Les scénarios des comédies françaises en vacances prolongées

Posté par kristofy, le 10 juillet 2018

Hasard du calendrier, ce mercredi 11 juillet parmi les nouveautés dans les salles de cinéma, il y a ces deux comédies françaises Christ(off) et L’école est finie...
En fait ce n'est pas vraiment un hasard, les vacances d'été sont souvent propices aux comédies légères devant lesquelles on peut débrancher le cerveau. C'est d'ailleurs aussi un peu pareil durant la plupart des vacances scolaires, et parfois lors d'opération de billet à prix réduit (comme Le Printemps du cinéma en mars à 4 euros la place). La comédie est le genre de film le plus populaire en terme de tickets vendus. On l'a vu cette année avec Les Tuche 3 ou La Ch'tite Famille, leaders de l'année au dessus des 5 millions de spectateurs. Mais on a aussi noté que la plupart d'entre elles s'est ramassée, "sous-performant" largement, à l'instar des récents flops: Le doudou, Budapest, Tamara vol. 2, Les affamés, Comment tuer sa mère, ... Depuis le début de l'année, seuls cinq films français ont été "millionnaires", dont quatre comédies.

A propos de ces nouvelles comédies sur les écrans Christ(off) et L’école est finie : justement pour ce qui est originalité, ça n'est pas vraiment ça... Un coup d'œil sur l'affiche, la bande-annonce et le résumé du film et on sait que ça va être sans prise de tête, on voit déjà quel genre d'histoire ça va être. Un peu trop, comme une impression d'avoir déjà vu le film en fait. Cette paresse marketing et scénaristique peut explique la série de bides qu'a connu le cinéma français depuis depuis deux mois. Tendance qui ne s'inverse pas malgré La fête du cinéma ou les congés.

Malheureusement ce ne sont pas les seuls films où plusieurs pages du scénario ont été un peu photocopiées ailleurs. Voici un petit jeu des 7 différences :

1) Christ(off), sortie le 11 juillet : Le Père Marc souhaite récolter des fonds, avec son groupe de musique chrétienne il organise une tournée dans toute la France. A 33 ans, Christophe, chanteur raté mais guitariste de talent qui vit encore chez sa mère, croise le chemin du Père Marc qui le recrute. Condition sine qua non : Chris doit se faire passer pour un membre du clergé ! Planqué sous une soutane, au sein de son groupe d’Apôtres un long chemin de croix commence alors...
Des faux religieux qui chantent ? Oui, c'est bien la même histoire que Coexister (sorti en octobre 2017) où un producteur de musique à la dérive décide de monter un groupe constitué d'un rabbin, un curé et un imam afin de leur faire chanter le vivre-ensemble. Mais les religieux qu’il recrute sont loin d’être des saints…

2) L'école est finie, sortie le 11 juillet : Agathe Langlois, parisienne jusqu’au bout de ses ongles bien vernis vient d’être titularisée comme professeur d’anglais. Mais quand elle apprend qu’elle est mutée à des centaines de kilomètres de chez elle, en plein campagne, c’est la douche froide. Les pieds dans la boue, à Trouilly-sur-Selles, la bonne humeur d’Agathe va être mise à rude épreuve. Entre des collègues démotivés et des élèves plus que dissipés, cette première année d’enseignement va lui réserver bien des surprises…
La découverte des bouseux de la campagne ? Oui, c'est bien la même histoire que Bienvenue chez les Ch'tis (sorti en février 2008) où Philippe Abrams directeur de la poste de Salon-de-Provence est muté à Bergues, petite ville du Nord. Pour les Abrams le Nord c'est l'horreur, une région glacée, peuplée d'êtres rustres, éructant un langage incompréhensible, le "cheutimi". A sa grande surprise, il découvre un endroit charmant, une équipe chaleureuse, des gens accueillants, et se fait un ami...

3) Demi-Soeurs, sortie le 30 mai : Lauren tente de percer dans le milieu de la mode, Olivia veut sauver la confiserie de ses parents et Salma vit encore chez sa mère en banlieue. Leurs routes n’ont aucune raison de se croiser. Jusqu’au jour où, à la mort de leur père biologique qu’elles n’ont jamais connu, elles héritent ensemble d’un splendide appartement parisien. Pour ces trois sœurs qui n’ont rien en commun, la cohabitation va s’avérer pour le moins explosive…
Une nouvelle famille avec des inconnues ? Oui, c'est bien la même histoire que Les trois frères (sorti en décembre 1995) où le même jour, trois hommes découvrent qu'ils sont frères et héritent de 3 millions. Mais dix jours plus tard, l'héritage est détourné et la galère commence pour trois frères qui n'ont que faire d'être frères...

4) MILF, sortie le 2 mai : Trois amies d’enfance partent dans le Sud vider la maison de l’une d’entre elles, afin de la vendre. Pendant ces quelques jours, elles vont devenir les cibles privilégiées de trois jeunes garçons, pour qui ces femmes seules, approchant la quarantaine, sont bien plus séduisantes que les filles de leur âge… Cécile, Sonia et Elise découvrent avec bonheur, qu’elles sont des MILF !
Les femmes séduisent après 40 ans ? Oui, c'est presque la même histoire que Larguées (sorti juste avant le 13 avril) où Rose et Alice, deux sœurs très différentes, d’accord sur rien à part sur l’urgence de remonter le moral de Françoise, leur mère fraîchement larguée. La mission qu’elles se sont donnée est simple « sauver maman » et le cadre des opérations bien défini : un club de vacances sur l’Ile de la Réunion…

5) Place publique, sortie le 18 avril : Castro, autrefois star du petit écran, est à présent un animateur sur le déclin. Aujourd'hui, son chauffeur, Manu, le conduit à la pendaison de crémaillère de sa productrice et amie de longue date, Nathalie, qui a emménagé dans une belle maison près de Paris. Hélène, sœur de Nathalie et ex-femme de Castro, est elle aussi invitée. Leur fille, Nina, qui a écrit un livre librement inspiré de la vie de ses parents, se joint à eux. Hélène tente désespérément d'imposer dans son émission une réfugiée afghane. Pendant ce temps, la fête bat son plein...
Une soirée où tout le le monde se dispute comme des intouchables avant de se réconcilier ? Oui, c'est un peu pareil et avec le même acteur Jean-Pierre Bacri que Le sens de la fête (sorti le 4 octobre) autour de Max traiteur depuis trente ans un peu au bout du parcours. Là c'est un sublime mariage celui de Pierre et Héléna. Comme d'habitude, Max a tout coordonné : serveurs, cuisiniers, photographe, orchestre, bref tous les ingrédients sont réunis pour que cette fête soit réussie. Mais la loi des séries va venir bouleverser un planning sur le fil où chaque moment de bonheur et d'émotion risque de se transformer en désastre ou en chaos...

6) Taxi 5, sortie le 11 avril : Sylvain, super flic parisien et pilote d’exception, est muté contre son gré à la Police Municipale de Marseille. L’ex-commissaire Gibert, devenu Maire de la ville et au plus bas dans les sondages, va alors lui confier la mission de stopper le redoutable « Gang des Italiens », qui écume des bijouteries à l’aide de puissantes Ferrari. Mais pour y parvenir, Marot n’aura pas d’autre choix que de collaborer avec le petit Eddy, le pire chauffeur VTC de Marseille...
Alerte généraaaaaale, on passe la 5ème vitesse ? Oui, c'est bien la même histoire que Taxi (sorti en avril 1998), Taxi 5 est moins une suite qu'un remake en forme de reboot du Taxi originel : Daniel est un fou du volant, chauffeur de taxi il sait échapper aux radars. Il croise la route d'Emilien, policier recalé pour la huitième fois à son permis de conduire. Pour conserver son taxi, il accepte le marché que lui propose Emilien : l'aider à démanteler un gang de braqueurs de banques qui écume les succursales de la ville à bord de puissants véhicules... Taxi 5 ne cache pas reprendre certains gags des autres films de la saga et déçoit : les fans voulaient une suite avec un duo d'acteurs (un chauffeur et un policier) et pas une autre version appauvrie  (Franck Gastambide est lui à la fois le chauffeur et le policier), dommage.

7) Gaston Lagaffe, sortie le 4 avril : Gaston débarque en stage au Peticoin, avec ces inventions délirantes, il va changer le quotidien de ses collègues, mais avec le don d’énerver Prunelle son patron. Les gaffes à gogo pourront-elles éviter que le redoutable Monsieur de Mesmaeker rachète le Peticoin ? M’enfin ! La fille de l'auteur avait déploré « le scénario débile et le rythme des gags catastrophique »...
Faut-il vraiment exploiter une bande-dessinée de Franquin au cinéma ? Oui, c'est bien le même ratage que Les aventures de Spirou et Fantasio (sorti en février) où quand le Comte de Champignac inventeur excentrique est enlevé par les sbires de l’infâme Zorglub, nos deux héros se lancent aussitôt à sa recherche. En compagnie de Seccotine, journaliste rivale de Fantasio, et de Spip un petit écureuil espiègle, ils sont entrainés dans une poursuite où Spirou (qui n'est plus un héros positif mais devenu un pickpocket tête à claque) et Fantasio (qui aura une scène où il va manger du caca!) vont devoir faire équipe... Ces 2 films, Gaston Lagaffe tout comme ce Spirou et Fantasio, ont d'ailleurs été des échecs. Adapter une BD pourquoi pas, mais pourquoi la trahir ?

Vivement la rentrée de septembre!


Cannes 2018: Qui est Yann Gonzalez ?

Posté par vincy, le 17 mai 2018

C'est le film qui risque de buzzer à Cannes. Présenté en fin de festival, Un couteau dans le cœur, le deuxième long métrage de Yann Gonzalez est aussi bien une surprise à ce niveau de la sélection qu'une attente insupportable pour les festivaliers, vu son sujet, et le style du cinéaste.

L'ancien critique de ciné a débuté avec des courts métrages, au rythme d'un par an à partir de 2006. By the Kiss (2006), Entracte (2007) et Je vous hais petites filles (2008) sont tous sélectionnés à la Quinzaine des réalisateurs. Les Astres Noirs (2009), avec Julien Doré, est retenu par la Semaine internationale de la critique. Il conserve sa troupe de comédiens - Kate Moran, Salvatore Viviano, Pierre-Vincent Chapus - et collabore toujours avec M83 (Anthony Gonzalez, son frère) pour la musique.

Mais il faut attendre 2013 pour qu'il passe à la version longue, avec Les Rencontres d'après minuit. Le niçois a 36 ans. On retrouve Moran et Chapus, mais le casting s'offre aussi Niels Schneider, Eric Cantona, Fabienne Babe, Béatrice Dalle et Nicolas Maury, en gouvernante travestie d'une partouze aussi déjantée que poétique, flamboyante que stylisée. Cette orgie stylisée qui transgresse les genres affirme un regard qui le singularise dans le cinéma français et est porté aux nues par la critique parisienne.

Il y a un an, Yann Gonzalez présente à la Semaine de la critique un court métrage, Les Îles, qui remporte la Queer Palm du court. Là encore une série de personnages errant dans un dédale érotique et amoureux. Cette fois-ci, il s'aventure dans un autre genre, tout en restant dans le même univers. Un couteau dans le cœur se déroule à la fin des années 1970. Une productrice de pornos gays au rabais veut reconquérir sa compagne (et monteuse de ses films) en tournant un film plus ambitieux avec son complice de toujours, le flamboyant Archibald. Un de leurs acteurs est retrouvé sauvagement assassiné et Anne est entraînée dans une enquête étrange qui va bouleverser sa vie... Outre Kate Moran et Nicolas Maury, c'est Vanessa Paradis qui tient le rôle principal.

La mise en danger

Yann Gonzalez refuse le naturalisme et le réalisme. Son cinéma est romantique et lyrique. A l'instar d'un Bertrand Mandico, il n'est pas effarouché par l'érotisme. "J'ai grandi avec le cinéma fantastique et d'horreur. Jusqu'à l'âge de 15 ans, je ne m'intéressais qu'à ce seul continent de cinéma" expliquait-il y a quelques années. Ce mélange des genres n'est pourtant pas bien vu dans le système français. "Les professionnels, frileux, se focalisent sur le scénario, comme si le plus crucial était le message du film, alors que le scénario doit rester un outil éphémère. Pourquoi ne s'intéressent-ils pas à ce qu'on a fait avant, à nos choix de mise en scène ? Ils n'y font pas assez attention. Pour moi, dont les scénarios sont un peu bizzaroïdes et très écrits, c'est un problème. Quand on me dit qu'ils sont trop littéraires, je ne comprends pas : quoi de plus stimulant que la tentative de faire fusionner la littérature, le cinéma, le théâtre ?" s'interrogeait-il dans un entretien à Télérama.

Libre et queer, Yann Gonzalez veut "avoir l’impression de danser sur un fil" quand il réalise un film. "Après, c’est vrai que j’aime aussi l’idée que la marge s’invite de manière invasive et pernicieuse au cœur du mainstream…" C'est la promesse de ce couteau qu'il veut planter dans nos cœurs.

Cannes 2018: Qui est Eva Husson ?

Posté par kristofy, le 12 mai 2018

L'année 2016 débutait avec une affiche solaire d'un couple adolescent enlacé avec ce titre Bang Gang (une histoire d'amour moderne) : une dualité synonyme de transgression mise en avant pour raconter autre chose derrière. Éva Husson est devenu du même coup le nouveau nom d'une réalisatrice à suivre dans le cinéma français.

Pendant la longue production de ce premier long-métrage, ce projet a mis quasi 7 ans à se concrétiser, Éva Husson affirmait son désir de devenir cinéaste : déjà en 2013 au Festival du moyen-métrage de Brive avait été remarqué son Those for whom it’s always complicated (50 minutes), une romance perturbée d’un trio dans un désert filmée avec un Canon 7D.

Éva Husson est originaire du Havre mais sa formation est passée par l'American Film Institute de Los Angeles. Elle est peut-être plus que d'autres imprégnée d'une double culture mêlant cinéma français et américain, tout en ayant aussi vécu à Madrid et à Puerto-Rico. Dans l'imaginaire du 7ème art, adolescence rime souvent avec fin de l'innocence: beaucoup de premiers films sont en fait des récits d'apprentissage.

Avec ce Bang Gang, c'est principalement un jeu collectif assimilé à une orgie d'étourdissement des sens : alcool, drogue, et sexe. Le point de départ du film était un fait divers américain avec beaucoup d'élèves d'un même lycée atteint en 1999 d'une infection sexuellement transmissible. L'impression laissée par le film est mitigée. Sa réalisation impressionne avec un délicat montage de jolis plans, belle musique, et la fraîcheur de ses interprètes. Le propos fait plus débat : "Elle n'a rien compris des adolescents de notre époque. Elle en dessine juste une caricature qui contentera des adultes dépassés et leur permettra de se conforter dans leurs préjugés", le débat est toujours ouvert.

Deux ans après la sortie en salles de Bang Gang, Éva Husson se retrouve propulsée en pleine lumière de la compétition du Festival de Cannes avec son second film Les Filles du Soleil. Avec Nadine Labaki (Liban) et Alice Rohrwacher (Italie), elle est l'une des femmes en lice pour la Palme d'or. Dans son nouveau film, les femmes ont les premiers rôles et prennent le chemin du combat : ces Filles du Soleil désignent un bataillon composé essentiellement de femmes kurdes engagées dans une offensive militaire, pour reprendre le contrôle d'une ville occupée par un groupe d'extrémistes. Golshifteh Farahani y est une commandante qui se remémore son passé d'otage en rencontrant Emmanuelle Bercot, une journaliste française venue quelques jours sur le terrain. Ce cadre géopolitique actuel donne déjà une tout autre dimension à ce film : un film de guerre, avec des femmes combattantes en première ligne.

Cette fois Éva Husson rencontrera sans doute une unanimité plus large. Et peut-être monter les marches jusqu'au palmarès ?

Cannes 2018: Qui est Antoine Desrosières ?

Posté par MpM, le 10 mai 2018

"Antoine Desrosières a réalisé deux courts métrages dans les années 80, deux longs métrages dans les années 90, a fait deux enfants dans les années 2000, et deux moyens métrages dans les années 2010". Ainsi Antoine Desrosières se présente-t-il (efficacement) dans le dossier de presse de son nouveau long métrage, A genoux les gars, sélectionné en section Un Certain Regard. Il y oublie tout de même son rôle de producteur délégué sur des films comme Villégiature de Philippe Alard ou Lisa et le pilote d'avion de Philippe Barassat.

Le réalisateur français, qui a commencé sa carrière au milieu des années 80 avec plusieurs courts métrages, signe donc son premier long en 1993. A la belle étoile, qui réunit notamment Mathieu Demy, Chiara Mastroianni et Julie Gayet, dresse le portrait d'un jeune homme de 17 ans à la recherche de l'amour, croisant le chemin de plusieurs femmes participant à son éducation sentimentale. Le film fut présenté au Panorama de la Berlinale 1994 ainsi qu'à l'ACID à Cannes. Sept ans plus tard, son deuxième long métrage Banqueroute, toujours avec Mathieu Demy, suit les aventures d'un courtier en Bourse qui a ruiné son entreprise. Il est en compétition officielle à Rotterdam et à nouveau à l' ACID.

Suivent René Bousquet ou le grand arrangement (2006), une fiction télé dont il écrit le scénario avec Pierre Beuchot, le moyen métrage Un bon bain chaud (2012) avec Benoit Forgeard et le documentaire Vanda Spengler aura ta peau (2014). En 2015, le moyen métrage Haramiste remporte le prix du public au festival Côté court à Pantin. C'est à l'occasion de ce film qu'Antoine Desrosières rencontre Souad Arsane et Inas Chanti, les interprètes et co-auteures d'A genoux les gars. Dans Haramiste, elle étaient deux sœurs de confession musulmane, voilées et pratiquantes, qui connaissaient différentes formes de tentations. Dans A genoux les gars, qui est inspiré d'un témoignage réel, elles sont à nouveau deux sœurs qui forment un quatuor parfait avec leurs petits amis respectifs, jusqu'au jour où les garçons manipulent la plus jeune pour obtenir une fellation.

La particularité du travail d'Antoine Desrosières est  de faire cinq à six fois plus de temps de répétition que de temps de tournage. Durant deux mois, le réalisateur passe ainsi en revue toutes les situations du film avec ses comédiens, en leur demandant de développer et d'improviser devant la caméra. Puis durant à nouveau deux mois, toute l'équipe répète les scènes écrites à partir de ces improvisations. Les acteurs et actrices restent ensuite libres de suggérer des ajouts jusqu'au dernier moment. De même, au début du projet, l'histoire n'avait pas de fin, et elle s'est écrite au fur et à mesure du cheminement collectif.

A genoux les gars s'annonce ainsi comme une œuvre captant avec justesse son époque, notamment dans le langage ultra-contemporain utilisé par les personnages, mais aussi comme un plaidoyer vibrant (mais humoristique) sur la question fondamentale du consentement. Forcément d'actualité.

Cannes 2018: la carte (du Festival) et les territoires (du cinéma)

Posté par vincy, le 7 mai 2018

Le Festival de Cannes - Sélection officielle, Quinzaine des réalisateurs, Semaine de la critique et Acid - est vraiment mondial comme on le constate avec notre carte. Hormis l'Océanie (dignement représentée par Cate Blanchett présidente du jury), tous les continents sont représentés. Il y a bien quelques gros trous (Amérique centrale, Moyen-Orient, Afrique de l'Ouest et du Centre, Scandinavie), mais la représentativité des cultures est bien présente avec 36 pays différents. 17 pays ne sont sélectionnés qu'à travers un seul film (Syrie, Liban, Kenya, Maroc, ...).

La France domine largement le classement avec 27 films toutes sections confondues. Les Etats-Unis (8), le Portugal et l'Italie (5 chacun), et la Chine (4) complètent le Top 5.

Derrière ce classement brut, il y a des tendances plus certaines. Par continent, l'Europe domine largement avec 29 films de 13 pays. Cette année, l'Asie (hors Proche et Moyen Orient) est aussi en force avec 15 films de 6 pays. Un Certain regard devance la compétition et la Quinzaine en nombre de pays sélectionnés.

Par sélections, la France domine chacune des sélections, révélant quand même un tropisme national. Le Portugal est à triplement l'honneur à l'Acid, les Etats-Unis et l'Espagne font un doublé à la Quinzaine, l'Argentine est deux fois élue à Un certain regard, alors quatre pays sont doublement sélectionnés en compétition: Japon, Italie, Etats-Unis et Iran.

Le charme discret de Stéphane Audran s’envole (1932-2018)

Posté par vincy, le 27 mars 2018

Elle était l'actrice chabrolienne par excellence. Stéphane Audran, née Colette Dacheville le 8 novembre 1932; s'est éteinte le 27 mars à l'âge de 85 ans. A l'affiche de deux films oscarisés (Le charme discret de la bourgeoisie, Le festin de Babette), Prix d'interprétation à Berlin (Les biches), à San Sebastian (Le boucher), aux Bafta britanniques (Le charme discret..., Juste avant la nuit) et César du meilleur second-rôle féminin (Violette Noziere), la comédienne était l'une des figures emblématiques du cinéma français des années 1960 et 1970.

Au delà de cette beauté (rousse, blonde ou brune selon les rôles) qui captait si bien la lumière, de ses yeux verts hypnotiques et de sa voix reconnaissable entre mille, elle avait un talent réel à composer des personnages éclectiques dans des univers souvent dramatiques, avec cette distance un peu froide qui lui était propre. ESi elle a tourné en 1959 avec Eric Rohmer, dans Le signe du lion, c'est bien sa rencontre avec Claude Chabrol (décédé en 2010) qui forgea son destin cinématographique. C'est Gérard Blain qui organisa le rendez-vous. Elle obtient alors un petit rôle dans Les cousins (1959). Chabrol et elle entament une relation amoureuse, qui sera fusionnelle à l'écran.Il lui fera tout jouer, séductrice, angoissée, calme, douce, criminelle... La bourgeoise idéale. Ensemble, ils tournent Les bonnes femmes, Les Godelureaux, L'œil du malin, Landru, Marie-Chantal contre le docteur Kha, La ligne de démarcation, Le scandale.... Pas souvent les meilleurs films du réalisateur, et souvent des échecs financiers. En 1968, avec Les biches, avec Jean-Louis Trintignant, reçoit un Ours d'argent à Berlin. Audran est enfin remarquée comme actrice et Chabrol renaît. Il l'enrôle ensuite pour La femme infidèle et surtout Le boucher, avec Jean Yanne (1970), film noir sous tension sur un amour impossible. Chabrol continue ainsi sa filmographie avec sa première muse (avant Huppert): Meurs filmographies semblent indissociables: La rupture, Juste avant la nuit, Les noces rouges, Folies bourgeoises, Les liens du sang, Violette Nozière durant les années 1970, puis plus sporadiquement ensuite avec Le sang des autres, Poulet au vinaigre, Jours tranquilles à Clichy, Betty et L'ivresse du pouvoir.

Stéphane Audran, épouse de Jean-Louis Trintignant dans les années 1950, en concubinage avec Claude Chabrol à partir de 1959 (et mère de Thomas Chabrol) avant de se marier puis de divorcer en 1980, a connu ses plus grands rôles quand elle s'est émancipée de son pygmalion. La comédienne a été à l'affiche de nombreux films moyens signés pourtant Jacques Pinoteau, Jean Delannoy, Philippe Labro... Mais avec les reconnaissances pour Les biches et Le boucher, son élégance et son magnétisme ont séduit Luis Bunuel (Le Charme discret de la bourgeoisie), une histoire de repas impossible entre notables. La gastronomie, thème chabrolien par excellence, va aussi être son porte-bonheur. Ce film lui ouvre les portes des grands cinéastes et du cinéma anglo-saxon. Dans les années 1970, elle tourne avec Orson Welles (dans l'inachevé The Other Side of the Wind, bientôt restauré et complété), Samuel Fuller (Un pigeon mort dans Beethoven Street, Au-delà de la gloire, Les voleurs de la nuit), une adaptation internationale d'un Agatha Christie (Dix petits nègres) et surtout Claude Sautet (Vincent, François, Paul… et les autres, où elle est la femme d'Yves Montand, qu'elle quitte).

Dans un registre plus populaire on la voit chez Michel Audiard et Georges Lautner, dans La cage aux folles 2 et 3. Ces vingt dernières années, elle apparaît dans des comédies oubliables comme Arlette, Belle-Maman, J'ai faim, Ma femme d'appelle Maurice... En 1981, elle retrouve Huppert, sa partenaire de Violette Nozière dans Coup de Torchon de Bertrand Tavernier, épouse de Noiret policier devenu assassin. Parmi les films qui ont marqué sa carrière, on note aussi Mortelle randonnée de Claude Miller, Les saisons du plaisirde Jean-Pierre Mocky, et La fille de Monaco d'Anne Fontaine, son dernier film il y a dix ans.

Mais Stéphane Audran s'est offert un chant du cygne somptueux, avec une autre grande bouffe, Le festin de Babette (1987) de Gabriel Axel. C'est sans doute son dernier grand rôle, mais aussi l'un des plus beaux. En cuisinière renommée fuyant une France répressive dans un Danemark austère, elle brille à la lumière des bougies, accomplissant des merveilles avec la nourriture: elle habite littéralement ce film, sélectionné à Cannes et oscarisé l'année suivante.

Ce qui plaisait chez Audran, c'était son jeu subtil, jamais dans l'effet ou la surdramatisation. Sa sincérité transperçait l'écran. Actrice discrète, elle revendiquait cette sobriété. Pas étonnant alors que ce démystificateur de Chabrol ait trouvé en elle toutes les facettes de la femme, qu'elle soit infidèle ou sans amour, vulgaire ou fatale, garce ou vulnérable. Honnête (et engagée), mal exploitée par le cinéma français, l'actrice restera l'une de ces incarnations d'une France en mutation, à la fois enracinée et libérée, classique et moderne, "pompidolienne" en quelque sorte.

Les nommés pour les prix Romy-Schneider et Patrick-Dewaere 2017

Posté par vincy, le 27 mars 2018

Le comité d’organisation des Espoirs du Cinéma français a révélé les comédiens nommés pour la 36e édition des prix Romy-Schneider et Patrick-Dewaere.

Pour le Prix Romy-Schneider, Laetitia Dosch (Jeune femme), Adeline d’Hermy (Maryline) et Camélia Jordana (Le brio, Cherchez la femme) sont en lice. Camélia Jordana semble favorite après son César du meilleur espoir féminin.

Pour le Prix Patrick-Dewaere, Nahuel Pérez Biscayart (120 battements par minute, Au revoir là-haut), Benjamin Lavernhe (Le sens de la fête), Vincent Macaigne (Le sens de la fête, Des plans sur la comète), et Finnegan Oldfield (Marvin ou la belle éducation, La promesse de l'aube) ont été sélectionnés. Là encore, Nahuel Pérez Biscayart part favori avec son César du meilleur espoir masculin.

L'an dernier, les prix avaient été décernés à Lou de Laâge et Vincent Lacoste. Le Prix Romy-Schneider a récemment récompensé Anaïs Demoustier, Bérénice Bejo, Céline Sallette, Adèle Exarchopoulos et Adèle Haenel. Le Prix Patrick-Dewaere a distingué ces dernières années Gilles Lellouche, JoeyStarr, Raphaël Personnaz, Pierre Niney et Reda Kateb.

5 films en lice pour le Prix France Culture Cinéma 2018

Posté par vincy, le 26 mars 2018

5 films ont été retenus par France Culture. Ils seront soumis au vote du jury étudiant. La présélection des 5 films se fait parmi les 60 films partenaires de la chaîne entre avril 2017 et mars 2018

Pour participer au jury du Prix France Culture Cinéma, il faut être scolarisé dans un établissement d’enseignement supérieur et envoyer une critique du film de votre choix avant le 1er avril 2018 minuit. Elle peut être sous forme écrite (1000 signes) audio ou vidéo (1 mn via un lien Viméo, Youtube, Dailymotion….), à comfranceculture@radiofrance.com.

La sélection:
- Les garçons sauvages de Bertrand Mandico (UFO Distribution)
- Félicité d’Alain Gomis (Jour2Fête)
- Le jeune Karl Marx de Raoul Peck (Diaphana Distribution)
- Une saison en France de Mahamat-Saleh Haroun (Ad Vitam Distribution)
- Mister Universo de Tizza Covi et Rainer Frimmel (Zeugma Films)

Le jury commencera à visionner les films à partir de début avril, et votera sur une plateforme avant le 24 avril 2018.

Créé en 2015, le Prix France Culture Cinéma des Étudiants a été décerné décerné jusque là à La jeune fille sans mains de Sébastien Laudenbach (2017), Toto et ses sœurs d’Alexander Nanau (2016), et Mange tes morts de Jean Charles Hue (2015).

Il sera remis le dimanche 13 mai au Festival de Cannes, tout comme le Prix France Culture Cinéma Consécration qui salue l’œuvre d’un grand cinéaste.

3 raisons d’aller voir La Belle et la Belle

Posté par vincy, le 14 mars 2018

Le pitch: Margaux, 20 ans, fait la connaissance de Margaux, 45 ans : tout les unit, il s'avère qu'elles ne forment qu'une seule et même personne, à deux âges différents de leur vie…

Une fantaisie "fantastique". Il y a quelque chose d'intriguant dès que l'on connaît le pitch. La rencontre entre une jeune femme et celle qu'elle deviendra est évidemment improbable. C'est surtout un sol fertile pour laisser pousser les bonnes répliques et les situations drôles. Les deux femmes ne sont qu'une seule et même personne, mais l'une ne sait pas quoi attendre de la vie quand l'autre sait trop bien ce que la vie lui a réservé. Hors du réalisme habituel des comédies à la française, plus proche d'un concept américain (Peggy Sue s'est mariée, Un jour sans fin, Freaky Friday abordent cette temporalité qui fait des siennes), La belle et la belle opte pour la confrontation entre deux personnalités dédoublées, normalisant complètement l'incroyable. Ainsi, en tombant amoureuse du même homme, Sophie Fillières se fiche finalement de ce "concept" et préfère explorer les sentiments éprouvés. L'amour est-il une fatalité? Déterminé d'avance? Toujours nouveau ou toujours un peu le même?

Des dialogues et du langage. Plus qu'une affaire d'image - le film ne révolutionne pas le genre - c'est une affaire de mots et de verbes, d'expressions et de tics de l'époque. C'est à travers ces cocasseries et ces incongruités des répliques que le spectateur lâche ses sourires. C'est fluide, rythmé, volubile, décalé. Tout y passe, des oxymores aux lapsus en passant par les bons mots. Ces mots, qui peuvent révéler des maux, servent de lien entre les gens mais aussi de codes pour savoir si le dialogue possible. Bref, c'est une reconnaissance sociale et humaine. C'est assez logique pour un récit qui nous renvoie, visuellement et littéralement, à un miroir: celui où la jeune Margaux se voit plus âgée et vice-versa. Miroir, mon beau miroir, dis moi ce que je serai dans 20 ans... dis-moi qui j'étais il y a 20 ans. Il y a forcément une mélancolie qui s'en dégage. Mais aussi un regard lucide qui se porte aussi bien sur la jeunesse que sur le passage du temps, et finalement sur ce temps perdu et les illusions qui vont avec.

Le sillon de Sandrine. Sandrine Kiberlain est l'actrice idéale pour ce projet. On l'a souvent vue rayonnante dans ces comédies qui se délectaient des mots ou se régalaient de leur absurdité. Après tout, elle a tourné avec Valérie Lemercier (Quadrille), Jeanne Labrune (C'est le bouquet!), Agnès Obadia (Romaine par moins 30), Jeanne Herry (Elle l'adore). Elle a su briller dans les univers de Laetitia Masson, Pascal Bonitzer, Pierre Salvadori, Marc Fitoussi, Serge Bozon, Albert Dupontel, Philippe Le Guay, ou Bruno Podalydès. Le rire peut-être noir, déjanté, acide, jaune, ou léger, elle sait le transmettre. Elle toujours eu à la fois ce don pour la fantaisie et cet amour pour la langue. Pas étonnant qu'elle soit idoine pour La Belle et la Belle. Elle a ce zeste de folie nécessaire pour rendre crédible cette histoire et ce savoir-faire indéniable pour y apporter toutes les nuances nécessaires.

3 raisons d’aller voir Les Etoiles Restantes

Posté par kristofy, le 7 mars 2018

Après quelques festivals, voilà enfin le film en salles de cinéma. Prix du public au Champs-Elysées Film Festival l'an dernier, Les Etoiles restantes signe le passage au long-métrage d'une petite équipe remarquée pour leurs courts, autour du réalisateur Loic Paillard.

Le pitch: Alexandre, trentenaire un peu paumé, décide de se lancer dans la vie active. Loris, son colocataire misanthrope, travaille sur une 'méthode universelle pour réussir sa vie' et Patrick, son père, décide d’arrêter sa chimiothérapie. Jusqu’ici tout va mal, mais c’est sans compter l’arrivée de Manon…

Les nouveaux espoirs du cinéma français : Vus dans des courts-métrages et des séries télé - et on voudrait les (re)voir davantage au cinéma - les comédiens Benoît Chauvin, Camille Claris et Jean Fornerod (dans le rôle du père), brillent de mille feux et révèlent une fraîcheur et un talent réjouissants. Benôit Chauvin avait déjà tourné deux courts avec Loïc Paillard, et a reçu un prix d'interprétation au festival de Bridges en Grèce pour ce rôle. Camille Claris a été du casting de Respire de Mélanie laurent et primée à Cabourg (En douce) et à Séries mania (Clash). Jean Fornerod est un habitué des films d'André Téchiné et tourne des web-séries comme Marc va pécho. Sylvain Mossot a décollé avec la série Chérif. Et Marica Soyer, fidèle des réalisateurs Alexis Michalik et Théo Courtial, a également été récompensée au festival de Bridges en Grèce pour ce rôle.

Une mélancolie poétique : le film s'attachent à de vastes thèmes: réussir sa vie, aborder la mort, trouver sa place, rencontrer l'amour... mais tout en parvenant à rester léger et rafraîchissant. De l’ironie dans l’humour, de l’émotion dans la gravité, quelques dialogues presque surréalistes, et des musiques bien amenées aux bons moments. On y entend aussi par exemple l'émouvante chanson We might be dead tomorrow de Soko et le poème Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent de Victor Hugo chanté en slam.

Un film générationnel au pluriel : l'histoire est surtout axée sur une relation filiale compliquée avec un jeune trentenaire marqué par une rupture amoureuse. Il va se rapprocher de son père veuf, qui décide d'arrêter un traitement de chimiothérapie. Au même moment une jeune femme va enjoliver et bousculer leur quotidien… Le film va particulièrement "parler" aux trentenaires mais aussi aux jeunes comme aux moins jeunes, aux garçons comme aux filles, aux romantiques comme aux solitaires, aux parisiens comme aux bretons, à vous en fait. Surtout si vous avez été touchés par Nos vies heureuses de Jacques Maillot, ou Osmose de Raphaël Fejtö, ou Comme des frères de Hugo Gélin...