Cannes 2011 : Le voyage dans la lune, une fable hallucinante

Posté par vincy, le 11 mai 2011

Monument historique du cinéma, Le Voyage dans la lune est sans aucun doute, avec cette Lune éborgnée par une fusée, l’une des premières images du cinéma inscrite dans l’inconscient collectif. Mais qui a finalement vu le quart d’heure de film de George Méliès ?

Grâce à la restauration de la copie couleur originale (voir actualité du 10 mai), il est désormais possible de juger l’oeuvre dans son intégralité. Elle sera présentée en ouverture du 64e Festival de Cannes ce soir, dans le cadre Cannes Classics.

Sur la forme, on reste épatés par l’ingéniosité des effets visuels de l’époque (nous sommes à la préhistoire du cinéma tout de même) transformant des télescopes en chaises en un clignement d’œil. Si l’on sent la présence de décors peints comme au théâtre, il essaie tout de même de créer des perspectives et du relief. Reconnaissons que l’imaginaire du réalisateur, inspiré par l’inventivité de la révolution industrielle, le récit fantastique de Jules Verne et une foi inébranlable dans les infinies possibilités de la science, est fondateur du cinéma de science-fiction. Bien sûr, rien n’est plausible scientifiquement. Mais ce voyage prend des tournures délirantes qui le rendent hallucinant.

Tantôt burlesque, tantôt coquin (les filles sont des faire-valoir, certes, mais toujours courtement vêtue), cette épopée ne manque pas de dérision. Mais c’est dans l’action que le film se révèle le plus impressionnant : avec ces monstres lunaires aux allures reptiliennes, qui disparaissent en fumée dès qu’on les frappe, le réalisateur filme des scènes de bataille qui ancrent le film dans la catégorie « pur divertissement ».

Et c’est là que l’audace des restaurateurs prend tout son sens. Pour faire le lien entre cet objet du patrimoine et notre regard actuel, ils ont décidé d’y coller la musique électronique du groupe AIR (Virgin suicides). Le voyage dans la lune devient alors comme le château de Versailles accueillant les œuvres de Jeff Koons. La musique se marie à la perfection aux ambiances du film, accentuant même sa dramatisation. Les rythmes ponctuent les gestes et les coups, donnant du relief à un film muet.

L’ensemble a des airs de clips psychédéliques un peu barré. Ce tableau sauvé des eaux est en mouvement perpétuel, agité, un peu flou, et pourtant il nous hypnotise et nous propulse dans un autre monde, parallèle. Pour une fois que le cinéma nous envoie vraiment dans la lune….

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voir aussi : Restauration du Voyage dans la lune de Georges Méliès : un Voyage extraordinaire le documentaire de Serge Bromberg ; Le voyage dans la lune, de Georges Méliès : le premier blockbuster de l’histoire du cinéma, l'histoire du film ; et Hugo Cabret, film de Martin Scorsese avec Georges méliès et ses films dans les rôles principaux...

Cannes 2011 : Les affinités électives de son excellence Bertolucci

Posté par vincy, le 11 mai 2011

Bernardo Bertolucci est l’une des vedettes de cette journée d’ouverture du 64e Festival de Cannes, aux côtés de Robert de Niro, Woody Allen et George Méliès. Le cinéaste italien va recevoir une Palme d’or d’honneur, qui sera désormais décernée chaque année le premier jour du festival à un réalisateur n’ayant jamais obtenu la récompense suprême.

Il est venu à quatre reprises sur la Croisette et se souvient avec émotion de cette première fois en 1964 où Prima della Rivoluzione était sélectionné à La Semaine de la Critique. « Les critiques italiens ont massacré, et même tué mon film. Les critiques français l’ont bien aimé. Je me sentais comme un réalisateur français… »

En 1976, il a présenté 1900, avec Robert de Niro. Hors-compétition. « Gilles Jacob avait dédié une journée au film. La première partie était diffusée l’après midi et la seconde après le dîner. » C’est « un film monstre, je ne le voyais pas en compétition. » Plus tard, il croise le Président du jury de cette édition, Costa-Gavras, qui lui avoue ne pas comprendre pourquoi le film n’est pas en compétition. Il confie à Bertolucci qu’il aurai pu recevoir la Palme d’or. Celle-ci reviendra à Taxi Driver, avec De Niro.

C’est d’ailleurs l’acteur américain, président du jury cette année, qui devrait remettre la Palme d’or d’honneur à un Bertolucci venu en fauteuil roulant. « Bob est très laconique. Il ne parle pas beaucoup. Il va peut-être dire quelques mots, ce serait bien. »

Le réalisateur du Dernier tango à Paris présentera demain dans le cadre de Cannes Classics une copie restaurée du Conformiste (1970). « Au lieu de restaurer mes films, les Cinémathèques devraient me restaurer, moi. »

Si Bernardo Bertolucci refuse d’être pris en photo sur son fauteuil roulant, pudeur apparemment partagée avec Jean-Paul Belmondo, il a conscience à 71 ans d’être proche de l’épilogue de son propre film. « Depuis cinq, six ans, j’étais convaincu de ne plus tourner de films. Mon état, comme vous l’avez constaté, me disait que c’était la fin. Je suis comme mes caméras : sur un chariot. »

Pourtant, après avoir vu Avatar, qui l’a fasciné, il est convaincu que la 3D n’est pas réservé aux films d’horreur, de science-fiction ou de grand spectacle. Il a une idée en tête, fait quelques essais, dialogue avec Wenders et Herzog. « On est tous attirés par la 3D ». Et il se met à rêver d'un Persona d'Ingmar Bergman avec le visage des deux actrices en relief. Il va tourner Toi et moi, une histoire en sous-sol, avec ce procédé (voir actualité du 11 avril).

Bertolucci est ancré dans le présent aime les nouvelles vagues : celles du Brésil dans les années 60, celles de la Chine dans les années 80, ou encore les nouveaux talents italiens contemporains comme Crialese ou Sorrentino : « ils s’intéressent à la structure, à l’esthétisme, pas seulement au scénario

A l’écouter, en français, en anglais, en italien, faisant des références à Bazin ou Bataille, on aurait pu s’attendre à un vieil homme regrettant le passé. Mais il n’y a aucune nostalgie chez lui. Le temps est une valeur subjective. « Il y a des films qui vieillissent bien, des films qui vieillissent mal. Il n’y a pas de règles, ce n’est pas comme pour le vin. Le passage du temps ne fait pas toujours du bien aux films. Mais ce n’est pas forcément à cause du film, qui est en fait lié à une réalité de l’époque. En fait, la réalité vieillit aussi… »

Cannes 2011 : le Festival nous promet la lune (de Méliès)

Posté par Benjamin, le 10 mai 2011

Dans les premières années du 7ème art, deux types de cinéma se sont distingués : le cinéma documentaire, s’inspirant de la vie réelle et créé par les frères Lumières et le cinéma de pur divertissement dans lequel Georges Méliès règne en maître. Cette année, le 64e Festival de Cannes a décidé de mettre à l’honneur ce dernier avec la présentation d’une version colorisée et restaurée du Voyage dans la lune, ce fameux film où la lune est éborgnée par une fusée. Le film sera projeté lors de la soirée d’ouverture mercredi 11 mai, dans le cadre Cannes Classics, pour célébrer les 150 ans de la naissance du réalisateur.

Les cinéphiles que vous êtes se demandent immédiatement comment une version en couleur peut exister de ce film réalisé en 1902, alors que la couleur n’apparaît que bien plus tard dans les années 30. En fait la couleur est ici une peinture rajoutée sur la pellicule. Chaque plan a été peint à la main.

Cette version du film inédite de 16 minutes que l’on croyait perdu a été retrouvée dans la Cinémathèque de Barcelonne et est aujourd’hui en possession de Lobster Films, qui a déjà restauré près de 200 films de George Méliès (sur les 500 existants et que Méliès n’avait pas détruit dans un excès de colère à la fin de sa carrière).

Avec l’aide de la Fondation Groupama Gan pour le cinéma et la Fondation Technicolor pour le Patrimoine du cinéma, ils ont entrepris de redonner vie à ce chef d’œuvre du cinéma. Dans les locaux de la société de Serge Bromberg, des centaines de boîtes contenant des morceaux, des fragments du film sont entreposés. Lorsque le restaurateur, césarisé pour L’enfer d’Henri-George Clouzot, nous a laissé entrevoir ce que contiennent les boîtes en novembre 2010, on se rend compte du travail interminable qui attend les restaurateurs. La pellicule n’est pas seulement abîmée, elle est cassée en mille morceaux. Certains plans (juste un petit carré d’images) peuvent être brisés en une dizaine de morceaux (13 375 pour être précis). Un scan va alors être effectué plan par plan pour d’abord sauvegarder le film puis ensuite entreprendre sa restauration dont le budget s'élève à 400 000 euros. Pendant un an, exclusivement en 2010, le travail de restauration est effectué à Los Angeles, dans les locaux de Technicolor. Un projet titanesque qui est, selon Serge Bromberg, le plus difficile qu’il ait eu à faire en plus de 20 ans de métier : « C’est la restauration la plus complexe et la plus ambitieuse que nous ayons jamais menée, d'autant que ce film des tous premiers temps du cinéma était invisible depuis une centaine d'années. »

Une musique, composée et jouée par le groupe AIR, a également été faite spécialement pour le film, pour faire le lien entre le public d'aujourd'hui et les images d'hier.

La restauration du Voyage dans la lune est un grand pas en avant dans ce domaine car il s’agit d’un des films les plus importants et les plus célèbres de l’Histoire du cinéma. Tout le monde, sans avoir vu forcément le film, connaît cette image si célèbre de la lune, dont le visage est celui d’une femme, avec une fusée venue se cogner dans l’un de ses yeux. Aujourd’hui, c’est un film plus long et en couleur qui pourra être apprécié par les festivaliers. Une chance unique que propose Cannes de redécouvrir l'un des plus grands films de la préhistoire du cinéma. Un monument historique retapé avec brio et audace.

Cannes 2011 – l’affiche : Lignes de Faye

Posté par benoit, le 10 mai 2011

Les deux mains de la domestique posèrent le plateau du petit déjeuner. Un jus de fruit débarrassé de son sucre, un cocktail de pilules et de gélules dans une bonbonnière en cristal, une tasse avec soucoupe en porcelaine de France où fumait un café à l’arôme amer. Les pieds du plateau s’enfonçaient dans un jeté de lit en soie nué d’ivoire recouvrant une paire de jambes interminables, rompues à l’exercice de la course sur le tapis d’une machine qui trônait au sous-sol, tel un insecte d’acier, dans la salle de sport.

La soie s’arrêtait à la taille d’une finesse liposucée, enveloppée dans une veste de pyjama de satin blanc. Le tissu lâcha d’un coup son éclat à l’ouverture des stores. Le jour californien éclaboussa sans grâce le décolleté où deux seins gonflés, obus de silicone, se dressaient vers un visage sculpté par le botox. Ovale aux pommettes arrogantes entouré de longs cheveux fins d’un blond pâle. Si pâle qu’il se confondait avec la peau farouchement protégée des feux du soleil. L’épiderme diaphane semblait poudré de jour comme de nuit, prêt à toute heure pour réfléchir l’énergie de la lumière.

Des doigts ornés de faux ongles portèrent la tasse de café à la bouche aux muscles paralysés par les injections de toxine botulique. Puis les griffes peintes de nacre saisirent une enveloppe kraft déposée dès l’aube par un coursier. Les mains déchirèrent le pli, en sortirent l’ultime épreuve de l’affiche du 64e Cannes international Film Festival.

Faye Dunaway regarda le résultat avec dureté. Émis un soupir. Pourquoi Jerry a gommé mon corps sur ce cliché ? Putain de robe noire… Sinistre. Le noir du vêtement coulait comme de l’encre et remplissait toute l’affiche. À la fin du festival, j’aurai complètement disparu dans la nuit ! N’était-ce pas déjà le cas quand, chaque année, elle fendait la foule de la Croisette avec son Borsalino et ses verres fumés d’un bleu assorti à la Méditerranée ? Qui me regarde ? Qui me remarque encore à part une poignée de gays ? Les pédales et les actrices : même combat. Passé quarante ans, on dégringole les escaliers quatre à quatre !

Le noir, buvard étrange, absorbait toute son attention. Malgré toute la force et la rage de l’ambition de Faye, le noir s’employait depuis plus de vingt ans à gagner du terrain sur la lumière. Parce que j’ai balancé un pot d'urine à la gueule de Polanski sur le plateau de Chinatown ? Il m’avait traitée de "gigantesque douleur dans le cul" en m’arrachant les cheveux, le nabot ! Et pourquoi on m’emmerde encore aujourd’hui pour avoir accepté ce satané rôle de Mommie Dearest ? Joan Crawford m’aurait comprise, elle. On est de la même trempe !

Faye reconsidéra l’affiche, se dévisagea. Dieu que l’impétuosité les animait autrefois, elle et Jerry. Elle pensa à Schatzberg cacochyme qui allait monter les marches à ses côtés. Aucun mal à briller près de lui… Mais pourquoi avoir effacé mon corps, Jerry ? Par jalousie ? Par exclusivité ? J’étais pourtant toute à toi. Quand les vagues dépressives la submergeaient, elle aimait poser sa tête dans le creux de l’épaule de son amant, respirer l’odeur sécurisante de son aisselle, s’endormir sur l’épaisseur de son torse. Virilisé par l’impétuosité de son talent, Jerry savait l’apaiser comme personne. Le monde du cinéma des seventies avait pour Schatzberg la taille d’une bille, et ses oiseaux de malheur venaient manger dans la main de Dunaway.

Sa vue se brouilla. Les contours de son visage et de ses jambes devinrent flous. Elle se ressaisit car elle possédait toujours ce chien propre aux grandes coriaces d’Hollywood. Je n’aboie pas beaucoup aujourd’hui. Je jappe tout au plus. La preuve, je ne présenterai pas à Cannes une nouveauté, mais un film ancien : Puzzle of a Donwfall Child.

Ses ongles se crispèrent, déchirèrent l’épreuve. Les morceaux atterrirent sans bruit sur la moquette beige épaisse de la chambre. Tête, jambes, jeunesse disloquées. Tracés du 64 en pièces. Fils tronçonnés pour pantin glam’ au corps absent. Lignes de Faye. Dunaway so far away.

Cannes 2011 : de Honoré à Prodigies, ajouts à la sélection officielle

Posté par vincy, le 29 avril 2011

La sélection officielle du Festival de Cannes a procédé à quelques ajouts. Ces nouveaux films enrichissent la variété des genres. Ainsi le film de clôture sera Les Bien-aimés, de Christophe Honoré, qui revient 4 ans après Les chansons d'amour (en compétition). Il est aussi venu à Un certain Regard avec 17 fois Cécile Cassard (2002) et à la Quinzaine avec Ma mère (2004) et Dans Paris (2006). Cela promet une belle montée des marches avec Catherine Deneuve, Ludivine Sagnier, Chiara Mastroiani, Milos Forman, Louis Garrel, Michel Delpech, Paul Schneider et le compositeur Alex Beaupain. Le film nous fera voyager du Prague des années 60 au Paris d'aujourd'hui en passant par le Londres des années 80. Une comédie mélancolique, romanesque et musicale qui permettra sans doute à Catherine Deneuve de remettre un prix lors de la soirée de clôture, aux côtés de Robert De Niro, avec qui elle a partagé une barque dans Les cent et une nuits de Simon Cinéma, d'Agnès Varda en 1995.

Cannes a aussi précisé le contenu de sa nouvelle sélection consacrée à un pays invité. Cette année, l'Egypte. Ce pays qui a aspiré à un profond changement cet hiver en revendiquant son besoin de liberté et son désir de démocratie a toujours été une puissance influente dans la cinéphilie. Sous le regard bienveillant de Youssef Chahine, primé par une Palme du 50e anniversaire en 1997, l'hommage, qui aura le 18 mai avec la projection de 18 jours, oeyvres collectives rassemblant les courts métrages de Sherif Arafa, Yousry Nasrallah, Mariam Abou Ouf, Marwan Hamed, Mohamed Aly, Kamla Abou Zikri, Sherif El Bendari, Khaled Marei, Ahmad Abdallah et de Ahmad Alaa. Dix courts métrages réalisés bénévolement par dix cinéastes, vingt comédiens, six écrivains, huit chefs opérateurs, huit ingénieurs son, cinq décorateurs, trois costumières, sept monteurs, trois sociétés de postproduction et une dizaine de techniciens. 18 jours retrace, sous forme de fiction, la révolution du 25 janvier. "Les recettes de ce film seront consacrées à l’organisation de convois d’éducation politique et civiques dans les villages égyptiens" indique le communiqué du Festival.

Dans la sélection de Cannes Classics, il y aura la projection d’une copie neuve du Facteur (Al Bostagui) de Hussein Kamal (Egypte, 1968) et au cinéma de la plage, on pourra voir Le Cri d’une fourmi de Sameh Abdel Aziz (Egypte, 2011). de plus, un concert de West El Bala fera l’ouverture de la Fête des Sélections qui sera donné le 18 mai dans le cadre de
la Sélection officielle.

Par ailleurs, deux séances spéciales ont été rajoutées : Plus jamais peur de Mourad Ben Cheikh (Tunisie), documentaire inédit relatant la Révolution tunisienne et The Big Fix (Surdose) de Josh Tickell (USA), documentaire produit par Peter Fonda.

Enfin, deux séances scolaires destinées aux lycéens sont prévues : Les Hommes libres de Ismäel Ferrouki avec Michael Lonsdale et Tahar Rahim et Prodigies (La Nuit des enfants rois) d’Antoine Charreyron.

Cannes 2011 : Deneuve, De Niro, Belmondo, Corman, Kubrick et Méliès au menu de Cannes Classics

Posté par kristofy, le 27 avril 2011

La sélection Cannes Classics, créé en 2004, permet au Festival de Cannes de valoriser les films de répertoire retrouvés et des copies restaurées, ainsi que des ressorties en salles ou en DVD des grandes œuvres du passé. Par exemple le célèbre de Georges Méliès Le Voyage dans la lune sera à nouveau visible 109 ans après sa sortie dans une version couleur restaurée avec une bande-son originale du groupe AIR.

Cannes Classics 2011 présentera quatorze films et cinq documentaires, et quelques surprises. Le président du jury Robert De Niro accompagnera une séance de son film Il était une fois le Bronx; il y aura une leçon de cinéma par l'acteur Malcolm McDowell après la présentation du film Orange Mécanique de Stanley Kubrick (voir actualité du 21 mars); Bernardo Bertolucci, qui recevra une Palme d’Or d’honneur (voir actualité du 11 avril), viendra présenter Le Conformiste; Jerry Schatzberg présentera son premier film Portrait d’une enfant déchue avec son actrice Faye Dunaway, icône de l'affiche cannoise de cette édition (voir actualité du 4 avril; Jean-Paul Rappeneau et Catherine Deneuve seront là pour Le Sauvage, comédie adulée par Gilles Jacob; Charlotte Rampling est le sujet du documentaire The Look d’Angelica Maccarone; Roger Corman sera fêté pour Le Monde de Corman: Exploits d’un rebelle hollywoodien; Rue Case-Nègres sera projeté en compagnie de sa réalisatrice Euzhan Palcy à l'occasion de l'Année des Outre-Mer (voir actualité du 6 avril); enfin, Jean-Paul Belmondo recevra un hommage particulier avec la projection d'un documentaire sur l'ensemble de sa carrière (voir actualité du 30 mars).

Classiques à revoir ou raretés à découvrir, de 1902 à 1993, de la Turquie à l'Allemagne, voici la sélection Cannes Classics 2011 :

Films :

Le Voyage dans la lune de Georges Mélies (France, 1902, 16’)
Orange Mécanique de Stanley Kubrick (USA, 1971, 137’)
La Machine à tuer les méchants (La Macchina Ammazzacattivi) de Roberto Rossellini (Italie, 1952, 80’)
Il était une fois le Bronx (A Bronx Tale) de Robert De Niro (USA, 1993, 121’)
Le Conformiste (Il Conformista) de Bernardo Bertolucci (Italie, 1970, 118’)
Rue Cases-Nègres d’Euzhan Palcy (France, 1983, 106’)
Portrait d’une enfant déchue (Puzzle of a Donwfall Child) de Jerry Schatzberg (USA, 1970, 105’)
La Loi de la frontière (Hudutlarin Kanunu) de Lufti O. Akad (Turquie, 1966, 74’)
La Zone de la mort (Niemandsland) de Victor Trivas (Allemagne, 1931, 81’)
Les Enfants du paradis de Marcel Carné (France, 1945, 190’)
Despair de Rainer-Werner Fassbinder (Allemagne, 1978, 115’)
Le Sauvage de Jean-Paul Rappeneau (France, 1975, 106’)
Chronique d’un été de Jean Rouch et Edgar Morin (France, 1960, 91’)
L’Assassin (L’Assassino) d’Elio Petri (Italie, 1961, 100’)


Documentaires :

The Look d’Angelica Maccarone (Allemagne / France, 2011, 95’)
Le Monde de Corman: Exploits d’un rebelle hollywoodien (Corman’s World: Exploits of a Hollywood Rebel d’Alex Stapleton) (USA, 2011, 125’)
Belmondo... Itineraire de Vincent Perrot et Jeff Domenech (France, 2011, 86’)
Kurosawa, la Voie de Catherine Cadou (France, 2011, 52’)
Il était une fois… Orange Mécanique d’Antoine de Gaudemar et Michel Ciment (France, 2011, 52’)

Euzhan Palcy : d’Aimé Césaire à Cannes en passant par le MOMA de New York

Posté par vincy, le 6 avril 2011

Année des Outre-mer en France, 2011 sera l'occasion de faire honneur à la réalisatrice martiniquaise Euzhan Palcy.

Aujourd'hui 6 avril, à l'occasion de l'hommage de la Nation rendu à Aimé Césaire, poète et politicien martiniquais, Euzhan Palcy présentera son film de sept minutes consacré à la vie du grand homme, sacré au Panthéon.

Il s'agit d'un extrait de la trilogie Aimé Césaire, une parole pour le XXIe siècle (1994), qui sortira en DVD le 16 mai, tout comme le coffret de la trilogie Parcours de dissidents (2005, avec la voix de Gérard Depardieu).

Le 14 mai, lors du 64e Festival de Cannes, dans le cadre de la sélection Cannes Classics, elle viendra sur la Croisette pour la projection de son plus grand succès, Rue Cases-Nègres (1983), en présence de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication. Ce film a reçu lors de sa sortie le César du meilleur premier film, le Prix Louis Delluc et plus de 17 prix internationaux, dont le Lion d’Argent et le Prix d’Interprétation Féminine à la Mostra de Venise.

Le 18 mai, à New York, le Musée d'Art moderne de la ville (le MOMA) lancera la première grande rétrospective dédiée à sa carrière. The Euzhan Palcy Retrospective comprendra évidemment Une saison blanche et sèche, avec Marlon Brando.

Un mois plus tard, le 18 juin, aux Invalides (à Paris) et dans les Préfectures du territoire français, l'exposition "Parcours de dissidents" sera lancée. Cette exposition nationale sur la dissidence est basée sur le film du même nom.

Le 20 juin, elle commencera le tournage à Los Angeles de son prochain film, Mahalia Jackson. Il s'agit du biopic autour de la chanteuse de Gospel et de la militante des droits civiques. On fête cette année le centenaire de sa naissance et en 2012 le 40e anniversaire de sa mort. Le rôle est interprété par Fantasia Barrino.

Cannes 2011 : l’affiche (élégante) est dévoilée

Posté par vincy, le 4 avril 2011

Faye Dunaway en égérie du 64e Festival de Cannes, what else? L'actrice américaine en est l'une des plus fidèles, se promenant parfois dans la salle de presse. Cannes, définitivement seventies cette année, a choisi l'actrice de Bonnie & Clyde et de Chinatown pour incarner son édition 2011. Elle sera sur la Croisette pour accompagner la version restaurée de Portrait d'une enfant déchue (Puzzle of a Downfall Child), film de Jerry Schatzberg datant de 1970. Elle en était le premier rôle (et fut nommée aux Golden Globes pour son interprétation).

C'est d'ailleurs une photo prise par Schatzberg qui est l'illustration de cette affiche classe, sophistiquée et élégante. Avant de devenir réalisateur, Schatzberg était photographe. Il a reçu la Palme d'or en 1973 pour L'épouvantail : il a été en compétition à Cannes pour Panique à Needle Park, Vol à la tire, L'ami retrouvé et hors compétition avec Show Bus. Il fut membre du jury en 2004.

Faye Dunaway a reçu l'Oscar de la meilleure actrice pour Network (1976). Elle est venue quatre fois à Cannes pour défendre un film : en 1987 avec Barfly et en 2000 avec The Yards (tous deux en compétition) et en 1971 avec La maison sous les arbres et en 1983 avec The Wicked Lady (hors compétition).

Toscan : un portrait plus proche du requiem que de l’opéra

Posté par vincy, le 29 novembre 2010

L'histoire : Daniel Toscan du Plantier. Producteur infatigable, notamment de Fellini, Pialat, Antonioni, Scola, Wajda, Deville, auteur de quatre livres, chroniqueur, directeur d’une maison de disques et d’une maison d’édition, président d’Unifrance… Impossible de réduire Daniel Toscan du Plantier à une fonction ou à son image médiatique. A sa disparition, quarante ans de vie par et pour le cinéma et l’opéra s’envolent.  Sous des dehors de baladin flamboyant qui célébrait l’art et la vie comme une fête, l’homme rayonnait par son esprit et son talent pour transmettre sa passion à chacun. En reconstituant à partir de plusieurs centaines d’interviews réalisées sur près de 30 ans le puzzle de cette pensée si fidèle à elle-même, ce documentaire souhaite souligner combien la conviction et l’enthousiasme de Daniel Toscan du Plantier restent décidément indispensables.

Notre avis : Manque-t-il vraiment ? Peu importe : Daniel Toscan du Plantier était une particule noble du cinéma français. Bien sûr, des films se produisent toujours, sans lui. Le cinéma français se promeut toujours à l’étranger, sans lui. La musique classique s’écoute toujours, sans lui. Mais, à l’instar de Claude Berri, il était une sorte d’ambassadeur incontournable, représentatif de toute une époque, un défenseur d’une cinéphilie exigeante, qui elle risque de disparaître.

En voyant le documentaire d’Isabelle Partiot-Pieri, on est touché par la passion, la sensibilité, la détermination, l’engagement de ce Seigneur. Un de ces nababs, aux allures de Dandy, qui ont forgé l’idée qu’un cinéma pouvait être audacieux, que le métier était avant tout un risque, que les Rois étaient les artistes. C’est sans doute cela qui a disparu : une forme d’ambition, une volonté de se protéger, une industrialisation des méthodes. Bien sûr, on imagine bien que l’Homme, qui a toujours été patron de quelque chose, n’était pas un tendre. Il avait aussi quelques fêlures mal cicatrisées, et un attachement sans doute trop subjectif au cinéma, pour ne pas être exposé aux critiques, et même aux jalousies. Fin politique, à la fois affable pour séduire et hargneux pour défendre ses intérêts, il a su se rendre indispensable. Se stariser même. L’ego n’est jamais loin des opportunités.

Mais reconnaissons qu’en domptant un Pialat, produisant Fellini et Wajda et tant d’autres, en alliant l’opéra au cinéma, il fait momentanément taire quelques points de vue discordant sur cette vanité affichée, cette puissance désirée, et même son goût pour le champagne et les paillettes.

Le documentaire ne prend aucun point de vue. Nous sommes dans un portrait, plutôt laudateur, avec de nombreuses interviews du défunt. Visuellement, le film aurait pu aller au-delà de cette image si télévisuelle.  Quelque part, avec cette dimension cinématographique oubliée, il enterre définitivement un homme qui n’aimait que les choses en grand, comme un écran de cinéma, plus grand que la vie, aussi grand que lui.

Cannes 2010 : la sélection « classe » de Cannes Classics

Posté par vincy, le 27 avril 2010

Copies restaurées, films légendaires de la Croisette, cinéastes injustement oubliés, Cannes Classics présente cette année des grands films, tous genres confondus, mais aussi des portraits de grands noms du cinéma.

- Le Baiser de la femme-araignée (Etats-Unis / Brésil, 120’) d’Hector Babenco, (Prix d’interprétation masculine – Cannes – 1985). Copie restaurées, en présence de l’équipe du film à l’occasion de son 25e anniversaire. Le film prochainement ressort en France (Carlotta Films).

- Tristana (Espagne/France/Italie, 99’ 1970) de Luis Buñuel, sélectionné à Cannes en 1970, sera projeté dans le cadre d’une célébration du cinéma espagnol. Le film sera présenté par Pedro Almodovar.

- La Bataille du Rail (France, 1946, 82’) de René Clément, Prix du Jury en 1946, restaurée par l’INA et Full Images, sera projetée en présence de Mme. Johanna Clément.

- La campagne de Cicéron (France, 111’, 1989) de Jacques Davila, décédé en 1991 en présence de l’équipe du film, reconstituée pour l’occasion. Le film ressort en DVD chez Carlotta.

- Le grand amour (France, 87’), en compétition à Cannes en 1969, réalisé et présenté par Pierre Etaix.

- Psychose (Etats-Unis, 109’, 1960) d’Alfred Hitchcock. Copie restaurée par Universal Pictures et Audionamix. A noter que le film fait l’objet d’une restauration/reconstruction de la bande-son.

- African Queen (Etats-Unis / Royaume-Uni, 105’, 1951) de John Huston. Copie restaurée, parrainée par Angelica Huston.

- Au petit bonheur (France, 102’, 1946) de Marcel L’Herbier. Copie restaurée.

- Boudu sauvé des eaux (France, 85’, 1932) de Jean Renoir, une restauration présentée par Pathé dans une version inédite qui réintègre une scène coupée à l’époque. Copie restaurée par la Cinémathèque de Bologne.

- Le Tambour (Allemagne, 140’) de Volker Schlöndorff, Palme d’Or en 1979, restaurée et remontée par Kinowelt dans une « director’s cut » présentée par l’auteur.

- La 317e section (France, 94’), Prix du Scénario en 1965, copie restauré, en présence de son réalisateur Pierre Schoendoerffer et du
Président de la Cinémathèque Costa-Gavras.

- Les Ruines (Inde, 102’) réalisé en 1983 par Mrinal Sen, doyen du cinéma indien qui sera présent à la projection.

- Le Guépard (Italie, 185’, 1963) de Luchino Visconti, Palme d’Or en 1963. Restauré en association avec la Cinémathèque de Bologne

La World Cinema Foundation, fondée à Cannes par Martin Scorsese en 2007, présente : La Flute de roseau d’Ermek Shinarbaev, (Kazakhstan, 96’, 1989), Deux filles dans la rue d’André de Toth (Hongrie, 85’, 1939,) et Une rivière nommé Titash de Ritwik Ghatak (Inde, 158’, 1973). Les copies ont été restaurées par la Cinémathèque de Bologne / l’Immagine Ritrovata.

Côté documentaires, on appréciera Hollywood Don't Surf (Etats-Unis, 2010, 85’) de Greg MacGillivray, avec des témoignages, entre autres, de John Milius et de Steven Spielberg ; Cameraman : The Life and Work of John Cardiff (Royaume-Uni, 2010, 90’) de Craig McCall ; ... Mais le cinéma reste ma maîtresse (Suède, 2010, 66’) de Stig Bjorkman, edeuxième volet d’images inédites de - et par - Bergman, document produit par l’Ingmar Bergman Foundation. Et Toscan d’Isabelle Partiot-Pieri (France, 2010, 90’) brillant « autoportrait
posthume » de Daniel Toscan du Plantier, producteur français, disparu en 2003.

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(avec communiqué de presse du festival de Cannes)