Asian Film Awards 2019: quatre films cannois récompensés

Posté par vincy, le 17 mars 2019

Une affaire de famille a triomphé aux Asian Film Awards cette nuit à Hong Kong, dans un match qui opposaient les cinémas japonais, chinois et coréen. Le film de Hirokazu Kore-eda, Palme d'or l'an dernier à Cannes, est reparti avec le convoité prix du meilleur film, en plus de celui de la meilleure musique. C'est la première fois que le cinéaste remporte ce prix. Un seul autre Japonais avait été sacré depuis la création de la cérémonie en 2006 (Kiyoshi Kurosawa en 2008). C'est aussi la première fois depuis 2011 qu'un film non produit par la Chine est couronné.

Autre cinéaste en compétition à Cannes l'an dernier, le sud-coréen Lee Chang-dong a remporté le prix de la mise en scène pour Burning pour la troisième fois de sa carrière. Le film était favori avec 8 nominations, en plus d'un prix pour l'ensemble de la carrière du cinéaste. Les Asian Film Awards ont aussi distingué la Kazakh Samal Yeslyamova pour son rôle dans Ayka. Elle avait été récompensé à Cannes avec un prix d'interprétation féminine. Cannes a aussi dominé dans la catégorie scénario avec Les éternels de Jia Zhangke.

Sinon, le japonais Koji Yakusho a reçu le prix du meilleur acteur (The Blood of Wolves), en plus d'un prix d'excellence pour l'ensemble de sa carrière. Le chinois Zhang Yu a obtenu le prix du meilleur second-rôle masculin (Dying to Survive) et la hong-kongaise Kara Wai le prix du meilleur second-rôle féminin (Tracey), où elle incarne l'épouse d'une femme transsexuelle. Le cinéma de Chine continentale et d'Hong Kong a d'ailleurs numériquement remporté la partie avec un prix du Meilleur nouveau réalisateur à  Oliver Chan pour Still Human, celui du Meilleur premier film pour le blockbuster Operation Red Sea de Johnny Huang (également primé comme film le plus populaire de l'année), les prix de la meilleure image, du meilleur son, des meilleurs décors et des meilleurs costumes pour Shadow de Zhang Yimou et le prix des meilleurs effets visuels (Project Gutenberg).

Le japonais Tsukamoto Shinya a réussi à obtenir le prix du meilleur montage avec Killing. Les AFA ont aussi consacré deux stars de la K Pop, Kim Jaejoong (Prix nouvelle génération) et Park Seo-joon (Prix du meilleur Espoir).

Berlinale 2019: le divin, l’idole et la grâce

Posté par vincy, le 15 février 2019

La religion s’invite plusieurs fois dans cette 69e Berlinale. Le XXIe siècle est décidément spirituel. François Ozon a dressé le portrait d’une communauté de gens victimes d’une église toute puissante dans Grâce à Dieu. Isabel Coixtet a dénoncé l’obscurantisme de l’église catholique espagnole dans Elisa y Marcela. Teona Strugar Mitevska opte plutôt pour le sexisme de cette patriarcale église dans Dieu existe, son nom est Petrunya. On pourrait aussi évoquer la religion comme substitut aux parents absent dans L’adieu à la nuit d’André Téchiné.

Dans les derniers jours du festival, trois films ont parlé de Dieu à leur manière. Avec une foi débordante dans Divino Amor. Avec une croyance relative dans Woo Sang. Avec une ferveur communicative dans Amazing Grace.

Ce qu'on attend de Dieu. Le film brésilien de Gabriel Mascaro, sélectionné en Panorama, Divino Amor, est un conte futuriste (tout se passe en 2027) autour d'une femme qui aime son travail de bureaucrate, son mari et Dieu, mais souffre de ne pas avoir d'enfants. Le film qu'on aurait pu espérer un peu critique ou tout du moins distant avec la religion en devient finalement un porte-étendard. Mascaro s'avère bien plus ironique avec le monde marchand (tout s'échange) et orwellien (tout est su). Le divin ici est convoqué pour tout: ne pas divorcer comme vouloir un bébé, baiser (y compris avec d'autres partenaires, en toute bienveillance) comme danser (dans d'immenses "party" dédiées à Jésus). Il sauve les couples. Hélas le Mascaro devient une mascarade. Là où l'on voyait une forme de satire, ce n'était que du prosélytisme, à l'image de son héroïne qui se sert de son boulot de notaire gouvernementale pour prêcher la morale biblique aux citoyens. On peut toujours croire qu'elle porte sincèrement cet amour divin en elle. Mais le réalisateur force le spectateur à y croire, ce qui change totalement le point de vue, et l'intention.

Ce que Dieu nous inflige. Passons de la foi absolue à la croyance, disons pragmatique. Toujours en Panorama, le sud coréen Lee Su-jin propose un polar palpitant et néanmoins classique, Woo sang (Idol). On y suit un père de famille aux ambitions politiques bien affirmées, en route pour le poste de Gouverneur. Malheureusement, son fils a tué quelqu'un sur la route. De là commence une enquête aux multiples ramifications, ponctuée de quelques rebondissements (et autant de fausses pistes). Tout le monde a sa part de pourriture et de moisissure en lui. Certains ont juste quelques limites morales, sans doute parce qu'ils ont l'argent, le pouvoir, qu'ils n'ont pas besoin de survivre. On ne sait trop si l'idole est la statue d'un vieil amiral explosée, ce politicien verni et populaire ou les enfants bien malmenés par leurs propres crimes. Celui il croit en Jésus a plus de scrupules que les autres quand il s'agit de franchir la ligne jaune ou de traverser hors des clous. Mais au final, il a beau aller à la messe, il cache sa bible quand il faut kidnapper ou tuer, sans doute persuadé d'être dans son droit. Le sang coule beaucoup, et il n'est pas christique.

Dieu est une femme noire. Finissons avec Aretha Franklin, star d'Amazing Grace. La Reine est morte l'été dernier et la Berlinale a choisi ce film d'Alan Elliott et de Sydney Pollack hors compétition. Il aura fallu 46 ans pour voir ce concert de gospel au New Temple Missionary Baptist Church de Los Angeles. Des complications techniques ont empêché le film d'aboutir alors que le disque enregistré a été un énorme succès aux Etats-Unis. Si voir un concert (enfin deux ici) au cinéma est toujours une expérience étrange, complètement passive, on peut au moins revoir avec plaisir Aretha et son génie prendre tout l'espace de cette église et partager ses saintes paroles à un public presque en transe. Assurément cette grande idole avait une étonnante grâce quand elle chantait. Nul besoin de nous faire croire à la Vierge Marie ou prier sans confesser ses hypocrisies, sa voix était divine.

3 raisons d’aller (re)voir JSA de Park Chan-wook

Posté par kristofy, le 27 juin 2018

En ce moment la France se redécouvre une nouvelle passion pour le foot à travers la Coupe du monde à la télévision. Dans les bars où avec des amis, on partage une certaine ferveur pour les joueurs de l'équipe de France : certains évoquent la célèbre année 1998 où la France est devenue championne du monde quand d'autres étaient trop jeunes à cette période... Il s'est passé le même genre de phénomène au début des années 2000 au cinéma : une nouvelle vague de cinéastes de Corée du Sud déferlait et leurs films sortaient dans nos salles de cinéma avec succès.

C'est en fait Park Chan-wook est qui est devenu le pionnier de cette nouvelle vague coréenne avec JSA (ses films suivants Old boy, Thirst, Mademoiselle feront frissonner ensuite le Festival de Cannes...). JSA avait d'ailleurs reçu en France plusieurs récompenses de l'ex Festival asiatique de Deauville avant d'être disponible dans un beau coffret DVD, mais n'avait pas connu la belle sortie au cinéma qu'il méritait. C'est désormais - enfin! - chose faite : le film arrive sur les grands écrans, dans une version restaurée 4K.

- la reconnaissance du cinéma sud-coréen : Après l'impact du film d'action Shiri en 1999 (avec Choi Min-sik et Song kang-ho, stars en devenir notamment chez Park Chan-wook...), il y avait eu cet autre "plus gros succès du cinéma coréen" (du moment) : JSA de Park Chan-wook, avant l'invasion des Kim Ki-duk, Kim Jee-woon, Bong Joon-ho, Ryu Seung-wan, Na Hong-jin... Leur influence va peu à peu s'étendre sur tout le cinéma mondial.  Avec Old boy, Park Chan-wook est couronné d'un Grand Prix du jury de Quentin Tarantino à Cannes, Kim Ki-duk sacré Lion d'or à Venise par le jury de Michael Mann pour Pieta, la romance ado My sassy girl a été l'objet d'un remake américain (réalisé par le français Yann Samuell), tout comme Old Boy, Bong Joon-ho fut le premier a être coproduit par des américains pour Snowpiercer le Transperceneige et Okja, le thriller de psychopathe-qui-donne-des-coups-de-marteaux est devenu un genre de plus en plus violent avec The Chaser et J'ai rencontré le diable... Qu'il s'agisse du film catastrophe à grand spectacle (The tower, The last day, Pandémie, The Tunnel...) ou de film de combats en costumes d'époque (2009:Lost memories, Le roi et le clown, The Admiral:Roaring Currents...) le savoir-faire coréen tend à surpasser les productions américaines. Et tout a commencé symboliquement quand un large public sud-coréen a fait de JSA un énorme succès (près de 6 millions d'entrées en 2000).

- l'actualité de la frontière entre Corée du Sud et Corée du Nord : La péninsule coréenne a subi plusieurs occupations étrangères de son territoire (par les japonais, les soviétiques, des américains...) et depuis 1945 la Corée a été divisée en deux pays devenus ennemis. Au début de l'année 2000, JSA, de par son succès, est l'une des premières oeuvres qui fait de cette frontière non seulement un élément de décor déterminant mais qui envisage aussi une possible réunification des deux pays en guerre dans le futur... Justement cette année 2018 révèle à quelques mois d'intervalles deux autres films sur ce sujet de division/réunification des deux Corées : Gongjak, the spy gone north qui était en séance de minuit à Cannes et In-Rang: Jin-Roh, la brigade des loups de Kim Jee-woon. La politique a depuis rattrapé la fiction en avril  la poignée de main historique entre le dirigeant du Nord et celui du Sud, puis en juin la rencontre entre celui du Nord avec son ex-ennemi le président des USA en prélude a une éventuelle dénucléarisation de la péninsule : le fin de la guerre ? Justement dans JSA, film d'anticipation qui rappelle que la réalité rejoint parfois la fiction, il s'est passé quelque chose dans la zone commune de sécurité (la Joint Security Area) à la frontière qui divise les deux Corée : des soldats de l’armée nord-coréenne sont retrouvés morts, et le coupable serait un soldat du sud. Cet incident provoque une crise diplomatique majeure entre les deux pays, que s'est-il vraiment passé ?

- Park Chan-wook, l'esthète du suspense : Le cinéma coréen se réinvente aux yeux du public international chaque année avec des nouveaux cinéastes qui s'imposent (dernièrement Yeon Sang-ho par exemple avec Le dernier train pour Busan). Ils sont surtout trois à sortir à tour de rôle film sur film pour réécrire les codes du thriller tout en les alliant avec le divertissement et/ou la démesure pour ce qui concerne Kim Jee-woon et Bong Joon-ho. Park Chan-wook semble plutôt explorer encore et encore les multiples facettes du suspense. Presque toute sa filmographie est portée par des complots dont on découvre les rouages au fur et à mesure du montage qui alterne flashbacks et faux-semblants : JSA, Sympathy for mister Vengeance, Old Boy, Lady Vengeance, Thirst ceci est mon sang, aussi son film américain Stoker, Mademoiselle... Le sens de la virtuosité de Park Chan-wook s'est affiné de plus en plus mais déjà ce JSA porte comme une empreinte séminale de son oeuvre à venir. Par exemple en jouant avec la temporalité et une chronologie éclatée. Deux répliques sont d'ailleurs particulièrement symboliques : “notre travail n’est pas de savoir qui mais pourquoi ?” et “ici on préserve la paix en cachant la vérité”. Le film JSA est justement porté par une manipulation et une dissimulation, entre soldats ennemis et leurs supérieurs. Que s'est-il vraiment passé et quelles seront les conséquences ? A votre tour de mener l'enquête, à partir du mercredi 27 juin dans les salles de cinéma.

Bong Joon-ho démarre le tournage de Parasite

Posté par vincy, le 31 mai 2018

Le cinéaste sud-coréen Bong Joon-ho a commencé le tournage de son nouveau film, Parasite, son premier depuis Okja, diffusé sur Netflix et en compéttition à Cannes en 2017. Il retrouve l'acteur Song Kang-ho, qu'il a déjà dirigé dans Memories of Murder, The Host et Snowpiercer. Song Kang-ho a tourné avec tous les grands cinéastes de son pays: Kim Jee-woon, Park Chan-wook, Lee Chang-dong, ou encore Hong Sang-soo.

Parasite est un drame familial et horrifique. Les quatre membres d'une famille ont tous une particularité unique. Le tournage a débuté dimanche dernier et prévoit de nombreuses scènes sous-marines.

Song Khang-ho interprétera le père tandis que Jang Hye-jin sera la mère et Choi Woo-shik (Okja, Dernier train pour Busan) et Park So-dam, les deux enfants. Au casting on retrouvera également les stars Lee Sun-kyun et Jo Yeo-jeong.

C'est le premier film coréen de Bong Joon-ho depuis Mother en 2009. Il doit sortir au premier semestre 2019.

Cannes 2018: Qui est Steven Yeun ?

Posté par vincy, le 16 mai 2018

Il est américano-coréen. Steven Yeun est né en Corée (du sud) et a grandi dans le Michigan où ses parents étaient commerçant en maquillage et beauté. Inutile de dire que la beauté, il l'a et le maquillage semble superflu pour ce jeune homme de 34 ans.

L'an dernier, Steven Yeun était à l'affiche d'un film en compétition à Cannes, membre du Front de Libération Animale dans Okja, qui défraya la chronique non pas pour les qualités du film mais pour son appartenance à la galaxie Netflix.

Mais c'est avant tout sur le petit écran qu'il s'est fat connaître. Aux côtés d'innombrables petits rôles dans diverses séries, il tourne six saisons de The Walking Dead, incarnant Glenn Rhee, intrépide et chanceux, enclin à aider les autres, mais néanmoins froidement assassiné au début de la septième saison.

Après avoir débuté dans l'impro, il a préféré devenir acteur que de suivre des études classiques, se heurtant à ses parents, pas farouchement enthousiastes. Alors que sa carrière s'épanouit, il investit dans le restaurant Bun Shop de son frère.

Car depuis qu'il a quitté The Walking Dead, Steven Yeun s'investit avant tout dans le cinéma. En 2014, il est de l'aventure du poétique I Origins de Mike Cahill, prix du meilleur film à Sitges et récompensé à Sundance. Puis on le retrouve dans l'horrifique Mayhem de Joe Lynch, où la encore la science lui joue des tours. Il s'avère à l'aise dans l'univers du film d'action, ce qui lui sera utile dans Okja.

Steven Yeun enchaîne les films, refusant d'être cantonné au personnages de l'asiatique de service. Doubleur hors-pair et voix de films d'animation très divers, on le retrouvera dans Sorry to Bother You de Boots Riley, comédie fantastique avec Armie Hammer et Tessa Thompson qui sortira cet été.

En attendant, il revient à Cannes, en compétition, avec Burning de Lee Chang-dong, cinéaste rare et souvent sélectionné, ancien ministre de la culture de son pays et écrivain. Steven Yeun y sera Ben, homme au mystérieux passé, qui fait la rencontre de Jongsu, jeune coursier, par l'intermédiaire d'une amie commune.

Ce sera sans aucun doute l'occasion pour le comédien de révéler une autre part de son talent, sans exposer ses biceps ou affronter des ennemis de toutes sortes. Un premier grand rôle dramatique qui est aussi son premier grand rôle dans son pays natal...

Choi Eun-hee, légende du cinéma coréenne, s’éteint (1926-2018)

Posté par vincy, le 23 avril 2018

Née le 20 novembre 1926 en Corée (à l'époque japonaise), la star et légende du 7e art coréen Choi Eun-hee est morte le 16 avril dernier en Corée du sud à l'âge de 91 ans.

L'existence de Choi Eu-hee est divisée en deux parties. Elle fut d'abord la star des films de son mari, le réalisateur Shin Sang-ok, dans les années 1950 et 1960. Mais en 1978, lors d'une visite à Hong Kong où on lui propose de créer une école d'art dramatique. A l'époque, son étoile palissait dans son pays et ses affaires allaient mal. Dans la colonie britannique de Hong Kong, on lui propose de rencontrer un directeur de studio dont la villa est située à Repulse Bay. En fait, elle sera kidnappée, transférée sur un cargo et se retrouve en Corée du nord une semaine plus tard.

La Corée du nord, à l'époque, le régime est dirigé par le dictateur Kim Il-sung, père de Kim Jong-il, cinéphile et cinéaste amateur, qui veut faire de la Corée du nord une puissance cinématographique mondiale. Elle est reçue comme une Reine. Mais son enlèvement n'était qu'un subterfuge pour attirer son ex-mari, Shin Sang-ok, qui la recherche activement. Ils sont divorcés depuis deux ans, mais ses studios sont en faillite et le régime sud-coréen fait la vie dure aux artistes. A son tour, il passe à Hong Kong en juillet de la même année. Il sera lui aussi enlevé. Plus désobéissant, il connaîtra les prisons du pays. Il ne sera libéré qu'en 1983, où il retrouvera enfin Choi Eun-hee. Ils se remarient.

De là commencera leur nouvelle carrière, une série de film nord-coréens dans les années 1980, entre divertissements populaires et histoires dramatiques, pas toujours à la gloire du pouvoir. Réellement respectés par Kim Jong-il, ils créent avec des moyens inédits et une certaine liberté dans le choix des sujets. En 1986, ils parviennent, lors d'un voyage à l'étranger, à s'échapper et demander l'asile aux Etats-Unis. Ce destin a été raconté dans un documentaire Les Amoureux et le Despote, présenté à Sundance en 2016.

Si le régime nord-coréen a tant voulu le couple au service de sa propagande, c'est bien parce que Choi Eun-hee était extrêmement populaire.

De 1947 à son kidnapping, elle ne cessera de tourner. Co-fondatrice avec son mari-réalisateur de Shin Film, elle a joué dans plus de 130 films dont A Flower in Hell en 1958 et The Houseguest and My Mother en 1961. Elle a été successivement la seule star à être coréenne, sud-coréenne et nord-coréenne. Les Oscars coréens lui ont décerné un prix pour l'ensemble de sa carrière en 2006, et l'association coréenne des critiques de films lui a fait le même honneur deux ans plus tard. Elle avait déjà reçu deux Oscars coréens pour Evergreen Tree en 1962 et The Sino-Japanese War and Queen Min the Heroine en 1965. Elle a aussi reçu le Prix de la meilleure actrice au Festival de Moscou en 1985 pour son rôle dans Salt, son dernier film en tant qu'actrice.

BIFFF 2018 : 3 films pour comprendre que la fin du monde sera catastrophique…

Posté par kristofy, le 9 avril 2018

Le BIFFF, aka le Bruxelles International Fantastic Film Festival, fait aussi la place au cinéma qu'on appelait autrefois d'anticipation. Désormais les catastrophes sont de plus en plus proches (réchauffement climatique, surpopulation...) : la fin du monde. On peut en rire, s'en inquiéter, ou carrément paniquer, et c'est justement ce que fait le cinéma fantastique.

Voilà trois films sur le sujet qu'il est recommandable de voir avant... la fin du monde :

Survival Family, de Shinobu Yaguchi (Japon).
Comme d'habitude dans cette famille japonaise, le soir, le père rentre de ses trop longues heures de travail fatigué, avec comme seule envie de regarder la télé ou de se coucher. Le fils rentre avec le casque sur les oreilles sans même un bonjour pour se connecter à son ordinateur et la fille reste dans sa chambre avec l'écran de son smartphone, alors que la mère a essayé de faire plaisir à tous en faisant les courses pour un diner qui ne sera pas partagé autour de la table. Une situation familière ? Un matin il n'y a plus d'électricité, tout ce qui est électrique ne fonctionne plus! Plus d'ascenseur pour la quinzaine d'étages du logement, plus de télévision/ordinateur/téléphone, plus de trains ni de voitures ni d'avions, plus de profs à l'école, les portes de bureaux de travail restent fermées, plus de distributeurs de billets... Et en plus il n'y a plus d'eau dans les robinets. C'est le chaos qui se profile avec plus rien à manger. Alors l'idée est de rejoindre en vélo un grand-père à plusieurs centaines de kilomètres en bord de mer : la famille va apprendre à de nouveau communiquer et s'entraider au fur et à mesure de leur multiples péripéties.

Human, Space, Time and Human, de Kim Ki-duk (Corée du Sud).
Il semble loin le temps où presque chaque année il y avait un film de Kim Ki-duk qui sortait dans nos salles ou en DVD. Depuis 10 ans, il alterne entre drame poignants d'antan (et donc sortie au cinéma, comme Pieta Lion d'or à Venise en 2012, Entre deux rives en 2017) et une nouvelle forme de violence bien plus radicale (invisible en France mais vus au BIFFF pour Moebius et One on one). Son 23ème film Human, Space, Time and Human étant au BIFFF il s'inscrit dans cette seconde catégorie : son morceau de consistance étant "manger avant d'être mangé". Oui il y a un peu de cannibalisme puisque c'est une situation de fin du monde. Le film est rythmé en quatre parties inégales (les quatre mots du titre). La première présente en fait les différents personnages sur un bateau : un sénateur et son fils, un voyou chef de bande, un couple en lune de miel, l'équipage, des prostituées, quelques autres passagers. Il y aura une femme violée par plusieurs hommes... L'histoire prend son envol ensuite quand le bateau se retrouve tout seul dans une immensité sans pouvoir communiquer avec la terre ferme. Le constat est vite fait que ça va durer beaucoup plus longtemps que les réserves de nourritures et qu'un rationnement va être nécessaire. C'est le sénateur aidé des voyous qui prend le contrôle de la nourriture. Eux mangent bien tandis que tout les autres auront droit à une demi-portion certains jours : les diverses manigances et tentatives de mutineries sont punies, mais ceux qui ont pris le pouvoir envisagent de tuer tous les autres! Et quand il n'y aura plus du tout de nourriture, l'inévitable tabou moral arrive : manger de la chair humaine... L'audace de Kim Ki-duk va loin dans ce film entre récit survivaliste violent et allégorie à propos de l'humanité : "la vie c'est satisfaire nos désirs jusqu'à la mort".

Matar a Dios, de Caye Casas et Albert Pintó (Espagne).
C'est le réveillon du nouvel an chez ce couple sans enfant en crise - le mari soupçonne une infidélité de sa femme -, où sont invités le frère tout juste plaqué par sa compagne et le père malade. Le repas avance quand arrive un visiteur imprévu : il ressemble à un nain ventripotent qui jure et boit du vin mais annonce être Dieu ! Et il le prouve en faisant mourir puis revenir à la vie le père de famille. Il est venu pour demander une seule chose : dans quelques heures sonnera la fin du monde puisque tous vont mourir. Il n'y aura plus aucun humains vivants à l'exception de deux individus. Et ce sont les quatre membres de cette famille qui doivent choisir les deux survivants... Avec comme base cette situation surréaliste portée par des comédiens extraordinaires, le film est un déroulé d'humour noir et féroce qui dézingue à la fois le couple, la famille, le machisme des hommes, et la religion. Le film a déjà reçu le Prix du public au festival de Sitges et ses réalisateurs sont désormais considérés comme des héritiers de Alex de la Iglésia. Comment choisir 2 survivants ? Les quatre membres de cette famille vont s'affronter de plus en plus ouvertement et même envisager de tuer Dieu, mais la fin du monde approchant il faudra bien choisir ...

Berlin 2018 : Hong Sang Soo et l’éloge des émotions

Posté par MpM, le 16 février 2018

Un an seulement après avoir présenté le très beau Seule sur la plage la nuit, Hong Sang Soo est de retour à Berlin, cette fois dans la section Forum. Il présente Grass, un film choral d’à peine plus de 60 minutes, qui fait brillamment la synthèse de tout son cinéma, et paraît un camouflet pour tous les films de plus de deux heures, tant il semble dire de choses en un temps si resserré.

Le dispositif de départ est pourtant d'une grande simplicité. Il filme (en noir et blanc et en plans souvent fixes, fidèle à ses codes traditionnels de mise en scène) une succession de conversations entre des couples installés dans le même café, puis dans un restaurant. Leurs relations sont différentes, leurs propos aussi, et pourtant, bien sûr, les correspondances entre eux sont troublantes et nombreuses : ils s'assoient à la même place, prennent des boissons identiques, abordent des thèmes qui se répondent, du suicide à l'écriture, en passant par des remords ou des regrets sur le temps passé.

Lorsque l'on est un habitué du cinéma d'Hong Sang Soo, on a appris à se méfier des apparences. Aussi suspecte-t-on rapidement que les différents couples, et leurs discussions, sont en réalité le fruit de l'imagination d'une jeune femme, assise à l'écart devant un ordinateur, et incarnée par Kim Min-hee, nouvelle muse d'Hong Sang Soo. Les mouvements de caméra eux-mêmes le suggèrent lors de travellings latéraux explicites entre les deux tables. La voix-off, celle de la jeune femme commentant, voire expliquant la situation et le contexte, ne fait que confirmer cette impression, qui sera pourtant troublée par la suite du récit, avant d'être à nouveau validée par l'image, et ainsi de suite jusqu'à la toute fin du film.

Le film propose ainsi une double lecture de son récit, à la fois réalité captée par une observatrice distante et fiction imaginée par cette même observatrice. Peu importe, au fond, puisque ce personnage à part (en apparence le seul à ne pas fonctionner en duo) peut être perçu comme le double de cinéma du réalisateur. Que ce soit elle, ou lui, qui modèle l'intrigue à sa guide, reviendrait finalement au même.  Elle est à la fois la figure du réalisateur qui contrôle hors champ ce que disent ses acteurs, et celle du spectateur qui écoute et regarde sans prendre part à l'action.

On sent d'ailleurs Hong Sang Soo de plus en plus introspectif sur son propre cinéma, glissant des remarques sur la musique (classique) qui sert d'ambiance sonore à la première partie du film, ou des compliments à l'égard du mystérieux propriétaire du café où se déroule l'intrigue, jusqu'à constituer une sorte de portrait en creux de lui-même. Un autre personnage se plaint même d'avoir l'impression de toujours dire la même chose (n'est-ce pas le reproche principal fait abusivement au cinéma d'Hong Sang Soo ?).

Fidèle à son habitude, le cinéaste coréen brouille donc les pistes et tisse une intrigue faussement limpide (mais réellement fine, légère  et drôle) dont chaque scène entre pourtant de manière complexe en résonance avec les autres, formant un ensemble cohérent et dense sur l'éternelle question des rapports entre les hommes et les femmes. On pourrait un temps penser que Hong Sang Soo est dans une phase pessimiste, et qu'il remet en question avec ses personnages la notion même d'amour. Mais ce n'est que pour mieux retourner chacun de ses propres arguments dans une seconde partie qui fait l'éloge de l'émotion comme trait indissociable de la nature humaine.

Rarement, peut-être, aura-t-on vu une telle chaleur humaine se dégager d'un des films du réalisateur coréen lors d'un final admirablement filmé (qui a dit que Hong Sang Soo n'était pas un véritable metteur en scène ?) où la cartographie des lieux et la chorégraphie des corps suffisent à nous éclairer sur les rapports de chacun avec les autres. De l'intérieur à l'extérieur, d'une table à une autre, d'un plan serré à un plan d'ensemble, les liens se renouent, les émotions se libèrent, les espoirs renaissent.

On se sent comme la narratrice, sentimentale devant ce ballet sensibles des êtres et des sentiments. "A la fin, les gens sont émotions" dit-elle dans une de ces formules grandiloquentes que Hong Sang Soo affectionne, principalement pour les tourner en dérision. Et pourtant, on sent dans cet émerveillement du personnage quelque chose de sincère, une admiration réelle pour la propension de l'être humain à se laisser déborder par ses émotions, et à les vivre pleinement, sans retenue.

Comme le personnage interprété par Kim Minhee (et par ricochets Hong Sang Soo lui-même ?), le spectateur n'a plus qu'une seule envie : entrer à son tour dans la danse, et participer à la grande ronde des émotions humaines. Peu importe qu'elle ne mène nulle part, l'essentiel est juste d'y avoir sa place.

Lee Chang-dong adapte Haruki Murakami

Posté par redaction, le 5 septembre 2017

Le cinéaste sud-coréen lee Chang-dong va enfin pouvoir réaliser l'adaptation d'une nouvelle d'Haruki Murakami. Les granges brûlées, nouvelle publiée par l'écrivain japonais en 1983, et traduite en France dans le recueil L'éléphant s'évapore, raconte l'histoire d'un homme pyromane, qui, avec sa femme, rencontre un auteur au cours d'une soirée. Burning, titre du thriller, sera tourné à partir de la fin du mois, selon Variety. Il pourrait être prêt pour Cannes 2018.

Le film, qui devait être tourné l'automne dernier, a subit un retard à cause d'un conflit opposant Murakami et le producteur-diffuseur NHK, qui possède la plupart des droits de ses ouvrages. Finalement produit par la Corée, Burning sera le premier film du réalisateur, et ancien ministre de la culture de son pays, depuis Poetry en 2010.

Au générique, seul Yo Ah-in, star locale du petit écran, est confirmé. L'acteur Kang Dong-won (Secret Reunion) est pressenti pour l'autre rôle principale masculin tandis que le contrat avec l'actrice, toujours selon Variety, n'est pas encore finalisé.

Ce sera la dixième adaptation sur grand écran d'une œuvre littéraire de Murakami. La dernière en date était celle de La Ballade de l'impossible par Tran Ah Hung en 2010.

C'est aussi en 2010 que Lee Chang-dong avait réalisé son dernier film, Poetry, prix du meilleur scénario à Cannes et du meilleur réalisateur et scénario aux Asian Film Awards. Le cinéaste a aussi été trois fois primé à Venise en 2002 avec Oasis et autant de fois récompensé à Karlovy Vary en 1999 avec Peppermint Candy. Il était également en compétition à Cannes avec Secret Sunshine en 2007 (prix du meilleur réalisateur aux Asian Film Awards). L'an dernier, il a produit le drame familial U-ri-deul (The World of Us), sélectionné à Berlin.

Les reprises de l’été: Memories of Murder de Bong Joon-ho

Posté par kristofy, le 5 juillet 2017

Au moment où le dernier Bong Joon-ho Okja, l'un des films les plus intéressants du Festival de Cannes, est visible exclusivement sur Netflix voilà une opportunité de (re)découvrir l'immense talent du cinéaste sud-coréen avec son premier grand succès Memories of Murder. Il s'agit en fait d'une nouvelle copie "upgradée" en 4k dont la qualité a donc été améliorée pour obtenir plus de finesse dans les détails des contrastes.

Le pitch: Dans une petite ville près de Séoul, un tueur en série assassine deux personnes sans laisser le moindre indice. Dès le début de l'enquête, la police locale est dépassée par les évènements. Fabrication de preuves, bavures, aveux forcés, recours au chamanisme, tous les moyens sont bons pour arrêter le coupable. Alors que les investigations s'enfoncent dans une logique absurde, le sanglant parcours du meurtrier continue...

Un style affirmé: Memories of Murder date (déjà) de 2004, une époque où la vitalité du cinéma coréen était telle que la plupart des films venant de Corée du Sud figurait dans tous les festivals avant de sortir en salles et d'être disponibles en dvd dans de belles éditions collector (pour ce film il y avait d'ailleurs eu un coffret double dvd avec 3h de bonus). La même année on découvrait Deux Sœurs de Kim Jee-woon et Old Boy de Park Chan-wook. C'est toutefois ce Memories of Murder qui va fixer les nouvelles composantes du polar made in Korea : une série de crimes, la pluie, la nuit, un tueur insaisissable, des policiers pas vraiment compétents... Avec ce second long-métrage, à 35 ans, Bong Joon-ho s'est imposé comme le nouveau maître à suivre et comme une référence dans le genre. Ici, l'incertitude l'emporte sur l'élucidation, la dynamique (avec les ruptures de ton) sert d'essence à un récit lui même à plusieurs vitesses. Et comme souvent, le tout est inspiré d'un fait divers réel. Surtout vous serez surpris d'être impliqué aussi bien dans une course poursuite que dans une enquête qui s'enlise. Ici pas point final, pas de résolution hollywoodien ou d'épilogue glorifiant. C'est un polar sur les gens d'en bas, qui critique vertement l'autorité et le pouvoir.

Une école coréenne: Bong Joon-ho est l'un des cinéastes les plus talentueux de sa génération. Il est l'un des rares à savoir manier une grosse dose de spectaculaire avec une petite dose d'humour pour développer des univers très personnels en direction du public le plus large possible. Bien entendu d'autres cinéastes coréens ont contribué à élever le film de genre vers des hauteurs vertigineuses - Park Chan-wook, Kim Jee-woon, Ryu Seung-wan, Na Hong-jin, Yeon Sang-ho et même Kim Ki-duk, même si leurs films  étaient parfois plus 'segmentants'. Parmi eux c'est bien Bong Joon-ho qui fédère le plus de spectateurs autant en Asie qu'en Europe et aux Etats-Unis (oui, Bong Joon-ho est une sorte de Steven Spielberg...). Après Memories of Murder, Bong Joon-ho a signé The Host (5ème plus gros record au box-office coréen), Mother, Snowpiercer, le Transperceneige, Okja, et il a aussi écrit et produit Sea Fog-Les Clandestins : une succession de chefs-d'oeuvre....

Une nouvelle affiche pour cette ressortie synthétise tout ceci en quelques mots : "le 1er chef d'oeuvre de Bong Joon-ho, le film qui a renouvelé le polar". Sur le dvd on pouvait lire "une mise en scène au scalpel, une oeuvre riche et déroutante, un film haletant, un sommet...".  Autant de compliments qui s'avèrent encore plus en adéquation avec les films suivants du réalisateur. C'est le moment de profiter des grands écrans des salles de cinéma pour se souvenir ou redécouvrir comment tout ça a commencé...