16 nominations pour La piel que habito aux prochains Goyas

Posté par vincy, le 12 janvier 2012

Dans la course aux prix Goyas 2012, Pedro Almodovar arrive, une fois de plus, en tête. La Piel que habito, présenté au Festival de Cannes l'an dernier, n'est ni le plus gros succès du réalisateur (même si c'est le 3e film espagnol le plus vu de l'année dans son pays) ni son film le plus primé à l'international, et pourtant, il fait figure d'incontournable dans le cinéma ibérique, malgré une forte concurrence : No habra paz para los malvados, thriller de Enrique Urbuzu, en récolte 14 et Eva, premier film de Kike Maillo en remporte 12.

Pour Pedro Almodovar, cela reste, cependant, une belle moisson. Dans sa filmographie, seul Femmes au bord de la crise de nerfs (1988), avait été autant de fois cité. La Piel que habito rejoint ainsi le club très fermé des films plus de 16 fois nommé, aux côtés de Dias contados, La niña de tus ojos, Belle époque et Celda 211. Son film le plus primé reste Tout sur ma mère (en 1999) avec 7 prix. Almodovar l'a reçu deux fois comme meilleur réalisateur (Tout sur ma mère, Volver). Avec La Piel que habito, il enregistre un record dans l'histoire des Goyas, avec 8 nominations comme meilleur réalisateur depuis la création du prix en 1986. Notons aussi qu'Antonio Banderas, nommé comme meilleur acteur, n'a jamais obtenu de Goya.

Le film d'Almodovar est cité dans 16 catégories sur 28 : film, réalisateur, actrice, acteur, révélation féminine, révélation masculine, scénario (adaptation), musique, image, montage, direction artistique, décors, costumes, maquillages, son, effets spéciaux.

Les trois autres oeuvres nommées dans les catégories du meilleur film et du meilleur réalisateur sont Black Thorn, La voz dormida et No habrá paz para los malvados. Ce dernier, beau succès critique et joli succès public pourrait créer la surprise. Notons, par ailleurs, que le triomphateur du box office espagnol, Torrente 4, repart bredouille.

Parmi les autres nommés, on notera la présence de l'allemand Daniel Brühl, révélé dans Good Bye Lenin!, pour Eva, Salma Hayek pour La chispa de la vida, Woody Allen pour le scénario de Minuit à Paris.

Dans la catégorie du meilleur film européen, Carnage, Melancholia, Jane Eyre auront face à eux le français The Artist. Dans celle du meilleur film latino-américain, le cubain Boleto al paraíso, le mexicain Miss Bala, le chilien Violeta se fue a los cielos devront rivaliser avec le favori, l'argentin Un cuento chino, gros succès de Sébastian Borestein avec Ricardo Darin.

Un Goya d'honneur sera remis à Josefina Molina Reig, réalisateur et Président d'honneur de la CIMA (Association de des femmes réalisatrices de cinéma et d'audiovisuel). Vénérable figure du cinéma espagnol (elle a 75 ans), son film Esquilache en 1989 avait été sélectionné à Berlin et elle avait été nommée au Goya du meilleur réalisateur.

La 26e cérémonie des Goyas se déroulera à Madrid le 19 février.

Le festival d’un jour clôt la saison 2011 d’Espagnolas en Paris

Posté par MpM, le 12 décembre 2011

crebinskyPour la dernière de l'année, Espagnolas en Paris  invente un concept novateur et festif, un festival d'un jour centré autour d'un film joyeux, poétique et décalé, qui a déjà su séduire le jury du Festival Cinespaña 2011 : Crebinsky d'Enrique Otero, Violette d'or lors de la dernière manifestation toulousaine, mais également double prix d'interprétation pour les acteurs Miguel De Lira et Sergio Zearreta et prix de la meilleure musique pour le compositeur Pablo Pérez.

Au programme de cette journée exceptionnelle, deux rencontres professionnelles (l'une entre Enrique Otero et des universitaires parisiens et l'autre sur la question des perspectives du cinéma espagnol, avec notamment la présentation du catalogue de la production galicienne 2012) et une soirée pleine de surprises au Majestic Passy.

En présence du réalisateur Enrique Otero et de Miguel de Liria, acteur et scénariste, Crebinsky sera ainsi présenté au public et recevra symboliquement le prix C+ du Festival d'un jour, destiné à encourager sa sortie dans les salles françaises.

Un hommage sera rendu par la même occasion au festival Cinespaña de Toulouse en présence de Françoise Palmerio-Vielmas, présidente de Cinespaña, Patrick Bernabé, vice-président, et Judith Colell, vice-présidente de l'Académie du cinéma espagnol. L'occasion de rappeler l'important travail de découverte de diffusion réalisés par l'équipe de Cinespana depuis maintenant plus de quinze ans.

Après la projection, place aux festivités avec le premier concert français de la Banda Crebinsky au grand complet (dix musiciens) et un buffet de Noël à base de produits galiciens.

Moralité, ce nouveau festival a beau ne durer qu'une journée, il parvient quand même à concentrer les principaux temps forts de toute fête du cinéma qui se respecte : un bon film, des rencontres, et une ambiance chaleureuse !

________________

Festival d'un jour
Lundi 12 décembre 2011
au Majestic passy

Informations sur le site d'Espagnolas en Paris

Cinespana 2011 : Crebinsky et 80 Egunean se partagent les prix

Posté par MpM, le 10 octobre 2011

Le choix du jury de la 16e édition de Cinespana, présidé par Anne Alvaro, s'est donc porté sur notre film favori, le poétique et burlesque Crebinsky de Enrique Otero qui rafle la mise avec la Violette d'or du meilleur film, un double prix d'interprétation pour les acteurs Miguel De Lira et Sergio Zearreta et une récompense pour la musique du compositeur Pablo Pérez. 80 egunean de José Mari Goenaga et Jon Garaño, le favori du public (qui lui a d'ailleurs décerné son prix),  tire lui aussi son épingle du jeu avec un double prix d'interprétation pour ses formidables actrices, Itziar Aizpuru et Mariasun Pagoaga, et le prix du scénario pour ses auteurs.

Un palmarès intelligent et équilibré qui conclut en beauté une édition 2011 particulièrement captivante. Cette année, la compétition était en effet assez contrastée (voir notre article du 8 octobre), offrant un aperçu convaincant de la richesse du cinéma espagnol contemporain. En choisissant de mettre en avant la fantaisie joyeuse de Crebinsky, où deux frères naufragés mènent une existence simple dans un univers de bric et de broc, les jurés ont finalement choisi de récompenser un cinéma créatif et baroque, tourné vers l'humain et la légèreté. De même, ils ont voulu distinguer le sujet fort de 80 egunean, drame intimiste, où une femme de soixante-dix ans s'éprend d'une ancienne camarade de classe. Un film qui, malgré ses défauts de narration, aborde avec beaucoup de pudeur cette relation amoureuse tatonnante et fragile.

Avis aux distributeurs : les deux oeuvres, sensibles et originales, pourraient connaître un joli succès dans les salles françaises...

Le palmarès

Violette d'or du meilleur film
Crebinsky de Enrique Otero

Meilleure interprétation masculine
Miguel De Lira et Sergio Zearreta (Crebinsky de Enrique Otero)

Meilleure interprétation féminine
Itziar Aizpuru et Mariasun Pagoaga (80 egunean de José Mari Goenaga et Jon Garaño)

Meilleur scénario
José Mari Goenaga et Jon Garaño pour 80 egunean

Meilleure musique
Pablo Pérez pour Crebinsky de Enrique Otero

Meilleure photographie
Rafael de la Uz pour La mitad de Oscar de Manuel Martín Cuenca

Meilleur premier film décerné par le Jury Etudiant
Cruzando el límite de Xavi Giménez

Meilleur court métrage décerné par le jury Professionnel des Courts-Métrages
Les (El bosque) de Aida Ramazánova

Mention spéciale
La hégira de Liteo Deliro et Te odio de Rafael Rojas-Díez

Meilleur documentaire décerné par le jury Professionnel des Documentaires
La noche que no acaba de Isaki Lacuesta

Prix du public
80 egunean de José Mari Goenaga et Jon Garaño

Cinespana 2011 : des nouvelles du cinéma espagnol

Posté par MpM, le 8 octobre 2011

Il faut des festivals comme celui de Cinespana pour se rendre compte de la variété et de la diversité du cinéma espagnol contemporain, dont on a trop souvent l’impression qu’il se résume à deux ou trois réalisateurs-phares, quelques films de genre, et une poignée de documentaires revenant sans répit sur le traumatisme de la guerre civile. A Toulouse, durant une semaine, on découvre en effet une production espagnole particulièrement contrastée, proposant un large (donc parfois inégal) éventail allant de la comédie populaire au film d’auteur flirtant avec la recherche expérimentale.

Étonnant contraste, par exemple, entre En fuera de juego de David Marqués, une comédie sur le milieu du foot, jouant plus ou moins finement des dissensions entre Espagnols et Argentins, et Estrellas que alcanzar de Mikel Rueda Sasieta, un drame historique sur le destin de femmes de républicains internées dans un camp de prisonnières politiques pendant la guerre civile !

Toutefois, les œuvres présentées dans la compétition principale ont globalement en commun un aspect intimiste, mis au service d’histoires qui privilégient l’humain. Si les relations familiales sont souvent conflictuelles (La mitad de Oscar de Manuel Martin Cuenca  met en scène un frère et une sœur se retrouvant après une longue séparation, et peinant à renouer des liens ; Open 24h de Carles Torras  montre un père indigne qui tyrannise et maltraite son fils handicapé), l’amitié se manifeste sous des formes atypiques : une jeune immigrée et un vieil homme mourant (Amador de Fernando Leon de Aranoa), une retraitée un peu coincée et son ancienne camarade de classe bohème et survoltée (80 egunean de José Mari Goenaga et Jon Garano )… Même les stéréotypes de Carne de neon de Paco Cabezas, bras cassés qui se rêvent gangsters, cultivent une amitié sincère soigneusement masquée par un excès de virilité fanfaronne.

Les milieux divergent (de la bourgeoisie à l’indigence), mais les enjeux restent les mêmes : se recréer une famille d’adoption, un petit monde où il fait bon vivre. C’est flagrant avec les personnages de Crebinsky de Enrique Otero qui vivent comme des naufragés dans un univers qu’ils ont entièrement modelé, mais aussi avec l’appartement protecteur où se réfugie l’héroïne d’Amador, la chambre d’hôpital où se retrouvent les deux amies de 80 egunean, ou encore le club "Hiroshima" que le jeune Ricky offre à sa mère dans Carne de neon

Esthétique dépouillée, survoltée ou classique : tous les styles sont en compétition !

Formellement, les différences sont plus tranchées. La recherche esthétique de Open 24h contraste avec la trivialité de son sujet: un homme confronté à une succession d’injustices et d’humiliations. Les plans relativement dépouillés, le clair obscur qui se veut expressionniste, les partis pris de mise en scène, entre élégance et anxiété, ajoutent une tension psychologique à une intrigue par ailleurs minimaliste. Incontestablement, Carles Torras sait se servir d’une caméra. Dommage qu’il n’ait pas plus soigné le scénario, dont le crescendo final est raté et prévisible.

De son côté, Carne de neon se distingue avec une esthétique résolument moderne, ultra-découpée, servie par une narration survoltée et ne se refusant aucun effet de mise en scène, même les plus maniérés.  Entre ultra violence et humour noir, Paco Cabezas lorgne visiblement du côté d’Alex de la Iglesia, à qui il emprunte un univers sordide et bigarré où les valeurs morales les plus élémentaires n’ont plus cours. Derrière l’outrance, le sexisme apparent et la bêtise crasse se profile une vision au vitriol d’une société espagnole détraquée.

Dans un genre totalement différent, Crebinsky de Enrique Otero touche par sa poésie et sa fantaisie burlesque. Tel un Kusturica ibérique, le réalisateur invente à partir de trois fois rien un univers baroque et décalé où se croisent des êtres aussi variés qu’une vache nommée Mushka, deux frères naufragés, des soldats américains, un parachutiste nazi et une chanteuse de cabaret. Un conte tendre et léger sur le destin, le hasard et l’ironie du sort.

Toutefois, le jury pourrait bien avoir privilégié des œuvres plus classiques mais à la thématique plus engagée. Cinématographiquement, 80 egunean et Amador souffrent des mêmes défauts : un scénario déséquilibré, une surenchère de bons sentiments, un manque de rythme… Mais sur le fond, ils ont tous les deux le mérite d’aborder avec pudeur un sujet qui reste sensible. 80 egunean à travers une amitié amoureuse entre deux femmes âgées, Amador en touchant au tabou de la mort et à la difficulté de l’exil.

C’est donc une lourde tâche qui attend le jury présidé par Anne Alvaro. Car en composant le palmarès, ce n'est pas seulement un certain type de cinématographie qu’il choisira de privilégier, mais bien une vision spécifique de notre monde, engagée à la fois socialement et politiquement.

Cinespana 2011 : la part belle au documentaire

Posté par MpM, le 3 octobre 2011

mémoireLa 16e édition du festival Cinespana, qui s'est ouvert vendredi 1er octobre, consacre une partie importante de sa  programmation au style documentaire. Celui-ci possède sa propre compétition, mais est également présent dans la sélection court métrage ainsi que dans la section spéciale "Mémoire", consacrée à la période douloureuse de la guerre civile et du Franquisme. Tout un pan du cinéma espagnol se penche en effet année après année sur la plaie béante de la dictature et de la transition qui, avec sa loi d'amnistie, a laissé un goût d'inachevé et d'injustice à une partie de la population espagnole.

Les ombres de la mémoire de Dominique Gauthier et Jean Ortiz s'attaque ainsi à ce que ses auteurs appellent "l'amnésie organisée" en revenant sur plusieurs traumatismes du passé comme l'esclavage des prisonniers politiques, les milliers de morts jetés dans des fosses communes, les enfants arrachés à leur famille et les opposants arbitrairement emprisonnés parfois pendant plus de vingt ans.

Mêlant témoignages et images d'archives, le film fait à la fois acte de pédagogie et de dénonciation, tout en rappelant l'immense solidarité qui a permis aux prisonniers politiques d'organiser la résistance au fascisme depuis leur lieux de captivité. Son format résolument pensé pour la télévision l'oblige à aller droit au but sans se perdre dans des circonvolutions mélodramatiques ou grandiloquentes. On est parfois ému au détour d'un témoignage (notamment celui du poète Marcos Ana, emprisonné pendant plus de 20 ans), mais on est surtout révolté par le fait que tant d'injustices et d'exactions n'aient au final jamais été officiellement punies.

"Le travail de mémoire est difficile en Espagne, confirme Jean Ortiz, l'un des deux réalisateurs. Il y a un consensus général autour de la transition et la loi d'amnistie verrouille tout." Le cinéma, heureusement, est là pour inlassablement ouvrir ces portes que tout le monde préférerait voir fermées à jamais.

En Espagne, La Piel que habito séduit plus qu’Etreintes brisées

Posté par vincy, le 30 septembre 2011

La piel que habito ne sera certainement pas le plus grand succès de Pedro Almodovar en France. Avec près de 700 000 aficionados en 6 semaines, le film n'atteindra peut-être pas le score de son précédent opus, Etreintes brisées (924 000 spectateurs). Il fait cependant mieux que Kika (607 000 spectateurs), Femmes au bord de la crise de nerfs (600 000 spectateurs) et La fleur de mon secret (485 000 spectateurs). Mais beaucoup moins bien que La mauvaise éducation (1,1 million d'entrées), Talons aiguilles (1,49 million d'entrées) et surtout ses 3 plus gros succès Tout sur ma mère (2 millions d'entrée), Parle avec elle (2,2 millions d'entrées) et Volver.

En Espagne, le film, en un mois, a quand même dépassé les 580 000 spectateurs. Dans son pays, La piel que habito fera donc mieux qu'Etreintes brisées (690 000 entrées)  mais pas aussi bien que La mauvaise éducation (1,2 millions d'entrées). Il restera en dessous de Parle avec elle (1,4 million d'entrées), Volver (1,9 million d'entrées) et surtout loin de son plus gros succès, Tout sur ma mère (2,6 millions d'entrées).

La piel que habito est déjà sorti dans 8 pays, dont le Royaume Uni où il fait une carrière sur la longueur, puisqu'il a multiplié par cinq son box office de sa première semaine. Au total, à date, le film d'Almodovar a rapporté 13 millions de $ de recettes dans le monde. C'est déjà plus qu'Etreintes brisées, mais très loin de son record de Volver (86 millions de $).

La mujer sin piano : c’est beau, une femme, la nuit

Posté par Sarah, le 13 juillet 2011

mujer sin piano« J'aime réparer les choses, après elles fonctionnent. »

L'histoire : Un soir, Rosa décide de s'en aller. Elle laisse son mari endormi et échoue à la gare, parmi d'autres voyageurs eux-aussi en transit.

Notre avis : Rosa vit une vie plutôt banale et tranquille à Madrid, avec son mari. Il est chauffeur de taxi, elle est esthéticienne à domicile. Leur quotidien, rythmé par le travail, l'organisation de la maison et les repas, est illustré en quelques plans. La vie semble couler sur eux sans réel intérêt ni aucune passion. Rosa, très justement interprétée par Carmen Machi, répète les gestes du quotidien avec une lassitude et un manque d'entrain tels qu'on devine qu'elle a dû les répéter inlassablement depuis des décennies. Le volume de la télévision et de la radio, tournées au maximum, pour qu'elle ne puisse pas entendre le sifflement permanent qui règne dans ses oreilles, sont les seuls bruits vifs de la maison.

Cependant, le temps d'une nuit, Rosa va décider de fuir son quotidien. On la voit faire sa valise, se parer comme elle n'a pas dû le faire depuis longtemps et partir dans la nuit noire. Les rencontres qu'elle va faire, les lieux qu'elle va traverser peuvent apparaître aussi grotesques que son quotidien est mou, mais elle semble évoluer dans ce nouveau monde avec intérêt et même, parfois, de l'aisance. Elle va être confrontée aux petites absurdités du monde contemporain, rencontrer des personnalités fantasques et passer une nuit que l'on peut qualifier de surréaliste.

Cette échappée permettra au personnage de Rosa de se poser dans sa vie, comme si elle ne cherchait qu'une raison pour ne pas sombrer. Elle va côtoyer des personnes qu'elle n'a certainement pas l'habitude de fréquenter, se perdre dans les rues de la capitale... mais on ne la sentira jamais autant éveillée que lors de cette nuit-là. Ce film assez lunaire et à forte tendance surréaliste, nous montre à quel point une échappée belle peut faire du bien. Le réalisateur ne juge jamais Rosa, que ce soit dans son quotidien ou dans sa virée nocturne.

De même, il n'y aura pas de morale. La caméra semble se laisser guider par le bruit de pas de Rosa, au gré de ses envies. En effet, ses talons claquent sur les pavés des rues sombres de Madrid et c'est parfois tout ce que l'on perçoit à l'écran. La beauté de ce portrait de femme réside dans cette distance que le réalisateur a réussi à instaurer entre la caméra et le personnage, tout en la dévoilant tout en pudeur au spectateur. Un beau film intimiste qui permet de s'évader pour quelques temps du train-train quotidien.

__________

La mujer sin piano de Javier Rebollo
Violette d'Or du Meilleur Film au Festival Cinespana à Toulouse et Concha de Plata pour le Meilleur Réalisateur au Festival de San Sebastian.

Pa negre d’Agustí Villaronga, le film aux 9 goyas, au Festival Différent !

Posté par MpM, le 22 juin 2011

différent 4Depuis 2008, le festival Différent propose une autre vision du cinéma espagnol, traditionnellement peu présent sur les écrans français. Comme le soulignait José María Riba, journaliste et programmateur de la manifestation, lors de l'avant-dernière soirée de cette 4e édition,  Différent privilégie d'ordinaire " les tout petits films faits avec de petits budgets et peu de moyens, et qui s'avèrent être de vraies pépites en or" tandis qu'au cours de l'année, les soirées Espagnolas en Passy proposent pour leur part de grandes et prestigieuses avant-premières.

Avec Pa negre (Pain noir) d'Agustí Villaronga, "c'est les deux à la fois". En effet, depuis sa sélection, ce film difficile sur les conséquences de la guerre civile espagnole a trouvé un distributeur. Il sortira en France le 24 août prochain, tout auréolé  des 9 récompenses remportées lors de la dernière cérémonie des Goyas du cinéma espagnol (équivalents à nos César), parmi lesquels meilleur film, meilleur réalisateur et meilleure adaptation.

En présence du réalisateur et de sa distributrice Isona Passola, les quelque 300 spectateurs présents lors de cette avant-première exceptionnelle ont pu découvrir le jeune Andreu, issu d'une famille de républicains pauvres. Alors que la guerre civile est achevée depuis peu de temps, des événements terribles viennent bouleverser son existence simple et studieuse. Il découvre la haine tenace entre les "vainqueurs" et les "vaincus", les mensonges minables des adultes, et la nécessité de choisir son camp.

Le film, adapté de plusieurs romans d'Emili Teixidor, souffre d'un scénario "catalogue", cherchant à aborder en une seule histoire toutes les facettes de l'après-guerre civile : la misère, la haine irréconciliable, le désir de vengeance, la perte des idéaux, la méchanceté humaine... Ca fait beaucoup pour une seule famille. Dommage, car le sujet (poignant, presque trop) est servi par un casting impeccable, notamment le personnage principal, le jeune Francesc Colomer, et par un vrai sens de la mise en scène.

Pa negre a malgré tout été chaleureusement accueilli par le public qui l'a jugé "poignant" et "fort". A partir du 24 août, ce sera au tour de la France entière de se faire une idée sur ce film "différent" qui donne indéniablement une image atypique (c'est-à-dire ni romantique, ni emplie d'héroïsme) de la guerre civile espagnole.

Le cinéma espagnol affiche sa différence jusqu’au 21 juin

Posté par MpM, le 13 juin 2011

On ne présente plus le festival Différent ! qui met en valeur "l’autre cinéma espagnol", celui qui sort des sentiers battus et peine à se faire une place sur les écrans français. Pour sa 4e édition, la manifestation récidive avec une douzaine de films inédits en provenance de Madrid, de Catalogne, d'Andalousie, de Pays Basque et de Galice, offrant un large panorama des cultures, langues et sensibilités espagnoles.

L'idée est bien sûr de faire découvrir au public des oeuvres de qualité dans une ambiance festive, mais également de "capter l’attention des distributeurs et des professionnels français" et de les inciter à distribuer en salles les pépites présentées par le festival. Une journée professionnelle se tiendra d'ailleurs le 17 juin, au cours de laquelle les participants pourront découvrir huit projets de productions indépendantes à la recherche de nouveaux partenaires.

Côté programmation, la guerre civile espagnole plane sur la sélection. Caracremada de Lluís Galter aborde ainsi la résistance libertaire au régime franquiste, à travers les yeux du dernier guérillero actif, Ramon Vila Capdevila ; De Madrid al hielo de Bruno Lázaro Pacheco croise le destin d'un soldat canadien parti défendre la démocratie espagnole en 1937 et d'un poète espagnol ayant fui la dictature franquiste en 1968 ; Familystrip de Lluís Miñarro parle de l'Espagne marquée par le catholicisme et la Guerre Civile... Mais des thématiques sociétales particulièrement actuelles comme l'homosexualité, la folie ou la famille sont également abordées par des films comme Las dos vidas des Andrés Rabadán de Ventura Durall ou 80 egunean de Jon Garaño et Jose Mari Goenaga.

Enfin, un hommage sera rendu, en sa présence, à Emilio Gutiérrez Caba, acteur de cinéma et de théâtre que l'on a notamment vu chez Carlos Saura, Mario Camus et Alex de la Iglesia. L'occasion de découvrir notamment Lo más importante de la vida es de no haber muerto de OPALMA primé à Toulouse et Solothurn. Un "clin d'oeil complice" mettra également en avant le producteur Lluís Miñarro, désormais célèbre pour avoir produit la palme d'or 2010, Oncle Boonmee de Apichatpong Weerasethakul.

Comme tous les ans, cette grande fête du cinéma espagnol s'achèvera en musique, lors de la nuit la plus courte de l'année, avec le concert "Espagnolas en la intimidad", qui réunira María de Medeiros, Blanca Li, Miguel-Ange, Ramón Arroyo et bien d'autres. Un incontournable rendez-vous ouvert à tous, qui se tiendra au cinéma le Chaplin dès 22h30 le soirt de la fête de la musique.

_______________

Différent 4!
L’autre cinéma espagnol
Du 15 au 21 juin 2011
Cinémas Chaplin, Majestic Passy, Nouveau Latina et auditorium de l’Instituto Cervantes

Programme et informations sur le site de la manifestation

Une épidémie virale allemande inspire l’espagnole Isabel Coixet

Posté par vincy, le 11 juin 2011

Le prochain film d'Isabel Coixet, Marburg, s'intéressera à une épidémie virale dans quatre lieux autour du monde nommés Marburg.Il s'agit de l'adaptation d'une pièce catalane de Guillem Clua, qui a travaillé à l'adaptation avec la cinéaste. La pièce a été créée l'an dernier à Barcelone.

L'histoire se déroule en août 1967 et démarre à Marburg, en Allemagne où un virus tue rapidement 23 personnes. Aucun concombre ne se cache dans le scénario, a priori. De là trois autres histoires en Pennsylvanie en 1981, en Afrique du Sud en 1999 et en Australie de nos jours, connectées à la première, prennent place. "C'est un projet très ambitieux sur la douleur, la mort et l'espoir en dépit de tout et à cause de tout" raconte la cinéaste au magazine Variety.

Le film est produit par la société française de Fabienne Servan-Scheiber, Cinteve, pour un budget d'environ 10 millions d'euros et un tournage prévue en 2012.

Isabel Coixet a construit sa réputation avec des très beaux films comme My Life without Me, The Secret Life of Words et Elegy. Son dernier essai, Map of the Sounds of the World, en compétition à Cannes en 2009, a, cependant, été un gros échec critique et public.

Guillem Clua a écrit plusieurs pièces (Les invisibles, la peau en flammes) et scénarios de séries TV.