Chine » Le Blog d'Ecran Noir

Have a nice day de Liu Jian enfin au cinéma !

Posté par MpM, le 20 juin 2018

Have a nice day de Liu Jian revient de loin ! Il y a un peu plus d'un an, ce long métrage d'animation qui se déroule dans une petite ville du sud de la Chine soudainement en émoi suite au vol d'un sac rempli de billets, était subitement déprogrammé du festival d'Annecy où il était en compétition. A l'époque, les organisateurs avaient précisé dans un communiqué que la décision leur avait été "imposée", déplorant "les pressions officielles qui ont fait en sorte que [le festival] ne soit pas en mesure de présenter ce film remarquable".

Parce qu'Annecy rendait justement hommage à l'animation chinoise, la sélection d'Have a nice day dérangeait Pékin,  alors même que le film figurait en compétition officielle à Berlin en février 2017, et avait été présenté au marché du film à Cannes en mai, puis dans plusieurs festivals européens comme Utrecht et Zagreb.

Tout est donc rentré dans l'ordre, et on peut découvrir Have a nice day sur grand écran dès ce mercredi 20 juin, ce dont on se réjouira. Le film est en effet un portrait au vitriol d'une société chinoise qui marche sur la tête, dont on comprend qu'elle ne suscite pas franchement l'enthousiasme des autorités chinoises. Liu Jian y croque avec cynisme les travers d'un pays obsédé par l'argent et le paraître, prenant ses citoyens en étau entre des désirs tout faits et leurs aspirations réelles.  Un sac rempli de billets devient ainsi l'objet de la convoitise de tous les personnages qui croisent sa route, et provoque une suite de catastrophes et de drames qui servent de prétexte pour révéler les rêves et les espoirs de chacun : aider sa petite amie victime d'une opération de chirurgie esthétique ratée, se marier, s'installer à la campagne, financer ses inventions...

Des rêves si simples, si modestes qu'ils en sont presque tristes, et donnent à voir mieux que de longs discours l'échec du miracle économique chinois. Liu Jian situe en effet son intrigue dans un village des faubourgs d’une petite ville du sud de la Chine que les vagues de rapide urbanisation et d'industrialisation ont transformé brutalement, témoignant des changements que connaît une partie du pays. Le film s'inscrit ainsi dans la lignée d'un certain cinéma chinois contemporain (on pense notamment à I am not Madame Bovary de Feng Xiaogang sorti l'été dernier, ou bien sûr à A touch of sin de Jia Zhang-ke en 2013) qui entremêle humour noir et satire sociale, cinéma de genre et fable désenchantée, et donne de la Chine une vision à la fois grotesque et déshumanisée qui, forcément, ne plait pas spécialement aux principaux intéressés, mais captive le reste du monde.

Cannes 2018: le palmarès de la Cinéfondation

Posté par vincy, le 17 mai 2018

Le Jury de la Cinéfondation et des courts métrages présidé par Bertrand Bonello et composé de Khalil Joreige, Valeska Grisebach, Alanté Kavaïté et Ariane Labed, a révélé son palmarès lors d’une cérémonie salle Buñuel.

La Sélection comprenait 17 films d’étudiants en cinéma choisis parmi 2 426 candidats en provenance de 512 écoles de cinéma dans le monde.

Premier Prix : El Verano del Leon Electrico (The Summer of the Electric Lion) de Diego Céspedes (Universidad de Chile).

Deuxième Prix ex-aequo: Kalendar (Calendar) de Igor Poplauhin (Moscow School of New Cinema) et Dong Wu Xiong Meng (The Storms in Our Blood) de Shen Di (Shanghai Theater Academy).

Troisième Prix : Inanimate de Lucia Bulgheroni (NFTS)

La Cinéfondation alloue une dotation de 15000 € pour le premier prix, 11250 € pour le deuxième et 7500 € pour le troisième. Le lauréat du premier prix a également l’assurance que son premier long métrage sera présenté au Festival de Cannes.

Les films primés seront projetés au Cinéma du Panthéon le 22 mai à 18h00. La Cinémathèque française projettera également une partie de la Sélection le 11 juin à 21h00.

Cannes 2018 : La révolution place Tian’anmen avec Une jeunesse chinoise de Lou Ye

Posté par MpM, le 14 mai 2018

Puisqu'on célèbre cette année les 50 ans de mai 68, et l'anniversaire de ce festival qui n'eut pas lieu, c'est l'occasion d'explorer les rapports de Cannes avec la Révolution. Sur la croisette, où les spectateurs défilent en smoking et robes de soirées, où un simple selfie est jugé "irrespectueux", et où toute la société festivalière est organisée en castes strictes, les mouvements de révolte et de contestation eurent souvent les honneurs d'une sélection. C'est là tout le paradoxe d'une manifestation très attachée à ses traditions, et qui n'a pourtant cessé de montrer, défendre et encourager ces moments de l'Histoire où des hommes et des femmes ont pris leur destin en mains.


Une jeunesse chinoise n'est pas à proprement parler un film sur les mouvements de contestation qui frappèrent la Chine en 1989, mais plutôt une vaste fresque historique englobant cette période et celle qui suivit, du point de vue intime d'une étudiante et de son groupe d'amis. L'histoire intime et personnelle s'articule ainsi avec l'Histoire collective.

Petit rappel historique : entre le 15 avril et le 4 juin 1989, un mouvement de contestation réunit étudiants, intellectuels et ouvriers chinois qui réclament des réformes politiques et démocratiques et dénoncent la corruption des élites. Les manifestations touchent toutes les grandes villes et, à Pékin, se cristallise sur la place Tian'anmen. La loi martiale est instaurée le 20 mai, et l'armée intervient violemment le 4 juin, provoquant un nombre de morts estimé à plusieurs centaines, voire plusieurs milliers selon les sources. Une période de répression sévère suivit, et le sujet reste aujourd'hui encore tabou en Chine continentale.

Une jeunesse chinoise fut d'ailleurs interdit dans son pays, bien que les événements de Tian'anmen soient principalement hors champ, comme une toile de fond aux amours mouvementés de l'héroïne. C'est plus une vision intimiste de la "génération Tian'anmen" qu'un récit historique que propose en effet Lou Ye. Ou alors un récit où l'Histoire serait seulement en creux. La première partie du film est ainsi présentée comme la période de tous les possibles que Lou Ye filme d'emblée comme un âge d'or révolu. La contestation et le contexte répressif sont au second plan, à demi-effacés par l'histoire d'amour effrénée des deux protagonistes (avec de nombreuses scènes de sexe explicites à l'appui, ce qui n'est pas dans les habitudes du cinéma chinois) dont la crise amoureuse atteint justement son apogée le soir du 4 juin.

Voici ce que nous écrivions en 2006, lors de la présentation du film en compétition officielle à Cannes : "Des histoires d’amours conjugués au pluriel. Celui d’une femme, d’elle et son « autre », celui d’un homme, au fil des hommes, celui de toute une génération qui voulait être libre… Celui de la Chine, de sa jeunesse tournée vers l’avenir. Celui de ces instants de fraîcheur définitivement révolus, consignés dans un vieux journal intime que l’on ressortira l’heure des retours de bâton venue, histoire(s) de ne pas se perdre. (...) Une histoire de Chine adulée, encensée, gangrenée, mélangée, métissée, modernisée, profusément charnelle. Toujours cette Chine de l’entre-deux. Entre tradition et modernité, entre culture patriarcale et légèreté des moeurs. Entre grands destins et futilités des itinéraires particuliers. Pekin/Berlin, Moscou/Shenzen… D’un mur à l’autre, c’est toujours la même histoire."

Car finalement Lou Ye capte plus le désarroi et le désenchantement, une fois la révolte écrasée dans le sang, que l'espoir fou d'un monde meilleur. On pourrait d'ailleurs presque dire qu'Une jeunesse chinoise prend à contrepied l'exercice du "film de révolution" pour n'en montrer que les creux, les manques et les vides que laissent les espoirs déçus.

Cannes 2018: Qui est Feng Xiaogang ?

Posté par MpM, le 11 mai 2018

C’est en 1985, à l’âge de 27 ans, que Feng Xiaogang commence à travailler pour le centre d'art de la télévision de Pékin. Il écrit d’abord des scénarios pour la télévision et réalise des séries, avant de passer au long métrage de cinéma. En 1997, il rencontre le succès avec Dream factory, une comédie qui annonce un nouveau style de films extrêmement populaires, celui du « récit de nouvel an ».

Tour à tour acteur (il tient par exemple un petit rôle dans Sous la chaleur du soleil de Jiang Wen en 1994 et dans Crazy kung-fu de Stephen Chow en 2004), réalisateur et scénariste, il enchaîne les tournages et les projets, principalement des comédies destinées au marché local. En 2006, changement de cap avec La légende du scorpion noir, une adaptation du Hamlet de Shakespeare dans la Chine du Xe siècle et en version kung-fu (!!!), qui réunit Zhang Ziyi et Zhou Xun dans les rôles principaux.

L’année suivante, il se tourne vers le film de guerre avec Héros de guerre, qui relate un épisode réel de la guerre civile chinoise et suit un vétéran qui se bat pour obtenir une forme de reconnaissance officielle pour ses hommes morts héroïquement face aux armées nationalistes.

Après une nouvelle incursion par la comédie romantique, Feng Xiaogang se penche ensuite sur un autre épisode de l’histoire chinoise, le tremblement de terre de Tangshan, survenu en 1976. Aftershock se concentre sur le destin épique d’une famille séparée par la catastrophe, et qui ne se retrouvera qu’à l’occasion d’un autre tremblement de terre, celui du Sichuan, plus de trente ans plus tard. Le film bat tous les records d’entrées de l’année 2010 et rapporte 100 millions de dollars, soit cinq fois plus que son budget initial. Il s’agit de la première superproduction IMAX réalisée en dehors des Etats-Unis.

En 2012, le cinéaste s’essaye à une autre forme de drame historique avec Back to 1942, qui raconte la famine au Henan durant la guerre contre le Japon du point de vue de deux occidentaux incarnés par Adrien Brody et Tim Robbins. Le film, adapté d’un roman de Liu Zhenyun, remporte deux prix au festival de Rome 2012 et est présélectionné pour représenter son pays aux Oscar.

Pour son film suivant, Feng Xiaogang retravaille avec Liu Zhenyun dont il adapte un autre roman, Je ne suis pas une garce.  Sorti en France en 2017 sous le titre I am not Madame Bovary, le film est à nouveau un récit épique suivant une femme dans des tribulations judiciaires qui oscillent entre l’absurdité et la farce. Ses choix esthétiques (notamment le cadre circulaire et les références à la peinture traditionnelle chinoise), son ton ultra-décalé et sa dimension de satire sociale assumée lui garantissent un énorme succès à l’international, et notamment dans des festivals de premier plan comme San Sebastian, où il remporte la Coquille d'or du meilleur film et le coquillage d'argent de la meilleure actrice, et à Toronto où il est couronné du prix de la critique internationale.

Il tourne ensuite un film encore inédit en France, Fang hua (Youth), qui est lui aussi présenté à Toronto en 2017. Il y est cette fois question d’un groupe d’adolescents idéalistes dans la Chine des années 70 et 80.

Mais c’est en tant qu’acteur, et non de réalisateur à succès, qu’il est attendu à Cannes. Feng Xiaogang tient en effet un petit rôle dans Ash is the purest white de Jia Zhang-ke, une nouvelle fresque historique dans les tourbillons de l’histoire chinoise récente et contemporaine où il côtoiera notamment Zhao Tao et Liao Fan. Des premiers pas cannois qui lui permettront de connaître le chemin du tapis rouge. On ne sait jamais.

Cannes 2018: la carte (du Festival) et les territoires (du cinéma)

Posté par vincy, le 7 mai 2018

Le Festival de Cannes - Sélection officielle, Quinzaine des réalisateurs, Semaine de la critique et Acid - est vraiment mondial comme on le constate avec notre carte. Hormis l'Océanie (dignement représentée par Cate Blanchett présidente du jury), tous les continents sont représentés. Il y a bien quelques gros trous (Amérique centrale, Moyen-Orient, Afrique de l'Ouest et du Centre, Scandinavie), mais la représentativité des cultures est bien présente avec 36 pays différents. 17 pays ne sont sélectionnés qu'à travers un seul film (Syrie, Liban, Kenya, Maroc, ...).

La France domine largement le classement avec 27 films toutes sections confondues. Les Etats-Unis (8), le Portugal et l'Italie (5 chacun), et la Chine (4) complètent le Top 5.

Derrière ce classement brut, il y a des tendances plus certaines. Par continent, l'Europe domine largement avec 29 films de 13 pays. Cette année, l'Asie (hors Proche et Moyen Orient) est aussi en force avec 15 films de 6 pays. Un Certain regard devance la compétition et la Quinzaine en nombre de pays sélectionnés.

Par sélections, la France domine chacune des sélections, révélant quand même un tropisme national. Le Portugal est à triplement l'honneur à l'Acid, les Etats-Unis et l'Espagne font un doublé à la Quinzaine, l'Argentine est deux fois élue à Un certain regard, alors quatre pays sont doublement sélectionnés en compétition: Japon, Italie, Etats-Unis et Iran.

Edito: Hollywood-sur-Yangtsé

Posté par redaction, le 5 avril 2018

C'est un petit phénomène qui amène de grandes répercussions. Le box office du marché chinois a dépassé, pour la première fois, celui du marché nord américain au premier trimestre. Les recettes en Chine ont atteint 3,17 milliards de dollars contre 2,85 milliards de $ en Amérique du nord. Et pour enfoncer le clou, Ready Player One, le dernier Spielberg a rapporté 62M$ durant ses premiers jours d'exploitation en Chine contre 53M$ en Amérique du Nord.

Le déclin de l'Empire américain? Oui, certainement. La démographie joue en faveur des marchés émergents et particulièrement de l'Asie, qui s'équipe à grande vitesse en multiplexes tout en produisant des films à gros budgets locaux. En 2017, selon le rapport tout chaud de la MPAA, le box office mondial a atteint un record de 40,6 milliards de dollars de recettes (seulement les ventes de tickets, on ne parle pas de pop corn et de sodas). Une hausse de 5%, à relativiser puisque le nombre d'écrans a augmenté de 8%. La Chine a porté cette dynamique alors que le marché nord américain fléchissait de 2% (11,1 milliards de $) où un tiers des recettes nord-américaines provient dues films du top 10. Une concentration inquiétante.

Pire, le nombre de billets vendus aux USA et au Canada est en baisse de 6% (1,24 milliard d'entrées), soit le plus bas niveau depuis 1995, tandis que le marché des loisirs à domicile progressait de 11% entre 2016 et 2017. La hausse du prix du billet - et notamment des films 3D - de 24% en 10 ans a limité la casse pour les studios qui affichent les recettes et non les entrées, mais elle a aussi fait fuir des spectateurs, et notamment les plus jeunes qui se détournent des salles. Le cinéma reste un loisir plus populaire (3 nord-américains sur quatre ont été au ciné l'an dernier) que les parcs d'attraction et les stades sportifs, mais rivalisent de moins en moins avec les plateformes de streaming à la maison. Une autre donnée est à souligner: ce sont les caucasiens qui vont le moins souvent au cinéma. Et les hispanophones et asiatiques qui y vont le plus.

A l'inverse les marchés chinois, japonais, indiens et sud-coréens, tout comme les marchés britanniques et français, continuent d'être attractifs: le cinéma y reste un loisir dominant. L'Asie voit ses recettes progresser de 44% en cinq ans! Hors USA-Canada, sur les 20 pays les plus "cinéphages", 7 sont en Asie, 9 en Europe, 3 en Amérique latine et un en Océanie.

Résultat, le marché nord-américain ne représente plus que 27% du box office mondial contre 30% en 2013. Bien sûr, Hollywood reste dominant. Depuis le début de l'année, sur les 17 films ayant dépassé les 100M$ de recettes mondiales, 13 sont produits ou coproduits par un studio américain. Mais 4 sont chinois. Operation Red Sea et Detective China Town 2 ont rapporté plus de 500M$ de recettes, loin devant Cinquante nuances plus claires ou le Labyrinthe 3. Jusque là ce genre de recettes monstrueuses étaient réservées aux productions US. Ce n'est plus le cas.

En 2017, sur les 33 films ayant franchi le cap des 300M$ de recettes mondiales, seulement deux ont rapporté davantage en Amérique du nord que dans le reste du monde et 10 ont fait plus de 75% de leurs recettes hors Amérique du Nord. Depuis le début de l'année, parmi les 15 plus grosses recettes, seul Black Panther a rapporté davantage en Amérique du nord (51,1% de ses recettes), mais 8 films ont fait l'essentiel de leur box office hors Amérique du nord.

Tout cela va contribuer à des choix stratégiques pour les studios: casting multi-ethniques, tournages à l'extérieur du pays, coproductions avec l'Asie et l'Amérique latine, mœurs acceptables dans les autres cultures. Ce renversement de "pouvoir" ne sera pas anodin pour les blockbusters. Désormais les dollars se lèvent à l'Est.

9 visages à ne pas manquer en 2018: Liu Yifei

Posté par vincy, le 28 décembre 2017

En Chine, c'est déjà une star. Yifei Liu (ou Liu Yifei, aka Crystal Liu) est une actrice et une chanteuse célèbre. A 30 ans pile poil, elle a même une longue carrière dans le mannequinat, le cinéma et la scène. A l'international, hormis un petit rôle dans Le Royaume interdit de Rob Minkoff, avec Jackie Chan et Jet Li, elle est quasiment inconnue. Cette native du Hubei a migré aux Etats-Unis à l'âge de 10 ans avant de retourner pour ses 15 ans en Chine où elle a débuté sa carrière d'actrice (surtout pour la télévision). Elle a ensuite enchainé les rôles dans ces épopées en costumes et avec des sabres et autres arts martiaux qui envahissent le calendrier cinématographique chinois. Parallèlement, en signant un contrat avec Sony, elle a débuté une carrière de chanteuse, plutôt soft rock que pop, s'exportant jusqu'au Japon.

Fille d'un diplomate et professeur de français et d'une danseuse, la bonne étoile sourit à cette comédienne, en couple avec la star sexy sud-coréenne Seung-heon Song. Ils se sont rencontrés sur le tournage de The Third Way of Love (2015). Elle a été choisit pour être Mulan dans la version en prises de vues réelles de Disney. Une chinoise incarnant une chinoise dans une production hollywoodienne, c'est presque miraculeux. Disney s'évite ainsi une polémique, pariant sur la popularité du personnage. Le tournage est prévu cet hiver pour une sortie en novembre, 20 ans après celle du dessin animé, même si peu croient à la tenue de ce délai très serré. En confiant cette grosse production issue du patrimoine Disney à une réalisatrice, Niki Caro, le studio réussit en tout cas à faire le buzz dans le bon sens: comme dans l'histoire, Mulan est une affaire de genre et de femmes.

En 2020, Astérix et Obélix iront en Chine

Posté par vincy, le 10 novembre 2017

On espère d'avance que le film ne reprendra aucun gag de Michel Leeb. En tout cas, c'est annoncé officiellement - même si depuis trois semaines c'était un secret de polichinelle - le prochain film avec Astérix, en prises de vues réelles, sera l'occasion d'un voyage en Chine. La sortie est calée pour 2020.

Aucun album de BD n'ayant été jusque là (le plus oriental de leurs voyages a été la Vallée du Gange en Inde pour retrouver Shéhérazade), le film sera donc un scénario original. Une première pour la franchise aux 33 millions de spectateurs (en France) en 4 films. Le dernier opus, sorti en 2012, Astérix et Obélix : au service de sa majesté avait attiré 3,8 millions de spectateurs en France, soit, de loin, le plus mauvais score de la série amorcée en 1999. Celui de Chabat, autour de Cléopâtre, reste l'un des films les plus vus en France, avec 14,6 millions de spectateurs en 2002.

8 ans après, les spectateurs découvriront donc le 5e film de la saga. Ni le casting ni le réalisateur n'ont été confirmés. Le film sera coproduit par l'éditeur du héros Gaulois, Les éditions Albert René, Les films du Trésor et Les enfants terribles. L'enjeu est immense : la BD n'est pas encore très connue dans l'Empire du milieu alors que les 35 premiers albums ont été traduits en mandarin. Un parc d'attraction est en vague projet depuis trois ans. Et le cinéma français a besoin d'un héros pour conquérir le deuxième marché cinématographique du monde, dominé par les productions locales et américaines.

D'ici là, un autre Astérix sera sur les grands écrans, le 5 décembre 2017, sous la bannière M6-SND. Astérix : le secret de la potion magique sera le prochain film d'animation d'Alexandre Astier et Louis Clichy. Le duo avait attiré 3 millions de spectateurs en France avec leur premier essai (et le premier film en 3D d'Astérix), Asterix: Le domaine des Dieux. En 9 films d'animation étalés sur 45 ans, il s'agit d'un record pour un Astérix animé.

Notons enfin que le 37e album d'Asterix (Astérix et la Transitalique) vient de sortir (1 million d'exemplaires en trois semaines) et que la Cinémathèque française propose une très belle exposition sur l'un de ses créateurs, Goscinny et le cinéma.

Ce qu’il faut savoir sur « I am not Madame Bovary » de Feng Xiaogang

Posté par MpM, le 5 juillet 2017

Flaubert en Chine

Le titre international est un peu abusif car dans le roman original de Liu Zhenyun (Je ne suis pas une garce, 2015), il est fait référence à Pan Jinlian qui est un personnage mythologique ayant conspiré avec son amant pour assassiner son mari. Son nom est désormais utilisé en Chine pour désigner une femme indigne, infidèle ou débauchée. L’utilisation du nom d’Emma Bovary est plutôt abusif, dans la mesure où l’héroïne de Flaubert tient plus de la femme fantasque empêtrée dans une vie monotone que de la dévergondée assoiffée de sang.

Fresque ironique

Le film se passe sur plus d'une dizaine d'années et met en scène l'héroïne Li Xuelian qui multiplie les procès pour recouvrer son honneur perdu. A l'origine de l'histoire, il y a un divorce blanc contracté par l'héroïne et son mari dans le but d'obtenir un deuxième logement. Mais l'homme volage en profite pour se remarier avec une autre. Bafouée et meurtrie, Li Xuelian se porte alors en justice pour faire reconnaître qu'il s'agissait d'un faux divorce. Son idée est de se remarier avec son ex-mari puis de divorcer à nouveau, cette fois-ci sans ambiguïté. Son combat est évidemment dérisoire, destiné à plonger le spectateur dans l'étonnant labyrinthe judiciaire chinois.

Satire sociale

Le film accompagne Li Xuelian dans des tribulations judiciaires qui oscillent entre l’absurdité et la farce. La jeune femme remonte en effet la hiérarchie locale (du juge au préfet) pour faire entendre ses doléances, et multiplie les procès et les recours. Ces rouages un peu grippés dévoilent le portrait d'une Chine en pleine mutation judiciaire dans laquelle les responsables sont terrorisés par une simple femme en quête de justice. Le film balance ainsi entre un registre volontairement comique (le harcèlement insidieux de l’héroïne envers les officiels devient une sorte de running gag, et son indéfectible ténacité en est presque comique) et une touche nettement plus sombre quand son acharnement la conduit en prison, et gâche toute son existence.

Cadre rond

En plus d’une esthétique très soignée qui évoque la peinture traditionnelle chinoise, Feng Xiaogang recourt à un cadre circulaire pendant presque la totalité du film. Ce procédé empêche évidemment tout gros plan sur les personnages, et donne le sentiment au spectateur d’être un voyeur observant chaque scène à travers un télescope. Comme l’héroïne, il n'a pas une bonne vision d’ensemble, puisque tout ce qui est hors du cercle lui échappe. C’est uniquement lorsqu’elle parvient à Pékin que son horizon s’élargit (momentanément), et avec lui le cadre.

Fan BingBing

C’est Fan BingBing, aperçue auparavant dans des superproductions chinoises comme Bodyguards and assassins ou Shaolin ainsi que dans l’univers des XMen (Days of future past) qui incarne avec justesse et vitalité le cette Antigone des temps modernes. Le drame qu’elle traverse, et dont on connaîtra seulement à la fin toutes les facettes, atteint physiquement le personnage qui n'est plus que l'ombre d'elle-même à la fin du film.

Récompenses

I am not Madame Bovary a reçu le prix de la critique internationale au Festival de Toronto et le Coquillage d'or du meilleur film ainsi que le coquillage d'argent de la meilleure actrice à San Sebastian. Il a également été distingué par trois Asian Awards dont meilleur film et meilleure actrice et par le Golden horse de la meilleure actrice.

Jia Zhangke se lance dans un thriller mélodramatique

Posté par vincy, le 28 juin 2017

jia zhangke tao zhao

Money and Love, titre provisoire, sera le prochain film du cinéaste chinois Jia Zhangke. Coproduit par le français MK productions (MK2), le japonais Office Kitano et les chinois X Stream Pictures (cofondée par le réalisateur), Shanghai Film group et Huanxi Media Group, le budget est évalué à 6,4 millions d'euros.

Comme pour son précédent film, Mountains Mays Depart, Jia Zhangke inscrit son récit sur une longue durée et dans différentes régions. De 2001 à 2016, de Datong, dans la province de Shanxi, à celle de Sichuan,il racontera trois moments de la vie d’une femme, interprétée par sa muse Zhao Tao, amoureuse d’une figure de la pègre, dans la Chine moderne. Zhao Tao incarnera Qiao, une jeune et jolie danseuse qui tombe amoureuse de Bin. Mais au cours d'un combat entre bandes rivales, Qiaio, pour protéger son chéri, tue quelqu'un. Elle est alors jugée et emprisonnée pour cinq ans. A sa sortie de prison, elle cherche Bin afin de prendre un nouveau départ.

Ce film combine la fiction et l’enregistrement du réel. Il est chargé de la vie de l’homme que je suis désormais à 46 ans. Il raconte une histoire tragique, mais sans larmes” explique le cinéaste. Jia Zhangke évoque son projet comme une histoire d'amour épique et un thriller.

Le film est prévu pour une sortie en 2018.