Halloween en restant à la maison avec Little Monsters et Girls with balls

Posté par kristofy, le 31 octobre 2019

C'est la fête d'Halloween! Si vous allez au cinéma avec votre déguisement le plus mortel vous aurez le choix entre Retour à Zombieland (suite en forme de remake de Bienvenue à Zombieland) ou Doctor Sleep (remake en forme de suite de Shinning). Si vous préférez plutôt manger plus de bonbons et de pizza avec différents breuvages "citrouillés" en compagnie d'amis, autour du canapé pour une soirée cinéma, c'est l'une des rares occasions où nous pouvons recommander des films en streaming plutôt que de sortir au ciné.

Voici une suggestion de programme Grindhouse avec 2 films à découvrir chez soi, du cinéma d'horreur qui fait peur mais pas trop et qui fait plutôt rire, parfait donc Halloween...

LITTLE MONSTERS, en e-cinéma :
Le pitch halloweenesque : Dave est un apprenti musicien raté, un presque trentenaire immature et irresponsable, un mec qui se fait larguer par sa copine et qui va devoir squatter sur le canapé de sa soeur déjà maman d'un petit garçon (bref un looser comme on aime). Dave va devoir rendre service et s'occuper de son neveu : ne pas lui montrer des jeux-vidéo violents, faire attention à ses allergies alimentaires, l'emmener à l'école maternelle, bref que des trucs d'adulte vraiment compliqués pour lui. Il découvre que l'institutrice Miss Caroline est très charmante alors comme un idiot il se porte volontaire comme accompagnateur pour une sortie scolaire éducative dans une ferme à découvrir des animaux. Se retrouver à gérer une vingtaine d'enfants en plus de son neveu ressemble à un cauchemar mais si il faut en passer par là pour séduire l'institutrice... Aux environ de cette ferme il y a une base militaire où se déroule un grave incident, grave au point qu'une épidémie de centaine de zombies avides de chair humaine seront autour d'eux . Face à cette invasion de zombies qui mangent des gens il va falloir éviter que les enfants aient trop peur et essayer de les sauver...

Little Monsters de l'australien Abe Forsythe avait fait le buzz en janvier lors du festival de Sundance. Il a ensuite été compétition au célèbre BIFFF (le festival fantastique de Bruxelles), où il a gagné la plus haute récompense le Corbeau d'or. Aux Etats-Unis la sortie du film a comviné une sélection de salles de cinéma et une sortie en vàd sur la plateforme Hulu. En France Little Monsters était à découvrir en avant-première dans certaines salles de cinéma (du réseau CGR) le 18 octobre, mais il sort officiellement ce 31 octobre en e-cinéma, à temps pour Halloween !

Pour les nostalgiques de comédie horrifique bourrée de gags et plein de zombies façon Shaun of the dead, voila enfin un film qui reprend le flambeau de l'humour geek : Little Monsters contient de multiples références à la pop culture, comme Dark Vador et Taylor Swift. Surtout ce film offre un rôle surprenant à la star Lupita Nyong'o (Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour Twelve Years a Slave, puis à l'affiche de Black Panther de Ryan Coogler et de Us de Jordan Peele), qui se révèle ici irrésistible de charme et de drôlerie en tant qu'institutrice qui doit toujours garder son sang froid pour amuser les enfants alors qu'ils sont entourés de zombies affamés. Little Monsters est une 'big hearted zombie comedy' et simplement le nouveau film idéal pour débuter une soirée cinéma Halloween...

GIRLS WITH BALLS, sur Netflix :
Le pitch halloweenesque : Une équipe féminine de volley qui est meilleure à se disputer dans le bus qu'à marquer des points sur le terrain et leur entraineur se perdent dans une forêt. La seule auberge du coin est d'autant plus louche qu'elle rassemble une bande de chasseurs amateurs de viande douteuse : la bande de nanas en petits shorts va devenir leurs proies. Elles vont devoir essayer enfin de faire preuve de cohésion ensemble et d'esprit d'équipe pour éviter de ne pas toutes mourir...

Girls with balls est un premier film français de Olivier Afonso, connu pour être le spécialiste des maquillages sanglants et effets spéciaux de quantité d'autres films comme Grave de Julia Ducournau, ou Le Daim de Quentin Dupieux, Zombi Child de Bertrand Bonello, Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez, Rock'n roll de Guillaume Canet, et surtout de la plupart des films de genres français (Frontère(s), Mutants, Vertige, La Horde, Livide, Goal of the dead, La nuit a dévoré le monde...). Il a donc une expertise dans les blessures mortelles et autres carnages physiques. Girls with balls devait sortir en salles après quelques festivals (fantastique à Paris, comédie à l'Alpe d'Huez) mais un problème de distributeur en difficulté fait que le film s'est retrouvé sur Netflix : c'est donc sur cette plateforme qu'il faut le découvrir.

Olivier Alfonso réalise ici son premier film, une comédie horrifique telle qu'on n'en a plus vu depuis Severance (de Christopher Smith), avec une équipe de volleyeuses traquées par des chasseurs, guidés par l'inquiétant Denis Lavant. Le film est d'autant plus "séduisant" qu'il réunit une bande d'actrices qu'on voit trop peu et qui trouvent ici chacune plusieurs séquences pour briller : Manon Azem, Louise Blachère, Tiphaine Daviot, Margot Dufrene, Anne-Solenne Hatte, Camille Razat, Dany Verissimo. L'autre bonne surprise est justement que Girls with balls est à sa manière féministe : des héroïnes qui se défendent contre des pervers. C'est un peu violent mais aussi très drôle, parfait pour terminer Halloween...

3 raisons d’aller voir Tous les dieux du ciel de Quarxx

Posté par kristofy, le 15 mai 2019

Le pitch : Simon, trentenaire, travaille à l’usine et vit reclus dans une ferme décrépite. C’est un homme solitaire, en charge de sa sœur Estelle, lourdement handicapée à la suite d’un jeu qui a mal tourné dans leur enfance. Malgré ses remords et l’agressivité du monde environnant, Simon garde au plus profond de sa chair le secret espoir de sauver sa sœur en la libérant de la pesanteur terrestre. Et si leur salut venait des cieux ?

On avait déjà pu voir le court-métrage de Quarxx Un ciel bleu presque parfait, avec une ambiance étrange et quelques scènes qui mettait mal à l’aise, et même un final où on pouvait douter de ce qui était réel ou pas… Ce court était tellement riche qu’il y avait matière à un long-métrage. C’était d’ailleurs l’intention de Quarxx : trouver des financements pour un long. Le film est maintenant en salles ce 15 mai 2019, avec quelques variations et des ajouts de personnages. Tous les dieux du ciel est une perle rare qui va vous bousculer.

Un film français détonnant
Les personnages ont des ‘gueules’ de terroir; les décors que sont la maison entourée de champs, l'usine, le garage illustrent une ruralité qui change des comédies parisiennes dans des appartements huppés. Le films est porté par un Jean-Luc Couchard, habité par son personnage : il nous avait habitués à ses rôles de Belge rigolo et expansif, mais ici il se 'DanielAuteuilise' en livrant une interprétation surprenante de taciturne, entre ruminements intérieurs et accès de colère. Tous les dieux du ciel parvient à explorer plusieurs univers. C'est autant un polar campagnard qu'une possible proposition de fantastique et surtout une tragédie familiale. Un film qui joue sur autant de registres n'a pas été vu depuis longtemps...

Entre trauma et culpabilité...
La racine de l'histoire est un jeu d'enfance qui a provoqué un tragique accident entre un frère et sa sœur. Celle-ci devenue adulte en est restée handicapée dans un état presque végétatif et défigurée. Mélanie Gaydos est celle qui parle le moins mais qui en dit le plus tout le long du film ; son visage si particulier hante son frère et perturbe tout le monde, à commencer par le spectateur. La jolie idée du scénario est d’ailleurs qu’un seul personnage en particulier ne voit pas son apparence comme un handicap, une fillette du voisinage. Qu'il s'agisse de cette sœur alitée, de la fillette qui ne semble pas être à sa place, de l'assistante sociale de passage; les personnages féminins sont tous à divers degrés victimes de la brutalité des hommes...

À la frontière entre folie et imaginaire
Tous les dieux du ciel intrigue, interroge, bouscule comme aucun film ne l'a fait depuis des lustres, peut-être depuis le fameux Calvaire de Fabrice Du Welz en 2004. Quarxx, dont c'est le premier film, développe une imagerie forte, en particulier avec cette femme qui semble presque monstrueuse alors que le véritable monstre se cache dans l'esprit de son frère. Il ose en particulier se confronter au fantastique avec l'attente de possibles êtres venus d'ailleurs. Tout le film est rempli de diverses confrontations avec les autres : le psychiatre, les services sociaux, le voisin du champs, et surtout le passé trop lourd à supporter. Tous les dieux du ciel se révèle être un film plein d'audaces, tant visuelles et narratives, qui prend le risque d'un rare mélange des genres, entre drame et fantastique.

BIFFF 2019 : Corbeau d’or pour Little Monsters, avec Lupita Nyong’o

Posté par kristofy, le 22 avril 2019

Durant une douzaine de jours, le Bruxelles International Fantastic Film Festival est devenu le Brussels Insane Fuckin' Film Festival, soit une 37e édition du BIFFF qui a présenté un large panorama des productions fantastiques du moment. Avec près d'une centaine de films; dont 10 avant premières mondiales, 11 avant premières internationales et 10 avant premières européennes; c'était le rendez-vous pour découvrir ou revoir autant les plus gros films comme Iron Sky 2 de Timo Vuorensolat avec Udo Kier (qui a reçu un Hommage du festival) en leur présence, Take Point de Kim Byung-woo, venu aussi, SuperLopez en compagnie de Javier Ruiz CalderaHellboy de Neil Marshall, Bodies at rest de Renny Harlin,  Chasing the dragon avec Donnie Yen et Andy Lau, des films catastrophes nordiques, le phénomène One cut of the dead, et même The Beach Bum de Harmony Korine...

Le BIFFF c'est beaucoup d'avant-premières mais aussi plusieurs jurys pour différentes sélections. Pour la compétition internationale le jury présidé par Steve Johnson (célèbre artisan des effets-spéciaux), accompagné des réalisateurs Na Hong-jin et Christian Alvart, les acteurs Yoann Blanc et Darko Peric, s'est concentré sur 9 films: leur tâche se résuma à départager les favoris du public qui étaient en fait les mêmes pour eux aussi avec un film prévisible en haut du podium. Les meilleurs films étaient Little Monsters de Abe Forsythe d'abord et The Pool de Ping Lumprapleng, suivis en challenger de poids par Freaks de Adam B. Stein & Zach Lipovsky et Extra Ordinary de Mike Ahern & Enda Loughman, et c'est logiquement ce que reflète le palmarès. Little Monsters reçoit et c'est mérité le Corbeau d'or, Freaks est Corbeau d'argent, The Pool a une mention spéciale du jury et le Prix de la Critique, et le phénomène One cut of the dead qui nous arrive en salles ce mercredi 24 avril est Prix du Public.

Compétition internationale
- Corbeau d’Or, Grand Prix: Little Monsters de Abe Forsythe (Australie)
- Corbeau d’Argent ex aequo: Freaks de Adam B. Stein & Zach Lipovsky (Etats-Unis)
- Corbeau d’Argent ex aequo: Extra Ordinary de Mike Ahern & Enda Loughman (Irlande)
Mention spéciale de Steve Johnson, président du jury : The Pool de Ping Lumprapleng (Thaïlande)

Le palmarès des autres sections
Prix du public: One cut of the dead de  Shin’ichirô Ueda (Japon)
- Méliès d’Argent: I'm back de Luca Miniero (Italie)
- Prix Thriller: Door Lock de Kwon Lee (Corée du Sud) + mention spéciale: Brother's Nest de Clayton Jacobson (Australie)
- Prix du 7e Parallèle: Werewolf by Adrian Panek (Allemagne) + mention spéciale: Cities of Last Things de Wi Ding Ho (Taïwan)
- Prix de la Critique: The Pool de Ping Lumprapleng (Thaïlande)

C'est donc Little Monsters de de Abe Forsythe qui s'est imposé comme le favori, le film représente une sorte de 'feel-good black comedy' avec des zombies dans un parc pour enfants et en vedette Lupita Nyong'o. L'histoire est aussi simple que drôle : Alexander England est un trentenaire qui se dispute avec sa fiancée. De nouveau seul il échoue sur le canapé de sa soeur qui a un petit garçon. Lui qui était plutôt irresponsable et sans travail est forcé de découvrir enfin le monde des adultes et des familles à travers son petit neveu de 5 ans qui a des allergies alimentaires. Mais surtout il rencontre sa jolie maîtresse d'école, incarnée par Lupita Nyong'o. La classe de maternelle organise une sortie dans un parc pour enfants avec des animaux ; il s'improvise accompagnateur, prêt à endurer le cauchemar d'une quinzaine de gamins, pour séduire l'institutrice. Le cauchemar sera tout autre : le parc se retrouve envahi par une centaine de zombies !  L'institutrice va s'efforcer le plus longtemps possible de faire croire au enfants que tout cela n'est qu'un jeu pour ne pas les traumatiser: mais en plus des zombies, il y a en plus des gros mots, du sang, des armes... Little Monsters est irrésistible en terme de d'humour (un peu façon Shaun of the dead) tout en respectant les codes du genre zombies (qui sont lents comme ceux de George Romero, en plus des gens dévorés...), ponctué de références pour les geeks (avec des jeux-vidéo, Dark Vador...), etdes chansons qui font partie de l'histoire (au ukélélé 'Shake it off' de Taylor Swift pour distraire les enfants des zombies qui essaient de rentrer dans leur abri, 'Sweet Caroline' de Neil Diamond en guise de déclaration d'amour), et bien sûr une possible romance avec des quiproquos. Bref, tous les ingrédients sont rassemblés pour un film très efficace, spectaculaire et drôle.

Le film compte avec la présence de la star Lupita Nyong'o qui avait reçu l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour Twelve Years a Slave et à l'affiche des gros succès Black Panther de Ryan Coogler et Us de Jordan Peele, à noter que ici c'est la première fois qu'elle est le personnage principal d'un film pour un rôle qui n'était pas prédestiné à une femme noire.

Little Monsters avait été d'abord découvert par le festival de Sundance fin janvier. Aux Etats-Unis la sortie est prévue pour une combinaison de salles de cinéma et d'une diffusion via la plateforme de streaming Hulu). Pour une sortie en France reste à croiser les doigts...

BIFFF 2019 : les films catastrophe, nouvelle tendance du cinéma scandinave

Posté par kristofy, le 20 avril 2019

Pour les films fantastiques, on peut reconnaître une région du globe à certaines spécificités : torture psychologique, humour sarcastique, bagarre à coups de marteau... au Japon, en Espagne, en Corée du Sud.

Les pays nordiques, en dehors des best-sellers littéraires, semblaient plus méconnus. Leurs films fantastiques sont plutôt signés de grands cinéastes reconnus dans les Festivals: Lars Von Trier (Mélancholia, The house that Jack built…) et Nicolas Winding Refn (Valhalla Rising, The Neon demon…) du Danemark, Andre Ovredal de Norvège (The Troll hunter, The Jane doe identity), Tomas Alfredson de Suede (Morse), Timo Vuorensola de Finlande (Iron Sky)…

Cette année, le BIFFF a programmé 7 films de cinéastes nordiques avec tueurs, zombies, odyssée spatiale et une série de films catastrophes à glacer le sang. Revue de détails pour 3 d’entre eux vraiment remarquables, et que vous pouvez déjà découvrir :

The Quake, de John Andreas Andersen, Norvège.

Le film The Wave était dans certains top 10 des meilleurs films de l’année 2016 (son réalisateur norvégien Roar Uthaug a été appelé à Hollywood pour réaliser le nouveau Tomb Raider). C’était d’ailleurs tellement bien que l’équipe en a fait cette suite réalisée par John Andreas Andersen. Après le tsunami en bordure d’une côte à Geiranger et ses 248 morts, cette fois c’est carrément un tremblement de terre dans la capitale, qui sera évidemment pire ! Encore une fois les effets spéciaux des catastrophes naturelles sont épatants, mais surtout ils sont au service de l’histoire : un géologue qui calcule les risques de cataclysme et qui craint de les voir survenir quand personne n’y croit. A Oslo, bien qu’ une faille sismique soit tout de même surveillée sans aucune alerte depuis 1904, il n'y a apriori aucun risque.

The Quake débute quelques années après l’autre film, on (re)découvre le héros solitaire et séparé de sa famille car il ressasse encore le traumatisme du tsunami, quand un collègue trouve la mort dans un tunnel de Oslo. Il y a bien un énorme tremblement de terre imminent mais sa femme et sa fille se trouve dans un immense building, le temps d’aller les chercher et c’est le piège qui s’effondre en étant à l’intérieur… Le seul reproche de ce film est qu’il soit centré uniquement sur cette famille en danger, quand l’autre donnait plus à voir une communauté de voisins en péril. Si avec The Wave on avait eu le souffle coupé, c’est le cœur qui s'arrête pour The Quake avec cet homme qui va tout faire pour sauver encore une nouvelle fois femme et enfants. (malheureusement pas de sortie en salles, disponible en e-cinéma)

The Unthinkable, du collectif Crazy Pictures, Suède

Dans beaucoup de films catastrophe, il y a toujours une histoire d’amour. Dans The Unthinkable on a ainsi un film d’amour dans une histoire de catastrophe. C’est l’œuvre de Crazy Pictures qui est un collectif de 5 Suédois qui ensemble s’occupent de l’écriture, la production, la réalisation, les effets spéciaux… C’est peut-être d’ailleurs parce que le film a été conçu à plusieurs mains qu’il raconte en fait 2 grandes histoires d’amour manquées et parallèles : celle du héros qui n’est pas parvenu à se déclarer à une fille qu’il retrouve douze années plus tard, et celle du héros en rapports conflictuels avec son père durant sa jeunesse auquel il va se confronter.

On verra que c’est autant compliqué de se rapprocher que de s’éloigner de qui on voudrait alors que dans le pays se déroule une vaste et mystérieuse attaque qui provoque à la fois des accidents de voitures, des coupures de courant, la mort de militaires et la disparition du gouvernement ! Le père entre dans une paranoïa d’agents étrangers tandis que la fête du solstice d’été est peut-être l’occasion pour le fils de reconquérir sa femme idéale. Mais des hommes armés et des hélicoptères en action vont tout perturber… The Unthinkable, étonnant à plus d’un titre, est logiquement sélectionné dans chaque festival fantastique comme Sitges, Paris, Gerardmer, et donc enfin le Bifff à Bruxelles. (il est désormais disponible depuis le 3 avril en dvd et blu-ray, édité par Wild Side)

Cutterhead, de Rasmus Kloster Bro, Danemark

En plein Copenhague, il y a un vaste chantier en cours. En fait, il s’étend loin en profondeur puisqu’il s’agit de percer des nouveaux tunnels pour un métro. Rie est une femme chargée d’y passer une journée à documenter les travaux avec des photos, elle descend alors dans les entrailles de la terre et y découvre dans des passages étroits le travail pénible de tunnelier. La plupart des ouvriers ne parlent pas danois ni même à peine anglais: il y a Ivo d’origine croate qui rentre chez lui une semaine par trimestre et Bharan qui a fuit l’Erythrée et qui a une lourde dette envers sa famille. Ces trois personnages vont se retrouver coincés - après une alarme incendie - dans un réduit de quelques mètres : la chaleur augmente, l’oxygène baisse, pas de nourriture, et l'incertitude d'une éventuelle intervention des secours…

Cutterhead débute presque comme un documentaire social pour très vite devenir une catastrophe oppressante et claustrophobe. Dès l’enfermement, c’est filmé au plus près des visages avec un soin particulier sur les sons extérieurs. L’angoisse et la peur gagnent en même temps les protagonistes et les spectateurs. Au fur à mesure que le temps passe, le désespoir l'emporte et les chances de survie s'amoindrissent. Il va falloir lutter pour soi et peut-être même contre les autres. Avec ce film, danger de suffocation…

BIFFF 2019 : Hellboy, le reboot raté de Neil Marshall

Posté par kristofy, le 15 avril 2019

Dans l’univers des super-héros (Superman, Batman, Wonder-woman…) et des héros moins super (Kick-ass, Deadpool, Shazam…) luttant pour le bien, il y en a un dont la naissance même vient du mal : Hellboy, le garçon de l’enfer. Son origine est connue et rappelée dans chaque histoire (qu’il s’agisse de la bande-dessinée ou d’une adaptation en film) : c’était un petit garçon mi-démon à l’apparence rouge d’un diable, issu d’une expérience ésotérique de nazis, qui, au lieu d’être tué, a été élevé par un homme travaillant dans le secret pour un Bureau Paranormal. Hellboy est maudit par la nature de son apparence mais doué d’une très grande force, et participe à diverses missions de lutte contre des créatures malfaisantes…

Hellboy, par Guillermo del Toro

Le mélange entre part d’humanité chez un monstre et part de monstruosité chez les humains, c’est tout l’univers de Guillermo del Toro. En toute logique, il a réalisé l’adaptation ciné Hellboy en 2004 suivi de Hellboy 2, les légions d'or maudites. Les deux films sont visuellement une belle réussite et les scénarios respectaient l’essence du personnage de la bande-dessinée : un diable au service des hommes mais condamné à une existence cachée des autres. Le point faible des films était en particulier les dialogues avec un humour adolescent et certaines situations du scénario où on était plutôt proche d’une ambiance Men in black : bref presque des contes grand-public. Réaliser un troisième épisode était difficile puisque le héros Hellboy et l’incendiaire Selma Blair allaient devenir parent et fonder une famille… Soit ce personnage n’apparaissait plus au cinéma, soit on en faisait un reboot en recommençant tout : nouvel acteur, nouveaux amis, nouvel univers avec une nouvelle équipe. Au revoir donc Guillermo del Toro et l’acteur Ron Perlman. En 2019 voici donc un nouveau Hellboy !

Le nouveau Hellboy, par Neil Marshall

Le Hellboy version Neil Marshall (qui sortira en France le 8 mai) est porté par l’acteur David Harbour (bien choisi, le shériff de la série Stranger Things). Ce nouveau film est basé sur diverses aventures de l’auteur Mike Mignola déjà dessinées (surtout The wild hunt et The stormand the fury). L’orientation principale est de dépasser justement le côté gentillet et amusant grand-public. Ce nouveau Hellboy n’est pas vraiment pour les enfants de moins de 16 ans : la principale différence est du côté des combats, plus nombreux, plus violents, avec cette fois du sang qui gicle. Neil Marshall connu pour avoir été très bon dans la peur en intérieur (Dog sodiers, The Descent) s’est depuis déchainé pour des grandes batailles épiques (Doomsday, Centurion, quelques épisodes de Game of Thrones), et c’est son expertise de grosse fantasy spectaculaire que l’on voit ici (sans aucune subtilité). Mais, comme on l'écrit dans notre critique, "Faire gicler du sang ici et là et offrir au spectateur un dilemme qui pourrait être résolu en moins d’une heure ne suffit pas".

On change de continent dans ce film puisque Hellboy est envoyé en mission en Angleterre. Une séquence d’introduction nous raconte même un lointain passé avec le roi Arthur, son épée Excalibur, Merlin qui avaient vaincu et découpé les membres de la maléfique Reine de sang Nimue. En fait, aidée de plusieurs géants, Nimue - Milla Jovovitch, toujours ensorceleuse, elle en fait parfois des caisses mais contre toute attente, cela fonctionne - revient à la vie en 2019 bien décidée à se venger en faisant surgir une horde de monstres pour détruire les humains… On nous racontait la même chose avec les pharaons dans les diverses Momies. Hellboy et ses nouveaux amis britanniques (forcément cosmopolites avec Sasha Lane et Daniel Dae Kim) auront fort à faire, ça va cogner et trancher sévère.

Un film bourrin qui fait flop

Durant les 121 minutes de films il y a tout de même quelques longueurs, des flashbacks malvenus et quelques séquences improbables (esprit mort qui sort d’une bouche de voyante, le personnage Baba Yaga) mais on en retient ses multiples combats. Ce nouveau film est particulièrement bruyant et tonitruant avec plusieurs séquences épiques (même la ville de Londres sera dévastée). Ce nouveau Hellboy est particulièrement bourrin, mais propose tout de même une part de légère nuance : « la réponse à une menace n’est pas forcément la destruction ».

Histoire sans intérêt, ratage complet, le film est devenu une catastrophe industrielle ce week-end aux Etats-Unis. Le budget de 50M$ sera difficilement amorti puisqu'en trois jours, le film, prévu pour prendre le leadership du box office, a finit 3e avec à peine 12M$ de recettes. Le premier avait rapporté 23M$ et sa suite 34M$. C'est dire l'échec.

BIFFF 2019 : l’Espagne a son super-héros avec SuperLopez

Posté par kristofy, le 15 avril 2019

Le réalisateur Javier Ruiz Caldera est populaire en Espagne, mais aussi à Bruxelles en tant que fidèle du BIFFF. Du côté françai,s on est un peu à la traine côté distribution de ses films (comme pour de nombreux cinéastes espagnols d’ailleurs). En 2003 le Festival était surpris par sa comédie fantômatique Ghost Graduation :  il y rempote le Grand Prix (ce qui est plutôt rares pour une comédie) doublé du Prix du Public. Il y est revenu en 2006 avec Spy Time qui lui a valu encore une fois le Prix du Public. Cette année, il est l’un des favoris, une fois de plus, avec son SuperLopez.

Sur une planète lointaine où règne un dictateur, deux scientifiques ont conçu un bébé avec des super pouvoirs qui pourrait être une arme pour le contrer. Pour le cacher, ils l'envoient vers la Terre. Le dictateur réplique en envoyant sa propre fille qui doit capturer et neutraliser ce bébé. Cependant la capsule du bébé est accidentellement déviée vers l’Espagne où elle tombe dans un petit village. Les Lopez, un couple de garagistes, vont adopter cet enfant un peu particulier. Voila pour l’ouverture du film, 30 ans plus tard, il est devenu un employé de bureau. Il cache ses quelques pouvoirs de rapidité et de force et voit débarquer une nouvelle collègue, qui lui plaisait à l’université. Un problème de métro sans frein l’incite à intervenir pour la première fois comme super-héros, et il est désormais repéré par ceux qui le cherchaient depuis longtemps…

Les première minutes du film SuperLopez évoque un peu Superman, puis on bascule très vite dans l’univers habituel et rigolo de Javier Ruiz Caldera : c’est encore une fois un anti-héros qui devient un héros presque malgré lui, avec les complications que ça engendre vis-à-vis de ses proches. L’acteur Dani Rovira incarne ce héros qui doit gérer une vie secrète (comme dans Ghost Graduation et Spy Time), Alexandra Jimenez hérite du rôle de la fiancée avec du caractère, et c’est la géniale Maribel Verdu qui joue ici la méchante (elle est aussi l’héroïne de Crime Wave au BIFFF). L’histoire s’amuse autant avec des quiproquos romantiques (il y a un triangle amoureux) qu’avec la figure d’un super-héros espagnol que personne n’imagine croyable ("il va combattre quoi, la ponctualité ?"), tandis que la planète même serait menacée…

Pour Javier Ruiz Caldera,  "Le film s’inspire de la bande-dessinée SuperLopez mais ne se veut pas être en compétition avec elle, ce n’est pas une traduction de la BD mais beaucoup plus une adaptation très libre du personnage. Dans la BD on le découvre quand il a déjà 30 ans, pour le film on a décidé avec mes scénaristes de commencer par sa naissance et son origine, on a totalement inventé un passé à ce personnage. On a glissé dans le film notre humour à propos de certains clichés de l’Espagne, et puis des choses qui me sont plutôt personnelles. Par exemple pendant un tournage ma mère me demande si j’ai assez mangé, certaines choses de la mère dans le film viennent de ma maman. Je me suis aussi demandé qui avait fait le costume de super-héros et c’est donc la mère de SuperLopez qui le lui a fait."


"On voulait surtout développer le personnage qui dévoile ses pouvoirs avec ses rapports à sa famille et à ses amis, sans porter l’accent sur une accumulation de scènes d’action. Evidemment, on n’avait pas le budget pour en faire des dizaines mais on a pu faire plusieurs grosses séquences d’action qui sont très spectaculaires et un peu drôles aussi. Il y a quelques plans qui sont un hommage direct au film Superman. Superman dans la vie c’est un peu un loser mais quand il met son costume et sa cape c’est un vrai super-héros, SuperLopez même avec le costume il reste un peu un loser. En Espagne SuperLopez a eu du succès et on a même gagné un Goya pour les effets spéciaux, ça m’a fait plaisir que ce film reçoive un Goya. » En remportant ce Goya, Lluís Rivera & Laura Pedro, c'est aussi la première fois qu'une femme superviseur des effets visuels est récompensée dans cette catégorie technique, à 28 ans.

A la dernière cérémonie des Goya (les César espagnols) SuperLopez avait reçu deux autres nominations (meilleur scénario adapté, meilleure direction artistique). Pour découvrir le film en France il faudra se tourner vers Netflix

BIFFF 2019 : hommage à Udo Kier, prince du fantastique

Posté par kristofy, le 11 avril 2019

udo kier © ecran noir

Cette année le BIFFF rend hommage à l’acteur Udo Kier, dont le hasard de la programmation fait qu’il est au générique de quatre films du festival cette année.

Il a les yeux d’un bleu revolver et un regard qui tue, son visage est inquiétant malgré lui, alors il en a joué pour incarner divers personnages de monstre, de savant fou, de tueur : c’est ce qui explique que l’on retrouve son nom dans environ 200 films. Il s’est fait connaître dans sa jeunesse pour des rôles de vampire et la tendance du moment est aux rôles de nazi. Udo Kier est celui qui joue souvent un tortionnaire dans des dizaines de films fantastiques.

Le parcours de Udo Kier est émaillé de rencontres importantes avec certains réalisateurs dramatiques, mais c’est le cinéma fantastique qui le fera connaître dans des films plus populaires. Udo Kier se fait remarquer devant les caméras de Paul Morrissey déjà comme vampire (Chair pour Frankenstein en 1973, Du sang pour Dracula en 1974), puis dans divers rôles pour Rainer Werner Fassbinder (La troisième génération en 1979, Lili Marleen en 1981, Lola une femme allemande). Ensuite il devient ami avec Lars Von Trier qui le fait apparaître dans 8 films (de Epidemic à Nymphomaniac vol.2 en passant par Breaking the waves, Dancer in the dark, Manderlay…), et c’est Gus Van Sant qui le fait tourner (My own private Idaho en 1991, Even cowgirls get the blues en 1993). Dès lors l’acteur européen s’installe aux Etats-Unis et va participer à certains gros films portés par les plus grosses vedettes…

En ce qui concerne le fantastique en général Udo Kier se retrouve donc aux génériques de Histoire d'O de Just Jaeckin, Suspiria de Dario Argento, Ace Ventura détective pour chiens et chats avec Jim Carrey, Johnny Mnemonic avec Keanu Reeves, Barb Wire avec Pamela Anderson, Armageddon de Michael Bay, La Fin des temps avec Arnold Schwarzenegger, BloodRayne de Uwe Boll, Halloween de Rob Zombie, Brawl in Cell Block 99 de S. Craig Zahler, Iron Sky de Timo Vuorensola…

C’est justement pour la suite en avant-première Iron Sky: The Coming Race - en présence du réalisateur Timo Vuorensola - que Udo Kier a été fait Chevalier de l’ordre du Corbeau, l’hommage du BIFFF. Outre cet évènement le festival fait découvrir avec lui les films American animals, le fameux Dragged Across Concrete de S. Craig Zahler (applaudi déjà aux festival de Venise et de Beaune, avec Mel Gibson en tête d’affiche) et Puppet Master: The Littlest Reich (d’ailleurs scénarisé aussi par S. Craig Zahler).

Hitler sur un dinosaure

Iron Sky doit sa renommée surtout pour la première moitié du film : en 2011 des américains qui reviennent sur la Lune y découvre sur sa face cachée une base secrète de nazis, et ces nazis de la Lune vont attaquer les nations terrestres, la guerre aura aussi lieu dans l’espace. Ce film complètement fou aux décors incroyables et plein de dérision politique se terminait quasiment dans une guerre nucléaire qui dévastait la Terre. Les quelques survivants de l’humanité ont dû trouver refuge sur la colonie de la Lune. C’est là, environ 20 ans plus tard, que débute cette suite Iron Sky: The Coming Race : un vaisseau russe arrive plein de réfugiés et avec eux l’infâme Wolfgang toujours vivant… Cette suite est deux fois plus folle, Udo Kier qui endosse une fois de plus le costume nazi, interprète d’ailleurs deux rôles. En toile de fond, on se moque encore de certains de nos défauts (le Jobisme soit les adeptes de Steve Jobs et de ses téléphones blancs…) et encore plus de politique (tous les dirigeants très à droite ou tendance dictateur et les chefs religieux…). Cette fois l’histoire est carrément une relecture des origines de l’humanité avec les Vrils, une race de reptiliens qui détient un Graal d’énergie immortelle, soit une ressource dont on aurait besoin pour la colonie sur la Lune : il va falloir aller au centre de la Terre où il y a encore des dinosaures…

Pour cette suite, Timo Vuorensola avait annoncé à Udo Kier qu'il y aurait une scène où Hitler chevauche un dinosaure en disant 'Sieg Heil Mutterfickers', ce à quoi Udo Kier lui avait répondu que ça deviendrait une de ses répliques préférées. Attention les yeux :

BIFFF 2019 : tout le Fantastique sera à Bruxelles

Posté par kristofy, le 23 mars 2019

Comme chaque année Bruxelles se prépare à devenir la cité de la peur avec la 37e édition du BIFFF, le Bruxelles International Fantastic Film Festival. Vous avez rendez-vous du 9 au 21 avril avec des monstres affamés, des colonisateurs de l'espace, des sorcières maléfiques, des serial-killers sanguinaires, bref tout ce qui est orienté fantasy, thriller, science-fiction, zombies… Le BIFFF 2019 a encore prévu une centaine de films pour se faire peur, pour rire aussi, en provenance de toute la planète.

La programmation cette année est, comme toujours, plutôt dingue comme les organisateurs le détaillent: « Il est sociologiquement prouvé que le cinéma fantastique et d’horreur a toujours connu un regain d’intérêt auprès du public et des critiques en période de trouble social et économique. Les Italiens nous sortent des extrémistes obligés de se réfugier dans un camp de migrants (Go home) ou carrément l’incarnation du fascisme (Mussolini qui ressuscite au 21e siècle dans I’m back). Les Scandinaves, eux, tirent à boulets rouges sur la menace du terrorisme mondial (The Unthinkable) et les catastrophes climatiques (The Quake). Les Coréens agitent le chiffon de la troisième guerre mondiale (Take point), pendant que les Américains digèrent leurs tueries de masse trop récurrentes (The Dead ones). À plus long terme, les dystopies se portent à merveille : l’exploitation cosmétique des orphelins (Level 16) ou un exode forcé vers la planète Mars (Aniara)…»

Korine, Harlin, Jordan, Lau...

A Bruxelles, on découvrira ainsi parmi la centaine de films prévus certains titres ayant pu être dans d'autres festivals, comme Dragged across concrete à Venise, Assassination Nation à Paris ou Rampant à Gerardmer, mais ce BIFFF 2019 a prévu beaucoup de surprises inédites avec « 10 avant premières mondiales, 11 avant premières internationales et 10 avant premières européennes ». Au programme donc le nouveau Hellboy par Neil Marshall, The Beach Bum de Harmony Korine avec Matthew McConaughey, Iron Sky 2 de Timo Vuorensolat, Bodies at rest de Renny Harlin, Kung Fu Monster de Andrew Lau, Chasing the dragon avec Donnie Yen et Andy Lau, Little Monsters avec Lupita Nyong'o (qui triomphe en ce moment dans Us de Jordan Peele), Pet sematary avec Jason Clarke, The Room avec Olga Kurylenko, Greta de Neil Jordan avec Isabelle Huppert...

Il y aura aussi une multitudes de curiosités comme The Dead center avec Shane Carruth, Dreamland avec Juliette Lewis, Feedback avec Eddie Marsan, Play or die avec Roxane Mesquida, Freaks avec Emile Hirsch et Bruce Dern, You might be the killer avec Alysson Hannigan, Crime wave avec Maribel Verdú, You shall not sleep avec Belén Rueda...

Le jury sera composé notamment de Steve Johnson, célèbre artisan des effets-spéciaux (ayant contribué par exemple à Ghostbusters, Abyss, Predator, Greystoke, Spiderman 2, Blade 2...) qui donnera une master-class, et du réalisateur Na Hong-jin (avec une rétrospective de ses films, tous sélectionnés à Cannes, comme The Chaser, The Murderer, The Strangers).

La personnalité intronisée cette année Chevalier De L’Ordre Du Corbeau sera l'acteur Udo Kier qui ressuscitera lors de la séance du très attendu Iron Sky 2 de Timo Vuorensola. Parmi les invités il y aura Jean-Luc Couchard et Quarxx pour Tous les Dieux du ciel, Kim Byung-woo pour Take point, la réalisatrice Olga Gorodetskaya pour Stray, et Javier Ruiz Caldera qui avec SuperLopez tentera de gagner pour la 3ème fois une récompense au BIFFF.

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37e édition du Brussels International Fantastic Film Festival
Du 9 au 21 avril 2019, au Palais des Beaux-Arts à Bruxelles
Infos et programmation sur le site du BIFFF

2018 dans le rétro : la bonne année du cinéma de genre

Posté par kristofy, le 27 décembre 2018

C’était quoi le cinéma de genre en 2018 ?

On avait observé l’année dernière que 2017 avait été symbolique d’un certain glissement vers une reconnaissance du cinéma de genre : certains de ces films dépassent ‘leur public’ et obtiennent un plus large succès auprès du ‘grand public’. Le film de monstre La Forme de l’eau de Guillermo Del Toro, sorti en février, avait reçu le Lion d’or de Venise avant de décrocher 4 Oscars : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleurs décors, et meilleure musique (au français Alexandre Desplat) ; Get Out de Jordan Peele a engrangé 254 millions de dollars de recettes mondiale pour un budget d’environ 5 millions tout en recevant le convoité Oscar du meilleur scénario original ; et en France c’était le film Grave de Julia Ducournau qui avait fait l'évènement pour finir avec le Prix Louis-Delluc et 6 prestigieuses nominations aux Césars.

Ils sont où les films de genre français avec des zombies affamés ou des aliens envahisseurs ? C’est la bonne nouvelle de 2018 : il y a eu plus de films français de ce type distribués en salles, et plusieurs sont des premières œuvres. Parfois l’élément fantastique est central, parfois il réside en périphérie. Il peut prendre la forme d'un polar ou celle d'une introspection intime. En bonus, on y voit aussi quelques noms célèbres sur les affiches.

Une belle diversité

Citons dans ce panorama très diversifié : Burn Out de Yann Gozlan (avec François Civil, Olivier Rabourdin, Manon Azem), Revenge de Coralie Fargeat (l'actrice Matilda Lutz a été retenue dans les 34 révélations pour les prochains Césars), Les Garçons sauvages de Bertrand Mandico (qui ensuite a reçu le Prix Louis-Delluc du premier film, ex-aequo), La nuit a dévoré le monde de Dominique Rocher (avec Anders Danielsen Lie, Golshifteh Farahani, Denis Lavant), Ghostland de Pascal Laugier, Madame Hyde de Serge Bozon (avec Isabelle Huppert), Dans la brume de Daniel Roby (avec Romain Duris, Olga Kurylenko), Caniba de Verena Paravel & Lucien Castaing-Taylor, Climax de Gaspar Noé, Hostile de Mathieu Turi, High Life de Claire Denis (avec Robert Pattinson et Juliette Binoche), et sur Netflix La Femme la plus assassinée du monde de Franck Ribière (avec Anna Mouglalis). A noter toutefois comme les années précédentes que certains de nos talents doivent chercher un soutien hors de France à l’international pour leurs projets (au Canada, Etats-Unis, Canada, Espagne…), ce qui induit souvent un tournage en langue anglaise (Ghostland, Revenge, Hostile, High Life…).

Le maître du suspens Stephen King a même salué à sa manière le cinéma français avec cette éloge : « Juste quand vous pensiez que les films de zombies ont été épuisés, un film parfaitement remarquable débarque, réalisé par Dominique Rocher, intitulé La Nuit a dévoré le monde. Il va vous laisser bouche bée. »

La France est toujours un peu en retard pour le soutien à ses cinéastes de genre : Xavier Gens à réalisé The Crucifixion et Cold Skin, qui ne sont pas sortis chez nous, Julien Mokrani a vu la production de son projet Les Sentinelles abandonnée… Pourtant les nouveaux talents français sont déjà là et ils sont nombreux : Steeve Calvo, William Laboury, Mael Le Mée, Just Philippot qui ont eu une distribution sur grand écran de leurs courts-métrages en février avec 4 histoires fantastiques. Par ailleurs, les films Tous les dieux du ciel de Quarxx et Girls with balls de Olivier Afonso font le tour des festivals en attendant d’être exploités en salles, tout comme Furie de Olivier Abbou. Combien d’entre eux vont devoir s’exporter ailleurs pour leurs prochains projets ?

Le CNC prend enfin la mesure (tardive) que le film de genre français contribue aussi à faire grandir plusieurs métiers techniques spécialisés (effets spéciaux, maquillages et prothésistes, cascadeurs, décors…) et qu’il faut les soutenir  : « Notre volonté est d’encourager la diversité au cinéma et d’inciter les créateurs à s’engager sur des voies insuffisamment empruntées. En France comme à l’étranger, en particulier au sein de la jeune génération, il y a un réel engouement, pour les films de genre : les créateurs français y ont toute leur place ! ». Trois projets en particulier vont être aidés par une bourse dans leur production : La nuée de Just Philippot, Ogre de Arnaud Malherbe, Else de Thibault Emin (une extrapolation de son court-métrage d’il y a 10 ans, en sortie de Fémis, c’est dire si le chemin est long). Il faudrait désormais que les distributeurs suivent, surtout quand il y a une interdiction aux moins de 16 ans.

Des hits au box office

Cette année dans les salles de cinéma le public a eu beaucoup d’occasion de frissonner. Le surnaturel a fait peur avec Verónica de Paco Plaza, Hérédité de Ari Aster (avec l'excellente Toni Collette), Sans un bruit de John Krasinski (avec la non moins excellente Emily Blunt), L'Exorcisme de Hannah Grace de Diederik Van Rooijen et La Nonne de Corin Hardy (avec Taissa Farmiga et Demian Bichir), qui, avec 1,4 million d'entrées en france se hisse au niveau de Ron Howard et Guillermo del Toro. L’horreur s’est cachée dans Le Secret des Marrowbone de Sergio G. Sánchez (avec Anya Taylor-Joy et Mia Goth), Strangers: Prey at Night de Johannes Roberts (avec Christina Hendricks), American Nightmare 4 : Les Origines, qui est aussi millionnaire en entrées, The Strange Ones de Christopher Radcliff, sans compter quelques frayeurs du côté du monde jurassique ou du labyrinthe post-apocalyptique.. L’Asie dont les multiples pays produisent des dizaines de bons films de genre a été quasiment ignorée cette année 2018, mis à part les sorties trop discrètes de Battleship Island de Ryoo Seung-wan et de Avant que nous disparaissions, d'Invasion de Kiyoshi Kurosawa. De son côté, le japonais Shinsuke Sato a gagné pour la seconde fois le Corbeau d'or au BIFFF avec Inuyashiki, film toujours invisible en France...

Les surprises les plus fortes de l’année en films de genre, de la SF à l'horreur, nous sont venues en fait des plus grands cinéastes : Guillermo del Toro avec La Forme de l'eau, Steven Spielberg avec Ready player one, Lars von Trier avec The House that Jack built, la version en 3D de Détective Dee : La légende des Rois Célestes de Tsui Hark, et Ghostland de Pascal Laugier. 2018 a été aussi l’occasion de redécouvrir le classique de Stanley Kubrick 2001 : l'odyssée de l'espace dans une restauration célébrant son 50ème anniversaire.

Hollywood continue encore de produire/distribuer des suites ou des remakes de grands succès passés: Halloween de David Gordon Green (avec Jamie Lee Curtis), Suspiria de Luca Guadagnino (avec Dakota Johnson et Tilda Swinton), The Predator de Shane Black. Ou s'acharne à écrire de mauvais films dans l'air du temps comme Unfriended, Action ou vérité?, Escape room. Parallèlement, de nombreux titres pourtant de qualité, portés par des sélections en Festivals, sont ignorés (Tigers are not afraid de Issa Lopez) ont n’arrivent qu’en DVD/VàD (comme Muse de Jaume Balagero). Il faut donc aussi désormais évoquer la plateforme Netflix : c’est là qu’il fallait aller pour découvrir Apostle de Gareth Evans, Hold the dark de Jeremy Saulnier, Illang the wolf brigade de Kim Jee-woon, Psychokinesis de Yeon Sang-ho, The night comes for us de Timo Tjahjanto, Annihilation d'Alex Garland, avec Natalie Portman, Bird Box de Susanne Bier, avec Sandra Bullock, et donc aussi La Femme la plus assassinée du monde de Franck Ribière (avec Anna Mouglalis).

Le genre était de genre féminin, assez logiquement. La plupart des films marquants, soit par leur popularité, soit par les louanges reçues, avaient une ou plusieurs héroïnes, victimes ou/et combattantes.

Alors finissons avec une belle promesse (au féminin) pour 2019: Alita: Battle Angel. Réalisé par Robert Rodriguez et coproduit par James Cameron, cette adaptation du manga japonais Gunnm nous transporte le futur... bien au-delà de 2019

BIFFF 2018 : Masterclass et mariachis pour Guillermo del Toro

Posté par kristofy, le 13 avril 2018

C'est l'année Guillermo del Toro. Depuis septembre 2017 quand La forme de l'eau remporte le Lion d'or au Festival de Venise puis durant les mois suivant en recevant des récompenses partout - Goya en Espagne, Bafta en Angleterre, Golden Globe (meilleur réalisateur) puis 4 Oscars (dont meilleur film et meilleur réalisateur) aux Etats-Unis. Il a désormais plein de projets en production et il parraine différentes structures qui aident au développement du cinéma mexicain et le rendez-vous est pris pour présider le jury du Festival de Venise 2018 dans quelques mois. Cette consécration mondiale est en fait moins celle de son dernier film que celle de l'ensemble de sa filmographie : quelques courts-métrages puis Cronos, Mimic, L'échine du Diable, Blade 2, Hellboy, Le labyrinthe de Pan, Hellboy 2: Les légions d'or maudites, Pacific Rim, Crimson Peak, et enfin le sacre avec le plus classique La forme de l'eau.

Cette constance dans le fantastique fait qu'il était naturel que Guillermo del Toro soit l'invité d'honneur du BIFFF (le contact avait d'ailleurs été pris en septembre durant Venise, donc bien avant les Oscars) d'autant plus que son premier film Cronos y avait été en compétition et avait reçu un Corbeau d'argent. Au programme donc cette année : Guillermo del Toro est fait Chevalier de l'Ordre du Corbeau (l'hommage du BIFFF), présente une séance spéciale de Cronos, et surtout offre une masterclasse.

Pour accueillir Guillermo del Toro la salle pleine d'environ 2000 spectateurs lui a fait une standing-ovation, et lui s'est amusé avec le rituel du BIFFF qui est d'entonner une chanson sur scène : il a chanté accompagné d'une formation de mariachis. La préparation semblait classique avec diverses questions à propos de chacun de ses films accompagnés d'un extrait mais c'était sans doute trop sage : la rencontre est devenue un dialogue plein de digressions d'un film à un autre sans ordre particulier et plein d'anecdotes sur sa jeunesse et les tournages.

Le saviez-vous ? Guillermo apparait dans chacun de ses films dans le montage sonore, pour le bruit d'un insecte ou le souffle de la respiration d'une créature : c'est en fait sa voix. Cette masterclasse s'est prolongée au-delà des 2 heures prévues puisque Guillermo était particulièrement bavard : en parlant de ses films on sent qu'il veut avant tout parler de sa passion pour le cinéma.

Extraits.

Cronos, le premier film :
Pour ma génération, quand j'étais jeune, le gouvernement au Mexique ne faisait pas grand chose pour soutenir le cinéma, il n'y avait pas d'aide pour monter des films ni de festival de cinéma. Quand on veut quelque chose, on peut concevoir les règles pour que ça arrive : j'ai participé à la création du festival international de Guadalajara, j'ai monté une société de production pour le tournage de Cronos. C'était mon premier long-métrage, des gens m'ont dit que ce n'était pas très bon et que ça n'irait nulle part. En fait La Semaine de la Critique à Cannes l'a aimé et l'a sélectionné, et on y a gagné le Prix. C'était formidable, le film voyageait en dehors du Mexique et il était vu dans plein de pays. Mais après Cronos je n'ai eu aucun travail pendant longtemps, j'ai écrit différents scénarios qu'aucun producteurs ne voulaient financer.

Mimic, second film et premier film américain :
Avec les frères Weinstein j'ai travaillé sur le scénario de ce qui devait être au début un court-métrage, mais il y avait selon moi matière à un film entier. Ça a pris beaucoup de temps pour le financement. Ce film a failli tuer mon désir de faire des films. Je vais vous donner ce conseil : quand on débute un tournage, on a l'instinct de commencer par une scène facile, en fait il faut directement commencer par une séquence complexe. Il faut dès le tout début directement impressionner les producteurs avec les premières images tournées dans l'objectif de garder le plus de contrôle possible pour la suite du tournage.

L'échine du Diable, troisième film et premier film en Espagne :
Encore une fois je me suis dit que ça allait être mon dernier film. Alors j'ai voulu réussir à un peu tout y mettre dedans : la guerre civile, les fantômes, un orphelinat avec des secrets et une bombe. Avec dans l'histoire de la peur, du deuil, des regrets.

Blade, Hellboy, Pacific Rim; ses blockbusters américains :
Dans Blade comme dans Hellboy le personnage a le choix: soit il peut être plus une créature soit il peut être plus humain, il y a un dilemme intérieur. Là je veux dire à chaque fois quelque chose. Pour les gens qui n'aiment pas ce genre de films, voici un film qui vous fera aimer, j'espère, ce genre de film. J'ai appris à filmer des scènes d'action en regardant beaucoup de films d'action, et à chercher comment faire autrement.

Crimson Peak et La forme de l'eau :
Je parle enfin plus de romance et de sexualité, il m'a fallu du temps. On voit un rapport sexuel physique de La forme de l'eau, mais revoyez Crimson Peak et vous verrez qu'il y a beaucoup de choses sur la sexualité avec notamment la séduction et le sentiment de rejet. Avoir des Oscars pour La forme de l'eau c'est venu symboliser l'amour de différentes communautés de spectateurs touchées par ce film. C'est ça qui est important, cet amour des spectateurs, que les gens aient été touchés à différents niveaux par le film. De quelqu'un qui dit 'je ne crois pas en l'amour', on dit que c'est un homme sage et de quelqu'un qui dit 'je crois en l'amour', on dit que c'est un homme fou, alors je suis fou. J'ai cette folie que je veux partager.

Le labyrinthe de Pan, le chef d'oeuvre :
J'ai pitché l'histoire à plusieurs studios et on m'a dit non pour le produire, parce que, à la fin, la petite fille meurt. J'ai utilisé les conventions des contes en général, comme avoir à choisir entre 3 portes et comme une mise à l'épreuve du personnage principal. Le film était en compétition à Cannes, on n'y a pas eu de récompense, le président du jury c'était Wong Kar-wai qui regarde les films avec ses lunettes de soleil... Le film a été montré en fin de festival et le public lui a fait une standing ovation de 23 minutes, un record je crois. Puis Le labyrinthe de Pan a eu des Oscars. J'ai voulu un fort contraste entre la beauté et la violence, il fallait être sincère avec ces deux aspects. La beauté rend la violence plus dure à supporter, la violence fait que la beauté est plus émouvante ou larmoyante.