cinéma egyptien » Le Blog d'Ecran Noir

Festival des 3 continents: Le cinéma égyptien sacré avec Tamer El Said et drôle grâce à Yousry Nasrallah

Posté par cynthia, le 30 novembre 2016

Les meilleures choses ont une fin et les festivals n'échappent pas à cette triste règle. Le 38e festival des 3 continents s'est achevé lundi soir dans une ambiance conviviale et chaleureuse. Retour sur un festival qui prône la diversité et l'amour des autres, des valeurs dont nous avons besoin ces temps-ci.

Ce qu'il faut retenir:

  • Nous avons débuté notre dernière journée avec le lent mais tout de même passionnant Bitter Money de Wang Bing (véritable star en soi). Un film documentaire, filmé caméra à la main sur le manque cruellement d'argent en Chine et plus particulièrement la maigre paie des Chinois travaillant dans le textile (cela vous passera l'envie d'acheter des vêtements made in China). Une femme battue par son mari depuis qu'ils ont leur propre affaire (le réalisateur montre que l'argent est une difficulté et qu'il peut être une zone de conflit même dans un foyer), un homme qui n'a pas vu sa femme depuis des lustres afin de travailler ou encore une jeune fille de 15 ans qui ment sur son âge pour travailler. Le sujet est si prenant qu'il est impossible de détester ce film malgré ses langueurs.
  • Les queues pour aller voir les films. Qui aime faire la queue? Personne et surtout pas les journalistes. Mais lorsque l'on connaît les queues de ce festival on ne peut que changer d'avis. Certes, on se fait toujours autant doubler, mais tout le monde (journaliste, retraités, spectateurs) rentre en même temps, le premier est servi. De plus, pour patienter on vous offre un café, un journal et même un carré de chocolat issu du commerce équitable. Imaginez deux minutes si à Cannes il y avait un truc pareil (certes, à Berlin, les food-trucks ne son pas loin): tout le monde rentrerait en même tempes (certains journalistes hauts placés seraient en larmes dans leur hôtel 4 étoiles) et on vous offrirait un verre de jus d'orange (bah oui au mois de mai, c'est approprié) et un canapé de saumon. Autant vous dire que niveau ambiance ce ne serait pas la même chose.
  • L'ambiance bon enfant. Tout comme le festival d'Albi et d'autres en Province, le festival des 3 continents est une jolie réunion de famille où règnent la diversité et l'ouverture d'esprit.

Après avoir rigolé aux éclats devant le film égyptien de Yousry Nasrallah, Le ruisseau, le pré vert et le doux visage, une comédie familiale qui change les codes du genre réunissant la famille et les mariages, la soirée de palmarès a débuté. Le grand gagnant (ému aux larmes) a été le réalisateur égyptien Tamer El Said avec son In last days of the city qui emporte le prix du jury jeune et LE montgolfière d'or (le grand prix du festival). La soirée s'est terminée par des petits canapés, beaucoup de verres et surtout un melting-pot de toutes les origines... et c'est ça qui est beau!

Le palmarès:

Prix du jury jeune: In the last days of city de Tamer El Said

Prix du public: My father's wings de Kivanç Sezer

Mention spécial du jury: El Limonero real de Gustavo Fontan

Montgolfière d'argent: Destruction babies de Tetsuya Mariko (lire notre article sur le film)

Montgolfière d'or: In the last days of city de Tamer El Said

Festival des 3 continents: l’individu dans le chaos du monde

Posté par cynthia, le 28 novembre 2016

Nouvelle journée festivalière qui démarre sous le soleil de Nantes au 38e Festival des 3 Continents. Nous avons voyagé en Egypte et en Turquie mais notre esprit est resté coincé en Chine avec Old Stone (Lao Shi), premier long métrage de Johnny Ma, thriller à l'américaine, bien ficelé jusqu' à son dénouement final à la Nicolas Winding Refn.

Le film s'inspire d'un fait divers accablant qui s'est déroulé à Shanghaï: un homme renverse un individu et décide tout simplement de lui repasser dessus pour l'achever afin d'éviter de payer les frais médicaux de sa victime. Mais, à l'inverse, dans cette macabre histoire, le héros sauve sa victime mais oublie de prévenir au préalable la compagnie de taxi pour laquelle il travaille, ce qui va littéralement lui causer du tort. Obligé de payer les frais médicaux de la victime, Lao Shi bataille avec les forces de l'ordre qui préfèrent recevoir des cigarettes et des fruits plutôt que de remplir un rapport d'accident et tente de retrouver la famille de la victime ainsi que son client bourré, qui a légèrement provoqué la mauvaise conduite du pauvre chauffeur de taxi.

Entre thriller et drame social, nous sommes baladés de minute en minute. L'œil avisé du réalisateur et l'aspect pertinent, prenant et émouvant (on en vient à avoir pitié pour ce héros malgré lui) d'Old Stone nous ont donnés le petit coup de chaud du jour.

Grâce à ce thriller, Johnny Ma, sino-canadien, a remporté le prix du Meilleur premier film à Toronto. Diplômé de la prestigieuse université de Columbia, il s'était fait remarqué avec ses courts métrages dans de nombreux festivals.

Il faut bien dire que le cinéma asiatique est en forme. Mais est-ce la raison pour laquelle les films asiatiques dominent cette cuvée 2016? Pas seulement, nous confirme Jérôme Baron, directeur artistique du festival des 3 continents. Si les films asiatiques sont si présents cette année, c'est parce qu'il s'agit d'un continent extrêmement producteur: "Ils produisent beaucoup de films à l'inverse du continent Africain par exemple." CQFD.

Chercher sa voie

En cette avant dernière journée de compétition, le turc My father's wings de Kivanc Seze nous a aussi séduit. Mondialisée, la ville d'Istanbul s'érige à la verticale avec de nouveaux buildings. Travaillant sur un chantier avec son frère Yusuf, Ibrahim apprend qu'il a un cancer. Le film est centré sur ces deux hommes tiraillés, tout comme leur pays, entre plusieurs voies. Kivanc Seze dresse, dans son premier long-métrage, le portrait calme et lucide de la Turquie d'aujourd'hui et de son évolution. À travers son économie, les questions sociales et les liens amoureux, My father's wings offre une réflexion douce et amère sur un pays torturé.

Question torture, l'étouffant film de Tamer El Said, In the last days of the city propose une sérieuse dose. Avec une mise en scène en dents de scie et manquant de constance, le film dresse le portrait d'un réalisateur perdu entre sa vie et sa ville chaotique, Le Caire, et encombrée. Sans doute parce qu'il est bien trop étouffant, le film échoue à nous passionner.

Festival Ecrans Noir: Les écrans s’allument en Afrique

Posté par vincy, le 26 juillet 2016

La 20e édition du Festival Ecrans Noirs à Yaoundé (Cameroun) s'est terminée samedi. Créé par le réalisateur Bassek Ba Kobhio, l'association Ecrans Noirs, qui organise l'événement, a pour objectif la diffusion des créations cinématographiques de six pays d’Afrique centrale (Cameroun, Gabon, Congo, République démocratique du Congo, République centrafricaine et Tchad) dans un continent qui souffre cruellement d'équipements pour le cinéma.
Cette année, le marocain Hicham El Jebbari a reçu l'Ecran d'or du meilleur film pour Larmes de Satan tandis que le prix du meilleur documentaire a été décerné au français Laurent Chevalier pour La trace de Kandia. La compétition confrontait CEO (Nigéria), Naked Reality (Cameroun), Sans regret, Innocent malgré tout (Cote d'Ivoire), Dealer (Congo), Le Pagne (Niger) et Katutura (Angola). Autant de films qu'on ne verra peut-être pas en France. Au moins CEO a bénéficié d'une avant-première inédite en étant diffusée sur un vol Lagos - Paris de la compagnie Air France (lire aussi le le reportage sur la jet set nigérienne et Nollywood à 10000 m d'altitude sur LeMonde.fr).

Mais si Ecrans Noirs a su s'installer au fil des ans, le problème de la visibilité des films africains perdurent. Manquant de salles, les pays d'Afrique de l'Ouest et du centre compensent avec la vidéo et internet. Youtube se targue d'être le premier diffuseur de films africains et un film qui n'y est pas a peu de chances d'être vu, y compris hors du vaste continent.

Un parc de salles insuffisant mais en progression

Récemment à Yaoundé, le groupe Vivendi a lancé la première de ses salles - Canal Olympia - parmi un grand nombre de cinémas prévus à Conakry en Guinée, à Cotonou au Bénin, à Brazzaville en République du Congo et à Dakar au Sénégal. C'est la première salle au Cameroun depuis 25 ans.
A Libreville au Gabon, il n'existe que la salle du Centre culturel français. A N'Djamena au Tchad, le Normandie n'a rouvert qu'en 2011 après 30 ans de fermeture. Mais les choses bougent. Outre les ambitions de Vivendi, il y a d'autres groupes ou promoteurs qui y voient un futur eldorado. Le cinéma Sea Plaza à Dakar, ouvert en janvier dernier, fait coexister blockbusters et films locaux.
Abidjan compte quelques vraies salles de cinéma, mais en a perdu beaucoup (notamment les légendaires cinémas du quartier de Yopougon). Cependant, le Majestic Ivoire, situé dans l'Hôtel Sofitel, fermé au début des années 2000, a rouvert il y a quelques mois, équipé pour la 3D. Enfin, le Nigéria a engagé un vaste plan de construction de cinémas et dispose de l'industrie la plus structurée (distributeurs, producteurs...).

Depuis le rapport d'Unifrance remis il y a deux ans, les choses ont bougé.

timbuktuUn problème de visibilité que compense en partie Internet

Pourtant, vu le retard pris, les producteurs misent avant tout sur la télévision, la vidéo et le web. Internet est d'autant plus crucial qu'il permet de toucher les expatriés dans le monde entier et surtout de faire connaître à l'international les productions nationales. Car là aussi, hormis quelques cas comme Timbuktu ou Un homme qui crie, peu de films d'Afrique de l'Ouest ou d'Afrique centrale parviennent à attirer des publics européens ou américains, quand ils sont distribués. Grâce à des liens de plus en plus intenses entre la Chine et l'Afrique, l'avenir serait peut-être en Asie: "L’industrie africaine du cinéma est une opportunité unique pour les investissements chinois sur le continent, expliquait il y a un an le professeur Nusa Tukic qui étudie les relations culturelles entre la Chine et l’Afrique à l’université Stellenbosh en Afrique du Sud. Et il existe de plus en plus de films qui prennent la Chine comme décor."

Chine et France

Dans cet article, il était rappelé que de plus en plus de sociétés chinoises investissent dans le secteur de la diffusion en Afrique, à l'instar de Star Times. "Les entreprises chinoises et nigerianes opèrent déjà conjointement des réseaux satellites, avec des signaux numériques de télévision couvrant 84% du continent africain. Le mariage de Nollywood et Chinawood devrait permettre d’alimenter les tuyaux. Certains l’ont bien compris. Le cinéaste Abderrahmane Sissako travaille en ce moment sur un nouveau projet de long-métrage ayant pour cadre la Chine et l’Afrique: « Avant tout une histoire d’amour, explique-t-il. Je veux montrer la mondialisation, la réalité d’un monde qui change. »"

Car hormis les trois grands producteurs du continent - Maroc, Nigéria, Afrique du sud - le cinéma africain souffre d'une dépendance vis-à-vis des aides internationales (et essentiellement françaises et européennes). Le CNC, à travers sa commission "Aide aux cinémas du monde" dispose d'un budget total de 6 millions d’euros. Ce sont surtout des films du Maghreb qui sont aidés. L'an dernier, le CNC a ainsi apporté son aide à Hedi de Mohamed Ben Attia (Tunisie), Ali, la chèvre et Ibrahim de Sherif El Bendary et Clash de Mohamed Diab (Egypte), La Miséricorde de la jungle de Joel Karekezi (Rwanda), Ladji Nyè de Daouda Coulibaly (Mali), Banc d'attente de Suhaib Gasmelbari Mustafa (Soudan), Dent pour dent de Mamadou Ottis Ba et Félicité de Alain Gomis (Sénégal), Indivision de Leila Kilani et Vigile de Faouzi Bensaïdi (Maroc), L'Abattoir de Lahsen hassen Ferhani et Le Fort des fous de Narimane Mari (Algérie).

Reconnaissance

Il y a un peu de lumière au bout du tunnel: le cinéma tunisien et le cinéma égyptien renaissent et sont de nouveau en vedette dans les grands festivals européens. Hedi a ainsi emporté deux prix à Berlin en février (dont celui du meilleur premier film). Des festivals - Marrakech, mais aussi Abu Dhabi et Dubai, permettent de mettre davantage à l'honneur ce cinéma méconnu auprès des professionnels. Et le Fespaco de Ouagadougou reste un événement incontournable chaque année.

En France, des festivals comme le Festival International Des Films De La Diaspora Africaine (en septembre à Paris), le Festival des Cinémas d'Afrique du Pays d'Apt (en novembre) ou Cinemas et Cultures d'Afrique (en mai à Angers) contribuent au rayonnement du cinéma de ce continent.

Omar Sharif se couche (1932-2015)

Posté par vincy, le 10 juillet 2015

Il était beau, il était brun, il sentait bon le sable chaud. Omar Sharif aura été l'incarnation de la star mondialisée avant l'heure, avec sa gloire, les paillettes, les excès, et sa déchéance, la maladie, le vice du jeu... Nomade sans frontières qui a vécu en France, aux Etats-Unis, en Italie, polyglotte et résidant dans les Palaces, l'acteur égyptien doit toute sa carrière internationale à David Lean. Mais c'est Youssef Chahine qui l'a fait naître. Deux grands noms du cinéma qui ont créé l'image qu'il projetait au fil des décennies.

Chahine et Hamama

Né Michel Chalhoub le 10 avril 1932 à Alexandrie, entre Sahara et Méditerranéen, dans une famille d'origine libanaise, il est mort d'une crise cardiaque dans une clinique du Caire ce vendredi 10 juillet, à l'âge de 83 ans. Il souffrait d'Alzheimer et s'affaiblissait gravement depuis quelques semaines. La maladie lui avait fait prendre sa retraite, après 70 films, en 2012.

Omar Sharif a commencé sa carrière cinématographique en 1954, il y a plus de 60 ans, avec Ciel d'enfer, de Youssef Chahine, avec Faten Hamama, récemment disparue. Le film est en sélection à Cannes. Il se marie avec elle, véritable icône du cinéma égyptien. A cette occasion, ce catholique melkite s'était converti à l'islam. Il tourne avec elle son premier film occidental, La châtelaine du Liban de Richard Pottier, en 1956. Entre temps, il est à l'affiche de deux autres films de Chahine, Le Démon du désert et Les eaux noirs.

David Lean

Mais c'est évidemment six ans plus tard qu'Omar Sharif va briller dans le monde entier, avec un second rôle mémorable dans Lawrence d'Arabie de David Lean. Il empoche un Golden Globe et une nomination à l'Oscar au passage. Une première pour un comédien africain. Omar Sharif a également reçu Lion d'or au festival du film de Venise pour l'ensemble de sa carrière en 2003 et un César français du meilleur acteur pour Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran de François Dupeyron.

"Si je parle anglais, c'est parce que ma mère, qui voulait que je sois le plus beau, trouvait que j'étais trop gros lorsque j'étais enfant. Alors, elle m'a envoyé en pensionnat à l'école anglaise, parce qu'on y mangeait mal" expliquait-il au journal Libération en 2001. Cette pratique de l'anglais lui permet d'être enrôlé par David Lean, qui cherchait absolument un bel acteur arabe anglophone. En incarnant le prince altier Ali Ibn El-Kharish dans Lawrence d'Arabie, il s'impose comme un véritable alter-égo à l'autre révélation du film, Peter O'Toole. Trois ans plus tard, le cinéaste britannique l'engage de nouveau pour le rôle principal du médecin aventureux de Docteur Jivago, autre immense succès populaire. Et cette fois-ci, c'est le Golden Globe du meilleur acteur qu'il emporte dans ses valises.

Deneuve, Aimée, Huppert...

En signant à l'époque un contrat avec la Columbia, une première pour un acteur arabe, et en s'installant aux Etats-Unis, Omar Sharif devient vite une star de grandes fresques historiques incarnant Sohamus dans La chute de l'Empire romain d'Anthony Mann, Genghis Khan dans le film éponyme d'Henry Levin, l'emir Alla Hou dans La Fabuleuse aventure de Marco Polo de Denys de la Patellière et Noël Coward, Che Guevara dans Che! de Richard Fleisher, l'archiduc Rodolphe embrassant Catherine Deneuve dans Mayerling de Terence Young (avec qui il a tourné de nombreux films)...

Sa filmographie est impressionnante côté réalisateurs: Fred Zinnemann pour Et vint le jour de la vengeance, Francesco Rosi pour La belle et le cavalier, Sidney Lumet pour Le rendez-vous aux côtés d'Anouk Aimée, John Frankenheimer pour Les cavaliers, Henri Verneuil en flic grec pourri pour Le Casse opposé à Jean-Paul Belmondo, Blake Edward pour Top Secret et Quand la panthère rose s'en mêle, Andrzej Wajda pour Les Possédées avec Isabelle Huppert... Et on pourrait aussi citer Alejandro Jodorowsky, John McTiernan, Juan Antonio Bardem, Richard Lester, ... Pourtant, il ne se foulait pas. Il aurait pu avoir plus d'audace mais il confessait: "Ce que j’aime dans le métier d’acteur, c’est que je ne fous rien."

Streisand et la rupture égyptienne

En 1968, avec Funny Girl de William Wyler, il interprète un juif de la diaspora soutenant Israël, face à Barbra Streisand. Triomphe aux USA mais en pleine guerre des Six jours, le film provoque une énorme polémique dans son pays. Il est alors interdit de séjour en Egypte durant 9 ans. Il y est indifférent, ne supportant pas le régime autoritaire du pays.

Barbra Streisand s'est exprimé ce soir sur le décès de son première partenaire masculin au cinéma: "Il était beau, sophistiqué et charmant. Il était fier d'être Egyptien et pour certains le fait de l'avoir choisi était considéré comme controversé. (...) J'ai été chanceuse d'vaoir l'opportunité de travailler avec Omar, et je suis profondément triste d'apprendre sa mort."

Champion de bridge et ambassadeur du tiercé

Si cette carrière semble si chaotique, c'est aussi parce que ce seigneur d'un autre temps, aristocrate atemporel, avait le jeu dans le sang, au point, parfois, de perdre beaucoup. "Je préfère jouer au bridge que de faire un mauvais film" disait-il. Mais parfois il était bien obligé de faire un mauvais film pour jouer au bridge ou rembourser ses dettes (il ne faut pas oublier que la Columbia l'a exploité avec un contrat de cinq ans délibérément sous-évalué. Il a tourné Docteur Jivago pour des miettes de pain). Les Français se souviennent de la publicité pour Tiercé magazine. Cependant, ce champion de bridge (il a écrit de nombreux livres sur le sujet), habitué des casinos pour fuir sa solitude, était aussi propriétaire d'une importante écurie de chevaux de course.

Mais Omar Sharif était un affectueux. Fidèle aussi. S'il avait besoin de cash et tournait des films médiocres, accepter des petits rôles (Aux sources du Nil de Bob Rafelson, Hidalgo de Joe Johnston), il pouvait aussi s'impliquer complètement dans des personnages qui lui tenaient à coeur. Ainsi, avec Claudia Cardinale, il forme le couple du diptyque biographique d'Henri Verneuil, Mayrig et 588, rue Paradis. Et puis il peut aussi être la voix du lion dans le Monde de Narnia ou le narrateur dans 10000 de Roland Emmerich, ou, pire, jouer pour Arielle Dombasle (deux fois). On préfère son passage éclair et parodique dans Top Secret de Zucker-Abrahams-Zucker.

Tolérance et charisme

Mais son dernier grand rôle, celui qu'il aimait le plus était bien ce monsieur Ibrahim de François Dupeyron, vieil épicier arabe qui se lie d'amitié avec un jeune garçon juif.

Car il aura plaider constamment pour la tolérance entre les peuples, peu importe leur confession religieuse ou leur sexualité. Il a ainsi assumé publiquement l'homosexualité de son fils, Tarek, né de son mariage avec Faten Hamama, quitte à être incompris de ses compatriotes. Toujours engagé, contre les guerres de George Bush, il a soutenu ailleurs par le Printemps arabe (lire notre actualité du 30 janvier 2011).

Son autobiographie s'intitulait "L'éternel masculin". Physiquement, il y avait de ça. Il avait une aura incroyable, un charisme unique, une séduction diabolique, un humour sarcastique, parfois un tempérament ombrageux. L'homme était plus complexe. Selon lui, on lui a collé une image déformante, une vie qui n'était pas la sienne. Issu de l'élite, diplômé en sciences, curieux de tout, mais lassé de beaucoup de choses, y compris des paysages, il ne cherchait finalement qu'une chose: "Je veux qu'aujourd'hui soit comme hier. Est-ce trop demandé?" Mais aujourd'hui ne fut pas comme hier.

Faten Hamama (1931-2015), la grande dame du cinéma arabe s’en va

Posté par vincy, le 18 janvier 2015

faten hamama omar sharif

L'actrice égyptienne Faten Hamama, icône du cinéma arabe, muse de Youssef Chahine et d'Henry Barakat, et bien entendu ex-femme du célèbre acteur Omar Sharif, est décédée samedi à l'âge de 83 ans, a indiqué à l'AFP son fils. Elégante et discrète, gracieuse et humble, elle pouvait incarner des femmes émancipées ou suaves dans des films très différents, allant jusqu'à interpréter parfois deux rôles (soeur ou mère et fille) dans un même film.

Figures de l'âge d'or du cinéma égyptien, a surtout été célèbre entre les années 1950 et 1970, lorsqu'elle jouait aussi bien dans des comédies romantiques et musicales, notamment avec le "crooner" Abdel Halim Hafez, que dans des mélos, des drames historiques ou des films engagés, dénonçant les inégalités sociales ou défendant les droits des femmes.

Son film Je veux une solution (Orid hallan) de Said Marzouk (1975), qui narre le parcours de combattant d'une Egyptienne tentant d'obtenir le divorce de son mari, avait d'ailleurs permis une révision de la législation pour permettre aux femmes de demander le divorce.

A partir des années 70, elle avait décidé de ne jouer que dans des films reflétant les valeurs de la société. Faten Hamama avait quitté l'Egypte entre 1966 et 1971, partageant sa vie entre le Liban et Londres, à cause de pressions politiques à l'époque. De nombreux intellectuels avaient réclamé au président Nasser son retour au pays, la qualifiant de "trésor national".

Egérie des plus grands cinéastes, à l'affiche des plus grands films égyptiens

"La grande dame du cinéma arabe", telle qu'elle était surnommée, avait à peine 10 ans lorsqu'elle a commencé sa carrière au cinéma grâce à Mohammed Karim, qui lui fit tourné ses premiers films dans les années 40. Depuis elle est apparue dans une centaine de films, dont plusieurs signés Youssef Chahine, Kamal El Sheikh, Salah Abouseif et Henry Barakat. Grâce à Barakat (leur collaboration s'est étendue sur cinq décennies), elle fut en compétition à Cannes en 1965 (El haram) et à Berlin en 1960 (Doa al karawan (The Curlew's Cry)). Il l'a également dirigée dans El bab el maftuh (The Open Door, 1964). Kamal El Sheikh l'avait aussi conduite sur les marches cannoises en 1964 avec La dernière nuit. Mais c'est bien avec Chahine qu'elle fut révélée avec des films comme Papa Amin, premier film du cinéaste (1950), Le fils du Nil (1951, en compétition à Cannes), Le grand bouffon (1952), Ciel d'enfer (avec Omar Sharif, 1954, en compétition à Cannes) et Les eaux noires (1956). Le réalisateur disait d'elle qu'elle était son actrice favorite et la meilleure actrice égyptienne de tous les temps.

Elle a évidemment partagé plusieurs fois l'affiche avec son ex-mari Omar Sharif (notamment Nos plus beaux jours de Helmy Halim en 1955 et Le Fleuve de l'amour, de Ezzel Dine Zulficar, en 1961, une variation du roman de Léon Tolstoï Anna Karenine), qui s'était converti à l'islam pour l'épouser en 1955. Le couple a divorcé en 1974. Cela n'empêchait pas Omar Sharif de la décrire comme le seul amour de sa vie.

Elle était considérée comme "l'actrice la plus importante du pays" durant la commémoration du centenaire de la naissance du cinéma égyptien en 1996, pour sa contribution au plus grand nombre de films classés parmi les 100 meilleures oeuvres du cinéma égyptien durant ces 100 dernières années. Elle avait reçu sa récompense lors du Festival du film du Caire, qui lui avait décerné un prix d'interprétation en 1977 et un prix honorifique en 1991. Au Festival de Téhéran, elle avait été trois fois primée au cours de sa carrière. Le Festival de Dubaï lui a remis un prix d'honneur en 2009.

Depuis les années 80, elle ne tournait quasiment plus. Ses dernières apparitions furent réservées au petit écran.

Polémique à Cannes : Yousry Nasrallah ne veut pas que son film soit projeté en Israël

Posté par vincy, le 17 mai 2012

Première polémique, dès le deuxième jour. Et, soyons honnête, on est étonné. Le réalisateur égyptien Yousry Nasrallah, qui présente ce soir son film Après la bataille en compétition, a affirmé en conférence de presse qu'il ne voulait pas que le film soit vendu à Israël. C'est d'autant plus surprenant que dans son film, l'héroïne, Reem, journaliste engagée, incarnée par Menna Chalaby, vante la tolérance vis-à-vis des minorités comme les Chrétiens d'Egypte et le rapprochement des peuples et des citoyens, peu importe leurs origines ou leurs croyances, mais aussi l'éducation comme seule vertu cardinale pour sortir de l'obscurantisme.

Après la bataille retrace les mois qui ont suivi les débuts de la Révolution égyptienne en 2011.

Mais Nasrallah estime qu'Israël n'est "pas un allié" de la révolution égyptienne. Le pays, sans doute, mais ses habitants? La culture ne devrait jamais être prise en otage par les idées politiques ou les pouvoirs en place : c'est un outil de partage et de de connaissance qui dépasse les frontières. C'est une forme d'instruction, valeur mise en avant durant tout le long-métrage du cinéaste.

Durant sa conférence de presse, le cinéaste explique : "Je ne sais pas du tout si le film a été vendu à Israël mais si vous voulez connaître mon avis, non je ne veux pas qu'il soit vendu à Israël. Pas tant que les Israéliens occupent encore les territoires palestiniens". Plusieurs journalistes ont applaudit alors que ces propos contredisent le message porté par le film.

Evidemment, Nasrallah précise et atténue son propos : "De merveilleux réalisateurs israéliens sont mes amis, Avi Mograbi par exemple ou Amos Gitaï. Ce n'est moi qui décide si les films sont vendus ou pas en Israël. De tout façon, ils sont montrés là-bas".

Il ajoute qu'il "ne pense pas, qu'au moment où les Egyptiens sont encore en train d'essayer de franchir la première étape vers une libération vis-à-vis de leur propre régime, de l'oppression et d'une gouvernance militaire, Israël soit un allié pour cette libération".

Il y a sans doute d'autres moyens pour stigmatiser la politique du gouvernement israélien que de priver les spectateurs israéliens d'un tel film, montrant les contradictions qui traversent la société du pays voisin. Nasrallah aurait, au contraire, tout intérêt à le montrer dans les Festivals et les Cinémathèques du pays Hébreu, tout en lançant des débats et ainsi devenir un témoin public de cette Révolution.

Cannes 2011 : de Honoré à Prodigies, ajouts à la sélection officielle

Posté par vincy, le 29 avril 2011

La sélection officielle du Festival de Cannes a procédé à quelques ajouts. Ces nouveaux films enrichissent la variété des genres. Ainsi le film de clôture sera Les Bien-aimés, de Christophe Honoré, qui revient 4 ans après Les chansons d'amour (en compétition). Il est aussi venu à Un certain Regard avec 17 fois Cécile Cassard (2002) et à la Quinzaine avec Ma mère (2004) et Dans Paris (2006). Cela promet une belle montée des marches avec Catherine Deneuve, Ludivine Sagnier, Chiara Mastroiani, Milos Forman, Louis Garrel, Michel Delpech, Paul Schneider et le compositeur Alex Beaupain. Le film nous fera voyager du Prague des années 60 au Paris d'aujourd'hui en passant par le Londres des années 80. Une comédie mélancolique, romanesque et musicale qui permettra sans doute à Catherine Deneuve de remettre un prix lors de la soirée de clôture, aux côtés de Robert De Niro, avec qui elle a partagé une barque dans Les cent et une nuits de Simon Cinéma, d'Agnès Varda en 1995.

Cannes a aussi précisé le contenu de sa nouvelle sélection consacrée à un pays invité. Cette année, l'Egypte. Ce pays qui a aspiré à un profond changement cet hiver en revendiquant son besoin de liberté et son désir de démocratie a toujours été une puissance influente dans la cinéphilie. Sous le regard bienveillant de Youssef Chahine, primé par une Palme du 50e anniversaire en 1997, l'hommage, qui aura le 18 mai avec la projection de 18 jours, oeyvres collectives rassemblant les courts métrages de Sherif Arafa, Yousry Nasrallah, Mariam Abou Ouf, Marwan Hamed, Mohamed Aly, Kamla Abou Zikri, Sherif El Bendari, Khaled Marei, Ahmad Abdallah et de Ahmad Alaa. Dix courts métrages réalisés bénévolement par dix cinéastes, vingt comédiens, six écrivains, huit chefs opérateurs, huit ingénieurs son, cinq décorateurs, trois costumières, sept monteurs, trois sociétés de postproduction et une dizaine de techniciens. 18 jours retrace, sous forme de fiction, la révolution du 25 janvier. "Les recettes de ce film seront consacrées à l’organisation de convois d’éducation politique et civiques dans les villages égyptiens" indique le communiqué du Festival.

Dans la sélection de Cannes Classics, il y aura la projection d’une copie neuve du Facteur (Al Bostagui) de Hussein Kamal (Egypte, 1968) et au cinéma de la plage, on pourra voir Le Cri d’une fourmi de Sameh Abdel Aziz (Egypte, 2011). de plus, un concert de West El Bala fera l’ouverture de la Fête des Sélections qui sera donné le 18 mai dans le cadre de
la Sélection officielle.

Par ailleurs, deux séances spéciales ont été rajoutées : Plus jamais peur de Mourad Ben Cheikh (Tunisie), documentaire inédit relatant la Révolution tunisienne et The Big Fix (Surdose) de Josh Tickell (USA), documentaire produit par Peter Fonda.

Enfin, deux séances scolaires destinées aux lycéens sont prévues : Les Hommes libres de Ismäel Ferrouki avec Michael Lonsdale et Tahar Rahim et Prodigies (La Nuit des enfants rois) d’Antoine Charreyron.

Un comité d’écriture de scénarios égypto-francilien

Posté par vincy, le 17 août 2010

La région Ile-de-France et l'Egypte ont décidé de former un "comité d'écriture de scénarios" composé d'auteurs des deux pays afin de renforcer la coopération cinématographique franco-égyptienne.

La coopération entre les deux pays a été initiée dès 1983 dans les domaines de la co-production, du tournage et du montage.

Le comité sera composé de quatre auteurs égyptiens et de quatre français ; il aura la charge de sélectionner les projets à fort potentiel et de s'assurer de leur faisabilité et du développement. Les auteurs français seront issus de l'Union-Guilde des scénaristes (UGS).

L'objectif est de renouer avec la qualité du cinéma égyptien des années 1950 et ainsi, pouvoir l'exporter, mais aussi attirer les productions égyptiennes dans la région de Paris.

En mai, l'Egypte avait d'ailleurs été l'invitée d'honneur de la Commission du film d'Ile-de-France à l'occasion du Festival de Cannes.

Cette annonce est une nouvelle rassurante. En effet, le festival français du cinéma, Rencontres de l'image, avait subit, au printemps dernier, une crise quasiment diplomatique. Programme réduit, jury absent, prix annulés: des cinéastes égyptiens ont boycotté l'événement, qui a été contraint de réduire la voilure, car ils étaient hostiles à la projection d'un film réalisé par une Israélienne.

La programmation du court-métrage intitulé Presque normal, de Keren Ben Rafael, présenté par la Fémis, a provoqué le retrait de tous les membres égyptiens du jury et de tous les films égyptien. De 49 films initialement programmés sur sept jours, la manifestation n'en a présenté que 17 sur deux jours.

Moyen-Orient (4/4) : Abboudi Abou Jaoudé dispose d’un trésor de 20 000 affiches de films…

Posté par vincy, le 17 juillet 2010

Abboudi  Abou Jaoudé affiches de filmsAbboudi Abou Jaoudé est un cinéphile pur et dur. Dans son sous-sol de Beyrouth, il a entassé 20 000 affiches de 5 000 films, certaines remontant aux années 30. Il a probablement la plus grande collection de posters de films libanais mais aussi de précieuses raretés syriennes, irakiennes, et surtout égyptiennes.

Cet éditeur du quartier d'Hamra regrette le temps où les dizaines de cinéma de la capitale libanaise lui permettait de manquer la messe du dimanche. Il a débuté sa collection dans les années 50 : des affiches aux couleurs vives conçues par des artistes de l'époque offrent l'occasion d'un voyage en arrière et reflètent les différents styles et cultures populaires du siècle dernier. On revoit ainsi les stars d'une époque : Fairouz, Sabah, Samira Toufic, Chams el-Baroudi et Abdelhalim Hafez

Sa plus ancienne est celle du film égyptien de 1933, Al Warda al-Baydaa (La Rose Blanche). La plus vieille affiche d'un film libanais remonte à 1958, Al Shams La Tagheeb (Le soleil ne se couche jamais). A travers cette collection, il remarque que le monde arabe est devenu conservateur et censurerait la plupart, où des actrices peu vêtues posaient avec provocation pour aguicher le spectateur.

Depuis les années 70, il voyage à travers le Moyen Orient pour enrichir sa collection, qui comprend aussi des films occidentaux comme Les temps modernes de Charlie Chaplin. Un patrimoine inestimable aujourd'hui pour comprendre le cinéma arabe. Il souhaiterait créer un institut pour les entreposer, et surtout les préserver. L'ambassade de France envisage de l'aider en finançant une partie de ce projet.