Cannes 2018 : une 57e sélection européenne et prometteuse pour la Semaine de la critique

Posté par MpM, le 16 avril 2018

Les deux comités de sélection de la Semaine de la Critique, sous la houlette du délégué général Charles Tesson, ont retenu cette année 13 courts métrages (sur 1500 visionnés) et 11 premiers et deuxièmes longs métrages (sur 1100) qui composeront le programme de cette 57e édition. Une édition qui s'annonce particulièrement tournée vers l'Europe, avec 10 longs métrages et 10 courts produits ou co-produits par un pays européen, dont la Grèce, la Finlande, le Portugal, l'Islande, la Pologne, la Suisse ou encore la Hongrie.

En compétition, on retrouve 5 premiers films, dont le très attendu documentaire animé Chris the Swiss dont nous vous parlions à l'occasion du dernier Cartoon Movie. La réalisatrice Anja Kofmel y explore les circonstances (obscures) dans lesquelles son cousin journaliste est mort pendant la guerre en Yougoslavie. On est également curieux de découvrir le premier film de Gabriel Abrantes (co-réalisé avec Daniel Schmidt), que l'on avait remarqué avec ses courts métrages, et notamment le programme sorti en salles sous le titre Pan pleure pas. En compétition, deux autres réalisateurs sont particulièrement attendus : Benedikt Erlingsson, dont on avait tant aimé Of horses and men, et Agnieszka Smoczynska, qui avait impressionné avec The lure.

Côté séances spéciales, on retrouve le premier film de Paul Dano en ouverture et le deuxième d'Alex Lutz en clôture, mais aussi le deuxième long métrage de Guillaume Senez (Keeper) et une séance de courts métrages qui réunit des auteurs déjà très remarqués puisqu'on y retrouve Bertrand Mandico (quelques semaines seulement après son premier long Les garçons sauvages), Yorgos Zois (Casus Belli, Interruption) et Boris Labbé dont le précédent film Orogenesis figurait dans nos dix courts métrages français ayant marqué l'année.

En compétition courts métrages, on peut noter la présence de la réalisatrice grecque Jacqueline Lentzou (sélectionnée à Berlin en 2017 avec Hiwa, dont nous vous parlions ici), de Mikko Myllylahti, scénariste d'Olli Mäki, récompensé à Cannes en 2016, ou encore de l'actrice Anaïs Demoustier, à l'affiche de Pauline asservie de Charline Bourgeois-Tacquet.

Compétition longs métrages
Chris the Swiss d'Anja Kofmel
Diamantino de Gabriel Abrantes & Daniel Schmidt
Egy Nap (Un jour) de Zsófia Szilágyi
Fuga (Fugue) de Agnieszka Smoczynska
Woman at War de Benedikt Erlingsson
Sauvage de Camille Vidal-Naquet
Sir de Rohena Gera

Compétition courts métrages
Amor, Avenidas Novas de Duarte Coimbra
Hector Malot - The Last Day Of The Year de Jacqueline Lentzou
Exemplary citizen de Kim Cheol-Hwi
Pauline asservie de Charline Bourgeois-Tacquet
La Persistente de Camille Lugan
Rapaz de Felipe Gálvez
Schächer de Flurin Giger
Tiikeri de Mikko Myllylahti
Un jour de mariage de Elias Belkeddar
Ya normalniy de Michael Borodin

Film d’Ouverture
Wildlife de Paul Dano

Séances spéciales longs métrages
Nos Batailles de Guillaume Senez
Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin

Séance spéciale courts métrages
La Chute de Boris Labbé
Third Kind de Yorgos Zois
Ultra Pulpe de Bertrand Mandico

Film de Clôture
Guy de Alex Lutz

Le Carrosse d’or 2018 pour Martin Scorsese

Posté par MpM, le 30 mars 2018

C'est le cinéaste américain Martin Scorsese qui recevra le Carrosse d'or 2018 décerné par la Société des réalisateurs de Films. Il sera remis lors de l'ouverture la 50e édition de la Quinzaine des Réalisateurs, le 9 mai prochain.

C'est même une journée exceptionnelle qui sera proposée aux festivaliers avec notamment la projection de Mean Street (révélé à la Quinzaine en 1974) et une conversation avec Martin Scorsese, avant la remise du fameux prix qui récompense "un réalisateur choisi pour les qualités novatrices de ses films, pour son audace et son intransigeance dans la mise en scène et la production".

Depuis son premier séjour sur la Croisette en 1974, Martin Scorsese a tissé des liens particuliers avec le Festival de cannes. Il revient dès 1975 avec Alice n'est plus ici, puis reçoit la Palme d'or en 1976 pour Taxi driver. Il est à nouveau récompensé en 1986 pour After hours (Prix de mise en scène). Depuis, il est surtout venu hors compétition (New York stories en 1989, Mon voyage en Italie en 2001) et à Cannes Classics en tant qu'interprète dans différents documentaires (Brando en 2007, Kurosawa la voie en 2011, This is Orson Welles en 2015...), mais plus en compétition.

Il a également été président du jury de la compétition officielle en 1998 et de la Cinéfondation et des courts métrages en 2002.

Festival de Cannes: un conseil d’administration élargi

Posté par redaction, le 7 mars 2018

festival de cannes © ecran noirL’Assemblée générale du Festival International du Film de Cannes a procédé le 13 février 2018 à l’élection de 16 membres de son Conseil d’Administration, qui compte 28 membres (12 membres de droit et 16 membres élus).

Un règlement qui a du changer

"Cette élection s’est tenue suite à la révision des statuts de l’Association Française du Festival International du Film, inchangés depuis 1993. Sous le contrôle du Ministère de l’Intérieur (du fait du statut d’Association reconnue d’utilité publique), et en concertation avec le Ministère de la Culture et le CNC, les statuts ont été mis en conformité avec les modes de fonctionnement actuels de l’association et adaptés aux règles de gouvernance associative" explique le communiqué du festival.

"Le Ministère de l’Intérieur a notamment demandé d’apporter deux modifications principales :
- rendre le fonctionnement de l’association plus démocratique en augmentant le nombre de membres élus du Conseil (16 au lieu de 14) et en réduisant le nombre de membres de droit (12 au lieu de 14).
- rompre avec la pratique des Présidents membres de droit intuitu personae (statut qui était celui des anciens Présidents Robert Favre le Bret, Pierre Viot et Gilles Jacob).
"

Pierre Viot et Gilles Jacob toujours présidents d'honneur

Ces nouveaux statuts avaient été adoptés par l’Assemblée générale en novembre 2016, avant d’être approuvés par le Conseil d’Etat début 2018. Les élections du 13 février 2018 étaient par conséquent les premières à avoir lieu selon les modalités des nouveaux statuts. Les votants étaient les 35 membres présents parmi les 37 membres de l’Assemblée générale. 20 membres se sont portés candidats, représentant des fédérations de professionnels du cinéma et des syndicats, ainsi que Gilles Jacob, à titre personnel, pour 16 sièges étaient à pourvoir.

Les quatre membres n’ayant pas été élus restent membres de l’Assemblée générale et à ce titre, et "continueront à participer aux travaux sur les grandes orientations de l’association" précise l'association du festival, qui ajoute qu'en tant qu'ancien Délégué général et Président, "Gilles Jacob demeure, comme Pierre Viot, Président d’honneur du Festival et reste membre de l’Assemblée générale." Gilles Jacob est également Président de la Cinéfondation.

Les membres élus sont:

  • L’Union des producteurs de cinéma (UPC), représentée par Xavier Rigault
  • La Fédération nationale des cinémas français (FNCF), représentée par Richard Patry
  • La Fédération nationale des distributeurs de films (FNDF), représentée par Victor Hadida
  • La Fédération nationale des industries du Cinéma, de l’audiovisuel et du multimédia (Ficam), représentée par Didier Diaz
  • La Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), représentée par Gérard Krawczyk
  • La Société des auteurs, réalisateurs, producteurs (ARP), représentée par Michel Hazanavicius
  • La Société des réalisateurs de films (SRF), représentée par Cédric Klapisch
  • Le Syndicat des producteurs indépendants (SPI), représenté par Marie Masmonteil
  • Le Syndicat français de la critique de cinéma (SFCC), représenté par Isabelle Danel
  • L’Académie des arts et techniques du cinéma (les César), représenté par Alain Terzian
  • L’Association des producteurs indépendants (API), représentée jusqu'alors par Guy Verrechia, Sidonie Dumas devant lui succéder
  • La Fédération nationale des syndicats du spectacle, du cinéma, de l’audiovisuel et de l’action culturelle (FNSAC- CGT), représentée par Denis Gravouil
  • La Fédération internationale des acteurs (FIA), représentée par Catherine Alméras
  • Le Syndicat français des agents artistiques et littéraires (SFAAL), représenté par François Samuelson
  • Le Syndicat national des techniciens et travailleurs de la production cinématographique et de télévision (SNTPCT), représenté par Stéphane Pozderec
  • UniFrance, représentée par Serge Toubiana

Cate Blanchett, Présidente du jury du Festival de Cannes

Posté par vincy, le 4 janvier 2018

On attendait, on voulait une femme présidente. C'est chose faite. Le Festival de Cannes a choisi l’actrice australienne Cate Blanchett comme Présidente du Jury du 71e Festival de Cannes (8-19 mai). Après la néo-zélandaise Jane Campion en 2014 et l'Australien George Miller en 2016, c'est la troisième fois qu'un artiste océanien préside le jury cannois en quelques années. Jane Campion a aussi été la dernière femme à ce poste, ce qui commençait à faire long.

"Je viens à Cannes depuis des années comme actrice, comme productrice, pour les soirées de gala et pour les séances en Compétition, pour le Marché même, a-t-elle déclaré. Mais je ne suis encore jamais venue pour le seul plaisir de profiter de la corne d’abondance de films qu’est ce grand festival" a déclaré la comédienne. "Le privilège que l’on me fait de me demander de présider le Jury et la responsabilité qui sera la mienne m’emplissent d’humilité, poursuit-elle. Cannes joue un rôle majeur dans l’ambition du monde de mieux se connaître en racontant des histoires, cette tentative étrange et vitale que tous les peuples partagent, comprennent et désirent ardemment" ajoute-t-elle dans le communiqué du festival.

Pierre Lescure, Président du Festival de Cannes et Thierry Frémaux, Délégué général se déclarent "très heureux d’accueillir une artiste rare et singulière dont le talent et les convictions irriguent les écrans de cinéma comme les scènes de théâtre. Nos conversations, cet automne, nous promettent qu’elle sera une Présidente engagée, une femme passionnée et une spectatrice généreuse."

Du théâtre au cinéma, Cate Blanchett a près de 30 ans de carrière derrière elle. Révélée par son incarnation de Elizabeth dans la version de Shekhar Kapur en 1998, elle a tourné pour Peter Jackson, David Fincher, Wes Anderson, Jim Jamrusch, Steven Soderbergh, Anthony Minghella, Steven Spielberg, Terrence Malick, Sally Potter, Joe Wright, George Clooney et Ron Howard, alternant films audacieux et blockbusters (dont le dernier Marvel, Thor: Ragnarok).

A Cannes, on l'a vue monter les marches plusieurs fois: en compétition avec Carol de Todd Haynes et Babel d’Alejandro González Iñárritu. Hors-compétition pour Un mari idéal, Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, Robin des bois et Dragons 2.

Femme puissante, récompensée par un prix pour l'ensemble de sa carrière par l’Académie australienne, Oscar de la meilleure actrice (Blue Jasmine de Woody Allen) et Oscar du meilleur second rôle féminin (Aviator de Martin Scorsese), en plus de 4 autres nominations aux Oscars, 3 fois primée par les Golden Globes, Prix d'interprétation à Venise (I'm not there de Todd Haynes), Cate Blanchett est aussi populaire que respectée, glamour (égérie d'un parfum d'une grande marque de luxe) que exigente.

En 2018, ce sera son année avec quatre films: Bernadette a disparu (Where'd You Go, Bernadette) de Richard Linklater, Ocean's Eight de Gary Ross, The House with a Clock in Its Walls d'Eli Roth et la voix de Kaa dans Mowgli d'Andy Serkis.

La Quinzaine des Réalisateurs changera de délégué général en 2019

Posté par vincy, le 8 novembre 2017

La Société des réalisateurs de films confirme le maintien d'Edouard Waintrop pour la 50e édition de la Quinzaine des réalisateurs en tant que délégué général. Cependant, ela SRF annonce dans le même temps: "En tant que partisans de l'alternance, c'est cette réussite qui nous autorise aujourd'hui à faire le pari du changement en accueillant un nouveau profil à la tête de la Quinzaine 2019. Une nouvelle page de l’histoire du Festival de Cannes va s’écrire avec une nouvelle, un nouveau délégué.e général.e.".

Il est de coutume que le futur délégué général accompagne durant une édition précédant son mandat celui en poste. Il devrait donc être nommé d'ici le printemps. La fiche de poste sera envoyée dans deux semaines.

Cependant, "La Société des Réalisateurs de Films a renouvelé sa confiance à son délégué général Edouard Waintrop, pour la septième année consécutive. Nous sommes heureux qu’il soit le maître d’œuvre de ce moment important de notre histoire, qui connaît avec lui des années fastes en termes de visibilité, de fréquentation, de confiance des acteurs de l’industrie."

Une quinzaine très césarisée

Edouard Waintrop a en effet réussi à redorer le blason de la Quinzaine, qui a sélectionné quelques uns des meilleurs films des dernières années, en plus de faire découvrir de nouveaux talents récompensés par la suite. On lui doit quelques beaux coups comme Camille redouble, Ernest et Célestine, No, Les garçons et Guillaume, à Table!, Le géant égoïste, Bande de filles, Les combattants, P'Tit Quinquin, Whiplash, Fatima, Much loved, Mustang, Trois souvenirs de ma jeunesse, Divines, Ma vie de Courgette, etc...

La Quinzaine a connu cinq autres délégués : Pierre-Henri Deleau (1969-1999), Marie-Pierre Macia (1999-2003), François Da Silva (2003-2004), Olivier Père (2004-2010) et Frédéric Boyer (2010-2011).

Regards sur courts, le court métrage dans tous ses états

Posté par redaction, le 25 août 2017

Le format court sous toutes ses formes sera à l'honneur en septembre à Epinal avec le nouveau festival Regards sur Courts. Nouvelle appellation du Festival de l'image (ou Festival d'Art numérique) créé dans la cité vosgienne en 1961, cette manifestation couplera cette année pour la première fois courts métrages photos (c'est-à-dire réalisés en image fixe) et courts métrages de cinéma traditionnels.

La compétition de courts métrages photos est le résultat d'un travail de présélection parmi les oeuvres proposées par leurs auteurs. Elle réunira 58 concurrents venus d'Italie, de Norvège, de France ou encore d'Australie, tous en lice pour la très convoitée Coupe de l'Europe.

La compétition de courts métrages de cinéma a elle été l'objet d'une sélection spécifique permettant d'offrir un panorama varié de ce qu’est le court métrage contemporain en termes de genres (comédie, thriller, intimiste, social, historique, fantastique…) comme de styles (animation, prise de vue réelles, format hybride…). Elle est constituée de douze films venus de Grèce, des Pays-Bas, du Canada, de France, du Brésil... et dont la moitié sont réalisés ou co-réalisés par des femmes.

Si les deux formes de création auront chacune leur section compétitive, elles seront bel et bien réunies lors de la séance spéciale qui viendra clôturer l'édition 2017. L'occasion d'observer les nombreux points communs entre les deux formes de création, au-delà de leur format.

Parmi les films sélectionnés, on retrouve des oeuvres ayant déjà connu une belle carrière internationale, à l'image de Delusion is a redemption for those in distress de Fellipe Fernandes (vu à la Semaine de la Critique à Cannes en 2016) et Hiwa de Jacqueline Lentzhou (en compétition à Berlin cette année), mais aussi un film autoproduit dont on vous a déjà parlé : AXN de Jean-Marie Villeneuve, un film d'école repéré à Poitiers, Meral, Kizim de Süheyla Schwenk, ou encore le film précédent de Matthew Rankin (sélectionné à Cannes cette année avec Tesla : lumière mondiale) : Mynarski chute mortelle.

On peut également noter la présence en séance spéciale de L'immense retour de Manon Coubia, Léopard d'or à Locarno en 2016, et de KL de William Henne & Yann Bonnin, découvert à Annecy en juin dernier. De quoi offrir aux festivaliers spinaliens un bel aperçu de la production contemporaine de films courts, et de son immense vitalité.

La compétition de Courts métrages

Airport de Michaela Müller
AXN de Jean-Marie Villeneuve
Chez soi de François Raffenaud
La convention de Genève de Benoit Martin
Cour de récré de Francis Gavelle et Claire Inguimberty
Delusion is redemption to those in distress de Fellipe Fernandes
Hiwa de Jacqueline Lentzou
Import de Ena Sendijarevic
Meral, Kizim de Süheyla Schwenk
Mynarski chute mortelle de Matthew Rankin
The National Garden de Syni Pappa
We Will Never Be Royals de Mees Peijnenburg

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Regards sur Courts
Du 7 au 10 septembre 2017
Infos et programme sur le site de la manifestation
A suivre sur la page Facebook

Cannes 2017 : trois questions à Geremy Jasper pour Patti cake$

Posté par MpM, le 30 mai 2017

Présenté en clôture de la Quinzaine des Réalisateurs, après avoir fait sensation à Sundance en janvier 2017, Patti cake$ est le feel good movie par excellence, servi par un quatuor de personnages ultra attachants et un style visuel riche et varié. On se laisse entraîner avec bonheur dans ce mélange de récit d'apprentissage et de conte moderne qui voit l’ascension d'une jeune femme du New Jersey rêvant de devenir une star du hip-hop. Si le scénario ne brille pas spécialement par son originalité, l'actrice Danielle MacDonald insuffle suffisamment de force et de singularité à son extraordinaire personnage qu'il suffit très largement à faire oublier les facilités et maladresses.

C'est en toute décontraction, sur la plage de la Quinzaine des Réalisateurs, à la fin de la 70e édition du festival de Cannes, que nous avons rencontré Geremy Jasper, l'heureux réalisateur du film, dont c'est le premier long métrage. L'occasion de parler de la naissance de Patti et du long travail d'écriture et de recherches esthétiques qui a présidé au film.

Comment est né le film ? Quelle est la toute première idée que vous ayez eue ?

La première idée, c’est le personnage. Patti. Juste l’idée de Patti. Il y a des années, je vivais chez mes parents dans le New Jersey. Je me sentais un peu pris au piège. Je voulais être musicien. J’étais avec un ami qui travaillait dans une pharmacie, et on écoutait la meilleure radio spécialisée dans le hip-hop de la région. Je lui ai dit « la prochaine grande star hip-hop sera une fille blanche du New Jersey. Une Tony Soprano dure et sexy. ». Il s’est moqué de moi. D’une certaine manière, j’ai commencé à documenter ce personnage dans un petit coin de mon cerveau. Des années plus tard, j’avais commencé à faire des films, je me demandais quel serait mon premier long métrage, je me débattais, je n’arrivais pas à connecter les idées que j’avais, j’avais le sentiment qu’elles ne venaient pas du bon endroit. Et puis tout à coup, Patti est sortie de mon cerveau, et je me suis dit : « tu vas faire ce film sur cette fille. Tu n’as jamais lu de scénario, tu ne sais même pas trop à quoi ça ressemble, tu ne connais pas la syntaxe et le vocabulaire… mais tu vas écrire l’histoire de cette fille. » Alors j’ai passé les 4 années suivantes à apprendre comment faire. Ce fut un très long voyage.

Qu’est-ce qui a été le plus difficile, finalement ?

Je pense que le plus dur, ça a été d’écrire le scénario. C’est ce qui a pris le plus de temps. Ca fait partie du processus. On passe beaucoup de temps à écrire, seul. On finit par devenir un peu dingue… Je pense que j’ai écrit au moins dix brouillons. Ca changeait tout le temps… j’ajoutais des trucs… C’était comme une aventure quasi psychédélique ! Vous savez, j’ai travaillé sur des clips. Là, on se concentre sur le style, sur le rendu visuel, on essaye de rendre les choses bigger than life… et le film, ça allait être exactement le contraire !

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur vos choix esthétiques ?

J’aime des styles très différents qui peuvent se combiner. Pour moi c’était important que le film n’ait pas qu’un style visuel. D’un côté vous avez cet aspect de clip coloré et surréaliste pour les scènes fantasmées. C’est bigger than life, en technicolor. Et puis la réalité était dans un style plus documentaire. Quand on fait connaissance avec Patti en tant que personnage, j’avais peur que le public reste en retrait et la juge, parce que c’est un personnage tellement haut en couleurs ! Mais en la suivant partout, en restant fixé sur elle comme si on faisait un documentaire sur sa vie, on est vraiment dans le film avec elle, dans sa vie quotidienne compliquée, on la ressent, on l’ accompagne dans son parcours. Il y a donc deux styles qui cohabitent. Et on a essayé d’expérimenter visuellement dans chaque scène. De se dépasser. Et au montage, ça a été plutôt long de réussir à faire cohabiter tous ces petits morceaux. De ce fait le film est assez fragmenté, composé de ces différents styles.

Retrouvez l'intégralité de l'interview dans la partie magazine de notre site

Cannes 2017 : Cannes Soundtrack Award attribué à Oneohtrix Point Never pour Good time des frères Safdie

Posté par MpM, le 29 mai 2017

C'est le musicien Oneohtrix Point Never (Daniel Lopatin) qui a reçu le prix de la meilleure musique originale pour un film en compétition lors du 70e Festival de Cannes. Le compositeur expérimental et créateur du label Software Recording Co. a composé une musique électronique planante et frénétique qui habite le film des frères Safdie, Good time, jusqu'à tout envahir.

Elle apporte ainsi au récit une ampleur esthétique et une force dramatique qu'il ne serait pas capable d'atteindre sans elle. Une osmose rare au cinéma entre des choix très précis de mise en scène, une certaine brutalité de narration, et la force presque hypnotique de la partition, qui accompagnent un loser magnifique lancé dans une course contre la montre pour sortir son frère de prison.

Quant à la chanson du générique final, The Pure And The Damned, elle est coécrite avec Iggy Pop. Excusez du peu.

Une fois encore, le prix Cannes soundtrack vise donc plutôt juste et récompense l'une des BO les plus fortes de cette 70e édition, qui ne manquait d'ailleurs pas de belles propositions. Rien que dans le trio de tête, aux côtés de Oneohtrix Point Never, citons notamment Jonny Greenwood et son travail remarquable sur You were never really here de Lynne Ramsay, où la musique est en osmose permanente avec le récit et les émotions qu'il suscite, ainsi que la proposition délicate et minimaliste d’Evgeny Galperin sur Faute d'amour d’Andreï Zviaguintsev, qui apporte sa propre mélancolie romantique au récit.

Créé en 2010, Cannes Soundtrack est le principal événement qui s'intéresse à la musique de film pendant le Festival de Cannes. Les années précédentes,  il avait récompensé Cliff Martinez pour The Neon demon (2016), Lim Giong pour The Assassin de Hou Hsiao-Hsien (2015), Howard Shore pour Maps to the Stars de David Cronenberg (2014) ou encore Jozef Van Wissem pour Only lovers left Alive de Jim Jarmush (2013). On a connu pire compagnie.

Cannes 2017: la Palme d’or pour The Square, le Grand prix pour 120 BPM

Posté par vincy, le 28 mai 2017

Le jury de Pedro Almodovar avait la lourde responsabilité d'effacer le Palmarès incompréhensible et hors sol de l'an dernier.

Pas forcément dans l'ordre pronostiqué, les gagnants sont des habitués de Cannes pour la plupart. Mais avouons que les films distingués sont aussi ceux que nous avons préféré. Diane Kruger dans In the Fade ? Le choix était tellement évident. Les scénarios des très sombres Mise à mort du cerf sacré et You Were Never Really Here ? C'est sous estimé l'interprétation et la mise en scène de ces deux films, mais les voir au palmarès nous réjouit. Le fait que l'immense Joaquin Phoenix remporte le prix d'interprétation masculine pour You Were Never Really Here donne au film de Lynne Ramsey un double prix qui compense largement son absence dans le haut du tableau. Avec le prix de la mise en scène pour Sofia Coppola (Les proies), ce sont deux femmes cinéastes qui ne transigent pas avec leur style qui sont honorées.

Le jury a opté pour des films radicalement différents. Faute d'amour (Prix du jury), 120 battements par minute (Grand prix du jury) et The Square (Palme d'or). De notre côté, on aurait opté pour une autre hiérarchie (la palme pour le français, le grand prix pour le russe), au moins il n'y a pas eu de faute de goût véritable, évinçant les films ratés. On peut juste regretter l'absence de films que nous avons appréciés, notamment Good Time ou Okja (Netflix repart bredouille).

On reste surpris malgré tout de la Palme d'or pour Ruben Östlund. Le cinéaste suédois a certes gardé son style inimitable. Mais son film, imparfait et attachant, plein de contradictions, et surtout terriblement égoïste, est à moitié convaincant (notamment à cause d'une dernière heure trop didactique qui alourdit son film et dilue son ton). On peut comprendre qu'un tel sujet (l'individualisme) ait fédéré les jurés. Tout comme on est ravi de voir qu'un film aussi bouleversant que 120 BPM ait été reconnu à sa juste mesure, avec un sujet comme le SIDA. Tout comme le splendide formalisme de Faute d'amour ait réussi à séduire malgré la dureté de son thème.

De ces trois films il reste d'ailleurs des images marquantes: une bataille de capote dans The Square, une Seine de sang dans 120 BPM ou un gamin qui hurle de douleur en silence quand ses parents s'engueulent dans la pièce d'à côté.

Tous les prix remis à Cannes

Enfin, Nicole Kidman a reçu le Prix du 70e anniversaire. Présente deux fois en compétition, et deux autres fois en sélection officielle, elle était la star de cette année. Et permet à Coppola et Lanthimos d'être primés une deuxième fois indirectement.

La Caméra d'or récompense pour la deuxième année consécutive, et la troisième fois en quatre ans, une réalisatrice française. Jeune femme, présenté à Un certain regard, réussit avec peu de moyens, une actrice formidable (Laetitia Dosch) et une histoire d'émancipation, à faire vibrer le spectateurs en partageant les moindre soubresauts de son héroïne.

Cannes 2017 – les lieux du festival : bienvenue au Vertigo!

Posté par vincy, le 26 mai 2017

C'est le lieu le plus "off" mais pas le moins "in". Depuis la disparition du Zanzibar, rue d'Antibes, à deux pas des marches du Théâtre Debussy, le Club 7 a repris le flambeau. ici pas de bière en extérieur pour papoter être journalistes des films du festival, ou débattre, comme c'était le cas avec le bar "gay" cannois. Le Club 7 a été investit par l'équipe de la Queer Palm. Il ouvre tard le soir, et encore plus tard quand il est privatisé pour des équipes de films.

Au départ, il s'appelait la Dame de Pique. Il est devenu le Vertigo. Mais le concept est le même. Un club avec un bar au milieu, vite cerné par les buveurs, un petit espace lounge où on peut s'assoir, de la musique et des lumières de boîte de nuit, une scène, par laquelle il faut passer pour aller aux toilettes. Et pendant le show, pas question d'avoir envie de faire pipi. On ne danse plus sur la scène, on regarde la scène.

© vincy thomasLà, des hommes travestis font des playbacks de chanson pop connues. Ça amuse tout le monde, femmes et hommes, hétéros et homos. Du distributeur palmé au journaliste d'un grand média de la presse écrite, de l'attaché de presse qui veut décompresser au stagiaire de la boîte de production qui a donné rendez-vous sur Grindr, en passant par quelques personnalités qui viennent faire escale entre deux soirées (Xavier Dolan par exemple).

Le Vertigo est un mélange de genres. Un peu kitsch. Un peu hype. Un peu secret, caché au fond d'une impasse). Un peu connu (on y fait même la queue à partir de deux heures du matin). On y discute, on y drague, on s'y amuse. C'est aussi là, qu'après la remise de la Queer Palm, on célèbre la fin du festival, avant la remise du Palmarès officiel.

Jusqu'à l'an dernier, Miss Koka, assise sur un tabouret au bar, ou debout sur scène, à balancer ses vannes, faisait le show à elle toute seule. On ne peut pas parler du Vertigo sans l'évoquer. Cette Miss connue de tous sur la Côte d'Azur s'appelait Philippe Frédière. Il est mort cet hiver. Les nuits au Vertigo ne sont plus vraiment pareil cette année.