Cannes 2019: Les quatre grands films de John Carpenter (Carrosse d’or)

Posté par kristofy, le 15 mai 2019

John Carpenter. Son nom de prince des ténèbres est déjà légendaire, car il évoque un assaut de souvenirs de films qui ont vraiment marqué l'antre de la folie de notre mémoire de vampires de cinéma.

« En France, je suis un auteur. En Angleterre, je suis un réalisateur de films. Et, aux Etats-Unis, je suis une sorte de clochard », John Carpenter.

C'est l'un des plus grands cinéastes, dont la longue filmographie se résume presque à une confrontation avec le Mal. La majorité de ses films est une exploration du fantastique et de la science-fiction. Son surnom de 'Big John' est d'ailleurs synonyme à la fois de respect et d'admiration, il a connu des grands succès, mais aussi quelques échecs, où le temps a finalement joué en sa faveur : « Je ne changerais absolument rien à ma carrière. Je suis ravis des films que j’ai fait. Il y en a que j’aime moins, mais je peux les regarder en me disant : c’est pas si mal ! S'il y en a qui ne les aiment pas, qu’ils aillent se faire foutre. »

Entre lui et la France s'est nouée une relation un peu intime. Il a eu le plaisir de recevoir plusieurs fois des prix pour ses films au Festival international du film fantastique d’Avoriaz (qui a migré à Gérardmer) où il a remporté trois fois le Prix de la Critique : en 1979 pour Halloween, en 1980 pour Fog et en 1988 pour Prince des ténèbres.

Il a grandi avec les westerns de Sam Peckinpah, John Ford, et Howard Hawks (il y fait plusieurs références) mais il aime aussi La Bonne année de Claude Lelouch ! En 2019, c'est (enfin) Cannes qui le célèbre, à la Quinzaine des réalisateurs, avec un Carrosse d'or (succédant à Martin Scorsese).

En 1970 un Oscar du meilleur court-métrage est attribué au court The Resurrection of Broncho Billy réalisé par des étudiants de la fameuse école de cinéma USC (University of Southern California’s School of Cinematic Arts). John Carpenter en est le co-scénariste, le monteur, et le compositeur de musique. De son premier long-métrage en tant que réalisateur - Dark Star en 1974 - à son dernier film - The Ward en 2011-,  il y a plus d'une vingtaine de films (dont une poignées pour la télévision) où John Carpenter en est à la fois producteur, réalisateur, scénariste, monteur (parfois sous un pseudonyme), et compositeur. Et depuis sa contribution pour cet Oscar d'un court-métrage, avant que ne débute vraiment sa carrière professionnelle, il n'a jamais reçu la prestigieuse statuette dorée sur son nom. Il est grand temps que ses pairs et héritiers de cinéma rendent hommage à son cinéma, et c'est donc le cas via la SRF (Société des Réalisateurs de Films) et Cannes avec cet hommage à sa carrière.

Retour sur 4 films essentiels en particulier de la filmographie de John Carpenter :

- Assaut (Assault on Precinct 13), 1976 :
Le premier film de Carpenter Dark Star était une plaisante fantaisie spatiale. Ça n'a pas marqué l'époque, mais c'était tout de même précurseur : les images de déplacement du vaisseau à toute vitesse 'hyper-drive' ont été l'influence de la vitesse 'hyper-espace' du Star Wars de George Lucas, le co-scénariste de Dark Star, Dan O'Bannon, en a d'ailleurs repris plusieurs éléments pour le scénario de Alien de Ridley Scott. En fait John Carpenter veut retrouver une structure de western, genre tombé en désuétude mais qu'il adore. Il va d'ailleurs faire référence au Rio Bravo de Howard Hawks au travers d'un polar urbain un peu violent et assez novateur : Assaut. Carpenter est à la fois réalisateur, scénariste, monteur, et compositeur de la musique.

Un commissariat où il ne reste qu'une poignée de policiers pour cause de déménagement reçoit en transit, pour une nuit, un criminel. Mais un furieux gang va attaquer... Le détenu dangereux est blanc et le valeureux policier est noir (ce qui à l'époque est assez subversif). Ils vont devoir s'allier pour se défendre contre cet assaut. Le film est devenu une référence incontournable du film d'action. Second film pour John Carpenter, mais le premier qui va compter, le succès est relatif et prendra du temps sauf en Angleterre où il triomphe, la carrière de Carpenter est lancée.

- Halloween, la nuit des masques (Halloween), 1978 :
Suite à Assaut, il y a l'idée faire quelque chose de très différent avec un tueur qui poignarde une babysitter. L'histoire sera simple mais diablement efficace. Un soir d'Halloween, le petit garçon Michael Myers de 6 ans tue sa sœur à coups de couteau. Il est alors interné en hôpital psychiatrique, dont il s'échappe à l'âge de 21 ans, le jour d'Halloween. Avec un masque et un couteau, il va assassiner de nouveau en s'attaquant à des lycéennes. L'une d'elle va essayer de ne pas se faire tuer (et c'est la révélation de jeune actrice Jamie Lee Curtis).

Le succès est tellement énorme (325 000 $ de budget, 46 millions $ de recettes de l'époque soit l'équivalent de 180M$ aujourd'hui) que ça en devient un des films les plus rentables, et même le début d'une franchise aux multiples suites et remakes. John Carpenter est sur un tremplin pour faire ce qu'il veut ensuite. Halloween avec son iconique tueur masqué et sa musique angoissante (de Carpenter) est devenu un film d'horreur culte.

- The Thing, 1982 :
En 1979 John Carpenter avait réalisé pour la télévision Le roman d'Elvis, un biopic sur Elvis Presley (donc bien avant la mode des biopics musicaux qui nous arrive en ce moment, parmi lesquels Rocketman cette année à Cannes) avec  l'acteur Kurt Russell dont la carrière sera alors vraiment lancée. Kurt Russell deviendra le héros fétiche de Carpenter qui le caste par la suite quatre autres fois :  New-York 1997 en 1981 et sa suite Los Angeles 2013 en 1996, Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin en 1986 et surtout The Thing, îson premier film de studio, avec Ennio Morricone à la bande musicale. Ici John Carpenter se lance dans l'adaptation d'un de ses films préférés La Chose d'un autre monde de 1951 (en noir et blanc) de Howard Hawks et Christian Nyby, il trouve là matière à faire un grand film de science-fiction.

Dans le froid de l'Antarctique, une station de recherche avec quelques scientifiques américains découvrent que des collègues norvégiens ont trouvé quelque chose mais qu'ils sont tous morts, sauf un chien. Ils vont découvrir eux aussi cette chose qui va les tuer un par un... The Thing est l'un des plus grands films de John Carpenter mais à l'époque cela va devenir sa plus grande désillusion : ça sera une déception commerciale, car juste avant il y avait eu la sortie triomphale du bienveillant E.T. de Steven Spielberg. Le public de l'époque ne voulait pas voir une forme de vie extraterrestre exterminatrice des humains. The Thing, avec sa célèbre dernière séquence où il faut deviner qui est contaminé ou pas, a su gagner son public plus tard au fil des années jusqu'à devenir un classique.

- Christine, 1983 :
Suite à l'accueil décevant de The Thing, le studio producteur retire à John Carpenter la réalisation d'un film adapté d'un roman de Stephen King avec un enfant poursuivis pour ses dons : Charlie (Firestarter) sera mis en image par Mark L. Lester avec comme héroïne justement la petite gamine de E.T. Drew Barrymore. Mais ça n'a pas suffit pour faire un succès.

Les romans de Stephen King sont à cette époque presque tous transposés au cinéma (Carrie, Shining, Dead Zone...) et ça semble naturel que John Carpenter soit parmi les cinéastes destinés à l'adapter,. Il fera alors un film d'après un autre de ses thrillers : Christine. Un jeune lycéen plutôt solitaire et peu sûr de lui achète une vieille voiture, une Plymouth Fury rouge en mauvais état. Il va la réparer (et elle va se réparer elle-même aussi). Entre la voiture et lui se développe une relation spéciale, lui prend de l'assurance et drague une fille, mais il se pourrait que cette voiture prénommée Christine, par jalousie, tue les gens qui approche de trop près son conducteur...

Le livre n'est pas le plus passionnant de Stephen King, mais John Carpenter a su ici le mettre un image de belle manière en élevant une histoire de série B au niveau d'un (grand) film d'auteur, renouant avec le style des mélos et des drames des années 1950-1960. Avec Christine, le réalisateur montre son de talent au service d'une commande d'un grand studio de cinéma (et n'oublions pas encore une fois cette BOF splendide). Il signera ensuite, avec un même sens de qualité le très beau Starman en 1984 ou Les Aventures d'un homme invisible en 1992. Prouvant une fois de plus que l'humain et le fantastique font bon ménage.

Il connaît divers échecs commerciaux avec ses films suivants, mais le John Carpenter plus iconoclaste et imprégné de western se retrouve par exemple dans Vampires en 1998 et Ghost of Mars en 2001. Après deux participations à la série de téléfilms Masters of horror, et symboliquement 10 ans après son épique Ghost of Mars, Carpenter a repris la caméra en 2011 pour The Ward avec Amber Heard dans un hôpital avec un esprit maléfique.

John Carpenter ne tourne plus de films mais il continue de faire la musique: il a d'ailleurs composé celle du Halloween de David Gordon Green, le 11ème film de la saga. L'empreinte de John Carpenter dans le cinéma est telle que plusieurs de ses films font l'objet de suite, préquelle, remake : c'est le cas de Assaut, Halloween, The Fog, The Thing.

Champs-Elysées Film festival 2019: Les films, jurys, avant-premières et invités dévoilés

Posté par vincy, le 10 mai 2019

Du 18 au 25 juin, le 8e Champs-Elysées Film Festival déroulera son tapis rouge au cinéma indépendant français et américain. Les projections auront lieu dans les cinémas UGC George V, Le Balzac, PubliciCinémas, Le Lincoln et au Gaumont Marignan.

Demandez le programme.

Les avant-premières

Dragged Across Concrete de S. Craig Zahler avec Mel Gibson et Vince Vaughn ; Her Smell d'Alex Ross Perry, en présence du réalisateur, avec Elisabeth Moss et Cara Delevingne ; The Pretenders de et avec James Franco, Dennis Quaid et Juno Temple ; The Mountain : une odyssée américaine, de Rick Alverson en présence du réalisateur, avec Jeff Goldblum et Tye Sheridan ; The Old Man & The Gun de David Lowery, en présence du réalisateur, avec Robert Redford, Casey Affleck et Sissy Spacek.

Soirée d’ouverture : Yves de Benoît Forgeard, avec Doria Tillier, Philippe Katerine et William Lebghil.

Soirée de clôture : Can You Ever Forgive Me?de Marielle Heller, en première française, avec Melissa McCarthy, nommée aux Oscars pour ce rôle.

A cela s'ajoutent deux documentaires en séances spéciales: Lil'Buck Renaissance de Louis Wallecan et Océan de Océan.

Les invités

L’acteur Jeff Goldblum, la réalisatrice Debra Granik, l'acteur Kyle MacLachlan, l'acteur Christopher Walken, les réalisateurs David Lowery, Alex Ross Perry et Rick Alverson seront mis à l'honneur. Goldblum, MacLachlan et Walken auront le droit à une masterclass.

La sélection

Compétition américaine: Chained for Life d'Aaron Schimber ; Fourteen de Dan Sallitt ; Lost Holiday de Michael et Thomas Mattews ; Pahokee de Ivete Liucas et Patrick Bresnan (documentaire) ; Saint-Frances d'Alex Thompson ; The World is Full of Secrets de Graham Swon

Compétition française: Braquer Poitiers de Claude Schmitz ; Daniel fait face de Marine Atlan ; Frères d'arme de Sylvain Labrosse ; L'angle mort de Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic ; Siblings d'Audrey Gordon (documentaire) ; Vif-argent de Stéphane Batut

Les jurys

Pour les longs métrages, le jury sera présidé par Stéphane Brizé, entouré de Jeanne Added, Danielle Arbid, Yoann Bourgeois, Clotilde Hesme, Grégoire Ludig et Océan.

Le jury du Prix de la Critique dont le jury sera composé des journalistes Sarah Drouhaud, Romain Burrel et Sylvestre Picard. S

Le jury courts métrages sera présidé par Valérie Donzelli, accompagnée de Galatea Bellugi, Thomas Scimeca, Christophe Taudière, et Virgil Vernier.

Pour les pros

Les Journées professionnelles US IN PROGRESS – « The heart of Paris beats for film industry » auront lieu du 19 au 21 juin et présentera aux professionnels venus de l'Europe entière six films in progress qui seront soumis à un jury professionnel, composé de la distributrice Cécile Salin (Diaphana), de la productrice Gabrielle Dumon (The Bureau), du producteur et exploitant Nathanaël Karmitz (MK2), du journaliste et producteur Scott Macaulay (Filmmaker Magazine) et de Sophie Frilley (TitraFilm).

Reprise US

La troisième édition de cette tournée outre Atlantique se tiendra en octobre 2019 dans un minimum de six villes américaines (Los Angeles, San Francisco, Portland, Austin, Minneapolis et Chicago) où seront présentés les courts et les longs métrages français en avant-première dans chaque ville.

John Carpenter recevra le Carrosse d’or 2019

Posté par vincy, le 28 mars 2019

Un cinéaste culte et hors-norme recevra le Carrosse d'or cette année au Festival de Cannes en ouverture de la 51e Quinzaine des réalisateurs. John Carpenter, réalisateur de Christine, Le village des damnés, Halloween, The Fog, Starman, Le Prince des ténèbres, L'antre de la folie, The Thing, ou encore New York 1997, sera le 4e cinéaste américain à recevoir cet honneur, après Clint Eastwood, Jim Jarmusch et Martin Scorsese.

"Chacun des vos films exalte le plaisir contagieux de la mise en scène, où le travail sur l’espace, le hors-champ, le visible et l’invisible est toujours renouvelé, régénéré, afin de mieux redéfinir la peur" explique la lettre du conseil d'administration de la Société des réalisateurs de films, qui décerne cette récompense. "Une peur qui n’oublie jamais de convoquer les émotions de personnages et d’acteurs désormais iconiques  (...) Votre clairvoyance de vigie nous paraît encore plus essentielle à un moment où le consumérisme et les dérives politiques ont rejoint l’acmé terrible que vous dénonciez déjà dans They Live ou Los Angeles 2013. Et tandis que vos magnifiques bandes-son continuent d’inspirer la scène électronique française, nous souhaiterions nous aussi, en tant que cinéastes, réaffirmer notre amour pour votre travail à travers cet hommage si cher à nos cœurs. Et vous remercier ainsi pour l’humour féroce, la puissance plastique, l’imaginaire délirant, la lucidité inouïe de vos films."

Cinéaste de la paranoïa, de la peur, de l'enfermement et de la classe moyenne (contre les élites), trois fois récompensé à Avoriaz (ancêtre de Gérardmer), snobés par les grands prix, il a à son actif de nombreux films extrêmement rentabilisés malgré des coûts de production souvent dignes d'un film indépendant. En France, ses plus gros succès sont New York 1997, Christine, Fog et Les aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin.

Acteur, producteur, compositeur, scénariste, John Carpenter succède à Werner Herzog.


Cannes 2018: Qui est David Robert Mitchell ?

Posté par kristofy, le 16 mai 2018

C'est l'un des nouveau cinéaste américain qui a été révélé dès son tout premier film à Cannes, et le voila de nouveau cette année au festival mais cette fois il revient en compétition, en position privilégiée pour une Palme d'or : David Robert Mitchell signe un film noir vénéneux avec Under the Silver Lake.

A 44 ans, ce gosse du Michigan, diplômé en Floride, ne semble pas vieillir. Fan de cinéma européen, d'Hitchcock et d'American Graffiti, il a débuté en faisant le montage de bandes annonces. Sans doute de là que vient son art du montage. Mais au fil des films, on sent surtout qu'il veut détourner les genres - le teen-movie, l'horreur, le suspens.

C'est à la Semaine de la Critique que les cinéphile ont remarqué la singularité de ce nouveau talent en 2010 en présentant The myth of the american sleepover, puis quatre ans plus tard, toujours à la Semaine, en projetant son deuxième film It follows. Si la gestation du premier a été longue (7 ans, pour un budget inférieur à 100000$) et sa sortie en France inédite en salles (seulement en DVD en 2014), l'autre a connu un large écho favorable, rapportant même 15M$ aux Etats-Unis.

Aussi différent l'un de l'autre, ces deux premiers films de David Robert Mitchell représentent des explorations du coming-out of age, de ce moment particulier de l'adolescence au seuil de l'inconnu, avant d'être adulte. Grandir, tomber amoureux, envisager une faculté lointaine pour The myth of the american sleepover avec une approche sensible et naturaliste des sentiments pour se projeter vers un futur lumineux. Le film avait reçu le Prix spécial du jury à Deauville.

Presque à l'opposé, avec une orientation fantastique un peu horrifique, It follows parle de relations sexuelles et d'une transmission de la peur qui obscurcit l'avenir. Le film a été distingué notamment par un Prix de la critique à Deauville ainsi que le Grand prix et le Prix de la critique à Gérardmer.

Ses deux films partagent un sens du casting aiguisé avec la fraicheur de nouveaux visages, et surtout une originalité séduisante pour la mise en scène, avec des cadrages soignés et une musique toujours adéquate.

David Robert Mitchell est vite devenu visible sur les différents radars de nouveaux talents à suivre dont on guette la confirmation. Pour son troisième film, Under the Silver Lake, peut-être celui qui représente un pari plus risqué, il a fait jouer des acteurs confirmés comme Andrew Garfield, Riley Keough et Topher Grace. Un jeune homme, incapable de dépasser l'adolescence glandeuse et d'oublier un amour de jeunesse, se lance dans une quête surréaliste pour retrouver une femme, le sujet presque universel peut se prêter à toutes les audaces, en l'occurrence ici une multitude de références aux films noirs des années 50 et à la culture underground et pop. Le film, sort le 8 août en France.

Cannes 2018: Nos retrouvailles avec Spike Lee

Posté par wyzman, le 14 mai 2018

Seize ans après avoir fait sensation dans la section Un certain regard avec l'un des segments de Ten Minutes Older, Spike Lee est de retour au Festival de Cannes. Pour la troisième fois de sa carrière. Il fait ainsi partie des (rares) Américains qui tenteront de décrocher la Palme d'or cette année, faut de productions Netflix ou de stratégies de studios plus enclins à positionner leurs films sur les festivals de l'automne. Et connaissant le monsieur, il y a de grandes chances pour que son nouveau film, Blackkklansman, crée une nouvelle polémique!

Le retour d'un incompris

Particulièrement chanceux, Spike Lee a dès son plus jeune âge fréquenté les meilleures écoles de la côte Est américaine. Plongé dans un milieu intellectuel malgré lui, il se forge rapidement son identité et des avis tranchés, notamment sur la cause noire. Et comme de nombreux prodiges, c'est à travers l'art qu'il s'exprime le mieux. Parmi ses grands films, impossible de ne pas citer Nola Darling n'en fait qu'à sa tête (sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs dès son 2e long!), School Daze, Do the Right Thing et Jungle Fever, tous deux en compétition à Cannes respectivement en 1989 et 1991, Malcolm X et Inside Man, ses deux plus gros succès publics. Côté documentaires, il est évident que Katrina et Bad 25 sont des must-see.

Néanmoins, Spike Lee est comme de nombreux autres cinéastes talentueux, un incompris. Et cela notamment par les grands studios américains qui, relativement prudes, ne sont pas toujours partants pour financer les nouveaux projets d'un réalisateur désormais plus connu pour ses dérapages verbaux que pour ses prouesses techniques. Ainsi, on fait aujourd'hui plus souvent mention de Spike Lee pour l'évoquer comme détracteur de Quentin Tarantino et Clint Eastwood plutôt que pour aborder la richesse de son travail. Et qui se souvient de son dernier long métrage, Chi-raq, sorti dans l'indifférence générale en 2015? Tout comme Da Sweet Blood of Jesus en 2014, le raté Old Boy en 2013, Red Hook Summer en 2012, l'affreux Miracle à Santa Anna en 2008?

Voilà pourquoi ce 71e Festival de Cannes a tout d'une planche de salut pour Spike Lee, deux ans après un Oscar d'honneur qui panthéonisait finalement le premier grand auteur afro-américain du cinéma US ! Avec Blackkklansman, le réalisateur, âgé de 61 ans, raconte l'histoire vraie du premier policier Noir américain à avoir infiltré une branche locale du Ku Kux Klan. Nous sommes alors en 1978, dans le Colorado. Si les cinéastes américains en compétition se font rares cette année (Spike Lee n'aura de compatriote que David Robert Mitchell), Blackkklansman a déjà tout ce qu'il faut pour faire sensation sur la Croisette et attirer l'attention des médias, de l'actuel résident de la Maison-Blanche ainsi que de l'industrie cinématographique états-unienne toujours réticente à l'idée d'aller à Cannes par peur de critiques trop... justes?

Cannes 2017 : Qui sont les frères Safdie ?

Posté par kristofy, le 25 mai 2017

Cette année dans la compétition officielle du côté des américains, il y a les nouveaux films de Todd Haynes, Sofia Coppola, Noah Baumbach, et celui des frères Safdie avec Robert Pattinson et Jennifer Jason Leigh dans une histoire de braquage. Qui sont ces cinéastes indépendants dont la carrière va prendre une nouvelle dimension ?

Les frères Joshua et Benny Safdie (ou Josh et Ben, c’est selon) sont quasiment nés à Cannes, plus précisément à La Quinzaine des Réalisateurs avec la sélection en 2008 de leurs premiers long-métrages The Pleasure of Being Robbed (réalisé par Josh Safdie) puis en 2009 de Lenny and the kids (réalisé par les deux frères et Prix John-Cassavetes aux Independent Spirit Awards), mais aussi avec le court-métrage The Acquaintances of a Lonely John (réalisé par Benny Safdie) en 2008.

Les deux frères - qui ont grandi à New-York - et quelques amis s’étaient déjà regroupés pour travailler ensemble sur plusieurs courts un peu dans l’esprit de la tendance du mumblecore (petit budget et grande énergie collective) en s'aidant de leur structure Red Bucket Films. Il en a découlé ces films qui ont trouvé un distributeur en salles et reçu de bonnes critiques. Ces deux longs et cinq courts ont d’ailleurs été regroupés dans un coffret de trois DVD (édité par Blaq Out) que l’on vous recommande.

Il faut attendre 2016 pour la sortie de leur 3ème long-métrage Mad love in New York (Heaven Knows What) inspiré de la vraie vie d’une jeune femme qu’ils avaient rencontré: une SDF en sevrage de drogue, devenue l’actrice de son rôle. Le film remporte le Grand prix au Festival de Tokyo et le prix des salles art et essai au Festival de Venise.

Ils varient les sujets, fidèle à leur envie de liberté totale, mais cherchent toujours un angle décalé à des récits a priori classique, avec des personnages marginaux ou singuliers, que ce soit un kleptomane, un lycéen joueur de basket ou un père mentalement psychologiquement malade.

Leur nouveau film Good Time ressemble à un grand écart : après s’être inspiré de leur famille (père, compagne…) et de faits réels, les frères Safdie se tournent vers de la pure fiction avec une histoire de braquage qui tourne mal. Toutefois, en toile de fond, on retrouve leur ville de New-York, dont ils ont une vision assez sombre (une partie du film est tourné dans une vraie prison). La présence de Robert Pattinson et Jennifer Jason Leigh donnent bien entendu une toute autre dimension au film, ce qui explique d’ailleurs leur promotion sur le tapis rouge de la compétition cannoise.

Pour autant les frères Josh et Benny Safdie ne sont pas pour autant ‘vendus’ à faire un film de commande d’un studio. Ils continuent d'écrire, réaliser et produire en famille. C’est bien entendu trop tôt pour spéculer, mais Good Time pourrait être l'une des surprises de ce 70e Festival.

Cannes 70: Cachez ces seins qu’il ne faudrait pas voir!

Posté par vincy, le 4 avril 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-44. Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .

Simone Silva Robert Mitchum © WikipediaSi aujourd'hui, on s'offusque de voir une magnifique Claudia Cardinale retouchée sur l'affiche du 70e Festival de Cannes, imaginez ce qui est arrivé quand, en 1954, l'actrice Simone Silva fit scandale durant le Festival de Cannes en étant photographiée "topless".

C'était l'époque des starlettes: en 1953, le cinéma avait créé Brigitte Bardot sur la Croisette, avant la déferlante des comédiennes italiennes.  C'était aussi les prémices de la Révolution sexuelle et du féminisme. En 1954, deux événements littéraires majeurs ont acté la naissance de l'émancipation du corps de la femme. D'abord, en juin, la parution du sulfureux et sado-masochiste Histoire d'O de Pauline Rage, édité par Jean-Jacques Pauvert (qui sera jugé deux ans plus tard pour avoir osé publié les œuvres du Marquis de Sade). Ensuite, la remise du Prix Goncourt à la théoricienne du féminisme, Simone de Beauvoir, pour Les Mandarins, cinq ans après son essai fondamental Le deuxième sexe.

En 1954, la France n'a pas encore découvert le naturisme ou les couvertures du magazine Lui. Playboy vient juste de naître outre-Atlantique.

Sur la Croisette cannoise, tout juste élue Miss Festival, l'actrice britannique Simone Silva, 26 ans alors, née en Egypte de parents franco-italiens, fait sensation. Pas loin, Robert Mitchum pique-nique en public aux îles de Lérins. La jeune femme laisse tomber son soutien-gorge dévoilant ainsi son opulente poitrine, tout en cachant ses seins avec ses mains. La voyant mitraillée par les photographes, le "bad boy" d'Hollywood, Mitchum, en bon gentleman qui se respecte et pas dégonflé, joue avec ses paluches autour de ces seins...

Soyons honnêtes: les médias et les photographes ont adoré capter ce moment libertin et ludique, pour ne pas dire "libéré" des carcans puritains. Le Festival a moins apprécié, terrifié par cette publicité considérée comme vulgaire et indigne de sa réputation.

mitchum silva cannes 1954

Car au départ, c'est bien un scandale diplomatique qui se profile à cause de ces seins nus. On est aussi en pleine guerre froide. L’Amérique crie au scandale et demande le boycott du Grand Bob (qui tournera quand même l'un de ses chefs d'œuvre l'année suivante: La nuit du chasseur). Le Festival oblige Simone Silva à quitter Cannes. Sous la pression de l'opinion publique aux Etats-Unis (rappelons qu'on ne montre toujours pas un téton aujourd'hui à la télévision américaine), la délégation américaine suit le mouvement et abandonne le soleil de la Côte d'Azur. Robert Favre Le Bret, alors délégué général du Festival, part négocier pour convaincre les Américains de rester en compétition. Par sanction contre Cannes, "synonyme de débauche", Grace Kelly ne participera pas au Festival. Tant qu'il y aura des hommes de Fred Ziinneman repartira quand même avec un prix spécial.

Le destin de Simone Silva fut tragique par la suite. Elle venait chercher à Cannes une notoriété. L'actrice a cru pouvoir aller travailler à Hollywood. Une fois son visa rejeté, elle revient au Royaume Uni, mais sa carrière ne décolle pas et on la retrouve morte chez elle trois années plus tard. Simone Silva a payé lourdement son audace et sa naïveté.

La justice s'empare du topless

Mais on peut la remercier d'avoir provoqué un déclic, avant l'heure. Car dix ans plus tard, à Saint-Tropez, les femmes commencent à faire du "topless" sur la plage: le monokini arrive dans les rayons et facilite le dévoilement de la partie haute du corps. En juillet, un restaurateur a d'ailleurs demandé à Claudine, une jeune fille du coin, de jouer au ping-pong les seins découverts. Les photographes sont là encore ravis. Mais il faut savoir que des maires ont signé des arrêtés pour interdire cette pratique (ça vous rappelle une autre polémique plus récente?). Le restaurateur et Claudine ont été condamnés en septembre. Non pas à cause du monokini de la jeune femme mais parce qu'elle s'était exhibée contre une rétribution, dans un but publicitaire, et dans le cadre d'une mise en scène planifiée. Autrement dit, la Justice n'a pas condamné les seins nus de la "délinquante" (qui sera finalement relaxée après une longue querelle juridique) mais la manipulation des masses par une image "osée": "Le spectacle de la nudité n'a rien qui puisse outrager une pudeur normale même délicate s'il ne s'accompagne pas de l'exhibition des parties sexuelles, ou d'attitudes ou gestes lascifs ou obscènes." Victoire pour les nénés!

Les seins nus sur les plages vont accompagner le mouvement d'émancipation des femmes, affirmant leur corps, s'affranchissant du passé et des hommes. Dix ans plus tard, les maires autorisent officiellement les femmes à ne porter qu'une culotte sur les plages, aux yeux du public. Et aujourd'hui ça ne choque quasiment plus personne. Les Tartuffe ont perdu la guerre que Simone Silva avait déclenché il y a 63 ans.

Locarno 2016: Harvey Keitel recevra un Prix pour l’ensemble de sa carrière

Posté par vincy, le 1 août 2016

Le 69e Festival de Locarno décernera un Prix pour l'ensemble de sa carrière à l'acteur américain Harvey Keitel. Le prix lui sera remis le 6 août avant la projection de Smoke, de Wayne Wang sur la Piazza Grande, film qui avait reçu le Prix du Public UBS à Locarno en 1995.

On ne présente plus Keitel. Il a été des premiers Scorsese (Who's that knocking at my door ?, Mean Streets, Alice doesn't live here anymore, Taxi Driver), a été un flic inoubliable dans Thelma & Louise dont on célèbre les 25 ans cette année, un second-rôle délicieux dans Sister Act, son film le plus populaire. On l'a d'ailleurs vu "exploser" au début des années 1990 avec Reservoir Dogs, deux Palme d'or (La leçon de Piano, Pulp Fiction), puis a enchaîné des films aussi variés que Bad Lieutenant et Get Shorty, Cop Land et U-571, Benjamin Gates et The Grand Budapest Hotel. L'an dernier, il était à l'affiche de Youth face à Michael Caine, film désenchanté de Paolo Sorrentino.

L'an prochain, il fêtera ses 50 ans de carrière. A l'âge de 77 ans, Keitel est un dinosaure qui aura tourné pour Altman, De Palma, Rodriguez, Auster, Mangold, Weith ou encore Spike Lee mais aussi les italiens Scola, Faenza, Comencini, Wertmüller, Soldati et Argento. Il est également producteur et coprésident de l’Actors Studio.

"Je suis très heureux d’accueillir à Locarno et de récompenser l’un des acteurs qui a le mieux incarné les différentes âmes de ce cinéma indépendant qui nous est si cher. Au cœur d’un New York qui bat pour une humanité multiethnique, Harvey Keitel a raconté une Amérique qui oscille entre violence et fragilité, entre autodérision et engagement. Parmi ses très nombreuses collaborations, je me dois de citer celles avec Scorsese et Tarantino, comme dans un passage de relais entre deux façons de penser le cinéma" s'est félicité Carlo Chatrian, Directeur artistique du Festival.

Dimanche 7 août, le public du Festival pourra participer à une conversation avec l’acteur au Spazio Cinema.

Edito: le déclin du cinéma chez les Américains

Posté par redaction, le 28 juillet 2016

Peu importe si Trump ou Clinton occupera le bureau ovale, maintes fois reconstitué, saccagé ou glorifié par Hollywood. Au cinéma (et à la télévision), il y a déjà eu des Présidents de sexe féminin, et des arrivistes de tous poils. Majoritairement, la profession est favorable à Hillary - de George Clooney à Meryl Streep. Mais sur la côte Ouest, ce n'est pas la présidentielle qui inquiète mais bien le box office. L'été est pourri. Pas mal de films vont causer des pertes financières aux studios. Les plus rentables le sont parce qu'ils n'ont pas coûté très cher, sans qu'ils aient besoin d'être un vrai succès. En fait seulement 3 films sortis depuis mai ont rapporté gros : Le monde de Dory, Captain America 3 et Comme des bêtes, qui sort cette semaine en France. Cela fait cinq pour l'année, avec Le Livre de la jungle et Zootopia, soit 4 films Disney au total. Et 3 dessins animés. A l'inverse, sans l'international, des films comme X-Men Apocalypse, Tarzan, Independence Day : Resurgence seraient d'énormes fiascos. Et même avec l'international, les Tortues Ninjas 2, la suite d'Alice, Warcraft ou Le bon gros géant sont en pertes.

Certes, grâce à un excellent hiver (Star Wars, Deadpool, Zootopia, The Revenant), les recettes sont en hausse de 2% par rapport à l'an dernier. Mais si l'on compare juste l'été 2016 avec l'été 2015 (aux mêmes dates), la chute de la fréquentation est de 10%. Ce qui sauve les recettes, c'est l'augmentation des prix des billets et les suppléments pour les films en 3D ou en Imax.

En fait Hollywood est piégé par sa stratégie: d'un côté, les studios n'offrent plus de "films du milieu" qui peuvent séduire les seniors et les "bobos" des grandes villes; de l'autre le système produit des films toujours plus chers pour draguer les jeunes, qui ne viennent plus au cinéma. Depuis 5 ans, les 18-39 ans désertent de plus en plus les salles.

Système trop industriel

Il y a plusieurs raisons: à trop montrer le même genre de films (super héros & co), le public se lasse. Par ailleurs, le nombre de cinéphiles (ceux qui vont au moins une fois par mois au cinéma) se réduisent. Enfin, il y a la concurrence du petit écran, des contenus sur le web et même de Pokemon Go. Le petit écran est très révélateur de la catastrophe à venir: contenus plus audacieux, personnages moins consensuels, sujets moins conformistes, bref des œuvres moins formatées et en plus, addictives. On a plus parlé de Looking (HBO) sur les réseaux sociaux que de Star Trek Beyond ce week-end.

Aller au cinéma revient cher, et les Américains, pas épargnés par la crise économique, choisissent désormais comment dépenser pour leur divertissement. Le cinéma n'est plus une priorité. Et ce n'est pas en l'industrialisant à outrance que ça s'arrangera. Les spectateurs veulent du neuf, du frais ou de l'événement. Combien de reboots, suites et autres remakes étaient vraiment utiles ces dernières années? Pas étonnant alors qu'en 2015, un quart des billets ont été vendus pour seulement cinq films. La concentration continue: quitte à aller au cinéma, autant aller voir le film que tout le monde va voir.

Baisse de la fréquentation, concurrence des loisirs, curiosité en berne, de moins en moins de stars bankable: il y a de quoi s'inquiéter. Hollywood doit faire sa mue. Dans les années 1960 et 1970, quand la télévision a envahit tous les foyers, les studios ont fait les mêmes erreurs stratégiques avec des films clonés et couteux. Mais c'est aussi à cette période qu'ont émergé Scorsese, Spielberg, Coppola ...

Deauville rendra hommage à Michael Moore

Posté par vincy, le 19 juillet 2016

Le 42e Festival du cinéma américain de Deauville qui se déroulera du 2 au 11 septembre rendra un hommage au documentariste et auteur Michael Moore, en sa présence, à l'occasion de la présentation en avant-première de son nouveau film Where to Invade Next. Le film sortira en salles le 14 septembre.

Dans Where to Invade Next, Michael Moore enfile le costume de l’envahisseur qui débarque de l’autre côté de l’Atlantique. Son but ? Importer les meilleures pratiques des pays étrangers pour changer l’avenir des États-Unis. En pleine campagne présidentielle, où le match Hillary Clinton/Donald Trump s'annonce aussi violent qu'incertain, cela aurait pu faire l'effet d'une bombe. Malheureusement, sorti trop tôt, en février dernier aux Etats-Unis, avec un Michael Moore malade, et incapable d'assurer la promotion de son film, le box office avait été décevant (3,8M$).

Dans le communiqué, le Festival de Deauville rappelle que Michael Moore "promène sa caméra le long des chemins et, avec sa seule parole, tient tête aux hommes de pouvoir les plus féroces." Il "est un héros américain, protégeant son pays de son pire ennemi : les États-Unis. D’un film à l’autre, il cherche à dissiper un rêve américain bâti sur des mirages : la toute-puissance patronale avec Roger et moi ou The Big One, le port d’arme dans Bowling for Columbine, la politique militaire postcoloniale de Georges W. Bush dans Farhenheit 9/11 (Palme d'or à Cannes), l’avidité du système de santé dans SiCKO ou encore les dérives du modèle économique dans Capitalism: A Love Story. En bientôt trente ans d’activisme artistique, Michael Moore s’est imposé comme un maître en la matière, pétrissant le réel et la fiction pour en extraire toute la vérité."