Vesoul 2020 : trois films sur l’émancipation des femmes

Posté par kristofy, le 18 février 2020

La place des femmes réalisatrices est devenu un enjeu dans les festivals et plus généralement le cinéma depuis quelques années : le nombre de réalisatrices présentes en compétition à Cannes ou à Venise varie souvent entre 0 et 2 sur pour une vingtaines de films réalisés par des hommes, le nombre de femmes qui ont pouvoir de vote aux Césars est proche de 35%...  La place des femmes (par rapport aux hommes mais aussi à la religion ou à la politique ou aux traditions) est depuis longtemps interrogées dans des films, et depuis longtemps dans le cinéma asiatique.

Le 26e Festival International des Cinémas d'Asie de Vesoul présente dans les deux sections de films en compétition (fictions et documentaires) une parité femmes/hommes en réalisation, mais aussi dans la composition des membres des différents membres de jury : de plus le jury de la Critique, le jury Netpac, le jury Inalco, le jury Jeunesse ont tous une femme présidente. Le FICA de Vesoul est l'un des rares festivals où la parité est naturelle depuis déjà plusieurs années (même pour les chauffeurs où pour les opérations de sous-titrage), tout en affirmant que le critère de sélection des films est d'abord le talent, le coup de cœur, et aussi la recherche de films qui n'ont pas encore de distributeurs en France pour justement y remédier.

Hava, Maryam, Ayesha, de la réalisatrice Sahraa Karimi :

La gageure du film est de raconter l’Afghanistan sans rapport avec les guerres incessantes (ce qui est le premier cliché de ce pays) en faisant le portrait de trois femmes différentes face à leurgrossesse : grossesse qui devient impossible au regards des traditions patriarcales et religieuses du pays,  alors que l’avortement est officiellement interdit…

Les afghans ne sont pas du tout familier de ce genre d’histoire intime et personnelle du point de vue féminin : une femme ou jeune-femme pour avoir de la considération et être respectée se doit de devenir enceinte dans le cadre du mariage, la maternité est presque comme une obligation. Un mariage arrangé contraint une adolescente de trouver le moyen d’avorter et de faire réparer son hymen. A l'inverse, une procédure de divorce avec un mari notoirement infidèle lui permet quand même de décider du destin d'un bébé pas encore né de son ex-femme. Le film montre justement trois femmes qui voudront mettre un terme à leur grossesse, dans des situations où le poids des traditions devient impossible.

C’est aussi un des films forts de la compétition pour un Cyclo d’or.

Le procès de Viviane Amsalem, de la réalisatrice Ronit Elkabetz :

Cette année Vesoul rend hommage à l’actrice Ronit Elkabetz, disparue en 2016, devenue au fil de sa filmographie une figure du militantisme féministe israélien. Elle est passé à l’écriture et à la réalisation avec trois films, comme une trilogie qui bouscule les traditions de son pays. Le procès de Viviane Amsalem dénonce le fonctionnement d’un tribunal rabbinique. Une femme demande le divorce mais le mari refuse d'y consentir. Pendant plusieurs années d’audiences espacées de plusieurs mois, la décision est toujours reportée sans accorder ce divorce tant souhaité : la femme serait comme une "propriété" de son mari et le foyer serait à préserver à tout prix même contre son avis…

Le dispositif est simple et efficace: presque tout se passe dans le huis-clos d’un tribunal, où les deux époux (et des témoins) font face à trois dignitaires religieux qui semblent toujours donné raison au mari (même quand il refuse de venir). On en arrive à des situations ubuesques où bien que s’étant installée ailleurs depuis plusieurs mois, il est demandée à cette femme de revenir vivre chez son mari pour qu'elle change d’avis sur sa demande de divorce… A la fois férocement drôle et subtilement dénonciateur, le film est un réquisitoire contre les lois décidées par les hommes en faveur des hommes.

Le Héros (Nayak), du réalisateur Satyajit Ray :

Le FICA de Vesoul est l'endroit où il est possible de (re)découvrir sur un grand écran de cinéma des films de patrimoine méconnus ou pour certains jamais distribués : par exemple cette année Conte des chrysanthèmes tardifs du japonais Mizoguchi Kenji (1939), Pirosmani du géorgien Gueorgui Chenguela (1969), ou Le Héros de l'indien Satyajit Ray (1966).

L'influence de l'immense Satyajit Ray (qui en plus de la mise en scène était souvent scénariste, cadreur, et compositeur de musique) va jusqu'à inciter Wes Anderson à lui rendre hommage à travers A bord du Darjeeling Limited avec trois frères en voyage dans un train en Inde... Le Héros raconte justement le voyage d'une star de cinéma en train, en direction Delhi, où il doit recevoir un prix pour sa carrière alors que son nouveau film ne démarre pas avec un succès aussi haut que ses précédents, et qu'en plus des journaux racontent qu'il a été mêlé à une bagarre... En apparence le héros du film est justement cet acteur - héros de cinéma, mais le film raconte ses différentes interactions avec les autres voyageurs des compartiments voisins.

En général le comportement des hommes n'est pas glorieux, tandis que justement celui des femmes est plutôt positivement mis en lumière. Un voyageur, publicitaire de son métier, compte sur les charmes de son épouse pour séduire un entrepreneur et signer un contrat… Le premier personnage féminin est celui d'une jeune femme qui rédige un magazine féministe sérieux qui ne s'intéresse guère aux rumeurs. Elle ne se laisse pas éblouir par cet acteur populaire, et même elle va l'aider à se confier sur ses angoisses intimes liées à son statut de célébrité. Durant ce voyage en train le grand acteur va être dérouté puis séduit par les convictions modernistes de cette jeune femme pas comme les autres. Il s'agit de l'actrice indienne Sharmila Tagore, qui fût membre du jury du Festival de Cannes en 2009.

Vesoul 2019 : le silence et l’exil face aux politiques absurdes

Posté par kristofy, le 11 février 2019

Comme à son habitude, le Festival International des Cinémas d'Asie de Vesoul propose en compétition des films de tous horizons (Chine, Corée du Sud, Inde, Japon, Iran, Philippines, Afghanistan...) La plupart de ces films, dont trois sont signés de réalisatrices, montrent des familles qui éprouvent diverses difficultés. Certaines sont en résonance avec leur pays avec en fond une critique d'un système. Deux films sont particulièrement interrogateurs, voir dénonciateurs : Widows of silence et A family tour.

Widows of silence, réalisé par Praveen Morchale : originaire de l'Inde, il s'agit de son 3ème long-métrage. Il raconte une histoire dans le  Cachemire. Une femme dont le mari est porté disparu depuis 7 ans est seule avec sa fille de 11 ans et sa belle-mère âgée muette de chagrin. Cette femme doit plusieurs fois se déplacer pour des formulaires demandant un acte de décès de son mari qu'elle n'arrive pas à obtenir, l'une des raison est d'ailleurs de lui soustraire des terres de son mari...

Praveen Morchale explique ce qui l'interpelle : « Le Cachemire est une zone très conflictuelle entre l'Inde et le Pakistan, depuis des dizaines d'années. Il y a des gens qui traversent des frontières pour disparaître et d’autres pour devenir soldat ailleurs par exemple. Il y a surtout le problème interne des gens qui sont à un moment arrêtés par des militaires et qu'on ne revoit jamais. Il y aurait 2500 femmes veuves officiellement mais plutôt environ 10000 disparus officieusement, la situation est douloureuse pour les proches surtout les épouses et les enfants. Il y a un peu plus d'un an j’ai découvert dans un article de journal le terme de ‘demi-veuve’ et je me suis intéressé à ce que ça voulait dire, en fait des femmes dont les maris ont disparus après des arrestations.

Je suis allé au Cachemire et j'y ai rencontré des gens incroyablement généreux et qui partagent beaucoup de choses, et aussi des femmes qui m'int raconté des choses horribles et absurdes qui arrivent là-bas. Les médias locaux ne parlent jamais des malheurs de ces femmes et de ces enfants, les journaux et les radios ne parlent que d'actions militaires victorieuses par exemple, mais rien de négatif sur le pays. Beaucoup de ces femmes sont illettrées ou bloquées au quotidien dans des démarches administratives, elles sont d'autant plus silencieuses ou ignorées que personne ne parlent d'elles, de ces veuves dont les maris sont morts on ne sait où ni comment. Environ 6 mois plus tard je faisais le film, le tournage a duré 17 jours dans un petit village où personne n'avait jamais vu de caméra. A l'écran c'est la réalité, les villageois jouent leur vie à l'image : le chauffeur est chauffeur, l'infirmière est infirmière. Que des non-professionnels donc sauf l'actrice principale qui a fait du théâtre et le chef du bureau d'état civil qui est en fait mon assistant qui fait l'acteur ici. Dans mon film 99% des choses sont vraies d'après ce que m'ont raconté plusieurs femmes rencontrées là-bas, sauf le final est fictif. »

A family tour, réalisé par Ying Liang : il est chinois mais il a dû s'éloigner de sa région natale pour aller vivre à Hong-Kong, sa précédente réalisation When night falls lui avait valu diverses difficultés avec le pouvoir et c'est d'ailleurs le sujet de son nouveau film. Une réalisatrice exilée à Hong-Kong parce qu'un de ses film a offensé les autorités chinoises participe à un festival dans la dissidente Taïwan. Elle en profite pour y faire venir sa mère malade qu'elle n'a pas vue depuis cinq ans. La mère participe à un voyage groupé touristique et à chaque étape la réalisatrice avec son mari et son fils va la rejoindre pour passer du temps ensemble...

Ying Liang évoque comment la Chine surveille des cinéastes : « Cette histoire est une fiction qui reflète mon histoire personnelle. Un de mes films a fait que je ne pouvais plus retourner en Chine, c'était une phase difficile et j'ai repensé totalement ma vie. La première version du scénario était à propos d'un homme réalisateur en exil et c'était trop proche de moi. Faire du personnage principale une femme réalisatrice permettait de suggérer différents choix de vie et en faire un personnage plus fort : ici ce n'est pas une femme qui suit son mari par exemple, c'est elle qui est moteur des décisions. Je suis originaire de Chine mais à Hong-Kong il y a plus de libertés, notamment pour faire des films et les montrer, mais en ce moment Hong-Kong change à une vitesse folle et en pire.

Les deux actrices sont originaires de Pékin, et je leur ai demandé clairement "voulez-vous prendre le risque d'apparaître dans mon film?" L'actrice qui joue la mère était déjà dans mon précédent film qui m'a vau des problèmes dans le rôle de la maman d'un garçon ayant tués des policiers chinois, en fait elle est aussi elle-même productrice de films indépendants comme Lou Ye, elle connait les risques de censure. Dans ma vraie vie; mes parents n'ont pas fait ce type de voyage dans un pays tiers pour me voir, c'est risqué car on ne sait pas ce qui peut se passer à leur retour. Le contact avec mes parents en Chine est comme dans ce film, c'est par internet et limité à des choses simples. Je ne peux pas leur parler de ce que je fais dans mon métier et cache certaines choses, et eux évitent de me poser certaines questions. »

En avant la musique avec la 14e édition de Mon premier festival !

Posté par MpM, le 19 octobre 2018

On vous le répète chaque année : Mon premier festival, qui s'adresse au jeune public à partir de 18 mois, est le rendez-vous incontournable des vacances de la Toussaint !

Pour sa 14e édition du 24 au 30 octobre, la manifestation parisienne met l'accent sur le lien privilégié entre musique et cinéma, des comédies musicales hollywoodiennes aux ciné-concerts, en passant par les inoubliables bandes-originales signées Michel Legrand, Danny Elfman ou Leonard Bernstein. L'occasion de proposer 36 films "à voir et à écouter", parmi lesquels des classiques comme Peau d'âne de Jacques Demy et Fantasia de Ben Sharpsteen, et des créations originales comme le programme de courts métrages "En avant la musique".

Parmi les autres temps forts du festival, il faut relever un focus sur le cinéma indien des années 50 à nos jours, des films-cultes (Mon voisin Totoro de Hayao Miyazaki, La famille Adams de Barry Sonnenfeld, Harry Potter à l'école des sorciers de Chris Colombus), une compétition de seize films en avant-premières, un hommage au compositeur Bruno Coulaisdes rencontres autour des métiers du cinéma et de nombreux ateliers. Le parrain Pascal Elbé a également proposé trois coups de coeur : Pierre et le loup de Suzie Templeton, Grease de Randal Kleiser et Coraline de Henry Selick.

Quant aux avant-premières, elles proposent de découvrir avant tout le monde des films attendus comme Rémi sans famille d'Antoine Blossier (sortie le 12 décembre) qui est présenté en ouverture, Miraï, ma petite soeur de Mamoru Hosoda (sortie le 26 décembre), le programme Petits contes sous la neige (sortie le 14 novembre), Pachamama de Juan Antin (sortie le 12 décembre), Wardi de Mats Grorud (sortie le 27 février), la version restaurée de Dark crystal de Frank Oz et Jim Henson (sortie début 2019), Mia et le lion blanc de Gilles de Maistre (sortie le 26 décembre) ou encore Funan de Denis Do (sortie le 13 mars).

C'est parti pour les meilleures vacances de l'année !

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Mon premier festival 2018
Du 24 au 30 octobre
Informations et réservations sur le site de la manifestation

Cannes 2018: Qui est Nandita Das ?

Posté par vincy, le 13 mai 2018

Nandita Das n'est pas une inconnue du Festival de Cannes Il y a treize ans, elle était membre du jury des longs métrages et il y a cinq ans elle était revenue pour être jurée de la Cinéfondation et des courts métrages.Mais cette fois-ci, plus question de juger les autres: c'est son film Manto qui se retrouve sous les projecteurs, à Un Certain Regard.

Manto est basé sur une histoire vraie, celle de l'amitié entre l'auteur et dramaturge Saadat Hasan Manto et de l'acteur vedette de Bollywood Shyam Chadda dans une Inde tout juste indépendante à la fin des années 1940. Pour annoncer la production de son film, Nandita Das avait réalisé un court-métrage, In Defence of Freedom, juste avant le Festival de Cannes de l'an dernier.

Fille du peintre Jatin Das et de l'écrivaine Varsha Das, athée, diplômée en géographie, fondatrice de l'agence de pub "éthique" Leapfrog avec son ex-mari, Nandita Das appartient à l'élite intellectuelle indienne. Elle est impliqué dans différentes actions (droit des enfants, lutte contre le sida, violences faites aux femmes). Elle a tourné dans plus de 40 films comme comédienne dont Aamaar Bhuvan, un Jules & Jim de Mrinal Sen (2002), ou Neer Paravai de Seenu Ramasamy (2012), un mélo autour d'une communauté catholique vivant dans la misère. En début d'année, elle était la vedette de Dhaad, un drame d'action de Paresh Naik.

Actrice et réalisatrice indienne hors-Bollywood, Nandita Das, 48 ans, s'est fait connaître avec des films aux sujets un peu tabous dans son pays. Fire, en 1996, de Deepa Metha, traitait ainsi de l'homosexualité féminine. Le rôle lui permet cependant de devenir célèbre. Toujours avec le cinéaste Deepa Metha, deux ans plus tard, elle est au générique de Earth, film sensible sur l'indépendance et la partition de l'Inde et du Pakistan. En 2000, elle incarne une femme victime d'un viol collectif en quête de justice dans Bawandar de Jag Mundhra. Elle retrouve le cinéaste pour Provoked en 2007, interprétant une femme soutenant une épouse maltraitée qui a tué son mari.

En 2008, Nandita Das décide de réaliser ses propres films, souvent politiques et engagés, offrant un regard critique sur un pays qui se nourrit de la violence entre les castes, entre les religions, entre les ethnies. Son premier film Firaaq évoque ainsi les violences au Gujarat de 2002, quand l'incendie d'un train de pèlerins hindous ayant entrainés 58 morts conduit à des émeutes visant les populations musulmanes de cette région limitrophe du Pakistan tuant de 800 à 2000 personnes. Le point de vue singulier e la réalisatrice permet de "donner de la voix" aux délaissés comme aux puissants. Le film a remporté une dizaine de prix dans le monde.

Dix ans plus tard, elle revient derrière la caméra avec Manto. Et par la grande porte cannoise.

Décès de la star indienne Shashi Kapoor (1938-2017)

Posté par vincy, le 4 décembre 2017

Acteur indien légendaire, Shashi Kapoor est mort à l'âge de 79 ans le 4 décembre à Mumbai. Le plus jeune des fils du comédien Prithviraj Kapoor, frère de Raj Kapoor (une légende), a été une immense star dans son pays dès les années 1960, quand il a obtenu son premier grand rôle dans Dharmputra en 1961. Sa carrière fut prolifique jusqu'à la fin des années 1980.

S'il a été la star de nombreux hits bollywoodiens en langue Hindi, c'est sa longue collaboration avec le duo James Ivory / Ismail Merchant qui l'a fait connaître à l'étranger: The Householder (1963), Shakespeare-Wallah (1965), Bombay Talkie (1970), Chaleur et poussière (1983), qui fut en compétition à Cannes, et In Custody. On l'a aussi vu dans le rôle principal de Sammy et Rosie s'envoie en l'air de Stephen Frears (1987), et en second-rôle dans Les Imposteurs de Nicholas Meyer (1988) et Side Streets de Tony Gerber (1998).

Les fans de Bollywood se souviennent aussi de son duo avec une autre superstar, Amitabh Bachchan. Ensemble ils ont été tête d'affiche de blockbusters locaux comme Deewar, Trishul, et Namal Halaal.

A la fin des années 1970, il s'est lancé dans la production de films d'art et essai, et a même réalisé, en 1991, un long métrage, Ajooba. Avec son épouse, l'actrice britannique Jennifer Kendal, ils ont créé le plus grand théâtre du pays, à Mumbai, le Prithvi Theatre.

Au total, il a tourné dans 160 films. Le Festival de Bombay lui avait remis un prix pour l'ensemble de sa carrière en 2009.

Le Pakistan autorise de nouveau les films en provenance de Bollywood

Posté par vincy, le 5 février 2017

Le Pakistan a finalement levé l'interdiction de projeter des films indiens dans le pays. Le Premier ministre Nawaz Sharif a donné son accord jeudi dernier à la proposition du ministère de l'information et du patrimoine.

Kaabil, avec Hrithik Roshan et Raees avec Shah Rukh Khan et l'actrice pakistanaise Mahira Khan (photo) seront les premiers films indiens autorisés dans les cinémas pakistanais, dès cette semaine.

Depuis le mois de septembre, les salles du pays avaient arrêté de projeter des films indiens après de nouvelles tensions entre les deux voisins autour du territoire qu'ils se disputent, le Cachemire. Cela avait d'abord conduit l'Association des producteurs de cinéma Indiens à interdire le travail pour tous les artistes pakistanais dans les productions bollywoodiennes. La réplique du Pakistan a suivi, en bannissant les films indiens des écrans de cinéma dans le pays.

Interdépendance

70% du box office pakistanais provient de films produits par l'Inde. Autant dire que la levée de l'interdiction de films indiens a été vécue comme un soulagement par les exploitants pakistanais qui commençaient à suffoquer économiquement, dans un pays où la vidéo et le piratage restent la principale manière de voir des films.

Cependant, les distributeurs pakistanais doivent désormais soumettre les titres des films qu'ils souhaitent diffuser au Ministère.

Du côté Indien, les artistes pakistanais ont quand même pu travailler à Bollywood, même si à l'automne, un mouvement nationaliste avait tenté de bloquer la sortie d'un film - Ae Dil Hai Mushkil de Karan Johar - parce que l'acteur et chanteur pakistanais Fawad Khan était au générique de celui-ci (lire aussi notre édito du 1er décembre).

L’inde en deuil avec le décès d’Om Puri (1950-2017)

Posté par vincy, le 6 janvier 2017


La star indienne Om Puri est décédée ce vendredi 6 janvier des suites d'une crise cardiaque à son domicile de Mumbay, rapporte le Press Trust of India. Acteur sans frontières, passant du cinéma indépendant aux productions hollywoodiennes, du drame à la comédie, des premiers rôles dans des hits bollywoodiens aux seconds rôles où il s'amusait avec son statut de patriarche du cinéma national, Om Puri avait 66 ans et tournait toujours plusieurs films chaque année.

Né le 18 octobre 1950, Om Puri avait débuté dans les années 1970 dans des films en marathi, avant de tourner dans de nombreuses productions en hindi, et même dans certains films pakistanais. Mais son statut de vedette du cinéma bollywoodien et de tête d'affiche du cinéma art et essai indien a pris une autre ampleur lorsqu'il a été l'un des premiers grands acteurs du pays à joué dans des productions occidentales, et notamment Gandhi, la monumentale fresque de Richard Attenborough, huit fois oscarisée. Om Puri a aussi été vu dans La Cité de la joie et La Prophétie de l'anneau (The Lovers) de Roland Joffé , Wolf et La Guerre selon Charlie Wilson (où il incarnait l'ancien président pakistanais Mohammed Zia) de Mike Nichols, L'ombre et la proie de Stephen Hopkins, The Mystic Masseur d'Ismail Merchant, L'Intégriste malgré lui (The Reluctant Fundamentalist) de Mira Nair ou Les recettes du bonheur de Lasse Hallström, qui se déroulait en France. Om Puri aura donc donné la réplique à Ben Kingsley, Patrick Swayze, Jack Nicholson, Tom Hanks, Michael Douglas, Helen Mirren...

Son immense filmographie, étendue sur cinq décennies, ne peut pas être résumée. Il avait notamment été distingué comme meilleur acteur aux National Film Awards de l'Inde en 1982 pour Arohan et en 1984 pour Ardh Satya (qui lui valu aussi le prix d'interprétation masculine au festival de Karlovy Vary), au Festival international du film de Bruxelles de 1998 pour My Son the Fanatic. Aux FilmFare Awards, l'une des récompenses les plus prestigieuses et la plus populaire du cinéma indien, il avait reçu le prix du meilleur second-rôle masculin pour Aakrosh en 1981, en plus d'être nommé trois fois au cours de sa carrière et d'être honoré par un prix pour l'ensemble de sa carrière en 2009. Le Festival des Films du Monde de Montréal et le Festival de Telluride lui ont aussi décerné un prix pour toute sa carrière, respectivement en 2000 et 2001.

Enfin, les BAFTA (Oscars britanniques) l'avaient nommé dans la catégorie second-rôle masculin pour sa performance dans Fish & Chips (East is East), jolie comédie sociale britannique de Damien O'Donnell sortie en 1999. Gros succès en Grande Bretagne qui a éclipsé l'énorme succès en Inde de A.K.47, un polar en langue Kannada. Ce coup double révélait bien la curiosité et l'audace d'un comédien toujours juste et charismatique.

Edito: Oiseaux de bons et mauvais augure

Posté par redaction, le 1 décembre 2016

En Inde, les cinémas vont devoir diffuser l'hymne national avant chaque film et le public devra aussi se lever. La Cour suprême en a décidé ainsi mercredi 30 novembre, afin de stimuler le «patriotisme» (gasp). Cette décision a évidemment déclenché une polémique au nom de la liberté individuelle.

Certes, de nombreux cinémas diffusent déjà le «Jana Gana Mana», composé par le poète bengali Rabindranath Tagore au début du XXe siècle. Tout cela intervient alors que les incidents se multiplient autour de Bollywood. Le mois dernier, un homme handicapé en fauteuil roulant avait affirmé avoir été agressé dans un cinéma de Goa pour ne pas s'être levé pendant l'hymne national. Mais au-delà de cette politique nationaliste, les conflits religieux et ethniques se multiplient. Ainsi le film Ae dil hai mushkil a subit le contre coup d'une attaque d'insurgés pakistanais qui ont tué une vingtaine de soldats indiens dans une caserne au Cachemire. L’Armée de renaissance du Maharashtra (MNS), un parti régionaliste d’extrême droite de Mumbay, a menacé d’attaquer tous les cinémas qui s’aventureraient à le projeter. Le réalisateur a du
verser l’équivalent de 690 000 euros à une fondation de soutien à l’armée indienne, pour sauver la sortie de son film, qui est devenu un carton au box office.

Mais depuis, une violente polémique s'en suit et les artistes pakistanais ne sont plus le bienvenue à Bollywood. Les fondamentalistes Hindous du MNS ne veulent plus du Pakistan dans le cinéma. Ils prônent un repli politique sur des valeurs religieuses et souverainistes - et se félicitent du Brexit comme de l'élection de Donald Trump. Sous la pression du MNS, les productions ont décidé de bannir les acteurs pakistanais, y compris les stars les plus populaires en Inde.

Si un vent mauvais souffle d'Inde, finissons sur une note plus optimiste. L'hymne national avant chaque projection ne nous semble pas vraiment pertinent. En revanche, on continue de militer la diffusion de courts métrages à l'instar de Disney qui a proposé le très mignon Piper (une histoire d'oiseaux) avant Le Monde de Dory et une déclinaison de Vice-Versa avec Raison, Déraison avant Vaiana. Dans les deux cas, il s'agit d'une histoire d'émancipation, d'audace et de prises de risques vers le monde extérieur. Et ces temps-ci, ce genre de message, même un peu superficiel, est salutaire.

Trois remakes pour Intouchables

Posté par vincy, le 24 octobre 2016

Le cinéma argentin est souvent pillé par les autres (Aux yeux de tous, remake de Dans ses yeux, Un homme à la hauteur, remake de Corazon de Leon). Pour une fois, c'est le cinéma argentin qui s'empare d'un succès étranger. Inseparable, sorti en août dernier, est le remake latino-américain d'Intouchables, d'Eric Toledano et d'Olivier Nakache.

La filiale de Disney, Buena Vista, a acquis les droits pour l'ensemble de l'Amérique latine, à l'exception du Chili, de la Colombie et du Mexique. Le film pourrait aussi être distribué aux Etats-Unis et en Europe.

Intouchables, énorme carton mondial avec 427M$ de recettes (dont 260M$ en dehors de la France), avait récolté 700000$ de recettes en Argentine. Le remake a déjà rapporté 1,9M$ depuis son lancement, devenant le 5e plus gros succès local de l'année.

Le film est réalisé par Marco Carnevale (Corazon de Leon). Oscar Martinez, qui a reçu en septembre le prix d'interprétation masculine à Venise pour El ciudadano ilustre, reprend le rôle tenu par François Cluzet , et le très "blanc" Rodrigo De la Serna (Carnets de voyage, Tetro) hérite du personnage créé par Omar Sy.

Hollywood prépare de son côté le remake etats-uniens du film. Le tournage de The Intouchables, débutera en janvier, réalisé par Neil Burger (L'illusionniste, Divergente), scénarisé par Jon Hartmer (The Electric Company) et réunissant Bryan Cranston et Kevin Hart. L’action devrait se situer à New York.

Et Bollywood a aussi réalisé son propre remake, Oopiri (Thozha). Réalisé par Vamsi Paidipally, la version indienne (télougou et tamoul pour être précis) dure 2h38! Nagarjuna Akkineni et Karthi tiennent les rôles principaux. Particularité: le film a été tourné en France. Le film est sorti en mars dernier en Inde. Le film a été un joli succès en Inde avec un milliard de roupies au box office (pour les deux versions télougou et tamoul) et 1,6 million de $ aux USA soit le 4e plus gros succès en langue télougou et/ou tamoul sur le territoire nord-américain.

The Assassin écrase la concurrence aux Asian Film Awards

Posté par vincy, le 19 mars 2016

Les Asian Film Awards, sorte d'Oscars pan-asiatiques, ont récompensé un peu tous les cinémas: Inde, Japon, Corée du Sud, Hong Kong, Chine... mais c'est un cinéaste taïwanais qui a tout raflé. Hou Hsiao-hsien, prix de la mise en scène à Cannes avec The Assassin, a passé la soirée à voir son film triompher : 8 trophées dont le meilleur film, le meilleur réalisateur et la meilleure actrice piur la sublime Shu Qi.

Il n'a resté que des miettes pour les autres: la star Lee Byung-hun (acteur), enfin récompensé, Jia Zhang Ke (scénario pour Au-delà des montagnes), 9 ans après son prix du meilleur réalisateur pour Still Life, Port of Call de Philip Yung (seul film à recevoir deux prix), Tadanobu Asano (connu aussi à Hollywood avec Thor et le prochain Scorsese)... C'est le film chinois Monster Hunt de Raman Hui, avec ses 380M$ de recettes en Chine, qui a récolté le titre de champion du box office asiatique.

Pour la première fois depuis leur création en 2007, les AFA, remis lors du Festival international du film de Hong Kong, ont donc récompensé Hou Hsiao-hsien. The Assassin rejoint au palmarès The Host, Secret Sunshine, Tokyo Sonata, Mother, Oncle Boonmee celui qui se souvient de ses vies antérieures, Une séparation, Mistery, The Grandmaster et Blind Massage. Le film avait déjà reçu le prix de la meilleure image aux Asia Pacific Screen Awards et les prix du meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure image, meilleurs costimes et meilleurs effets sonores aux Golden Horse Awards, les Oscars de Taïwan.

Le palmarès complet

Film: The Assassin
Réalisateur: HOU Hsiao-Hsien - The Assassin
Acteur: LEE Byung-Hun - Inside Men
Actrice: SHU Qi - The Assassin
Second rôle masculin: Tadanobu ASANO - Vers l'autre rive
Second rôle féminin: ZHOU Yun - The Assassin
Espoir: Jessie LI - Port Of Call
Scénario: JIA Zhang-Ke - Mountains May Depart
Montage: William CHANG Suk Ping, CHU Ka Yat, LIAO Ching-sung, WONG Hoi, Philip YUNG - Port Of Call
Image: Mark LEE Ping-Bing - The Assassin
Musique: LIM Giong - The Assassin
Costumes: LEE Ji-yeon, SHIM Hyun-seob - The Throne
Décors: HWARNG Wern-ying - The Assassin
Effets visuels: Prasad SUTAR - Bajirao Mastani
Son: CHU Shih-Yi, TU Duu-Chih, WU Shu-Yao - The Assassin
Prix honorifique pour l'ensemble de leur carrière: Kirin KIKI (Japon), YUEN Wo-ping (Hong Kong)
Champion du box office asiatique: Monster Hunt