Wong Kar-wai retourne à Shanghaï pour son prochain film

Posté par vincy, le 20 mars 2019

Wong Kar-wai de retour? 6 ans après son dernier film, The Grandmaster, le maître de Hong Kong s'apprêterait à clore sa trilogie commencée avec In the Mood for Love et poursuivie avec 2046.

Selon le journal chinois Ming Pao, le réalisateur retournerait sur les plateaux cet hiver pour réaliser (enfin) Blossoms, film en gestation depuis quelques années. Il écrit le scénario depuis plus de quatre ans, explorant les archives et les documents concernant les époques qu'il souhaite reconstituer. Wong Kar-wai a confirmé auprès de la presse chinoise ce projet à l'occasion d'une cérémonie de la Hong Kong Film Writers Association qui lui décernait un prix honorifique le 17 mars dernier.

Blossoms serait librement inspiré du roman éponyme de Jin Yucheng (inédit en français) qui suit trois résidents de Shanghaï de la Révolution culturelle chinoise dans les années 1960 à la fin du XXe siècle. Rappelons que le cinéaste aux lunettes noires est originaire de Shanghaï, ville qu'il a quitté avec sa mère à l'âge de 5 ans en 1963, et où il n'est pas revenu avant le début des années 1990. C'est cette période d'absence et sa ville natale qu'il veut filmer. Il a d'ailleurs confessé que le film serait son plus personnel, tout en confirmant qu'il serait bien dans une suite à In the Mood for Love et 2046.

In The Mood for Love est né d'un incident. Il envisageait à l'origine une romance musicale à Pékin. Mais, empêché par l’administration chinoise, il imagine alors une trilogie amoureuse. Il filme beaucoup, y compris à Macao et Bangkok, et jette presque tout pour ne garder que ce qui aboutira au film emblématique de la carrière du réalisateur.

La production de Blossoms s'annonce ambitieuse puisque Shanghaï a été transformée. Les quartiers qu'il veut reconstituer n'existent plus. Pour l'instant aucun acteur n'a été choisi. Et le réalisateur a déjà prévenu qu'ils devront parler le dialecte Shanghaïen.

Après avoir abandonné le biopic sur Gucci et suspendu la série Tong Wars pour Amazon, il semble que Wong Kar-wai revienne cette fois-ci pour de bon.

Asian Film Awards 2019: quatre films cannois récompensés

Posté par vincy, le 17 mars 2019

Une affaire de famille a triomphé aux Asian Film Awards cette nuit à Hong Kong, dans un match qui opposaient les cinémas japonais, chinois et coréen. Le film de Hirokazu Kore-eda, Palme d'or l'an dernier à Cannes, est reparti avec le convoité prix du meilleur film, en plus de celui de la meilleure musique. C'est la première fois que le cinéaste remporte ce prix. Un seul autre Japonais avait été sacré depuis la création de la cérémonie en 2006 (Kiyoshi Kurosawa en 2008). C'est aussi la première fois depuis 2011 qu'un film non produit par la Chine est couronné.

Autre cinéaste en compétition à Cannes l'an dernier, le sud-coréen Lee Chang-dong a remporté le prix de la mise en scène pour Burning pour la troisième fois de sa carrière. Le film était favori avec 8 nominations, en plus d'un prix pour l'ensemble de la carrière du cinéaste. Les Asian Film Awards ont aussi distingué la Kazakh Samal Yeslyamova pour son rôle dans Ayka. Elle avait été récompensé à Cannes avec un prix d'interprétation féminine. Cannes a aussi dominé dans la catégorie scénario avec Les éternels de Jia Zhangke.

Sinon, le japonais Koji Yakusho a reçu le prix du meilleur acteur (The Blood of Wolves), en plus d'un prix d'excellence pour l'ensemble de sa carrière. Le chinois Zhang Yu a obtenu le prix du meilleur second-rôle masculin (Dying to Survive) et la hong-kongaise Kara Wai le prix du meilleur second-rôle féminin (Tracey), où elle incarne l'épouse d'une femme transsexuelle. Le cinéma de Chine continentale et d'Hong Kong a d'ailleurs numériquement remporté la partie avec un prix du Meilleur nouveau réalisateur à  Oliver Chan pour Still Human, celui du Meilleur premier film pour le blockbuster Operation Red Sea de Johnny Huang (également primé comme film le plus populaire de l'année), les prix de la meilleure image, du meilleur son, des meilleurs décors et des meilleurs costumes pour Shadow de Zhang Yimou et le prix des meilleurs effets visuels (Project Gutenberg).

Le japonais Tsukamoto Shinya a réussi à obtenir le prix du meilleur montage avec Killing. Les AFA ont aussi consacré deux stars de la K Pop, Kim Jaejoong (Prix nouvelle génération) et Park Seo-joon (Prix du meilleur Espoir).

Berlin 2019: le film de Zhang Yimou retiré de la compétition

Posté par vincy, le 11 février 2019

La compétition de la 69e Berlinale est amputée d’un film. Ils ne sont plus 16 en course pour l’Ours d’or, soit l’une des sélections les plus faméliques de l’histoire du festival de Berlin.

Le film chinois Yu miao zhong (One second) de Zhang Yimou a en effet été retiré du programme. Le festival explique ce retrait par des problèmes techniques survenus en post-production. Le film, avec Wei Fan et Zhang Yi se déroule durant la Révolution culturelle au milieu de paysages désertiques. Un prisonnier, dont la passion du cinéma l'a conduit à s'évader des camps de travail et une orpheline vagabonde se rencontrent. Elle vole la précieuse pellicule qu'il convoite et que les villageois attendent pour la projection.

La Berlinale remplacera les séances prévues pour One second par Ying xiong (Hero), du même Zhang Yimou, prix Alfred Bauer à Berlin en 2003.

Zhang Yimou venait pour la 5e fois en compétition. Il a déjà remporté l'Ours d'or en 1988 pour Le sorgho rouge ainsi que le prix du jury œcuménique et le Grand prix du jury en 2000 pour Heimweg.

Vesoul 2019 : le silence et l’exil face aux politiques absurdes

Posté par kristofy, le 11 février 2019

Comme à son habitude, le Festival International des Cinémas d'Asie de Vesoul propose en compétition des films de tous horizons (Chine, Corée du Sud, Inde, Japon, Iran, Philippines, Afghanistan...) La plupart de ces films, dont trois sont signés de réalisatrices, montrent des familles qui éprouvent diverses difficultés. Certaines sont en résonance avec leur pays avec en fond une critique d'un système. Deux films sont particulièrement interrogateurs, voir dénonciateurs : Widows of silence et A family tour.

Widows of silence, réalisé par Praveen Morchale : originaire de l'Inde, il s'agit de son 3ème long-métrage. Il raconte une histoire dans le  Cachemire. Une femme dont le mari est porté disparu depuis 7 ans est seule avec sa fille de 11 ans et sa belle-mère âgée muette de chagrin. Cette femme doit plusieurs fois se déplacer pour des formulaires demandant un acte de décès de son mari qu'elle n'arrive pas à obtenir, l'une des raison est d'ailleurs de lui soustraire des terres de son mari...

Praveen Morchale explique ce qui l'interpelle : « Le Cachemire est une zone très conflictuelle entre l'Inde et le Pakistan, depuis des dizaines d'années. Il y a des gens qui traversent des frontières pour disparaître et d’autres pour devenir soldat ailleurs par exemple. Il y a surtout le problème interne des gens qui sont à un moment arrêtés par des militaires et qu'on ne revoit jamais. Il y aurait 2500 femmes veuves officiellement mais plutôt environ 10000 disparus officieusement, la situation est douloureuse pour les proches surtout les épouses et les enfants. Il y a un peu plus d'un an j’ai découvert dans un article de journal le terme de ‘demi-veuve’ et je me suis intéressé à ce que ça voulait dire, en fait des femmes dont les maris ont disparus après des arrestations.

Je suis allé au Cachemire et j'y ai rencontré des gens incroyablement généreux et qui partagent beaucoup de choses, et aussi des femmes qui m'int raconté des choses horribles et absurdes qui arrivent là-bas. Les médias locaux ne parlent jamais des malheurs de ces femmes et de ces enfants, les journaux et les radios ne parlent que d'actions militaires victorieuses par exemple, mais rien de négatif sur le pays. Beaucoup de ces femmes sont illettrées ou bloquées au quotidien dans des démarches administratives, elles sont d'autant plus silencieuses ou ignorées que personne ne parlent d'elles, de ces veuves dont les maris sont morts on ne sait où ni comment. Environ 6 mois plus tard je faisais le film, le tournage a duré 17 jours dans un petit village où personne n'avait jamais vu de caméra. A l'écran c'est la réalité, les villageois jouent leur vie à l'image : le chauffeur est chauffeur, l'infirmière est infirmière. Que des non-professionnels donc sauf l'actrice principale qui a fait du théâtre et le chef du bureau d'état civil qui est en fait mon assistant qui fait l'acteur ici. Dans mon film 99% des choses sont vraies d'après ce que m'ont raconté plusieurs femmes rencontrées là-bas, sauf le final est fictif. »

A family tour, réalisé par Ying Liang : il est chinois mais il a dû s'éloigner de sa région natale pour aller vivre à Hong-Kong, sa précédente réalisation When night falls lui avait valu diverses difficultés avec le pouvoir et c'est d'ailleurs le sujet de son nouveau film. Une réalisatrice exilée à Hong-Kong parce qu'un de ses film a offensé les autorités chinoises participe à un festival dans la dissidente Taïwan. Elle en profite pour y faire venir sa mère malade qu'elle n'a pas vue depuis cinq ans. La mère participe à un voyage groupé touristique et à chaque étape la réalisatrice avec son mari et son fils va la rejoindre pour passer du temps ensemble...

Ying Liang évoque comment la Chine surveille des cinéastes : « Cette histoire est une fiction qui reflète mon histoire personnelle. Un de mes films a fait que je ne pouvais plus retourner en Chine, c'était une phase difficile et j'ai repensé totalement ma vie. La première version du scénario était à propos d'un homme réalisateur en exil et c'était trop proche de moi. Faire du personnage principale une femme réalisatrice permettait de suggérer différents choix de vie et en faire un personnage plus fort : ici ce n'est pas une femme qui suit son mari par exemple, c'est elle qui est moteur des décisions. Je suis originaire de Chine mais à Hong-Kong il y a plus de libertés, notamment pour faire des films et les montrer, mais en ce moment Hong-Kong change à une vitesse folle et en pire.

Les deux actrices sont originaires de Pékin, et je leur ai demandé clairement "voulez-vous prendre le risque d'apparaître dans mon film?" L'actrice qui joue la mère était déjà dans mon précédent film qui m'a vau des problèmes dans le rôle de la maman d'un garçon ayant tués des policiers chinois, en fait elle est aussi elle-même productrice de films indépendants comme Lou Ye, elle connait les risques de censure. Dans ma vraie vie; mes parents n'ont pas fait ce type de voyage dans un pays tiers pour me voir, c'est risqué car on ne sait pas ce qui peut se passer à leur retour. Le contact avec mes parents en Chine est comme dans ce film, c'est par internet et limité à des choses simples. Je ne peux pas leur parler de ce que je fais dans mon métier et cache certaines choses, et eux évitent de me poser certaines questions. »

La disparition de l’actrice Fan Bing Bing en six étapes

Posté par vincy, le 21 septembre 2018

Les faits. A 37 ans. Fan Bing Bing est la plus grande star du cinéma chinois, la mieux payée de Chine (notamment en étant le visage de L'Oréal pour l'Asie) et la plus connue (membre du jury du Festival de Cannes). Lundi dernier, la chaîne thaïlandaise de duty-free King Power a annoncé qu'elle rompait son contrat d'ambassadrice globale de la marque. Mardi c'est une université chinoise qui publiait un palmarès de la " responsabilité sociale "  et elle a décroché la note de zéro. Cette descente aux enfers a commencé fin mai, quand l'animateur TV Cui Yongyuan a érévélé sur Weibo (le Twitter chinois) un extrait d'un contrat de la star où elle demande 1,25 million d'euros pour quatre jours de tournage. Puis il dévoile un autre contrat, pour la même prestation, établi à 6,2 millions d'euros. On appelle ça les contrat "yin et yang " où la partie la plus modeste est déclaré au fisc, mais pas l'autre.

Le soupçon. Depuis trois mois ce scandale de fraude fiscale a entraîné la perte de l'actrice. Le 6 septembre, le Securities Daily, journal financier chinois, annonce qu'elle est " placée sous contrôle " (une sorte de détention) et qu'elle "accepterait les décisions de justice". Ses cachets truqués ne sont ne serait que "la partie émergée de l'iceberg" puisque le média évoque des opérations de prêts illégaux et autres formes de corruption.

Pour l'exemple: Le gouvernement chinois, depuis quelques années, emprisonne et condamne les élites, politiques ou économiques, qui sont soupçonnées de corruption, pour l'exemple. Ils vont plus loin en arrêtant, kidnappant,  séquestrant des intellectuels, sans passer par la case justice, et en soutirant des aveux douteux. Le département de la propagande du parti a une aversion pour l'industrie du cinéma jugée cupide (alors même que le box office chinois explose et rapporte énormément de recettes au pays). Huayi Brothers, producteur de la plupart de ses films, a vu son cours de bourse chuter (32% en un jour). Le réalisateur de Cell 2, qui devait être son prochain film, Feng Xiaogang, a aussi été ciblé par les pouvoirs publics pour fraude fiscale.

Lynchage: Pour l'instant, il y a peu de réactions. Ce n'est pas la première fois qu'une vedette chinoise est l'objet de boycott ou de litiges avec le pouvoir. Beaucoup de chinois, par zèle ou patriotisme, la conspuent sur les réseaux, critiquant son jeu comme son mode de vie.

La disparition: L'actrice, dans un premier temps, choisit la défense en lançant ses avocats contre l'animateur TV à l'origine du scandale. Celui-ci s'excuse et accuse finalement son entourage. Début juillet, Fan Bingbing se rend aux Etats-Unis, à Londres, et  en Australie.  Depuis elle est revenue en Chine mi-juillet, mais son passeport a été confisqué. Son agent aurait lui aussi été arrêt. Finalement Fan Bing Bing est arrêtée, sans qu'on sache à quelle date. Et selon les sources chinoises, ce n'est que le début...

Le bannissement: Son nom a été retiré de l'affiche d'un film à venir. La série dans laquelle elle joue ne sera pas diffusée.  Finalement c'est un effacement de l'actrice qui se prépare. Le projet annoncé à Cannes, 355, avec Jessica Chastain, Marion Cotillard, Penelope Cruz, et Lupita Nyong’o, se fera finalement sans elle. Ce qui impacte Huayi Brothers une fois de plus, qui avait acquis les droits de distribution en Chine pour 20M$. Cell 2, suite de son succès de 2003 qui l'a fait décoller, ne verra sans doute pas le jour. Dans la version chinoise de Ash is Purest White, le dernier Jia Zhangke, elle a été coupée au montage. Le film L.O.R.D.: Lord of Ravaging Dynasties 2, qui devait sortir le 6 juillet, n'a finalement plus de date de sortie. The Perfect Blue, tournage achevé en mai, va être retourné avec un autre casting pour la remplacer. Quant à Air Strike, avec Bruce Willis, la sortie a été décalée du 17 août au 26 octobre, et son nom sur l'affiche effacé. Certains pensent que le film est retourné au montage pour la supprimer de l'écran.

3 bonnes raisons d’aller voir Détective Dee : La légende des Rois Célestes

Posté par kristofy, le 7 août 2018
Une vague de crimes perpétrée par des guerriers masqués terrifie l’Empire de la dynastie des Tang. Alors que l’impératrice Wu est placée sous protection, le Detective Dee part sur les traces de ces mystérieux criminels. Sur le point de découvrir une conspiration sans précédent, Dee et ses compagnons vont se retrouver au cœur d’un conflit mortel où magie et complots s’allient pour faire tomber l’Empire…

C'est le nouveau film de Tsui Hark !
A la fois en tant que producteur que réalisateur le très prolifique Tsui Hark travaille sur plusieurs films par an et alterne les genres entre comédies et polars, et surtout films d'action à base de sabres et de kung-fu. Sa signature devient peu à peu synonyme de débauche d'effets visuels et de surenchère gigantesque : Zu, les guerriers de la montagne magique, la saga Il était une fois en Chine, Green Snake, Dragon Gate: la légende des sabres volants, Journey to the West: The Demons Strike Back... En 2010 Tsui Hark présente Détective Dee: le mystère de la flamme fantôme avec Andy Lau au Festival de Venise et c'est un événemen. Ce succès amène une suite Détective Dee 2: La légende du Dragon des mers en 3D, avec dans le rôle Mark Chao plus jeune puisqu'il s'agit en fait d'un préquelle, qui dépasse plusieurs records au box-office chinois.
Ce 3e opus Détective Dee : La légende des Rois Célestes peut tout à fait être regardé sans avoir vu les deux autres films. Cette sortie dans les salles de cinéma françaises est un double événement ! Cette fois, l'attente est moins longue : on peut le découvrir sur grand écran en même temps que les fans chinois (il vient de sortir là-bas le 27 juillet). Profitons de cette chance. Ensuite Détective Dee : La légende des Rois Célestes sera à l'affiche dans différents formats au choix : en 2D, en 3D et même en 4Dx dans certaines salles.

Des séquences en 3D extravagantes et ludiques.
Depuis quelques années les progrès des techniques d'effets spéciaux (cgi, gyroscopie, 3D...) sont tels que l'imagination n'a guère plus de limite puisque sur l'écran, prises de vue réelles et incrustations numériques fusionnent de plus en plus. Alors que les blockbusters américains bourrés super-héros ne cessent de se ressembler, l'alternative pour le spectaculaire est désormais du côté de l'Asie avec par exemple en Inde le diptyque de La Légende de Baahubali et bien entendu en Chine avec Monster Hunt et sa suite, avec The Thousand Faces of Dunjia de Yuen Woo-Ping ou encore Legend of the Naga pearls.

La dernière fois que l'on a vraiment été époustouflé par un film en 3D, c'était justement par l'incroyable bataille navale de Détective Dee 2 : La légende du Dragon des mers. Pour ce nouveau film, la 3D n'est plus seulement un élément de plaisir visuel, ici les effets 3D sont plus directement des éléments de narration. Ici, différents comploteurs utilisent des subterfuges presque surnaturels pour défier l'empire. Les illusions sont gigantesques et destructrices, les combats virevoltants et les armes voltigent volent en direction des yeux. Oui, Détective Dee : La légende des Rois Célestes 3D est le spectacle le plus dingue de l'année.

Detective Dee, ce héros pas comme les autres...
Bien avant que l'occident (re)découvre les films d'arts-martiaux en costumes en 2000 avec Tigre et Dragon, déjà précurseur en 1983 avec Zu, les guerriers de la montagne magique, Tsui Hark avait pour ambition de mêler culture historique chinoise avec scènes d'actions  spectaculaires. Dans cette même veine, Tsui Hark réalisera la saga Il était une fois en chine avec Jet Li ou plus récemment Seven Swords avec Donnie Yen et La bataille de la Montagne du Tigre avec Tony Leung. Le personnage de cinéma Detective Dee es une figure chinoise très populaire, connue sous plusieurs noms. Sa première aventure en film est en partie inspirée par les romans du Juge Ti d'après un livre du Di Gong An qui traduisait d'autres livres en chinois à propos de Di Renjie...
En fait, il s'agit du vrai juge Di Renjie qui durant le 7e siècle a servi sous le règne de l'impératrice Wu Zetian, 1300 ans avant de devenir ce héros de cinéma Detective Dee. D'ailleurs le point commun des 3 films est justement les différents rapports entre Dee et cette impératrice. Il est selon le moment un allié sur lequel on se repose ou un conseiller dont on se méfie. Son sens de la déduction et son habileté à enquêter en font une sorte de  Sherlock Holmes chinois. Durant le générique de fin de Détective Dee : La légende des Rois Célestes il y a quelques images qui annoncent d'autres événements à suivre : ce sera l'occasion de revoir le premier film Détective Dee: Le mystère de la flamme fantôme de Tsui Hark, ou même de découvrir ce personnage autrement à travers les romans (disponibles en français) de Robert Van Gulik ou de Frédéric Lenormand...

Cannes 2018: Qui est Feng Xiaogang ?

Posté par MpM, le 11 mai 2018

C’est en 1985, à l’âge de 27 ans, que Feng Xiaogang commence à travailler pour le centre d'art de la télévision de Pékin. Il écrit d’abord des scénarios pour la télévision et réalise des séries, avant de passer au long métrage de cinéma. En 1997, il rencontre le succès avec Dream factory, une comédie qui annonce un nouveau style de films extrêmement populaires, celui du « récit de nouvel an ».

Tour à tour acteur (il tient par exemple un petit rôle dans Sous la chaleur du soleil de Jiang Wen en 1994 et dans Crazy kung-fu de Stephen Chow en 2004), réalisateur et scénariste, il enchaîne les tournages et les projets, principalement des comédies destinées au marché local. En 2006, changement de cap avec La légende du scorpion noir, une adaptation du Hamlet de Shakespeare dans la Chine du Xe siècle et en version kung-fu (!!!), qui réunit Zhang Ziyi et Zhou Xun dans les rôles principaux.

L’année suivante, il se tourne vers le film de guerre avec Héros de guerre, qui relate un épisode réel de la guerre civile chinoise et suit un vétéran qui se bat pour obtenir une forme de reconnaissance officielle pour ses hommes morts héroïquement face aux armées nationalistes.

Après une nouvelle incursion par la comédie romantique, Feng Xiaogang se penche ensuite sur un autre épisode de l’histoire chinoise, le tremblement de terre de Tangshan, survenu en 1976. Aftershock se concentre sur le destin épique d’une famille séparée par la catastrophe, et qui ne se retrouvera qu’à l’occasion d’un autre tremblement de terre, celui du Sichuan, plus de trente ans plus tard. Le film bat tous les records d’entrées de l’année 2010 et rapporte 100 millions de dollars, soit cinq fois plus que son budget initial. Il s’agit de la première superproduction IMAX réalisée en dehors des Etats-Unis.

En 2012, le cinéaste s’essaye à une autre forme de drame historique avec Back to 1942, qui raconte la famine au Henan durant la guerre contre le Japon du point de vue de deux occidentaux incarnés par Adrien Brody et Tim Robbins. Le film, adapté d’un roman de Liu Zhenyun, remporte deux prix au festival de Rome 2012 et est présélectionné pour représenter son pays aux Oscar.

Pour son film suivant, Feng Xiaogang retravaille avec Liu Zhenyun dont il adapte un autre roman, Je ne suis pas une garce.  Sorti en France en 2017 sous le titre I am not Madame Bovary, le film est à nouveau un récit épique suivant une femme dans des tribulations judiciaires qui oscillent entre l’absurdité et la farce. Ses choix esthétiques (notamment le cadre circulaire et les références à la peinture traditionnelle chinoise), son ton ultra-décalé et sa dimension de satire sociale assumée lui garantissent un énorme succès à l’international, et notamment dans des festivals de premier plan comme San Sebastian, où il remporte la Coquille d'or du meilleur film et le coquillage d'argent de la meilleure actrice, et à Toronto où il est couronné du prix de la critique internationale.

Il tourne ensuite un film encore inédit en France, Fang hua (Youth), qui est lui aussi présenté à Toronto en 2017. Il y est cette fois question d’un groupe d’adolescents idéalistes dans la Chine des années 70 et 80.

Mais c’est en tant qu’acteur, et non de réalisateur à succès, qu’il est attendu à Cannes. Feng Xiaogang tient en effet un petit rôle dans Ash is the purest white de Jia Zhang-ke, une nouvelle fresque historique dans les tourbillons de l’histoire chinoise récente et contemporaine où il côtoiera notamment Zhao Tao et Liao Fan. Des premiers pas cannois qui lui permettront de connaître le chemin du tapis rouge. On ne sait jamais.

Vesoul 2018 : un bilan positif et un Cyclo d’or pour « Bagage »

Posté par kristofy, le 7 février 2018

Le 24ème Festival des Cinémas d’Asie de Vesoul s'est terminée avec des bouquets de compliments à l'équipe de l'organisation guidée par Martine et Jean-Marc Thérouanne : durant une semaine il y a eu environ 90 films présentés en provenance de 20 pays asiatiques, certains en première européenne voire mondiale, en plus de  l'initiative de retrouver et restaurer des films jusqu'alors invisibles même dans leur pays d'origine...

Cette édition a été marquée par une thématique "Paroles de Femmes" en écho avec l'actualité, un fabuleux travail pour réunir 17 films symboliques de la Mongolie et la venue du cinéaste Jigjidsuren Gombojav et de la réalisatrice Byambasuren Davaa, une rétrospective des films de Mohamad Malas et de Wang Xiaoshuai qui ont reçu tous deux un hommage du festival.

Le FICA de Vesoul est non seulement le plus ancien festival d'Europe consacré aux cinémas asiatiques mais il est aussi 'lun des dix festivals français les plus fréquentés. Cette année ses multiples séances de projection ont fait venir environ 32 500 spectateurs : certains sont venus de loin pour voir jusqu'à 7 films par jour. Les différents artistes asiatiques invités ont été surpris de voir beaucoup de séances complètes pour leurs films, qui ne sont parfois toujours pas distribués dans leurs propres pays. L'un d' entre eux, séduit par la ville de Vesoul, chercherait même à y revenir en vacances... Une nouvelle réussite qui promet un beau 25ème anniversaire pour 2019.

Avec cette volonté d'éveiller une plus grande curiosité au monde et une ouverture vers les autres, la section des films en compétition proposait la découverte de 9 titres, principalement signés de jeunes talents (des premiers ou seconds films pour la plupart). Deux vétérans étaient quand même dans la course du Cyclo d'or : Leaf Of Life de Ebrahim Mokhtari (son 3ème film de fiction en 25 ans) et River's Edge du célèbre Wang Chao (déjà venu à Vesoul et qui tenait à y revenir).

Wang Xiaoshuai © ecrannoirLe Jury International avait comme président Wang Xiaoshuai, entouré de Mohamad Malas, Mai Masri et de l’actrice philippine Liza Dino. Avec leurs délibérations et celle des autres jurys, deux films se retrouvent plusieurs fois cités au palmarès : A Letter To The President de Roya Sadat qui retrace le combat d'une femme contre l'injustice et qui va se retrouver en prison pour avoir voulu en sauver une autre (4 prix au total), et The Taste of Rice Flower de Pengfei, qui raconte la relation d'une mère de retour dans son village pour s'occuper de sa fille, un village aux anciennes croyances, loin des villes modernes. Soit un drame tragique qui appelle à plus de progrès et un mélodrame émouvant qui s'attache à des traditions du passé, qui repart également avec quatre prix. D'ailleurs beaucoup de films du FICA (en compétition ou non) allaient dans l'une ou l'autre direction, une soif d'avenir meilleur ou un ancrage de ses racines.

Certains films étaient centrés sur des chroniques familiales : renouer des liens comme dans Shuttle Life avec la mort d'une petite fille ou comme dans Mothers (cité au palmarès) avec différentes mères et enfant adopté qui se cherchent. Dans ce film sud-coréen, une femme devient tutrice d'un adolescent et une adolescente enceinte va confier son futur bébé à un autre couple. Et dans Goodbye Grandpa venu du Japon, une joyeuse comédie durant l'organisation de funérailles, et qui remporte un Grand Prix mérité : « Le premier film de Yukihiro Morigaki est teinté d’humour et réussit le fragile équilibre entre moments de douceur et de drame grâce à son formidable casting ».

Il y a un film qui se détachait des autres car il aborde avec sensibilité le trauma d'une femme tout en évoquant une certaine brutalité de la mondialisation : c'est Bagage du philippin Zig Dulay, qui nous a fait une vive impression, tout comme au Jury ensuite qui a choisi de lui attribué le Cyclo d'or. Pour le président Wang Xiaoshuai le jury a été sensible à « une douce intensité combinée à la représentation brute de la partie sombre du monde où vivent les travailleuses domestiques philippines. Son cadre et son approche cinéma vérité forcent le public à goûter, à ressentir et à entendre chaque combat et chaque nuance ». Bagage avait d'ailleurs reçu déjà un prix de meilleur scénario au festival Cinemalya et il sera aussi au prochain festival de Londres : on lui souhaite une distribution prochaine dans les salles.

grandpaLe Palmarès du Fica de Vesoul 2018 :

-  Cyclo d'Or : Bagage de Zig Dulay (Philippines)
- Grand prix : Goodbye Grandpa de Morigaki Yukihiro (Japon)
- Prix du Jury : The Taste of Rice Flower de Pengfei (Chine)
- Mention spéciale du Jury : A Letter To The President de Roya Sadat (Afghanistan)

- Prix de la critique : The Taste of Rice Flower de Pengfei ( Chine)
- Prix du Jury NETPAC : The Taste of Rice Flower de Pengfei ( Chine) ex-aequo avec Mothers de Lee Dong-eun (Corée du Sud)
- Mention spéciale du Jury NETPAC : A Letter To The President de Roya Sadat (Afghanistan)
- Prix INALCO : Leaf Of Life de Ebrahim Mokhtari (Iran)
- Coup de coeur INALCO : The Taste of Rice Flower de Pengfei ( Chine)
- Prix du public du film de fiction : A Letter To The President de Roya Sadat (Afghanistan)
- Prix du Jury Lycéen : A Letter To The President de Roya Sadat (Afghanistan)
- Prix du Public du film documentaire : Au Fil Du Monde : Laos de Jill Coulon & Isabelle Dupuy Chavanat (Laos/France)
- Prix du Jury Jeune : The Wait de Emil Langballe & Andrea Storm Henriksen (Afghanistan/Danemark)
- Prix des Exploitants : Dakini de Dechen Roder (Bhoutan)

Les films récompensés ce week-end, de Madrid à Bruxelles en passant par Gérardmer et Rotterdam

Posté par vincy, le 5 février 2018

C'était un festival de palmarès ce week-end.

A Bruxelles, les 8e Prix Magritte ont décerné cinq prix à Une famille syrienne de Philippe Van Leeuw, récompensé en tant que meilleur film, pour sa réalisation, son scénario, son image et sa musique. Les César belges francophones ont aussi primé Home, le film flamand de Fien Troch (meilleur film flamand), Faut pas lui dire (meilleur premier film), Grave (meilleur film étranger en coproduction, meilleurs décors), Chez nous (meilleure actrice pour Emilie Dequenne), King of the Belgians (meilleur acteur pour Peter Van den Begin), Noces (meilleur second-rôle féminin pour Aurora Marion, meilleurs costumes), Le fidèle (meilleur second-rôle masculin pour Jean-Benoît Ugeux), Mon ange (meilleur espoir féminin pour Maya Dory), Dode Hoek (meilleur espoir masculin pour Soufiane Chilah), Sonar (meilleur son), Paris pieds nus (meilleur montage). Et Sandrine Bonnaire a reçu un Magritte d'honneur.

Un peu plus au nord, aux Pays-bas, le 47e Festival international du film de Rotterdam (IFFR) a élu un film chinois, The Widowed Witch de Cai Chengjie, pour son Tigre d'or. Un prix spécial du jury a été remis à The Reports on Sarah and Saleem de Muayad Alayan pour le scénario de Rami Alayan tandis que le film a aussi reçu le Prix du public du Fonds Hubert Bals. Le public a choisi pour son grand prix The Guilty de Gustav Möller, par ailleurs récipiendaire du prix du jury jeunes. Notons que Lucrecia Martel, une habituée cannoise, a été distinguée par le Prix KNF (les critiques néerlandais) pour Zama, tandis que Balekempa d'Ere Gowda a reçu le Prix de la critique internationale FIPRESCI.

A Gérardmer, le jury du 25e Festival internernational du Film Fantastique composé de Mathieu Kassovitz, Pascale Arbillot, David Belle, Nicolas Boukhrief, Judith Chemla, Suzanne Clément, Aïssa Maïga, Olivier Mégaton et Finnegan Oldfield, a plébiscité Ghostland de Pascal Lauguer, une coproduction franco-canadienne qui sortira le 14 mars (avec Mylène Farmer au générique). Ghostland a aussi été honoré du Prix du public et du Prix du jury Syfy. Un autre film canadien, Les affamés, de Robin Aubert (dont Netflix vient d'acquérir les droits), partage le Prix du jury avec Les bonnes manières de Juliana Rojas et Marco Dutra. Ce film franco-brésilien qui sort le 21 mars a aussi reçu le prix de la critique.

Enfin, à Madrid, c'était le week-end des 32e Goyas, les Oscars espagnols. La libreria d'Isabel Coixet, a raflé les prix les plus importants: film, réalisation, scénario adapté. La cinéaste avait déjà remporté un triplé équivalent pour The Secret Life of Words en 2006 (film, réalisation, scénario original). D'autres films sont repartis avec le sourire: Eté 1993 de Carla Simon (premier film, second-rôle masculin pour David Verdaguer, révélation féminine pour Bruna Cusi), Handia, le géant d'Altzo de Aitor Arregi et Jon Garano (scénario original, image, musique, espoir masculin pour Eneko Sagardoy, décors, costumes, direction artistique, maquillage et coiffure, effets spéciaux), El autor de Manuel Martin Cuenca (acteur pour Javier Gutiérrez, second-rôle féminin pour Adelfa Calvo), No sé decir adiós de Lino Escalera (actrice pour Natalie Poza). En animation, la suite de Tad l'explorateur perdu a triomphé. Deux nommés aux Oscars se sont répartis les prix des meilleurs films étrangers: la Palme d'or The Square (meilleur film européen) et le Teddy Award de Berlin Une femme fantastique (meilleur film en langue espagnole). Enfin, Marisa Paredes a reçu un Goya d'honneur. C'était son premier Goya après deux nominations.

3 raisons d’aller voir Tharlo, le berger tibétain

Posté par kristofy, le 3 janvier 2018

Tharlo est un berger tibétain qui mène une existence paisible dans la montagne, éloigné des réalités du monde. A l’aune de ses quarante ans, il est convoqué par les autorités locales. Les nouvelles directives du gouvernement imposent la possession d’une carte d’identité pour tous les citoyens de la République Populaire de Chine. Pour la première fois, Tharlo descend en ville. Sa découverte du monde urbain, et sa rencontre avec une jeune coiffeuse, vont bouleverser son existence…

Tharlo est un film précieux : si officiellement c'est un film chinois, il s'agit surtout d'un cinéaste originaire du Tibet. La probabilité de découvrir une oeuvre portée par le souffle de là-bas est tellement rare qu'il faut se laisser emmener. Son réalisateur Pema Tseden a eu une préférence ici pour les plans fixes et le noir et blanc. Mais il ne faut surtout pas craindre quelque chose de trop contemplatif ou de trop aride. Au contraire ce style apporte à cette histoire une certaine universalité : c'est de toute beauté et ça renforce les scènes drôles (oui, il y a de l'humour). Tharlo est un personnage de candide venu de la campagne qui (nous) révèle malgré lui une certaine corruption de rapports de force (être fiché, avoir de l'argent...) des grandes villes. L'histoire est simple: un berger à la vie simple se rend en ville pour faire une carte d'identité qu'il n'a jamais eu et dont il n'a jamais eu besoin. Pour cela, il ira chez une photographe puis chez la coiffeuse qui l'emmènera pour la nuit au karaoké et vers des rêves d'ailleurs, surtout après être devenu riche de liasses de billets...

Tharlo est un film primé : il avait été sélectionné au Festival de Venise (section Orrizonti) à l'automne 2016 avant d'être en compétition début 2017 au Festival International des Cinémas d'Asie de Vesoul, et d'y être primé du Cyclo d'or. Le jury de Vesoul était alors - composé des cinéastes de Nan Triveni Achnas (Indonésie), Euthana Mukdasanit (Thaïlande), Mania Akbari (Iran), et du coréen Im Sang-soo - avait été impressionnés par "ce portrait d'une vie triviale solitaire, par ses qualités cinématographiques, son traitement délicat de la définition de l'identité à travers son personnage principal". Tharlo a reçu aussi diverses récompenses comme le grand prix au Tokyo Filmex, et diverses nominations aux Golden Horse Awards et aux Asia Pacific Screen Awards.

Tharlo est un film qui vous fera une forte impression : pour son réalisateur Pema Tseden « Tharlo est le reflet de l’actuelle génération de Tibétains. Cette histoire montre à quel point ils sont confus et désorientés. Le film a été tourné en noir et blanc comme si la rugosité des images traduisait la situation et l’ambiance de ce vaste territoire du Tibet et l’état d’esprit de Tharlo », c'est en fait son 6ème film. De lui Jia Zhangke a dit « grâce à Pema Tseden, je me sens moins seul »...