précoce, Le Goût du riz au thé vert, Voyage à Tokyo, Printemps précoce, Crépuscule à Tokyo, Fleurs d’équinoxe, Bonjour, Fin d'automne, Le Goût du saké. Ces films de Yasujiro Ozu seront au cinéma le 1er août 2018 en versions restaurées 2K et 4K. Un événement en soi.

Pourquoi il faut voir les films de Ozu? Parce que, d'abord, c'est l'un des plus grands cinéastes du XXe siècle. Son œuvre est un regard sur le Japon, sur la classe moyenne en pleine reconstruction d'après guerre et sur la société en général, notamment avec les rapports homme-femme très codifiés. C'est un cinéma où le temps qui passe sert de moteur à l'intrigue, où l'oppression et les pressions servent de déclics, où tout est calme à la surface des choses et bouillonnant intérieurement. Il filmait déjà les fossés générationnels, les drames existentiels, les mutations sociétales.

L'élégance de sa mise en scène et ses fameux plans "à hauteur de tatamis" n'a pourtant été reconnue que très tard en France. On célèbre cette année les 30 ans de la sortie française de son film emblématique Voyage à Tokyo. Ozu a eu l'honneur de deux rétrospectives à Locarno (en 1979) et à la Cinémathèque française (en 1980) soit bien longtemps après sa mort en 1963 à l'âge de 60 ans.

Cinéaste hanté et traumatisé par la guerre, on peut même voir une scène de bar dans le Goût du Saké, où les deux personnages principaux se réjouissent de la défaite du Japon. Chez Ozu, on observe comment le Japonais se soumet aux règles du jeu, à l'ordre des choses et du monde? Pourtant, souvent, ils se révoltent, sans rien dire, refusant les choix dictés. Les enfants insolents deviennent bien sages en grandissant. Les femmes dociles sont bien plus émancipées qu'en apparence, dans le cadre contraint où elles évoluent. Souvent il faut un destin qui bifurque pour que son mélo s'envole. Car dans son cinéma, au-delà de l'acceptation, les personnages sont avant tout des êtres qui se séparent. C'est la transmission, par la douleur. Derrière la banalité des vies, il y a cette souffrance permanente qui nous traverse, et qui passe des parents aux enfants.

Mais ce qui frappe aussi dans ses films, c'est leur richesse cinématographique, beaucoup moins immobiles qu'on ne le croit, beaucoup plus audacieux qu'on ne l'imagine. La rigueur et l'épure, le dénuement et le formalisme ne sont que des qualificatifs clichés pour un cinéma qui s'adaptait et se transformait en fonction des histoires. Mais ce qu'on retient de ses expérimentations c'est que le monde est en mouvement, les regards jamais vraiment francs, le spectateur à distance et les espaces manipulés par le cadrages. Rien n'est statique. Il n'est alors pas étonnant que chacun des 10 films de cette rétrospective produira une émotion particulière et différente. Car les histoires du maître sont aussi bouleversantes.

Foodtruck et films: c’est le Japon à la plage

Posté par vincy, le 30 juillet 2018

Du 1er au 21 août, les Estivales Hanabi (Feux d'artifice en japonais) plantent foodtruck et grande toile sur la côte Ouest de la France. Les spectateurs auront la chance de découvrir en avant-première les films japonais de la rentrée.

Trois films en avant-première dans des salles de cinéma locales sont présentés le très beau film d'animation Silent Voice de Naoko Yamada, le voyage sentimentalo-gastronomique La saveur des Ramen de Eric Khoo et le thriller Invasion de Kiyoshi Kurosawa.

Et en bonus, le jeune couple franco-japonais Cyril et Yuka feront découvrir la cuisine traditionnelle japonaise, en compagnie des parents de Yuka, avec le foodtruck "Japas", pour des tapas nippons.

Le périple commencera mercredi 1er août à Fécamp avant de bouger les jours suivants à Houlgate, Honfleur, Granville, Cancale, Dinard, Paimpol, Guingamp, Penmarch, Douarnenez, Audierne, Etel et Auray. Après la pause du 15 août il prolongeront le circuit à Saint-Brevin-Les-Pins, Noirmoutier, Saint Jean de Monts, Saint Pierre d'Oléron et Saint Jean de Luz.

Toutes les informations sont disponibles sur http://www.hanabi.community.

Les reprises de l’été: Kumashiro, les Coen, Stone et Cimino

Posté par vincy, le 25 juillet 2018

Blood Simple (Sang pour sang) de Joel et Ethan Cohen (1984)

L'histoire: Au Texas, un propriétaire de bar découvrant que sa femme le trompe avec le barman, engage un détective texan pour les assassiner. Mais sous des dehors de parfait imbécile, ce dernier va se révéler machiavélique et imprévisible…

Pourquoi il faut le voir? Interdit aux moins de 12 ans. On pouvait déjà voir ce qui était singulier et génial chez les frères Coen dès ce premier film aussi saignant que jubilatoire. Au passage, on admirera Frances McDormand, 27 ans à l'époque et dont ce fut le premier film. L'hémoglobine coule à flots. Ce polar rouge et noir, porté, déjà, par la musique de Carter Burwell et la photo d'un certain Barry Sonnenfeld (Men in Black), a reçu d'emblée le Grand prix du jury à Sundance. Un coup de maître mérité pour ce film devenu culte avec tous les bons ingrédients: le Texas, un détective privé, un mari jaloux, une épouse victime. Pourtant le scénario est retors et déraille assez vite dans une course poursuite où le seul homme à peu près honnête est tué. C'est décalé, un brin cynique, en tout cas ironique et grinçant. Ce ton si particulier qui désamorce l'horreur tout en amorçant la violence.

Platoon d'Oliver Stone (1986)

L'histoire: Septembre 1967: Chris Taylor, dix-neuf ans, rejoint la compagnie Bravo du 25ème régiment d'infanterie, près de la frontière cambodgienne. Chris, issu d'une famille bourgeoise s'est engagé volontairement et, plein d'idéal entend bien servir son pays. Mais la réalité est tout autre et ses illusions vont tomber les unes après les autres. Il sera également temoin de la rivalité sanglante qui oppose deux officiers qu'il admire.

Pourquoi il fait le voir? Interdit aux moins de 12 ans. Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateeur en 1987, le film d'Oliver Stone est considéré comme une référence dans le genre, le film hollywoodien sur le Vietnam. Le traumatisme vécu par le réalisateur quand il était soldat le hantait depuis les horreurs vues dans le pays asiatique. Si son projet est d'abord refusé plusieurs fois, il parvient à le finaliser grâce à sa réputation de scénariste, l'un des plus côtés à Hollywood. Il réalise dans la douleur - la révolution aux Philippines, des conditions de tournage assez cauchemardesques - un film fort qui deviendra phare grâce à une psychologie humaine dépeinte de manière subtile face au chaos de la guerre et des images sensationnelles de combats. Il est intéressant de noter que le duel entre Tom Beranger et Willem Dafoe est à contre-emploi, puisque le premier était habitué aux rôles de gentils tandis que le second était enrôlé plutôt pour être le méchant de service. Pourtant ce qui frappe ici c'est le quotidien de ces soldats, démunis, mis à nus. Une version crue d'une guerre effrayante...

Voyage au bout de l'enfer de Michael Cimino (1978)

L'histoire: 1968. Mike, Steven, Nick, Stan et Axel travaillent dans l’aciérie du bourg de Clairton, Pennsylvanie, et forment une bande très liée. À Clairton, les histoires de coeur vont bon train : Steven épouse Angela, bien qu’elle soit enceinte d’un autre, et Nick flirte avec Linda qui semble troubler Mike. Mais cette tranquillité est rattrapée par la guerre du Vietnam lorsque Mike, Steven et Nick sont mobilisés pour partir au combat…

Pourquoi il faut le voir? Interdit aux moins de 16 ans. Restons au Vietnam avec The Deer Hunter. Premier film sur cette guerre, juste avant Apocalypse Now, le casting vaut à lui seul le détour: Robert de Niro, Meryl Streep, Christopher Walken (oscarisé en second rôle et donc c'est le premier rôle majeur), John Savage et John Cazale. Le film a reçu 5 Oscars dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur. Une scène est proprement saisissante: celle de la roulette russe, jeu suicidaire qu'impose les tortionnaires aux prisonniers. Le tournage a aussi été une roulette ruse durant six mois. Des rats, des baffes, des crachats, des maladies. La tension était palpable, d'autant plus que Cimino était réputé perfectionniste. Davantage psychologique que guerrier, le film porte aussi un regard social sur les soldats. Cela n'empêche pas non plus la polémique: nombreux sont ceux qui trouvaient le film trop partisan, trop américain. Cimino montrait le bourbier où s'enlisaient la classe ouvrière américaine plutôt que de rappeler que cette guerre était contestée ou que les Vietnamiens étaient aussi des victimes. Reste que le film est spectaculaire, prenant, tendu et physique. Chasser le cerf ou chasser le "viet" ne produit pas le même impact sur la folie humaine.

Les amants mouillés de Tatsumi Kumashiro (1973)

L'histoire: Katsu travaille comme commis dans un cinéma porno de son petit village natal, où il est revenu après une longue absence. Il refuse toutefois de reconnaître ses amis d'autrefois. Katsu entretient une liaison sans passion avec la patronne du cinéma, mais commence une aventure avec Yoko, qu'il épie en train de faire l'amour avec son ancien camarade Mitsuo. Très vite, une étrange amitié va s'instaurer entre les trois.

Pourquoi il faut le voir? Interdit aux moins de 16 ans. Il faut dire que le film est érotique, et fortement influencé par le porno japonais. Chez Kumashiro, le sexe est naturel, épicurien, jamais moral. On y baise comme on y mange. Ce qui ne veut pas dire qu'on voit tout: les Japonais sont très soucieux de censure. Ce qui rend le spectateur imaginatif et voyeur. Pourtant, on peut s'interroger sur ces mâles dominateurs et un brin sadiques face à ces femmes soumises et violentées. Mais chez le réalisateur, il faut tout voir au seconde degré. Limite burlesque. En fait son "roman porno", genre dont il était le maître dans les seventies, était davantage un pied de nez à la censure et au conservatisme nippon. Il sait filmer magistralement ces parties de jambes en l'air, y comrpis dans les lieux les plus sombres et les plus étroits. Face aux hypocrites, son film balance quand même une partie de saute-moutons nudiste aussi joyeuse qu'hédoniste.

Hirokazu Kore-eda sera honoré à San Sebastien

Posté par vincy, le 2 juillet 2018

Le Prix Donostia du 66e Festival international du Film de San Sebastian sera décerné au réalisateur japonais Hirokazu Kore-eda, récemment sacré par une Palme d'or à Cannes pour Une affaire de famille (Shoplifters). La plus haute distinction du festival, honorifique, lui sera remise lors de la projection de ce film. Le film sortira le 12 décembre en France.

San Sebastian a accueilli 9 autres fois les films du cinéaste japonais: Wandafuru raifuAfter Life (1998), Hana yori mo nahoHana (2006), Aruitemo auritemoStill Walking (2008) et KisekiI Wish (2011), prix du meilleur scénario, en sélection officielle, ainsi que Nochi-no-hiThe Days After (2011), Soshite chichi ni naru / Like Father, Like Son (2013), Umimachi DiaryOur Little Sister (2015), Umi yori mo mada fukatuAfter the Storm (2016) er Sandome no satsujinThe Third Murder (2017) en séances spéciales.

Like Father, Like Son et Our Little Sister ont tous deux reçu le prix du public au Festival.

Hirokazu Kore-eda succède à Agnès Varda pour ce prix.

Deneuve, Binoche, Hawke chez le palmé Kore-eda

Posté par vincy, le 24 mai 2018

Une Palme d'or et son effet. Hirokazu Kore-eda, palmé dimanche pour le très beau Une affaire de famille, suit la trace de ses confrères asiatiques qui veulent tourner avec des comédiens français et/ou en France. Son prochain film, qu'on n'imagine mal ne pas être au prochain Festival de Cannes, sera tourné en France en octobre prochain.

La vérité sur Catherine, titre provisoire, réunira Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Ethan Hawke et Ludivine Sagnier. Deneuve et Binoche, malgré quelques cinéastes en commun dans leur filmographie (Téchiné, Carax, Rappeneau) n'ont jamais tourné ensemble. Sagnier a été la fille de Deneuve dans 8 femmes. Si Binoche est une habituée du cinéma asiatique (Naomi Kawase, Hou Hsiao-hsien, Nobuhiro Suwa), pour Deneuve c'est une première incursion chez un cinéaste venu d'Extrême-Orient.

De ce qu'a révélé The Film Stage, on comprend que le film suivra Catherine, icône de cinéma, mère de Juliette, et admirée par de nombreux hommes. Lorsqu'elle publie ses mémoires, sa fille et sa famille américaine reviennent dans la maison familiale.Un retour qui fait ressurgir les vérités cachées, les rancunes inavouées, les amours impossibles. La confrontation et les révélations sont violentes, sous le regard désabusé des hommes. Simultanément, Catherine tourne un film de science-fiction où elle incarne la fille âgée d’une mère éternellement jeune. Tout se mélange et oblige la mère et la fille à se retrouver.

Le film sera distribué par Le Pacte, comme Une affaire de famille, qui attend encore sa date de sortie, normalement vers l'automne.

Catherine Deneuve est attendue dans Mauvaises herbes de Kheiron, le 21 novembre, Claire Darling de Julie Bertuccelli, le 12 décembre, et L'adieu à la nuit d'André Téchiné en 2019. Juliette Binoche a quatre films prêts à sortir: High Life de Claire Denis, Vision de Naomi Kawase, E-Book d'Olivier Assayas et L'Art du compromis de Patrice Leconte. Les trois premiers devraient être sélectionnés à Locarno, Venise et / ou Toronto.

Cannes 2018 : Qui est Ryusuke Hamaguchi ?

Posté par MpM, le 14 mai 2018

Quelle actualité pour Ryusuke Hamaguchi en ce printemps 2017 ! Le réalisateur japonais a en effet en parallèle un long métrage en compétition officielle à Cannes (Asako I & II) et cinq, oui, cinq, longs métrages dans les salles françaises sous le titre général Senses (deux sortis le 2 mai, deux le 9 mai et un à venir le 16 mai). Si l’on ajoute à cela son moyen métrage Heaven is still far away sélectionné en compétition à Brive en avril dernier, on a l’impression à la fois que le réalisateur est assez prolifique (il l’est : 9 longs métrages en dix ans) et surtout que le hasard a bien fait les choses pour ce cinéaste de 39 ans qui passe brutalement d’une certaine confidentialité au devant de la scène.

Diplômé d’art à l’université de Tokyo en 2003, Ryusuke Hamaguchi enchaîne avec un Master en cinéma qui l’amène à réaliser Solaris, puis Passion, son film de fin d'études. Le projet est très bien reçu à la fois par ses professeurs, dont Kiyoshi Kurosawa, et par les professionnels qui le découvrent au festival de San Sebastian. Il poursuit sur sa lancée avec I love thee for good (Paris cinéma 2009), The depths (Tokyo Filmex 2010) et trois documentaires co-réalisés avec Ko Sakai : Sound of the waves (2011), Voice of the waves (2013) et Storytellers (2013). Cette trilogie qui s'intéresse à la région de Tohoku donne notamment la parole à des victimes du tremblement de terre qui y eut lieu en 2011.

Pour le réalisateur, cette expérience est capitale : "en parlant avec [les victimes du tsunami], j'ai été stupéfait de voir que ces gens qu'on ne perçoit que comme des victimes ont fait preuve d'une immense force d'expression (...) C'est quand les gens se sentent écoutés et acceptés qu'ils expriment leurs sentiments. Nous en sommes arrivés à la conclusion que le simple fait d'écouter provoquait ce genre de choses." Il s'en souviendra en septembre 2013, au moment d'organiser l'atelier d’improvisation qui a donné naissance à Senses.

En effet, le thème de cet atelier, conçu dès le départ dans l'optique de faire un film,  était "comment pouvons-nous mieux nous écouter les uns les autres ?". Un scénario a ainsi été écrit en fonction de chacun des participants, et a évolué avec eux au moment du tournage. Le résultat est une oeuvre intime et sensible qui met en scène quatre femmes reliées par une forte amitié. Lorsque l'une d'elles annonce qu'elle veut divorcer, cela crée un séisme qui impacte les trois autres.

Dans sa première version, le film dure plus de 5h (l'un des précédents longs métrages de Ryosuke Hamaguchi, Intimacies, projet de fin d'études écrit et réalisé dans le cadre d'un séminaire qu'il encadrait à l'école de cinéma et de théâtre de Tokyo, durait déjà plus de 4h) et ausculte avec précision la société japonaise. Il reçoit un accueil triomphal à Locarno en 2015 (prix d'interprétation féminine collectif et mention spéciale pour le scénario), puis au Festival des trois continents (Montgolfière d'argent et prix du public) et au festival Kinotayo (Soleil d'or).  Eric Le Bot, distributeur pour Art House, décide alors de proposer ce film fleuve dans les salles françaises sous la forme d'une "série de cinéma", en cinq épisodes.

Réalisé après, mais découvert avant, son court métrage Heaven is still far away creuse lui aussi le sillon de l'intime avec une étrange histoire d'amour entre un homme introverti et solitaire et le fantôme d'une jeune lycéenne assassinée des années auparavant. Là encore, on est frappé par la délicatesse dans l’observation (seules les relations entre les personnages intéressent le cinéaste qui se garde bien d'introduire le moindre élément de suspense) et la simplicité du dispositif, ainsi que par la force de son écriture.

Dans ces conditions, on ne peut pas vraiment dire que l'arrivée de Ryusuke Hamaguchi directement dans la compétition officielle cannoise soit surprenante. Cannes ne pouvait qu'être intriguée par le cheminement méticuleux de ce cinéaste hors norme, et par son sens aigu du portrait intimiste qui révèle un Japon ultra contemporain, souvent à contre-courant des clichés que l'on peut en avoir, et mettant à nu pudiquement, mais sans fard, l'âme complexe et déchirée de ses personnages.

Pourquoi il ne faut surtout pas rater « Senses » de Ryusuke Hamaguchi

Posté par MpM, le 2 mai 2018

C'est l'événement cinéma de cette semaine, et des deux suivantes : la sortie sur grand écran du film fleuve Senses de Ryusuke Hamaguchi sous la forme de cinq épisodes réunis en trois longs métrages. Soit une formidable saga intime mettant en scène quatre femmes reliées par une forte amitié que les aléas de la vie amènent à se remettre soudainement en question.

A Kobe, de nos jours, Akari, Sakurako, Fumi et Jun sont quatre femmes qui approchent de la quarantaine et mènent des vies assez rangées : Sakurako est une parfaite mère au foyer, Akari est une infirmière modèle, Fumi travaille pour un centre d'art et Jun dans un bar. Mais la jeune femme est surtout engagée dans une longue procédure de divorce, malgré le refus catégorique de son mari. Ce combat, qui était un secret jusqu'à la fin du premier épisode, fait l'effet d'une bombe dans le groupe d'amies, et place brutalement chacune face aux contradictions ou aux ratés de sa propre existence.

On est bien dans une intrigue intime, pour ne pas dire intimiste, qui ne bascule jamais ni dans le spectaculaire, ni dans le suspense un peu facile. Ryusuke Hamaguchi met en place un dispositif extrêmement simple (la plupart des scènes consistent en de longs dialogues introspectifs durant lesquels les personnages livrent leurs expériences ou leur ressenti) qui révèle peu à peu l'intériorité des protagonistes, et les pousse à réévaluer leur existence ou leurs comportements. La parole joue en effet tout au long du film un rôle central, déterminant, qui donne à sentir à travers les confidences, les reproches, les confessions et même les conversations les plus anodines la violence bouillonnant derrière les comportements uniformément policés.

Cela permet une auscultation en profondeur de la société japonaise corsetée, comme handicapée des émotions. Les cinq volets du film (qui correspondent logiquement aux cinq sens) permettent ainsi une plongée effrénée dans le tumulte des sentiments et l’envers de l'image que l'on a (et que le cinéma contribue souvent à nous donner) du pays et de ses mœurs tout en retenue.

Cela tient pour beaucoup à la force de l'écriture de Hamaguchi, qui transforme les mots en armes presque mortelles, si acérées qu'elles remplacent avantageusement toute brutalité physique pour témoigner de la violence des émotions intérieures. Ce que se disent les personnages est ainsi plus insupportable à entendre que s'ils criaient, ou en venaient aux mains, car ces propos, toujours prononcés avec calme et politesse, ne touchent pas tant à ce que font les protagonistes qu'à ce qu'ils sont intrinsèquement : égoïste, superficiel, lâche...

Les quatre comédiennes principales sont évidemment à saluer tant elles sont justes et sensibles tout au long des cinq épisodes. C'est d'autant plus impressionnant que toutes les quatre sont non professionnelles, de même que les autres comédiens qui les accompagnent. Senses est en effet né d'un atelier d’improvisation autour du thème "comment pouvons-nous mieux nous écouter les uns les autres ?". Dès le départ, il a été conçu dans l'optique de faire un film. Un scénario a ainsi été écrit en fonction de chacun des participants, et a évolué avec eux au moment du tournage.

Dans sa première version, le film durait plus de 5h. Après son accueil triomphal à Locarno en 2015 (prix d'interprétation féminine collectif et mention spéciale pour le scénario), puis au Festival des trois continents (Montgolfière d'argent et prix du public) et au festival Kinotayo (Soleil d'or), Eric Le Bot, distributeur pour Art House, a décidé de le proposer sous la forme de la "série de cinéma" que l'on découvrira tout au long du mois de mai. Une décision courageuse, car bien sûr le format est atypique, et le film lui-même singulier.

Le terme "série", par exemple, ne doit pas faire imaginer un récit à suspense, rebondissements effrénés, cliffhangers et autres climax incessants. Ce n'est pas La Casa de Papel. Si l'on aime tant Senses, c'est justement qu'il brise les codes les plus faciles de la narration romanesque pour n'en garder que l'essence. C'est donc à son rythme que Ryusuke Hamaguchi observe les glissements, les changements, les plus petits détails du comportement de ses personnages. Ce faisant, il propose une captivante étude de la nature humaine, doublée d'une réflexion complexe sur l'existence et le temps.

La durée est en effet une donnée fondamentale de son cinéma qui privilégie les plans larges et les scènes longues, permettant aux personnages d'aller jusqu'au bout de ce qu'ils ont à dire. Il n'hésite pas, notamment, à consacrer presque la totalité d'un épisode (le quatrième, intitulé "Sentir"] à une lecture en temps réel qui est à la fois comme une mise en abyme du tourbillon des sentiments traversé par les personnages, et une caisse de résonance à leurs doutes et interrogations.

Jusque-là relativement confidentiel en France, Ryusuke Hamaguchi impose en un film son style exigeant et son regard singulier, démontrant qu'il est un cinéaste à suivre absolument. Ça tombe bien, il sera à Cannes dans quelques jours, pour ses premiers pas en compétition officielle avec Asako.  C'est sûr, la planète cinéphile est sur le point de s’arracher son travail !

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  • Senses 1&2 de Ryusuke Hamaguchi au cinéma le 2 mai
  • Senses 2&3 de Ryusuke Hamaguchi au cinéma le 9 mai
  • Senses 5 de Ryusuke Hamaguchi au cinéma le 16 mai

BIFFF 2018 : Inuyashiki, 2ème Corbeau d’or pour Shinsuke Sato

Posté par kristofy, le 16 avril 2018

Une centaine de films dont une douzaine en première mondiale, quelques grands noms Yuen Woo-Ping, Kim Ki-duk, Jaume Balagueró, Paco Plaza, Kiyoshi Kurosawa... et pleins de cinéastes appelés à devenir grands, la venue de Shauna Macdonald et la masterclasse de Guillermo del Toro... Le 36e BIFFF, le Bruxelles International Fantastic Film Festival, a fait venir environ 58000 spectateurs sur 13 jours pour crier “Attention, derrière toi !”. Entre grosses frayeurs et grosses rigolades l'ambiance du BIFFF reste unique.

Pour le Fantastique, le BIFFF gonfle ses muscles et a lancé différentes initiatives pour que les films soient vendus/achetés/distribués et que des projets soient soutenus/financés/produits en coulisses (c'est par exemple le cas pour le développement de Muse réalisé par Jaume Balaguero). Le BIFFF, ce sont certains membres du jury international qui en parlent le mieux.

Pour Lloyd Kaufman (papa des films Troma) : « Aujourd'hui pour apporter un film de genre auprès du public il faut être un vassal soumis à un grand conglomérat qui y voit de l'argent à se faire. Il y a 30 ans c'était plus facile d'être producteur indépendant et d'être quand-même un peu distribué et avoir un public. Il faut se faire proxénète de son art; Picasso a eu beaucoup de succès en sachant se vendre, Van Gogh moins. Il est très difficile d'être indépendant. ».

Pour Julia Ducournau (maman de Grave) : « Beaucoup de film ne sont pas ou sont mal distribués, les festivals c'est la vie d'un film. Le fait que Grave soit allé à Cannes c'est essentiel pour reconnaître qu'un film de genre c'est aussi un film d'auteur. Ensuite la presse en a plus parler que si il avait été uniquement catégorisé comme film d'horreur, trop réducteur. Dans les salles on est toujours face à la prédominance de drames et de comédies. Il y a une bataille à mener auprès des exploitants pour leur faire comprendre que le film de genre ne doit pas être stigmatisé et qu'ils ne doivent pas craindre leur public. ».

Les différentes sélections - Compétition Internationale, Compétition Européenne, Compétition 7e Orbit, la Compétition Thriller… -  avaient chacune son jury. Le palmarès est presque sans fausse note puisque nos différents favoris se retrouvent récompensés.
En ce qui concerne la Compétition Internationale il y avait 11 films allant du voyage dans le passé (Man divided) au transport dans une dimension parallèle (Parallel), de la fantasy qui peine à séduire (The Scythian, Legend of Naga pearls, Along with Gods), des apparitions dans des recoins sombres (Terrified, House of the disappeared), du manga japonais horripilant (Ajin: demi-human) ou enthousiasmant (Inuyashiki), des enfants avec des créatures plus moins réelles (Mon mon mon monsters, Tigers are not afraid, qui révélait la production riche et variée venue du Mexique) : clairement ces trois derniers titres étaient les (nos) favoris, avec une préférence pour Inuyashiki dès la sortie de sa projection pour le spectacle drôle et jouissif qu'il propose. C'est aussi ce film Inuyashiki qui a été choisi par le jury, ce qui fait de son réalisateur Shinsuke Sato le récipiendaire d'un second Corbeau d'or après avoir déjà remporté cette récompense en 2016 pour I am a hero.

Notons quand même que Tigers are not afraid remporte ex-aequo un Corbeau d'argent et le prix du public.

Tout le palmarès

- Corbeau d’Or, Grand Prix: Inuyashiki, réalisé par Shinsuke Sato (Japon)
Corbeau d’Argent ex aequo: Tigers are not afraid, réalisé par Issa Lopez (Mexique)
Corbeau d’Argent ex aequo: Mon mon mon monsters, réalisé par Giddkens Ko (Taiwan)

Le palmarès des autres sections :

Méliès d’Argent: The Cured, réalisé par David Freyne (Irlande)
Prix Thriller: Memoir of a murdererréalisé par Won Shin-yeon (Corée du Sud) + mention spéciale: A special lady, réalisé par Lee An-Kyu (Corée du Sud)
Prix du 7e Parallèle: Blue my mind, réalisé par Lisa Brühlmann (Suisse) + mention spéciale: The Place, réalisé par Paolo Genovese (Italie)
- Prix de la Critique: Dhogs, réalisé par Andrés Gotera (Espagne)
- Prix du Public: Tigers are not afraid, réalisé par Issa Lopez (Mexique)

Pour la sélection Thriller Memoir of a murderer (un policier est suspecté d'être un tueur en série par un ancien tueur en série atteint de la maladie d'Alzheimer. Sauf quand il oublie ou à moins qu'il ne se trompe. Tandis que sa fille est en danger cible d'un tueur qui serait...) surclassait largement les autres films, pareil pour Blue my mind dans sa section (une jeune fille dans une nouvelle école s'interroge sur sa sexualité et sa famille tandis que son corps change..., ce qui en fait une héroïne cousine de Grave de Julia Ducournau). Seule la sélection européenne pour le Méliès d'Argent était plus disputée avec quelques autres films forts, mais c'est The Cured qui a finalement  distingué.

Pour vous donner le sang à la bouche : vous vous souvenez que depuis 28 jours plus tard de Danny Boyle et 28 semaines plus tard de Juan Carlos Fresnadillo beaucoup attendent une trilogie avec un hypothétique 28 mois plus tard ? The Cured de David Freyne est en fait le scénario idéal pour ça. On regrette presque qu'il ne s'agisse pas d'une suite officielle... Il existe désormais un remède pour soigner presque tous les 'zombies', les infectés guéris redeviennent humain mais ils se souviennent des atrocités commises durant leur transformation. Les 75% des gens guéris peuvent-ils réintégrer la société, leur famille, un travail alors qu'ils ont tué/dévoré des amis ? Pour les 25% des infectés qui ne peuvent pas être guéris et toujours férocement dangereux, peut-on attendre la recherche d'un nouveau traitement qui les ferait redevenir normaux pour leurs proches ou faut-il tous les tuer comme menace d'une nouvelle propagation de l'infection ? Comme dans les meilleurs classiques zombies on y retrouve une procédure de mise en quarantaine des infectés qui n'est pas optimum et une lutte de certains humains pour plus de pouvoir et de domination sur les autres : le combat pour la survie va reprendre...

The Cured est porté par le trio Sam Kelley, Ellen Page et Tom Vaughan-Lawlor, alors on pourrait espérer une sortie dans les salles françaises ;

BIFFF 2018 : 3 films pour comprendre que la fin du monde sera catastrophique…

Posté par kristofy, le 9 avril 2018

Le BIFFF, aka le Bruxelles International Fantastic Film Festival, fait aussi la place au cinéma qu'on appelait autrefois d'anticipation. Désormais les catastrophes sont de plus en plus proches (réchauffement climatique, surpopulation...) : la fin du monde. On peut en rire, s'en inquiéter, ou carrément paniquer, et c'est justement ce que fait le cinéma fantastique.

Voilà trois films sur le sujet qu'il est recommandable de voir avant... la fin du monde :

Survival Family, de Shinobu Yaguchi (Japon).
Comme d'habitude dans cette famille japonaise, le soir, le père rentre de ses trop longues heures de travail fatigué, avec comme seule envie de regarder la télé ou de se coucher. Le fils rentre avec le casque sur les oreilles sans même un bonjour pour se connecter à son ordinateur et la fille reste dans sa chambre avec l'écran de son smartphone, alors que la mère a essayé de faire plaisir à tous en faisant les courses pour un diner qui ne sera pas partagé autour de la table. Une situation familière ? Un matin il n'y a plus d'électricité, tout ce qui est électrique ne fonctionne plus! Plus d'ascenseur pour la quinzaine d'étages du logement, plus de télévision/ordinateur/téléphone, plus de trains ni de voitures ni d'avions, plus de profs à l'école, les portes de bureaux de travail restent fermées, plus de distributeurs de billets... Et en plus il n'y a plus d'eau dans les robinets. C'est le chaos qui se profile avec plus rien à manger. Alors l'idée est de rejoindre en vélo un grand-père à plusieurs centaines de kilomètres en bord de mer : la famille va apprendre à de nouveau communiquer et s'entraider au fur et à mesure de leur multiples péripéties.

Human, Space, Time and Human, de Kim Ki-duk (Corée du Sud).
Il semble loin le temps où presque chaque année il y avait un film de Kim Ki-duk qui sortait dans nos salles ou en DVD. Depuis 10 ans, il alterne entre drame poignants d'antan (et donc sortie au cinéma, comme Pieta Lion d'or à Venise en 2012, Entre deux rives en 2017) et une nouvelle forme de violence bien plus radicale (invisible en France mais vus au BIFFF pour Moebius et One on one). Son 23ème film Human, Space, Time and Human étant au BIFFF il s'inscrit dans cette seconde catégorie : son morceau de consistance étant "manger avant d'être mangé". Oui il y a un peu de cannibalisme puisque c'est une situation de fin du monde. Le film est rythmé en quatre parties inégales (les quatre mots du titre). La première présente en fait les différents personnages sur un bateau : un sénateur et son fils, un voyou chef de bande, un couple en lune de miel, l'équipage, des prostituées, quelques autres passagers. Il y aura une femme violée par plusieurs hommes... L'histoire prend son envol ensuite quand le bateau se retrouve tout seul dans une immensité sans pouvoir communiquer avec la terre ferme. Le constat est vite fait que ça va durer beaucoup plus longtemps que les réserves de nourritures et qu'un rationnement va être nécessaire. C'est le sénateur aidé des voyous qui prend le contrôle de la nourriture. Eux mangent bien tandis que tout les autres auront droit à une demi-portion certains jours : les diverses manigances et tentatives de mutineries sont punies, mais ceux qui ont pris le pouvoir envisagent de tuer tous les autres! Et quand il n'y aura plus du tout de nourriture, l'inévitable tabou moral arrive : manger de la chair humaine... L'audace de Kim Ki-duk va loin dans ce film entre récit survivaliste violent et allégorie à propos de l'humanité : "la vie c'est satisfaire nos désirs jusqu'à la mort".

Matar a Dios, de Caye Casas et Albert Pintó (Espagne).
C'est le réveillon du nouvel an chez ce couple sans enfant en crise - le mari soupçonne une infidélité de sa femme -, où sont invités le frère tout juste plaqué par sa compagne et le père malade. Le repas avance quand arrive un visiteur imprévu : il ressemble à un nain ventripotent qui jure et boit du vin mais annonce être Dieu ! Et il le prouve en faisant mourir puis revenir à la vie le père de famille. Il est venu pour demander une seule chose : dans quelques heures sonnera la fin du monde puisque tous vont mourir. Il n'y aura plus aucun humains vivants à l'exception de deux individus. Et ce sont les quatre membres de cette famille qui doivent choisir les deux survivants... Avec comme base cette situation surréaliste portée par des comédiens extraordinaires, le film est un déroulé d'humour noir et féroce qui dézingue à la fois le couple, la famille, le machisme des hommes, et la religion. Le film a déjà reçu le Prix du public au festival de Sitges et ses réalisateurs sont désormais considérés comme des héritiers de Alex de la Iglésia. Comment choisir 2 survivants ? Les quatre membres de cette famille vont s'affronter de plus en plus ouvertement et même envisager de tuer Dieu, mais la fin du monde approchant il faudra bien choisir ...