Cannes 2018 : Cannes en orbite avec « 2001 l’odyssée de l’espace »

Posté par kristofy, le 12 mai 2018

Puisque cette 71e édition nous emmène dans les étoiles avec l’avant-première mondiale de Solo: A Star Wars Story, nouvel épisode de l'univers étendu de la saga Star Wars, présenté hors compétition, et la projection de 2001, l'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick dans une nouvelle copie 70 mm restaurée (sans modification numérique de l'oeuvre de 1968) à Cannes Classics, profitons-en pour un petit tour d’horizon des « Space opéras » qui ont eu les honneurs de la sélection officielle.

Cannes ce n'est à priori pas le lieu où on s'imagine voir un film de vaisseau spatial et de bataille intergalactique, et pourtant certains gros films de science-fiction ont bel et bien décollé depuis la croisette. Retour sur le plus énigmatique d'entre eux, qui aura cette année pour la première fois les honneur d'une sélection cannoise.

La séance spéciale du 2001 l'odyssée de l'espace de Stanley Kubrick au Festival de Cannes est un évènement : ça sera la première fois que des spectateurs vont découvrir sur grand écran ce film en se rapprochant le plus des émotions ressenties par son premier public en 1968, il y a 50 ans.

La projection est présentée par Christopher Nolan qui s'est appliqué avec Warner à organiser une nouvelle sortie de ce film tel que lui-même l'avait vu enfant : sur pellicule et en format 70mm. Nolan est un ardent défenseur des projections en pellicule dans ce format particulier, et certaines salles de cinéma se sont d'ailleurs équipées spécialement pour ça, faire venir les spectateurs pour son Dunquerque en 70mm (mais aussi pour Les huit salopards en 70mm de Tarantino). 2001 l'odyssée de l'espace va sortir de nouveau au cinéma dans ces salles. Pour son 50e anniversaire, le film a été restauré d'une manière unique, sans aucune amélioration digitale comme par exemple le 4K, mais à partir des négatifs photochimiques originaux.

Gilles Jacob, la tête historique du Festival de Cannes, avait regretté qu'aucun film de Stanley Kubrick n'ait pu y être sélectionné ("Ne pas avoir eu Stanley Kubrick à Cannes, c'est douloureux" déclarait-il à L'Express en 2012). Peu après la mort du cinéaste, il s'en était longuement ouvert à la presse : « Je l'avais interviewé pour Les sentiers de la gloire, à la fin des années 50. S' agissant d'un film alors interdit en France, il m'avait tenu un discours qu'on qualifierait aujourd'hui d'européen. Il m'avait remis des photos de tournage d'une beauté frappante et d'un format ­ extrêmement incommode qu'il avait déterminé lui-même. Sa richesse créatrice exceptionnelle lui avait permis peu à peu de conquérir une indépendance absolue vis-à-vis des studios hollywoodiens..."

"Pour Cannes, il y a deux raisons à cela : le fait que Kubrick ne voyageait pas, et la véritable raison est que les films que faisait Kubrick ­trop rarement étaient de grands films internationaux et que leur sortie était presque toujours programmée pour la fin d'année aux Etats-Unis et en Europe, au moment des Oscars. C'est en partie pourquoi le Festival, à une certaine époque, a même pensé changer ses dates. J'aurais aussi adoré avoir Kubrick comme président du jury. D'évidence, il ne serait pas venu : nous avions donc étudié de lui faire envoyer les films dans sa salle de projection et je suis sûr qu'il aurait aimé, lui qui se tenait au courant du travail de ses confrères, mener par satellite les délibérations avec ses collègues du jury restés à Cannes. Et naturellement nous aurions prévu cet événement pour 2001... Maintenant qu'il a disparu et que la chose ne peut plus se réaliser, je vous laisse le soin de deviner si ce projet a été élaboré dans le détail ou si je l'ai seulement rêvé... ».

Il faut se souvenir à quel point 2001 l'odyssée de l'espace était novateur au moment de sa sortie en 1968. C'était vraiment un film de science-fiction dans le sens de la définition même du genre : des fictions reposant sur des progrès scientifiques et techniques obtenus dans un futur plus ou moins lointain, ou physiquement impossibles du moins en l'état actuel de nos connaissances.

Voici 5 dates pour mesurer l'ambition visionnaire du film :

-1964 : Stanley Kubrick demande au romancier Arthur C. Clarke de travailler avec lui sur une histoire de science-fiction. Kubrick veut surtout extrapoler sa nouvelle titrée La Sentinelle (écrite en 1948) avec un objet extraterrestre sur la Lune (qui sera dans le film le monolithe noir).
-1965 : La société de production MGM donne son feu vert pour un nouveau film de Stanley Kubrick au-delà des étoiles. Quelques mois plus tard, il y aura les premiers astronautes dans l'espace juste au-dessus de la Terre (d'abord au printemps le Russe Alexei A. Leonov, puis l'été l'Américain Ed White), et aussi les premières photographies de la planète Mars (dans le film le vaisseau se dirige vers Jupiter).
- 1966 : Tournage du film. Pour le décor, on construit une immense roue de 12 mètres de diamètre qui tourne à la vitesse de 5 km/h (séquence emblématique). En juin un vaisseau non-habité se pose sur la Lune (dans le film en 1999 plusieurs équipes de scientifiques vivent dans une base sur la Lune).
- 1967 : Post-production des effets-spéciaux, cela représente plus de la moitié du budget du film (en particulier les séquences du vaisseau dans l'espace, sans les acteurs à l'image).
- 1968 : En avril, c'est enfin les premières projections du film. Cette sortie dans les salles arrive avec 16 mois de retard par rapport au planning envisagé par la MGM (qui avait prévu décembre 1966), et un budget initial presque doublé. Le film sortira en France en septembre. En décembre, une fusée transporte un homme un orbite autour de la Lune.
- 1969 : Cérémonie des Oscars, Stanley Kubrick est nominé comme meilleur réalisateur mais c'est Oliver Reed qui gagne la statuette (pour sa comédie musicale Oliver!, aussi Oscar du meilleur film). 2001 l'odyssée de l'espace a 4 nominations (dont réalisation, scénario, direction artistique) et gagne juste l'Oscar des meilleurs effets-spéciaux. Le 20 juillet 1969 : jour historique des premiers pas de l'Homme sur la Lune.

L'interprétation de la fin de 2001 l'odyssée de l'espace provoque toujours des débats, il y a presque autant d'interprétations (pessimistes, optimistes, ésotériques...) que de spectateurs depuis 1968. Sur ce thème d'une certaine évolution de l'Humanité avec un cycle de mort et d'éventuelle renaissance différente, il n'y a d'ailleurs eu depuis que peu de films visant une approche sensorielle différente et perturbante : Enter the void de Gaspar Noé (à Cannes en 2009), Mother! de Darren Aronofsky (à Venise en 2017), Human, Space, Time and Human de Kim Ki-duk (à Berlin en 2018).

Le récit de 2001 l'odyssée de l'espace se déroule en 3 parties distinctes : 'l’aube de l’humanité', 'mission Jupiter' et 'au-delà de l’infini', comme une manière de s'interroger à propos de ces 3 questions existentielles : d’où venons-nous ?, qui sommes-nous ?, où allons-nous ? Etes-vous prêt pour une nouvelle odyssée avec Stanley Kubrick ?

Cannes 2018 : Cannes en orbite avec « Ikarie XB1″

Posté par MpM, le 8 mai 2018

Puisque cette 71e édition nous emmène dans les étoiles avec l’avant-première mondiale de Solo: A Star Wars Story, nouvel épisode de l'univers étendu de la saga Star Wars, présenté hors compétition, et la projection de 2001, l'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick dans une nouvelle copie 70 mm restaurée (sans modification numérique de l'oeuvre de 1968) à Cannes Classics, profitons-en pour un petit tour d’horizon des « Space opéras » qui ont eu les honneurs de la sélection officielle.

Cannes ce n'est à priori pas le lieu où on s'imagine voir un film de vaisseau spatial et de bataille intergalactique, et pourtant certains gros films de science-fiction ont bel et bien décollé depuis la croisette. Retour sur un film longtemps invisible en France, redécouvert à l'occasion de sa sélection à Cannes Classics 2016.

Ikarie xb1 est un film tchèque réalisé par Jindrich Polak en 1963 et considéré par beaucoup comme l’une des sources d’inspiration majeure de Stanley Kubrik pour 2001 l'Odyssée de l’espace (similitude dans les couloirs hexagonaux à l'intérieur du vaisseau, mêmes combinaisons spatiales et propension identique à la géométrie des décors).

En 2163, un équipage d’une quarantaine de personnes met le cap vers Alpha du Centaure (le système planétaire et stellaire le plus proche du nôtre) dans le but de rechercher d’autres formes de vie. L’existence à bord s’organise de manière assez banale, entre repas en commun, bavardages, entraînements sportifs et même une mémorable soirée d’anniversaire pendant laquelle l’alcool coule à flots. Plusieurs incidents viennent malgré tout ponctuer le voyage, comme la découverte d’un vaisseau à la dérive, et la présence inquiétante d’un mystérieux astre.

Tous les archétypes du genre sont ainsi présents, quoique dans un mode minimaliste et une forme d’épure qui est la signature du film. Adapté du roman The Magellanic Cloud de Stanislaw Lem (celui-même à qui l'on doit Solaris), le film propose en effet un voyage intersidéral à la fois dépouillé (le spectateur partage la langueur des personnages, et leur désir qu'il se passe quelque chose) et captivant, puisqu'il emporte son équipage vers une véritable terre inconnue. Jindrich Polak excelle ainsi à faire monter la tension tout en filmant de manière quasi documentaire chaque petit détail du quotidien, notamment les rations alimentaires et les sessions d'entraînement.

On notera également le contexte ultra-humaniste de la mission dont le seul motif est la recherche désintéressée et universaliste d’autres formes de vie dans la galaxie. Mais ce qui frappe peut-être le plus, c'est le pacifisme et la tonalité métaphysique assumée du récit. Une fois encore, le cinéma de genre, et plus particulièrement de science fiction, est parfait pour parler à demi-mot des préoccupations de l’époque, et notamment fustiger les hommes mauvais (certes américains) qui ont tué leur propre équipage dans l'espoir d'assurer leur survie ! L'air de rien, Ikarie XB1 ne cesse de remettre l’Humanité fondée sur le bien (c'est-à-dire unissant tous les hommes de bonne volonté, quels qu'ils soient) au centre de tout.

Pas forcément évident, quand on sait que le film était à l'origine pensé comme un outil de propagande destiné à entériner la suprématie spatiale soviétique face aux Etats-Unis, le tout en pleine guerre froide. C'est d'ailleurs pour cette raison que le film avait bénéficié d'un budget énorme pour l'époque : 6 millions de couronnes, soit trois fois plus que le budget moyen en Tchécoslovaquie dans les années 60.

Présenté au Festival de Trieste en 1963, Ikarie XB1 remporte le Grand Prix ex-aequo avec La Jetée de Chris Marker, mais ne reçoit pas l'accueil escompté dans son propre pays. La reconnaissance est malgré tout venue avec le temps, la principale revue de science-fiction tchèque ayant par exemple été baptisée XB-1 en son honneur.

En France, on découvre le film à la télévision, avant qu'il ne soit remplacé par une version "américanisée" (amputée de dix minutes, doublée en anglais, avec une fin différente). C'est la ressortie en avril 2017, dans une version restaurée, qui ravive le film dans les mémoires cinéphiles (à noter qu'il est également disponible en DVD). Une réhabilitation bienvenue pour une oeuvre intrigante qui, loin d'être un simple objet suranné, exerce sur nous la même fascination que toute épopée spatiale nous emmenant aux confins des étoiles. Avec, en prime, une fin ouverte qui est une ode à l'espoir.

Cannes 2018: Hommage à Marin Karmitz

Posté par vincy, le 5 mai 2018

"A l’occasion du dîner des professionnels de l’industrie cinématographique mondiale organisé par le Festival de Cannes le vendredi 11 mai, un hommage sera rendu à Marin Karmitz pour l’ensemble de son œuvre en faveur du cinéma d’auteur et alors que son film Coup pour coup (1972) sera projeté dans le cadre de Cannes Classics le même jour" annonce le Festival dans un communiqué à trois jours de l'ouverture de la manifestation.
Marin Karmitz sera présent salle Buñuel le vendredi 11 mai à 14h30 et rencontrera le public à l’issue de la projection de son film.

Auteur, réalisateur, producteur, distributeur, exploitant (et militant), "Marin Karmitz a produit plus d’une centaine de films, en a distribué près de 400, a réuni un catalogue de droits de plus de 600 films, créant également et développant un réseau de cinéma de 12 salles et 68 écrans à Paris et désormais de 10 salles et 128 écrans en Espagne" rappelle le Festival à propos du fondateur de MK2.

C'est aussi une manière de faire un lien avec les commémorations de Mai 68. Après avoir crée mk2 productions en 1967, il devient membre du mouvement maoïste la Gauche prolétarienne (et réalisera trois films engagés: Sept jours ailleurs (1969), Camarades (1970) et Coup pour coup (1972)), revendiquant un "cinéma de lutte".

Coup pour Coup, une chronique d'une usine textile en grève jouée par des ouvrières, avait été alors refusé par les distributeurs, poussant Marin Karmitz à fonder son propre réseau: "Je revendique plus que jamais Mai 68, et j'ai d'ailleurs construit mon entreprise comme un militant".

Pierre Lescure, Président du Festival de Cannes précise: "En cette année-anniversaire de Mai 68 dont il est l’un des héritiers, c’est Marin Karmitz que nous souhaitons honorer et dont nous voulons saluer l’œuvre, l’engagement et l’inlassable défense du cinéma d’auteur."

Karmitz préfère se définir ainsi: "Je ne suis pas un producteur de cinéma, mais un éditeur et un marchand de films."

L'homme de cinéma s'est tourné vers la création contemporaine et la photographie. Il a toujours été transdisciplinaire, dès ses débuts avec Nuit Noire Calcutta (1964), d’après un scénario de Marguerite Duras, et Comédie (1966), adapté d’une pièce de Samuel Becket

Marin Karmitz a travaillé avec quelques-uns des plus grands metteurs en scène de l’histoire du cinéma contemporain : Jean-Luc Godard, Alain Resnais, Claude Chabrol, Louis Malle, Krzysztof Kieslowski, Paolo et Vittorio Taviani, Pavel Lounguine, Theo Angelopoulos, Gus Van Sant, Jacques Doillon, Hong Sang-soo, Michael Haneke, Olivier Assayas, Xavier Dolan et Abbas Kiarostami qu’il a accompagné jusqu’au bout.

Au Festival de Cannes, Marin Karmitz a obtenu une quarantaine de prix dont trois Palmes d’or, il a également obtenu trois Lions d’or à Venise, un Ours d’or à Berlin, trois nominations aux Oscars et vingt-cinq César.

Décès du cinéaste sri-lankais Lester James Peries (1919-2018)

Posté par vincy, le 30 avril 2018

C'est un "trésor national" qui s'en va. Le cinéaste Lester James Peries, membre du jury du Festival de Cannes en 1992, était une véritable légende au Sri-Lanka, pionnier du 7e art dans son île, puis maître reconnu internationalement avant de devenir un vénérable vétéran faisant figure de symbole du cinéma de son pays.

Mort le 29 avril 2018, il avait 99 ans. Il a début comme journaliste, chroniqueur littéraire et critique de cinéma avant de travailler comme assistant-réalisateur pour le Government Film Unit, puis de réaliser plusieurs courts métrages entre 1949 et 1955.

Il signe son premier long métrage, La ligne du destin, en 1956. Et sera en compétition à Cannes l'année suivante. Ce film est symbolique car il se détache de plusieurs conventions de l’époque : il n'y a pas vraiment de séquences musicales (l'ingrédient qui attirait le public), et la (lourde) caméra était portée à l’extérieur d’un studio (simultanément à la Nouvelle Vague en France).

Il revient sur la Croisette en 2003, hors-compétition, avec Le domaine, qui sera le premier film sri-lankais soumis à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, puis en 2008 à Cannes Classics, avec Changement au Village, son film réalisé en 1963. Ce film, comme Madol Duwa (1976), Kaliyugaya (1981) et Yagunthaya (1983), sont des adaptation des romans de Martin Wickramasinghe.

Le trésor (1972) a aussi été récompensé par les critiques à Venise et choisi comme film célébrant les 50 ans du cinéma sri-lankais au Festival de Londres.

Entre documentaires et fictions, Lester James Peries, n'a réalisé que 18 films en 50 ans, souffrant d'un manque de financement pour ses projets et de nombreux échecs commerciaux. Il tenta même l'avaneture de deux coproductions intérenationales (The God King et Village in the Jungle). Son cinéma aussi gracieux que littéraire, était non seulement reconnu à l'étranger mais comparé à des cinéastes comme Ray ou Ozu. Il privilégiait le microcosme familial aux sujets politiques et sociaux, l'élégance à la critique, une forme de romantisme et d'amertume aux mélos sirupeux tant appréciés dans son pays.

Son cinéma, humaniste et presque naïf, contrastait avec les productions locales. Sa délicatesse fut souvent plus respectée en France qu'à Ceylan.

Cannes 2018: Bergman, Besson, Chahine, Hitchcock, Kubrick, Ozu, Rappeneau, Varda et Wilder à Cannes Classics

Posté par vincy, le 23 avril 2018

Des femmes, des cinéastes de légendes, des films qui célèbrent leurs anniversaires: Cannes Classics mettra en lumière toutes les facettes du 7e art.

Alice Guy et Jane Fonda

Be Natural: The Untold Story of Alice Guy-Blaché (Soyez naturel : L’histoire inédite d’Alice Guy-Blaché) de Pamela B. Green (2018, 2h, États-Unis)
Alice Guy est la première femme réalisatrice, productrice et directrice de studio de l’histoire du cinéma. En présence de la réalisatrice Pamela B. Green.

Jane Fonda in Five Acts de Susan Lacy (2018, 2h13, États-Unis)
En présence de Susan Lacy et de Jane Fonda.

Les 50 ans de 2001 : l’odyssée de l’espace

2001: A Space Odyssey (2001 : l’odyssée de l’espace) de Stanley Kubrick (1968, 2h44, Royaume-Uni, États-Unis)
Une Copie 70mm tirée à partir d’éléments du négatif original. Présenté par le réalisateur Christopher Nolan, le film sera projeté en salle Debussy, avec entracte de 15mn, dans l’exacte reproduction de l’expérience vécue par les spectateurs lors de la sortie du film au printemps 1968. En présence également de la fille de Stanley Kubrick, Katharina Kubrick, et de son coproducteur Jan Harlan.

Orson Welles

The Eyes of Orson Welles (Les Yeux d’Orson Welles) de Mark Cousins (2018, 1h55, Royaume-Uni)
En présence du réalisateur Mark Cousins.

Centenaire Ingmar Bergman

Searching for Ingmar Bergman (À la recherche d’Ingmar Bergman) de Margarethe von Trotta (2018, 1h39, Allemagne, France)
En présence de Margarethe von Trotta.

Bergman — ett ar, ett liv (Bergman – A Year in a Life) de Jane Magnusson (2018, 1h56, Suède)
En présence de Jane Magnusson.

Det sjunde inseglet (Le Septième Sceau / The Seventh Seal) d’Ingmar Bergman (1957, 1h36, Suède)
Numérisation et restauration 4K à partir du négatif original et du mixage final sur bande magnétique.

Cannes Classics

Battement de cœur (Beating Heart) d’Henri Decoin (1939, 1h37, France)
Restauration 2K

Enamorada d’Emilio Fernández (1946, 1h39, Mexique)
Présenté par Martin Scorsese.

Ladri di biciclette (Le Voleur de bicyclette / Bicycle Thieves) de Vittorio De Sica (1948, 1h29, Italie)
Version restaurée pour les 70 ans du film.

Tôkyô monogatari (Voyage à Tokyo / Tokyo Story) de Yasujiro Ozu (1953, 2h15, Japon)
Restauration numérique 4K.

Vertigo (Sueurs froides) d’Alfred Hitchcock (1958, 2h08, États-Unis)
Restauration numérique 4K à partir du négatif VistaVision pour les 60 ans du film. Projeté au Cinéma de la Plage.

The Apartment (La Garçonnière) de Billy Wilder (1960, 2h05, États-Unis)
Restauration numérique 4K à partir du négatif original caméra.

Démanty noci (Les Diamants de la nuit / Diamonds of the Night) de Jan N?mec (1964, 1h08, République tchèque)

Voyna i mir. Film I. Andrei Bolkonsky (Guerre et paix. Film I. Andrei Bolkonsky / War and Peace. Film I. Andrei Bolkonsky) de Sergey Bondarchuk (1965, 2h27, Russie)
Restauration numérique image par image de l’image et du son à partir d’un scan 2K.

La Religieuse (The Nun) de Jacques Rivette (1965, 2h15, France)
Une Restauration 4K d’après le négatif image original. Restauration son à partir du négatif son (seul élément conforme).

Cetri balti krekli (Quatre Chemises blanches / Four White Shirts) de Rolands Kalnins (1967, 1h20, Lettonie)
Scan 4K et restauration numérique 3K à partir de l’internégatif original 35mm et d’un marron afin d’obtenir un master 2K. En présence du réalisateur Rolands Kalnins.

La Hora de los hornos (L’Heure des brasiers / The Hour of the Furnaces) de Fernando Solanas (1968, 1h25, Argentine)
Restauration 4K à partir des négatifs originaux pour les 50 ans du film. En présence de Fernando Solanas.

Le Spécialiste (Gli specialisti / Specialists) de Sergio Corbucci (1969, 1h45, France, Italie, Allemagne)
Version intégrale inédite restaurée en 4K à partir du négatif image original Technicolor - Techniscope et des magnétiques français et italien. Projeté au Cinéma de la Plage.

João a faca e o rio (João et le couteau / João and the Knife) de George Sluizer (1971, 1h30, Pays-Bas)
Restauration 4K à partir du négatif caméra Techniscope 35mm filmé par Jan de Bont.

Coup pour coup (Blow for Blow) de Marin Karmitz (1972, 1h30, France)
Restauration à partir du négatif original en 2K. En présence de Marin Karmitz.

L'une chante, l'autre pas (One Sings the Other Doesn't) d'Agnès Varda (1977, 2h, France)
Numérisation en 2k à partir du négatif original et restauration. Projeté au Cinéma de la Plage. En présence d’Agnès Varda.

Grease de Randal Kleiser (1978, 1h50, États-Unis)
Restauration numérique 4K à partir du négatif caméra original pour les 40 ans du film. Projeté au Cinéma de la Plage. En présence de John Travolta.

Fad,jal (Grand-père, raconte-nous) de Safi Faye (1979, 1h52, Sénégal, France)
Restauration numérique effectuée à partir de la numérisation en 2K des négatifs 16mm. En présence de Safi Faye.

Cinq et la peau (Five and the Skin) de Pierre Rissient (1981, 1h35, France, Philippines)
Restauration 4K à partir du négatif image original et du magnétique français. En présence de Pierre Rissient.

A Ilha dos Amores (L’Île des amours / The Island of Love) de Paulo Rocha (1982, 2h49, Portugal, Japon)
Scan wet gate 4K de deux interpositifs 35mm image et son.

Out of Rosenheim (Bagdad Café) de Percy Adlon (1987, 1h44, Allemagne)
Numérisation et restauration 4K. Projeté au Cinéma de la Plage. En présence de Percy Adlon.

Le Grand Bleu (The Big Blue) de Luc Besson (1988, 2h18, France, États-Unis, Italie)
Restauration 2K. Séance organisée à l’occasion des trente ans de la projection du film en ouverture du Festival de Cannes 1988. Projeté au Cinéma de la Plage.

Driving Miss Daisy (Miss Daisy et son chauffeur) de Bruce Beresford (1989, 1h40, États-Unis)
Restauration 4K à partir des négatifs 35mm originaux image et son.

Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau (1990, 2h15, France)
Numérisation supervisée par Jean-Paul Rappeneau à partir du négatif original et restauration 4K. En présence de Jean-Paul Rappeneau.

Hyènes (Hyenas) de Djibril Diop Mambéty (1992, 1h50, Sénégal, France, Suisse)
Restauration numérique effectuée à partir de la numérisation en 2K des négatifs 35mm.

El Massir (Le Destin / Destiny) de Youssef Chahine (1997, 2h15, Égypte, France)
En avant-première de la rétrospective intégrale à la Cinémathèque française en octobre 2018. Restauration en 4K . Projeté au Cinéma de la Plage.

Cannes 2018: 2001 l’Odyssée de l’espace en 70mm et Christopher Nolan en master-class

Posté par vincy, le 28 mars 2018

Cannes Classics célèbrera le 50e anniversaire de 2001 : L’Odyssée de l’espace, le chef d'œuvre SF de Stanley Kubrick. Avec en guest-star Christopher Nolan pour présenter en avant-première mondiale "une copie neuve 70mm conforme à l’originale du chef-d’œuvre de Stanley Kubrick sorti en 1968" annonce le festival de Cannes.

La projection aura lieu le samedi 12 mai 2018. "Des membres de la famille de Stanley Kubrick assisteront également à la projection": sa fille, Katharina Kubrick et son coproducteur de longue date et beau-frère, Jan Harlan.

Pour sa première présence sur la Croisette, Christopher Nolan participera également à une master-class le dimanche 13 mai 2018, au cours de laquelle il évoquera sa filmographie et partagera sa passion pour l’œuvre singulière de Stanley Kubrick. "Un de mes premiers souvenirs de cinéma est d’être allé avec mon père voir 2001 : L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, en 70mm, au cinéma de Leicester Square à Londres. L’opportunité de participer à la recréation de cette expérience pour une nouvelle génération de spectateurs et de présenter au Festival de Cannes notre nouvelle copie 70mm non restaurée du chef-d’œuvre de Kubrick, dans toute sa splendeur analogique, est un honneur et un privilège" a confié le réalisateur de Interception et Dunkerque.

Le Festival indique que "pour la première fois depuis sa sortie initiale, une copie 70mm neuve a été tirée à partir d’éléments du négatif original. Il s’agit d’une recréation photochimique fidèle, sans retouche numérique, effet remasterisé ou modification de montage."

C’est donc bien la version originale qui sera projetée, "afin de recréer l’expérience cinématographique qu’ont vécue les premiers spectateurs du film il y a 50 ans."  Admirateur de tout temps du génie cinématographique de Kubrick, Christopher Nolan a travaillé en étroite collaboration avec les équipes de Warner Bros. sur le processus de re-masterisation.

Œuvre culte, 2001 : L’Odyssée de l’espace ressortira en salles aux États-Unis, en 70mm également, le 18 mai 2018.

Christiane Kubrick s'est déclarée "très heureuse que Cannes ait choisi de célébrer" le film. "Si Stanley était toujours parmi nous aujourd’hui, il est certain qu’il serait très admiratif des films de Christopher Nolan. C’est pourquoi, au nom de toute la famille de Stanley, je voudrais remercier personnellement Christopher d’avoir accepté de présenter cette projection très spéciale" ajoute-t-elle.

Pour Thierry Frémaux, directeur du festival, "Stanley Kubrick en Sélection officielle, c'est une grande fierté pour le Festival de Cannes". La présence de Nolan "crée un lien précieux entre le passé et le présent sans lequel le cinéma n'aurait pas d'histoire. Nous nous réjouissons d'avance de cette projection unique en 70mm qui prouvera, s'il en était besoin, que le cinéma a bel et bien été inventé pour le GRAND écran" affirme-t-il dans le communiqué. Stanley Kubrick n'a jamais été en compétition ou hors-compétition au Festival. En 2011, toujours à Cannes Classics, Orange Mécanique avait été sélectionné pour ses 40 ans.

En France, 2001 avait remporté un beau succès avec 3,4 millions de spectateurs lors de sa sortir. Le film avait remporté l'Oscar des meilleurs effets spéciaux et valu à Kubrick deux nominations (réalisation, scénario original).

Cannes 70 : le patrimoine sur la Croisette, entretien avec Gérald Duchaussoy de Cannes Classics

Posté par cannes70, le 10 mai 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-8. Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .


Depuis 2014, Gérald Duchaussoy épaule Thierry Frémaux (ci-dessus avec Bertrand Tavernier lors de la présentation de Voyage dans le cinéma français) au sein de Cannes Classics. Après avoir travaillé au service de presse du Festival de Cannes de 2002 à 2013, il a participé à la création du Marché du film classique du Festival Lumière à Lyon. À Cannes Classics, son travail consiste notamment à gérer la préparation de la section, à coordonner les questions administratives, relationnelles et techniques. Il s'occupe de la rédaction du programme, de la grille des projections, de l'accueil des équipes de films et d'accompagner au mieux les projections de cette section officielle qui réjouit de plus en plus les cinéphiles de la Croisette.

Pouvez nous présenter Cannes Classics ?

Cannes Classics a été crée en 2004 par Thierry Frémaux, le délégué général du Festival de Cannes, qui, fort de son expérience à l'Institut Lumière, a souhaité faire évoluer quelque chose qui existait déjà auparavant : une section dédiée aux rétrospectives, imaginée par Gilles Jacob et dont les projections avaient lieu à la Licorne. C'est devenu une sélection dédiée aux copies restaurées de classiques du cinéma, accompagnée d'hommages à des artistes et à des cinémathèques, avec une ou plusieurs leçon(s) de cinéma. Grâce à la croissance du nombre de restaurations aujourd'hui, les propositions de pièces rares, de découvertes ou redécouvertes d'œuvres majeures à une certaine époque et plus ou moins perdues de vue ensuite, augmentent nettement.

Vous constatez une émulation entre les festivals de cinéma autour du cinéma de patrimoine ? Vous communiquez entre vous ?

Aujourd'hui, les grands festivals ont tous une section rétrospective, souvent assez conséquente. Venise a créé Venise Classics et Berlin présent aussi quelques films restaurés, même si leur projet est un peu différent. Nous n'avons pas d'échanges particuliers, chacun travaille à sa propre programmation. Alberto Barbera (directeur de la Biennale de Venise) a dirigé le Museo del Cinema de Turin pendant très longtemps et à Berlin, le festival est partenaire de la Deutsche Cinemathek qui travaille à l'établissement de cette programmation. C'est toujours une section un peu à part au sein des sélections officielles, car la priorité, pour la majorité des spectateurs de ces grands festivals, reste la découverte des nouveaux films. Pourtant, il y a un besoin fort de voir ces films de patrimoine en salles. C'est notre rôle aussi de permettre d'en voir dans de bonnes conditions, car les festivals de cinéma autorisent une visibilité différente. La première destination d'un film de cinéma reste la salle obscure. Et cela concerne aussi les documentaires de cinéma dont certains trouvent difficilement une fenêtre de diffusion. L'envie de découvertes s'accentue pendant un festival et découvrir ces documentaires qui traitent de cinéma permet de prendre le temps de souffler et de réfléchir à l'Histoire du cinéma, alors qu'elle se poursuit avec les films inédits. À Cannes Classics ces dernières années, on a programmé beaucoup de documentaires, il y en a un moins cette année.

Le cinéma de patrimoine dans les festivals est accompagné comme s'il s'agissait de films d'aujourd'hui, ce qui est accentué par le choix d'aller vers de l'actualité (restaurations et documentaires inédits) et de ne plus faire de rétrospectives sur des personnalités. L'idée est de cultiver cette idée qu'il s'agit de films qui peuvent sortir en salles de façon indépendante (au contraire de films issus d'une rétrospective, sans distributeur) et/ou qui vont être édités en DVD, passer à nouveau à la télévision... Ils redeviennent des films de l'actualité. C'est une démarche nouvelle ?

Ce n'est pas un phénomène récent. Ce développement croissant des restaurations, ça existe depuis longtemps. Kevin Brownlow avait restauré le Napoléon d'Abel Gance puis fait tirer des copies neuves. Ce n'est pas nouveau de ce point de vue-là, ce qui l'est, c'est l'exploitation à plus grande échelle que la copie diffusée dans un festival comme un événement unique. Aujourd'hui, les films circulent d'un festival à l'autre et il y a de plus en plus d'exploitations en salle, au moins dans certains pays plus privilégiés, comme la France, grâce au combat des professionnels, des distributeurs, des exploitants ou des aides du CNC, par le fait que voir des films de patrimoine en salles est pris en compte par l’État qui considère ça comme un art à part entière. On en revient à cette considération que la France a pour le cinéma, qui est la patrie du cinéma. C'est notre grande chance, mais il y a d'autres pays où c'est le cas et où il est possible aussi de voir ces films en salles. Dans certaines régions, c'est plus difficile. À Londres il y a une superbe salle dédiée au cinéma de patrimoine où ils ne projettent quasiment que du 35mm, le Regent Street Cinema ; aux Etats-Unis, il y a une forte présence des centres culturels, des cinémathèques et le circuit des universités est très actif. Ils ont une offre audiovisuelle forte. En Amérique du sud, c'est plus compliqué de voir des films de patrimoine. En revanche il y a tous ces canaux de diffusion, comme la VOD, la télévision, le streaming...

Quand vous disiez qu'on soutient les films de patrimoine comme les films récents, je suis d'accord pour pas mal de sorties. Des budgets sont consacrés à cela, et dans ce cas- là, on peut faire de la publicité, on peut mettre en avant certains films. Il y a une dynamique de marché comme pour un film actuel, pour dépoussiérer l'image du film de patrimoine qu'on allait voir dans une copie un peu abîmée. On pouvait certes voir le film en salles et ça reste magique mais aujourd'hui on peut voir les films dans des conditions plus optimales et du coup ils sont mieux exploités.

Vous prenez soin de respecter un équilibre entre les films de patrimoine très connus, restaurés et les vraies découvertes comme Tiempo de morir ou Ikarie XB1, présentés l'an dernier et exploités en salles depuis. J'imagine quand on participe à la sélection de Cannes Classics qu'il est satisfaisant de voir que ces films moins réputés parviennent à sortir en salles ?

Cela dépend pour beaucoup du travail et du courage des distributeurs et de l'intelligence de certains ayants-droit. Ça dépasse le cadre de la projection, unique, au sein de Cannes Classics. Au-delà du travail fait pour la programmation en festival, il y a une envie que la vie des films se prolonge. Et dans ce cas-là, ça devient assez magique.

Parmi les films programmés récemment, vous avez eu de gros coups de coeur dans les découvertes ou redécouvertes ?

C'est dur, il y a beaucoup de films qui sont vraiment intéressants, Ikarie XB1 c'était vraiment un film qui nous avait beaucoup plu l'année dernière ; il y avait aussi le film thaïlandais Santi-Vina de Thavi Na Bangchang ; dans les documentaires il y avait aussi de nombreuses choses qui nous ont beaucoup plu. À titre personnel le fait de voir Le jour se lève à nouveau en salle m'avait complètement enthousiasmé. C'est un film qui n'a pas eu en salles la carrière qu'il aurait dû avoir. C'est un chef-d’œuvre du cinéma français, très fort et qui a beaucoup inspiré le film noir. La question se pose avec le film de patrimoine : va-t-il rencontrer ou non son public alors que c'est un film qui résonne avec notre temps ? Il faut savoir le replacer dans le contexte de l'époque, historique, sociologique et cinématographique. Un film comme Panique mérite beaucoup plus de retentissement. Nul n'est prophète en son pays et on voit que les films français marchent un peu moins, alors qu'on replonge dans Hitchcock, dans Welles. C'est très bien mais on a aussi des grandes œuvres en France qui méritent un peu plus de résonance, ce que souligne le travail accompli par Bertrand Tavernier avec son documentaire sur le cinéma français. On ne redécouvre pas assez non plus de films allemands, anglais non plus. Tout ça est assez compliqué car il faut du temps pour se replonger dedans, on en revient toujours à cette donnée importante, le temps...

Dans la sélection il y a une volonté de mêler les périodes, les origines géographiques, un peu comme dans une sélection de films d'aujourd'hui ?

Ce sont des questions qu'on se pose beaucoup, respecter un équilibre avec des films qui viennent de tous les horizons. Après, comme toute sélection, ça repose sur ce qu'on vous propose à un moment donné. Certains films nous tentent mais ne sont pas prêts et on ne pourra donc pas montrer alors qu'ils nous plaisent énormément. On essaie de respecter cette variété des propositions, dans la mesure de ce que nous recevons.

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Cannes 70 : les pépites de Cannes Classics

Posté par cannes70, le 3 mai 2017

70 ans, 70 textes, 70 instantanés comme autant de fragments épars, sans chronologie mais pas au hasard, pour fêter les noces de platine des cinéphiles du monde entier avec le Festival de Cannes. En partenariat avec le site Critique-Film, nous lançons le compte à rebours : pendant les 70 jours précédant la 70e édition, nous nous replongeons quotidiennement dans ses 69 premières années.

Aujourd'hui, J-15. Et pour retrouver la totalité de la série, c'est par .

Alors que la nouvelle sélection de Cannes Classics vient de nous être (enfin) dévoilée, voici nos coups de coeur très personnels sur les belles découvertes faites depuis la création en 2004 de cette case rétrospective officielle du Festival de Cannes, par ordre chronologique de passage sur la Croisette. Hasard ou intérêt tout personnel de l'auteur de ces lignes, une grande majorité d'entre eux est issue du programme de restauration de la World Cinema Foundation, l'association présidée par Martin Scorsese, qui aide les pays en voie de développement à sauvegarder leurs trésors cinématographiques.

Mélodie pour un tueur (Fingers) de James Toback (Etats-Unis, 1977 ; Cannes Classics 2008)


Le premier film de James Toback est redécouvert grâce à Jacques Audiard qui s'en inspire pour réaliser un remake radicalement différent, malgré des prémices et certaines scènes très proches : De battre mon coeur s'est arrêté, avec Romain Duris dans son premier rôle «adulte». Dans le film d'origine, on découvre un Harvey Keitel dans son premier premier rôle après quelques seconds rôles marquants pour Martin Scorsese (Mean Streets ; Taxi Driver).

Dès la première scène, le ton est donné. On le découvre à son piano, totalement habité par une toccata de Bach dans l'attente d'une audition qui pourrait le mener à jouer au Carnegie Hall. Lorsqu'il sort de la rue, il ne quitte pas son transistor encombrant, écoutant aussi bien Bach que des standards de soul music, prétextant que c'est ce qui l'empêche de devenir dingue. Mais comme le lui fait remarquer son père, fan du crooner Jimmy Vale, il l'est déjà. Ce qui pourrait n'être qu'une boutade reflète un vrai malaise. Une sexualité hésitante, une déception amoureuse, une famille qui pèse sur son moral défaillant et une vie qui ne semble pas vouloir décoller à 32 ans. Sa nervosité se reflète physiquement et malgré un vrai talent au piano, il se met dans des situations dangereuses, provoquant des conflits, incapable de dire non, mettant en péril son futur éventuel en risquant de blesser ses mains si précieuses.

Ses Fingers (les doigts) sont en effet au cœur de ce polar noir, sur les touches d'un piano, pour tenir un revolver, pour se battre à poings nus... Comme s'il était en quête non pas de réussite mais d'un échec qu'il ne semble pas pouvoir, ou vouloir, éviter. Le désenchantement présent dans les grands films américains des films des années 70 se reflète dans cette œuvre d'une grande noirceur, portée par Harvey Keitel, au jeu imposant et étrangement attachant, dans ses failles et ses renoncements. Michael V. Gazzo (alias Niels Arestrup chez Audiard) est ce père en bout de course qui utilise son fils car il n'a plus que lui à utiliser. L'acteur qui dort (involontairement) avec un cheval dans Le Parrain 2 est parfait avec ce costume très jaune qu'il ne quitte pas, sa voix grave éraillée et son incapacité à prononcer le nom de sa fiancée irlandaise.

Tisa Farrow, soeur de Mia et dont la carrière fut trop brève, est parfaite elle-aussi dans le rôle d'une femme partagée entre ce jeune homme indécis et un drôle de costaud incarné par Jim Brown, connu pour Les 12 Salopards. La scène de la prison où Harvey Keitel passe une nuit est à l'image de ce personnage trouble et passionnant, la seule où il s'avère capable de jouer du piano, même imaginaire, en public. Ses compagnons de cellule apportent un des moments les plus légers de ce film tendu. La copie, alors en 35mm, était magnifique.

Un été sans eau de Metin Erksan (Turquie, 1964 ; Cannes Classics 2008)


Tout commence par un conflit autour de l'eau. Deux frères possèdent un terrain sur lequel se trouve la seule source d'un village. Lors d'un été particulièrement aride, l'aîné refuse de partager avec ses voisins, au dam de son cadet, plus généreux, qui le prévient que son égoïsme aura de graves conséquences. Une prédiction qui s'avérera juste : les tragédies vont se succéder et la vie heureuse qui se préparait est heurtée par la trahison et la lâcheté d'un homme.

Metin Erksan est un réalisateur turc (1929-2012), méconnu en dehors de son pays. Susuz Yaz, Ours d'Or à Berlin en 1964, est l'une de ces restaurations de la World Cinema Foundation. La mise en scène est clairement héritée du meilleur du néo-réalisme italien : une approche documentaire d'une histoire mélodramatique, de beaux partis de mise en scène comme ce paysage qui virevolte pour souligner la détresse de son héroïne ou une agression violente d'un homme par un groupe dans un rythme accéléré. Une histoire simple mais émouvante et lyrique. Un drame soutenu par des personnages forts, ces deux frères aux tempérament différents et la fiancée du plus jeune, convoitée par l'aîné, un homme qui se perd dans son rejet de l'autre et dans son repli sur lui-même et son territoire.

Les interprètes sont admirables : Ulvi Dogan et Erol Tas en frères ennemis et Hülya Koçyigit en jeune femme amoureuse. La tendresse et l'humour ne sont pas absents, surtout dans les premières scènes comme celle où les deux jeunes amoureux quittent le foyer de la mère de la future mariée, savoureuse par sa légèreté et les beaux sentiments qui se dégagent. En contraste avec les mauvaises intentions de ce frère qui semble être au départ un bougon pas si antipathique mais la noirceur de ses comportements, son amertume profonde, ne cesse de s'aggraver.

En 75 minutes à peine, avec un art maîtrisé de l'ellipse et de la gestion de situations qui ne sont pas artificiellement étirées, Metin Erksan montre une violence que rien ne peut stopper malgré l'évidence de son impasse, sous le soleil frappant de la Turquie dans une contrée pauvre. Le noir et blanc est parfait pour illustrer la sensualité, le désir, les sentiments contradictoires. Un très beau contraste visuel relevé par la restauration effectuée par la Cinémathèque de Bologne, haut lieu de la cinéphilie, compagnon de «lutte» de Cannes Classics.

Cette séance a permis à l'auteur de ces lignes de découvrir un cinéaste majeur européen trop méconnu et auquel la Cinémathèque a rendu un bel hommage en 2010 qui a confirmé les attentes de cette première rencontre.

Touki Bouki de Djibril Diop Mambéty (Sénégal, 1973 ; Cannes Classics 2008)


Nous l'évoquions déjà dans notre texte sur le cinéma africain mais impossible de ne pas revenir sur le choc esthétique et culturel de l'un des premiers chefs d'oeuvre du cinéma africain en général, sénégalais en particulier. Dakar au Sénégal dans les années 70. Mory, ancien gardien de troupeau, conduit une belle moto avec en figure de proue le crâne d'un zébu. Il propose à sa compagne Anta de prendre le bateau qui part le lendemain pour Paris, l'eldorado pour de nombreux Africains. Mais l'entreprise n'est pas aisée lorsque l'on a pas d'argent.

En multipliant les actes malhonnêtes, ils vont réunir le budget mais ont-ils réellement envie de partir ? À travers leur errance, leur ennui, leur rêve d'un avenir meilleur loin de leur pays natal, le réalisateur remet en question une société perdue entre tradition et modernité. Le comportement libre d'Anta évoque une jeunesse américaine héroïque façon James Dean, allant jusqu'à adopter une silhouette de garçon manqué. Membéty entretient dans un premier temps le doute sur sa féminité, loin des canons habituels de sa communauté, de sa mère notamment. La nudité est une donnée rare dans le cinéma africain et Membéty transgresse les règles d'alors avec une scène pudique mais dont le montage transcende la discrétion.

Le cinéaste se révèle d'ailleurs être un maître dans ce domaine. Il enchaîne les plans avec un art du saut du coq à l'âne visuel qui ne cherche pas la clarté à tout prix mais à faire naître d'étranges sensations à travers des associations d'images avec vision de bêtes abattues qui symbolisent Mory et Anta comme les représentants d'une génération sacrifiée. Grâce à la restauration, les couleurs chaudes retrouvent tout l'éclat d'origine.

Dieu ne croit plus en nous d'Axel Corti (trilogie Welcome in Vienna, première partie) (Autriche, 1982 ; Cannes Classics 2009)


Vienne,1938. Lors de la Nuit de Cristal, Ferry Tobler, un adolescent juif, voit son père assassiné par les nazis. Il fuit l'Autriche et se retrouve à Prague. D'abord seul, il est confronté à l'inhumanité de ceux qui espèrent récupérer les biens de sa famille et à la corruption d'un policier. Autour de lui, la vie continue pour ceux qui ne sont pas traqués. Dans sa recherche de papiers lui permettant de passer d'un pays à l'autre, il rencontre d'autres personnes aux trajets divers qui attendent dans la peur tout le temps, dans des moments humains, parfois. Lire le reste de cet article »

Cannes Classics 2017: de Belle de Jour à Madame De… en passant par Cary Grant et les Belges

Posté par redaction, le 3 mai 2017

Le programme de Cannes Classics 2017 sera dédié cette année en grande partie à l’histoire du Festival, qui célèbre sa 70e édition. Au total, 24 séances provenant d'une vingtaine de pays directement impliqués dans la restauration/numérisation des copues, dont un film en 35mm (L'Atalante), cinq docus sur le cinéma et même un court métrage.

Célébration du 70e Festival de Cannes, une brève histoire du Festival

•1946 : La Bataille du Rail (Battle of the Rails) de René Clément (1h25, France) : Grand Prix International de la mise en scène et Prix du Jury International.

•1953 : Le Salaire de la peur (The Wages of Fear) de Henri-Georges Clouzot (1952, 2h33, France, Italie) : Grand Prix.

•1956 : Körhinta (Merry-Go-Round / Un petit carrousel de fête) de Zoltán Fábri (1955, 1h30, Hongrie) : en Compétition.

•1957 : Ila Ayn? (Vers l’inconnu ?) de Georges Nasser (1h30, Liban) : en Compétition.

•1967 : Skupljaci Perja (I Even Met Happy Gypsies / J’ai même rencontré des Tziganes heureux) d’Aleksandar Petrovi? (1h34, Serbie) : en Compétition, Grand Prix Spécial du Jury, Prix de la Critique Internationale- FIPRESCI ex-aequo

•1967 : Blow-up de Michelangelo Antonioni (1966, 1h51, Royaume-Uni, Italie, États-Unis) : Grand Prix International du Festival.

•1969 : Matzor (Siege / Siège) de Gilberto Tofano (1h29, Israël) : en Compétition.

•1970 : Soleil O (Oh, Sun) de Med Hondo (1h38, Mauritanie, France) : Semaine de la Critique

•1976 : Babatu, les trois conseils de Jean Rouch (1h33, Niger, France) : en Compétition.

•1976 : Ai no korîda (In the Realm of the Senses / L’Empire des sens) de Nagisa Oshima (1h43, France, Japon) : Quinzaine des Réalisateurs.

•1980 : All that Jazz (Que le spectacle commence) de Bob Fosse (1979, 2h03, États-Unis) : Palme d’or.

•1981 : Czlowiek z ?elaza (Man of Iron / L’Homme de fer) d’Andrzej Wajda (2h33, Pologne) : Palme d’or.

•1982 : Yol The Full Version (The Way / La Permission) de Yilmaz Güney, réalisé par Serif Gören (1h53, Suisse) : Palme d’or, Prix de la Critique Internationale-FIPRESCI

•1983 : Narayama Bushik? (Ballad of Narayama / La Ballade de Narayama) de Shôhei Imamura (2h13, Japon) : Palme d’or.

•1992 : El sol del membrillo (Le Songe de la lumière) de Victor Erice (2h20, Espagne) : Compétition, Prix du Jury, Prix de la Critique Internationale- FIPRESCI

•1951-1999 : Une brève histoire des courts métrages présentés par le Festival de Cannes. Un programme préparé par Christian Jeune et Jacques Kermabon.

Pour les courts, dans l’ordre : Spiegel van Holland (Miroirs de Hollande) de Bert Haanstra (1951, 10mn, Pays-Bas) / La Seine a rencontré Paris de Joris Ivens (1958, 32mn, France) / Pas de deux de Norman McLaren (1968, 13mn, Canada) / Harpya de Raoul Servais (1979, 9mn, Belgique) / Peel de Jane Campion (1986, 9mn, Australie) / L’Interview de Xavier Giannoli (1998, 15mn, France) / When the Day Breaks d’Amanda Forbis et Wendy Tilby (1999, 10mn, Canada).

Les autres films de Cannes Classics

Madame de… de Max Ophüls (1953, 1h45, France). Séance proposée en hommage à Danielle Darrieux à l’occasion de son anniversaire, et présentée par Dominique Besnehard, Pierre Murat et Henri-Jean Servat qui présentera la dernière interview filmée de Danielle Darrieux.

L’Atalante de Jean Vigo (1934, 1h28, France) en copie restaurée 35mm

Native Son (Sang noir) de Pierre Chenal (1951, 1h47, Argentine)

Paparazzi de Jacques Rozier (1963, 18mn, France). Le film sera présenté par Jacques Rozier.

Belle de jour (Beauty of the Day) de Luis Buñuel (1967, 1h40, Espagne-France)

A River Runs Through It (Et au milieu coule une rivière) de Robert Redford (1992, 2h04, États-Unis)

Lucía de Humberto Solas (1968, 2h40, Cuba)

Documentaires sur le cinéma

La belge histoire du festival de Cannes (The Belgian’s Road to Cannes) de Henri de Gerlache (2017, 1h02, Belgique)

Un road-movie joyeux à la découverte du cinéma belge présent à Cannes depuis 70 ans. Les cinéastes d’hier dialoguent avec ceux d’aujourd’hui pour dresser le portrait d’un cinéma hétéroclite et libre. Une « belge histoire » du plus international des festivals.

David Stratton- A Cinematic Life de Sally Aitken (2017, 1h37, Australie)

Les relations du critique anglais David Stratton avec son pays d’adoption, l’Australie, qui l’a amené à se comprendre. C’est aussi la glorieuse histoire du cinéma australien et de ses créateurs racontée par ce cinéphile fidèle de Cannes et tourné vers le monde.

Filmworker de Tony Zierra (2017, 1h29, États-Unis)

Le jeune acteur Leon Vitali abandonna sa carrière prospère après Barry Lyndon pour devenir le fidèle bras droit du réalisateur Stanley Kubrick. Pendant plus de deux décennies, Leon a joué un rôle crucial, dans une relation complexe et interdépendante, fondée sur le dévouement, le sacrifice et la réalité éprouvante et néanmoins joyeuse d’un processus créatif unique dans l’histoire du cinéma.

Becoming Cary Grant (Cary Grant - De l’autre côté du miroir) de Mark Kidel (2017, 1h25, France)

À la cinquantaine, Cary Grant entame une cure au LSD pour se libérer de ses démons. Le film raconte, à travers les mots de Cary Grant lui-même, interprétés par Jonathan Pryce, l’histoire d’un homme à la recherche de lui-même et de l’amour qu’il n’a pas su trouver pendant une grande partie de sa vie.

Jean Douchet, l’enfant agité de Fabien Hagège, Guillaume Namur, Vincent Haasser (2017, 1h30, France)

Trois jeunes cinéphiles suivent Jean Douchet et interrogent ses amis et anciens élèves. Ce documentaire dévoile l’homme et sa philosophie critique, une partie de l’histoire des Cahiers du Cinéma et cet Art d’aimer auquel il a dévoué son existence.

Voyage à travers le cinéma français, une épopée cinéphilique envoûtante

Posté par vincy, le 12 octobre 2016

A priori un documentaire de trois heures et dix minutes, cela peut faire peur. Pourtant ce Voyage à travers le cinéma français que propose Bertrand Tavernier est époustouflant et mérite qu'on s'y attarde.

Leçons érudites

En tout premier lieu parce qu'il s'agit de véritables leçons de cinéma. Un décryptage érudit de la mise en scène (il faut voir comment on nous explique la manière dont Melville faisait ses champs contre-champs), de l'écriture, du jeu d'acteur (Gabin, sa lenteur et sa maîtrise) mais aussi de la manière dont se fabrique ce 7e art si collectif et si égomaniaque. Et ce jusqu'au défuntes salles de cinéma de quartier qui ressuscitent en citant Luc Moullet. Tavernier nous explique pourquoi telle scène est réussie et comment telle séquence a été concoctée. Le réalisateur joue le rôle d'un professeur qui veut divertir son auditoire, avec des anecdotes (comment est née la gueule d'atmosphère d'Arletty, comment un décorateur transforme Un jour se lève) ou des courriers lus en voix off (Aragon louant l'esthétique de Godard).

Le tout est illustré par des dizaines d'extraits plus ou moins longs, de films classiques ou méconnus. Une odyssée inestimable ponctuée d'interviews et d'archives (dont cette engueulade mémorable entre Belmondo et Melville). "Imaginez que vous êtes au cinéma" annonce Bertrand Tavernier en préambule. Et en effet c'est un film sur le cinéma qui se déroule devant nos yeux. Mais pas seulement.

Les souvenirs personnels de Tavernier et ses choix sélectifs

Et c'est là tout le risque de ce documentaire, présenté en avant-première mondiale au dernier festival de Cannes. Car il faut expliquer sur quel axe le film, presque trop riche, tient en équilibre: d'un côté les souvenirs personnels de Tavernier, qui servent de fil conducteur. L'enfance au sanatorium (dépucelage cinématographique), l'adolescence au pensionnat (frénésie cinématographique), jeunesse active, d'attaché de presse à assistant réalisateur en passant par la défense de Henri Langlois (prise de conscience où cinéma et politique s'entremêlent). De ce point de vue, on pourrait être frustrés. Tavernier ne se dévoile pas tant que ça, et à quelques exceptions, il ne partage que des faits assez neutres qui ne sont que les étapes de sa vie.

De l'autre côté, ce voyage dans le temps n'a rien d'exhaustif, ce qui peut également être frustrant. Si la liste des cinéastes cités est longue, le film se concentre sur quelques personnalités et un certain style de cinéma. On peut imaginer plusieurs "voyages", similairement thématiques. Il le faudrait tant on reste parfois sur sa faim quand il fait d'abondantes références à Bresson, quand il flirte avec Autant-Lara, quand il éclipse des Clouzot, Verneuil ou Clément.

Fantômes et légendes

Une fois le cadre et le scénario posés, et le parti-pris assumé, le documentaire enchaîne les chapitres. Chacun est suffisamment long pour ne pas être superficiels: Jacques Becker, Jean Renoir, Jean Gabin, la musique de film (Jaubert, Kosma), Eddie Constantine, les productions de Beauregard, la bande Truffaut-Chabrol-Godard-Varda, Edmond Gréville, Jean-Pierre Melville, et Claude Sautet. Tavernier ne masque pas ses émotions: il admire sans pudeur et avec sincérité. Il est tombé dedans quand il était petit. Le cinéma qu'il fait renaître a un air de famille, avec Belmondo, Ventura, Piccoli... Il y a quelques femmes: Bardot, Moreau, Schneider, qui achève ce marathon cinéphile en s'en allant vers un hiver incertain.

Il réunit ainsi les fantômes et les légendes. Convoque les génies (qui peuvent aussi être indignes). Car il ne cache pas les zones d'ombres, ceux qui ont eut des comportements dégueulasses, les sales caractères d'êtres jamais mythiques, égratigne le scénariste Melville et le lâche Renoir. Voyage à travers le cinéma français est une aventure aussi humaine qu'humaniste. Tavernier propose un panorama d'un certain cinéma français, classique, même si toujours moderne, et assez masculin, mais il s'agit avant tout d'une série de portraits de ceux qui ont marqué le 7e art mondial, ces ambassadeurs de l'exception française.

Point de vue et images d'un monde

Car, finalement, ce que l'on retient est ailleurs. A l'image, par les films et les cinéastes/comédiens choisis, Bertrand Tavernier nous "enferme" dans une période, des années 1930 aux années 1970. Le noir et blanc domine. C'est Hôtel du nord, La grande illusion, Casque d'or, Le doulos, La bête humaine, Le jour se lève, Les 400 coups, Cléo de 5 à 7, Classe tous risques... Ça n'est ni une compilation, ni une anthologie, c'est un point de vue subjectif, amoureux, enthousiasmant d'un passionné de l'art cinématographique dans toute sa "variété", que ce soit des combats à mains nues de Constantine ou du regard de Signoret.

Or, ce voyage étourdissant est avant tout un voyage dans le temps. Un tableau de la France, celle du Front populaire, de l'Occupation, de l'après-guerre, des trente glorieuses. On voit évoluer, de Becker à Sautet, un pays, sa société, son peuple et ses métiers. Pas surprenant alors de constater que ce sont des films éminemment français qui ont été sélectionnés dans ce portfolio de prestige. On y parle de camembert, on y chante la Marseillaise, les putes sont belles et romantiques, ... Un voyage romanesque, plus balzacien que flaubertien. On y plonge comme dans un feuilleton social mais jamais vraiment dramatique..

Finalement, à l'instar des films de Melville, tout semble irréel et atemporel. Une déclaration d'amour teintée de nostalgie. Un cinéma français qui est capable de mettre "les larmes aux yeux".