Cannes 2018: Nos retrouvailles avec Nicoletta Braschi

Posté par vincy, le 13 mai 2018

Une si longue absence. Cette rubrique semble être faite juste pour elle. Nicoletta Braschi revient sur le grand écran, treize ans après son dernier film. Pourtant durant ces treize ans, sa vie a été mouvementée.

A Cannes, on se souvient d'elle comme membre du jury Cinéfondation et courts métrages lors du Festival de Cannes 2013. A peine trois semaines plus tard, elle est victime d'un accident de voiture, la laissant avec des blessures au visage. Ce n'était pas la seule blessure qui l'a éloignée du cinéma. Cinq ans plus tôt, son frère, le producteur Gianluigi Braschi décède à l'âge de 45 ans des suites d'une maladie grave.

Durant ces treize années sans cinéma, Nicoletta Braschi a préféré les planches dont Giorni felici (Oh les beaux jours), de Samuel Beckett, mis en scène par Andrea Renzi en 2013 et reprise en 2016.

A 58 ans, l'actrice italienne (et productrice) revient au cinéma, avec Heureux comme Lazzaro (Lazzaro felice) d'Alice Rohrwacher (Grand prix du jury à Cannes en 2014). Aux côtés de Adriano Tardialo, Sergi López et Alba Rohrwacher, elle incarne la marquise Alfonsina de Luna, qui règne sur un hameau resté à l’écart du monde où réside Lazzaro, un jeune paysan abusé à cause de sa bonté exceptionnelle.

Vous la reconnaitrez immédiatement. Son visage de muse de Raphaël, blonde aux airs vénitiens, a fait le tour du monde avec le film de son époux, Roberto Benigni, La vita è bella (La vie est belle), où elle incarnait sa femme déportée dans les camps. Elle a tourné dans tous les films de Benigni, et a même produit les deux derniers, Pinocchio et Le tigre et la neige (2005).

Nicoletta a aussi tourné pour Jim Jarmusch (Down by Law, Mystery Train), Marco Ferreri (Y'a bon les Blancs), Bernardo Bertolucci (Un thé au Sahara, où elle était une femme française), Blake Edwards (Le Fils de la panthère rose), Marco Tullio Giordana (Pasolini, mort d'un poète), Roberto Faenza (Pereira prétend), Paolo Virzi (Ovosodo, film aux accents néo-réaliste pour lequel elle reçoit un David di Donatello de la meilleure actrice dans un second rôle) et Francesca Comencini (J'aime travailler, primé à Berlin et pour lequel elle est récompensée comme meilleure actrice à Mar del Plata).

Il y a deux ans, elle disait que le mot carrière était plus adapté à sa prochaine vie. "Je n'ai aucun regret et je suis satisfaite du fait que j'ai fait des films qui ont la capacité de donner quelques heures de divertissement honnête à ceux qui les regardent" évoquait-elle. Et de mettre les points sur les "i": "Mon indépendance vient précisément par le fait que l'on travaille ensemble, collabore et se confronte. Je suis plus qu'heureuse et honorée de travailler avec Roberto Benigni, j'ai été très chanceuse de l'avoir rencontrée et d'avoir construit nos films avec lui".

La muse de Benigni, telle Giulietta Masina pour Federico Fellini, s'émancipe depuis plusieurs années, sur les planches. La voici qui entre dans l'univers onirique de Rohrwacher, voulant sans doute montrer sa part fantasque et une autre facette que celle d'une femme adulée par un génie de la comedia dell'arte. La grande popularité du couple mythique du cinéma italien n'a pas atteint son humilité et sa suavité, qui ne l'empêche pas d'incarner des femmes de caractères ou des rêveuses...

Longue vie à Ermanno Olmi (1931-2018)

Posté par vincy, le 7 mai 2018

Palme d’or en 1978 avec I, le cinéaste italien Ermanno Olmi est mort dans sa 87e année le dimanche 6 mai.

Documentariste, réalisateur de plus de quarante courts métrages, ce géant du cinéma italien, intellectuel rigoureux et autodidacte, avait créé une œuvre aussi sensible que poétique sur les liens entre l’Homme, la foi, le travail et la nature.

Né le 24 juillet 1931, il a réalisé une quarantaine de courts métrages et une vingtaine de longs métrages. Outre sa Palme d’or et le César du meilleur film étranger pour L’Arbre aux sabots, il a reçu le Lion d’or à Venise pour La légende de saint Buveur (1988), un récit sur la rédemption, thème central de sa filmographie, et un Lion d’argent pour Longue vie à la signora (1987). Venise lui a également décerné un Lion d’or d’honneur en 2008. Pour Le métier des armes, en 2001, il avait obtenu une nomination du meilleur réalisateur  aux European Film Awards.

L’arbre aux sabots reste son œuvre majeure. Ce portrait ultra-réaliste de familles de paysans misérables de la fin du XIXe siècle affirmait un style entre fiction et documentaire, ethnologie et Histoire, croyances (il est né dans une famille très catholique) et souffrances.

Transmettre

Alors qu’il n’a jamais achevé ses études, il effectue parallèlement des courts d’art dramatique et un travail de divertissement du personnel dans l’entreprise de sa mère. C’est aussi là qu’il fait ses premiers pas derrière la caméra, en filmant l’outil industriel. Cela influe sur ses documentaires, réalisés pour une grande partie entre 1953 et 1961, où la condition du travailleur reste au centre de son cadre et l’humanisme qui s’en dégage traversera tous ses films.

Cette envie de tisser un lien social par l’intermédiaire du cinéma se retrouve aussi dans son engagement personnel, sa volonté d’être pédagogue et son envie de construire des ponts entre les tradition et le futur. Il créé ainsi en 1982 une école, Ipotesi cinéma, pour des aspirants cinéastes. Eloigné par la maladie des plateaux, il revient aussi au cinéma la même année avec A la poursuite de l’étoile, son premier film post-Palme d’or.

Cela reste un réalisateur rare. Avant L’arbre au sabot, entre 1959 et 1973, il avait réussi à enchainer 9 longs métrages, dont Le temps s’est arrêté, L’emploi, Les fiancés, Un certain jour et L’or dans la montagne. Après ses films primés à Cannes et Venise espacés sur dix ans, il ne signe que deux films dans les années 1990. Il revient avec plus d’assiduité dans les années 2000 : outre Le métier des armes, il réalise En chantant derrière les paravents, œuvre toute aussi abrupte et hermétique que la précédente, Tickets (coréalisé avec Abbas Kiarostami et Ken Loach), Centochiodi, Le village de carton et en 2014 Torneranno i prati, son ultime film, plongeant dans les massacres de la première guerre mondiale.

Une foi en solitaire

Ce solitaire qui filmait de près les mains, les muscles, les visages, les regards, tout comme l’épuisement ou la douleur, était un cinéaste expressionniste finalement. Mais avant tout il était en quête d’une authenticité. Aussi bien celle des gestes que celle du langage, aussi bien celle du temps (qui pouvait s’étirer) que celle des sentiments (jamais forcés). Cela explique cette poursuite d’un cinéma-vérité (il employait régulièrement des acteurs non professionnels) et une consécration d’un formalisme minimaliste. Pourtant ses films ne sont pas déniés de lyrisme. Cependant son approche à la fois socialiste (en se focalisant sur les métiers écartés par le progrès) et spiritualiste a souvent troublé ses rapports avec l’intelligentsia italienne, qui trouvait ses films trop teintés de christianisme. C’est aussi ce qui détonne par rapport aux néoralistes italiens : Olmi ne rejetait pas la transcendance. L’Arbre aux sabots, où la grâce élève de leur boue les paysans de Bergame, est à ce titre un film qui va à rebours des tendances de l’époque, soit la déchristianisation d’une société post-industrielle et consumériste.

En évoluant vers un cinéma de contes et de métaphores à partir des années 1980, Ermanno Olmi, choisit des fresques historiques, soignées, mêlant des reconstitutions plus véridiques que jamais et des interrogations sur les racines de notre monde contemporain en explorant des grands faits historiques (et leurs batailles).

Olmi n’a jamais voulu suivre les modes. Expérimentateur et observateur, il avait tracé son sillon singulier dans l’histoire du cinéma, quitte à assumer sa marginalité, à l’écart du public.

Vittorio Taviani doit mourir sans Paolo (1929-2018)

Posté par vincy, le 15 avril 2018

C'est l'un des grands duos fraternels du cinéma, avec les Dardenne et les Coen. Les Frères Taviani, récompensés dans les plus grands festivals, ont signé quelques uns des plus beaux films italiens des années 1960 aux années 2010. Vittorio, l'aîné, né en 1929, est mort le 15 avril à l'âge de 88 ans, laissant son cadet de deux ans, Paolo, seul.

Entre cinéma engagé et style néo-réaliste, les deux frères ont réalisé une œuvre aussi poétique que philosophique et littéraire, psychanalytique qu'historique, sur un monde politique en mutation, une société en transformation, en quête d'un idéal souvent inatteignable. Conteurs hors-pairs (Contes italiens, leur dernier film ensemble, en est une belle démonstration), ne cherchant jamais la chaleur d'un esthétisme séduisant, leur cinéma est souvent sans concession. Ils ont vécu, ensemble, pour le cinéma, comme d'autres se vouent à une foi.

Les Frères Taviani ont signé des films marquants comme Padre Padrone, Palme d'or à Cannes, La nuit de San Lorenzo, Grand prix du jury à Cannes, César doit mourir, Ours d'or à Berlin, Kaos, contes siciliens. Pour l'anecdote, Padre Padrone fut le premier film a remporter la Palme d’Or, alors que Roberto Rossellini était président du jury (quel beau symbole de transmission) et le Prix de la critique internationale. Sa sélection provoqua pourtant un scandale public lors du festival de Cannes puisque le film, tourné en 16mm, était destiné pour la télévision. C'était il y a 40 ans...

Ils auscultaient l'Italie, sous toutes ses coutures, avec des "affinités électives" pour ce Mezzogiorno et ses îles italiennes écrasées par la pauvreté et le soleil. Leur cinéma dur et épuré, cruel et parfois surréaliste et même fantastique, s'est aussi prolongé dans le documentaire avec le si bien intitulé Un autre monde est possible. De la ruralité sarde à une prison romaine, il y a chez eux, un instinct de révolte et un envie de faire exister, de montrer les fantômes d'un monde ignoré.

"Nous ne voyons pas comment nous pourrions travailler l’un sans l’autre expliquaient-ils, ajoutant "Tant que nous pourrons mystérieusement respirer au même rythme, nous ferons des films ensemble."

Vittorio a pourtant du laisser Paolo réaliser en solitaire Une affaire personnelle, sorti l'an dernier. Ils avaient écrit à quatre mains le scénario. Une histoire de résistance, encore et toujours.

Elsa Martinelli (1935-2017), l’élégance à l’italienne

Posté par vincy, le 10 juillet 2017

Après la seconde guerre mondiale, lorsque le cinéma italien était à son apogée, il y avait Sophia, Gina, Claudia, Giuletta et Anna. Mais il y avait aussi Elsa. L'actrice et ancien mannequin Elsa Martinelli est morte samedi 8 juillet à l'âge de 82 ans. On se souvient de son élégance, de cette allure presque aristocratique, qui la rapprochait d'une Audrey Hepburn. Alors que les cinéastes italiens se délectaient d'actrice tragiques et voluptueuses (pour ne pas dire que les poitrines opulentes étaient tendance), Elsa Martinelli était fine, grande (1m76), séduisant davantage par son regard et sa voix.

Cette Toscane, née Elsa Tia le 30 janvier 1935, a été mariée à un conte avant de divorcer et de se remarier en 1968 à un photographe et designer célèbre, Willy Rizzo, décédé il y a quatre ans. Etrangement sa mort n'a pas été très évoquée en France malgré une filmographie envieuse. Sa première fois au cinéma n'est même pas créditée au générique. Elle joue dans Le rouge et le Noir de Claude Autant-Lara (1954).

Elle avait commencé à travailler à l'âge de 12 ans, dans une épicerie. A 16 ans, elle devient mannequin, remarquée alors qu'elle était serveuse. Son ambition la conduit à réseauter au maximum jusqu'à se faire repérée par une agence américaine et un magazine new yorkais. Elle tape dans l'oeil du couple de Kirk Douglas quand elle fait la couverture de Life magazine, et la star américaine la choisit pour être sa partenaire dans La rivière de nos amours, western d'André de Toth (1955). A partir de là sa carrière va décoller, des deux côtés de l'Atlantique. Elle obtient le rôle principal dans Donatella (1956), comédie de Mario Monicelli, qui lui vaut l'Ours d'argent de la meilleure actrice au Festival de Berlin. Elle y joue une jeune femme de la classe moyenne (pas vraiment supérieure) qui est confondue avec une dame de la haute-société. Un bon résumé de sa vie. De quoi être rapidement propulsée en haut de l'affiche, notamment de films populaires.


1962: Howard Hawks et Orson Welles

Si elle tourne peu avec les grands cinéastes italiens de l'époque, elle sera l'une des rares comédiennes à être courtisée par Hollywood. Elle donne la répliqué à Trevor Howard dans Manuela de Guy Hamilton (1957). Elle est formidable de sensibilité et de drôlerie dans Hatari! d'Howard Hawks (1962), où elle devient une "maman" de trois éléphanteaux tout en draguant un John Wayne inquiet de se faire piéger par ses charmes. Elle s'amuse avec Charlton Heston dans Le pigeon qui sauva Rome de Melville Shavelson (1962). Avec Jeanne Moreau et Romy Schneider, elle illumine Le procès d'Orson Welles (1962). En 1963, elle est des V.I.P.s de Hôtel international, avec Elizabeth Taylor et Richard Burton. Elle affronte un autre monstre sacré, Robert Mitchum, dans Massacre pour un fauve (1963). Ou encore dans L'agent américain de Giorgio Gentili, une comédie fantaisiste avec Cesar Romero et Dustin Hoffman (1968).

Jean Marais, Gérard Oury, Roger Vadim...

Elle joue aussi aux côtés d'Alberto Sordi dans Le miroir aux alouettes de Vittorio Dala (1959), Laurent Terzieff dans Les garçons de Mauro Bolognin, d'après une histoire de Pier Paolo Pasolini (1959), Mel Ferrer dans Et mourir de plaisir, de Roger Vadim (1960), Jean Marais et Bourvil dans Le capitan, d'André Hunebelle (1960), Mylène Demongeot dans L'inassouvie de Dino Risi (1960), Robert Hossein dans La menace de Gérard Oury, d'après un roman de Frédéric Dard (1961), Anna Karina et Michel Piccoli dans De l'amour de Jean Aurel (1964), Jean Seberg et Claude Rich dans Un milliard dans un billard de Nicolas Gessner (1965), Marcello Mastroianni dans La dixième victime d'Elio Petri (1965), Shirley MacLaine dans un segment de Sept fois femme de Vittorio De Sica (1967), Catherine Deneuve dans Manon 70 de Jean Aurel (1968)...

A partir de la fin des années 1960, de par ses choix trop éclectiques, sans être portée par les grands cinéastes italiens, le nouveau cinéma américain ou tout simplement les jeunes cinéastes émergents, sa carrière a moins d'allure. Les films sont moins intéressants. Les rôles moins intenses. Même si on peut-être intrigué par certains choix (Les chemins de Katmandou d'André Cayatte, avec Jane Burkin et Serge Gainsbourg ; un OSS 117 avec Edwige Feuillère ...). A partir de 1976, elle quitte progressivement le métier, après une série d'échecs. Elle revient par la télé ou en guests, sans réelle conviction, et sans vraiment capitaliser sur son aura. Ce qui explique sans doute pourquoi on a oublié sa grâce et son panache. Cette icône du style avait abandonné la lumière qu'elle captait si bien pour se consacrer à son nouveau métier: décoratrice d'intérieur.

Cannes 2017: l’affiche!

Posté par vincy, le 29 mars 2017

A 70 ans le Festival de Cannes s'affiche en rouge (comme le tapis), en glam, en joie!

Reprenant la ligne graphique de ces dernières années (une couleur majeure, un lettrage fin et design, une star), le beau poster du Festival met en vedette une jeune Claudia Cardinale riant et dansant à Rome en 1959. E Viva Italia!

La Claudia est une habituée de la Croisette. Si, ces dernières années, on l'a plutôt vue du côté de Cannes Classics, elle a été en compétition avec Enrico IV, Fitzcarraldo, La pelle, Le Guépard (Palme d'or), La ragazza con la valigia et La viaccia (tous deux en 1961). On peut y ajouter, hors compétition 8 et demi de Federico Fellini.

L'actrice a commenté cet hommage: "En plus d’être honorée et fière d’avoir été choisie pour porter les couleurs de la 70e édition de Cannes, commente Claudia Cardinale, je suis très heureuse du choix de cette photo. C’est l’image même que je me fais de ce Festival : un rayonnement. Cette danse sur un toit de Rome, c’était en 1959. Nul ne se souvient du nom du photographe, je l’ai oublié aussi. Mais cette photo me rappelle mes débuts, et une époque où je n’aurais jamais imaginé me retrouver un jour monter les marches du plus célèbre palais du cinéma."

La photo de Getty Images que l’agence Bronx et Philippe Savoir ont utilisé a été légèrement retouchée: des cheveux ont été coupés ou rajoutés, le bras gauche semble plus long, elle apparaît en suspension (sur la photo originale, elle a un pied sur le sol), le ventre a été légèrement caché pour mieux dessiner le sein sous le chemise. Peu importe, Claudia est belle et l'affiche superbe.

En attendant la révélation de la sélection officielle le 13 avril, on sait déjà que Monica Bellucci sera la maîtresse des cérémonies. L'Italie toujours. Avec l'espagnol Pedro Almodovar en Président du jury et le Brésil en invité d'honneur, ce 70e anniversaire a un côté latin qui ne nous déplaît pas.

« Ciao Italia! »: Le cinéma s’invite dans une exposition sur l’immigration italienne

Posté par vincy, le 27 mars 2017

L'exposition Ciao Italia!, récit d'un siècle d'immigration et de cultures italiennes en France entre 1860 et 1960, s'ouvre le 28 mars au Musée national de l'Histoire de l'immigration. On connaît tous un ami issu aux origines italiennes, sans compter la cuisine (pizza, pasta...) ou des mots italiens devenus courants en Français qui ont imprégné la culture française.

Sur l'émigration des Italiens, l'exposition montre quelques extraits dès le début du parcours: un film de 1915, L'emigrante de Febo Mari, et Toni de Jean Renoir (1935). Le 7e art infuse ainsi tout au long de ce voyage dans le temps, avec un extrait de Thérèse Raquin de Marcel Carne ou l'affiche de Il piccolo vetraio (Les vitriers) de Giorgio Capitani.

A côté de l'exposition, le musée proposera d'ailleurs des projections comme la webserie de Svevo Moltrasio et Federico Iarlori, Ritals et macaronis, ou le documentaire suisse de Pierre-François Sauter, Calabria.

De l'emigrante à la dolce vita

Mais si l'on parle de cette exposition, c'est parce qu'elle s'achève sur une consécration du cinéma. 1960 pourrait symboliser le début d'une époque, ou la fin d'un cycle. Les Italiens en Français sont davantage Français qu'Italiens, la culture des deux pays est reliée par De Gaulle avec le concept de "latinité", les deux peuples sont cousins, les deux nations sœurs. Terminés les commentaires xénophobes, les violences racistes, les sales jobs donnés aux transalpins (on vous recommande de lire la prose ambigüe d'Albert Londres sur le sujet dans Marseille porte du Sud). 1960 c'est Fellini et La dolce vita. L'Italie n'est plus le pays pauvre qui fournit des travailleurs. C'est le pays cool où l'on vit "Plein soleil", sans "Mépris", où "Rome est ville ouverte" et où l'on "Voyage à deux" avec une Vespa ou en cabriolet. C'est Martini et Campari.

Le dernier chapitre de l'exposition est donc consacré au cinéma, avec, en vedette les chanteurs-acteurs Yves Montand et Serge Reggiani, tous deux d'origine italienne, l'affiche de L'avventura produit par le magnat de la presse italien installé en France Cino del Duca, et bien sûr Lino Ventura, qui toujours conservé sa nationalité italienne, star française populaire, que l'on voit rouler des mécaniques "à l'italienne" avec Aldo Maccione dans L'aventure c'est l'aventure de Claude Lelouch. L'italianité a longtemps été cette image du macho frimeur sur la plage que Lelouch a filmé comme on cadre un ballet d'échassiers un peu ridicules. Heureusement l'italien c'est surtout Marcello. Mastroianni rejoignant Anita dans la fontaine de Trevi. C'est la dernière image qu'on emporte, même si elle n'a aucun rapport avec le sujet. L'extrait du film démontre que l'Italie et son cinéma, ses artistes, ses millions d'immigrés ont infusé dans nos esprits français.

En Europe, derrière la caméra, on est encore très loin de la parité

Posté par vincy, le 13 décembre 2016

A l’occasion du Festival de cinéma européen des Arcs, une étude sur l’émergence d’une nouvelle génération de réalisatrices européennes, coréalisée avec le soutien de France Télévisions, la Fondation Sisley et le CNC a été publiée alors que le Festival met à l’honneur ces mêmes jeunes réalisatrices. La compétition est d’ailleurs paritaire. Jérémy Zelnik, Responsable des événements professionnels du festival, veut, par cette étude, « faire bouger les choses ». Et c’est en effet nécessaire. « On est très loin de la parité » insiste-t-il.

Le constat est douloureux : sur quatre ans, de 2012 à 2015, dans 30 pays, seuls 19,4% des films sont réalisés par des femmes. Même dans les pays les plus « féminisés » comme la Norvège ou la Suède, la proportion ne dépasse par un film sur trois. Les cinémas italiens et britanniques sont en queue de peloton, tandis que le cinéma français atteint les 25%, se situant ainsi au dessus du niveau moyen européen. Cette étude recoupe les chiffres d'une autre étude de l'European Women's Audiovisual Network, "Rapport sur l'égalité des genres au sein de l'industrie cinématographique européenne", parue au moment du Festival de Cannes où 21% des films dans les 7 pays étudiés était réalisés par une femme.

La parité n’est pas forcément souhaitable. Pour Jérémy Zelnik, « l’importance c’est l’égalité des chances. Les femmes n’ont pas moins de talents que les hommes ». Dans des pays où la production n’est pas très importante, la parité n’est pas l’objectif principal. Par ailleurs, la politique de quotas peut s’avérer contre-productive et doit s’adapter au temps nécessaire de la création. L’an dernier les femmes étaient majoritaires aux Work in Progress des Arcs, cette année, elles sont minoritaires. "La parité est plus intéressante à imposer dans les comités de décision ou les écoles de cinéma" selon lui. Mais Jérémy Zelnik confirme qu’il faut constamment porter une attention particulière pour que les femmes ne soient pas oubliées. C’est l’idée de ce focus aux nouvelles femmes réalisatrices européennes, accompagné de deux tables rondes : mettre en lumière ces nouveaux talents.

Car le renouvellement des générations est l’autre grand axe de l’Etude, et l’autre problème dans une grande partie des pays. Une fois de plus, le cinéma italien se fait remarqué par l’âge de ses réalisatrices : avec la moyenne la plus élevée, il s’agit du cinéma qui se renouvelle le moins. Face à ce cinéma le plus ancien, on peut opposer des cinémas « plus jeunes » comme ceux de Lettonie, Bulgarie, Slovénie, Belgique, Slovaquie, Irlande ou Norvège. « En Europe, les hommes qui ont réalisé un film entre 2012 et 2015, en sont à leur 3,7ème film, tandis que pour la même période les femmes en sont à leur 2,7ème film. Le cinéma européen féminin est en moyenne plus jeune d’une génération par rapport au cinéma européen masculin » explique l’étude.

Encore une fois, l’Italie est en tête de file, avec 5,7 films réalisés en moyenne par les hommes et 3,06 par les femmes. En Suède, de la même façon, on passe de 4,19 films réalisés par les hommes à 1,93 films réalisés par les femmes. En France, ce sont 2,53 films pour les femmes contre 4,07 films pour les hommes.

Il y a quand même une évolution. Ainsi, si 19,4% des films ont été réalisés par des femmes en France, 22,44% des premiers et deuxièmes films sont l’œuvre d’une cinéaste. Pour les premiers et deuxièmes films, la proportion atteint même plus de 35% pour la Suède et la Norvège. En France, le chiffre est à 28,2% mais si « l’évolution transgénérationnelle française existe », elle reste « progressive ». En revanche, au Royaume Uni, en Turquie comme en Italie, on reste en dessous des 15%. « Si les chiffres du Royaume-Uni sont donc bas et, en plus de cela, ne présentent aucune évolution transgénérationnelle » ceux de « L’Italie, au contraire, bien qu’elle se situe en bas de l’échelle en termes de proportion de femmes réalisatrices, gagne des échelons dans les jeunes générations. »

Globalement, la présence des femmes derrière la caméra est en hausse dans de nombreux pays, à quelques exceptions. Grâce à des politiques dédiées, la Norvège, la Suède et la Suisse font figure de bons élèves. La France, l’Allemagne et la Slovaquie, sans avoir de politiques spécifiques concernant le cinéma au féminin, sont au dessus de la moyenne et continuent de miser sur de nouveaux talents féminins. Des pays comme la Roumanie, la Russie, l’Italie, la Pologne, la Turquie et le Portugal connaissent des évolutions et révolutions culturelles « qui vont mettre un peu de temps à s’installer » souligne l’étude. Et puis il y a les cancres comme le Royaume Uni et la Grèce, tous deux très en retard.

Sorrentino abandonne son film sur Berlusconi

Posté par redaction, le 7 décembre 2016

paolo sorrentino oscars 2014Paolo Sorrentino (La grande bellezza, "The Young Pope") abandonne Loro. Ce devait être son prochain film. Loro était consacré à Silvio Berlusconi, en évoquant son ascension vers le pouvoir.

Or, le réalisateur vient de révéler à Cinecitta News que "c'était une histoire compliquée et qu'il n'est pas toujours possible de faire le film que vous avez envie de faire."

Loro devait se tourner l'année prochaine. Le cinéma italien spéculait même sur l'acteur qui devait incarner Berlusconi: Massimo Boldi semblait bien parti. Sans s'attarder sur les raisons de cet abandon, le cinéaste a du se résigner face aux nombreux obstacles qui l'attendaient. P

Pour les Italiens, Berlusconi est une figure du passé, qui ne les intéressent plus. Par ailleurs, dans le climat politique actuel, le financement de films italiens devient de plus en plus compliqué. Malgré la notoriété du cinéaste et sa capacité à attirer des coproducteurs étrangers, Sorrentino, en s'attaquant à un sujet aussi politique, ne pouvait peut-être pas réunir le budget nécessaire.

Surtout, comme nous l'avions dit lors de l'annonce du projet, les films de Sorrentino ont été récemment co-financés et distribués par Medusa, une société de Berlusconi. Et à part la puissante Medusa, peu de sociétés en Italie peuvent produire les films de Sorrentino, parmi les plus chers du cinéma local (entre 10 et 13M d'euros).

Cependant, rassurons nous, enthousiasmé par son travail pour la télévision avec The Young Pope, Paolo Sorrentino a annoncé qu'il écrivait une deuxième saison.

Silvio Berlusconi au cœur du prochain film de Paolo Sorrentino

Posté par vincy, le 11 septembre 2016

paolo sorrentino oscars 2014Alors que Paolo Sorrentino vient de montrer les premiers épisodes de sa série TV The Young Pope, avec Jude Law, au festival de Venise, le cinéaste italien oscarisé pour La Grande Bellezza a annoncé que son prochain film sera consacré à Silvio Belusconi.

Ce sera évidemment à la manière de Sorrentino qui a toujours aimé travestir la biographie tragique et souvent corrompue en œuvre stylisée: L'homme en plus retraçait le destin du footballeur Agostino Di Bartolomei, Les conséquences de l'amour décryptait les méthodes de la Cosa Nostra et Il Divo suivait le parcours politique de Giulio Andreotti...

Cette fois-ci, Sorrentino, qui écrit actuellement le scénario, se concentrera sur les liens entre Berlusconi (déjà pastiché par Nanni Moretti dans Le Caïman en 2006, où Sorrentino avait d'ailleurs un rôle en tant qu'acteur) et son premier cercle, tout en décodant les liens entre l'homme politique, le patron des médias, et son emprise sur l'Italie durant deux décennies. Selon les producteurs, le film sera surtout une analyse du monde de Berlusconi plutôt qu'une satire ou une critique.

Le titre provisoire du film a un double sens : Loro peut vouloir dire "eux" comme il peut s'agir d'un jeu de mot avec L'oro ("L'or").

Le tournage est prévu pour l'été 2017 et la sortie programmée pour 2018.

Ironiquement, c'est une société de Berlusconi, Medusa, qui avait coproduit les derniers films du cinéaste. Cette fois-ci, on s'en doute, Medusa ne sera pas impliquée.

Salut l’ami! Bud Spencer (1929-2016) est mort

Posté par vincy, le 28 juin 2016

Il était le double de Terrence Hill. Le Hardy de Laurel des Western spaghetti. L'acteur italien Bud Spencer est décédé hier à Rome à l'âge de 86 ans, selon sa famille.

Carlo Pedersoli pour l'état civil était né à Naples le 31 octobre 1929. Avec Terence Hill, il avait tourné 18 films de 1959 à 1994, des western spaghetti ou des films policiers tous burlesques ou comiques. Il faisait rire les enfants, les ados. Ses baffes faisaient des bruits synthétisés accentués. Leur duo a longtemps, inégalement certes, attiré les foules en salles. Premier gros succès de la pair, On l'appelle Trinita en 1971 a atteint les 2,6 millions d"entrées, suivis de Cul et chemise en 1979 a séduit 2,2 millions de spectateurs en France, Salut l'ami, adieu le trésor en 1981 a frôlé 1,9 million d'entrées, Quand faut y aller, faut y aller dépasse en 1983 et Attention les dégâts en 1984 ont drainé 1,3 millions de fans. Mais leur plus gros hit reste On continue à l'appeler Trinita en 1972 avec plus de 3 millions de français dans les salles.

Avec son physique et sa bonhomie à la Obélix, la barbe en plus, il excellait dans les grosses beignes et l'humour potache. De Rome à Rio de Janeiro, il passe une jeunesse tranquille, brillant étudiant et excellent nageur. Ses qualités athlétiques vont lui permettre d'entrer à Cinecittà pour figurer dans des péplums comme Quo Vadis. Jusqu'en 1957, il tourne sous son vrai nom (Un héros de notre temps de Mario Monicelli, L'Adieu aux armes de Charles Vidor). Puis il se consacre à sa carrière sportive.

Sportif olympique

Après avoir été demi-finaliste du 100 mètres nage libre aux JO de Helsinki et ceux de Melbourne, et un septième titre de champion d'Italie - il est le premier Italien à descendre sous la minute dans un 100 m nage libre - , il abandonne définitivement la natation et retourne en Amérique du Sud pour fonder une famille avec la fille d'un producteur de cinéma.

A 38 ans, il tourne son premier western, Dieu pardonne, moi pas, de Giuseppe Colizzi, avec un certain Mario Girotti, dit Terrence Hill. Il trouve son pseudo, mélange d'un nom de bière et d'un hommage à Spencer Tracy. Il frappe les méchants durement mais il a un coeur gros comme ça.

Pourtant, il n'aura pas tourné que ce genre de films. Dans sa quarantaine de films, il est souvent inspecteur, shériff, sergent et même génie d'Aladin. Il est tête d'affiche de ses propres comédies, de gros cartons en Italie, signées Michele Lupo ou Steno. En guise de requiem cinématographique, on l'a vu en vieux capitaine dans En chantant derrière les paravents d'Ermanno Olmi, en 2004.

Il avait aussi essayé de se faire élire comme conseiller régional en 2006 sur la liste du parti de Silvio Berlusconi. Depuis quelques années, il écrivait ses Mémoires, dont les deux premiers tomes sont parus en Italie en 2010 puis 2014.