Venise menacé… Venise sauvé ?

Posté par vincy, le 2 avril 2011

Turbulences en Italie. Et pas seulement à cause des affaires de moeurs et de corruption mafieuse qui discréditent chaque jour un peu plus Silvio Berlusconi et sa clique. Le gouvernement italien, dans un premier temps avait décidé de baisser son aide au prestigieux festival de Venise, qui passait ainsi de 7,1 millions d'euros à 4 millions. Autant dire qu'il y a avait péril sur la Lagune... En dessous d'un certain montant, le Festival ne peut plus être organisé dans de bonnes conditions, alors que la concurrence est vive : Toronto (et son nouveau Palais) attire de plus en plus de professionnels et de journalistes, Cannes lifte son Bunker (voir notre actualité du 20 mars dernier), son proche (et récent) rival Festival de Rome prend de l'ampleur ... et Venise investit lourdement dans son nouveau complexe permettant de mieux accueillir les festivaliers.

Sans compter que le Ministre de la Culture, Sandro Bondi, était moqué, critiqué, insulté en Italie comme à l'étranger à cause de diverses provocations dignes du temps de Mussolini (il considérait que c'était au gouvernement italien d'avoir à choisir le palmarès du Festival). Il avait boycotté les festivals de Cannes (voir voir notre actualité) et de Locarno, et avait sous-entendu que les films devaient désormais obtenir l'aval de son Ministère pour obtenir des subventions : manière de rétablir une forme de censure politique. Le Ministre avait disparu des médias après le choc émotionnel qu'a causé le délabrement des ruines de Pompéï, qui tombaient ... en ruine. En fait, il a même décidé de faire grève, en ne venant plus à son Ministère, lassé par les critiques à son égard...

Berlusconi a donc tout remis à plat. Les coupes budgétaires (drastiques) prévues ont été annulées. C'était 568 millions d'euros par an en moins qu'il aurait fallu aller chercher. Le budget de la Culture sera à peu près équivalent à celui de l'an dernier. Et surtout le Ministre a été démis de ses fonctions. Sandro Bondi est remplacé par le ministre de l'agriculture, Giancarlo Galan, ancien gouverneur de la région du Véneto, et donc très proche du Festival de Venise, mais peu relié à la Culture. Tout cela a permis d'éviter une grave crise, et des grèves dans le secteur de l'industrie cinématographique et dans celle des spectacles.

Une partie du financement proviendra d'une nouvelle taxe sur l'essence. La mesure a été adoptée en urgence pour éviter une grève générale : environ 150 millions d'euros de fonds supplémentaires par an pour le secteur de la culture proviendront de la hausse de 1 à 2 centimes du prix de l'essence (20 euros par an et par véhicule). Cela permet de réapprovisionner les fonds à destination du spectacle vivant (428 millions d'euros) et de financer le crédit d'impôt culturel (cinéma et spectacle vivant).

A l'inverse, le gouvernement a aboli une taxe sur les billets de cinéma qui devaient permettre de financer les aides aux productions de films. Les exploitants avaient hurlé contre cette ponction, qui, pour le coup aurait été utile, à condition qu'elle soit coordonnée. Depuis des années, les professionnels réclament des aides plus stables provenant de tous les supports de diffusion, télévision et internet inclus. On comprend que Berlusconi, patron d'un groupe qui rassemble des chaînes de télévision comme des distributeurs de films, ne soit pas très favorable à cette mesure, qui réduirait ses marges bénéficiaires. Par conséquent, le cinéma italien dépend de chaînes publiques et privées, qui, indirectement, dépendent de Silvio Berlusconi.

Car, durant cette crise, c'est bien le cinéma italien qui était le plus concerné, le plus agressé par le gouvernement. Le Fonds unique pour le spectacle, l'équivalent de l'Avance sur recettes en France, devait voir sa dotation divisée par deux (soit 213 millions d'euros en moins!). L'Istituto Luce, en charge de la conservation et de la diffusion du cinéma national, doit se résoudre à une aide de 7,5 millions d'euros, soit un quart de ses budgets précédents. La fermeture de l'institut est à craindre. Les cinéastes les plus connus ont décidé de protester.

Pour l'instant, l'ensemble des artistes restent vigilants. La fragilité du secteur ne permet pas encore d'établir un diagnostic favorable sur le moyen terme.

Farley Granger (1925-2011) : un hitchcockien disparaît

Posté par vincy, le 29 mars 2011

L'acteur américain Farley Granger est décédé dimanche à New York à l'âge de 85 ans. Naturellement. Ça nous change... Acteur méconnu, il a pourtant tenu les rôles principaux de très beaux films, sous l'oeil de grands cinéastes.

Il a commencé sa carrière en 1943, à l'âge de 18 ans. Découverte par le producteur Samuel Goldwyn, et imposée à Lewis Milestone (L'étoile du nord, Prisonniers de Satan), cette très jolie gueule sera révélée par Alfred Hitchcock avec le film La corde en 1948. Il donne la réplique à James Stewart. Granger interprète un des deux jeunes meurtriers vaniteux de ce huis-clos fascinant. En 1951, il est en tête d'affiche du magnifique film de Nicholas Ray, Les amants de la nuit. Un de ces films noir passionnels qui pourtant ne rencontra pas son public. La même année, il tournera aussi avec Anthony Mann (La rue de la mort).

Entre séries B policières et comédies romantiques, "l'autre Granger" (à ne pas confondre avec Stewart Granger, immense star à la même époque), trouvera son plus grand personnage dans L'inconnu du Nord-Express, d'Alfred Hitchcock : un joueur de tennis qui se voit proposer le meurtre du père d'un inconnu... Son physique avenant ne cache pas les tourments qui lui traversent l'esprit.

Pourtant, il devra patienter pour obtenir son prochain grand rôle. Il brise alors son contrat avec Goldwyn. Cela le coupera d'Hollywood. Mais en 1954, Luchino Visconti l'engage face à Alida Valli dans le sublime Senso, sélectionné  à Venise. Ce sera son chant de cygne, ne jouant dans aucun film remarquable par la suite. La télévision fera alors appel à ses services pour des participations (L'homme de fer, Max la menace, Hawaï police d'Etat, L'homme qui valait trois milliards, La croisière s'amuse, Arabesque...) ainsi que le cinéma italien (On l'appelle Trinita avec Bud Spencer et Terrence Hill). On retiendra aussi Le serpent en 1972, d'Henri Verneuil, avec Yul Brynner, Henry Fonda, Dick Bogarde, Philippe Noiret, Michel Bouquet et Virna Lisi.

Il l'avouait sans honte : il aimait le cinéma mais détestait en faire. "J'ai joué les mêmes rôles encore et encore : j'aurai du tuer Samuel Goldwyn".

Il préférait la scène, où il se produisait régulièrement à Broadway (La mouette, la ménagerie de verre, et un nombre incalculable de comédies musicales...)."C'est plus viscéral" expliquait-il.

Farley Granger a surtout payé son homosexualité - ouvertement en couple avec Robert Calhoun durant 43 ans, décédé il y a trois ans - et son désir de liberté. Il avait raconté sa vie dans ses mémoires, Include Me Out, inédit en France.

Bellocchio censuré par Berlusconi ?

Posté par vincy, le 18 janvier 2011

La censure a de multiples visages. En Italie, elle peut être effectuée par de simples pressions financières ou politiques. Silvio Berlusconi n'en rate pas une : rachat d'un des derniers cinémas romains d'art et essai, pour en faire un magasin Benetton, baisse des crédits d'impôts pour la production cinématographique, retrait des livres des écrivains soutenant l'ancien activiste Cesare Battisti dans les bibliothèques vénitiennes...

Et on apprend dans le Corriere della Sera du 11 janvier que Marco Bellocchio a du abandonner son prochain film, faute de financement. L'article est intitulé ainsi :  "Nessuno vuole produrre il mio film sull' Italia di oggi" (personne ne veut produire mon film sur l'Italie d'aujourd'hui). Bellocchio ce n'est pas rien : trois prix à Berlin, six sélections à Cannes, prix de la critique aux European Film Awards, un Donatello du meilleur réalisateur, deux prix à Locarno, six au Festival de Venise...

Italia Mia etait un projet qu'il devait enchaîner après son nouveau film, Lacrime (anciennement La Monaca di Bobbio), qui pourrait être à Cannes ou à Venise cette année. Il s'agissait d'une satire politique inspirée par les années Berlusconi. L'histoire suit une jeune fille mêlée à un certains nombre d'affaires publiques et médiatisées et s'achève dans une villa luxueuse et insulaire où des événements choquants ont laissé leur trace. Cela rappelle en effet l'actualité récente de Berlusconi.

Bellocchio s'est toujours intéressé à l'histoire de son pays, de Mussolini (Vincere) aux années de plomb (Buongiorno, Notte) en passant par le Vatican (Le sourire de ma mère).

Mais comment financer un tel film quand le Président du conseil des ministres italien est malmené dans les sondages, par son camp politique, et par la justice? Il risque en effet une mise en examen pour l'affaire Ruby en étant soupçonné d'incitation à la prostitution de mineure et abus de fonction. Son groupe Mediaset possède trois chaînes de télévision majeures, Medusa Cinema, Medusa Film, Cinecitta Digital Factroy, Ares Film, et les multiplexes The Space Cinemas... Sans oublier que les chaînes de télévision publiques sont assujetties à son pouvoir. Autant dire qu'il contrôle toute la chaîne.

Italia Mia a été refusé par une dizaine d'investisseurs, malgré son budget modeste (moins de 7 millions d'euros, soit un devis inférieur à celui de Vincere). Bellocchio n'avait jamais connu pareille situation. Il pourrait en faire un film, tant les dysfonctionnements de son pays l'inspirent.
"Bien sûr je ne voulais pas mettre en scène une comédie. Je voulais parler de l’Italie d’aujourd’hui, il n’y a donc pas de quoi rire. Je n’avais pas pour autant l’intention de suivre les journaux à la lettre, ou de donner dans le pamphlet."

Il ne reste plus qu'à des producteurs étrangers d'avoir le courage de le financer.

Encore un baiser : non, sans façon !

Posté par MpM, le 28 décembre 2010

"Pourquoi a-t-on ce besoin d'aimer ? Être aimé est plus simple et ne fait pas souffrir."

Synopsis : Dix ans après Juste un baiser, la petite bande de Carlo, Paolo, Alberto et les autres ne semble guère avoir changé. Les personnages sont maintenant obsédés par la crise de la quarantaine mais toujours tentés par la fuite et terrifiés par la solitude. Ils se cherchent, s'engueulent, se réconcilient et ne se rendent pas compte que c'est ça, la vie.

Notre avis : Si vous n'avez aucun souvenir des premières aventures de Carlo et de ses amis, le début d'Encore un baiser risque de vous paraître extrêmement confus : ça commence comme le portrait d'un éternel Dom Juan se réveillant brutalement à la quarantaine pour se rendre compte qu'il est passé à côté de sa vie, puis ça se poursuit comme un film de groupe où chaque membre réalise à son tour qu'il a enchaîné les mauvais choix, avant de basculer encore sur une autre piste. Mi-mélo, mi-comédie romantique, mi drame social, mi "comédie de moeurs"... le film est incapable de trouver le ton et la distance convenant à l'histoire qu'il essaye de raconter.

D'ailleurs, il ne semble pas trop sûr non plus de ce qu'il veut raconter. Du coup, le scénario fait de nombreux allers et retours entre constat pessimiste et espoir fou, amour retrouvé et amour à jamais perdu. Les personnages semblent des marionnettes soumises aux désirs d'un maniaque qui les fait changer d'avis tous les quarts d'heure. C'est souvent ridicule, parfois grotesque et presque jamais touchant ou drôle tant les situations oscillent entre la caricature et le simplisme, générant des rebondissements tous plus factices les uns que les autres, et allongeant inutilement le film.

D'ailleurs, Gabriele Muccino paraît avoir été incapable de trouver une fin qui lui convienne. Du coup nous en subissons trois ou quatre d'affilée, chacune partant dans une direction différente. Mais au final, bien sûr, les bons sentiments et la morale triomphent. Les personnages, à l'exception des deux "originaux" du groupe (le "fou" et le "rêveur"), rentrent dans le rang et assument leurs actes. Pas forcément heureux, mais pragmatiques.

Comme une ombre : un film singulier qui hante

Posté par elodie, le 8 décembre 2010

L'histoire : Claudia, trente ans, travaille dans une agence de voyages et prend des cours de russe le soir. Claudia mène une vie tranquille et monotone et elle est habituée à sa routine quotidienne. Un soir, un nouveau prof de russe arrive. Il s'appelle Boris, d'origine ukrainienne, il est beau et intelligent. Peu à peu, Boris et Claudia se sentent attirés l'un par l'autre. Au début de l'été, les cours se terminent. Boris réapparaît et demande à Claudia de loger Olga, sa cousine ukrainienne. Lorsque cette dernière disparait, Claudia se met en tête de la retrouver coûte que coûte.

Notre avis : Le film tourné en 2006 est la belle surprise de la semaine. Malgré une image un peu granuleuse (ça change des films HD qui peuplent les écrans de cinémas), on ne veut surtout pas perdre une miette de cette histoire originale qui fait découvrir une autre facette des sentiments humains ou comment une personne solitaire et renfermée peut s’attacher à une inconnue qui disparait mystérieusement, et tout faire pour la retrouver.

La réalisatrice italienne, Marina Spada, réussit à faire vivre cette histoire et à accrocher le spectateur avec très peu de dialogues entre les différents personnages. Une technique peu courante. Mais Marina Spada relève le défi haut la main en permettant aux spectateurs de comprendre l’histoire à travers sa seule mise en scène. Elle fait travailler l’imagination et grâce à aux différents plans, elle fait passer un message sur les sentiments de chaque personnage, toujours avec un minimum de dialogues et un maximum d’images.

Même si l’on trouve dans l'histoire plusieurs personnages comme le professeur ukrainien, Boris, ou encore la sœur et la mère de Claudia, c’est surtout autour de Claudia et Olga (la jeune cousine ukrainienne de Boris) que va se reporter toute l’attention. Il y a plusieurs scènes qui expriment cette volonté. La première, lorsque Olga offre un cadeau à Olga. Cette scène montre la belle relation qui s’est liée entre les deux jeunes femmes en quelques jours. Autre moment important du film, la disparition d’Olga. On la voit errant dans un quartier qu’elle ne connait pas comme si elle était à la recherche de son chemin. Le plan d’après, elle a disparu, Marina Spada ne montre que les immeubles lointains, avec une rue sans aucun signe de vie. Elle prépare alors le spectateur à la disparition d’Olga.

Il faut aussi souligner le jeu de l’actrice Anita Kravos alias Claudia. L’histoire repose sur ses épaules et elle a su transformer son personnage, en passant d’une femme solitaire à quelqu’un d’ouvert aux autres. On ressent, toujours malgré le peu de dialogues, que la disparition d’Olga l’a fait souffrir et que cette période lui a permis de changer de caractère. Un peu comme une chrysalide qui devient papillon.

Mario Monicelli se suicide (1915-2010)

Posté par vincy, le 29 novembre 2010

Mario Monicelli, 95 ans, s'est suicidé en se jetant par une fenêtre de l'hôpital San Giovanni de Rome où il était soigné. Né le 15 mai 1915 à Viareggio, en Toscane,il était devenu l'un des maestro de la comédie à l'italienne, tournant avec les plus grandes stars, y compris françaises (Philippe Noiret, Catherine Deneuve, Bernard Blier...).

"La mort ne me fait pas peur, elle me dérange. Cela me dérange par exemple que quelqu'un puisse être là demain et que moi je n'y sois plus. Ce qui m'ennuie c'est de ne plus être vivant, pas d'être mort" confessait-il il y a trois ans.

Il a commencé sa carrière en 1934, passant par tous les métiers : scénariste, co-réalisateur, assistant réalisateur. C'est en mettant en scène la star locale Totò, le "Prince du rire", qui se fera une réputation de cinéaste de films comiques.

On lui doit ainsi Gendarmes et voleurs, Pères et fils, Au diable la célébrité. En 1958, il réalise Le Pigeon (avec Vittorio Gassman, Marcello Mastroianni et Claudia Cardinale), puis l'année suivante, La grande guerre, deux gros succès. De Casanova '70 à Mes chers amis, il vadrouille entre le bon et le navet, y compris des segments de films collectifs. Mes chers amis . Ce dernier, sorti en 1975 a battu les Dents de la mer (en tête au box-office dans le monde entier, sauf en Italie). "Des producteurs d'Hollywood nous ont proposé de travailler ensemble mais aucun de nous ne comprenait un mot de ce qu'ils disaient et tout s'est terminé par un bon repas. On ne les a jamais revus", s'était-il amusé.

Un bourgeois tout petit petit en 1977 prolonge l'état de grâce, en étant sélectionné à Cannes. En 1986, il réalise Pourvu que ce soit une fille, autre gros succès transalpin. Il tournera plus rarement à partir de 1992, ne réalisant que trois films en 15 ans, dont le dernier, Les roses du désert.

Monicelli n'avait rien de réalisateur mineur. Pour un spécialiste des films légers, il avait un lourd palmarès : Lion d'or à Venise (pour La Grande guerre puis l'ensemble de sa carrière en 1991), trois fois Ours d'argent du meilleur réalisateur à Berlin (Pères et fils, Caro Michèle, Le Marquis s'amuse), quatre fois primés par les Césars italiens, les David di Donatello, en tant que metteur en scène, trois fois nommé à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère (Le pigeon, La Grande guerre, la fille au pistolet) et deux fois pour le meilleur scénario (Casanova '70, Les camarades), cinq fois sélectionné en compétition à Cannes (de 1952 à 1985).

Il aura tourné une soixante d'oeuvres, des téléfilms comme des documentaires. Mario Monicelli, proche de la gauche, avait notamment collaboré à un documentaire sur le sommet du G8 à Gênes en 2001, où des centaines de militants alter-mondialistes avaient été blessés dans des affrontements avec la police. En juin dernier, il avait provoqué la colère du ministre de la Culture en appelant
des étudiants à "se rebeller" contre des coupes budgétaires. "Vous devez utiliser votre force pour subvertir, pour protester, faites-le vous qui êtes jeunes, moi je n'en ai plus la force", avait-il lancé à une assemblée d'élèves de l'Institut d'Etat pour la cinématographie et la télévision.

"La génération née à la fin du fascisme a reconstruit le pays, s'est retroussé les manches, était solidaire. Les générations suivantes ont transformé l'Italie en un tas de ruines; tout a été détruit et corrompu. C'est justement ce que raconte Gomorra : un pays cynique et corrompu", déclarait-il à La Stampa en juin 2008.

Chef d’oeuvre de Visconti, Le Guépard ressort en version restaurée : Mort en Sicile

Posté par Claire Fayau, le 29 novembre 2010

“ Si 
nous
 voulons 
que 
tout 
reste 
comme 
avant, 
il
 faut 
que
 tout
 change.”

Le Guépard de 
Luchino 
Visconti ressort en
 salles, 
DVD
 et
 Blu-ray 
le
 1er
 décembre 
2010 dans une version
 remasterisée 
par 
The 
Film 
Foundation (Martin Scorsese), présentée en exclusivité au récent Festival du Film de Rome. Contrairement à la célèbre réplique du film, rien n'a changé, à part la qualité de l'image, vraiment somptueuse. Le film ressort de l'ombre, pour entrer en pleine lumière, 47 ans après, et la magie opère toujours.

Pour ceux qui ne savent pas qui est ce Guépard, voici l'histoire. En mai 1860, lorsque Garibaldi et ses chemises rouges débarquent en Sicile pour renverser la monarchie des Bourbons de Naples et l’ancien régime, le Prince Don Fabrizio Salina (Burt Lancaster, lion fatigué), sa famille et le Père Pirrone (Romolo Valli), quittent  Palerme pour son palais urbain de Donnafigata, tandis que son neveu Tancrède (Alain Delon, beau comme une statue de la Renaissance) rejoint les troupes de Garibaldi. Période troublée qui conduira in fine à l'unification de l'Italie. Le désargenté Tancrède, d'abord chemise rouge puis faisant partie de l'armée, s’éprend d’Angelica, (Claudia Cardinale, sublissime), la fille de Don Calogero,  le riche maire de Donnafigata. Contre toute attente, le Prince Salina décide d'arranger leur mariage, se sachant dépassé (vaincu ?) par le temps qui passe et par les événements de la petite et de la Grande Histoire.

Ce film fleuve est l'adaptation d'un roman écrit en 1957 par Tomasi di Lampedusa,  Le Guépard. C'est aussi, sans doute, la réalisation la plus critiquée des 14 films de Visconti. Oeuvre charnière loin d'être damnée, ce septième film a remporté une Palme d'Or à l'unanimité lors du festival de Cannes en 1963.

Trois heures (et quelques) comme un rêve atemporel remises valeur par une image restaurée magnifique.

Une scène de bal légendaire, des dialogues inspirés, drôles ou quasi-philosophiques, la musique somptueuse de Nino Rota, le travail minutieux des couleurs (la séquence la plus symbolique est le visage blanc de poussières des aristocrates  à la messe donnée lors de leur arrivée. On dirait un masque mortuaire... ) : ce n'est pas un film qui se raconte, c'est une expérience à vivre. Et  à revivre, tant le film est complexe, et finement détaillé.

Le travail de restauration lui rend un digne hommage. Il suffit de comparer deux images pour constater l'ampleur de la restauration et le formidable travail qui a été fait. Le Guépard a été restauré en association avec la Cineteca di Bologna, L'Immagine Ritrovata, The Film Foundation, Pathé, la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, la Twentieth Century Fox et le Centro Sperimentale di Cinematografia-Cineteca Nazionale. Restoration funding provided by Gucci and The Film Foundation.

« Nous étions les guépards, les lions, ceux qui les remplaceront seront les chacals, les hyènes, et tous, tant que nous sommes, guépards, lions, chacals ou brebis, nous continuerons à nous prendre pour le sel de la terre ». À méditer.

Le producteur Dino de Laurentiis meurt : un dragon s’éteint (1919-2010)

Posté par vincy, le 11 novembre 2010

dino de laurentiis king kong 1976Né en 1919 à Torre Annuziata, à la sortie de la première guerre mondiale, il décidera très tôt de devenir producteur, lors de ses études au Centro sperimentale delle cinematografia. Il produit son premier succès à 19 ans, L'amore canta, juste avant la seconde guerre mondiale. Il travaille alors pour Lux Films, mais entreprend très vite de rouler pour lui-même. Il créé donc la Dino de Laurentiis Cinematografica, qui va contribuer à la reconstruction du cinéma italien post-Mussolini, et mieux que ça, à son essor vers un âge d'or dont on lui doit beaucoup.

Ainsi en 1949, il propulse sur les écrans la jeune Silvana Mangano, sa "muse", aux côtés de Vittorio Gassman, dans Riz amer. Il épousera Mangao ; un mariage qui durera jusqu'à la mort de celle-ci, 40 ans plus tard. Ils auront 4 enfants.

Cinq ans plus tard, il produit le chef d'oeuvre La Strada de Federico Fellini, avec Giuletta Masina et Anthony Quinn. Mangano, Quinn et Kirk Douglas, seront dans sa version d'Ulysse, réalisée par Mario Camerini. Il continuera à alterner les grandes épopées mythiques (La Bible, de John Huston, avec Ava Gardner ou Guerre et paix, de King Vidor, avec Audrey Hepburn) et les néoréalistes italiens (Les nuits de Cabiria, de Fellini, L'or de Naples, de Vittorrio De Sica, Où est la liberté et Europa '51, de Roberto Rossellini, La grande guerre de Mario Monicelli, Une vie difficile et Il giovedi de Dino Risi ou encore L'étranger de Luchino Visconti ). On lui doit aussi le culte Barbarella, de Roger Vadim, avec Jane Fonda, Barrage contre le Pacifique de René Clément, au milieu d'énormément de navets  et séries B des cinquante et soixante.

Cela ne l'empêchera pas de recevoir de multiples honneurs : 5 prix David di Donatello du meilleur film (dont La grande pagaille, de Luigi Comencini, dont il a produit une dizaine de films, Waterloo, de Sergei Bondarchuk et Banditi a Milano, de Carlo Lizzani), deux Donatello d'honneur, un Oscar du meilleur film en langue étrangère (La Strada), un prix Irving G. Thalberg au cours des Oscars 2001 pour l'ensemble de son parcours, et deux prix honorifique à Venise (un Lion d'or pour sa carrière en 2003 notamment).

De la banlieue de Naples à Hollywood

Après la faillite de son studio, réplique de la Cinecitta, la Dinocitta, De Laurentiis migre vers Hollywood :  Terence Young (Cosa Nostra, avec Charles Bronson), Sidney Lumet (Serpico, avec Al Pacino), Sydney Pollack (Les trois jours du Condor, avec Robert Redford et Faye Dunaway), Michael Cimino (L'année du Dragon, avec Mickey Rourke), John Milus (Conan le Barbare, avec Schwarzenegger)  et même le remake de King Kong en 1976 (photo) . Il subit aussi deux cuisants échecs avec l'adaptation de Flash Gordon, le film catastrophe Hurricane et Blue Velvet, le polar poisseux culte de Lynch.

Il obtient les droits d'un livre Red Dragon, qui deviendra un thriller oublié, Le sixième sens, pourtant signé Michael Mann. Mais avec les mêmes droits, il pourra profiter du triomphe du Silence des agneaux, du même auteur, avec les mêmes personnages, pour revenir en haut du box office avec Hannibal de Ridley Scott et ses suites : Red Dragon et Hannibal Lecter : les origines du mal.

Récemment, il avait produit U-571, thriller sous-marin, et La dernière légion, péplum d'un nouveau genre.

De Laurentiis était un producteur à l'ancienne, avec plus de 160 films au compteur : prenant des risques, misant sur des réalisateurs prometteurs, se perdant parfois dans les ambitions de certains projets, mais ayant une foi inébranlable dans le cinéma.

Carton du remake italien de Bienvenue chez les Ch’tis : la suite est prévue

Posté par vincy, le 30 octobre 2010

Bienvenue chez les Ch'tis avait déjà bien cartonné en Italie. 533 000 entrées lors de sa sortie : il a finit l'année au 64e rang du box office italien (où seul Astérix aux Jeux Olympiques l'avait battu parmi les films français). Rien que le premier week-end il avait séduit 207 000 spectateurs, le classant ainsi 3e du box office lors de son démarrage.

Les Italiens en ont fait un remake : ici un nordiste (partie riche du pays) est muté dans le sud (partie pauvre et foutraque de la péninsule). Naples, berceau de la pizza, siège de la Camorra, remplace la région de Lille.

Benvenuti al Sud est sorti le 1er octobre et monopolise la première place du box office depuis. Au 24 octobre, il avait cumulé 21 millions d'euros de recettes et se permettait de surclasser des nouveautés comme Wall Street 2, Paranormal Activity 2 ou le carton de la saison, Moi Moche et Méchant. C'est le premier film italien à dominer le classement depuis début avril (La vita è una cosa meravigliosa), et le quatrième seulement en 2010. mais c'est surtout le premier film italien à conserver sa place de leader plus d'une semaine (et seuls Avatar et Toy Story 3 ont dépassé les 4 semaines en tête du B.O. italien cette année).

C'est dire l'exploit. Le remake est désormais la 26e plus grosse recette de l'histoire en Italie, la plus importante de l'année. Le record italien est toujours détenu par La vita è bella en 1997 (31 millions d'euros), qui est derrière Titanic et Avatar.

Il a déjà séduit 3,5 millions de spectateurs en salles. La Vita è bella reste loin devant avec ses 5,7 millions d'entrées.

De quoi lancer une suite. Luca Miniero, le réalisateur, est déjà au travail pour un Benvenuti al Nord, où le trajet sera inverse.

Ironiquement, Dany Boon prépare la suite inverse, Bienvenue chez les sudistes. Mais la suite italienne devrait arriver avant sur les écrans. Un comble.

En attendant, Pathé distribuera le remake italien dans les prochains mois en France. Et Warner Bros travaille toujours à la version américaine avec Will Smith et Steve Carell.

Festival Lyon en Lumière 2010 : retour sur la deuxième édition

Posté par Morgane, le 15 octobre 2010

Cette deuxième édition du Festival Lumière a fermé ses portes dimanche 10 octobre avec la projection du Guépard de Luchino Visconti, en présence de la grande Claudia Cardinale. D'autres grands moments ont ponctué cette semaine : ouverture à la Halle Tony Garnier avec la projection de Chantons sous la pluie, ciné-concert avec Le cameraman accompagné par l’orchestre national de Lyon, le prix Lumière remis à Milos Forman avec Amadeus, mais aussi de nombreuses projections qui ont fait salles combles.

Il est à noter que l’Italie était en force cette année. Car même si Milos Forman était l’invité d’honneur, le festival a valsé durant 10 jours sur un air d’Italie : rétrospective Luchino Visconti (dont une majorité de films en copies neuves ou restaurées), Profondo Rosso le cinéma de Dario Argento, ainsi que les projections de Fellini Roma de Federico Fellini, Mes chers amis de Mario Monicelli et La classe ouvrière va au paradis d’Elio Petri.

Visconti était également à l’honneur sur les grilles de l’Hôtel du Département (Lyon 3e) qui se sont parées (et ce jusqu’au 14 novembre) de nombreuses photographies des films et tournages du grand maître italien ponctuées de quelques citations de plusieurs acteurs et cinéastes ayant croisé sa route... Une belle façon d’avoir un aperçu des quatorze longs métrages du réalisateur mais aussi de découvrir l’envers des décors.

Le bilan de cette édition 2010 est plutôt positif puisque le festival a vu ses salles souvent pleines (une fréquentation en hausse de 30% par rapport à l’année précédente). On lui souhaite donc bon vent et on se donne rendez-vous l’année prochaine à Lyon pour un nouveau festival Lumière...