Baba Bling : une exposition et des films qui signent la richesse de Singapour

Posté par Claire Fayau, le 20 octobre 2010

Le Musée du quai Branly  nous avait déjà gratifié d'une très belle exposition sur le métissage, Planète métisse , en 2008. Ici, l'accent est donné à un mélange des cultures dans un petit pays du continent asiatique : Singapour. "Traduction" du titre de l'exposition, Baba Bling, et présentation de l'enthousiasmant cycle de cinéma...

"Baba", késako?

Si vous pensez aux babas cool, vous vous trompez... En  mandarin ,« Baba » signifie «papa». A Singapour, le terme « Baba » se traduit par ...« homme chinois » et, par extension, les descendants de la diaspora chinoise (aujourd'hui 77% des 4 millions d'habitants de ce pays).

Le « Baba » désigne aussi le chef de famille qui a intégré des éléments de la culture européenne, via ses parents et ses grands parents pendant la période coloniale. Bref , le « Baba » est  un métis de la culture chinoise, malaise et occidentale...

"Bling ", quid ?

Cette fois, ce mot ne vient pas du chinois ou du singapourien, "bling" , c'est pour "bling bling". Car, parmi les 480 objets  de la communauté des Peranakan présentés au musée, il  y aura du doré, du clinquant, des signes extérieurs de richesse...

A noter que cette richesse culturelle pourra se déguster le 28 octobre à l'un des ateliers  culinaires de Christopher Tan.

Et le diànyǐng dans tout çà ?

Le cinéma de Singapour est relativement méconnu en Occident . On a parlé à Cannes d'Eric Khoo avec  Be With Me , sélectionné  à la Quinzaine des réalisateurs en 2005 , et l'émouvant My Magic, présenté en compétition en 2009 .

Les occasions de voir un film singapourien sont rares. Ne loupez pas celle-ci. Ajoutons que les réalisateurs seront présents pendant les projections, et que l'accès est gratuit (dans la limite des places disponibles)! Il n'y a donc aucune excuse pour manquer ces films  dépaysants.

Au  menu  (alléchant), du sucré - salé , des rires et des larmes...

En apéritif: un ciné concert !

Mark Chan accompagnera en live avec son orchestre un film muet de 1933  de Sun  Lingyu,« Little Toys ». Un chef - d'oeuvre avec " the actress " pour Stanley KWAN, Ruan Lingyu (interprétée par Maggie Cheung dans Center Stage ). Jeudi 25 et vendredi 26 novembre 2010, 19h.

En entrée :The Blue Mansion, de Glen Goei (2009, 100 min, VOSTF)
Synopsis : " Wee Bak Chuan, magnat asiatique, meurt dans d’étranges circonstances. Il revient en tant que fantôme pour résoudre l’énigme de sa propre mort."
Vendredi 29 octobre, 14h 30, et dimanche 31 octobre, 17h.

En plat de résistance : Here, de Ho Tzen Nyen (2009, 86 min, VOSTF)
Le pitch : "Choqué par la mort brutale de sa femme, He Zhiyuan sombre dans le mutisme et est interné à Island Hospital."
Here est présenté comme un "film narratif et conceptuel du jeune prodige du cinéma singapourien". (in DP).
Le film a été projeté en sélection officielle de la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes en 2009, la même année que  My  Magic. 2009 , année faste du cinéma singapourien à Cannes!
Vendredi 29 octobre, 17h, et samedi 30 octobre, 14h30.

En dessert : 881, de Royston Tan (2007, 90 min, VOSTF)
L'histoire: " Deux amies d’enfance rêvent de devenir chanteuses de getaï. Ensemble,elles forment le duo des Papaya Sisters..."
881 est une comédie musicale déjantée sur le getaï, art de rue et de spectacle typiquement singapourien.
Samedi 30 octobre, 17h, et dimanche 31 octobre, 14h30.
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Site de l'exposition sur Quaibranly.fr


Festival du film chinois (2) : Hommage à la fleur de Shanghaï, CHOW Hsuan

Posté par Claire Fayau, le 3 octobre 2010

La seconde semaine du festival du film chinois se déroule à la Pagode, salle de cinéma tout à fait adaptée au voyage en Chine. En plus du dépaysement, faisons un voyage dans le temps ... Retournons dans le Shanghai des années 30-50 pour (re)découvrir une actrice à la voix d'or: CHOW Hsuan, appelée aussi 周璇, Zhou Xuan (1920?-1957). Sa chanson "L'âge de la fleur" a inspiré Wong Kar Wai pour In the Mood for Love.
Les films seront présentés par le critique Raymond Delambre ,et l'ouverture du festival et la rétrospective se sont faites en présence des petites filles de CHOW Hsuan. A l'occasion du festival, neuf bijoux cinématographiques avec l'actrice / chanteuse / danseuse sont projetés.

- Dans l’attente de son amour (1947, Hong Kong) de He Zhaozhang, avec Shu Shi.

- Les Anges du boulevard (1937, Shanghai) de Yuan Muzhi, avec Zhao Dan (1915 - 1980)

- L’Histoire secrète de la Cour des Qing (1948, Hong Kong) de Zhu Shilin, avec Shu Shi

- Mei Fei (1941, Shanghai) de Zhang Shichuan, avec Lü Yukun

- La Nuit profonde (1941, Shanghai) de Zhang Shichuan, avec Han Fei

- L’Histoire de la chambre de l’ouest (1940, Shanghai) de Zhang Shichuan

- Quiproquo (1947, Hong Kong) de Fang Peilin, avec Lü Yukun, Meng Na, Yan Hua.

- Ashiou ou la déesse de l’amour (1947, Hong Kong) de Wu Zuguang, avec Lü Yukun, Jiang Ming, Zhou Wei.

- L’Air d’une chanteuse (1948, Hong Kong), avec Wang Hao, Gu Ye Lu.

Deux autres thématiques complètent le festival :
- des courts - métrages d'animation conjuguant dessins animés et numériques. "Le premier jour" nous montre par exemple des dessins à l'encre de chine qui s'animent avec une transparence et une fluidité rarement vues."A Touch of Zen"!
- neuf ( chiffre porte - bonheur en Chine) documentaires sur l'histoire culturelle et des artistes,notamment des peintres.

Et, pour la première fois dans ce festival, des réalisateurs français nous présentent des images chinoises de 1913 à nos jours. Un beau rapprochement franco-chinois.

Clôture du Festival le 5 octobre.

Aftershock a tenu ses promesses au box office chinois

Posté par vincy, le 25 septembre 2010

20 millions d'euros de budgets. 4 000 écrans lors de sa sortie. 15 millions de chinois l'ont vu dans les salles durant la première semaine. Aftershock (voir actualité du 4 juillet 2010) a tenu toutes ses promesses. Avec un premier jour rapportant 3,6 millions de $, il a même battu le record précédent, détenu par Avatar. Même si les chiffres chinois sont toujours à prendre avec des pincettes, le film (135 minutes) a séduit le public chinois, avide de grands spectacles.

En une semaine, le film retraçant le plus meurtrier tremblement de terre de ses 50 dernières années, a récolté 40 millions d'euros. Dans un contexte de forte croissance (on estime que le box office annuel pourrait grimper de 60% cette année dans l'Empire du milieu), on prévoit un résultat final dépassant les 100 millions d'euros, ce qui est deux fois moins qu'Avatar. Pour l'instant il n'en est qu'à 75 millions d'euros en un mois.

Les Chinois sont en demande de films permettant une forme de catharsis pour évacuer des névroses enfouies. Deux ans après le traumatisme du tremblement de terre du Sitchuan (3 fois moins de morts pourtant que celui de Tangshan en 1976 qui est raconté dans le film), l'oeuvre de Feng Xiaogang arrive à point nommé.

La Chine a annoncé que de nombreuses salles de cinéma allait sortir de terre. Le ministère continue à soutenir la surenchère des budgets cinématographique sur des sujets fédérateurs et patriotiques. Avec Aftershock, cette stratégie est confrontée. Le film est leader au box office taïwanais depuis quelques jours et a été sélectionné au Festival de Toronto.

Festival du film chinois (1) : les films récents

Posté par Claire Fayau, le 24 septembre 2010

festival_cinema_chinoisC'est déjà la 5e édition de ce festival, qui se déroule du 21 au 28 septembre 2010 au cinéma Gaumont Opéra Capucines (2 boulevard des Capucines - Paris 9ème), et du 29 septembre au 5 octobre 2010 au cinéma la Pagode (57 rue de Babylone - Paris 7ème).

L'ouverture du festival au Gaumont Opéra fut fastueuse, avec pour marraine Juliette Binoche, très touchée par le "cinéma chinois". La marraine du festival a placé cette édition sous le signe de la lune, qui était ronde ce  soir-là, un symbole de féminité et de créativité. Deux artistes chinois étaient habillés en costumes traditionnels de l'opéra de  Pékin, pour un  hommage  à Mei  Lanfang. Les petites filles de Chow Hsuan étaient venues spécialement pour  la rétrospective consacrée  à leur aïeule.

La programmation de cette année propose une grande variété de films chinois récents, inédits en France. A noter que pour la première fois, un film français fait partie de la sélection dans la section documentaire.

Passage en revue des principaux films présentés

- La Promotion de Lala - 2010, de Xu Jinglei, avec Xu Jinglei, Stanley Huang, Karen Mok ;

Enorme succès en Chine, et projeté lors de la Cérémonie d'ouverture. Une sorte de Working girl à la mode pékinoise. Mise en scène inventive, film intéressant sur les dessous d'une entreprise américaine en Chine et sur les trentenaires chinois. Par contre, l'histoire d'amour est très convenue.

- Hua Mulan - 2009, de Ma Chucheng, avec Zhao Wei, Chen Kun...

Disney avait édulcoré la légende de Mulan, Ma Chucheng nous la fait revivre... Quand son pays entra en guerre, Hua Mulan se déguisa en homme, et s'engagea à la place de son père trop vieux et malade... La confusion des genres, l'histoire d'amour impossible, la notion de sacrifice, il y a tout cela dans Mulan. L'émotion surgit entre deux scènes de bagarres sanglantes. Zhao Wei (Shaolin Soccer) qui joue Mulan y est pour beaucoup.

- Retrouvailles - 2010, de Wang Quan-an ;

Ours d’argent du meilleur scénario au Festival de Berlin 2010.

- Lan - 2009, de Jiang Wenli ;

Prix du public au Festival de Pusan IFF 2009.

- Le Juge - 2010, de Liu Jie ;

Lotus d’or du meilleur film du Festival du film Asiatique de Deauville.

- Rizhao Chongqing – 2010, de Wang Xiaoshuai, avec Fan Bingbing, Li Feier ;

Film sélectionné en compétition au dernier Festival de Cannes.

- Mei Lanfang - 2009, de Chen Kaige, avec Leon Lai, Zhang Ziyi, Yu Shaoqun ;

Film sélectionné en compétition au Festival de Berlin. Un "biopic" très attendu avec un "heroic trio" : Zhang Ziyi de Tigre et Dragon, le chanteur et acteur Leon Lai et le célèbre réalisateur Cheng Kaige. A voir le 27/09 ! Ne pas manquer non plus le documentaire consacré à Mei Lanfang.

- Confucius - 2010, de Hu Mei, avec Chow Yun-fat (Tigre et Dragon, Anna et le roi...), Zhou Xun ;

- La Rumeur du Vent - 2009, de Chen Kuo-fu et Gao Qunshu, avec Zhou Xun ;

Immense succès en Chine selon le dossier de presse

- L’examen de 1977 - 2009, de Jiang Haiyang, avec Sun Haiying, Wang Xuebing ;

- Un Pont pour l’école - 2009, de Peng Jiahuang et Peng Chen, avec Ding Jiali, Ana Muli ;

- Si Près du Soleil - 2010, de Chou Chou ;

Film sélectionné au Festival de Shanghai juin 2010.

- Retour à Shangri-la - 2010, de Guo Qing, avec Sifan Shao, Talent Cannes 2006 ;

Venise 2010 : The ditch de Wang Bing, un film chinois choc

Posté par MpM, le 7 septembre 2010

The Ditch

C'est la tradition à Venise, certains films sont sélectionnés secrètement et apparaissent dans le programme sous le nom de "film surprise". Pour savoir ce dont il s'agit, il faut aller le voir ! Il y a quelques années, c'est Still life de Jia Zhang-ke qui a ainsi bénéficié de cette atmosphère de mystère. Résultat : un lion d'or. Tout le mal que l'on peut souhaiter à The ditch (le fossé) de Wang Bing, c'est bien sur de suivre le meme chemin...

Or le film a une chance de séduire le jury, dans la mesure où il aborde une page révoltante de l'histoire chinoise, celle des camps de rééducation. Basé à la fois sur le roman Goodbye Jiabiangou de Yang Xianhui et sur les témoignages de survivants, il décrit les conditions de vie terribles et inhumaines de milliers de citoyens chinois considérés comme réactionnaires et envoyés dans le camp de travail de Jiabiangou, au coeur du désert de Gobi.

Avec une extrême rigueur, le réalisateur filme le quotidien de ces hommes privés de nourriture et de soins, dont beaucoup souffrent de dysenterie, et qui meurent nuit après nuit. On les voit dans le fossé où a été creusé leur abris, écrivant à leur famille, se disputant pour des raisons politiques et surtout agonisant ou découvrant un autre de leur camarade mort. Plus qu'une intrigue, c'est une succession de scènes éprouvantes, bouleversantes, au-delà de toute humanité, où se lit en filigrane l'indescriptible expérience qu'ont vécu ces hommes. Ne travaillant plus, n'ayant rien à manger ni à faire, ils se contentent de rester couchés là, déjà morts au fond d'eux-même. Et hormis quelques scènes trop démonstratives à la fin, Wang Bing parvient à garder une sécheresse narrative et visuelle qui renforce cette impression.

On s'en doute, le sujet est politiquement sensible (ce qui pourrait expliquer la sélection du film sous une forme "surprise"). Wang Bing a toutefois préféré ne pas s'avancer sur ce terrain glissant. "On pourrait dire que le film est politique, ou non, a-t-il expliqué lors de la conférence de presse. On doit parler de cette histoire du passé. Ce qui est essentiel, c'est d'utiliser ces événements pour réfléchir sur le futur. Commencer une discussion libre et ouverte à partir de cette expérience tragique. Ce film est mon espoir pour nous faire réfléchir aux différents rapports entre les hommes, à un présent et à un futur plus vivables pour tous."

Il faut espérer que le gouvernement chinois partage sa philosophie (et son optimisme), sinon il pourrait rejoindre Jia Zhang-ke dans un autre club, celui des cinéastes qui ont eu affaire à la censure.

la Chine s’apprête à revivre son pire Tremblement de terre sur grand écran

Posté par vincy, le 4 juillet 2010

Ce sera la plus importante sortie chinoise cet été. Aftershocks, de Feng Xiaogan, sera projeté dès le 28 juillet sur 5 000 écrans et 14 salles IMAX (sur les 23 qu'il y a en Chine). Cette production de 20 millions d'euros retrace le tremblement de terre de Tangshan en 1976. Le séisme causa la mort de 242 000 personnes (chiffre officiel) et blessa 164 000. cela en fait la 2e catastrophe naturelle la plus meurtrière de l'Histoire. L'aide internationale fut refusée par la Chine. A l'époque Mao (sur le déclin, il mourut deux mois plus tard) dirigeait l'Empire du milieu. Au nord est du pays, Tanghsan est une métropole de 3 millions d'habitants.

Le réalisateur avait été primé au Caire (Pyramide d'or et prix du scénario pour Un signe en 2000), à Venise (mention spéciale au Feuture Film Festival de la Mostra pour Le banquet en 2006) et à Taiwan (prix de la meilleure adaptation pour A World without thieves en 2004).

Le film met en vedette Jingshu Zhang (Rush Hour 3), Daoming Chen (Hero), Jin Shen, Fan Xu (une habituée du cinéaste) et Chen Li.

Deauville versant asiatique : Brillante Mendoza, Lou Ye et la Chine à l’honneur

Posté par MpM, le 11 mars 2010

Brillante MendozaPour sa 12e édition, le festival du film asiatique de Deauville poursuit son oeuvre de diffusion du cinéma asiatique avec une programmation classiquement articulée autour de deux compétitions (une sélection généraliste et une autre tournée vers le film d'action), un panorama de films contemporains et plusieurs rétrospectives.

Sont cette année mis à l'honneur le réalisateur philippin Brillante Mendoza (notre photo, lors de la cérémonie d'ouverture), auteur atypique dont le sens aigu de la mise en scène a été couronné à Cannes en mai dernier (Kinatay) et les chinois Lu Chuan (The missing gun, City of life and death) et Lou Ye, lui aussi sélectionné à Cannes en 2009 avec Nuits d'ivresse printanière, dont la nouvelle version est présentée ici en avant-première. Enfin, dans le cadre de cet hommage rendu à la Chine, trois longs métrages produits à la demande des dignitaires du parti communiste chinois seront projetés.

Fidèle à sa réputation, Deauville propose donc une sélection équilibrée mettant l'accent sur les cinématographies asiatiques les plus  diffusées (Japon, Taïwan, Hong Kong...) tout en s'ouvrant timidement à de nouvelles contrées telles que la Malaisie et l'Asie centrale (Tadjikistan).De quoi avoir en seulement 4 jours un bon aperçu de la production actuelle... et peut-être même faire de vraies découvertes !

Crédit photo : Christophe Maulavé

De la Chine au Pakistan, Guimet prend la route de la Soie

Posté par MpM, le 9 février 2010

Guimet - The worldAvec son nouveau cycle intitulé "Gandhâra vu de Chine", l'auditorium du Musée Guimet nous invite à un étonnant voyage depuis les frontières de la Chine jusqu'au Pakistan, le long de la route de la soie.

Avec d'un côté une rétrospective de l'oeuvre du réalisateur Jia Zhang-ke, chef de file de la 6e génération de cinéastes chinois, et de l'autre une exploration d'une région du monde (le "Gandhâra", royaume ancien qui était situé sur l'Afghanistan et le nord-ouest du Pakistan actuels) célèbre pour son style d'art bouddhique et parsemée de sites archéologiques. Une sorte de grand écart géographique, temporel et bien sûr cinématographique particulièrement représentatif des mille facettes de l'Asie.

L'hommage à Jia Zhang-ke permettra ainsi aux spectateurs de (re)découvrir son cinéma urbain et souvent clandestin au travers de ses longs métrages les plus connus (Plaisirs inconnus, The world, Still life) comme de ses documentaires plus ou moins expérimentaux (In public, Dong, Useless...). Des films au fils desquels se dessine un portrait sans concession de la Chine actuelle : industrialisation qui laisse les plus faibles sur le carreau, perte de repères, inégalités...

Le ton éminemment critique du cinéaste, ainsi que son désir de ne rien cacher des difficultés du pays, ont fait maintes fois grincer les dents de pékin. Malgré tout, aujourd'hui, il est l'un des réalisateurs chinois les plus connus à travers le monde, multi-primé (Léopard d'or pour Xiao Wu à Locarno, Lion d'or pour Still life à Venise, Montgolfière d'or pour Platform à Nantes, Grand prix  du Jury à Vesoul pour The World...) et sélectionné dans tous les grands festivals européens.

Dans un genre très différent, ce sont une quinzaine de documentaires et une fiction qui apportent un éclairage tour à tour historique, culturel et géographique sur le Gandhâra Citadelle des sables: voyage dans les pas d'une expédition archéologique tentant de localiser la ville mythique de Mogao, exploration du berceau de la civilisation chinoise du Moyen-Age (Loulan, "ville du diable"), recherches sur l'une des plus mystérieuses civilisations disparues, celle de l'Indus... la ligne directrice est très clairement pédagogique. D'ailleurs, une série de conférences accompagne le cycle.

Toutefois, cela n'empêche pas l'art de reprendre ses droits avec le très joli film de fiction signé Sabiha Sumar, Eau dormante (Léopard d'or à Locarno) qui traite du traumatisme laissé par le séparation de l'Inde et du Pakistan, ainsi qu'avec les différents spectacles mêlant musiques et danses traditionnelles.

Comme toujours avec l'auditorium du musée Guimet, le dépaysement est garanti, tout comme le plaisir et l'intelligence !

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Du 10 février au 23 juin 2010
Séances à 12h15 les lundis, mercredis ou vendredis selon les semaines
Programme complet et informations sur le site de l’Auditorium Guimet

Vesoul 2010 : le 16ème FICA tisse des liens dans le temps

Posté par kristofy, le 28 janvier 2010

Cyclo d’honneur à l’actrice iranienne Fatemeh Motamed-AryaPour sa 16e édition, le Festival international des Cinéma d'Asie de Vesoul s'est placé sous le signe fort de la liberté d'expression et de la défense de la démocratie en remettant lors de la cérémonie d'ouverture un Cyclo d'honneur à l'actrice iranienne Fatemeh Motamed-Arya (actrice iranienne la plus primée, elle a reçu plus de 30 prix au niveau national et international) et au réalisateur Jafar Panahi (Caméra d’Or à Cannes en 1995 pour Le Ballon Blanc, Léopard d’Or à Locarno en 1997 pour Le Miroir, Lion d’Or à Venise en 2000 pour Le Cercle, Ours d’argent à Berlin en 2006 pour Hors Jeu...)

Ce dernier n'a pu obtenir à temps un visa de sortie du territoire iranien, mais pourrait encore arriver à temps à Vesoul pour recueillir ce prix hautement symbolique. Fatemeh Motamed-Arya (grande habituée de Vesoul) était elle présente. Alain Joyandet, ministre de la Coopération et maire de Vesoul (à droite sur notre photo), lui a d'ailleurs rendu un hommage vibrant, saluant plus généralement tous les artistes qui "luttent" à leur façon dans le monde pour plus de démocratie.

Ensuite, les festivaliers ont découvert en avant-première La Tisseuse de Wang Quann’an, avec son actrice fétiche Yu Nan, avec laquelle le réalisateur chinois avait remporté  l’Ours d’Or à Berlin en 2007 pour Le mariage de Tuya. On y découvre une femme qui a perdu le goût de vivre au milieu de d’entreprises qui ferment, son petit garçon lui redonne à peine l’envie de s’accrocher. "Je ne veux pas attendre la mort à la maison", dit-elle. Alors elle va partir en voyage à la recherche de son premier amoureux dont elle n’a plus de nouvelles depuis dix ans. La Tisseuse est autant une évocation de changements industriels en Chine (une usine avec des traditions russes, une imprimerie démolie dans un quartier en mutation…) que le parcours d’une femme qui se rend compte qu’elle aurait pu connaître bien plus de bonheurs. Ce drame illuminé par la présence de Yu Nan a déjà valu au réalisateur Wang Quann’an d’être récompensé à Montréal.

Après avoir célébré son 15e anniversaire en 2009, le FiCA revient jusqu'au 2 février avec un rythme de projection soutenu : 80 films à découvrir parmi lesquels des longs métrages et documentaires inédits en compétition, l'intégrale des films du réalisateur turc Omer Kavur, un regard sur le cinéma taïwanais, une thématique "l’Homme et la Nature" et des documentaires indépendants vietnamiens.

Crédit photo : Michel Mollaret

La Chine agacée par le succès historique d’Avatar?

Posté par vincy, le 19 janvier 2010

100119161625_confucius_avatar_ap_466.jpgContre toute attente, Avatar a été retiré de l'affiche de 1628 écrans 2-D chinois, autrement dit 95% de son circuit de diffusion. Le distributeur a soudainement privilégier un biopic sur Confucius (avec Chow Yun-fat). Cette décision a provoqué la colère de nombreux internautes.

Derrière cette manoeuvre grossière, on comprend surtout l'agacement des autorités chinoises face au triomphe d'Avatar, quelques semaines après le phénoménal succès de 2012 (46 millions d'euros. La part de marché d'Hollywood prenait des proportions affolantes et en fait humiliantes pour un régime si nationaliste. Or, à moins d'un mois du nouvel an, la Chine en profite souvent pour sortir de grosses productions un peu chauvines (pour ne pas dire patriotiques), nommées hesuipian, censées fédérées les familles réunies durant la semaine de festivité (cette année, on célèbre l'année du tigre).

Malgré sa popularité (54 millions de'euros, un record historique pour le B.O. chinois), Avatar a subit la même règle que de nombreux films étrangers : une durée d'exploitation limitée dans le temps. Les studios américains ont réussi à imposer le partage des recettes avec les distributeurs locaux, là où les autres films étrangers étaient payés au forfait. C'est autant de revenus qu'ils ne se partageront pas.

Certes, il reste au film de James Cameron 900 écrans 3D qui ont contribué aux deux tiers de ses ventes de tickets jusqu'à présent. C'est d'ailleurs la réponse officielle de China Film : les recettes en 2D n'ont pas été élevées. Il est toujours difficile d'aborder ce marché spécifique, où seulement 20 films étrangers ont le droit d'être exploités en salles (une cinquantaine au total est diffusée). Avatar a d'ailleurs du attendre le mois de janvier pour sortir car les quotas de 2009 étaient remplis. Le cinéma français a ainsi pu présenter trois films : Transporter 3, Les deux mondes et Les femmes de l'ombre ont d'ailleurs reçu un très bon accueil. Mais le nombre ne varie pas, et même s'il changeait, rien ne dit que ce serait en faveur de films non-américains. D'autant qu'il faut braver aussi la censure..

Tout cela facilitera évidemment au piratage. Des DVD sont déjà disponibles dans les rues des grandes villes.