Prix Lumière 2019 : Francis Ford Coppola au panthéon

Posté par wyzman, le 11 juin 2019

C'est aujourd'hui que se tenait la conférence de presse précédant le Festival Lumière de Lyon. L'occasion pour les organisateurs de répondre à la question que tout le monde se pose : qui pour succéder à Jane Fonda, lauréate 2018 du Prix Lumière ?

Légendes du cinéma

Et c'est donc Francis Ford Coppola qui recevra le Prix Lumière le 18 octobre prochain à Lyon. Auteur de films devenues cultes tels que Apocalypse Now et Conversations secrètes, la trilogie du Parrain ou encore Dracula, Francis Ford Coppola est ce que l'on appelle communément un réalisateur qui ne se présente plus. Double Palme d'or à Cannes, le réalisateur se verra consacré lors d'une soirée événement, la "Nuit du Parrain", qui se tiendra le 19 octobre à la Halle Tony Garnieret permettra à petits et grands de découvrir ou re-découvrir la trilogie qui a mené Francis Ford Coppola au panthéon des cinéastes.

Et Francis Ford Coppola ne sera pas le seul homme à l'honneur.  Thierry Frémaux a en effet annoncé un pré-programme chargé: Daniel Auteuil devrait également avoir son quart d'heure de gloire. La star de La Fille sur le pont et Le Huitième Jour aura droit à une rétrospective et donnera une master-class. L'actrice Marina Valdy sera également de la partie pour l’hommage rendu à André Cayatte. Récemment primé à Cannes d'une Palme d'or pour Parasite, Bong Joon-ho sera l'un des invités d'honneur et est attendu pour une master-class qui s'annonce déjà incontournable. De même pour Ken Loach qui, après avoir reçu le Prix Lumière en 2012, revient à Lyon le temps d'une master-class et de l'avant-première de Sorry we missed you.

Surprises en tout genre

Du 12 au 20 octobre, les festivaliers auront la possibilité de découvrir en avant-première mondiale et en copie restaurée Dans la nuit, l'unique réalisation de l’acteur Charles Vanel devenue un classique parce qu'il s'agit du dernier film français muet. Il en va de même pour La roue d’Abel Gance. Avant une ressortie prévue pour le 23 octobre, la trilogie Zombie de George A. Romero sera également projetée en copies restaurées.

Notons également la rétrospective "Forbidden Hollywood, les années Warner" qui célébrera l’âge d’or hollywoodien avec une sélection de films de 1930 à 1934, avant le code de censure Hays. Un hommage doit être rendu à l’actrice Dominique Laffin, en présence de sa fille Clémentine Autain qui lui consacre l'ouvrage Dites-lui que je l'aime (Grasset). Chez les enfants, la grande séance familiale s’articulera autour de Charlie Chaplin, avec le ciné-concert L’Émigrant et autres courts métrages le dimanche 13 octobre à la Halle Tony Garnier. Enfin, Deux livres seront l’objet de séances spéciales : Amis américains de Bertrand Tavernier (Institut Lumière / Actes Sud) et Sterling Hayden, l’irrégulier de Philippe Garnier (La Rabbia).

Petite nouveauté de cette année : Lumière Classics sera doté d’un jury invité à commenter et juger une sélection des restaurations de l’année ainsi qu'une compétition de documentaires sur le cinéma. Pour plus d'informations concernant le programme détaillé de cette 11e édition du Festival Lumière, il faudra s'armer de patienter et attendre septembre.

662 Charlots pour célébrer Charlie Chaplin

Posté par vincy, le 17 avril 2017

A Corsier-sur-Vevey, en Suisse, une étrange procession de 662 personnes a eu lieu. On y fêtait l'anniversaire de la naissance de Charlie Chaplin, né le 16 avril 1889. Mais aussi le début de la célébration des quarante ans de sa mort, survenue le 25 décembre 1977.

Dimanche 16 avril, 662 personnes étaient donc toutes déguisées en Charlot au Chaplin's World, le musée dédié à l'artiste ouvert il y a un an et géré par Grévin. On peut estimer qu'il s'agit d'un record du monde puisque c'ets la première fois qu'un tel rassemblement est homologué et enregistré sous le contrôle d'un huissier.

662 personnes avec un complet noir, des chaussures noires, une chemise blanche, un chapeau melon, une moustache. Et bien sûr, une canne. "C'était un moment très émouvant de voir réunis des Charlots de tous les âges, de deux à 80 ans", a déclaré au Temps Annick Barbezat, directrice de la communication du Musée Chaplin's World.

La photo officielle montre ainsi tous les Charlots formant une étoile, en référence au fameux trottoir «Walk of Fame» de Hollywood. Puis ils ont participé à une chasse aux œufs, dotée de 600 lots (vols en montgolfière, nuits dans les hôtels de la région ou encore des entrées dans les musées...).

Le musée a déjà attiré 300000 visiteurs, soit largement plus qu'espéré avant son ouverture.

Mon premier festival 2016 : avant-premières, ciné-concerts et hommage à Charlie Chaplin pour les (tout) jeunes cinéphiles

Posté par MpM, le 9 octobre 2016

Mon premier festival 2016

C'est un de nos rendez-vous préféré de l'automne ! Chaque année pendant les vacances de la Toussaint, Mon premier festival invite les (très) jeunes cinéphiles parisiens et franciliens à se plonger comme des grands dans l'inimitable ambiance d'un festival de cinéma. Coïncidant souvent avec la première vraie séance de cinéma en salle (certains films sont accessibles dès deux ans, et les bébés sont même les bienvenus dans quelques séances destinées aux plus grands), la manifestation, qui propose plus de deux cent films et animations autour du 7e art, mêle compétition, avant-premières, focus thématiques, hommages, ciné-concerts, ateliers et rencontres pour éveiller, cultiver et nourrir la cinéphilie des enfants et adolescents.

Cette année, c'est l'acteur et réalisateur Cédric Klapisch qui endosse le rôle du "parrain", chargé de partager ses coups de cœur avec les festivaliers. Pour ce faire, il a choisi Chantons sous la pluie de Stanley Donen et Gene Kelly, Frankenstein junior de Mel Brooks, Toy Story de John Lasseter, Les temps modernes et  La ruée vers l'or de Charlie Chaplin. "Le cinéma, c’était magique, explique-t-il dans le dossier de presse du festival. Je me souviens, quand j’étais en voiture avec ma grand-mère, j’attendais de passer par les Champs-Élysées pour regarder les devantures des cinémas et chaque affiche me faisait rêver."

Côté avant-premières, il y en a pour tous les âges. Les plus petits se régaleront des Nouvelles aventures de Ferda la fourmi, féerie de l'animation tchèque signée Hermina Tyrlova, ou du retour de Wallace et Gromit (Les inventuriers), tandis que les autres auront l'embarras du choix entre le très beau film d'animation de Sébastien Laudenbach, La jeune fille sans mains, la comédie Jamais contente d'Emilie Deleuze ou le documentaire Swagger d'Olivier Babinet. A l'issue de la compétition, un prix sera remis par le jury composé d'enfants de 8 à 11 ans et le prix du public sera lui décerné par l'ensemble des spectateurs ayant voté à l'issue des séances.

Pour accompagner ce programme déjà alléchant, on se penchera sur la thématique "films cultes" (quatre films incontournables à transmettre de toute urgence aux nouvelles générations, dont Peau d'âne de Jacques Demy), sur la programmation "A vos jeux" qui fait écho à la candidature de Paris aux jeux olympiques et paralympiques de 2024, sur la sélection spéciale "cinéma américain" (une vingtaine d’œuvres balayant tous les genres et toutes les époques, du Magicien d'oz de Victor Fleming à Soyez sympas, rembobinez de Michel Gondry) et sur l'hommage à Charlie Chaplin, sans oublier les ciné-concerts (dont deux créations spéciales pour le festival : La moufle et Le renard minuscule) et les nombreuses animations.

Mon premier festival propose en effet une multitude d’ateliers liés au cinéma, afin d’initier les petits festivaliers aux techniques d'animation comme le stop motion et le dessin sur pellicule ou leur permettre de découvrir des figures du cinéma burlesque tels que Jacques Tati et Buster Keaton. Parce qu'il n'est jamais trop tôt pour créer des vocations, éduquer le regard, et offrir un large panorama de ce que peut être le cinéma. Ainsi, c'est sûr, les meilleures vacances de l'année s'annoncent ! Sauf pour ceux qui n'auront pas la chance de participer...

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Mon premier festival 2016
Du 19 au 25 octobre
Informations et réservations sur le site de la manifestation

La Préhistoire au cinéma: 12 films où personne ne mange son père

Posté par redaction, le 7 avril 2015

Cette semaine, on remonte le temps du côté des Néandertaliens et autres Cro-Magnons. En salles, Jamel Debbouze remonte aux Simiens et à la découverte du feu avec Pourquoi j'ai pas mangé mon père, qui sort dans les cinémas français demain. Vendredi, le président de la République inaugurera la Caverne du Pont d'Arc, réplique de la Grotte Chauvet Pont d'Arc. Inscrite au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis juin dernier, la Grotte (36000 ans avant notre ère) est la plus ancienne trace d'art pariétal de l'Histoire, avec notamment des dessins d'animaux qui donnent l'impression d'être en mouvements si l'on joue avec la lumière (le cinéma avant l'heure). La réplique ouvre le 25 avril au public (voir le site officiel).

Le cinéma, étrangement, s'est relativement peu intéressé à nos ancêtres. Il y a de nombreux films sur les dinosaures, des fantaisies où ces mêmes dinos croisent l'homo sapiens (hérésie historique) et quelques délires (science-fiction, comédies, aventures) où l'homme des cavernes se retrouvent propulser à l'époque moderne.

Nous avons choisi une variété de 12 films, classés par ordre chronologique, qui s'intéressent à ces temps immémoriaux où l'homme commençait à jouer avec le feu, à peindre des parois de grotte et ne pensait pas (encore) à construire des maisons.

1914. His Préhistorical Past (Charlot nudiste), de Charlie Chaplin. Court métrage d'une vingtaine de minutes. Charlot rêve qu'il est revenu à l'âge de pierre, qui ressemble davantage à la vision d'une île de "sauvages". Un Roi entretient un harem. Et le personnage de Chaplin tombe amoureux de la favorite du souverain. La guerre va commencer. Quand le Roi tombe d'une falaise, Charlot se proclame Roi (rien ne change finalement). Malheureusement, le Roi n'est pas mort... Evidemment, ce n'est qu'un rêve. On peut voire le film sur Internet Archive.

1923. Three Ages (Les trois âges), d'Eddie Cline et Buster Keaton. Un film d'une heure, muet, en noir et blanc. La préhistoire du cinéma pour ainsi dire. Buster Keaton y décrit une rivalité amoureuse autour d'une femme à travers trois grandes périodes de l'Histoire, l'âge de pierre, la Rome antique et l'ère moderne. De quoi prouver que l'amour a toujours existé et suscité les mêmes réactions chez l'Homme. C'est le premier long métrage que Keaton écrit, dirige, produit et interprète. MK2 l'a intégré dans un coffret paru en 2004, dans une version restaurée mise en musique par Jeff Mills. On peut voir le film sur Internet Archive.

1958. Pre-Hysterical Hare, de Robert McKimson. Un Bugs Bunny chez les Cro-Magnons, avec Elmer pour faire mauvaise figure. Le célèbre lapin découvre un documentaire "Un film documentaire micronésien en Cro-Magnoscope. Couleur par Neanderthal Color". Un vestige du passé qui va nous plonger 10000 avant J.C., où déjà les lapins (aux dents plus longues) cherchaient à échapper aux chasseurs (cette phrase est à dire avec des billes dans la bouche). En 12000 ans, les choses évoluent peu... C'est l'une des rares incursions des Looney Tunes dans la préhistoire, dinosaures compris. A voir sur YouTube.

1981. La Guerre du feu, de Jean-Jacques Annaud. Le film emblématique par excellence. Avec son souci d'authenticité (langage créé par Anthony Burgess, nudité, aucun effets visuels, mais des heures de maquillages...), ce film, adapté du roman de J.H. Rosny Sr., se déroule 80000 ans avant notre ère, en pleine époque paléolithique. La guerre de deux tribus (dont ces pauvres Néandertaliens dont on ignorait le destin tragique au moment du tournage) sert de trame dramatique. Il fut l'un des films événements de l'année 1981 (très préhistorique puisque L'homme des cavernes et La folle histoire du monde de Mel Brooks sont sortis cette année-là). Oscar des meilleurs maquillages, César du meilleur film et du meilleur réalisateur, La guerre du feu a traversé le temps et servi de référence (sans compter les clins d'oeil) par la suite. Le film a attiré près de 5 millions de spectateurs en France. Enfin, notons que c'est la première fois que Ron Perlman apparaît à l'écran.

1981. Caveman (L'homme des cavernes), de Carl Gottlieb. Ringo Starr (Les Beatles) et Dennis Quaid dans un film qui ressemble plus à RRRrrrr!!! qu'à La guerre du feu. Avec son propre vocabulaire (on distribuait même un tract avec les traductions avant l'entrée en salles), ce pur navet (avec malgré tout des dinosaures, ce qui aurait du l'exclure de notre liste) a quand même dominé le box office nord-américain deux week-ends de suite, rapportant 15M$ à l'époque (près de 50M$ aujourd'hui). Et surtout, il vient tout juste de sortir en Blu-ray aux Etats-Unis.

1986. The Clan of the Cave Bear (Le clan de la caverne des ours), de Michael Chapman. Une jeune femme Cro-magnon (Darryl Hannah tout de même) se fait élevée par des Néandertaliens. L'histoire n'est pas si étrange que cela: c'est même sans doute arrivé, tant les deux espèces se sont chassés-croisés au fil des siècles (le Cro-magnon aura le dessus). Le scénario de John Sayles est adapté du roman de Jean M. Auel et le film a reçu une nomination aux Oscars (maquillages). Le film était sous-titré pour cause d'usage de langage des signes. Sans doute une des raisons de son énorme fiasco financier. La suite, qui était prévue, n'a jamais été tournée.

1994. The Flintstones (La famille Pierrafeu), de Brian Levant. Adaptation d'une série animée cultissime des années 60 de Hanna-Barbera, cette comédie plus parodique qu'historique a attiré dans son casting John Goodman, Elizabeth Perkins, Rick Moranis, Rosie O'Donnell, Kyle MacLachlan, Halle Berry et Elizabeth Taylor. Malgré ses deux Razzie Awards, le film a quand même quelques qualités (notamment le clip des B 52's qui en est issu). Entre acteurs pieds nus et effets spéciaux (le premier personnage en image de synthèse du cinéma), le film a été N°1 au box office en Allemagne, N)5 aux Etats-Unis cette année-là. Au total il a récolté plus de 340M$ dans le monde. En France, avec 656000 spectateurs, ce fut un flop. Une suite a été tournée. Sorti en 2000, Les Pierrafeu à Rock Vegas a été un échec.

2004. RRRrrrr!!!, d'Alain Chabat. La troupe des Robins des bois par un ex-Nul, avec Depardieu et Rochefort en bonus. Ça aurait du faire des étincelles. Ce fut un relatif succès populaire (1,7 million d'entrées) mais un four critique. Situé 37000 ans avant J.C., il s'agit de la confrontation entre les Cheveux propres, qui possèdent le Shampoing, et les Cheveux sales, qui aimerait avoir le secret de ce produit qui nettoie les poils de la tête. C'est aussi la première enquête criminelle de l'Histoire. Le film n'a pas marqué les esprits. Trop décalé sans doute.

2008. 10,000 BC (10 000), de Roland Emmerich. Pas de stars dans cette histoire épique qui suit un jeune chasseur de mammouth, contraint, pour assurer l'avenir de sa tribu, de s'aventurer dans un territoire inconnu. Historiquement, il prend quelques aises. Malgré son coût astronomique (plus de 100M$), le film rapporte quand même 280M$ dans le monde. Cette "fantaisie" tournée dans plusieurs pays en Afrique, Asie et Océanie a préféré mélangé des langues existantes plutôt que d'utiliser des langages primitifs. Bref du spectacle à la Emmerich.

2010. Ao, le dernier Néandertal, de Jacques Malaterre. Adapté du roman de Marc Klapczynski et réalisé par l'auteur des docu-fictions L'Odyssée de l'espèce, Homo sapiens et Le Sacre de l'homme, le film (un échec au box office avec 235 000 entrées) raconte la fin des Néandertaliens, sur la base de récentes découvertes à l'époque. Le clan d'Ao ayant été anéanti par des Homo sapiens, il commence à errer, et se fait capturer par une tribu d’Homo sapiens hostiles où il fait la connaissance d’Aki, une femme Homo sapiens prisonnière. Comme dans La Guerre du feu, les personnages utilisent des langages imaginés pour le film et sans sous-titres. Des voix off traduisent leur pensée.

2013. The Croods (Les Croods), de Kirk DeMicco et Chris Sanders. Nominé à l'Oscar du meilleur film d'animation, sélectionné à Berlin, ce gros hit de DreamWorks (590M$ dans le monde) devait, à l'origine, être un film en stop motion signé Aardman Animations. Finalement en images de synthèse, le film d'animation signé des créateurs de Lilo & Stitch, fait sortir une famille de sa caverne pour qu'elle explore le monde qui l'entoure. Cave sweet Cave... La suite est programmée pour 2017.

2015. Pourquoi j'ai pas mangé mon père, de Jamel Debbouze. Le roman de Roy Lewis a été librement adapté. Du livre, Jamel Debbouze n'a gardé que deux personnages et le ton humoristique. Pour son premier film, la star a préféré utilisé un langa emodernepour accentuer la métaphore avec notre époque. Il s'agit du premier film tourné en Europe utilisant intégralement la performance-capture, qui permet de faire revivre Louis de Funès. Édouard, fils aîné du roi des Simiens, considéré à sa naissance comme trop malingre, est rejeté par sa tribu. Il grandit loin d’eux, auprès de son ami Ian,. Incroyablement ingénieux, il découvre le feu, la chasse, l’habitat moderne, l’amour et l’espoir. En voulant tout partager, il révolutionne l’ordre établi. Ainsi naît la véritable humanité, celle où on ne mange pas son père. Bref le monde moderne.

Le génie de Charlie Chaplin en trois extraits

Posté par vincy, le 7 février 2014

Charlie Chaplin (1889-1977), alias Charlot. Aujourd'hui, nous fêterions le centième anniversaire de Charlot, ce vagabond que les spectateurs découvrirent le 7 février 1914 dans Charlot est content de lui (The Kid Auto Race) d'Henry Lehrman.

Depuis Charlot est devenu un mythe du 7e art. Chaplin est devenu une star. Voici trois extraits de films qui peuvent expliquer le génie d'un créateur de gags mais aussi de poésie. La ruée vers l'or (1925) et sa chaussure, Les temps modernes (1936) et son usine fordiste, Le dictateur (1940) et son globe flottant. Trois manières de voir le monde (et de le critiquer avec subversion).

« M » le Maudit, Freaks, Les 39 Marches… dans le domaine public et sur le web

Posté par vincy, le 24 août 2013

Télécharger légalement et gratuitement des grands classiques? C'est possible. Dès lors que l'oeuvre tombe dans le domaine public, il n'y a plus de restrictions pour la diffuser. Aux USA, une oeuvre tombe dans le domaine public 95 ans après la diffusion du film, sauf exceptions (dans un sens comme dans l'autre).

Ainsi le site Archive.org offre la possibilité de voir plus de 5000 long-métrages en streaming ou en téléchargement souvent de haute qualité.

Les récents ajouts feront saliver les cinéphiles : Les 39 marches et Chantage d'Alfred Hitchcock, Le Fantôme de l'opéra, version 1925 avec Lon Chaney, la Nuit des morts vivants de Romero (à cause d'une erreur juridique initiale sur le droit d'auteur); quelques Ed Wood, A Star is Born, version 1937 avec Janet Gaynor, Cyrano de Bergerac, version 1950, L'homme de la rue, de Frank Capra, Je suis une légende, avec Vincent Price, plusieurs films de Charlie Chaplin, et plus d'une trentaine de Buster Keaton, le culte Freaks de Tod Browning ou encore des Fritz Lang (une version incomplète de Metropolis, quelques films muets, et surtout M le maudit)...

A vos clics!

Mon petit MK2 : même les jeunes parents ont le droit d’aller au ciné !

Posté par MpM, le 2 avril 2013

Mon petit mk2MK2 a eu pitié des couples qui voient leur fréquentation des salles obscures chuter drastiquement avec l'arrivée de leur(s) premier(s) enfant(s). Depuis le 30 mars, le réseau parisien inaugure en effet une nouvelle formule permettant aux parents cinéphiles de confier leurs charmants bambins à des équipes pédagogiques le temps de se faire une toile.

C'est au MK2 Bibliothèque (Paris 13), les matinées des week-ends et des jours fériés, que sera d'abord expérimentée cette nouvelle opération. Les enfants de 3 à 10 ans seront pris en charge pour des "activités intelligentes" moyennant une réservation obligatoire et 25 euros par enfant (pour 4 h d'atelier). Lors du week-end d'ouverture, les enfants présents ont ainsi pu jouer autour de films de Charlie Chaplin. Des activités de construction de marionnettes, déguisement ou explication des 24 images/seconde du cinéma sont par ailleurs prévues.

Si le succès est au rendez-vous, Mon petit MK2 pourrait être étendu à d'autres salles et d'autres jours de la semaine.

On ne peut que se réjouir d'une telle initiative, qui a le mérite de s'adresser à une cible demandeuse. Toutefois, le prix global de l'opération (malgré le "tarif réduit" de 4,90€ par place de cinéma achetée) risque d'être rapidement rédhibitoire, surtout pour les familles nombreuses. Par ailleurs, les jeunes parents ont envie de retrouver le chemin des salles bien avant que leur précieuse progéniture n'atteigne l'âge de trois ans... On attend donc avec impatience "mon bébé MK2" qui accueillerait les enfants dès la naissance et permettrait aux nouveaux parents de ne pas se couper totalement de toute vie culturelle (voire d'une vie tout court).

La Rochelle 2012 : « Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée »

Posté par Martin, le 3 juillet 2012

A propos de La Ruée vers l’or de Charles Chaplin.

Notre petit vagabond préféré marche le long d’une falaise. Sa démarche chaloupée manque de le faire tomber à chaque pas quand derrière lui sort par une grotte un ours qui se met à le suivre. Il avance sans le voir ; quand il se retourne l’ours vient juste d’entrer dans une nouvelle grotte. C’est la première scène du film. Dans ce jeu de portes ouvertes, d’apparition et de disparition, il y a déjà tout La Ruée vers l’or (1925), et peut-être même tout Chaplin : la vie est une question d’espace vital, et le cinéma une recherche de cadre.

En particulier dans ce film, ce questionnement s’incarne avec la porte, porte ni ouverte ni fermée des grottes, mais surtout porte de la cabane qui froid oblige, doit rester fermée. Dans le premier morceau de bravoure du film, Charlot se réfugie dans une cabane dont le propriétaire ne tarde pas à revenir : Black Larson ne veut pas de lui et ouvre la porte pour le faire sortir. Poliment, le Vagabond sort mais le vent le repousse à l’intérieur inlassablement. Il a alors l’idée d’ouvrir la deuxième porte, créant un courant d’air qui pousse Black Larson hors de la cabane. Comme toujours chez Chaplin, la scène dure pour faire jaillir tout le miel comique de cet espace fermé qui est à la fois un cadre fermé de cinéma (le jeu sur les lignes dans la cabane) et une scène de théâtre (il vire l’autre acteur de scène et prend ainsi le premier rôle).

Fait écho à cette scène, un autre grand moment quand Charlot et son ami Big Jim s’endorment dans la cabane qui se déplace pendant la nuit jusqu’au bord d’une falaise. Tout le suspense et le comique indissociables viennent cette fois du rapport entre l’intérieur et l’extérieur. Le plan d’ensemble de la cabane au bord de tomber, vue de dehors, succède au plan d’intérieur montrant les deux personnages inconscients du danger qu’ils courent, jouer à faire basculer leur habitacle. Une fois complètement oblique, retenue par une corde, au bord de sombrer, la cabane devient un espace nouveau : les portes deviennent un aller simple vers la mort ou vers la vie. Les lignes verticales et horizontales sont chamboulées, et les personnages doivent trouver un nouveau moyen d’ouvrir la porte en haut qu’ils souhaitent voir fermer en bas. Il y a quelque chose de régressif et même d’anal dans ce comique : la cabane devient un corps humain recrachant ses habitants ; la nourriture est d'ailleurs l’enjeu de l’intrigue (Charlot faisant bouillir ses chaussures, devenant un poulet aux yeux de Big Jim, ou inventant avec ses fourchettes la fameuse danse des petits pains).

L’ouverture de la porte, c’est donc dans La Ruée vers l’or la constitution d’un espace comique : l’espace clos est l’occasion de la destruction d’un espace (cf. Le Cirque et l’espace scénique que Charlot détruit malgré lui, mais ici aussi le saloon) ; la porte ouverte oblige l’espace donc le personnage à une transformation constante. Tout le film pose donc cette question très simple : comment s’adapter à un espace en perpétuelle transformation ? La question tragique de la survie et le pouvoir comique sont ici plus qu’intiment liés : ils sont le deux portes d’un même espace.

Arras 2011 : carte blanche à Fiona Gordon et Dominique Abel

Posté par MpM, le 6 novembre 2011

dominique abel et fiona gordon

Le Arras Film Festival offre cette année une carte blanche au duo lunaire et fantaisiste formé par Fiona Gordon et Dominique Abel. L'occasion pour les deux clowns-réalisateurs de montrer leurs trois longs métrages (coréalisés avec Bruno Romy) : L'iceberg, Rumba et La fée, mais surtout de dévoiler une partie de leur univers burlesque au travers de films dont ils se sentent proches. Sont ainsi présentés Oeil pour oeil (Laurel et Hardy), Les lumières de la ville (Charlie Chaplin), Le soupirant (Pierre Etaix) et Sacré Graal ! (Monty Python).

"On avait fait une liste plus longue, précise Dominique Abel. Mais ce sont souvent des films introuvables. On avait notamment proposé Whisky de Pablo Stoll et Juan Pablo Rebella, Tampopo de J?z? Itami et un film que l'on met à chaque fois et que personne ne trouve jamais, Qui chante là-bas de Slobodan Sijan."

Gus van Sant, Hal Hartley et Aki Kaurismäki font également partie de leurs références. "On adore Kaurismäki. Pour nous, c'est un des très grands.  Quelqu'un qu'on admire. Mais je ne suis pas sûr que ça rentre vraiment dans le burlesque..."

De toute façon, le duo avoue n'avoir jamais été capable de hiérarchiser. Chaplin, Keaton, Tati, Etaix, Linder, Méliès... "Lorsque je les ai découverts, se souvient Dominique Abel, j'ai eu l'impression qu'ils me connaissaient de l'intérieur, qu'ils avaient tout compris de la vie. Je me suis dit : ouf, je ne suis pas tout seul !"

De Laurel et Hardy, ils vantent la lenteur et le respect. "Ils se donnent des claques, mais entre chaque claque, ils se rhabillent l'un l'autre, remettent leurs chapeaux", note Fiona Gordon. "Et puis ils prennent leur temps. Je trouve ça très joli cette forme de lenteur", complète Dominique Abel.

Chaplin les fascine par son mélange de gags et d'humanisme. "Il enrichit le film [Les lumières de la ville] d'un discours politique : regardez, je veux travailler, mais il n'y a rien pour moi. Avec cela, il ajoute du mélodrame. Tandis que Pierre Etaux est plus un personnage de dandy. C'est un personnage riche qui fait rire ! C'est du burlesque nouveau, différent", explique Dominique Abel.

Les deux acteurs revendiquent également une envie de défendre les "moins nobles" par rapport aux "intellos" acclamés partout. "Ce n'est pas toujours dans le raffinement que se trouve le génie", souligne Fiona Gordon. "Le génie peut être complétement bordélique. Regardez les Monty Python. Leur côté bordélique nous plait. Chez eux, rien n'est sacré. Or il y a de la grandeur dans cette irrévérence. "

L’instant vintage : La restauration donne une seconde vie aux films

Posté par Benjamin, le 30 octobre 2011

Ce n’est que dans les années 1930 que des personnalités du cinéma telles qu’Henri Langlois se sont mobilisées pour sauver les richesses du cinéma muet. Les cinémathèques à travers le monde se sont créées (la Cinémathèque française, en 1936, fut l’une des dernières, bien après l’Allemagne, le Royaume Uni ou les Etats-Unis) pour, d’une part, stocker ces films, et d’autre part, les projeter et leur donner une seconde naissance.

Car après tout, le but de la conservation et de la restauration est d’apporter un regard nouveau sur une œuvre plus ou moins datée. Lorsque le festival de Cannes organise la projection du Guépard, d’Orange mécanique ou même du Sauvage en version restaurée, il soumet ces films au jugement du temps. Ont-ils passablement vieilli ? Ont-ils au contraire gardé (ou amplifié) la force qu’ils possédaient à leur sortie ? Sont-ils toujours des classiques que le temps n’effleure même pas ?

La restauration met les films à l’épreuve. C’est un second jugement, un second regard car, dans l’art comme dans toutes choses, il faut souvent y regarder à deux fois. Combien de films ont été massacrés lors de leur sortie pour être auréolée 20 ans plus tard (Citizen Kane en est un parfait exemple). Mais aussi combien de films subissent le sort inverse ? Ils sont, lors de leur première diffusion, jugée, perçue comme une œuvre agréable et ils souffrent cruellement aujourd’hui des années qui leur sont passées dessus. Et ce film qui était alors autrefois un succès n’est plus que le témoin de cette époque résolue. On le regarde en souriant. Ces défauts deviennent comiques mais il ne faut pas le jeter ou le détruire pour autant. Et la restauration, grâce aux recherches des restaurateurs, permet enfin de découvrir des versions inédites de chefs d’œuvres, comme Metropolis pour ne citer que lui qui a gagné près de 30 minutes (pas inutiles) de métrage !

Les films restaurés sont aussi un musée des souvenirs, ils revêtent un costume qu’on ne leur connaissait pas. Par exemple, un film que l’on juge mauvais peut avoir un intérêt historique, être le témoin privilégié, la transmission vers la postérité d’une ville, d’un métier, d’un trait d’époque qui n’existe plus. Le film se pare d’une valeur historique et/ou sociologique. Il nous informe également sur une façon de faire du cinéma qui n’est certainement plus la même aujourd'hui. La version restaurée inédite du Voyage dans la lune de Méliès, coloriée au pochoir, nous apprend que le cinéma en couleur existait dès les années 1900 mais qu’il fallait pour cela que les artisans du cinéma peignent à la main chaque carré de pellicule !

Grâce à la restauration, c’est aussi le jugement critique qui peut être mis de côté pour ne faire ressortir que le simple plaisir de voir un film un brin provocateur pour son époque, un cartoon des premiers temps ou les premières actualités filmées. Le cinéma est un œil braqué sur le monde. Il a mille fonction mais toujours le même objectif : divertir. La critique perd alors un peu de son sens (éclairer le spectateur) pour ne devenir qu'un reflet déformant, souvent valorisant.

En restaurant les tout premiers films de Chaplin, Losbter Films, la Cinémathèque de Bologne et le British Film Institute donnent à voir la naissance pour ne pas dire la création de Charlot ! Ce n’est pas rien. Ces films de 1914 nous offrent une connaissance plus approfondie de ce qu’était le cinéma burlesque à cette époque, de la position de Chaplin et de son développement artistique en une seule année. Mais aussi de précieuses informations sur les techniques de réalisation, de montage, de production, etc. Il y a une foule de détails dans ces films ! Un spectateur lambda appréciera les gags un peu grossiers et le rythme haletant de ces comédies Keystone.

Serge Bromberg, célèbre restaurateur admiré de tous, désire que le spectateur regarde ses films avec son âme d’enfant. La restauration doit aussi ramener cela : le simple et pur plaisir du spectateur qui se prélasse devant un film, et peu importe sa date de production tant qu'il reste une copie, même abîmée. Car après tout, il n’y a que la contemplation qui compte.

Il ne faut pas oublier ce conseil d’Henri Langlois : « tout conserver ! » Pour cela Ecran Noir a décidé de consacrer une rubrique dédiée à ces films "vintage" sur son blog. En parler comme on parle des autres films. Ce n'est pas seulement faire revivre le patrimoine, c'est aussi le rendre indispensable à nos mémoires.

Car, malheureusement, la place manque pour la conservation et la restauration ne rapporte pas d’argent, malgré les re-sorties en salles souvent réussies et des DVD bien soignés. La VOD/VàD reste un modèle économique à suivre pour rentabiliser les coûts.

Elle n’est nourrie que par le temps et la passion de certains cinéphiles. Si vous trouvez un film chez vous, chez votre voisin, une pépite ou une pellicule, quelque chose qui pourrait être intéressant, n’hésitez pas à le signaler car il peut être sauvé et diffusé au plus grand nombre. Ces films sont comme les trésor des pirates enfouis : la quête devient inestimable...