Johnny Hallyday ne retient plus la nuit (1943-2017)

Posté par vincy, le 6 décembre 2017

Johnny Hallyday n'est plus. Le chanteur était un "monument national". Du rock à la soul, de la variété au blues, de la country à la chanson française, en évitant le disco quand même, il avait vendu plus de 100 millions de disques,  attiré près de 29 millions de spectateurs lors de ses concerts, travaillé avec Michel Berger et Jean-Jacques Goldman. Ses tubes "allumaient le feu" sur scène: Souvenirs, Souvenirs, Retiens la nuit, L'idole des jeunes, Que je t'aime, Noir c'est noir, Gabrielle, Ma gueule, Le pénitencier, Quelque chose de Tennessee, Le chanteur abandonné, L'envie, Je te promets, J'oublierai ton nom, Marie etc... Le blouson noir est mis au vestiaire depuis cette nuit. Né Jean-Philippe Smet le 15 juin 1943, Johnny Hallyday est mort à l'âge de 74 ans le 6 décembre 2017.

Il aimait le cinéma aussi. "Quand j'ai un problème, disait-il, je rentre dans une salle de cinéma pour tout oublier." Et pas seulement en ayant été le compagnon de Nathalie Baye, avec qui il a eu une fille, Laura Smet, qui partagent toutes les deux, pure coïncidence, le grand écran pour la première fois aujourd'hui en salles avec le film Les Gardiennes.

Johnny aimait jouer. Un petit rôle dans Les diaboliques chez Clouzot où il devait espionner Signoret coupé au montage, quelques cours à la rue Blanche, une envie de théâtre. Puis il a eu Catherine Deneuve en partenaire dans Les Parisiennes. Il devient ami de Vadim et chante "Retiens la nuit" le temps d'une scène.

L'Elvis français a pourtant été longtemps ignoré par le 7e art, trop charismatique, trop populaire, ou trop décalé? Il tourne un western minable (Le spécialiste), un film fou de Robert Hossein (Point de chute), un Lelouch (L'aventure c'est l'aventure, où le rôle principal est tenu par Jacques Brel). Lelouch se rattrapera sur le tard avec Salaud, on t'aime en 2014 et Chacun sa vie cette année. Sur RTL, Claude Lelouch rappelait ce matin: "J’ai filmé son dernier concert en solo à Vienne pour le film. Et puis j’ai filmé sa dernière séquence avec Jean Dujardin et Antoine Duléry. Et j’ai filmé son premier scopitone, sa première chanson. J’étais là au début et à la fin." Le projet avec Alain Corneau, lui, tombe à l'eau.

Paradoxalement, Aznavour, Mitchell, Souchon, Bruel, Bashung, Birkin et Montand ont eu davantage d'estime et une meilleure présence aux génériques des films.

Lire aussi notre portrait: Pourquoi pas lui?

En 1985, tandis que son plus bel album sort (Rock n' Roll Attitude, ce qui l'illustre parfaitement), Johnny nait au cinéma. Il l'avoue lui-même : c'est son premier vrai film. Sa compagne et partenaire, Nathalie Baye, est multi-césarisée. Il a suffit que Jean-Luc Godard lui propose ce pari si singulier, ce tournage si original. Il avait refusé Mocky, Pialat l'avait finalement boudé parce qu'il avait tourné avec Godard: il ne sera pas dans Police. C'est Détective. Il enchainera avec Costa Gavras, avec Conseil de famille. Beau doublé même si les films ne sont ni les meilleurs de leurs auteurs, ni des prestations mémorables.

Mais avec les échecs successifs de Terminus, Le Triangle de fer et de La Gamine, la carrière de Johnny avorte dès le début des années 90. La télé le sauve un peu, avec la série David Lansky. "J'en ai eu marre d'enquiller des films qui ne marchaient pas" confiait-il alors.

Après une apparition qui lui redonne le goût de jouer (Paparazzi grâce à l'envie de Vincent Lindon), on lui propose de nouveaux types de scripts. il accepte un second rôle sobre et paternel pour un premier film, Pourquoi pas moi?, du jeune Stéphane Giusti où sa fille est lesbienne. Laetitia Masson pensait réaliser un documentaire sur lui. Elle l'invite dans Love me, un "Que je t'aime" allégorique crié par Sandrine Kiberlain. Il enchaîne avec un caméo chez son pote Stévenin dans l'acclamé Mischka.

Hallyday se laisse aller à des choix audacieux, où son public ne le suit pas, indifférent à ce cinéma si loin de sa personnalité proche des masses. Près de 48 ans après son premier pas sur un plateau, 42 ans après son premier single, 18 ans après son premier bon film, Johnny Hallyday, à quelques mois de ses soixante bougies et d'une nouvelle tournée hexagonale, est enfin considéré comme un comédien, obtenant les faveurs des critiques et trouve son meilleur rôle dans son meilleur film: L'Homme du train de Patrice Leconte, face à Jean Rochefort. Le Festival de Venise l'accueille chaleureusement. Leconte lui a offert un cadeau magnifique en le faisant jouer avec son image de cow boy, de rocker, tout en la mélangeant à celle plus imaginaire du papa, du mec normal et pantouflard. Un western moderne où il rêve d'une autre vie, comme un chanteur espère être acteur.

Voir aussi les films avec Johnny Hallyday

Il s'essaie au polar (Crime Spree avec Harvey Keitel, Gérard Depardieu et Renaud), aimerait jouer avec Ruiz comme Veber. Finalement il s'amuse à être un ermite borgne dans Les Rivières pourpres 2 : les Anges de l'Apocalypse d'Olivier Dahan : l'ermite borgne, incarne un Jean-Philippe Smet qui ne serait pas parvenu à devenir Johnny Hallyday dans Jean-Philippe de Laurent Tuel, fait un petit tour dans
La panthère rose 2 de Harald Zwart.

En 2009, il surprend tout le monde en se frottant à Johnnie To, le prince du film noir de Hong Kong. Vengeance, entre Macao et triades, hommage aux polars d'antan, est présenté en sélection officielle au Festival de Cannes 2009. Il monte les marches en demi-dieu vivant. Pourtant, après, entre tournées et maladies, Johnny se raréfie. On le voit jouer son propre rôle dans le Rock'N'Roll de Guillaume Canet, succès de ce début d'année 2017. Il se parodie avec délectation, prisonnier dans son "pénitencier" de banlieue parisienne, où la gardienne, Laetitia Hallyday elle-même, lui interdisait de fumer...

Au cinéma Johnny restait Johnny. Il fascinait. Mais c'est finalement l'histoire d'une passion manquée.

Monsieur Bashung rêve au ciel

Posté par vincy, le 14 mars 2009

alain bashungIl fut l'un des plus brillants compositeurs de ces trente dernières années dans la chanson française. Ses textes poétiques, allégoriques, entre jeux de mots à tiroir et métaphores en miroir, lui ont donné des chansons anthologiques, comme "Vertige de l'amour", "Gaby", "SOS Amor", "Osez Joséphine", "Madame rêve". Alain Bashung, voisin montmartrois d'Ecran Noir,  est l'artiste français qui a reçu le plus grand nombre de Victoires de la musique, dont trois à titre de meilleur interprète masculin de l'année, celle de l'album des 20 dernières années ("Fantaisie Militaire"). Le cinéma n'est pas absent puisqu'il a obtenu la Victoire de l'album de musique originale de cinéma ("Ma petite entreprise") et deux du Vidéo-clip de l'année, dont l'un a été réalisé par le cinéaste Jacques Audiard ("La nuit je mens").

Paradoxalement, après Ma petite entreprise (de Jolivet), il n'a plus jamais composé pour le cinéma. Il avait écrit les B.O.F. de plusieurs films : Le quatrième pouvoir, Le beauf, Le jeune Werther (de Doillon) et surtout Pigalle (de Didri).

Mais Alain Bashung fut aussi comédien. "Le cinéma, ça défatigue un peu, on peut sortir de ses propres rêveries. Faire l'acteur me permet de ne pas faire du cinéma sur scène. Mes chansons ne supportent pas l'exhibitionnisme."
Il a débuté en 1981, alors que son succès n'était pas encore affirmé du côté de la musique, dans Nestor Burma, détective de choc, aux côtés de Michel Serrault et Jane Birkin. On le voit un an après dans Le cimetière des voitures, de Fernando Arrabal, en Jésus rock n' roll crucifié sur une moto. Il devient alors une vedette de la chanson française, alignant les tubes, et disparaît du grand écran. Il revient en 1991 avec Rien que des mensonges, partageant l'affiche avec Fanny Ardant, puis enchaîne des seconds rôles de films un peu décalés et très auteuristes tels que L'ombre du doute, de Aline Isserman, Ma soeur chinoise ou encore Retour à la vie, avec Emmanuelle Laborit. On l'aperçoit aussi dans des comédies comme celles de Charlotte de Turkheim (Mon père, ma mère, mes frères et mes soeurs, ..., avec Victoria Abril) et Patrick Braoudé (Je veux tout, avec Elsa Zylberstein).

En 2000, ses performances en marginal lui donnent ses plus beaux rôles : prisonnier libéré dans La confusion des genres, de Ilan Duran Cohen, avec Julie Gayet, Vincent Martinez et Pascal Greggory ; gérant de manège dans Félix et Lola, de Patrice Leconte, avec Charlotte Gainsbourg et Philippe Torreton.

On le voit après dans L'origine du monde, La bande du drugstore, Le p'tit curieux ... en inspecteur de police. Puis il sera la voix de M le maudit, dans Arthur et les Minimoys de Luc Besson. Logique pour celui qui chanta "La malédiction". Il fit une dernière, et mythique, apparition dans J'ai toujours rêvé d'être un gangster, de Samuel Benchetrit, où il faisait un face à face avec Arno.

Désormais, passé le Rio Styx, la mort qui le flingue, la fusée qui l'épingle, l'envoie au ciel et Bashung rêve dans les grands espaces.

Blockbusters ’08 : Qui est Zac Efron?

Posté par vincy, le 21 octobre 2008

zacefron.jpg21 ans (depuis trois jours). Se la joue prince charmant. Les cheveux bien coiffés (la mèche est étudiée). Les yeux clairs, perçants. Une musculature travaillée. Bref le nouveau "gossebo" des midinettes... Voici Zac Efron. Le physique pourtant semble passe-partout. Nous en avons vus des dizaines comme ça, des Freddie Prinze Jr ou des Patrick Swayze (selon les générations). Et que sont-ils devenus? Sans doute pour cela que Zac a décidé de s'inscrire à la fac (option business), afin d'assurer ses arrières.

Zac Efron débute à la télé en 2002, dans des séries comme Urgences, Les Experts : Miami ou NCIS. C'est pourtant un feuilleton moins dramatique qui le rendra "célèbre". En 2006, il est l'un des rôles principaux de la comédie musicale High School Musical (Premiers pas sur scène) sorte de Fame revisité pour les années 2000. Ou de Star Ac version romancée. Le téléfilm est diffusé sur le très consensuel Disney Channel. S'en suivront une suite télévisée et une autre purement cinématographique (High School Musical "3 : Nos années lycées). Il est rapidement choisi pour jouer l'un des bellâtres de Hairspray, excellent danseur et dragueur crédible. Il y gagne un MTV Movie Award de la meilleure rélvélation. Sa carrière sur grand écran semble lancée (avec notamment une suite à Hairspray et un film avec Claire Danes autour d'Orson Welles). Dans le remake de Footloose, il aura le rôle de Kevin Bacon. On remplace l'animal dauvage par un plus domestique. Question d'époque.

Par ailleurs, il chante (des extraits de B.O.F. sont transformés en single). Des tubes classés dans le bas des charts (un seul dans le Top 10 américain). Mais cela ne suffit pas à en faire une vedette ou un espoir du 7e art. "Zaquisha", (c'est son surnom), a un fan club disproportionné par rapport à son box office. Cela ne l'a pas empêché de gagner 6 millions de $ en un an. Cet été, il apparaissait chaque semaine dans tous les magazines peoples : à la plage, en faisant du shopping, avec sa partenaire et petite amie Vanessa Anne Hudgens. Efron est "vendeur". Il symbolise la nouvelle star, classée dans les listes du type "les 25 acteurs les plus hots en dessous de 25 ans", "les futures étoiles de demain", "les 10 stars des ados", "les 100 acteurs les plus sexys". Il a des progrès à faire, il n'y est que 93e dans ce dernier classement.

Pour ses fans, il s'agit du "plus talentueux", du "mec le plus beau de la terre", du "sex symbol de la décennie". Icône des ados, ce qui n'est pas méprisable, il doit désormais faire ses preuves. Aux USA, cela veut dire un blockbuster sur ses épaules; en Europe, cela signifie un film d'un cinéaste respecté. Dans tous les cas, son ominprésence dans les médias "trashs" et "teenagers" lui garantissent l'intérêt des producteurs en quête de têtes d'affiche générationnelles. Faudrait juste qu'il fasse attention quand il se tripote le maillot : sa notoriété attire fatalement les paparazzis et les clichés "qui tuent".

Deux personnes en une : une mauvaise recette de plus

Posté par Morgane, le 18 juin 2008

La personne aux deux personnesSynopsis :

C'est l'histoire de Gilles Gabriel, ex-star de la chanson des années 80, qui meurt dans un accident de voiture causé par Jean-Christian Ranu, petit employé coincé de la COGIP, une grande entreprise de la Défense. Mais Gilles Gabriel n'est pas totalement mort : son esprit a en fait atterri dans la tête de Jean-Christian, lequel ne comprend pas bien qui lui parle tout d'un coup... Quant à Gilles, qui conserve toute sa fougue, il n'a pas le contrôle des mouvements de son hôte. Gilles et Jean-Christian passent par tous les états avant de se rendre à l'évidence : il va falloir faire avec, à deux dans la même personne, malgré leurs personnalités opposées. Condamnés à une extrême promiscuité, ils vont s'apprivoiser, s'épanouir et se surprendre.

Critique :

Nicolas et Bruno ? Même plus besoin de citer leurs noms de famille, ils sont désormais comme Eric et Ramzy, inséparables. Tous deux (allez, je les cite quand même : Nicolas Charlet et Bruno Lavaine) sont déjà connus comme étant les créateurs de la série TV Le Bureau et les scénaristes de 99F réalisé par Jan Kounen. Cette fois-ci, les deux compères se lancent dans la réalisation d’un long métrage, rien qu’à eux. Mais le résultat n’est pas des plus fameux, malheureusement.

Ils se jettent donc dans la grande aventure d’une âme perdue (le chanteur mort dans un accident de voiture) qui trouve refuge dans le corps d’un autre (le comptable coincé d’une grande entreprise). La première demi-heure du film fait doucement rire. Deux esprits pour un seul corps… cela donne lieu à quelques situations cocasses. Mais qui parle donc ? Cependant, ces situations font très vite chou blanc. Le rire n’est rapidement plus au rendez-vous et le film semble devenir très long, très lent.

Parmi les nombreuses comédies françaises du moment, bien souvent ratées il faut l’avouer ou tout du moins peu originales, le duo Chabat-Auteuil ne réussit pas à tirer son épingle du jeu. Le scénario reste cousu de fil blanc et sans réelles surprises. Les personnages sont une fois de plus très caricaturés. Gilles Gabriel, ancienne star de la chanson, certes ringard, adore s’éclater comme il dit, alors que Jean-Christian Ranu est plutôt un employé looser dont la vie est réglée comme du papier à musique. Vous devinez la suite…