Cinélatino 2012 : retour sur le palmarès

Posté par MpM, le 4 avril 2012

A l'issue d'une semaine de compétition, les différents jurys de la 24e édition de Cinélatino ont rendu leur verdict. La variété des films récompensés est à l'image des sélections de cette année qui proposaient un aperçu riche et complexe de la production cinématographique sud-américaine.

Parmi les lauréats, plusieurs ont déjà des distributeurs en France, ce qui permettra au public de les découvrir prochainement sur les écrans. On souhaite aux autres, et notamment à nos chouchous El ultimo Elvis et Un monde secret, de profiter de leur passage remarqué à Toulouse pour trouver eux-aussi leur place dans la ronde des sorties hebdomadaires...

Grand Prix Coup de Coeur
Los Ultimos cristeros de Matías Meyer (Mexique / Pays-Bas)

Mention spéciale
Près du feu de Alejandro Fernández Almendras (Chili / Allemagne)

Prix du Public La Dépêche du Midi
Violeta se fue a los cielos de Andrés Wood (Chili/Argentine/Brésil/Espagne)

Prix CCAS - Prix des électriciens gaziers

Des histoires qui n'existent que lorsque l'on s'en souvient de Julia Murat (Brésil/Argentine/France)

Prix Fipresci
Sudoeste d' Eduardo Nunes (Brésil)

Prix Découverte de la Critique Française
El ultimo Elvis d'Armando Bo (Argentine)

Mention spéciale
Un monde secreto de Gabriel Mariño (Mexique)

Rail d'Oc - Prix des cheminots
Des histoires qui n'existent que lorsque l'on s'en souvient de Julia Murat (Brésil/Argentine/France)

Prix lycéen de la fiction
Un monde secreto de Gabriel Mariño (Mexique)

Prix "Courtoujours"
Pra eu dormir tranquilo de Juliana Rojas (Brésil)

Prix SIGNIS du court-métrage
Kyaka la na d'Adriana CEPEDA (Etats-Unis/Colombie/Guatemala)

Prix Documentaire Rencontres de Toulouse
Una vida sin palabras d'Adam Isenberg (Turquie/Nicaragua)

Prix SIGNIS du documentaire
Canicula de José Alvarez (Mexique)

Prix lycéen du documentaire
Una vida sin palabras d'Adam Isenberg (Turquie/Nicaragua)

Cinélatino 2012 : chronique d’une jurée ordinaire

Posté par MpM, le 1 avril 2012

Invitée à participer au jury du prix découverte du Syndicat français de la critique de cinéma, je découvre pour la première fois le festival Cinélatino, rencontres d'Amérique latine dont c'est la 24e édition. Au programme, les neuf premiers films de la compétition longs métrages de fiction : il s'agit de débusquer les jeunes talents de demain.

Avant de commencer les choses sérieuses, je profite de l'accueil chaleureux de l'organisation toulousaine qui a tout prévu, même le soleil ! C'est l'occasion de rencontrer mes deux co-jurés (Alain Riou et Françoise Ricard) ainsi que les membres des autres jurys. C'est international et éclectique, entre le jury Coup de cœur, le jury FIPRESCI, celui des électriciens gaziers, celui de Signis... Une chose est sûre, de multiples regards vont se poser sur les différents films en compétition. C'est important car un grand nombre d'entre eux n'a pas encore de distributeur français. Pour certains, il s'agit même de la première projection en Europe. Recevoir un prix serait donc un coup de pouce apprécié pour le lauréat ! Sans avoir particulièrement la pression, nous sommes soucieux de bien garder ça en tête...

Pour mon jury, le programme s'avère relativement léger : trois films par jour. Cela laisse le temps d'échanger entre les séances et d'affuter nos arguments en vue de la délibération finale. Rapidement, il apparaît que nous sommes globalement sur la même longueur d'ondes. Plusieurs œuvres nous touchent par leur vitalité et leur fraîcheur. Les jeunes cinéastes assument leurs manques de moyens et savent souvent choisir des sujets qui sont à la portée d'un premier film : chronique adolescente, portrait à hauteur d'homme, road movie... Les sujets et les intrigues qui se concentrent sur l'humain sont les plus convaincants tandis qu'a contrario, certaines ambitions esthétiques parasitent un peu le fond.

Mais d'une manière générale, les principaux bémols viennent presque toujours du scénario. Rares sont ceux qui s'avèrent réussis de bout en bout : parfois, c'est même carrément confus ou trop abstrait. A ce niveau, même nos favoris ne sont pas exempts de défauts. C'est au final ce qui fera la différence dans notre choix. Après de longues conversations sur les neuf films sélectionnés, nous décidons d'en distinguer deux :

D'abord une mention spéciale à Un monde secreto de Gabriel Mariño qui croque avec justesse la difficile période de l'adolescence. Son récit, qui suit le hasard des rencontres de voyage, donne peu à peu à comprendre et aimer son héroïne. Plus le film progresse, plus on est conquis par la force et la sensibilité qui s'en dégagent.

Et le Prix Découverte à El ultimo Elvis d'Armando Bo, portrait juste et touchant d'un homme qui sacrifie tout à sa passion. Un film qui ose aller jusqu'au bout de son propos, à la construction simple mais maîtrisée, laissant présager une jolie carrière à son réalisateur.

Deux films que j'espère avoir l'occasion de défendre lors d'une prochaine sortie dans les salles françaises... et qui ne m'empêcheront pas de suivre avec intérêt la carrière de leurs concurrents malheureux.

Cinélatino 2012 : les jeunes cinéastes en première ligne

Posté par MpM, le 31 mars 2012

La compétition fiction du festival Cinélatino comportait cette année neuf premiers films (sur 14 sélectionnés) venus d'Argentine, du Brésil, du Mexique et du Chili. Un bel aperçu de la toute jeune création sud-américaine qui confirme le dynamisme et la diversité de ce grand continent cinématographique.

Retour, film par film, sur ces coups d'essai de la nouvelle garde latino-américaine.

De juaves a domingo de Dominga Sotomayor (Chili) est un road movie familial au Chili. A travers le regard de la petite fille, on découvre que les parents sont en train de se séparer. Les aléas du voyage restent malgré tout très anecdotiques, sans éclats ni passion.

Un mondo secreto de Gabriel Mariño (Mexique) nous emmène également sur les routes, aux côtés d'une adolescente solitaire et mal dans sa peau qui ne parvient à communiquer qu'à travers le cahier où elle dessine et écrit des lettres pour elle-même. Un récit initiatique délié fait de rencontres et de situations à la fois cocasses et sensibles.

El lenguaje de los machetes
de Kyzza Terrazas (Mexique) s'intéresse à un jeune couple radical. Elle chante dans un groupe punk, il travaille pour une ONG. Entre drogues et soirées arrosées, ils ont des idéaux sociaux et un goût certain pour l'anticonformisme. Mais à l'heure de passer à l'action, ils suivent des chemins différents. Un film punk qui peine malheureusement à entraîner le spectateur dans son énergie revendicatrice.

Sudoeste de Eduardo Nunes (Brésil) est un conte onirique sur la condition féminine dans un coin perdu du Brésil. Entre naturalisme et magie noire, l'intrigue repose principalement sur une forte ambition esthétique et philosophique, quitte à laisser une grande part d'interprétation au spectateur qui accroche... ou pas.

El estudiant de Santiago Mitre (Argentine) plonge le spectateur dans les méandres des combats fratricides de syndicats étudiants à l'université de Buenos Aires. On y suit l'ascension de Roque, le naïf de service, qui découvre un microcosme obsédé par le pouvoir. Dans la plus pure veine de films politiques comme L'exercice de l'état ou Les marches du pouvoir, la dimension teenager en plus.

La destruccion del orden vigente d'Alejo Franzetti (Argentine) est une enquête énigmatique sur la mort d'un jeune homme impliqué dans divers groupuscules radicaux. L'ordre établi n'y est pas tant menacé que l'équilibre du spectateur, balloté, voire complétement largué, par les rebondissements complexes d'une intrigue assez désordonnée.

Al cielo de Diego Prado (Argentine) est une chronique adolescente tout en retenue qui accompagne un jeune homme, Andrès, dans un moment clef de son existence. Chamboulé par la mort violente de son chanteur préféré, il est l'objet perpétuel de la sollicitude inquiète des adultes qui l'imaginent forcément suicidaire ou drogué, quand lui ne pense qu'à trouver sa propre voie dans la vie.

El ultimo Elvis d'Armando Bo (Argentine) a quelque chose du Wrestler de Darren Aronofsky dans sa manière de suivre un personnage atypique prêt à aller jusqu'au bout de ses convictions. En l'occurrence, un sosie d'Elvis Presley qui a totalement endossé la personnalité de son idole, quitte à négliger sa famille. Un portrait sincère, entre humour et tendresse.

Des histoires qui n'existent que lorsqu'on s'en souvient de Julia Murat (Brésil) nous conduit au fin fond du Brésil, dans un village perdu où le temps s'est arrêté depuis longtemps. La petite communauté ne compte plus qu'une poignée de vieillards pour qui chaque journée est rigoureusement identique. Jusqu'au jour où une touriste vient troubler cette existence que même la mort avait épargnée. Une histoire de rencontre sensible et tout en délicatesse.

Cinélatino 2012 : La vida util, réussite exemplaire du programme Cinéma en construction

Posté par MpM, le 27 mars 2012

Avant de sortir sur les écrans ce mercredi 28 mars, La vida util de Federico Veiroj était présenté en avant-première au Festival Cinélatino de Toulouse en présence du réalisateur et de l'acteur principal. Un retour aux sources pour ce film uruguayen qui a bénéficié du programme Cinéma en construction créé en 2002 par le Festival toulousain en association avec celui de San Sebastian pour répondre à la demande de jeunes cinéastes et producteurs latino-américains.

Cinéma en construction permet en effet à des longs métrages arrivés au stade de la post-production, mais manquant de moyens, de compléter leur financement et de voir le jour. En dix ans, ce sont plus de cent films qui ont ainsi été soutenus, parmi lesquels Tony Manero de Pablo Larrain (ensuite remarqué à Cannes),  Historias minimas de Carlos Sorin et donc La vida util de Federico Veiroj.

Ce dernier raconte l'histoire à la fois cocasse et touchante de Jorge, un passionné de cinéma qui travaille à la cinémathèque de Montevideo depuis 25 ans. et dont toute l'existence est remise en cause par la mauvaise santé économique de l'institution. Dans un noir et blanc très atemporel, le film raconte par petites touches le quotidien de Jorge (la présentation des films, la réception des copies, l'émission de radio consacrée au cinéma...) dans lequel surgit parfois la poésie de l'absurde ou l'ironie tragique du destin.

Le format très court du film lui permet de jouer avec un rythme volontairement lent et un scénario plutôt dépouillé qui privilégie l'observation à l'action. Des plus petits détails surgit ainsi le portrait d'un homme dévoué au 7e art, qui a mis sa propre vie entre parenthèse pour mieux se consacrer à ce véritable sacerdoce. L'humour qui émane du personnage n'est jamais moqueur et propose au contraire une mise en abyme tendre et respectueuse, tant Jorge se comporte au quotidien comme un des personnages de cinéma qu'il affectionne tant.

Pensé comme une déclaration d'amour à ceux qui œuvrent dans l'ombre pour faire découvrir et partager le cinéma dans toute sa diversité, La vida util se déguste comme tel, avec une vraie reconnaissance et pas mal de plaisir.

Cinélatino 2012 : les 24e rencontres de Toulouse mettent l’Argentine et l’Uruguay à l’honneur

Posté par MpM, le 21 mars 2012

Pour leur 24e édition, les Rencontres d'Amérique latine de Toulouse changent de nom et deviennent Cinélatino, rencontres de Toulouse, mais le concept, lui, reste le même. Pendant dix jours, c'est bien le cinéma d'Amérique latine dans ce qu'il a de plus riche et varié qui sera mis à l'honneur dans la célèbre ville rose.

Pour ce faire, le festival propose trois compétitions réunissant 14 longs métrages de fiction (dont 9 premier films), 10 courts et 7 documentaires, un panorama qui recouvre toutes les facettes du cinéma sud-américain, des films radicaux de la section Otra Mirada aux longs métrages déjà distribués en France, en passant par des documentaires et une programmation jeune public, et une sélection thématique qui met l'accent sur des cinématographies et des cinéastes spécifiques.

Ainsi, deux pays sont plus particulièrement à l'honneur : l'Uruguay, dont on découvrira les meilleures comédies (Whisky de Juan Pablo Rebella et Pablo Stoll, Les toilettes du pape de César Charlone et Enrique Fernández, Gigante de Adrián Biniez...), et l'Argentine,qui présentera un "autre visage" avec des films produits de manière indépendante et hors des sentiers battus (Historias extraordinarias de Mariano Llinás, Ostende de Laura Citarella, Todos mienten de Matías Piñeiro...)

Par ailleurs, un hommage sera rendu au cinéaste Raoul Ruiz, décédé l'an dernier, avec la présentation de ses derniers films tournés au Chili, un focus sur le directeur de la photographie brésilien Walter Carvalho permettra de (re)découvrir son travail au travers de ses oeuvres les plus marquantes (notamment chez Walter Salles), tandis qu'une rétrospective sera consacrée à Alexandro Jodorowsky au travers de plusieurs de ses longs métrages.

Cinélatino propose également une plate-forme professionnelle d’échanges avec les cinéastes et producteurs latino-américains et de mise en réseau des professionnels du cinéma. Trois temps forts prendront ainsi place pendant le festival : Cinéma en construction 21, qui aide des projets arrivés au stade de la post-production mais manquant de financement, cinéma en développement 7, qui propose des rencontres entre réalisateurs ayant un projet en cours et professionnels susceptibles de les accompagner, et Cinémalab 4, un atelier qui soutient la diversité de l’offre cinématographique par le biais d’une formation et d’une mise en réseau des professionnels de la diffusion.

Autant dire que cette édition 2012 de Cinélatino s'annonce d'une rare richesse, en terme de découvertes cinématographiques et de rencontres, mais aussi d'initiatives contribuant au dynamisme, à la diffusion et à la reconnaissance du cinéma latino-américain. Fidèle à son engagement auprès des vrais amoureux du cinéma, Ecran Noir sera de la partie pour vous faire vivre en direct ce grand moment de partage et de vitalité !

En attendant, Parisiens et Franciliens peuvent avoir un avant-goût de l'ambiance toulousaine en assistant à la pré-ouverture du festival qui se tiendra le 22 mars au cinéma Majestic Passy, dans le cadre d'Espagnolas en Passy. Au programme : le court métrage Hors-Saison de Victoria Saez et l'avant-première de La vida Util de Federico Veiroj, suivis d'une discussion avec les équipes du film et d'une dégustation de produits espagnols et uruguayens.

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Cinélatino, du 23 mars au 1er avril 2012
Programme et informations sur le site du festival

Soirée spéciale à Paris le 22 mars dans le cadre d'Espagnolas en Passy.