Berlinale 2019: le divin, l’idole et la grâce

Posté par vincy, le 15 février 2019

La religion s’invite plusieurs fois dans cette 69e Berlinale. Le XXIe siècle est décidément spirituel. François Ozon a dressé le portrait d’une communauté de gens victimes d’une église toute puissante dans Grâce à Dieu. Isabel Coixtet a dénoncé l’obscurantisme de l’église catholique espagnole dans Elisa y Marcela. Teona Strugar Mitevska opte plutôt pour le sexisme de cette patriarcale église dans Dieu existe, son nom est Petrunya. On pourrait aussi évoquer la religion comme substitut aux parents absent dans L’adieu à la nuit d’André Téchiné.

Dans les derniers jours du festival, trois films ont parlé de Dieu à leur manière. Avec une foi débordante dans Divino Amor. Avec une croyance relative dans Woo Sang. Avec une ferveur communicative dans Amazing Grace.

Ce qu'on attend de Dieu. Le film brésilien de Gabriel Mascaro, sélectionné en Panorama, Divino Amor, est un conte futuriste (tout se passe en 2027) autour d'une femme qui aime son travail de bureaucrate, son mari et Dieu, mais souffre de ne pas avoir d'enfants. Le film qu'on aurait pu espérer un peu critique ou tout du moins distant avec la religion en devient finalement un porte-étendard. Mascaro s'avère bien plus ironique avec le monde marchand (tout s'échange) et orwellien (tout est su). Le divin ici est convoqué pour tout: ne pas divorcer comme vouloir un bébé, baiser (y compris avec d'autres partenaires, en toute bienveillance) comme danser (dans d'immenses "party" dédiées à Jésus). Il sauve les couples. Hélas le Mascaro devient une mascarade. Là où l'on voyait une forme de satire, ce n'était que du prosélytisme, à l'image de son héroïne qui se sert de son boulot de notaire gouvernementale pour prêcher la morale biblique aux citoyens. On peut toujours croire qu'elle porte sincèrement cet amour divin en elle. Mais le réalisateur force le spectateur à y croire, ce qui change totalement le point de vue, et l'intention.

Ce que Dieu nous inflige. Passons de la foi absolue à la croyance, disons pragmatique. Toujours en Panorama, le sud coréen Lee Su-jin propose un polar palpitant et néanmoins classique, Woo sang (Idol). On y suit un père de famille aux ambitions politiques bien affirmées, en route pour le poste de Gouverneur. Malheureusement, son fils a tué quelqu'un sur la route. De là commence une enquête aux multiples ramifications, ponctuée de quelques rebondissements (et autant de fausses pistes). Tout le monde a sa part de pourriture et de moisissure en lui. Certains ont juste quelques limites morales, sans doute parce qu'ils ont l'argent, le pouvoir, qu'ils n'ont pas besoin de survivre. On ne sait trop si l'idole est la statue d'un vieil amiral explosée, ce politicien verni et populaire ou les enfants bien malmenés par leurs propres crimes. Celui il croit en Jésus a plus de scrupules que les autres quand il s'agit de franchir la ligne jaune ou de traverser hors des clous. Mais au final, il a beau aller à la messe, il cache sa bible quand il faut kidnapper ou tuer, sans doute persuadé d'être dans son droit. Le sang coule beaucoup, et il n'est pas christique.

Dieu est une femme noire. Finissons avec Aretha Franklin, star d'Amazing Grace. La Reine est morte l'été dernier et la Berlinale a choisi ce film d'Alan Elliott et de Sydney Pollack hors compétition. Il aura fallu 46 ans pour voir ce concert de gospel au New Temple Missionary Baptist Church de Los Angeles. Des complications techniques ont empêché le film d'aboutir alors que le disque enregistré a été un énorme succès aux Etats-Unis. Si voir un concert (enfin deux ici) au cinéma est toujours une expérience étrange, complètement passive, on peut au moins revoir avec plaisir Aretha et son génie prendre tout l'espace de cette église et partager ses saintes paroles à un public presque en transe. Assurément cette grande idole avait une étonnante grâce quand elle chantait. Nul besoin de nous faire croire à la Vierge Marie ou prier sans confesser ses hypocrisies, sa voix était divine.

Cannes 2018: Nos retrouvailles avec Carlos Diegues

Posté par MpM, le 12 mai 2018

Cela fait plus de trente ans que Carlos Diegues n’était pas venu présenter l’un de ses nouveaux films à Cannes. Le chef de file du mouvement du Cinema Novo (mélange de néo-réalisme italien et de Nouvelle Vague française qui apparaît au Brésil au milieu des années 50) fut pourtant en son temps un grand habitué de la Croisette.

C’est en 1971 qu’il y fit sa première apparition avec Os Herdeiros (Les héritiers), l'un de ses premiers longs métrages, sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs.  Le film raconte l’histoire d’une famille brésilienne sur une période de 40 ans, ce qui permet au réalisateur de parler de l’histoire politique du pays et de ceux qui ont eu le pouvoir (ou qui pensaient l’avoir). Au générique, on retrouve notamment Jean-Pierre Léaud.

En 1978, retour à la Quinzaine avec Pluie d’été, une histoire d’amour entre septuagénaires dans un quartier pauvre de Rio. Deux ans plus tard, il décroche enfin une sélection en compétition officielle avec Bye bye Brasil, qui suit des forains proposant des spectacles aux populations les plus pauvres du Nord du pays, immédiatement suivie en 1981 d’une invitation à faire partie du jury des longs métrages.

C’est pour Carlos Diegues la décennie de la consécration, qui lui permet de revenir deux fois dans la course à la Palme d’or : en 1984 avec Quilombo et en 1987 avec Un train pour les étoiles.

Mais s’il continue de tourner régulièrement par la suite (Regarde cette chanson, Orfeu, Le plus grand amour du monde…), Cannes le boude tout au long des années 90 puis 2000. Il revient bien sur la Croisette, mais pour accompagner ses anciens films à Cannes Classics (Bye bye Brésil en 2004, Xica da Silva en 2012, ou encore le documentaire Cinema Novo, dans lequel il apparaît, en 2016) et comme membre du jury : celui de la Cinéfondation et des courts métrages en 2010, puis celui de la Caméra d’or (qu’il préside) en 2012.

Son grand retour en sélection officielle avec Le grand cirque mystique est ainsi une forme de surprise, doublée d'une excellente nouvelle. Déjà parce que l'on se réjouit de retrouver une nouvelle fois le grand réalisateur brésilien sur la Croisette, même si c'est en séance spéciale, mais aussi parce que le résumé du film laisse présager un récit romanesque à souhait, inspiré d'un poème de Jorge de Lima, et racontant l'histoire d'une famille sur cinq générations dans l'univers du cirque entre réalité, fantaisie et mysticisme.

Cannes 2018: Qui est Beatriz Seigner ?

Posté par vincy, le 12 mai 2018

Productrice, réalisatrice, scénariste, Beatriz Seigner s'est faite remarquée avec Bollywood Dream - O Sonho Bollywoodiano en 2009, première coprod brésilo-indienne. Trois actrices brésiliennes décident d'aller en Inde pour percer dans l'industrie bollywoodienne, et finalement, affrontent le fossé culturel entre leur deux pays. Le film avait fait le tour du monde des festivals.

Pourtant c'est avec un petit rôle dans un film de Walter Salles et Daniela Thomas, Une famille brésilienne (Linha de Passe), en compétition à Cannes qu'elle fait sa première apparition sur le grand écran.

Beatriz Seigner a préféré l'écriture par la suite. Outre sa première fiction et quelques courts métrages, elle scénarise le documentaire Entre la e ca qui suit des filles de l'ile d'Amparo. Elle produit aussi une série docu (On the Road with Bob Holman) et un court docu (A Kiss for Gabriela). Elle achève actuellement un autre documentaire, Between us, a secret, tourné parmi les griots d'Afrique de l'Ouest.

De quoi l'occuper jusqu'à son deuxième film, Los silencios, présenté à la Quinzaine des réalisateurs. Au casting, on retrouve Enrique Diaz (vu dans Carandiru d'Hector Babenco, en compétition à Cannes en 2003).

Le film, récompensé il y a quelques semaines à Cinélatino à Toulouse, est encore une histoire de jeunesse: Nuria et Fabio arrivent à l’aube, avec leur mère Amparo, sur une mystérieuse île à la frontière entre le Brésil, la Colombie et le Pérou. Ils fuient les conflits armés Colombiens et apprennent que leur père, soit disant décédé dans un glissement de terrain causé par une compagnie pétrolière, se cache dans la maison sur pilotis dans laquelle ils emménagent. Rapidement, ils comprennent que cette île est peuplée de fantômes...

Après cela, on devrait la retrouver au générique du prochain film de Walter Salles, La Contadora de Peliculas, dont elle écrit l'adaptation du roman d'Hernan Rivera Letelier. Elle a également collaboré aux scénarios de Vazante de Daniela Thomas, Tudo o que Passamos Juntos de Sergio Machado et d'Exodus d'Hank Levine. Insatiable, elle est aussi l'auteure de la série tv Enquadro, qui tourne autour du street art de Sao Paulo.

Beatriz Seigner pense déjà à son prochain film, Dama da Noite, d'après le roman éponyme de Manoela Sawitsky (inédit en France).

Mais elle risque d'être attendue pour tout autre chose à Cannes puisque lors de la réception organisée par l'Elysée, sur une photo réunissant de nombreuses personnalités invitées au Festival de Cannes, l'artiste a fait sensation, à deux pas d'Emmanuel Macron. En pleine crise politique au Brésil, elle a écarté les bras, au premier rang, où était écrit #LulaLivre et #NobelPraLula (Lula libre / Nobel Pour Lula). Deux ans après la tribune involontaire qu'avait offert Cannes à l'équipe d'Aquarius, qui s'était érigée en symbole de la résistance au “coup d'Etat” contre Dilma Roussef. Depuis Roussef a été destituée, Aquarius renié par le gouvernement et Lula, candidat favori de la prochaine présidentielle, est en prison.

On l'a bien compris: Beatriz Seigner ne gardera pas le silence.

Le cinéma brésilien perd Nelson Pereira dos Santos (1928-2018)

Posté par vincy, le 22 avril 2018

Le cinéaste brésilien Nelson Pereira dos Santos est mort le 21 avril à l'âge de 89 ans. Né le 22 octobre 1928, il est considéré comme le père du mouvement Cinema Novo. Il a aussi été le premier réalisateur élu à l'Académie brésilienne des lettres, en 2006.

A ses débuts, il a été journaliste avant de découvrir la Cinémathèque française à Paris et de rencontrer Henri Langlois. Il tourne alors son premier court documentaire, Juventude en 1950, un portrait des jeunes communistes est-allemands. Dès 1954, avec Rio, 40 Graus, il dépeint la réalité sociale de son pays, inscrite dans une histoire mouvementée et une pauvreté omniprésente, que ce soit dans les métropoles ou les zones rurales du Nordeste. Il rompt ainsi avec un cinéma brésilien coloré, entre romances et comédies. Inspiré du néoréalisme italien, faisant la jonction avec la Nouvelle Vague française, le Cinema Novo, durant près de vingt ans, aura comme figure de proue des réalisateurs aussi prestigieux que Carlos Diegues, qui sera à Cannes le mois prochain, Ruy Guerra, et Joaquim Pedro de Andrade.

Les grands festivals européens n'ont jamais cessé de présenter son œuvre. A Cannes, il est en compétition avec Sécheresses (Vidas secas) en 1964, son film le plus emblématique d’après le roman éponyme de Graciliano Ramos. Il présentera sur la Croisette L'aliéniste en 1970, L'amulette d'Ogum (O Amuleto de Ogum) en 1974 et Mémoires de prison (Memórias do Cárcere), toujours adapté d'un roman de d’après Graciliano Ramos, et présenté en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs en 1984. Le film obtient le prix FIPRESCI. Sa dernière visite cannoise est hors compétition avec La musique selon Antonio Carlos Jobim en 2012.

A Berlin, il est quatre fois en compétition avec Fome de Amor en 1968, Qu'il était bon, mon petit Français!, film historique aux allures de documentaires, sur les débuts de la colonisation du Brésil (1971), La boutique aux miracles (Tenda dos Milagres) (1977) et La troisième rive du fleuve (A Terceira Margem do Rio) (1994).

Il adaptait souvent des romans pour trouver ses histoires. Depuis le débit des années 200, il était retourné au documentaire. Son regard critique sur la société, parfois cruel, avec des images à la lumière crue et une caméra tenue à l'épaule, illustrait la vivacité des personnages dans un monde souvent désolé. Intellectuel et engagé (très à gauche), sa dernière fiction, Brasilia 18% (2006) explorait la corruption politique, le meurtre de témoins et le blanchiment de monnaie dans une société brésilienne pourrie. Douze ans plus tard, son sujet est toujours d'actualité. Il dénonçait les injustices et accompagnaient les mouvements de la jeunesse, oscillait entre cinéma abstrait et humour séducteur. Mariant littérature et cinéma, Nelson Pereira dos Santos était sans doute un peu utopiste...

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Lire aussi:
Cannes 70 : 2012, l’année du Brésil
Cannes 2016: Cinema Novo remporte le Prix de L’Oeil d’or du meilleur documentaire

Après Aquarius, Kleber Mendonça Filho va tourner un thriller horrifique

Posté par vincy, le 26 juin 2017

On en sait un peu plus sur le prochain film du cinéaste brésilien, l'auteur du splendide Aquarius en compétition à Cannes en 2016, Kleber Mendonça Filho. Intitulé Bacurau et coréalisé avec Juliano Dornelles (son directeur artistique attitré), le film sera coproduit par la société brésilienne Cinemascopio Producoes et la société française SBS Productions (Elle), en plus d'une participation d'Arte.

Bacurau sera une fable politique qui se déroule dans un futur proche. Selon le communiqué, le film sera constitué de deux parties: le film débute par la description d’une communauté paisible du sertão brésilien, l'arrière-pays du Nordeste du pays, puis met en scène à la façon d’un western sa résistance devant l’invasion violente d’étranges visiteurs qui l’ont choisi comme terrain de chasse.

Le scénario avait été écrit avant celui d'Aquarius et le cinéaste le qualifie de thriller horrifique.

Le tournage doit se dérouler de fin août à début octobre 2017. Et on voit mal comment il échapperait à une nouvelle sélection cannoise en 2018.

Cannes 2017: Makala, Gabriel et Ava récompensés à la Semaine de la Critique

Posté par vincy, le 25 mai 2017

La 56e Semaine de la Critique a été la première des sections cannoises à tirer le rideau. Le jury présidé par le cinéaste Kleber Mendonça Filho ont décerné trois prix:

Grand Prix Nespresso: Makala d'Emmanuel Gras
Prix Révélation France 4: Gabriel e a Montanha de Fellipe Gamarano Barbosa
Prix Découverte Leica Cine du court métrage: Los Desheredados de Laura Ferrés

Les partenaires de la Semaine de la Critique ont aussi récompensé deux longs métrages et un court:
Prix Fondation Gan à la Diffusion: Gabriel e a Montanha de Fellipe Gamarano Barbosa
Prix SACD: Ava de Léa Mysius
Prix Canal+ du court métrage: Najpiekniejsze Fajerwerki Ever d'Aleksandra Terpinska

Makala est le premier long métrage d'Emmanuel Gras, qui a déjà réalisé plusieurs courts et documentaire. Le film se déroule au Congo, où un jeune villageois espère offrir un avenir meilleur à sa famille. Il a comme ressources ses bras, la brousse environnante et une volonté tenace. Parti sur des routes dangereuses et épuisantes pour vendre le fruit de son travail, il découvrira la valeur de son effort et le prix de ses rêves.

Deux fois récompensé ce soir, le film brésilien Gabriel e a Montanha est le deuxième long métrage de Fellipe Gamarano Barbosa, trois ans après Casa Grande. Il suit Gabriel Buchmann, qui décide de partir un an faire le tour du monde avant d'intégrer une prestigieuse université américaine. Après dix mois de voyage et d'immersion au cœur de nombreux pays, son idéalisme en bandoulière, il rejoint le Kenya, bien décidé à découvrir le continent africain. Jusqu'à gravir le Mont Mulanje au Malawi, sa dernière destination.

Oscars 2017: 85 films dans la course à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère

Posté par vincy, le 4 octobre 2016

Pour la 89e édition des Oscars, 85 pays (quatre de plus que l'an dernier) ont proposé un candidat à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère (la date limite d'inscription était hier). L'Académie des Oscars peut encore en refuser quelques uns pour cause d'inégibilité. Le 17 novembre une liste de neuf ou dix films sera proposée aux membres votants pour qu'ils choisissent les cinq nominations finales.

On notera une forte présence du Festival cannois avec sept films de la compétition, trois d'Un certain regard et deux de la Quinzaine des réalisateurs. Il y a cependant eut quelques bugs. Du côté de la Tunisie qui a du démentir le choix initial et affirmer son film définitif (A peine j'ouvre les yeux). Du côté du Brésil surtout puisque Aquarius, film favori et évident pour représenter le pays, a été retiré pour des raisons politiques. le nouveau gouvernement brésilien en a même fait une affaire personnelle. Parce que l'équipe du film avait manifesté officiellement, à Cannes, son hostilité à la destitution de la présidente brésilienne (qu'ils apparentaient à un Coup d'Etat invisible), Aquarius a été puni, entraînant la colère de la profession. Certains réalisateurs ont retiré leurs films de la liste des oscarisables par solidarité envers le réalisateur d'Aquarius, Kleber Mendonça Filho, et par désapprobation envers le gouvernement. Aquarius avait aussi subit une censure déguisé en étant interdit aux moins de 18 ans.

Notons aussi que la Chine ne présente aucun film cette année. Mais que le Yemen est sélectionné pour la première fois dans cette liste de candidats. Et pour l'anecdote on parle espagnol dans 12 des films choisis et français dans 8.

Afghanistan : Parting de Navid Mahmoudi
Afrique du Sud : Call me Thief de Daryne Joshua
Albanie : Chromium de Bujar Alimani
Algérie : Le puits de Lofti Bouchouchi
Allemagne : Toni Erdmann de Maren Ade
Arabie Saoudite : Barakah Meets Barakah de Mahmoud Sabbagh
Argentine : El ciudadano ilustre de Gastón Duprat et Mariano Cohn
Arménie : Earthquake de Sarik Andreasyan
Australie : Tanna de Martin Butler et Bentley Dean
Autriche : Stefan Zweig, adieu à l’Europe de Maria Schrader

Bangladesh : The Unnamed de Tauquir Ahmed
Belgique : Les Ardennes de Robin Pront
Bolivie : Carga sellada de Julia Vargas Weise
Bosnie Herzégovine : Death in Sarajevo (Mort à Sarajevo) de Danis Tanovic
Brésil : Little Secret de David Schurmann
Bulgarie : Losers d’Ivaylo Hristov

Canada : Juste la fin du monde de Xavier Dolan
Chili : Neruda de Pablo Larraín
Colombie : Alias Maria de José Luis Rugeles Gracia
Corée du Sud : The Age of Shadows de Kim Jee-woon
Croatie : On the Other Side de Zrinko Ogresta
Cuba : El acompañante de Pavel Giroud

Danemark : Land of Mine de Martin Zvandvliet
Egypte : Clash de Mohamed Diab
Espagne : Julieta de Pedro Almodóvar
Estonie : Mother de Kadri Kõusaare

Finlande : Olli Mäki de Juho Kuosmanen
France : Elle de Paul Verhoeven
Georgie : House of Others de Rusudan Glurjidze
Grèce : Chevalier d’Athina Rachel Tsangari
Hongkong : Port of Call de Philip Yung
Hongrie : Kills on Wheels d’Attila Till

Islande : Sparrows de Runar Runarsson
Inde : Interrogation de Vetrimaaran
Indonésie : Letters from Prague d’Angga Dwimas Sasongko
Irak : El clasico de Halkawt Mustafa
Iran : Le client d’Asghar Farhadi
Israël : Tempête de sable d’Elite Zexer
Italie : Fuocoammare, par-delà Lampedusa de Gianfranco Rosi

Japon : Haha to Kuraseba de Yoji Yamada
Jordanie : 3 000 Nights de Mai Masri
Kazakhstan : Amanat de Satybaldy Narymbetov
Kosovo : Home Sweet Home de Faton Bajraktari
Kirghizistan : A Father’s Will de Bakyt Mukul et Dastan Japar Uulu

Lettonie : Dawn de Laila Pakalnina
Liban : Very Big Shot de Mir-Jean Bou Chaaya
Lituanie : Seneca’s Day de Kristijonas Vildziunas
Luxembourg : Voices from Chernobyl (La supplication) de Pol Cruchten

Macédoine : The Liberation of Skopje de Rade et Danilo Serbedzija
Maroc : A Mile in my Shoes de Said Khallaf
Mexique : Desierto de Jonás Cuarón
Monténégro : The Black Pin d’Ivan Marinovic
Népal : The Black Hen de Min Bahadur Bham
Norvège : The King’s Choice d’Erik Poppe
Nouvelle-Zélande : A Flickering Truth de Pietra Brettkelly

Pakistan : Mah e Mir d’Anjum Shahzad
Palestine : The Idol de Hany Abu-Assad
Panama : Salsipuedes de Ricardo Aguilar Navarro et Manuel Rodriguez
Pays-Bas : Tonio de Paula Van des Oest
Pérou : Videophilia (and Other Viral Syndromes) de Juan Daniel Fernandez
Philippines : Ma’Rosa de Brillante Mendoza
Pologne : Afterimage d’Andrzej Wajda
Portugal : Letters from War d’Ivo M. Ferreira

République dominicaine : Flor de azucar de Fernando Baez Mella
République slovaque : Eva Nova de Marko Skop
République tchèque : Lost in Munich de Petr Zelenka
Roumanie : Sieranevada de Cristi Puiu
Royaume-Uni : Under the Shadow de Babak Anvari
Russie : Paradise d’Andrei Konchalovsky

Serbie : Train Driver’s Diary de Milos Radovic
Singapour : Apprentice de Boo Jun Feng
Slovénie : Houston, We Have a Problem! de Ziga Virc
Suède : A Man Called Ove de Hannes Holm
Suisse : Ma vie de Courgette de Claude Barras

Taïwan : Hang in Ther, Kids! de Laha Mebow
Thaïlande : Karme de Kanittha Kwanyu
Tunisie : À peine j’ouvre les yeux de Leyla Bouzid
Turquie : Cold of Kalandar de Mustafa Kara

Ukraine : Ukrainian Sheriffs de Roman Bondarchuk
Uruguay : Breadcrumbs de Manane Rodriguez
Venezuela : From Afar de Lorenzo Vigas
Vietnam : Yellow Flowers on the Green Grass de Victor Vu

Yemen: I am Nojoom, Age 10 and Divorced de Khadija al-Salami

Deux films brésiliens primés à Biarritz

Posté par vincy, le 3 octobre 2016

Le premier film de Marilia Rocha, A Cidade onde envelheço, qui avait fait son avant-première mondiale à Rotterdam en début d'année, a remporté l'Abrazo du meilleur film au 25e Festival Biarritz Amérique latine, qui se déroulait du 26 septembre au 2 octobre. Le film raconte l'histoire de deux jeunes femmes portugaises qui s'installent au Brésil.

Autre film brésilien honoré par le jury d'Alfredo Arias, Aquarius, qui est sorti en salles la semaine dernière et qui avait été en compétition au Festival de Cannes. Le film a reçu le prix du jury et le prix d'interprétation féminine pour Sonia Braga.

Le prix d'interprétation masculine a été décerné à l'acteur argentin Alejandro Sieveking pour son rôle dans El invierno, qui avait gagné deux prix au Festival de San Sebastian il y a une semaine. Le film d'Emiliano Torres repart aussi avec le prix de la critique.

Le prix du public a préféré distinguer le film venezuelien El Amparo de Rober Calzadilla.

Hector Babenco (1946-2016) en liberté dans les champs du seigneur

Posté par vincy, le 14 juillet 2016


Hector Babenco est mort à 70 ans dans la soirée du mercredi 13 juillet, à Sao Paulo (Brésil), annonce confirmée par Denise Winther, associée du cinéaste dans HB Films.

Né à Mar del Plata en Argentine le 7 février 1946, le réalisateur, scénariste et producteur brésilien a été l'une des figures de proue du cinéma latino-américain des années 1970 et 1980.

Il a commencé sa carrière en réalisant O Fabuloso Fittipaldi en 1973, documentaire sur le pilote automobile brésilien Emerson Fittipaldi. Deux ans plus tard, il réalise son premier long métrage de fiction intitulé O Rei da Noite. Son deuxième long métrage, Lucio Flavio en 1977 remporte le prix du meilleur film au Festival de Sao Paulo. Mais c'est en 1981 qu'il se fait remarquer avec un film réaliste sur un enfant abandonné et l'environnement carcéral brutal, Pixote, la loi du plus faible. Le film reçoit un Léopard d'argent à Locarno et le prix du meilleur film en langue étrangère des critiques de Los Angeles et ceux de New York. Avec ce film, le cinéaste rompt avec le cinéma Novo et inscrit le cinéma brésilien dans un registre presque documentaire, dont Walter Salles et Kleber Mendonça Filho sont les actuels héritiers. Le film est considéré comme une référence aujourd'hui.

Suite à ce succès international, il réalise Le Baiser de la femme araignée (Kiss of the Spider Woman). En compétition au Festival de Cannes, Babenco sera aussi le premier cinéaste latino-américain nommé à l'Oscar du meilleur réalisateur. Adaptation du roman éponyme de Manuel Puig, le huis-clos dans une cellule en pleine période de la dictature en Argentine se focalise sur Molina, un étalagiste homosexuel arrêté pour détournement de mineurs, évoque chaque soir de vieux films romantiques à son compagnon d'infortune, Valentin, un prisonnier politique. A la manière d'un Borges en littérature, Babenco évade ses "prisonniers" grâce à un univers fantasmagorique. Le film vaut à William Hurt l'Oscar du meilleur acteur et le Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes mais aussi à Sonia Braga (récemment à Cannes pour Aquarius) une reconnaissance internationale et Raul Julia. Ce drame à la fois intime et allégorique est sans aucun doute son chef d'œuvre tant il synthétise toutes ses obsessions: la souffrance des minorités, l'étouffement des déviants et rebelles, l'humanité qui transcende l'animosité.

Il enchaîne avec un film hollywoodien, Ironweed, histoire d'un couple de SDF - lui alcoolique, elle en phase terminale, qui vaudra à Jack Nicholson et Meryl Streep, une nomination aux Oscars chacun. Puis tourne En liberté dans les champs du seigneur, qui met en scène le conflit entre les Indiens d'Amazonie et "l'homme blanc", toujours avec un casting américain. Il revient en Amérique du sud avec Cœur allumé, flirtant toujours entre aspiration artistique, folie et huis-clos. Babenco aimait opposer la liberté individuelle, celle qui est dans nos têtes, à des systèmes concentrationnaires ou tyranniques. C'est ainsi qu'en 2003, il revient en compétition à Cannes avec Carandiru, prison gigantesque brésilienne où un médecin décide de mener un programme de prévention contre le sida. Le propos est humaniste mais le lieu n'est pas anodin puisque cette prison a réellement vécu l'un des pires massacres en centre pénitencier (111 morts). Le film emporte la plupart des grands prix du continent sud-américain dans différents festivals.

Par la suite, il ne réalise que deux films, El pasado en 2007, avec Gael Garcia Bernal, inédit en France malgré une sélection à Toronto, et My Hindu Friend, l'an dernier, avec Willem Dafoe.

Hector Babenco fut aussi membre du jury du Festival de Cannes en 1989 et de la Mostra de Venise en 1998.
Filmographie

Cannes 2016: Qui est Kleber Mendonça Filho?

Posté par vincy, le 19 mai 2016

Observateur de la société brésilienne, et notamment de la classe moyenne, passionné de foot mais néanmoins très critiques vis-à-vis des événements sportifs internationaux organisés dans son pays, Kleber Mendonça Filho est aussi un touche à tout: critique de cinéma, ingénieur du son, journaliste, programmateur, documentariste et bien entendu cinéaste. Né en 1968 à Récife, dans le "Nordeste" du pays, il a vécu au Royaume Uni durant son adolescence. A 43 ans, il cesse de se disperser et décide de réaliser enfin un film, Les Bruits de Récife, qui sort en 2012, et qui récolte une dizaine de prix.

Il s'était fait la main sur des documentaires et des courts expérimentaux, travaillant sur plusieurs supports techniques. Son cinéma social cherche à restituer une réalité brésilienne souvent éloignée des clichés.
Chez lui les démons du Brésil ne sont jamais loin et la tension est aussi sociale que psychologique. De la même manière, il rejette un formatage de l'image et s'attache à créer un style propre à sa culture. Fondamentalement engagé, Kleber Mendonça Filho revendique son identité brésilienne et rejette le système incestueux des médias et des grandes fortunes de son pays. Avec son épouse, il a créé la société de production Cinemascopio, qui lui permet d'accompagner ses projets en toute indépendance. Avec Cinemascópio, l'objectif est de produire aussi les films des autres, amis ou confrères, qui partagent le même point de vue.

Grand défenseur du court métrage, il vient cependant de terminer un deuxième long, Aquarius, en compétition au Festival de Cannes, où une retraitée lutte contre des promoteurs immobiliers pour conserver son appartement dans une vieille résidence des années 1940. Il aussitôt enchainer avec la préparation de Bacurau, co-réalisé avec Juliano Dornelles, son chef décorateur.

Plutôt du côté de Dilma Rousseff, nul ne doute que son cinéma sera aussi vu sous l'angle politique, lui qui oppose si bien un urbanisme dévorant à un individu enfermé, un consumérisme tentant à une tentation violente, une société qui n'en a pas finit avec l'esclavagisme à l'horreur économique aux allures kafkaiennes.